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Fantastique/Merveilleux
fergas : Cyclique
 Publié le 02/07/14  -  9 commentaires  -  11911 caractères  -  71 lectures    Autres textes du même auteur

Un grain de sable dans un monde mécanique et routinier.


Cyclique


Spring se réveilla comme tous les jours à sept heures tapantes, juste au début du Grand Fracas, et il ne tarda pas à recevoir une bonne claque dans le dos de la part de Hammer.


– Hammer, merde ! Pour la millième fois, arrête de me taper dans le dos comme ça. Tu finiras par me casser quelque chose !

– T’inquiète, Spring, moi y a bien un imbécile qui me tape sur la tête tous les matins, et je n’en fais pas tout un plat.

– Ça va, ça va ! bougonna Spring en faisant rouler ses épaules pour dissiper la douleur diffuse qu’il ressentait entre les omoplates.


Puis il se dirigea vers la fenêtre comme à son habitude.


– Bon, les frères Needles ne vont pas tarder à se pointer. Ça, c’est réglé comme du papier à musique.


Effectivement, Bart Needles était en train de passer devant leur fenêtre et, les voyant à travers l’unique carreau, il leur adressa un salut en clignant de l’œil. Bart, le plus grand des Needles, s’agitait toute la journée sur la place. Il en faisait constamment le tour, de son grand pas régulier, suivi de son petit frère Lucien, qui lui se traînait lamentablement. Avec l’habitude, Spring avait fini par déterminer que Bart l’excité faisait plus de dix fois le tour de la place quand Lucien le lymphatique n’en faisait qu’un. Spring avait tout son temps pour les observer, coincé qu’il était derrière sa petite fenêtre donnant sur la place. Il bossait toute la journée, et même une partie de la nuit, veillant sur le Grand Mécanisme, pendant que Hammer montait et descendait, le plus souvent dans l’arrière-salle, occupé à des tâches de maintenance et de réglage répétitives.


Spring avait toujours vécu en cet endroit, et n’avait d’autres souvenirs que ceux de son travail, et de la vue de la petite place blanche et nue qui s’étendait au-delà de sa minuscule fenêtre. À part Hammer et les frères Needles, Spring ne connaissait personne. Ah si ! Il y avait le sportif, là ! Galop, il s’appelait. Celui qui était toujours à courir comme un dératé sur la petite piste d’exercice située au bas de la place. Hammer l’appelait aussi Marathon Man, en hommage à son endurance. Il faut dire que si Bart Needles était un marcheur énergique, Galop était lui un champion olympique de course à pied. Spring avait renoncé à compter les tours de piste qu’il effectuait chaque jour.


Spring examinait soigneusement la place tous les jours. Son travail n’était pas si prenant que cela et lui en laissait le loisir. À part les Needles et Galop, il n’y avait jamais âme qui vive. Curieusement Spring n’en ressentait aucun ennui, la régularité du mouvement lui plaisait, et aucun événement imprévu ne venait briser la monotonie des journées, à part le Grand Fracas du matin, juste à son réveil, et qui cessait dès que Hammer, après un juron bien prononcé, venait se plaindre à Spring qu’on lui avait encore une fois tapé sur la tête. Bien sûr, Hammer ne pouvait pas se retenir de donner une claque dans le dos de Spring à cette occasion, juste pour appuyer sa phrase.


Spring regardait et regardait encore la petite place brillamment éclairée à cette heure sous le dôme de cristal qui les surplombait tous. Quand il regardait vers le haut, au-delà du dôme, Spring trouvait que la vue était floue. Il distinguait juste quelques grandes zones colorées, et quelquefois un mouvement. Peut-être des nuages, se disait-il. Quand son regard retournait vers la place, il était immanquablement attiré par quelque chose qui l’intriguait. C’était un motif de pavés noirs situé à l’autre bout de la place, derrière la petite piste de course de Galop. Spring ne pouvait distinguer ce que ce motif représentait, il était trop loin, et il ne le voyait que sous un angle très aigu qui ne lui révélait aucun détail. Sans doute une inscription, le nom de la place ou quelque chose comme cela. À chaque fois que son regard s’attardait sur cet endroit, il se promettait de demander au grand Bart de regarder au moment où il passerait dessus, ce qui lui arrivait quantité de fois par jour dans sa ronde immuable autour de la place. Puis tout aussi immanquablement Spring oubliait de le lui demander. Cette fois-ci, peut-être, il y penserait. Sûr, il allait le lui demander dès que Bart pointerait son nez.


Innombrables et immuables, les jours filaient ainsi pour Spring et Hammer, rythmés par les nombreux passages des frères Needles, seules occasions de bavarder de tout et de rien, surtout de rien d’ailleurs. À part les sempiternels sujets de la température et des bruits ambiants sur la place, ou bien les vacances toujours prises sur place, les vraies nouveautés étaient rares et appréciées quand on pouvait en discuter.


En particulier, Hammer avait son idée sur l’origine du mystérieux Grand Fracas, et il ne se privait pas pour en parler. Sa tâche de régleur des barres de transmission du Grand Mécanisme, lequel occupait tout le pâté d’immeuble, lui avait à maintes reprises permis de remarquer un remarquable synchronisme entre l’éveil de Spring, au début du Grand Fracas, et le coup sur la tête qu’il recevait alors qu’il surveillait une longue came traversant toute la pièce. Quand cette came se mettait à coulisser, elle l’entraînait par la même occasion en lui occasionnant cette douleur au crâne. Il ne pouvait alors que se raccrocher à Spring au passage, le bousculant dans le dos, ce qui entraînait immédiatement l’arrêt du boucan. Selon Hammer, le bruit provenait du Grand Mécanisme lui-même, dans les profondeurs des sous-sols de leur propre immeuble. Ceci expliquait la violence du niveau sonore, et des trépidations qui secouaient l’immeuble entier, et même bien au-delà. Y avait-il donc quelqu’un au sous-sol, assez fou pour les réveiller tous en sursaut chaque jour de cette manière cataclysmique ? Et pourquoi Spring et Hammer semblaient-ils impliqués dans l’affaire, alors qu’ils ignoraient tous deux de quoi il s’agissait ?


Les conversations allaient bon train chaque fois que le sujet était ramené sur le tapis. Bart et Lucien avaient apporté leur pierre à l’échafaudage des hypothèses, car ils avaient remarqué qu’eux-mêmes se trouvaient toujours au même emplacement lors du déclenchement du Grand Fracas. Bart était tout en haut de la place, alors que Lucien se trouvait exactement à l’opposé, tout en bas, dans l’alignement de Galop, qui lui-même était alors toujours synchrone avec eux, en haut de sa petite piste d’exercice. Lucien et Galop, qui étaient réellement aussi dissemblables que possible, étaient quand même copains comme cochons, et ils avaient déjà discuté plusieurs fois au sujet de cette coïncidence sans parvenir à en tirer aucune conclusion. Spring essayait souvent de rassembler les observations et les bouts d’hypothèses, sans succès. Le mystère demeurait entier et même prenait de l’ampleur, et il n’en alimentait que plus fort toutes les conversations.


Une heure était passée depuis le réveil. Hammer appela Spring depuis l’arrière-salle.


– Eh ! Spring ! Demande à Bart pour ce que tu sais, OK ?


Comme par un fait exprès, Bart s’approchait à nouveau de leur fenêtre, que Spring ouvrit pour mettre son nez dehors. Le voyant, Bart l’interpella.


– Salut Spring, bien tôt pour causer ce matin, non ?

– Ouais Bart, ça fait un moment que je voulais te demander quelque chose. Tu me rendrais un petit service?

– Si ça n’est pas de me faire entrer dans ta cabane, je n’aime que le grand air, tu sais.

– Non vieux, je ne veux surtout pas t’empêcher de bronzer. C’est juste un truc qui m’intrigue : tu sais, quand tu passes de l’autre côté de la place, tu dois souvent remarquer l’inscription noire sur le sol. D’ici je suis trop loin et je ne vois rien. Tu pourrais me dire ce que c’est ?

– Tu sais, je ne fais pas très attention à ce qui se passe sous mes pieds, mais je crois que je vois ce que tu veux dire. Je ne me rappelle pas ce qui est écrit, mais il faudra que je me retourne en passant dessus la prochaine fois, je pense que l’inscription est à l’envers par rapport à ma direction. OK Spring, je tâcherai de te dire ça à mon prochain passage.

– Merci Bart. Sans blaguer, je suis vraiment curieux de savoir ce que c’est.


Ainsi fut scellé l’accord, puis chacun poursuivit ses occupations. Spring ferma le fenestron et Bart s’éloigna.


Spring retourna à son travail, excité à l’idée que sa curiosité serait satisfaite sous peu. Il en rata trois fois de suite l’opération de rattrapage de jeu qu’il devait pratiquer, comme chaque jour, sur un grand axe traversant la pièce. Se calmant, il y parvint enfin à la quatrième tentative puis entama une autre tâche en duo avec Hammer, lequel revenait du fond. Après une bonne suée en commun à pousser des barres, à faire tourner des roues crantées dent par dent, à relever des contrepoids agissant sur des ressorts spiraux servant de réserve d’énergie, Spring laissa Hammer et revint vers la fenêtre pour sa sempiternelle tâche de surveillance. Il finit par somnoler un peu et resta dans un état second pendant une bonne partie de la journée, oubliant Bart, oubliant tout ! Il faut dire que son travail principal, à part le réglage du jeu de l’axe principal, consistait surtout à intervenir quand une panne se présentait. Ce qui, il fallait le reconnaître, était plutôt rare. De plus, l’oreille entraînée de Spring lui faisait détecter les mal fonctions bien avant qu’elles ne soient visibles. Hammer prétendait d’ailleurs que Spring était capable de sentir les problèmes pendant sa sieste, en laissant seulement ses oreilles éveillées.


Ce n’est qu’en fin de journée que Spring récupéra suffisamment d’énergie, et qu’il songea à la demande qu’il avait faite à Bart. Il se posta au fenestron qu’il ouvrit en grand pour passer sa tête.


Bart approchait. Quand il fut à portée, Spring le héla.


– Eh Bart ! Alors, qu’est-ce que tu as vu ?

– Dis donc, je suis bien passé dix fois devant chez toi depuis ce matin, je croyais que tu étais pressé de savoir ton truc ?

– Désolé, le boulot… Alors ?

– Ben c’est bizarre, je n’avais jamais fait attention jusqu’à maintenant, mais ce n’est pas très compréhensible. Finalement je t’ai fait un dessin pour que tu voies mieux, tiens ! dit-il en lui passant un papier plié.


Spring s’en saisit, le déplia, le consulta longuement sans mot dire, avec une perplexité croissante. Sur le papier il y avait, dessiné au crayon de bois assez finement par Bart :


Réveils JAZ

Besançon

Mouvement 12 rubis


______ o ______


Jérôme Lescoubille sursauta dans son lit quand son antique réveil se mit à tressauter frénétiquement sur la table de nuit en émettant un raffut dantesque. La main de Jérôme s’abattit lourdement sur le bouton d’arrêt de la sonnerie, situé comme de juste au sommet dudit réveil.


Se disant que finalement il pouvait bien s’octroyer une minute de sommeil en plus, au diable le boulot, Jérôme mit aussitôt son héroïque décision en pratique en éructant un souffle imitant à s’y méprendre le flapissement d’un ballon aux trois quarts dégonflé perdant son air. Puis lui succéda un puissant ronflement à rendre jaloux le moteur d’un trente-huit tonnes gravissant le col du Lautaret.


______ o ______


– Ouch ! gémit Hammer, la tête carrément enfoncée dans les épaules par la violence du coup qu’il venait de recevoir.


Il fut propulsé directement vers Spring, lequel encaissa une de ces claques dans le dos qui comptent dans la vie d’un rouage. Sous cette impulsion, Spring dégagea automatiquement la clenche de sécurité qui laissa une barre de commande descendre dans les tréfonds de la machinerie, stoppant net le Grand Fracas.


Ils se massaient tous les deux qui la tête qui le dos pour effacer leurs douleurs, quand ils réalisèrent au même moment qu’au Fracas avait succédé un vrombissement puissant qui traversait les murs comme s’ils avaient été en papier.


Ils se regardèrent tous les deux, de la terreur dans les yeux.


 
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   socque   
4/6/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↓
"Spring avait toujours vécu en cet endroit, et n’avait d’autres souvenirs que ceux de son travail, et de la vue de la petite place blanche et nue qui s’étendait au delà de sa minuscule fenêtre." : c'est là que je me suis dit "tiens, on nous parle d'une horloge". J'ai un instant cru à une horloge de ville monumentale à cause de la description d'une "place"... mais non, c'était la piste de parcours des frères "Needles". OK.
"Si ça n’est pas de me faire entrer dans ta cabane" : là, je me suis dit "tiens, c'est un coucou". Mais ça ne collait pas, parce que Spring ne sortait pas à intervalles réguliers.

Bon, et puis il s'agit d'un réveil. Je ne déteste pas cette idée d'animer les éléments d'un mécanisme d'horlogerie, et pour moi la fin n'est pas mal trouvée, sauf que : si Spring et Hammer entendent ce qui se passe dans la pièce, pourquoi ne sont-ils pas conscients des bruits que fait Jérôme tous les matins en se préparant et le soir en se couchant ? Quid des dimanches de grasse matinée où le réveil n'est pas actionné ?

Une idée assez sympathique, donc, mais pour moi le texte ne l'explore pas bien ; il esquisse des grandes lignes mais ne "serre" pas trop les boulons.

   Anonyme   
12/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce n'est qu'à la moitié du texte que j'ai enfin deviné le contexte et su de quoi vous parliez. Le moins qu'on puisse dire c'est que l'histoire est vraiment originale ! Vous auriez pu tomber dans de la confusion, de l'approximation, mais pas du tout, ça se tient... comme un mécanisme d'horlogerie. Entre les différents personnages j'imagine que Galop est assimilé à la trotteuse. Il m'a bien amusé celui-là.

Une belle écriture au service d'une métaphore réussie, j'ai passé un moment de lecture court mais agréable.

   Cat   
2/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Fergas,

C’est certain, dorénavant je vais regarder mon réveil d’une manière plus attentive, essayant d’entendre parler les locataires.^^

Spring, Hammer, Needles et le galop (de la trotteuse)… l’accumulation de ces jeux de mots m’a vite mise sur les rails de cette histoire originale vue au travers de l’objet maudit des petits-matins.
Une belle écriture pour cette aventure qui se répète à l’infini.
Un moment agréable de lecture avec sa chute... terrifiante.^^

Merci pour le partage

Cat
en mode tic et tac

   Pepito   
2/7/2014
Bonjour Fergas,

Forme : pas de fioritures inutiles, de l’efficace métronomique.
J'ai remarqué un "remarquer un remarquable", pas de quoi sauter une dent.
Une marque française avec des noms de "personnages" english, why not ? ;-)
Pour les "needles", je suis pas sûr. Plutôt "watch hand", non ?

Fond : je suis un peu lent, je n'ai percuté qu'au mot came...
J'ai d'abord pensé à un mouvement Suisse (déformation professionnelle oblige) mais çà faisait trop de bruit. ;-)
Cette bonne marque JAZ, à mettre au rang des Solex, Panhard, et cie...

Un vrai conte de mécanicien.

Bonne continuation.

Pepito

   Neojamin   
2/7/2014
Bonjour Fergas,

J'ai beaucoup apprécié cette histoire. Si depuis le départ j'ai compris que l'intrigue se situait dans une horloge ou une montre, je suis resté suspendu à l'histoire jusqu'au dénuement final, peu original mais très bien amené.
Particulièrement apprécié ce passage:
"Jérôme Lescoubille sursauta dans son lit quand son antique réveil se mit à tressauter frénétiquement sur la table de nuit en émettant un raffut dantesque. La main de Jérôme s’abattit lourdement sur le bouton d’arrêt de la sonnerie, situé comme de juste au sommet dudit réveil."

Un joli petit conte qui mériterait peut-être de s'étendre un peu plus...je me suis attaché aux personnages et leur existence "absurde"...
en m'emportant un peu, j'imagine tout de suite l'intrigue évoluer, le réveil tombe en panne et les Galop, Needles, Spring et Hammer sortent de leur routine...
Un bon moment en tout cas, ingénieux et très divertissant, Merci!

   Louis   
4/7/2014
Dans ce récit, on ne se réveille pas le matin, mais au matin on entre dans un réveil. Et il est habité, ce réveil ; on y loge dans cette horloge. Parlante, mais ne dit l'heure pourtant, mais comment elle se fait. Comment il se fait aussi, qu'une sonnerie se déclenche. On est encore dans une « horloge biologique », dans le sens où l'on prête vie aux résidents du réveil-horloge.
Vie et mouvement sont assimilés ; seuls les éléments dynamiques du réveil sont personnifiés.
Les autres, qui ne bougent pas, juste des logeurs, constituent bien sûr une demeure, une boîte, une usine à produire le temps social, tout un univers mécanique.

Hammer et Spring, dont les noms en anglais disent suffisamment leur fonction dans le mécanisme du réveil, sont frappés par cette idée qu'il y a des heures « tapantes » : ainsi la septième heure frappe, tape, fait mal. Il y a des heures douloureuses. Sept heures tous les matins, ça cogne particulièrement, et c'est suivi d'un «  Grand Fracas  », celui de la sonnerie.

Il y a un intérieur et un extérieur, dans cette boîte à temps. L'extérieur est une place, que parcourent les frères Needles ( les aiguilles ), dans laquelle ils tournent, en font continuellement, inlassablement, le tour.
Le temps est spatialisé, il est espace et mouvement. Le cadran est une place « blanche et nue »
L'intérieur constitue, lui, un grand mécanisme.
Les éléments personnifiés du réveil n'en comprennent pas le fonctionnement, et pourquoi se produit, chaque matin, la sonnerie du «  grand fracas  ».
Elle les intrigue, leur apparaît comme une anomalie dans le fonctionnement bien réglé de leur monde. Tout est mouvement, régulier, répétitif, mais il y a cette intervention sonore. Régulière pourtant, elle aussi. Mais douloureuse, sonnante et surtout frappante.

Ce qui les frappe leur paraît étrange parce que cela suppose une intervention extérieure à leur monde mécanique. Les hypothèses sur l'origine de l'anomalie sont toujours recherchées dans leur univers, dans les lois qui le gouvernent, dans des « synchronies » remarquables, à la rigueur dans un sous-sol de leur monde, « Selon Hammer, le bruit provenait du Grand Mécanisme lui-même,
dans les profondeurs des sous-sols de leur propre immeuble. », mais jamais dans une extériorité. Or, leur monde n'a pas de sens, et ne s'expliqua pas vraiment avec les seuls constituants internes à leur univers.

Bien sûr, les habitants du monde mécanique, qui font eux-même partie de ce monde, réussissent à trouver, à peu près, le comment de la sonnerie, mais non le « pourquoi ».
Cette explication ne pourrait être trouvée que dans un monde autre, qu'ils n'imaginent même pas.
Ils perçoivent pourtant, à la fin du texte, un « vrombissement puissant », qui les terrorise parce qu'inexplicable, et venu du dehors de leur univers.
Une inversion semble se produire : ce n'est pas le réveil qui sort le dormeur de son sommeil sans conscience ; c'est le dormeur qui, par le ronflement qu'il produit, réveille l'horloge-réveil, et rend conscients les éléments de son mécanisme.

Une « marque » écrite est découverte dans l'univers-horloge. Mais elle ne parle pas aux habitants de cet univers. Elle ne révèle pas le « mystère ». Ce sont des signes qui renvoient, eux-aussi, à un au-delà de leur monde, dont ils n'ont aucune expérience. Ils ne peuvent donc leur parler, et faire sens.

L'auteur semble reprendre ici l'identification faite au XVIIème siècle entre l'univers et le mécanisme d'une grande horloge. On cherchait alors le Grand Artisan, l'Horloger divin. Mais ici, il s'agit de dire surtout que nous sommes, nous humains, semblables aux Hamer, Spring et autres Needles, incapables de penser une extériorité à notre monde, un ailleurs peut-être non mécanique au grand mécanisme.

Nous sommes pris dans l'espace et le temps, et ne concevons pas un ailleurs hors de ces deux dimensions.
Un « ailleurs » tout de même difficilement imaginable, et surtout inconnaissable.
Il est fort probable que nous ne puissions jamais outrepasser les limites spatio-temporelles... Mais l'univers contenu dans ces bornes est déjà tellement divers, varié, immense, infiniment riche, alors...

Cet « ailleurs » permettrait de donner sens à la douleur, et plus généralement à la souffrance, et ainsi de lui ôter son absurdité. On ne veut se résoudre à l'absurdité du mal...

Un texte donc tout à fait intéressant.

   MariCe   
10/7/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Fergas,

Un récit vraiment original ; j'étais d'abord partie sur une fausse piste en lisant Spring et le titre, je pensais à la valse des saisons. Ce n'est qu'au milieu du chemin que vous m'avez aiguillée...
Belle écriture.

   margueritec   
11/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai bien apprécié cette nouvelle où pour moi le suspens a été jusqu'à la révélation du "motif". Je ne comprends rien aux mécanismes (sourire). Et, pourrais-je désormais m'équiper en réveil à "l'ancienne" ?

Récit bien mené, alerte. J'ai été sensible aux variations d'écriture (narratif, discours indirect libre : "Ah si ! Il y avait le sportif, là ! Galop, il s’appelait. Celui qui était toujours à courir comme un dératé sur la petite piste d’exercice située au bas de la place., " Cette fois-ci, peut-être, il y penserait. Sûr, il allait le lui demander dès que Bart pointerait son nez.", qui participent à donner de la vie au texte.


Merci pour cette lecture revigorante.

   Coline-Dé   
8/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Personnaliser les objets n'est pas facile ( si l'on veut être intéressant) Ici le pari est tenu de façon particulièrement originale puisque UN objet donne vie à plusieurs personnages ( et bravo pour les noms, sauf peut-être Spring que je n'ai pas compris, mais les frères Needles sont une vraie trouvaille !) Et non seulement à des personnages, mais à tout un environnement logique.
Pas de doute, c'est de la belle mécanique !


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