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Réalisme/Historique
i-zimbra : Cocoricos
 Publié le 10/06/14  -  5 commentaires  -  36777 caractères  -  89 lectures    Autres textes du même auteur

« Les récompenses vont souvent à l'intrigue et au charlatanisme. » Ernest Renan


Cocoricos


• 1 •


Non loin du bois de Vincennes, le concierge d'un hôpital, impatient de se plonger dans une édition du matin qui titre « D'Artagnan dieu de l'Olympe », guettait la voiture avec chauffeur qui se présente à la grille. Il se précipite pour ouvrir, puis sonne la cloche. Devant son tas de feuilles, le jardinier, infirme des deux guerres, se met au garde-à-vous râteau au pied quand s'avance la Panhard. Tout le monde est prévenu : le Patron arrive.

La structure pyramidale est complète. Voilà le père auprès de ses élèves, héritiers de son savoir et de son expertise. Voilà le chef au milieu de ses collaborateurs, qu'il a lui-même choisis. Tous respirent l'atmosphère que diffusent sa personnalité, son humeur, sa conversation.

Sa passion, c'est la génétique – c'est lui qui en a introduit l'enseignement à la Faculté il y a quinze ans – mais depuis la Libération la spécialité garde les effluves de soufre qui émanent du nom d'Alexis Carrel. Le Patron, en tant que chef d'un service de pédiatrie, s'intéresse en particulier au Syndrome ; il en suspecta dès 1937 l'origine chromosomique. Mais justement, dirigeant un hôpital, il n'y dispose pas d'un laboratoire. Et depuis la découverte de l'ADN, il voit la révolution se faire sans lui.

À l'heure des visites, sa suite, figée dans une hiérarchie typiquement française, boit ses paroles. Le premier congrès international de génétique humaine, auquel il a participé il y a trois mois à Copenhague, alimente ses exposés et ravive souvent sa frustration. Comme aujourd'hui, où il s'y réfère encore :


– Depuis qu'en Suède, un étudiant chinois a établi avec certitude que les cellules somatiques de notre espèce sont dotées de quarante-six chromosomes, c'est une nouvelle voie d'exploration qui s'ouvre… Mais pas pour nous, hélas ! Nous n'avons pas la technologie.


Un des médecins, « chef de clinique »(1), n'est pas élève de la maison, n'a jamais été ici ni stagiaire, ni externe, ni interne, et n'est arrivé que le mois dernier. Écoutant ce professeur imbu de son grade, il lui revient des détails de son parcours : « Voilà un homme qui a proposé il y a vingt ans l'hypothèse génétique au sujet du Syndrome, et qui n'a encore rien fait pour essayer de la démontrer, à part – misérable pis-aller – collecter des données statistiques sur les empreintes digitales. Et il pleure quand les équipes étrangères sont sur le point de trouver. »

L'esprit distrait par ces pensées, sa réaction va être un peu irréfléchie quand le Patron aura conclu son lamento par cette éclatante péroraison :


– Notre science sert actuellement la grandeur de la France en amputant les types qui grimpent sur l'Annapurna. Les Anglais redescendent entiers de l'Everest. Et ils ont des labos ! Nous, nous n'avons même pas un centre de biologie capable de faire des cultures de cellules !

– Si vous me procurez un local, j'en fais mon affaire !


La petite assemblée cherche sur le visage du Patron le signal de l'éclat de rire général que mérite cette sortie impudente. Puis, gênée de le voir coi, elle tourne lentement ses têtes vers l'auteur de la forfanterie.

C'est une femme (et il faut savoir qu'en ce temps-là les femmes viennent de débarquer de leurs soucoupes volantes). Sa jeunesse n'arrange rien. Pire : elle est jolie (belle serait trop valorisant).

Elle vient de rabrouer en toute naïveté un sexisme qui ne demandait rien à personne. Et cette naïveté est peut-être un reste de ses origines paysannes qui, manifestes, auraient réellement provoqué le scandale.

Mais le Patron a aussi fait les deux guerres.


– Vous passerez à mon bureau dans une heure, et nous en discuterons… ?


Et il continue sur un tout autre sujet. Ainsi, il ne s'est rien passé.


Altier et froid hors de son bureau, le Patron est en tête-à-tête hautain et glacial.


– Parlez-moi de vous, mademoiselle.

– Mon cursus… Bachelière à seize ans, j'ai fait ma prépa, mais mon externat a été retardé par la guerre, et après un internat en pédiatrie, j'ai soutenu ma thèse l'an dernier : Contribution à l'étude des formes mortelles du RAA(2) chez l'enfant, chez le Pr. Robert…


Il s'évite d'entendre prononcer le nom du pape de sa spécialité, qui lui déclenche déjà un rictus.


– Oui, je sais. De vos huit stages d'internat, aucun n'a été fait chez moi. Est-ce de l'ostracisme ?

– Je sais que vous n'êtes pas en très bons termes, mais si on m'a envoyé étudier des exemples à ne pas suivre, ça n'a effectivement pas été chez vous.

– Hein ? Bon… Vous prétendez donc être la personne qui en France sait cultiver des cellules in vitro.

– Si on veut que je m'en occupe, je n'ai besoin que d'un labo avec une arrivée d'eau.

– Et où avez-vous acquis cette compétence ?

– Un ami du Professeur…, ayant perdu une enfant à cause du RAA, a offert pour un de ses élèves une bourse d'études d'un an sur les cardiopathies congénitales, à Harvard.

– Et c'est vous qu'il a choisie… J'imagine que vous pensiez rejoindre à votre retour le nouveau service de Bicêtre… Entre-temps votre protecteur a pris sa retraite, ma pauvre, et on vous a oubliée… ?

– L'administration n'oublie personne. C'est parce qu'elle n'attendait plus que moi qu'il restait un poste. Ayant débarqué au Havre fin septembre, je n'ai eu que le dernier choix. Et je ne me vois pas comme une protégée. J'ai donné des preuves de ce que je vaux et j'ai accumulé de l'expérience.


Le Patron goûte peu la critique voilée des mandarins et du népotisme, et d'entendre son hôpital comparé à une voie de garage, mais il comprend que cette femme a appris à jouer des coudes pour se faire une place chez les hommes.


– Vous avez vu beaucoup d'hôpitaux américains ?

– Les autocars Greyhound m'ont conduite partout où se trouvaient les services spécialisés : à Washington, Cleveland, Chicago, Seattle, San Francisco, La Nouvelle-Orléans…

– Ils vous ont joué du jaze ? Et il paraît qu'ils sont en train de nous envoyer du roquènerole maintenant.

– Pour ça, on n'est pas près de combler notre retard. Et ils ont aussi le hard bop.

– Soit ! Mais comment passe-t-on de la cardiologie infantile à la culture cellulaire ?

– En arrivant là-bas, j'ai été surprise d'apprendre que mon contrat prévoyait un job supplémentaire, de technicienne dans un labo où l'on cultivait des cellules. Bien sûr, c'était à effectuer à ma convenance.

– À votre convenance…

– Une façon de nommer mon temps libre et mes dimanches. Mais sans famille ni amis à qui les consacrer, je n'avais pas à rechigner. J'ai commencé par surveiller les cultures au microscope, prendre des photos, les développer. Il s'agissait de mesurer la synthèse et la qualité du cholestérol dans les fibroblastes ; je constituais les dossiers pour les biochimistes. J'ai fini par remplacer la responsable du labo partie en congé de maternité. Donc je sais faire.

– Moui… Bon, ça ne coûte rien de vous donner une chance. Je m'occuperai de vous installer ça.


L'enthousiasme ne l'étouffe pas, pense-t-elle, mais au moins ce qui est dit est dit. Et le plus étonnant, sans délai de réflexion. Sur le moment, elle n'a pas relevé le « ça ne coûte rien »…

En attendant, elle songe à combler ses lacunes dans sa nouvelle spécialité, en allant s'inscrire à la Sorbonne au certificat de biologie cellulaire.


Les semaines passant, elle commence à trouver le temps long, lorsqu'un jour on lui remet une clé. Celle-ci ouvre un labo de routine désaffecté appartenant à l'Assistance publique, situé dans un pavillon au bout de l'hôpital. Elle s'y rend, relève le disjoncteur et inspecte les trois grandes pièces ; fait couler l'eau, vérifie le gaz pour le bec Bunsen, trouve une étuve, une centrifugeuse, un frigidaire. Ainsi qu'un tabouret un peu cassé et une armoire vide… en haut de laquelle elle finit par dénicher tout de même, sous la poussière, un vieux microscope à faible résolution. Il n'y a plus qu'à donner un bon coup de balai…

Et voilà, c'est avec ça qu'elle va pouvoir commencer… le Grand Bricolage.



(1) Le clinicat est un poste peu rémunéré d'enseignement à mi-temps, mais cette année obligatoire conduit à l'assistanat et au médicat.

(2) Rhumatisme articulaire aigu (qui provoque des lésions des valves cardiaques).


• 2 •


Les moyens sont rudimentaires. Et même plus. Mais pas question d'importuner le Patron avec des problèmes matériels : crédits de fonctionnement = 0. Il faudra donc aussi travailler seule. Elle avait bien dit « j'en fais mon affaire »… non ?

Elle a encore besoin d'équipement. En mobilier, en verrerie, en appareillage, pour l'eau distillée par exemple, et en fournitures pour les milieux nutritifs : il y en a pour cent mille francs – c'est le quart de la valeur à neuf de sa 4 CV. Elle se met encore un emprunt sur le dos.

Mais tout ce dont elle a besoin n'est pas en vente en France. Le milieu nutritif salin physiologique du commerce, qui convient aux virologues, fait l'affaire, mais le reste, elle le prépare elle-même. Le milieu, qui doit être complété par du sérum de veau embryonnaire, bien stérile, est remplacé par des œufs couvés de onze jours. Elle traverse Paris pour broyer dans une seringue les embryons fournis par un complice qui prépare des vaccins à l'Institut Pasteur. Et elle additionne le tout de sérum humain, le sien.

Pour immobiliser les fragments sur les lamelles, il lui faut du plasma de coq, pauvre en calcium. Elle va en choisir un jeune à la campagne, le ramène avec son sac de blé, et le loge à l'hôpital dans le jardin des infirmières. Chaque fois qu'elle en aura besoin, elle lui ponctionnera la veine alaire.

Les tissus à cultiver seront prélevés par le service de chirurgie, avec les autorisations nécessaires, chez des enfants normaux. Il faudra essayer de les faire pousser sur des lames, et de fixer de manière lisible une mitose, ce court moment où la cellule se divise et où l'on peut dénombrer ses chromosomes.


Elle vient d'inaugurer le premier laboratoire français de culture cellulaire. Une petite fête toute seule, dix minutes. Elle sait avoir peu de temps, car la course internationale est lancée, et avec d'autres moyens que les siens. Mais le vrai travail peut commencer.


Personne ne vient la voir, sauf de temps en temps l'assistant du Patron. Il passe la tête dans la porte, demande si ça va. Et repart sans doute rendre compte. Au début, il se montre intrigué.


– Qu'est-ce que c'est ?

– Un tube de culture d'embryon de poulet…

– Ah d'accord.


Puis il devient goguenard, peut-être est-ce un peu de la familiarité. Mais au vu de la précarité de l'installation, certainement y a-t-il de quoi être sceptique quant au succès de l'aventure.

Les conditions matérielles sont visibles, moins les problèmes techniques qui en découlent. Souvent, il faut adapter les procédures, développer ses propres solutions. Quand elle pense aux jours que ça lui fait perdre, elle se dit que réinventer l'eau tiède n'est pas une si mauvaise méthode pour inventer l'eau chaude. Ad augusta per angusta, comme disait son prof de latin pour encourager les cancres.


Parfois elle s'endort là, trop moulue de fatigue. C'est que, comme à Boston, elle y vient sur son temps libre, et ses responsabilités, son clinicat entre autres, ont priorité sur sa recherche.

Et il y a les moments de découragement. Car elle essuie des échecs bien sûr. Alors elle repense à son arrivée à Paris, encore adolescente, à sa sœur aînée et modèle, interne en fin d'études, l'accueillant par ces mots : « Quand on est une femme, qu'on n'est pas fille de patron, il faut être deux fois meilleure pour réussir. » Et deux ans après, la politique nazie de la terre brûlée. Les trous dans sa robe, à l'hôpital de Meaux où elle l'avait veillée. Face au chagrin de leurs parents, dès lors, il avait fallu être deux fois meilleure pour deux.


Cela n'avance finalement pas mal. L'été, ses premières cultures réussissent suffisamment pour la convaincre que sa technique est parfaitement au point. Elle voit dans son microscope de façon nette, en suivant les traces de Tjio, le caryotype humain qu'il a découvert dix-huit mois auparavant.

Aussi les difficultés en sont-elles parfois réduites à l'accessoire. Au point du jour, qui est une heure indue en cette saison, de glorieux cocoricos retentissent dans l'hôpital. Et souvent, l'interne de garde exprime son ras-le-bol.


– C'est quoi, ici ? Une ferme ?

– Je ne sais pas… Posez la question au Patron.

– Je n'en peux plus de votre gallinacé ! Il y a le zoo à côté, qu'il aille gueuler sur du fumier de zèbre !

– Il est le sang de la Recherche française, monsieur !


Le clinicat terminé, son activité officielle l'appelle ailleurs. C'est un mi-temps dans un service de cardiopathie, plus des consultations sur l'objet de sa thèse, et le début d'une activité libérale de pédiatre. Pour travailler « à sa convenance » sur « son affaire », elle fait désormais le trajet exprès. Le Patron est moins distant, car n'ayant plus à faire dans l'hôpital elle ne le voit plus du tout.

Mais une nouvelle tête apparaît. C'est un stagiaire du CNRS qui a déjà collaboré aux recherches du Patron, dont il est le protégé. Lors de sa visite, il se montre bien plus intéressé que l'assistant. La chercheuse, forte de ses premiers succès, est heureuse de lui montrer ses préparations et de lui fournir des explications. Mais la réponse à sa dernière question le laisse sur sa faim :


– Où trouve-t-on la bibliographie ?

– Elle n'existe pas. Je n'ai que mes notes, accumulées depuis deux ans.


Bientôt, deux techniciennes de l'Assistance sont affectées à son service, bombardées laborantines. Elles ont été désaffectées d'autre part, mais c'est déjà signe qu'elle est enfin prise au sérieux. Lucienne et Yvette se connaissaient un peu, mais elles font désormais partie d'une équipe qui requiert leur parfaite entente. Mises au courant de l'importance du projet, elles y apportent toute leur ardeur.


– Eh bien il va falloir se retrousser… déclare Yvette. On n'est pas ici pour se la couler.

– Euh… Tu es sûre que tu n'oublies pas des mots ? s'étonne Lucienne.

– Pourquoi dire les expressions en entier ? Tu as compris ! tu n'es pas tombée de la dernière.

– Oui, mais c'est surprenant comme façon de parler.


Les nouvelles laborantines apprennent à laver au savon de Marseille et à rincer à l'eau distillée, à travailler sur du verre neutre, à surveiller une culture. Elles peuvent déjà s'occuper seules.


– Il faut que j'aille à Pasteur remplir une seringue. À demain, mesdames.

– Vous avez les yeux qui brillent quand vous allez aux embryons, docteur. Oh pardon ! je vous fais rougir.

– Mais je ne suis pas vénale ! rit la chercheuse, c'était déjà mon petit ami avant d'être mon fournisseur !


À son retour, elle s'occupe de ses préparations tout en poursuivant la formation.


– Ceux-là sont superposés, on les voit mal. Je vous montrerai comment on les disperse.

– Au fait, dit Yvette, on a oublié de vous dire, le jeune homme qu'on a vu hier…

– Quel génome ?

– Non. Le jeune, homme. À peu près votre âge, tiré à quatre.

– Ah oui, ça doit être Fouinard.

– Sûrement, fait Lucienne, car moi je l'appellerais plutôt monsieur Sans-gêne.

– Il nous tirait les vers…, et fourrait le sien partout.

– Vous risquez de le revoir, il doit surveiller l'avancement du projet pour le Patron. Oui, ça lui va bien, finalement, Génôme.


Une nouvelle étape du progrès humain est franchie, un satellite artificiel se promène dans l'espace. Les mystères du vivant gravitent, à une autre échelle, dans des sphères tout aussi lointaines, et pour les deux apprenties, s'initier à la technique du choc hypotonique c'est un peu préparer le lancement d'une fusée. Comme partout sur la planète, le dernier exploit technologique alimente les conversations.


– Docteur, quand est-ce qu'on arrêtera le progrès !? En tout cas, ça montre qu'il n'y a pas que les Américains… Les journaux disent qu'ils enragent de s'être fait doubler.

– Je crois que je peux facilement me mettre à leur place.

– Mais si les Russes trouvent avant vous, ça ne sera pas de votre faute. On ne peut pas dire que le Patron soit d'un grand soutien. Il est même aux abonnés.

– J'ai un vague souvenir de l'avoir vu ici… Vous séchez la lame après fixation, comme ceci, pour qu'ils s'aplatissent.

– Il a envoyé le Génôme nous tourner autour, mais il ne fait pas bip-bip, lui.

– Excusez-moi de passer de l'âne au coq, intervient Lucienne, mais il devient récalcitrant. Regardez comme il m'a pincée quand je l'ai attrapé pour sa prise de sang.

– J'ai déjà remarqué. En plus il a grossi : la qualité du plasma en pâtit. Mesdames… je prononce la mort.


Ramené un dimanche soir de la campagne, un superbe Leghorn succède au New Hampshire.


– Je vous invite à manger un coq au vin ?

– Ah ! Docteur, vous me mettez l'eau.


Le déjeuner du surlendemain, plus long que d'habitude, est pris en commun au laboratoire.


– Un délice… proclament les deux laborantines.

– Beaucoup de races de Gallus gallus portent des noms anglais, vous ne trouvez pas ça bizarre ?

– Ce n'est pas très cocardier, en effet. Mais tout animal sacré qu'il est, il passe quand même à la casserole.

– Docteur, dit Lucienne, vous cultivez des cellules depuis un an maintenant. D'accord, vous continuez d'en apprendre tous les jours, mais vos recherches devaient porter sur le Syndrome, alors pourquoi est-ce que nous ne travaillons pas directement sur des tissus d'enfants qui en sont atteints ?

– J'attends que le Patron obtienne des parents qu'ils signent les autorisations. Le fait est que nous ne brûlons pas les étapes…

– Ils doivent quand même être jaloux, les autres. Ce n'est pas ordinaire de voir une femme à votre place.

– Au concours d’internat, nous étions deux extraordinaires sur quatre-vingts admis. Quand on est une femme…

– Il faut travailler deux fois plus pour réussir ! Vous l'avez déjà dit, docteur. Mais avec la moitié d'un salaire d'homme, ça fait un facteur quatre, et moi je fais la popote et je torche les gosses en rentrant, ça fait facteur six.

– Nous les femmes, tranche Yvette, on n'est pas sorties… De l'auberge je veux dire, pas de la cuisse.

– Nous avions compris !


Les nouvelles recrues ont maintenant révélé leurs remarquables capacités – tandis qu'un abîme silencieux sépare toujours l'hôpital et le labo. Pendant une pause, profitant de ce que la chercheuse semble moins absorbée par ses soucis, Yvette lui fait part de sa propre analyse de la situation.


– Quand vous faites ce que vous appelez des manipulations, vous faites pousser un tissu, vous attendez et vous observez. Lui, il a laissé pousser un labo, il attend et il vous observe.

– La manipulatrice manipulée, en somme.

– Il y a plus de deux semaines que le Génôme n'est pas venu nous voir.

– Tiens, c'est vrai. Je me demandais ce qui allait bien ! Il a peut-être fini par comprendre ce que nous faisons.

– Il disait que ce n'était pas très compliqué, vous vous souvenez ?

– Non, c'est moi qui lui ai dit ça.

– Oui, eh bien si vous voulez mon avis, ça n'est pas tombé dans l'oreille.

– Comment ça ?

– Mon petit doigt me dit qu'il ne met plus sa voiture au garage, dans son joli pavillon de banlieue…

– Oh ! il y a installé un laboratoire ! Écrivez des romans d'espionnage, Yvette ! Mais ç'aurait été plus simple de vous utiliser pour infiltrer le mien.

– Pour ça, il faut une organisation. Eux ils improvisent depuis qu'ils ont trouvé la poule.

– Ah oui, la poule. Vous savez, autant me laisser pondre l'œuf d'or. Car dans votre « hypothèse », il lui faudrait beaucoup trop de temps pour y parvenir ; il ne suffit pas de nous observer manipuler ou de lire mes notes pour percer mes arcanes.

– Quand ils s'en rendront compte, vous aurez peut-être les tissus que vous réclamez à cor.

– Les autorisations de prélèvement ont encore tardé, mais c'est en cours. Dixit le Patron.


Les deux mois qui s'écoulent ensuite sont désespérants. En mai, la chercheuse envisage de tout laisser tomber quand le prélèvement tant réclamé arrive enfin. Un seul échantillon ! Mais tout de même du tissu conjonctif de la cuisse, comme elle a demandé.

Quand elle obtient les mitoses… elle voit !!! Arrivée avant l'aurore, elle est toujours au microscope quand Yvette fait irruption.


– Docteur, la IVe République est finie ! Le général revient aux commandes !

– Pas possible…

– Mitterrand crie au coude… au coup d'État !

– Qu'est-ce que vous pensez que ça lui fera, au général, d'apprendre que sa petite fille chérie avait un chromosome de plus ?

– Celle qui est morte… ?

– Regardez, comptez-les.


Pendant qu'Yvette effectue l'opération mentale sur des éléments épars qui ne se distinguent que par leurs tailles et leurs centromères, sa collègue arrive en boutonnant sa blouse.


– Bonjour mesdames ! Vous avez entendu la radio ?

– Quarante-sept ?! s'étonne Yvette. Il y a un intrus, ou bien ?

– Comptez les acrocentriques…

– Mais oui… c'est le petit Spoutnik, là.

– Alors ça y est, vous avez gagné ? questionne Lucienne.

– Oui on dirait. Mais il faut d'autres cas pour être sûres.

– Une hirondelle.

– Comme vous dites. Mais nous sommes presque en été.

– Il va falloir encore attendre six mois pour avoir des tissus ? Il faut battre le fer, docteur !


Le Génôme, qui était aux aguets, se montre dès le lendemain. On lui fait contempler du jamais vu.


– C'est de la belle ouvrage, dites-moi. Ainsi vous avez trouvé quelque chose.

– Maintenant, il faudrait un microscope optique doté d'un appareil photo pour établir le caryotype et publier la découverte.

– On a du mal à le voir.

– Oui, c'est le plus petit. C'est pour attester de sa présence que j'ai besoin de bons clichés.

– Ce serait plus pratique de les faire faire ailleurs. Si vous voulez bien me confier vos préparations, je les amène tout de suite dans un laboratoire où j'ai mes entrées.

– Alors allez-y… Prenez-les.

– Merveilleux ! Je me dépêche et je reviens. C'est l'affaire de quelques jours. À bientôt, chère amie.


Après son départ, s'apercevant de l'absence des précieuses lames, Yvette se fige.


– Vous les lui avez données ? s'indigne-t-elle. Vous pouvez attendre, vous ne les reverrez jamais !… Il va vous couper l'herbe.

– Qu'est-ce que vous racontez… Il le fallait bien. Notre travail a porté ses fruits… vous vouliez en faire des confitures ?


La laborantine se calme, la larme retenue s'épanche sous sa paupière. Sa collègue choisit un autre ton.


– Ce matin, il paraît que le coq a chanté trois fois. Et cet homme-là n'est pas saint Pierre.

– Ni Pierrot le fou. Ah ! vous êtes terribles, toutes les deux. Il ferait beau voir que les médecins soient des maraudeurs !

– Oui, il ferait beau, insiste Yvette à la fenêtre. Tiens le voilà qui prend la poudre. Il y a sa voiture qui démarre sur les chapeaux.


• 3 •


Comme par hasard, les prélèvements suivants arrivent rapidement. Les résultats sont identiques ; les derniers doutes s'effacent, il n'y a eu ni erreur ni artefact.

Pendant ce temps, au Danemark, un journal local relate qu'un jeune scientifique étranger passe des vacances dans la famille de son épouse. Le milieu scientifique français, n'y étant pas abonné, ignore que le Génôme rencontre des confrères danois qui le font profiter de leur photomicroscope. Les tirages obtenus sont tout simplement pharamineux. En possession du Saint-Graal, une lueur de démence passe dans son œil, il entrevoit la Terre promise. « Ta découverte va lancer ma carrière… » C'est à lui-même qu'il parle.


– Est-ce que les photos ont été prises ? demande un jour Yvette.

– On m'a dit que oui ; on ne me les a pas montrées.

– Le Patron doit les avoir chez lui.

– Autant dire qu'elles sont séquestrées, note Lucienne.

– Excusez-moi, docteur, vous en connaissez un rayon sur la vie organique, mais vous êtes encore jeune pour ce qui est de la vie tout court. Je veux dire… vous ne connaissez pas les hommes. C'est capable de tout.

– Ne vous inquiétez pas, Yvette, j'ai aussi des appuis qui sont au courant de mon travail… Si vous me trouvez un matin dans mon sang.

– Riez ! Bien sûr que vous ne courez pas de danger, puisque vous n'êtes ici à aucun titre. Vous travaillez pour la gloire. Mais au sens figuré, ça signifie travailler pour le roi de Prusse.


L'été est là et le Génôme n'est toujours pas revenu. Ce qui inquiète surtout la chercheuse, c'est pourquoi on ne publie pas tout de suite. La victoire revient au premier qui plante son drapeau, et dans le monde de la recherche, planter son drapeau c'est publier dans une revue scientifique. Mais elle en est encore à croire qu'on sous-estime la portée de sa découverte. De toute façon, elle est trop occupée pour échafauder d'autres théories sur ce qui se trame. Le laboratoire tourne à pleins tubes.

Mais le temps passe… Personne n'est encore venu la féliciter ! Cette fois, le malaise est installé, « il y a anguille… ». Le Patron est toujours aussi communicatif, son assistant est évasif…

Et le Génôme invisible. Fin août, il est pour le CNRS à la Conférence Internationale qui se déroule à Montréal. Il a avec lui les résultats de ses travaux, mais surtout une somme de données concernant ceux de quelqu'un d'autre. Sans même prévenir le Patron, il convoque un séminaire informel sur le sujet. Quand il annonce « sa » découverte, l'aréopage est d'abord excité, puis sceptique en entendant cet expert des radiations ionisantes donner des réponses pas toujours cohérentes à leurs questions de généticiens. Ils soupçonnent une forme précoce de nobelite, cette pathologie qui fait qu'un chercheur récompensé dans un domaine se sent infuser la science dans n'importe quel autre. Ils ne sont pas loin de la vérité. Déjà Nobel dans ses rêves, le Génôme se sent infuser la génétique. Mais ce qui surtout les rend incrédules, c'est qu'il crache le morceau. Car habituellement, celui qui trouve la carte d'un trésor ne crie pas ses latitude et longitude sur tous les toits.

Son badge du Centre national de recherche lui permet de voyager. Il diffuse la nouvelle dans les congrès, et le seul fait d'avoir vendu la mèche commence à asseoir sa notoriété. Évidemment, d'autres chercheurs se sont mis en quête de ce pot aux roses qu'il a si aimablement dévoilé.

Mais dans le XIIe arrondissement de Paris, on n'est chercheuse qu'officieusement et à sa convenance. La mise à l'écart de cette femme se fait donc passivement ; il suffit de ne pas la tenir informée de ce à quoi elle n'a pas accès. Elle sait encore peu de choses des pérégrinations du nouveau généticien, mais elle réfléchit.

Elle vient de consacrer seize ans à la médecine, c'est-à-dire connaître pour soigner. Mais la médecine système médical, elle réalise qu'elle ne s'y est jamais penchée ; qu'elle commence seulement à en faire l'expérience. Et elle sent que quelque chose se dessine sournoisement. Cependant, elle ignore les manœuvres florentines auxquelles le Patron se livre en coulisse, dans le but de confier à son élève la grande chaire de cytogénétique que le petit chromosome va permettre de créer. Et chaque jour, elle se demande pourquoi on tarde tant à publier. Mystère ! Est-ce la peur de l'erreur ?

En effet, le Génôme, qui n'a pas d'expérience en culture, craint l'artefact, cette terreur des chercheurs, qui briserait sa carrière jusque-là assez peu brillante. Tout à la fois inquiet et exalté, il ne sait sur quel pied danser : « Cette fille est sûre d'elle. Mais elle est tellement naïve… Et avec son labo miteux ! Pourtant, si les résultats sont avérés, je suis génial. »

Cinq mois déjà que la fille en question récolte invariablement le « v » micrométrique. Le V de la victoire est en train de muter en V comme vautours. Elle se décide à écrire pour donner des nouvelles de son coq, et glisse une question sur ce qu'il advient de ses lames. Trois semaines plus tard, Lucienne voit les yeux ronds qu'elle fait en ouvrant son courrier.


– Vous avez des nouvelles ?

– Figurez-vous que l'information a du mal à traverser le jardin de l'hôpital, mais quand elle le fait, elle passe par la Californie. Le Génôme vient enfin de me répondre, de Pasadena n'est-ce pas, où il visite un centre de recherches sur les drosophiles.

– Elles ont des trisomies, les drosophiles ?

– Oui, il regarde sans doute si les nôtres leur ressemblent.

– Et que dit-il ?

– Que le Patron lui a écrit que mes préparations ont fait l'admiration d'un généticien norvégien.

– Vous ne nous aviez pas dit qu'il était venu !

– Pas ici… là-haut ! Il parle de celles qu'il a emportées en juin. Pourquoi est-ce qu'ils ne les exposent pas au Muséum ? je me le demande. Et il ajoute : « Cela prouve que ce brave sait apprécier la qualité. »

– Quoi ? s'exclame Yvette. Là, j'espère que vous vous rendez compte qu'il se paye votre tête.

– C'est à n'y rien… (La pingrerie linguistique devient contagieuse.) Il y a tout juste deux ans, j'entendais le Patron réclamer un labo un labo mon royaume pour un labo… Richard III a son cheval et il reste planté au milieu de la bataille.


Effectivement, les forces ennemies progressent. Les Anglais trouvent un chromosome surnuméraire… dans un autre syndrome, ouf… En fait d'Anglais, c'est une gamine de vingt-quatre ans ! Le Rosbif doit avoir un gène inhibiteur de la pulsion primaire du chromosome Y. À moins que ce ne soit la civilisation.

À Paris, c'est la panique et on décide de publier en urgence. Heureusement, là où la France a toujours deux mois d'avance sur les autres, c'est pour le délai de publication des découvertes. Trois jours dans les Comptes Rendus de l'Académie, contre deux mois dans le Lancet. C'est presque de la triche !


Fin janvier, un samedi, le Génôme appelle la chercheuse et lui demande de venir le voir à midi. Quand il lui lit l'article qui sera publié le lundi, elle est en état de choc. Principale intéressée, on ne l'a pas prévenue de sa rédaction – elle n'y a pas seulement participé. Le nom des auteurs suit l'intitulé : le Patron, responsable du projet, est en dernier conformément à l'usage, mais contrairement à celui qui veut que le chercheur ayant imaginé et réalisé les manipulations soit le premier signataire, c'est le Génôme qui signe en premier. Elle figure en deuxième place, celle qu'il est d'usage d'attribuer aux faire-valoir. Et son titre est… « boursière » ; pas mal pour quelqu'un qui a financé le labo de sa poche. Quant aux clichés tant désirés de sa découverte, elle ne les verra jamais.

Il l'entretient sans la moindre gêne, avec la courtoisie due à son sexe, comme si de rien n'était. Mépris à l'état pur, sans haine et sans sarcasme. Elle sent ce qu'elle est : une cellule qu'on a mise en culture dix-huit mois et qui a craché sa mitose. Elle ne sait pas que bientôt elle sera aussi transparente que la lame où elle a fixé ses préparations. Le réveil est tardif et brutal.

C'est là ce qui fait qu'on se sent devenir imbécile, qu'on ne comprend plus, et qu'on se demande si on rêve, si on dort, si on radote, et si vraiment il s'est bien passé quelque chose.(3)


Sur la version imprimée elle voit, ajoutant l'insulte à la blessure, son nom écorché et son prénom changé. Ce n'est pas une erreur typographique, impossible dans les Comptes Rendus. De tout temps, pour éliminer quelqu'un, on a commencé par effacer son nom.



(3) Jules Renard, Les Cloportes.


• Épilogue •


Mais la France a son grandhomme. Un de plus. Celui-ci est l'homme de la grande découverte. L'intéressante découverte qu'il fit un jour dans le labo d'une autre. Labo qu'elle n'a pas encore fini de payer.

Médailles d'or et titres en tous genres tombent comme à Gravelotte. Il est moins besoin de la tenir à l'écart, ce sont les journalistes qui la bousculent pour s'approcher du « Professeur » qu'il est déjà. Si on l'interroge, c'est sur lui. Si elle répond qu'il n'a rien à voir avec ce qu'il s'est attribué, on va tendre le micro à quelqu'un d'autre.

Au laboratoire, les techniciennes sont tout aussi amères. Derrière sa paillasse, Lucienne lance :


– Docteur, vous connaissez l'ouvrier de la onzième heure ?

– Oui, il est payé autant que ceux qui travaillent depuis la première.(4)

– Je connais celui de la douzième. Il arrive à l'heure de la paye et part avec.

– Est-ce qu'il entre aussi au Royaume des Cieux ?

– Ça… il faut demander au Pape. Qu'en penses-tu, Yvette ?

Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque :

Et cependant Bertrand les croque.(5)


Mais le lieu est déjà sorti de sa quarantaine. D'un coup de baguette magique, personnel et équipement ont afflué. On a installé la machine qui fait « ping ! »(6). Puis on a tourné un film. À l'avant-première, elle se voit penchée sur son microscope ou donnant des explications techniques. Quand elle le revoit plus tard, ce n'est plus son image, et ses paroles servent de voix off à la gestuelle du nouveau maître de recherche, promu sans cursus. Speakerine…


Comme le guide qui avait emmené un grandhomme sur l'Annapurna, elle est enlevée de la photo et censurée. À la différence que ce grandhomme-ci n'était même pas membre de l'expédition.

Elle cosigne encore la publication suivante, puis disparaît graduellement de la liste des auteurs. C'est que le jury du Nobel ne décerne pas le prix à trois noms… Elle n'a de toute façon plus goût à passer pour « la petite laborantine » du « Professeur ». Même s'il mentionne son existence, cela passe pour de la galanterie. Et déclarer qu'il lui doit tout ne ferait qu'ajouter la modestie à ses hautes qualités. Elle ne souhaite pas non plus se vouer au catalogue de toutes les malformations. À l'origine, elle voulait soigner des enfants, alors elle reprend le chemin clinique prévu.

On commence à rendre à une autre femme(7) la maternité de la découverte des chromosomes sexuels, soixante ans après. Elle attendra donc d'être centenaire. La gloire est le soleil des morts(8), qu'il l'emporte donc avec lui. Maintenant elle retourne à sa vie, et ses récompenses ce sont les dessins que lui offrent les enfants qu'elle soigne.


Le grandhomme sera honoré à la Maison-Blanche par le président, qui lui remettra son prix, puis il obtiendra le prestigieux William Allen Award, ne partageant pas davantage les dollars que les honneurs. Mais le plus convoité lui échappera. Le comité Nobel fera savoir au monde scientifique que la découverte le méritait. Or l'homme qui y est associé n'est même plus un scientifique, il s'est fait thaumaturge. Ses promesses de guérir le Syndrome ne sont crédibles que par qui va embrasser la paroi de la grotte de Lourdes.

Et ses commandos anti-avortement heurtent la déontologie. Derrière ce nouveau combat apparaît en filigrane son péché originel. Chaque femme qu'il obligera à procréer ignorera qu'elle est la projection d'une seule : celle qui a failli lui prendre sa carrière.

Mais ce qui l'éloigne de la science le fera adouber par les milieux rétrogrades et lui gagnera l'amitié du Pape, qui ira prier sur sa tombe et demandera sa béatification. Ces réseaux étant plus puissants que ceux du Patron, il pourra donc effacer aussi son nom. Les héritiers de celui-ci auront beau produire en justice les archives médicales, quiconque a acquis le statut de « l'homme-qui-a-… » ne craint plus le verdict d'un juge. Sa figure est gravée dans le marbre des esprits, comme la photo du vainqueur disqualifié d'une course olympique. La vérité est une terre vierge qui appartient pour longtemps au premier qui y plante son drapeau.



(4) Évangile selon saint Matthieu, 20, 1-16.

(5) La Fontaine, Le Singe et le Chat, Fables, IX,17.

(6) C'est-à-dire qui sert plus à la frime qu'à autre chose ; cf. les Monty Python, Le Sens de la vie.

(7) Nettie Stevens (1861-1912).

(8) Balzac, La Recherche de l'absolu.


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Post-scriptum : Cette histoire de la fille qui connut un gars qui connaissait quelqu'un qui avait un appareil photo, documentée par des articles scientifiques, a été écrite début octobre 2013. Un pdf joint dans un courriel l'a aussitôt propagée dans le milieu de la recherche médicale. Une controverse juridico-médiatique a suivi. En avril 2014, soit cinquante-six ans après sa découverte, le personnage principal était promu directement officière de la Légion d'honneur.


 
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   socque   
21/5/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une histoire absolument passionnante ! Exemplaire, hélas (je dirai plutôt symptomatique), similaire en plus grave à celle d'un des inventeurs de l'ADN, Rosalind Franklin.

Donc, j'ai été emportée, sensible au ton sardonique du récit. Une mention pour les expressions incomplètement dites, cela va parfaitement dans ce portrait d'une chercheuse qui manque cruellement de moyens et de temps et trace sa route avec humour... Du très beau boulot, pour moi.

   Anonyme   
10/6/2014
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai lu jusqu'au bout mais il m'a fallu des efforts pour ne pas décrocher. L'écriture est plutôt de qualité, le souci de coller à l'époque bien rendue et la fin suffisamment injuste pour s'indigner mais voila, l'ennui ne m'a pas lâché ! Cette histoire de découverte usurpée m'a semblé bien longue pour ce qu'elle avait à dire. Trop de détails, de développements, et cet épilogue superflu...
Je ne dis pas que c'est mauvais, loin de là, simplement mes goûts personnels sont aux antipodes de ce récit.

   David   
10/6/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour i-zimbra,

Il y a quelque chose d'un robin des bois des idées dans ce récit, mais ce n'est pas non plus seulement un article de journal façon redresseur de tort, le quotidien du laboratoire de fortune notamment, l'histoire de la chercheuse et ses laborantine dignes d'êtres des Sancho Panza ou des Bernardo, c'est vraiment épique avec des dialogues succulents. Je me perdais un peu dans les nuances médicales au long du récit, j'ai compris que "jeune homme/génome" était l'usurpateur de la découverte du génome humain, le "syndrome" évoqué au début comme l'axe de recherche du "patron" semble avoir été une fausse piste que la chercheuse a démasqué, tout en permettant à son patron et au "jeune homme" d'en tirer profit. Chapeautant ces recherches fondamentales, le travail proprement dit concernait des enfants atteint de trisomie 21. Cette façon de placer des informations en aparté, même si ça laisse une impression de lecture à tatons, ça rend une atmosphère particulière, un peu comme un roman d'espionnage ou d'enquête, où il faut relier soi-même certains éléments dans un certains ordre.

La précision de la toute fin est jubilatoire, puisque malgré l'apparence très littéraire, le texte relate bel et bien une histoire vraie : je crois avoir retrouvé les noms des protagonistes de cette découverte.

   chVlu   
10/6/2014
L'histoire est pour moi déchirante de cruauté. Elle m'a donné envie de chercher sur quelle réalité elle était. Ce que j'y ai découvert est pire encore que ce que j'ai lu ici. Au tout début de cette année, les ayant droits du chercheur, façon coucou, ont fait couper le droit à la parole de l'usurpée......
Tout d'abord merci de m'avoir emmené sur les traces de cette femme qui est pillée de ses mérites. Bravo pour ce projet de rendre un peu de lumière à cette chercheuse à laquelle de mauvais génies ont délibérément fait de l'ombre.
Votre travail me parait richement documenté et précis au vue de ce que j'ai pu ailleurs, dés ma lecture faite, aller dénicher.
Sur le style j'ai eu un peu mal à me plonger dans le texte. L'écriture m'a paru chaotique et parfois un peu lourdement armée. C'est l'intérêt pour cette histoire intrigante qui m'a fait poursuivre. Assez souvent il m'a fallut quelques aller-retour pour retrouver de qui le narrateur parlait et parfois même pour accéder au sens des mots mis en phrases.
Quelques trouvailles dans les dialogues n'ont plu comme les expressions tout faites mais éludées.
Je sors ravis d'une lecture, qui a bon fond, mais qui a été un peu hachée sur la forme.

   Shepard   
12/6/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour !

J'ai trouvé cette histoire fabuleuse ! Moi qui débute dans la recherche en biologie moléculaire, cette histoire me rappelle de nombreuses autres déjà entendues. Malheureusement, se faire griller une place de premier auteur est un grand classique, les vautours pullulent et on ne parle de rien tant que ce n'est pas sous presse - ce qui à mon avis met aussi un frein à la recherche -. Les anecdotes racontées sonnent diablement vraies (le poulet par exemple, les chercheurs de l'époque mettaient tout le temps la main à la pâte, en neurobiologie mon DR attrapait les chats errants sur sa mobylette pour manipuler dessus - chose très peu éthique vous imaginez bien, mais l'époque étaient bien plus délirante... Et les "anesthésies" au curare qui n'est qu'un paralysant..) .
On ressent également très bien le mépris envers les femmes dans ces professions "masculines", cette situation s'est heureusement améliorée mais on se demande si aujourd'hui on ne subit pas un effet inverse (sorte de sexisme positif pas meilleurs).
Évidemment l'histoire en elle-même est injuste, d'autant qu'elle va très loin mais c'est ce qui fait toute sa force et j'apprécie personnellement les choses qui terminent mal (on se tape assez d'happy end comme ça...).
J'ai par ailleurs aimé les dialogues rapides, avec des répliques "au scalpel", pas de superflu, on suit l'intrigue sans lâcher bien qu'on connaisse la fin dès l'incipit, on veut voir jusqu'où ça va aller.
Bref un très bon récit pour moi, qui m'évoque les discussions avec les "vieux" du labo, le tout avec une cruauté qui ne manque pas de panache typique de cette époque (aujourd'hui il est plus difficile de faire des coups aussi pendables, tout le monde sait à quoi s'en tenir, il n' y a plus cette fraîcheur d'avant j'ai l'impression...).
Bravo !


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