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Sentimental/Romanesque
gorgonzola : Chroniques de la pitié (III) - Ou comment attirer sur soi la compassion d'autrui quand on a une vie de merde
 Publié le 16/04/08  -  6 commentaires  -  4179 caractères  -  14 lectures    Autres textes du même auteur

Le froid, la fleur, la blonde et encore le froid...


Chroniques de la pitié (III) - Ou comment attirer sur soi la compassion d'autrui quand on a une vie de merde


-----III-----



Je vis de rancœur. C’est mon carburant. Ou plutôt, le tout dernier lien qui me rattache à cette basse terre. Rancœur envers le monde ; rancœur envers la vie ; rancœur envers les hommes ; rancœur envers tout et j’en passe…


S’il y a bien une chose que j’ai apprise, c’est que l’amertume transcende toutes les limites. C’est un des rares sentiments qui ne connaît ni le temps qui l’assaille, ni le bonheur qui l’assiège, ni rien d’autre que lui-même. L’amertume nourrit tout. Elle nourrit la haine et la peine, alimente l’aigreur et le dégoût. Meilleure amie de la solitude et compagne du silence, elle ronge les hommes comme le font les lions des savanes avec leurs proies : le plus faible et le plus fragile, en premier.


Cette rancœur, je ne l’avais pas étant enfant. J’étais jeune. J’étais insouciant. Je ne savais pas le malheur. Je ne savais pas le désespoir. Je ne connaissais pas la désillusion.


Je vivais en prince dans le royaume de l’amour et de l’affection. Mon roi était mon père ; ma reine, ma mère.


Bien souvent, pour un enfant qui découvre le monde, les parents sont cet astre parfait que la fleur fraîchement éclose suit comme son ombre, de l’aube au coucher. Il s’épanouit à leurs rayons et, chaque soir, s’endort le cœur empli de leur tendresse.


Ah, qu’ils sont bons ces instants-là !


Seulement, toutes les bonnes choses ont une fin. Et que celle-ci est dure ! Plus même que toute autre !


Car un jour on a dix ans. Un jour, on a douze ans. Un jour, on a quatorze, seize, dix-huit ou vingt ans. L’âge n’a plus d’importance. Ce jour-là, on se rend compte, trop tard malheureusement, que des nuages atténuent la chaleur de ce soleil qui n’a plus rien de parfait, qui a perdu sa splendeur et qui s’abaisse au rang de la foule.


Ce matin, la fleur s’ouvre sur un froid de givre. Elle a beau se recroqueviller sur elle-même, rien n’y fait. Elle est seule, vidée, jetée… Puis l’astre ne se lève plus à l’aube. Les nuages ne se dissipent plus. La terre s’envenime de ce poison qu’est la rancœur. La fleur n’a plus d’autre choix que de l’absorber, s’en imbiber, s’en étouffer. Elle fane…


Elle fane mais ne meurt pas, non. Elle poursuit son existence et j’en suis un pétale. Un pétale que le venin entretient. Un pétale qui se meurt car son corps pourrit mais ne peut rien y faire. Un pétale qui voit son corps se consumer, son âme s’écrouler et son corps s’effondrer…


L’hiver se refait sentir. Il ne m’a pas manqué.


Chaque matin, deux semaines durant, mes mains gelèrent et mon corps se brisa contre le vent glacial qui submerge tout. À Tunis, vous avez, avec l’hiver, le froid qui vous fend les os. Mais même le réconfort enfantin de la neige, dans ces moments-là, ne vous vient jamais.


À Tunis, en hiver, le ciel est gris et froid, certes, mais pas plus que les cœurs. Les visages sont pâles, les mines renfrognées.

La blonde d’en face a perdu son mari, le videur. Paix à son âme.

Elle a pleuré. Pleuré comme jamais. Et elle souffre… comme jamais. Elle a perdu son pétale, sa seule, unique et ultime raison de vivre. Le poison l’a eue !


Mais cela s’est passé il y a deux semaines maintenant. Elle a repris le cours de sa vie… Vous ne l’avez pas vue, vous ! Vous ne l’avez pas vue, plusieurs jours durant, venir le matin avec une demi-heure de retard, chaque fois. Vous ne l’avez pas vue, ouvrir son salon de coiffure, tous les matins, avec l’enthousiasme d’un condamné sur le chemin de la corde. Vous ne l’avez pas vue, crier sur ses clientes parce qu’elles n’ont pas utilisé le bon shampoing ou s’excuser d’avoir raté une coiffure parce qu’elle pensait à son avenir incertain. Vous ne l’avez pas vue, passer dans la deuxième moitié de sa boutique, l’après-midi venu, pour trancher des côtes, laminer des filets, débitant la viande avec la force du désespoir et de la peine.


Vous ne l’avez pas vue. Et qui ne l’a pas vue ne sait pas ce qu’est le malheur. Et qui l’a vue ne saurait se plaindre…


Le froid n’a pas que des « inconvénients ». Certaines fois, il adoucit mes nuits. Il anesthésie ma peine, il fige ma douleur et enivre mon esprit qui en oublie sa solitude.



 
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   David   
17/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonsoir Gorgonzola

J'ai bien aimé la première chronique, elle m'a enmené à la seconde, la plus chouette lecture des trois, mais celle là intrigue un peu, ça tourne à l'absurde cette arrière boutique d'un salon de coiffure où la blonde fait la bouchère...ah ça y'est, au début du premier opus: "coiffeuse le matin, charcutière l'aprés midi", il semble que le héros soit une sorte d'anti-séducteur, dont le titre serait la maxime...

   Anonyme   
19/4/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Texte très court avec une longue mise en place.

Un discours sur l'amertume puis la rancoeur.

Suit un exposé sur les joies de l'enfance avant qu'il ne découvre les choses de la vie Une vie comparée à une fleur qui fane sans mourir soutenu par le poison qu'elle absorbé (la rancoeur).

Quelques lignes plus tard on change brutalement de sujet pour s'intéresser à la femme dont le mari videur vient de mourir. De sa belle mort ou tué? On aimerait savoir Dans la deuxième hypothèse elle pourrait avoir de la rancoeur contre les assassins de son homme. Là le narrateur nous dit qu'elle n'a que du désespoir et de la peine. Où est le lien avec la première partie?

L'histoire se termine par un plaidoyer vibrant fort bien écrit.

Dans le fond le texte est un peu déséquilibré, à mon sens la première partie trop importante pourrait s'affranchir de la deuxième qui lui a été accrochée pour servir de chute

   calouet   
4/5/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Quelques lourdeurs, quelques phrases un peu trop longues à mon goût, ce qui tue un peu la clarté du message parfois... Mais ça se tient quand même bien. J'irai lire la (les?) suite(s)

   widjet   
13/5/2008
 a aimé ce texte 
Pas ↑
L'intrigue est mise entre parenthèse pour faire place à nouveau aux doléances et aux plaintes du héros. Tant de déprime (c'est pas autobio au moins ????) peut finir par lasser mais l'écriture s'améliore lentement...

Je reste pour les récits suivants....

   Ariumette   
13/5/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
Que se passe-t-il? voilà que le hero montre un brin d'humaine pitié! Cette parenthèse dans le récit ne m'a pas vraiment convaincu, désolée. Il me semble qu'un caractère aigri qui ne se souvient en rien de la douceur de l'enfance aurait été plus adequate (attention ce n'est que mon avis!!) De plus je trouve le couplet sur l'enfance un peu larmoyant et "déjà vu". Pour ce qui est du style c'est vrai qu'il semble plus soutenu ce qui correspond bien à ce passage néanmoins le style brut allait bien au personnage au début... Mais je continue l'aventure!

   Menvussa   
22/12/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
Il se passe quelque chose, mais si peu, cela devient monotone, sans les violons.


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