Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Réflexions/Dissertations
emju : Lettre à lettres
 Publié le 02/07/19  -  12 commentaires  -  3176 caractères  -  72 lectures    Autres textes du même auteur

Alphabet.


Lettre à lettres


Je vous connais depuis longtemps, vous voir c'est comme respirer, penser et parler. J'abuse de vous et vous, vous vous laissez maltraiter sans rien dire. Pas un cri, pas un soupir, quand je vous écorche, vous barre, vous rature ou vous efface purement et simplement.


Vous ne vous plaignez jamais. Vieilles et indémodables, la tête haute, vous traversez les siècles sans défaillir.

Je le sais, vous me survivrez, infatigables et battantes.


J'ai fait votre connaissance, j'avais tout juste quatre ans. Je vous tenais dans mes petites mains, vous étiez de toutes les couleurs et de toutes les formes. Je passais mon temps à vous aligner par deux, trois quatre ou cinq ; le premier mot dont je fus fière fut « maman ».


Souvent, je vous houspillais en vous jetant à terre et en vous piétinant.

Vous, impassibles, m'aidiez à vous comprendre, à vous épeler et à vous former.

C'est grâce à vous et à cause de vous si je vous ai reléguées au fond d'un tiroir.


Je me mis à feuilleter le journal Ouest-France qui ne manquait pas d'embûches pour me faire tomber. Sous le regard attentif de ma mère, je réussis avec succès mon premier examen.


À cinq ans, je vous manipulais et vous décryptais avec avidité.


Impatiente de connaissances, je m'attaquais à la bibliothèque rose et verte ; je me passionnais pour « Le club des cinq » en gambadant sur les lignes avec le chien Dagobert.

Quant à « Alice » détective en herbe, je traquais avec elle les mots compliqués et enquêtais sur leur signification.


Je me suis tant servie de vous que vous devriez avoir rendu l'âme depuis fort longtemps. Mais vous êtes toujours là pour dire : un mot d'amour, une douleur, un doute ou une vérité.

Vous êtes douces, dures, persuasives, inquisitrices, vénales.

Vous êtes bonheur et tristesse, vous êtes mort et vie. Vous êtes les maux des mots.


Je vous mets à toutes les sauces, en gras, en couleurs. Je vous majuscule, je vous minuscule, je vous italique. Je vous double, je vous apostrophe, je vous circonflexe. Je vous virgule, parfois même, je vous mets quelques points.


Au siècle dernier, vous aimiez vous alanguir, vous coucher sous des doigts experts et délicats. Fini, la plume légère et caressante, maintenant on frappe.


L'ordinateur est votre bête noire. Il vous garde en mémoire puis, lance une souris qui, sournoisement, vous cherche, vous poursuit, vous formate et vous mémorise.

Vous finissez en courriers, contrats, factures, etc.

Vous êtes numérotées, classées, vous êtes des dossiers robotisés.


Moi, chaque jour, je vous retrouve à la même heure car vous m'avez donné le goût de l'écriture.

Seuls, en tête à tête, nous sortons de notre réserve et courons ensemble sur les pages blanches.


Aujourd'hui, chères lettres, je vous dis « merci » d'éclairer ma vie, de me faire vibrer sur un mot, sur une phrase.


Il est évident que, par manque de temps, je vous regarde sans vous voir et Dieu sait pourtant comme vous êtes jolies.


J'ai toujours envie de commettre une folie, vous offrir un peu de liberté, vous donner une âme.


L'écrivain n'est-il pas à ses heures, un styliste de la langue, un modéliste de l'écriture et un couturier des mots ?


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   hersen   
13/6/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Le sujet des lettres de l'alphabet est un vieux thème et, s'il mérite notre attention, est difficile à traiter de façon originale.

je suis au début très rebutée par ces "vous" (9 en deux lignes, quand même) et malheureusement, le ton est donné : un texte très linéaire, on sent une application de ne rien oublier et le style, en s'adressant à ces "vous", quatre lettres attachées trop souvent revenues finissent par ne plus capter mon attention.

Il y a de plus une certaine platitude dans le fond dont l'auteur ne nous offre rien d'original, aucun sentiment ne se dégage de ces lettres qui nous accompagnent.

J'ai par contre aimé le § "je vous majuscule etc", un peu de niaque commence à partir de ce moment-là; mais malheureusement, pas suffisamment pour me raccrocher au petit train des lettres.

   plumette   
13/6/2019
 a aimé ce texte 
Bien
j'ai bien aimé cette façon d'exprimer une gratitude à celles qui nous permettent de former des mots. Une idée plaisante et plutôt bien exploitée surtout dans la dernière partie qui a ma préférence parce qu'elle évoque l'évolution des modes d'écriture.

les lettres sont éternelles, elles nous survivront ou du moins elles existeront tant que l'homme existera!

Merci pour ce partage

Plumette

   Sylvaine   
19/6/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai bien aimé cette déclaration d'amour à l'écriture à travers les éléments qui la composent. D'autant que le texte, justement, est joliment écrit, d'une plume élégante qui s'autorise quelques audaces bien venues ( je vous circonflexe, je vous virgule) Il n'y a guère que le mot "battantes" qui me gêne, il a un côté trivial, "cliché", qui jure avec le reste. C'est la seule faute de ton que l'on puisse vous reprocher.

   senglar   
2/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour emju,



C'est très très beau... et immémorial : j'ai cru entendre, ordinateur laissé de côté, Louise de Vilmorin, la conteuse, la raconteuse, une causeuse hors pair. C'est simple, Sacha Guitry était une Louise de Vilmorin au masculin.

Ici on se sent à l'aise avec les lettres, avec les mots. La seule peur que j'aie eue a été : Attention ne va-t-on pas déraper et donner la prépondérance aux mots et reléguer les lettres au second plan. Car ce sont bien les lettres qui sont les héroïnes ici. Et puis non, en fin de compte ça s'est très bien passé, l'auteur(e) est toujours retombé(e) sur ses p.i.e.d.s.

Un vrai couturier, mais je penche pour couturière, des lettres en mots.

Virevoltant(e)
Pétillant. Rafraîchissant.

Joli le titre :)


senglar

   Pierrick   
2/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Enfin, la littérature et l'écriture sont célébrées. Enfin l'on parle de Beauté, de subtilité, de tendresse et d'amour à travers un texte élégant, subtil et délicat. Enfin l'on s'écarte des arènes sanglantes de ce site pour méditer sur ce merveilleux outil qu'est l'alphabet. Que cela est doux de parler du contenu d'un texte et non de celui qui l'a écrit. Merci pour ce beau moment.

   Hananke   
6/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Une courte nouvelle comme je les aime.

Et j'aime mieux encore cette "story" de l'alphabet, ben oui quoi,
il faut parler moderne.
C'est distrayant, c'est vrai qu'elles nous accompagnent toute notre vie
ces bon dieux de lettres !
J'aime bien le passage avec la souris, il me rappelle un poème écrit
sur le sujet qui se termine ainsi.

Alors que je me plaignais du manque de recueils de poésie.

Oui, un bon texte où toutes les formes de nos bonnes vieilles
lettres sont exprimées, jusqu'à la conjugaison.

   Donaldo75   
2/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour emju,

C'est bien écrit, avec beaucoup de poésie. Le thème ne fait pas partie de ceux que j'aime voir traité dans ce que je lis mais j'avoue que dans le cas présent ce fut une bonne surprise. Il y a de la douceur dans ce style, dans le texte et son déroulé. Et puis, on est tous un peu interpelé par les exemples de lecture de nos jeunes années, parce qu'elles semblent finalement passer le prisme du temps.

Merci pour le partage.

Donaldo

   poldutor   
4/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour emju
J'ai vraiment aimé votre réflexion sur les lettres, sujet difficile mais original, traité en "nouvelle" et en employant les "bonnes lettres" pour l'écrire.
Que nous sommes heureux nous les "lettrés" (contraire de illettrés), quel bonheur de partager la pensée des autres par la lecture de leurs écrits, et de les faire bénéficier des nôtres...
Nous avons tellement l'habitude d'utiliser écriture et lecture que nous avons oublié ce qu'elles nous apportent.

Vous avez bien raison de remercier les "lettres" qui ont tellement fait pour la transmission de la pensée : "les paroles s'envolent les écrits (lettres) restent.
Merci.
Cordialement.
poldutor

   thierry   
24/7/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Si les remerciements sont toujours les bienvenus, ils sont d'autant plus appréciés s'ils sont originaux, reflétant au moins une personnalisation dans l'évocation qu'on propose de l'être aimé.
Franchement, si je trouve ce travail de "couture" pour reprendre votre joli terme, je n'y vois aucun relief, trop peu d'originalité. Ces remerciements méritent mieux qu'une rédaction scolaire. Sans parler de progression dramatique, j'aurais tant aimé y voir des avancées, sans parler d'histoire y entendre un cheminement.
"Vous êtes les maux des mots." je n'y crois pas, on cède à la facilité d'autant que ça marche dans l'autre sens, "Seuls, en tête à tête, nous sortons de notre réserve et courons ensemble sur les pages blanches." me font penser à une plage de sable blanc mais sans mer
et franchement aussi, ça perd beaucoup de son intérêt et "
Il est évident que, par manque de temps, je vous regarde sans vous voir" est plutôt contre productif… Il vaut mieux prendre son temps, même si on n'en a pas. Enfin "
L'écrivain n'est-il pas à ses heures, un styliste de la langue," est au sortir de cette plage, cette page, une porte ouverte à laquelle j'étais content d'accéder.
Pourquoi ne pas refaire ce récit sous l'angle des lettres ? Comment vous regardent-elles ? Comment vivent-elles ? Comment évoluent-elles, de la plume d'oie au traitement de texte, de l'imprimerie à la numérisation. Parfois tracées avec notre sang, elles méritent tout leur sens.

   wancyrs   
29/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Salut Emju,

Une réflexion sur les lettres qui montre à tous les hommes de lettre ce qu'ils doivent aux lettres ; voilà simplement résumé ce que je pense de ce texte. Dire simplement et avec honnêteté ce qu'on ressent, à un interlocuteur qui ne nous entend peut-être pas, mais qu'on voudrait remercier pour moult bienfait qu'il nous fait ; et ces rêves dans lesquels il nous entraîne. J'aimerais écrire moi aussi aux lettres ces mots, et surtout m'excuser de parfois les tordre par mon ignorance, ou encore les maltraiter dans mes colères.

Merci pour ce partage !

Wan

   maria   
5/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour emju,

J'ai pris du plaisir à lire ce texte écrit avec grâce.
Ton amour pour la littérature né de ses plus petites particules... c'est charmant .

Merci pour le partage et à bientôt.

   Cristale   
6/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Emju,

Cette courte nouvelle je l'ai trouvée mignonne, une écriture claire sur un récit qui pourrait se faire comptine.
Les trois premières lignes sont délicieuses : ces pauvres lettres ne se plaignent jamais des maltraitances qui leur sont infligées : raturées, barrées, effacées (à coups de gomme ou de la touche "suppr") !

"Je vous mets à toutes les sauces, en gras, en couleurs. Je vous majuscule, je vous minuscule, je vous italique. Je vous double, je vous apostrophe, je vous circonflexe. Je vous virgule, parfois même, je vous mets quelques points."

Devant mes yeux, une cascade de lettres mises à toutes les sauces nuancées et colorées du verbe de l'auteur, des compagnes de toute une vie dont il ne saurait se passer et c'est tant mieux pour ses lecteurs :)

Oui, j'ai apprécié ma lecture.


Cristale


Oniris Copyright © 2007-2019