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Réalisme/Historique
hersen : C'est le métier qui rentre
 Publié le 27/11/20  -  15 commentaires  -  7462 caractères  -  81 lectures    Autres textes du même auteur


C'est le métier qui rentre


Les bateaux à l’ancre dansaient tranquillement dans le matin naissant. Tout dormait encore à bord, ils semblaient des mastodontes sympathiques, paresseux.

Seul un bâtiment était à quai et les préparatifs de départ s’accéléraient. Les promeneurs matinaux pouvaient entendre, au son des voix impérieuses des marins s’affairant, qu’ils arrivaient à peine en avance pour admirer le bateau quitter le port, un instant de joie pure, les pieds campés au sol et le regard au loin.


Joaquim ouvrit les volets, laissant entrer le soleil dans le magasin. Il entendit le pépiement des nombreux oiseaux nichant dans les arbres le long de l'avenue. Encore apprenti épicier, bien que fils du patron, il s'amusait chaque matin des ombres dansantes, les oranges et les caisses de bière soudain animées. Ce jour-là, un rayon malin jouait sur une latte du plancher légèrement déplacée, près du comptoir. Le jeune homme restait là, à rêvasser, titillant le morceau de bois du bout du pied. Il imaginait un pays lointain, à la portée de voiles blanches et de ciel bleu.


Son père vendait de tout. Il suffisait qu'un client lui dise, oh, Pedro, tu n'as pas cette marque-là ? pour qu'aussitôt l'épicier se ruât sur les catalogues des grossistes. Pour cette peine dispensée, la clientèle lui était fidèle, d'autant que les heures d'ouverture couvraient bien les trois quarts d'un jour entier.


Le père de Pedro, Afonso, avait commencé en vendant des boîtes de thon sortant de la conserverie. Il les vendait à la sauvette, gagnant tout juste de quoi nourrir sa famille, mais avec autre chose que du thon en boîte, cela restait trop cher pour ses maigres ressources. Puis, de fil en aiguille, ou de thon en sardine, il monta un réseau. Il acheta en plus grande quantité, créa une équipe de vendeurs, pauvres gars sans famille parcourant la région à pied ou à vélo, s’enfonçant dans les terres où ils avaient beau jeu de vanter un poisson du port. Afonso finit par passer plus de temps à compter les bénéfices qu'à vendre lui-même, jusqu'à avoir de quoi acheter un petit fond de commerce, une pièce exiguë tout en longueur, si étroite qu'il dut lui-même fabriquer un comptoir aux mesures de l'endroit, ajusté au passage des clients. Les affaires marchaient raisonnablement, mais faire fortune en vendant au détail de la morue séchée et des fèves prend un certain temps. Toute une vie, en fait. Quand il mourut, lui qui avait imposé une vie parcimonieuse à sa famille laissa une somme rondelette bien cachée sous son comptoir. Sauf que personne n'en savait rien, même pas sa femme, une personne usée par les tâches ménagères en plus de l'aide qu'elle apportait au magasin.


Comme dans toute famille, on aime à faire valoir une pérennité génétique dans l'activité professionnelle. L'expérience au fil des générations ne peut que renforcer le talent inné du premier de la lignée. C'est ainsi que Pedro, tout naturellement, en tant qu'aîné, fut désigné pour prendre la suite de son père. Il s'attacha de toutes ses forces à ne pas contredire le dicton bon sang ne saurait mentir. Il se fit plus malin, discuta davantage les prix auprès des grossistes, fidélisa la clientèle, accéda aux désirs de chacun. Tant et si bien que son magasin finit par ressembler à un mini mercado avant même que cette formule n'existât. Certains passants s'y arrêtaient pour s'enquérir des nouveautés, qu'ils n'achetaient pas… mais finissaient par se créer le besoin de ce verre spécial pour la vinaigrette, ou de ces citrons d'ailleurs, si différents de ceux de leur jardin.


Pedro prit de l'assurance et du ventre. Il engagea un aide, sur lequel il passait son temps à crier, du tabouret de son comptoir, mouillant sa mine de crayon pour additionner des chiffres sans fin. Le pauvre garçon courait d'un côté et de l'autre, affolé, incapable de produire un travail efficace. Voilà, se dit Pedro, un bel exemple pour illustrer la lignée des entreprises. Il faut que mon fils, qui sait déjà bien assez lire et compter, remplace cet incapable.


Ainsi fut fait.


Joaquim, donc, en tant qu’apprenti fils de la maison, depuis trois jours ouvrait les volets de l’épicerie, tandis que son père allait s'approvisionner de très bon matin. Les vacances scolaires débutaient, le père se réjouissait de ces deux mois et demi d'apprentissage pour son fils qui, il n'en doutait pas, serait à la hauteur de la tâche. Il envisageait de grands projets avec lui. Il ne l'avait dit à personne, même pas à sa femme, pensez, elle aurait tout mangé, mais il avait un magot. Bien caché sous deux lattes, juste derrière le comptoir. Il était en pourparlers pour acheter le local voisin, plus petit certes que l’actuel, mais ses rêves d’agrandissement une fois les deux espaces réunis le tenaient parfois éveillé la nuit.


La vieille camionnette se gara devant le magasin, et Pedro en jaillit comme un diable de sa boîte. Un nerveux, Pedro, se moquant des mous, de ceux incapables de travailler vite et bien. La portière claqua tandis que le conducteur entrait déjà dans le magasin. Il avait eu le temps de voir qu'un volet n'était pas bien arrimé au crochet dans le mur, et en fit la remarque à son fils. Comme ce dernier ne réagissait pas, le père cria, oh, le volet ! Joaquim lâcha des yeux les oranges et les caisses de bière, le tableau qui s'y dessinait s'évanouit et le retour sur terre s'effectua au grand étonnement du fils. Hein, quoi ? Ah oui ! Et resta les bras ballants, repoussant du pied des lattes du plancher sous le comptoir.


Il sortit à la suite de son père et l'aida à décharger les produits frais, des légumes et des fromages, ainsi que des viennoiseries. Les premiers clients n'allaient pas tarder à arriver et il fallait que tout fût prêt sur le comptoir.


Joaquim, maladroit, fit tomber une boîte de gâteaux, le père s'énerva mais au lieu des invectives habituelles, se contenta de maugréer, c'est le métier qui rentre, mais quand même, tu cherches à me ruiner ou quoi ?


Le fils n'était pas là. Pas vraiment. Il ramassa les gâteaux qu'il jeta à la poubelle puis s'occupa de la première cliente de la journée qui venait d'entrer.


Une boîte d'allumettes, un litre de lait, un pain. Des gâteaux, vous n'en avez pas, ce matin ?


Joaquim, derrière le comptoir, dit que non, pas de gâteaux ce matin. Demain peut-être. Son regard se perdait au loin. Vers demain peut-être…


Le père rappliqua et, tout en rangeant ses caisses pleines de légumes, exprima son impatience. Ah, madame Viegas, c'est pas facile de nos jours avec les enfants ; ça veut plus travailler. Tiens, je vais vous dire, moi, c'est des gosses de riches.


Madame Viegas opina.


Pedro continua sa diatribe sur les malheurs d'une vie de travail à se crever pour les gosses, ils nous enterreront, et profiteront de nos maigres sous durement amassés. Il s'énervait, Pedro, et la cliente, tout en sortant son porte-monnaie de sa poche pour payer répondit, ça, vous avez bien raison, monsieur Pedro, on peut plus rien en tirer des gamins. Et peut-être même qu’ils ne feront pas un seul signe de croix devant notre cercueil. C’est encore pire que de nous cracher dessus, de ne pas faire son signe de croix devant un mort ! Elle s’énervait avec Pedro, madame Viegas, elle s’indignait. Et quand elle tendit un billet pour payer ses achats, personne ne le prit.


Car Joaquim n'était plus qu'un point au loin, franchissant la passerelle qu’on retirait déjà du bateau en partance, avec à l'épaule un sac bien rempli.



 
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   SaulBerenson   
6/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Y'a vraiment plus d'enfants !
Moi j'ai résolu le problème en donnant aux miens le maximum de mon vivant, m'assurant ainsi de ne jamais les voir partir au loin avec la caisse...En plus comme cela ils m'aiment, et tout le monde est content.

Ecriture fluide et claire. Tout est dit.

   dream   
27/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
« Familles je vous hais » disait André Gide. Bon, tout dépend des parents que l’on a eus, car il me semble que parfois, certains géniteurs n’ont que ce qu’ils méritent. Mais quand je pense qu’en ces temps très incertains pas mal de gens continuent à procréer à tour de bras, je suis très inquiet quant à l’avenir de leurs rejetons et ça me fait penser à la citation – que je transpose un peu- d’un grand de ce monde : « C’est un malheur que de naître et c’en est encore un plus grand que de mettre un Homme au monde ».

Ah ! que je suis amer ce matin, sans doute cela est-il dû au terrible poème « Bloc k » de pouet, qui me hante depuis sa lecture…. insoutenable et qu’il me serait impossible de relire.

Mais revenons à notre texte « C’est le métier… » que je trouve bien écrit et bien ficelé. Peut-être que ce fils éprouvera-t-il un jour du remords… qui sait ? C’est moche de voler ses parents…
Merci pour la lecture.

dream

   Hananke   
27/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour
Une nouvelle bien écrite mais dont le thème n'est pas très original.
Le fils qui ne veut pas reprendre la suite en préfèrent la fuite et
L'appel de la mer, on nous l'a déjà fait souvent, trop souvent.
Mais bon, demeure une bonne écriture sans grande surprise, hélas.

   maria   
27/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour hersen,

Joliment écrit mais trop court pour que je puisse m'imprégner du décor.
Mais c'est aussi un atout pour l'histoire car Pedro aurait pu s'appeler Marcel, être agriculteur boucher ou notaire. Ce qui compte c'est que le fils prenne la relève.
Ce qu'a fait Joacquim d'une certaine manière : il avait une opportunité, il l'a saisie (comme ont su le faire son grand-père et son père).
Je suis persuadée qu'un jour ou l'autre il rendra l'argent, mais je regrette qu'il n'aie pas laissé une part du magot à sa mère.
Pardon hersen, j'extrapole.

   Lulu   
28/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour hersen,

J'ai vraiment beaucoup aimé cette nouvelle qui a parfois une allure de conte, notamment dans ce passage où la narration se fait "commentaire" du récit, ce que j'ai bien apprécié :
"Comme dans toute famille, on aime à faire valoir une pérennité génétique dans l'activité professionnelle. L'expérience au fil des générations ne peut que renforcer le talent inné du premier de la lignée. C'est ainsi que Pedro, tout naturellement, en tant qu'aîné, fut désigné pour prendre la suite de son père. Il s'attacha de toutes ses forces à ne pas contredire le dicton bon sang ne saurait mentir. Il se fit plus malin, discuta davantage les prix auprès des grossistes, fidélisa la clientèle, accéda aux désirs de chacun. Tant et si bien que son magasin finit par ressembler à un mini mercado avant même que cette formule n'existât. Certains passants s'y arrêtaient pour s'enquérir des nouveautés, qu'ils n'achetaient pas… mais finissaient par se créer le besoin de ce verre spécial pour la vinaigrette, ou de ces citrons d'ailleurs, si différents de ceux de leur jardin."

J'ai aimé cette nouvelle dès ses deux premières phrases puisqu'elles nous conduisent déjà à l'issue, sans qu'on puisse le supposer dans le corps de la nouvelle au début, vers ce qui va attirer le jeune Joaquim... au moins pour partie. Belle évasion...

Les descriptions avec les dialogues insérées dans la narration m'ont donné à lire un récit très visuel. Cela m'a fait penser, non pas le style que j'ai beaucoup aimé ici, mais l'intrigue, à Marius de Marcel Pagnol. Je n'ai pas lu ce récit de Pagnol, mais vu un film il y a un bon moment dont je revois l'esprit au travers de cette nouvelle. Ainsi, ce que j'ai aimé, c'est la manière dont tu as réinventé ce genre de récits qui peut faire échos à d'autres histoires.

L'apprentissage, le relais donné à des enfants m'a aussi semblé ici intéressant au travers des diverses générations. J'ai trouvé que tu avais réussi à bien agencer tout cela dans un récit pourtant court. L'écriture est effectivement très fluide, tout comme la lecture, me semble-t-il. Un vrai régal de te lire !

J'ai imaginé ces scènes au Porturgal, sachant que l'autrice que tu es s'y trouve, mais cela pourrait aussi être ailleurs car les bateaux, tout comme les personnages sont ancrés en bord de mer sans autres précisons ; tout comme dans les contes.

J'ai beaucoup aimé l'ellipse entre le dernier paragraphe et la chute qui nous montre Joaquim en partance.

Ce récit donne à réfléchir sur le thème des générations et sur la notion de liberté. "Joaquim [franchit] la passerelle" un peu comme s'il s'affranchissait d'une vie toute déterminée.

La moralité de l'histoire résiderait aussi dans les derniers mots de la chute puisque Joaquim s'en va avec "un sac bien rempli", mais dans ma première lecture, je n'ai rien imaginé d'une sorte de vol de ses ascendants. A chacun d'interpréter, mais tu pourras nous dire, si tu le souhaites, ce que tu avais d'abord pensé.

Au plaisir de te relire !

   plumette   
28/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Hersen

Oh le beau zeugme!
" Pedro prit de l'assurance et du ventre"

Afonso, Pedro et Joaquim, une lignée d'hommes pour développer une activité partie de presque rien, bravo à toi pour, sur un format si court, avoir illustré de manière très vivante ce désir de la transmission qui anime les familles du monde entier.
J'ai bien aimé cette histoire de poisson, d'épicerie qui se développe, d'économies cachées sous les lattes du parquet.

Et voilà que Joaquin transgresse. C'est inévitable sans doute à un moment ou un autre de la "chaîne".

Sur cette partie du texte, j'ai eu du mal avec la temporalité:
est-ce que tout se passe le même jour? 3 jours d'apprentissage seulement et Joaquim a déjà repéré la cachette du magot et organisé sa fuite? Dans l'écriture, on a l'impression que cela se passe d'un coup, sans préméditation, comme une impulsion mais pourtant le sac est prêt.

il semble que Joaquim soit assez jeune ( lycéen faisant son apprentissage durant les vacances scolaires) mineur, sans doute. s'embarque t-il clandestinement?
Oui, la fin laisse beaucoup de place à l'imagination du lecteur, je sais que c'est souvent un choix de ta part, mais dans ce texte hyper réaliste sur toute la partie qui décrit la situation de base, j'ai ressenti une sorte de rupture ( passant du réalsime au symbolique)

Agréable lecture au final .

   papipoete   
28/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
bonjour hersen
L'affaire tournait bien après toutes ces années à vendre de tout, du thon en boîte et autres sardines. Mais il fallait se lever de bonne heure, et ne pas rêvasser... Quand vint le jour de céder l'entreprise, le fiston n'aurait qu'à se baisser pour ramasser les deniers, mais aussi un peu travailler... mais c'était là, trop demander !
NB une histoire où le décor visuel et sonore se marient à merveille ; on voit le moindre cageot, le volet mal accroché, et les caisses que Joachim déchargeraient bien... mais sans se presser !
Bientôt, c'en est trop et il prend son balluchon...
Par moment, je songe aux crevettes de Buba dans Forest Gump ; " on va s'en mettre plein les fouilles, mais faudra bosser ! "
Un récit touchant, vers la fin en particulier, quand Pedro voudrait se faire une raison !

   Luz   
28/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour hersen,

Eh oui, les enfants sont imprévisibles, souvent. On fait des plans..., et puis voilà.
J'aime beaucoup cette nouvelle, vive et entraînante.
Des passages m'ont plu particulièrement :
"Il imaginait un pays lointain, à la portée de voiles blanches et de ciel bleu." : à portée de ciel bleu : c'est génial, je trouve.
"de fil en aiguille, ou de thon en sardine, il monta un réseau."
Merci.

Luz

   Charivari   
29/11/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Salut Hersen,
Ah, j'ai vraiment aimé !

Très bien écrite, cette saga familiale. Avec beaucoup de style. Et puis, je sais que tu habites dans l'Algarve et ça se sent... La "saudade" du plus jeune, l'abnégation des anciens... On les sent, dans ton texte, les boîtes de thon, les oranges, et ces minuscules boutiques d'antan.

Vraiment apprécié, merci à toi

   jfmoods   
29/11/2020
"ils arrivaient à peine en avance pour admirer le bateau quitter le port" -> ils arrivaient à peine en avance pour admirer le bateau quittant le port

Dès l'entame, le portrait contrasté de Joaquim (tiens, ça se passe au Portugal...) et de son père met en exergue le caractère ironique du titre de la nouvelle. Comment imaginer un instant que cet individu particulièrement nonchalant puisse, un jour, devenir un commerçant avisé ?

Par orgueil, Pedro à voulu égaler, et même dépasser son père Alfonso. Mais Joaquim n'est pas fait de ce bois-là. Il n'a pas l'intention de suivre la voie que l'on a tracée pour lui...

"Comme dans toute famille, on aime à faire valoir une pérennité génétique dans l'activité professionnelle. L'expérience au fil des générations ne peut que renforcer le talent inné du premier de la lignée."

J'ai apprécié, au début de la nouvelle, le clin d'oeil au lecteur, ce "rayon malin [qui] jouait sur une latte du plancher." Oui, le trésor est débusqué, la vie d'après déjà planifiée. Le grand-père s'est tué au travail, gagnant beaucoup d'argent... pour ne jamais en profiter ni en faire profiter les siens ! Harpagon sur son tas d'or ! Quelle stupidité ! Et le père, rongé par l'ambition de s'agrandir, voué au même ridicule destin ! Pas question de finir comme ces deux-là !

C'est avec un sentiment de soulagement que le lecteur referme cette nouvelle. Par son refus d'hériter, Joaquim a brisé le cercle qui le condamnait à suivre un modèle stérile. Il va pouvoir choisir sa vie en toute liberté.

On aura une pensée pour les épouses d'Alfonso et de Pedro qui, leur vie durant, auront subi la cupidité et l'avarice de ces hommes.

Dans ce récit, Joaquim semble bien être fils unique, ce qui est une excellente nouvelle. S'il avait eu un frère cadet, nul doute que ce dernier aurait dû, dans les circonstances difficiles de la désertion, reprendre le flambeau.

Merci pour ce partage !

   Babefaon   
1/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Je pense que Joaquim a bien fait de partir, car il n'aurait jamais été à l'aise ni heureux dans cet environnement qui lui paraît hostile. Les bateaux et leurs promesses d'horizons lointains et bien plus surprenants sont à n'en pas douter plus intéressants pour lui.

Un univers rude bien dépeint, qui me ramène à « Marius » de Pagnol, avec cette envie irrépressible de prendre la mer et les sacrifices que cela impose. Joaquim a l'air libre, lui, contrairement au héros de Pagnol, alors oui, il a bien fait !

La chute, soudaine, est bien amenée.

Merci pour cet agréable moment de lecture.

   Donaldo75   
5/12/2020
Bonjour hersen,

J'espère que tu liras ce commentaire une fois ton ordinateur sorti de ton micro-ondes. Je ne sais pas s'il aura séché d'ici là mais les circuits imprimés vont prendre soit un gros coup de jeune soit un mauvais coup de vieux.

Bon, j'en arrive à mon commentaire.

Sincèrement, j'ai eu du mal à reconnaître ta plume derrière ce texte. Je trouve le style explicatif, plat, plus proche de relater des faits que de raconter une histoire. Pourtant, il y a de la matière à raconter, quelque chose à se mettre sous la synapse mais tout ceci oscille entre le résumé, le quatrième de couverture et le documentaire. Je suis probablement plus exigent avec toi parce que je te sais créative, imaginative, décalée et surtout force de style. Je suppose que tu as essayé d'écrire autrement. Et cet autrement - que je lis trop souvent ici dans des histoires qui me font bailler, empesées par un style sans relief - n'est pas ma tasse de thé au peyotl. Pourtant, le peyotl devrait me permettre de relever mon impression de lecture mais là il s'est avéré impuissant à dépasser ma déception.

Une autre fois, je suppose.

   Anonyme   
5/12/2020
Bonjour Hersen,

Déjà la troisième fois que nous nous croisons autour de l’un ou l’autre de vos textes.

J’avais trouvé le premier techniquement très bon. J’étais hélas passé à côté du deuxième par manque de compréhension. Je ne passe pas à côté de celui-ci car tout me semble très clair.

Cependant, je ne suis pas parvenu à me passionner pour celui-ci. Le sujet de fond, le fossé entre les générations, l’espoir d’un mieux ailleurs, est illustré par le petit-fils qui rompt avec l’activité de ses père et grand-père et s’en va en emportant les économies de ses parents, ce que l’on voit venir d’assez loin, sachant que Joachim tripote les lattes du plancher et dès lors que l’on sait qu’un magot s’y trouve. Mais peu importe car il n'est pas universellement nécessaire de dissimuler une chute par des artifices. C’est surtout le style de narration qui me laisse un peu sur le côté. Le narrateur est très détaché et semble lui-même ne pas beaucoup se passionner pour l’histoire qu’il raconte.

Reste l’ancrage géographique que l’on perçoit bien. On imagine la petite dame, veuve, toute habillée de noir, pester sur l’ingratitude de la jeune génération et sa propension à se détourner des valeurs traditionnelles, notamment la religion.

Une chose m’intrigue un peu. Un certain nombre d’éléments me font penser que Joachim serait plutôt d’une jeune génération d’aujourd’hui ou d’il y a peu. Un détail, par exemple : les conserveries semblent avoir disparu ou, en tous cas, leur nombre avoir beaucoup diminué. C’est une situation que je place plutôt dans un passé récent du Portugal. Lorsque je débarquai pour la première fois à Porto, fin des années quatre-vingt, les dernières conserveries de Matosinhos disparaissaient, et l’odeur très forte, qui m’avait tant marqué lors de mes tous mes premiers voyages, a rapidement disparu les années suivantes. J’imagine volontiers Alfonso et son fils Pedro de générations qui s’en allèrent chercher bonne fortune au loin, en Angola, au Mozambique ou ailleurs. Serait-ce encore le cas de la génération de Joachim ? J’ai un peu l’impression d’un anachronisme. Mais il y a peut-être au Portugal des disparités régionales que je ne connaitrais pas.

   Pouet   
11/12/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Salut,

j'ai vraiment beaucoup aimé cette lecture matinale.

Un texte qui parle de la "transmission". Quand le métier "rentre", le fils part...
J'ai trouvé cela finement évoqué, pas "imposé" contrairement au thème de la nouvelle. Le "piège" étant justement de tomber dans le manichéisme, dans une diatribe pesante. Car on suppose le fils "voleur", ce qui fait pencher la balance, c'est bien vu, on reste pas sur l'idée du "méchant papa".

Les rêveries de Joaquim sont subtilement esquissées, j'ai particulièrement aimé cette phrase au début: "Ce jour-là, un rayon malin jouait sur une latte du plancher légèrement déplacée, près du comptoir."

L'écriture fut pour moi particulièrement précise et convaincante, sans en rajouter.

La meilleure façon de gâcher toute continuation familiale étant sans nul doute de l'imposer, la progéniture n'étant pas faite en pâte à modeler.

Très bien traîté en peu de ligne, j'avoue que j'en aurais même lu un peu plus.
(Et je me suis dit que Joaquim, pour la suite, pourrait très bien se retrouver dans un roman d'Alvaro Mutis, auteur que j'affectionne particulièrement.)

Bravo!

   hersen   
11/12/2020


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