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Aventure/Epopée
Eugenie : Amis en guerre
 Publié le 08/05/12  -  9 commentaires  -  4359 caractères  -  263 lectures    Autres textes du même auteur

Une sombre et claire histoire d'hommes et de guerre…


Amis en guerre


Ils étaient deux amis, Creen Plontaur et Bannrès Slim.


Creen était grand et fort, Bannrès était fort et grand, alors c’était facile de les reconnaître et personne ne s’y trompait.

En tout cas, c’est comme ça qu’ils s’expliquaient que quand Creen arrivait quelque part, les gens disaient : « Bonjour Creen comment vas-tu ce matin ? »

Et aussi que quand Bannrès s’en allait les gens lui disaient : « Au revoir Bannrès, et à bientôt. »

Et si c’était Bannrès qui arrivait et Creen qui s’en allait, les gens adaptaient leur formule sans aucune erreur.

Extraordinaire, cette précision qu’ils avaient tous.


Creen Plontaur savait être un vrai ami, et Bannrès l’admirait beaucoup pour ça. Entre autres.

Bannrès Slim savait être un ami véritable, et Creen l’admirait beaucoup pour ça. Entre autres.

Donc pour eux le temps passait comme pour les autres gens, mais en mieux, forcément.


Vint le jour où ils partirent à la guerre, parce qu’elle appelait tout le monde, et ces deux-là comme les autres la suivirent.

Elle dansait devant les troupes, cheveux défaits, corsage ouvert.

Elle leur chantait la liberté et la victoire.

Elle éclairait pour eux les yeux brillants des femmes et des enfants.

Elle zoomait sur les sourires tremblants de leurs mères.

Elle leur faisait sentir la chaleur des accolades paternelles.

Après, tout ça, à leur retour, plus tard, promis.

Aussi leurs chiens qui gémiraient de joie.


Alors, tous, en marchant, souriaient et blaguaient.

Le vent apportait leur rire dans les oreilles de chaque maison de chaque village qu’ils traversaient.

Et les maisons frissonnaient et claquaient vite leurs volets.

Les vaches dans les prés regardaient l’eau des abreuvoirs s’en tordre de douleur et n’osaient plus y boire avant de s’y voir à nouveau.

Et leur lait n’était plus aussi tendre.


En temps de paix tout le monde sait que la guerre ne tient pas ses promesses.

Elle ment parce qu’elle veut qu’on parle d’elle dans les livres, avec les noms de ses héros et de ses champs de bataille.

Elle ment parce qu’elle veut qu’on la montre au cinéma, avec ses faux soldats, très beaux même crottés et blessés, et leur faux sang tout rouge, et leurs faux sentiments de rose et réséda.

Elle ment parce que toute seule elle ne peut pas y arriver.

Elle ment pour que les hommes viennent la nourrir et lui donner leurs forces et leur sang et leur vie.


Elle ment sur tout, mais quand elle est là, la guerre, quand c’est son temps, les hommes la croient et voilà, ils sont partis.

Et là aussi, voilà, ils étaient partis.


Plus tard, quand ils ont vu leurs premiers chiens sans paupières avec leurs yeux de sang, les loups enchaînés qui tournaient tête basse au lieu de savourer la lune, oh, ils s’étonnaient.

Ils se regardaient avec des questions dans la tête et personne n’avait rien à dire.

Ils se regardaient avec un chagrin dans le cœur et pas de mouchoir pour essuyer les larmes.


Ils étaient partis trop vite ?

Ils s’inquiétaient.

Ils s’affolaient…

Et ils se vidaient de tout.

Ils étaient si loin, si profond déjà dans les terres sombres, qu’ils ne savaient plus rien.

Ils avaient tout oublié d’avant, ils avaient tout oublié d’ailleurs.


Alors, là, ici, maintenant, ils faisaient tous comme ils pouvaient, mais surtout comme on leur disait de faire.

Les chefs s’en donnent à cœur joie avec les affolés.

On leur faisait faire des choses si bizarres, si inconnues, qu’ils devinrent absents.

Un jour, quand Creen Plontaur arriva, on lui dit : « Tiens bonjour Bannrès, combien tu en as tué ce matin ? »

Et quand Bannrès Slim s’en alla, on lui dit : « Peut-être à tout à l’heure, Creen, si tu fais bien attention aux obus. »

Et encore après, tout ce qu’ils savaient dire c’était « salut l’ami », que ce soit Creen, ou Bannrès, qui arrive, ou qui s’en aille.


Et un autre jour encore ils ont fini par se taire.

Parce qu’ils ne voyaient plus rien, ni personne.

Peut-être aussi parce que Creen Plontaur et Bannrès Slim étaient morts et qu’on ne pouvait plus s’interroger sur cette chose extraordinaire que la guerre avait fait chavirer, l’amitié qui les distinguait.


« La prochaine fois », ils se sont dit, Creen Plontaur et Bannrès Slim, là où ils étaient arrivés, « la prochaine fois on n’ira pas. On fera la guerre à la guerre, à deux contre elle on gagnera. »

Et c’est bien comme ça que ça s’est passé.


 
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   socque   
30/4/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ah oui, j'aime ce mouvement assuré, cette allégorie lumineuse et cruelle, l'ironie qui traverse tout le texte ! Un gros bémol toutefois sur cette partie :
"Elle ment (...) leur vie."
Tout d'un coup, le texte change de registre, passe de l'ironie à la tragédie, l'indignation, la morale, et cela me paraît tout à fait inutile. Tout le propos est bien assez clair, je trouve. Pour moi, vous mettez trop les points sur les i ; comme lectrice, cela m'agace.

"Le vent apportait leur rire dans les oreilles de chaque maison de chaque village qu’ils traversaient." : un peu lourd, pour moi ; je trouve que cela gêne le pas jusqu'alors allègre du texte.

   jaimme   
1/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
La guerre contre la guerre est bien la seule à mener. Et le dire avec la poésie du conte est un art délectable et percutant. L'utilisation de mots simples employés dans un registre inhabituel, c'est ce que j'appelle la poésie. Et j'ai hâte d'en lire d'autres de votre part.
Je ne dis pas que tout est parfait (et la perfection ou sa recherche rendent les écrits inhumains. L'inverse de ce qui est posé ici), mais la richesse du propos et de sa musique donnent envie de relire. Et là c'est réussi.
Merci!

   brabant   
3/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien
La réflexion portée sur la guerre est intéressante et surtout la façon dont cette réflexion évolue vers un certain pacifisme : "On fera la guerre à la guerre" puisque la guerre est venue à bout même de deux hommes forts ; peut-être que ces hommes viendront à bout de la guerre s'ils ne se laissent pas embrigader.

Je me suis un peu perdu entre Creen Plontaur et Bannrès Slim, mais tous ceux qui habitent votre histoire aussi, alors ça ne doit pas être très important.

La disposition originale du texte ne m'a pas gêné.

Lecture globalement agréable pour un texte globalement minimaliste d'où ressort une certaine fraîcheur.

   Pascal31   
8/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ah oui ! J'ai été hypnotisé par le mouvement pendulaire de vos phrases courtes, hachées, aux mots simples et pourtant envoûtants.
Une belle histoire d'amitié et de guerre. Ou de guerre et d'amitié.
Tout y est : la tragédie, la trahison (celle de la guerre qui ment) et l'amitié, bien sûr.
J'ai beaucoup aimé votre style. Beaucoup aimé cette histoire jusqu'à son final auquel j'adhère complétement. Bravo !

   macaron   
8/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un plaidoyer contre la guerre convaincant. Le ton est juste, ironique et poétique. Il y a du Prévert et du Céline, de la légéreté dans le sordide. Vous ne manquez pas d'arguments, j'aime beaucoup le passage"elle ment". La fin est belle, les deux amis qu'on ne reconnait plus, et puis leurs promesses de ne plus y retourner et de la combattre sans cesse.

   stony   
8/5/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Eh bien, voilà un fort bel exercice Car, n'est-ce pas, il s'agit ici d'un sujet bateau, que l'on évoque d'ailleurs volontiers comme l'exemple parfait du sujet bateau : "La guerre, c'est moche".
Mais la littérature ne se trouve pas dans le fond, ou si peu, ou pas forcément, mais dans son traitement. Et le traitement, ici, vaut largement argument pour que l'on s'attarde sur le texte.


Me référant au commentaire de Macaron : pour Prévert, je serais bien incapable d'en dire quoi que ce soit, mais pour Céline, en effet, on peut l'y retrouver dans certaines formulations en plus du fond évident que constitue un pacifisme absolu.
Outre le fond, pour ce qui concerne la forme, donc, la phrase la plus célinienne est sans conteste celle-ci :
"Elle ment sur tout, mais quand elle est là, la guerre, quand c’est son temps, les hommes la croient et voilà, ils sont partis."
C'est confondant de célinité ! :
- Révélation d'un sujet (la guerre) après le verbe (être), de surcroit en forme de petit suspense après une première évocation de ce sujet sous forme pronominale (Elle).
- La personnification (la guerre qui ment) : figure de style contribuant pour beaucoup à celui de Céline. De plus, il ne s'agit pas ici de personnifier un objet inanimé, mais carrément un concept. Du pur Céline.
- Registre de langage familier : "quand c'est son temps", plutôt que "lorsque son temps est venu".
- Variation forte de rythme, ici en forme d'accélération : d'abord l'évocation fouillée de la cause ("Elle ment sur tout, mais quand elle est là, la guerre, quand c’est son temps, les hommes la croient"), ensuite accélération brutale pour évoquer la conséquence ("et voilà, ils sont partis"), en adéquation PARFAITE avec le fond évoqué, c'est-à-dire une action exécutée brutalement, sans réelle décision, expliquée davantage par un envoûtement que par une réflexion.
Un condensé de Céline, et n'ayant rien à voir, notez-le bien, avec une prétendue simulation de l'oral. C'est littéraire, extrêmement littéraire, et n'emprunte à l'oral que ce qu'il faut pour construire une phrase dont le lecteur ne perçoit la poésie qu'en croyant lire une écriture simple.
C'est parfait. Vraiment parfait ! Et que c'est beau à lire !

D'ailleurs, je me demande, trois phrases plus tôt, si la couleur réséda est choisie par hasard, ou s'il s'agit d'une allusion, ou alors d'un reliquat de lecture dans laquelle il serait question d'un Colonel Réséda, alias le Professeur Y. Ce professeur est incontinent, et la couleur réséda, c'est-à-dire jaune verdâtre, ou vulgairement "jaune pisse" se justifie. Elle se justifie sans doute ici par une mécanique semblable.
Si je ne craignais de plagier mon ami Dave, je vous poserais bien cette question : est-ce par hasard ?


Pas mal d'autres phrases sont délectables.
En voici quelques unes :

"Vint le jour où ils partirent à la guerre, parce qu’elle appelait tout le monde, et ces deux-là comme les autres la suivirent."

"Elle dansait devant les troupes, cheveux défaits, corsage ouvert."
Très fort, cette métaphore par la sensualité, par la sexualité même qui happe comme le feraient des sirènes.

"Après, tout ça, à leur retour, plus tard, promis."
Beau condensé, beau raccourci que cette phrase nominale.

"Les vaches dans les prés regardaient l’eau des abreuvoirs s’en tordre de douleur et n’osaient plus y boire avant de s’y voir à nouveau."
Superbe !
Belles sonorités, allitérations, assonances, rimes. Beau rythme que ne vient interrompre aucune virgule.
Aurais-je l'audace de vous proposer de remplacer "vaches" par "veaux" ?
Vous remarqueriez alors la répétition veaux/eau/nouveau; et ne vous ne perdriez pas le V (dans Veaux comme dans Vaches) qui fait allitération avec abreuVoirs/Voir/nouVeau)

"Ils avaient tout oublié d’avant, ils avaient tout oublié d’ailleurs."

"Les chefs s’en donnent à cœur joie avec les affolés."
Je cite ici cette phrase parce que j'imagine déjà avec beaucoup d'amusement la mine déconfite des apprentis conjugueur découvrant un présent parmi l'imparfait et perdant ensuite complètement la boule en tombant sur un passé simple.
Ne riez pas ! Ça s'est déjà vu :-)

"Et c’est bien comme ça que ça s’est passé."


J'aime beaucoup cette particularité qui consiste à introduire deux personnages qu'apparemment rien ne distingue. Vous laissez le lecteur se débrouiller tout seul pour en comprendre ce qu'il veut ou ce qu'il peut.
Voici comment je me suis débrouillée avec ça :
Au début, ces deux êtres sont semblables comme tous les hommes et toutes les femmes le sont, mais possèdent leur âme propre qui permet aux autres de les distinguer et les reconnaître comme personne unique. Dans la guerre, ils sont toujours aussi semblables, mais je dirais tragiquement semblables. Ayant perdu leurs âmes, ils ne sont plus que chair à canon. Ne subsiste qu'une masse inhumaine indissociable, victime autant qu'assassine.

Pour un premier texte publié, c'est un coup de maître.
Mais ça n'est certainement pas le premier que vous avez écrit, n'est-ce pas ?

   Renaud   
14/5/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
J’apprécie le choix du style, par ailleurs tenu du début à la fin. Le début est particulièrement prometteur. Mais le thème de l’amitié n’est pas développée et celui de critique de la guerre, par ailleurs daté, reste abstrait. C’est le genre de style qui est adapté, je pense, au récit d’anecdotes. Je n’ai pas compris le nom des personnages, j’ai essayé en vain d’y deviner un calembour.
Bien amicalement,
N.

   Napthaline   
23/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte court, fort, puissant, avec des phrases lapidaires. Celles du premier paragraphe m'ont parfois gênée "c'est comme ça qu'ils s'expliquaient que quand..." ou "les gens adaptaient leur formule sans aucune erreur"... bof.
En revanche, la suite et le fond m'ont beaucoup plu. J'ai beaucoup aimé la façon de parler de la perte d'identité, de repères, de volonté. Chapeau !

   AntoineJ   
24/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
assez déroutant entre l'ironie du départ, le mordant du milieu et la philosophie finale
le style tient debout et la logique se tient entre les contrastes
l'équilibre entre la poésie (des images) et le sérieux (du fond) donne de la force au texte.
cela me donne juste un sentiment de "trop travaillé" ou "pas assez travailé", comme si après X corrections / évolutions, vous étiez arrivé à un état intermédiaire.


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