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Réalisme/Historique
FlorianP : À un si près
 Publié le 15/06/20  -  8 commentaires  -  11918 caractères  -  78 lectures    Autres textes du même auteur

New York, septembre 1998, avant les premières lueurs du jour, un homme en costume marche l'esprit préoccupé.


À un si près


Deux dés s’échappent de la main pour une trajectoire en cloche, roulent sur eux-mêmes, rebondissent sur le sol, se percutent et, dans un souffle retenu, s’immobilisent. Le silence ne dure pas. Des cris, des râles, des jurons avec de forts accents étrangers s’entrechoquent. Un groupe de migrants cherche fortune sur un pont. Des équations envahissent l’esprit de Robert, des probabilités, des chiffres et des chances de l’emporter. Comment miser pour maximiser ses gains : lui, il sait.

En cette fin d’été 1998, Robert Cox Merton, la cinquantaine, marche sur Lexington avenue. Vêtu de son costume trois pièces bleu marine, il porte, de la main droite, une mallette sombre. Il ne lève pas les yeux au ciel vers le City Group Center, il ne voit pas les devantures des magasins encore fermés, il ne rêve pas de la jupe de Marylin Monroe s’envolant, à l’angle de la 52e rue, sous le souffle d’une bouche de métro. Son esprit préoccupé reste imprégné par cette image des cubes blancs piqués de points noirs, de ce petit groupe d’hommes déracinés qui espèrent une combinaison miraculeuse. Il cherche à localiser ce souvenir, pour le prolonger et rejeter ses soucis qui, inlassablement, reviennent.

À New York, la nuit ne s’est pas encore dissipée, elle enveloppe cette ville qui ne dort jamais. Les phares des voitures circulent à sens unique au rythme des feux tricolores. Les taxis jaunes transportent les noctambules et les lève-tôt. Des volutes d’essence, de cafés et de nourritures grasses parviennent aux narines.

Un signal vert, Robert traverse. Machinalement. Sans prendre la peine de regarder. Un violent coup de frein et de klaxon l’arrachent à ses songes. Son cœur palpite. Il voit le nez de la Ford si proche de lui. Ce sauvetage de justesse serait-il l’œuvre de sa bonne étoile ? Le chauffeur l’insulte. Hébété, Robert regarde devant lui. Voit le bonhomme rouge. Il constate son erreur sans la comprendre.

Sous la charge d’une nouvelle invective, il recule.

Ford, bonne étoile. Des souvenirs se mélangent. Jeune, il pensait devenir ingénieur automobile. Sa passion pour les voitures l’avait même conduit à travailler deux étés de suite pour le premier constructeur mondial. Son seul emploi à temps plein non universitaire. Sans doute la promesse d’une vie plus linéaire, moins stimulante, et sûrement moins riche en émotion. Mais aujourd’hui, à la lumière des récents évènements, il préférerait être cet ingénieur automobile à la vie bien rangée.

Son téléphone sonne. C’est John. Tout juste levé, il vient aux nouvelles. Robert ne décroche pas. Ses cernes sont profonds, bleutés. Son visage, si jovial avec son front haut, son nez fin, ses pommettes rouges, s’est terni, voilé d’inquiétude. D’incompréhension aussi. Il cherche l’origine du problème, le terme manquant.

Il pénètre dans Grand Central Terminal, cette gare mythique, la plus importante au monde, tout juste rénovée. Dans le hall principal, à trente-huit mètres de haut, le plafond a retrouvé son ciel turquoise et ses constellations d’étoiles, œuvre de Paul César Helleu, jusqu’alors recouverte d’une épaisse couche de suie. En suspension au centre, un immense drapeau américain plonge haut au-dessus des têtes. Les chaussures vernies de Robert tracent une ligne rectiligne sur le marbre de couleur crème. Il connaît parfaitement les lieux. Sans perdre de temps, il achète son journal, son café et son billet.

Déjà, des vies s’entrecroisent par centaines, entrent et sortent de la gare, se dirigent vers les quais. Robert trouve sa file et la suit. La stridence du freinage de son train lui perce les tympans au moment où son téléphone sonne à nouveau. John encore.

John connu pour garder en toute circonstance son sang-froid. Gagnant ou perdant, la même expression neutre, légèrement préoccupée. La panique semble le gagner lui aussi. Et il y a de quoi.

Robert ne décroche pas. Il grimpe dans le wagon, trouve une place assise, pose sur la tablette devant lui son café fumant et son journal plié. Le train démarre, il regarde par la vitre les hauts buildings du centre de New-York défiler dans la nuit qui s’enfuit. Dans quarante minutes, il atteindra sa destination. Greenwich dans le Connecticut, une petite ville paisible, située le long du Détroit de Long Island. Il veut profiter de cette parenthèse, s’offrir un temps de répit.

Il ouvre le journal, le feuillette, survole les pages économiques, ne s’y attarde pas. Les graphiques et les titres lui suffisent. Son regard retourne au dehors, l’envoie vers ses souvenirs.

Vers son père, son meilleur ami depuis quarante ans, comme Robert aime à le dire. Lui qui l’a initié à ses deux passe-temps préférés, le baseball et le poker, et qui, par la force de l’exemple, lui a transmis le goût de l’effort, la capacité à clarifier et exprimer sa pensée. Robert l’a presque tous les jours au téléphone. Dans la tourmente son père le soutient. À l’inverse de ceux qui, il y a encore quelques semaines, sollicitaient sa présence et son avis, sur tout et sur rien, et qui, aujourd’hui, se détournent, baissent le regard à son approche, prétextent, à son arrivée, un verre à aller chercher ou une envie pressante à honorer.

Les relations. Robert en a le sens et a su en profiter. Grâce à sa mère qui lui a appris la compassion et la sensibilité aux sentiments des autres, qualités reconnues et appréciées par ses mentors, collègues et amis. Grâce aussi à sa bonne étoile. Par hasard, alors qu’il faisait son doctorat de mathématique à Cal Tech, il était tombé sur ce livre consacré à l’économie mathématique, si pauvre scientifiquement qu’il s’était dit qu’il pourrait probablement faire quelque chose dans ce domaine. À huit ou neuf ans, il avait inventé sa première banque et suivait le cours de la bourse depuis le collège. Emporté par l’idée de mêler son travail à sa passion, il avait donné sa démission à son directeur de thèse et postulé dans une demi-douzaine de départements réputés. Un seul l’avait accepté : le Massachusetts Institute of Technology. Une opportunité, des enseignements et des rencontres extraordinaires. Après seulement quelques échanges lors d’un cours, Paul Samuelson engagea Robert comme assistant de recherche. Paul Samuelson obtiendrait deux ans plus tard, en 1970, le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel. Comme deux autres professeurs de Robert, Franco Modigliani en 85 et Robert M. Solow en 87. Apprécié de tous, Robert avait fait son nid au MIT, s’était épanoui au milieu de ces cerveaux féconds et avait enrichi de ses équations son nouveau domaine de recherche.

Il repense à cet âge d’or. Et, à cette évocation, un sourire s’incruste sur son visage, éclaire ses yeux tristes. Des moments fraternels lui reviennent, des bouffées de confiance touchante, des souffles de riches échanges. Ils lui insufflent un peu de force.

Il reprend son journal. L’affaire Lewinsky ébranle encore La Maison-Blanche, deux pleines pages sont consacrées à la relation entre le président de la république et la jeune stagiaire, aux accusations récentes du rapport établi par le procureur Kenneth Star. Comme toute l’Amérique, Robert a suivi ce feuilleton. De toute manière, il n’y avait pas moyen de l’éviter. Quelque part tant mieux se dit-il. Cela focalise l’attention sur autre chose, évite de mettre en lumière une autre affaire, celle qui le concerne.

Il tourne les pages. Lit les articles sur la crise financière russe.

Son train arrive en gare, il descend. Consulte son portable. Un message de John. Robert ne l’écoute pas. Un appel de Myron. Il prend :


– Salut Myron, j’arrive à Greenwich et toi tu en es où ?

– Je m’apprêtais à partir. Je serai là dans une heure.

– OK parfait !


Il raccroche. Le soleil darde ses rayons sur la petite ville qui s’anime. L’un d’eux se reflète sur une vitre de l’immeuble d’en face et l’éblouit. Un taxi stationne sur la droite. Un client récupère sa valise dans la berline noire. Parfait ! Il prend la suite, monte. Donne l’adresse. One East River Street. Cinq minutes de route.

Cinq minutes de répit.

Ses pensées se tournent à nouveau vers son père. Le bonheur d’avoir pu, à quelques années d’intervalle, partager les honneurs ultimes décernés pour leurs travaux respectifs. Son père d’abord, en 1994, premier sociologue à obtenir la National Medal of Science. Puis lui, trois ans plus tard, à Stockholm, pour le prix de la Banque de Suède. Récompense reçue avec Myron Scholes et le regretté Fischer Black. Toute sa famille avait fait le déplacement, ses deux sœurs et ses trois enfants. Seule sa mère, décédée six ans plus-tôt, manquait à la fête.

Il voudrait pouvoir respirer plus longtemps les réminiscences de cette reconnaissance immense mais la voiture s’engage sur East River Street. Elle s’arrête devant la barrière amovible.

Le siège de la Long-Term Capital Management cache son bâtiment moderne, en verre sombre et parement de calcaire, derrière un feuillage verdoyant. Cinq ans auparavant, John Meriwether, génie de la finance, ancien vice-président et chef du négoce d’obligations chez Salomon Brothers, est sorti de sa retraite dorée pour fonder cette société de gestion de fonds spéculatifs, en compagnie de la crème de la finance, dont Robert C. Merton et son collègue – et ami – Myron Scholes. L’équipe prestigieuse fascine le monde de la finance : tout le gratin des banquiers new-yorkais se précipite pour leur confier leurs économies. Des banques nationales étrangères aussi, la banque d’Italie, la banque japonaise Sumitomo, la banque de Chine, l’Union des Banques Suisses. Chacune apporte plus de 100 millions de dollars. Pour sécuriser ses investissements, le fonds s’appuie sur le modèle développé par Merton, Scholes et Black. Et cela marche ! Au-delà des espérances. La rentabilité donne le tournis : 20 pour cent de gain nets en 1994, 43 en 1995, 41 en 1996 et 17 en 1997 ! Mais, l’année qui suit, voilà que le rouage se grippe. La crise asiatique entraîne la Russie, incapable d’assumer sa dette. L’action chute, la panique se propage, les investisseurs se tournent vers les emprunts d’États américains, jugés plus sûrs, et délaissent les actions en baisse. La LTCM qui avait déjà perdu 750 millions sur le second trimestre 1998 perd 1,7 milliard en août.

On est le 18 septembre, Robert et les autres co-fondateurs ont beau se démener, depuis le début du mois, c’est encore près d’un milliard de perte qui s’ajoute.

L’économiste règle sa course de taxi. Il laisse un pourboire au chauffeur. Prend une grande inspiration et sort de la voiture.

La rumeur d’une probable faillite a déjà commencé à se répandre. Elle parviendra dans la journée aux oreilles du gouverneur de la réserve fédérale de New York. Le dimanche 20 septembre, une délégation de la FED et du Trésor américain se rendra à Greenwich constater les dégâts et l’impact colossal sur les marchés du monde entier. Le séisme va se propager et le plan de sauvetage à 3,6 milliards de dollars, décidé en catastrophe trois jours plus tard, ne pourra l’endiguer. Dans les grandes banques des têtes vont tomber, des licenciements par milliers vont pleuvoir et toute l’économie mondiale sera déséquilibrée pendant plusieurs mois.

Comment les choses ont-elles pu déraper à ce point ? Avec tout ce condensé d’éminents spécialistes et génies de la finance ?

Robert aura ces quelques mots : « Stricto sensu, il n’y avait aucun risque. Si le monde s’était comporté comme il l’avait fait par le passé ». Tout ne réside-t-il pas dans ce « si » ? Dans cette exclusion de l’inconnu. De l’imprévisibilité des marchés, de l’homme, du futur. De ce monde plus complexe qu’un jeu de dés, riche de cette incertitude qu’aucun modèle ne parviendra à l’appréhender dans son entièreté.

On peut le nier, le rejeter, l’oublier. Un temps. Le hasard fait bien les choses pour nous rappeler son inéluctable présence.

Mais on finit par l’oublier. Comme cette histoire.

Pour reproduire les mêmes erreurs.


 
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   cherbiacuespe   
25/5/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un autre économiste célèbre, Friedrich Hayek, expliquait grosso modo que les crises successives du capitalisme venaient à point nommé pour épurer le monde économique. Ce qui est mal géré disparaît, le reste survit et grandit, si tant est que l'on ne fait rien pour interférer dans ces affaires. Ce qui fait fi de la sociologie humaine...

Bon récit sur l'histoire économique en prenant un célèbre économiste (récompensé) en référence. Le récit est clair, limpide. On peut suivre le déroulement des pensées de Merton sans se sentir déconnecté par un jeu d'écriture sans faute et évitant l'écueil d'explications et termes nébuleux sur la finance.

Petite piqûre de rappel pour ceux qui auraient oublié les crises de plus en plus graves subie par une économie devenue folle. La croissance dans un espace fini est un leurre trop souvent ignoré. Le sujet de ce texte est donc très intéressant en ce sens.

Cherbi Acuéspè
En EL

   vb   
16/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
Merci pour ce texte bien écrit et on ne peut plus réaliste puisqu'il relate un moment de la vie d'un économiste que je ne connaissais pas mais est un de nos contemporains.
J'ai beaucoup aimé votre manière de décrire l'ambiance new-yorkaise. La scène où le héros passe au rouge m'a semblé bien réussie. (J'ai pensé à Trois chambres à Manhattan de Simenon.)
Le récit tient le lecteur en haleine grâce à de petites phrases bien placées "il y a de quoi" ou "celle qui le concerne" qui replacent l'attention du lecteur au cœur du récit.
Cependant, la chute du récit (trop factuelle à mon goût) m'a laissé sur ma fin. J'aurais aimé mieux comprendre la déchéance physique et morale du personnage.

   maria   
15/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour FlorianP,

j'ai éprouvé de la sympathie pour Robert Cox Morton et je me suis demandé s'il n'aurait pas dû continuer ses travaux plutôt que de mettre en pratique ses brillantes recherches sur "comment miser pour maximiser ses gains".
Le capitalisme en théorie est certainement moins dangereux que dans la réalité.

L'écriture est fluide, très agréable à lire. Le personnage est intéressant mais pas assez développé. J'aurais lu avec plaisir un texte plus long, avec ce style qui m'a beaucoup plu.

Merci et bravo pour ta première nouvelle ici.
Très bonne continuation.

   Corto   
15/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Cette nouvelle se tient sur deux pieds solides, la forme et le fond.

La première partie qui fait déambuler le lecteur dans New York m'a ravi avec ses clins d’œil à l'ambiance, dans la circulation ou dans "Grand Central Terminal, cette gare mythique". Des souvenirs personnels m'ont aidé à visualiser ces scènes où "des vies s’entrecroisent par centaines, entrent et sortent de la gare".

Le téléphone qui sonne avec insistance fait monter la tension au milieu d'un tableau de vie somme toute ordinaire.

Le nœud se noue avec une phrase venue comme par inadvertance "Dans la tourmente son père le soutient. À l’inverse de ceux qui, il y a encore quelques semaines, sollicitaient sa présence et son avis, sur tout et sur rien, et qui, aujourd’hui, se détournent, baissent le regard à son approche".

Nous voilà au cœur du vrai problème, nourri avec moult références prestigieuses.
Mais le voyage finit, comme finit l'aventure financière gérée par ce petit génie qui "À huit ou neuf ans... avait inventé sa première banque et suivait le cours de la bourse depuis le collège."

Tout marchait si bien, depuis des années: « Stricto sensu, il n’y avait aucun risque. Si le monde s’était comporté comme il l’avait fait par le passé ».

La morale de l'histoire a quelque chose de rassurant: l'homme ne se réduit pas à des mathématiques. Mais certains ont tendance l'oublier.

Ce récit est convaincant, impeccablement construit, au point qu'on se demande si après la conclusion on ne reviendrait pas au tout de début de l'histoire, lorsque "Deux dés s’échappent de la main pour une trajectoire en cloche, roulent sur eux-mêmes, rebondissent sur le sol...Un groupe de migrants cherche fortune sur un pont...Comment miser pour maximiser ses gains : lui, il sait."

Un observateur cruel aurait soufflé dans l'oreille de Robert "Je sais que je ne sais rien" (Michel de Montaigne).

Un vrai plaisir de lecture: Merci et bravo à l'auteur.

   Vincente   
16/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
La démonstration est menée avec une belle maîtrise dans ce texte pour replacer la "formidable" expertise économique à une place bien plus modeste, et très relative. J'ai trouvé très percutante la construction narrative et la qualité d'écriture précieuse pour donner la pertinence indispensable à ce genre d'évocation.

Les chiffres pour la plupart d'entre nous sont des notions froides bien rebutantes, les mathématiques ne parlent de haut vol qu'à quelques élus et l'économie fluctue sous nos yeux de façon si erratique que face à ce tout sibyllin, nous sommes, nous les gens "basiques", bien démunis pour les appréhender. Alors quand au travers d'une "reconstitution" bien synthétique, avec un fond "humain" bien véritable, un auteur vient nous proposer une version qui peut se prévaloir d'être vision d'une certaine manière, il y a lieu d'apprécier.

Rien ne m'a donc dérangé dans ce plaidoyer pour la prise en compte d'un "si" qui se révèle une fois encore être le "maître mot[/i]" de ce qui donne le sel de la vie, cette part d'improbable qui la rend excitante bien que "risquée", naissante et renaissante… mais pour renaître ne faut-il pas mourir, un peu ou beaucoup ?

   hersen   
16/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'homme est ainsi, il parie sur ce qu'il n'a pas, il parie sur le passé pour reproduire un futur.
La question n'est pas qu'il le sache ou pas, mais plutôt cette impression d'invulnérabilité venant de soi-disant "connaissances" qu'il aurait acquises.
Faut-il lire des auteurs économistes ? Oui, si on veut connaître le passé. Sinon, autant se projeter dans le vol d'un papillon, ce ne sera pas moins efficace !

Cette impunité que nous voulons exercer sur l'impondérable est du gambling sur la vie. Ici économique; mais il y en a bien d'autres facteurs et conséquences, nous ne sommes pas prêts de lâcher ce schéma !

Le ton de la nouvelle convient tout à fait à la démonstration et l'écriture est dynamique, ne se prend pas les pieds dans le tapis.

Donc cette nouvelle forme un ensemble cohérent, intéressant à suivre.

L'auteur aurait pu aller un poil plus loin, offrir une perspective plus inattendue basée ici sur "je perds ou je gagne".

Merci de la lecture !

Edit : je me suis demandé s'il y avait un jeu de mot dans le titre, du genre, une nouvelle qui sent le sapin ?

   plumette   
16/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
un récit documenté, bien construit, bien écrit qui tient le lecteur en haleine.

j'ai beaucoup aimé le début, la trajectoire de cet homme qui est préoccupé et s'accroche à des images pour fuir une réalité dont il sait qu'elle va s'imposer.

A partir du moment où le texte devient explicatif, pour que le lecteur comprenne de quoi il s'agit, j'ai été moins intéressé. A cause du sujet sans doute, qui est bien loin de mon univers mental.

le récit du parcours universitaire de Robert dans un long paragraphe, le nom de tous ces grands spécialistes dans un autre paragraphe, avec leurs distinctions, ont alourdit inutilement le texte pour moi, mais je comprends que certains aient apprécié le côté documentaire puisque vous vous appuyez sur une histoire vraie.

Lorsque Robert pense à sa mère ou a son père, je retrouve son humanité.

l'histoire date de 1998: une période où, en France, le téléphone portable n'était pas encore à ce point banalisé, mais dans le monde de Robert, je suppose qu'ils étaient à la pointe de la technologie.

Vous l'aurez compris, c'est surtout l'intériorité de Robert qui m'a intéressée!

Puisque c'est votre première publication ici, Bienvenue! En espérant que vous aurez envie de proposer d'autres textes.

   Alfin   
17/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour FlorianP,
Quelle belle écriture ! Bravo, il y a dans cette nouvelle, la maîtrise de la langue et du sujet. Les descriptions sont fluides. Le personnage très bien présenté, avec les apports psychologiques du père et de la mère qui ont façonnés sa personnalité... du grand art.

Une première sur Oniris mais il y a de l’expérience d’écriture là-derrière ou alors une qualité innée qu’il faut exploiter. On sent tout le plaisir d’écriture.

Le déroulé de l’histoire est en dehors de l’action, le déplacement d’un homme de son domicile à son bureau. Pendant le trajet, on apprend les traits de son caractère, sa passion pour les chiffres, et ensuite progressivement le contexte, l’histoire personnelle et enfin l’Histoire économique et la place de Robert dans celle-ci.

Les derniers paragraphes sont une pirouette pour ne pas entrer dans un roman. Pour rester dans une nouvelle. Pourquoi pas. Mais une nouvelle de 100 000 caractères était possible aussi avec la difficulté de la recherche documentaire. En effet, tout semble vérifié, le temps de trajet, l’actualité du président Clinton, la rénovation de Grand Central…

Bref une nouvelle dense où l’on ne s’ennuie pas.
Merci pour le partage !


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