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Policier/Noir/Thriller
i-zimbra : Patsy (1/2)
 Publié le 13/03/08  -  9 commentaires  -  51792 caractères  -  242 lectures    Autres textes du même auteur

Avis : j'ai trouvé ces feuillets dans un livre de cuisine. Je ne sais pas si c'est de la littérature ou quoi, ou si l'auteur les cherche.


Patsy (1/2)


PREMIÈRE PARTIE - LA MENACE


* * * * * * *


Je raconte mon service militaire ? C’est un sujet qui a animé bien des repas de vieux camarades, et ennuyé les repas de bien des épouses et petits enfants de vieux camarades.

Mais je ne l'ai pas fait. Pourtant je peux tenir la discussion à table : J'avais pris le train...


- Où que tu vas, comme ça, mon gars ?


Il fallait qu'un vieux poivrot me demande ça ce jour-là.


- Je vais faire mes trois jours.

- C'est bien, ça ! ça vous fait pas de mal, aux jeunes, 'd'faire l'armée'.


Et le wagon s'en est mêlé.


- Tu peux pas lui foutre la paix, vieux con ! tu crois pas qu'il a déjà assez les boules, le pauv' gars, faut qu'tu l'emmerdes avec tes conneries. T'as qu'à y retourner, toi, t'auras le pinard à volonté !


Je fis comme si j'étais étranger à la querelle, regardant par la vitre la crue du fleuve, qu'on laissait déborder là pour épargner la capitale. Comme je ne mouftais pas, ils finirent par se calmer. C'est une première explication du mutisme qu'on remarque chez moi, j'ai le chic pour créer la zizanie.

Rendu au Fort Neuf, la 304 fut rassemblée dans un auditorium ; projection d'un conte animalier, avec un renard et un hérisson... je ne fais pas de dessin. Puis vestiaire, tous en slip. Une brute épaisse arrive, un malheureux les bras encombrés de paperasse. Il fait l'appel des noms qu'il sait lire sur les dossiers, les remet à leurs destinataires, et direction l'infirmerie. Quand il eut tout distribué, il restait encore un connard dans le vestiaire. Ça n'arrive qu'à moi. Aboiement :


- Il est où votre dossier à vous !?


À question idiote, réponse idiote ? forcément. Deuxième raison de se taire. Sans que ça m'empêche de suivre le conseil de Louis Jouvet : regarder son interlocuteur dans les yeux - en l'occurrence de la façon la plus inexpressive possible - jusqu'à ce qu'il entende ce que vous pensez si fort : « vous faites exprès d'être aussi con ? »


- C'est comment votre nom ?

- Claverie.


Il tourna brusquement les talons et me laissa là un quart d'heure. En slip dans un vestiaire couleur pisse, je pensais... À rien.

Je rejoignis le bout de la queue : toise, balance, pipi.

Nous n'avions pas encore de chef. On nous colla un officier de l'Armée de l'Air qui faisait office de parrain. Genre « vous savez l'armée c'est pas que les gros bourrins que vous voyez ici ». Un beau brummel... et l'uniforme, il n'était pas cousu pour un rampant. Haute voltige haute couture ; la crème. Type très sympathique au demeurant. Quand je dis « au demeurant », cela tient aussi compte de ce que Picasso n'était plus là pour montrer les Guernica.

On nous conduisit dans une salle de classe pour des tests psychologiques. Par exemple, voici vingt métiers, classez-les selon votre ordre de valeur. La provocation n'exclut pas la franchise ; il fallait pas poser la question.

Au repas des anciens camarades, ceusses qui l'ont fait peuvent passer le crachoir à ceux qui ne l'ont pas fait, qui ont à leur disposition le sujet ô combien vaste des méthodes pour se faire réformer. Folie, autisme, parkinson, cécité, et autres débilités simulées. Je n'étais pas venu pour jouer ou biaiser. Non c'est non ; maintenant essayez de me casser.

Oh ! vous étiez objecteur ? « Bienvenue, nous aussi on a horreur de la guerre ! » Il suffisait de remplir le formulaire et de connaître la chanson de Boris Vian, vous étiez pris d'office, dans un corps de faux jetons. On avale une couleuvre, on finit gourmet comme un kouchnère ou repu comme un joschka.

Après avoir ingéré (notre aviateur en fut contrit) des pâtes dont la recette doit relever du secret militaire, nous sommes passés aux tests intellectuels, dont un cours de morse accéléré. Je n'ai jamais été si positivement réactif dans un exercice d'évaluation, et plus motivé à mettre en valeur mon intellect. Mais j'aime aussi beaucoup les hérissons.

Puis ce fut la visite médicale. Un médecin militaire regardait mes radios, et un appelé, qui d'évidence venait de terminer médecine, faisait le secrétaire. Tout ce qui le faisait chier, c'était que j'allais être exempté ; ça ne lui suffisait pas, à lui, d'être planqué parmi les planqués. Pour un frustré, même si vous prenez soin de ne pas avoir un air supérieur, votre calme est déjà blessant. Il aurait fallu que je roule des yeux apeurés, ou que je regarde mes pieds (ce que je fais pendant un contrôle de police, ça ne mange pas de pain et ça évite d'en prendre). Il crut pouvoir me dire, la lèvre supérieure retroussée :


- Vous savez, c'est pas parce que vous avez un beau dossier que vous allez y couper... On en a pris des plus infirmes que vous.


Ce qu'il prenait pour infirmité, ce devaient être les stigmates de ce que je n'avais pas été élevé comme lui dans la ouate. J'eus ce jour-là une troisième raison de me taire : les gens qui font les questions et les réponses. À mon air, il s'est repenché sur mon dossier pour y chercher que j'étais sourd.


En fait de trois jours, ça ne durait plus qu'un jour et demi. On revenait le lendemain pour se voir signifier l'avis d'aptitude.

Les quarante qui passèrent avant moi quittèrent les suivants d'un morne « À bientôt », non sans avoir confirmé que le gradé derrière la porte, « Sur son bureau de toute façon, il n'a qu'un tampon, c'est "Apte" ». Ça n'entamait pas l'insouciance du gamin que j'étais. Peut-être était-ce à cause de ce qu'il pensait... à rien.

J'entrai à mon tour ; l'officier orienteur examina un feuillet de mon dossier, ouvrit un tiroir à main gauche, qu'il referma cinq secondes plus tard : le tampon "Exempté" était retourné à sa place. La grande muette a eu le dernier mot.


Voilà, le sujet était clos. Oui, mais qui es-tu ?

Serais-tu pacifiste ?


- Je veux parler à un belliciste.


Antimilitariste ?


- Valmy.


Insoumis ?


- Ils ont bien coupé les c... à Elvis.


Content ?


- Je ne saisis pas la question. Ce n'est pas une année dont on me fait cadeau, je n'avais pas l'intention de la céder.


Pas tout à fait clos. Je ne savais pas ce qui se serait passé s'ils m'avaient pris. Je pensai qu'à « présentez arme », je l'aurais laissé aller à terre, ou que j'aurais armé et tiré la détente. Et on n'aurait pas gardé en taule un type dont on ne tirait pas un mot. Peut-être l'ont-ils compris. Ils ne sont pas plus cons que moi.

Je et moi, on a des réunions, on essaie d'être clairs. Laisser aller l'arme à terre... le rejet de l'autorité, ok... mais tu ne sens pas une phobie là-dessous ? Oui, c'est bien possible ; ça va nous ramener dix ans en arrière.


Enfant, j'étais livré à moi-même, toujours fourré avec quelques copains dans le même cas. Affrontant le monde et ses dangers.

Normalement, on nous aurait gardés à la maison en nous expliquant « attention c'est dangereux » à l'aide d'un imagier. L'inhibition se serait formée petit à petit, jusqu'à ce que « ne parle pas à un étranger » ou « présentez arme » soient des stimuli comme des autres. Seulement, nous étions un peu comme tombés du nid.

Les gens nous appelaient des démons, mais nous n'étions pas échappés de l'enfer, nous y plongions. En faire un paradis... je ne sais pas ; sauf à considérer que la vie est un paradis. Ce qui nous menaçait n'avait rien à voir avec ce qu'avait lâché Pandore sur les grandes personnes. La Maladie, la Folie, le Vice, étaient des maux qui ne nous concernaient pas. Cette problématique d'adultes nous aurait paru foireuse ; comment ! ils sont bêtes et ils accusent la Bêtise !

On entendait régulièrement parler de gosses qui se faisaient sauter dans des blockhaus avec des grenades oubliées, foudroyer sous l'orage à l'abri d'un arbre, kidnapper par des cinglés, etc. Être prévenu du danger ne vous apprend pas à apprécier les risques, rien ne remplace de faire sa propre expérience.

Notre développement physiologique incomplet augmentait les dangers ; même en ayant fait attention, nous avons eu de la chance. Mais nous l'aurions tentée davantage pour avoir l'avers de la médaille. Ça nous chagrinait de voir des enfants pas dégourdis.

Il y avait quantité de façons d'y passer. La manière gravitationnelle (tomber d'un toit), la manière thermique (jouer avec le feu), la manière cinétique (accident de circulation), la manière mécanique (passer dans un broyeur), et l'électricité, l'empoisonnement organique... Pour les ogres et les chiens méchants, il suffisait de rester groupé.

Et puis il y avait les armes à feu. Nous avions une carabine. Où l'avons-nous volée, et les munitions ? On se promenait, le nez au vent, on trouvait tout. C'est fou ce que les gens perdent ou oublient. Mais notre eldorado, c'était les décharges, ces « atlantides que survolent les mouches cantharides » (1). À l'époque elles n'étaient pas bien fermées, on n'y cachait pas encore des fûts de dioxine. Des fois, on y allait pour le sport, balancer des bouteilles sur les rats - le tri sélectif n'existait pas.

Notre pas de tir était un moulin dans les bois, une ruine au bord de l'eau, tellement abandonnée que la végétation en avait effacé l'accès. Un tour de garde à l'entrée du bois assurait notre discrétion. On pourrait y retourner aujourd'hui et compter les douilles, elles y sont sûrement toujours enterrées. Nous avions des règles de sécurité strictes. Nous nous y tenions d'autant mieux qu'un nouveau danger s'était révélé. Dangereux de ce qu'on ne savait pas le mesurer. Inconnu, invisible, qui avait trouvé dans la poudre un moyen d'expression à sa mesure.

Là apparaissait un monstre. Émergeant des eaux troubles de l'inconscient, comme celui qui attire les touristes en Écosse, que les gens de bon sens appellent superstition. Le pouvoir.

Un problème ? > bang ! bang !


Nous avions découvert une force que nous n'avions pas cherchée. Alors que les adultes en arrivaient péniblement à « je est un autre », nous en étions déjà à « je et un autre ».

Toujours là, proposant ses services à un amour-propre blessé, brandissant un flingue : « je peux régler ça ». On ne pouvait pas le chasser de notre bande, il fallait le garder avec nous pour le surveiller. Si nous l'avions dénoncé, il aurait été relâché et on se serait occupé de notre trauma. L'adulte nous apparaissait de plus en plus comme une marionnette qui ne voyait pas ses ficelles.

À dix ans, le collège nous a repris en main mais nous avions fait l'essentiel de notre éducation. Je n'ai pas toujours des nouvelles de tous. Je sais que celui qui avait le plus peur de grimper est devenu guide de haute montagne. Le dernier que j'ai revu était en sciences humaines. Il m'a parlé d'un dialecticien célèbre qui avait étranglé sa femme.

Nous passons pour endurcis ou insensibles, par ceux qui revendiquent d'être plus humains parce qu'ils étalent leurs faiblesses. On se souvient de Björn Borg, ce joueur de tennis dont on disait qu'il n'était pas humain. Les gens guettaient le moment où il fendrait l'armure, perdrait ses nerfs avec un match. La raison pour laquelle ça ne pouvait pas arriver, c'est que ce problème était derrière lui : quand il avait la teigne McEnroe en face de lui, il se voyait lui-même à onze ans, interdit de court pendant six mois pour comportement caractériel.

Les faibles gardent un Rosebud dans le grenier, les autres repassent leurs jouets à leurs puînés.


De mon enfance, j'ai gardé une défiance vis-à-vis des armes à feu. Me sont restées aussi une certaine peur des couteaux de cuisine - le cinéma et les faits divers y étaient pour quelque chose - et la crainte du vide. Ce n'est pas le vertige ; qu'il me suffise de dire que le mot garde-fou n'a pas été choisi au hasard.


Les trois années qui ont suivi mon exemption, j'ai vécu sur le pécule que m'avaient laissé mes grands-parents, et j'ai formé ma jeunesse. En voyageant, donc. De préférence dans des pays au change avantageux, ce qui m'a mené vers la pauvreté et l'instabilité politique.

L'Amérique, de Chihuahua à Viedma ; puis l'Afrique, de Bonne-Espérance jusqu'à la Corne. Rembarqué pour le Moyen-Orient, je remontai le Chatt-el-Arab et le Tigre, jusqu'à la frontière syrienne, où je m'arrêtai quelques mois.


- De quel pays es-tu ? me demanda mon hôte.

- Je ne suis pas encore marié, lui répondis-je, citant un proverbe local.


Je rencontrai Hawdem. « On dit qu'en cette partie du globe l'âme humaine est si pure que les femmes peuvent se baigner nues dans les rivières. » Agatha Christie rapportait un on-dit, et je ne l'ai pas vu non plus, bien qu'Hawdem ne craignît pas la température des rivières de montagne. Mais je la vis certes nue, à chacun de mes rêves.

Quand nous eûmes décidé d'un avenir commun, je lui demandai si ses parents accepteraient notre mariage.


- Que tu sois étranger n'est pas un problème particulier. Mais nous avons un proverbe qui dit : « Avec un âne, tu possèdes un fils. Avec un gendre, tu ne possèdes qu'un âne. »


Je l'épousai selon le rite tribal. Nous fîmes tout de même faire des papiers officiels. Faux, pour des raisons pratiques : les faux sont délivrés tout de suite, et ils sont enregistrés aussi vite que les vrais.

Kurde avec une origine kazakhe (ou kazakhstanaise, je ne sais pas trop), Hawdem pensait que la perestroïka lui rouvrirait le pays de sa mère ; nous avons traversé le Caucase et la Caspienne, et sommes restés six mois dans l'oblys d’Almaty. Sans être la plus grande des quatorze provinces du Kazakhstan, il a la taille de la Grande-Bretagne. Quand les techniques d'exploitation pétrolière auront progressé, en même temps que les réserves des voisins se seront épuisées - et si les petits cochons ne les mangent pas - les Kazakhs pourront tourner les remakes de Géant ou de Dallas .

Renonçant à nous y installer, et Hawdem ne pouvant obtenir un quelconque visa pour aller plus à l'est, je l'ai ramenée ici. J'ai fait plusieurs boulots ; à l'époque, l'hyperspécialisation n'était pas encore complète, et on pouvait débuter sur le tas dans pas mal de branches. Et une petite fille nous est née. Hawdem a trouvé Javotte un ravissant prénom.


Ma peur des grands couteaux s'était effacée, par l'usage courant que j'avais fait du bowie qu'on m'avait offert au Mexique (échangé contre un peso, on n'offre pas un couteau). Et j'avais guéri de ma fascination du vide en tenant la main d'Hawdem dans le Taurus.

Restait un léger souci. Deux cents fois, j'avais vu sans émotion des armes à feu braquées sur moi ; mon problème ne résidait pas là, mais dans l'émotion que j'avais à en tenir en mains. Et des images qu'en formait mon cerveau dans les moments de frustration. L'immédiateté de la satisfaction. La bête enfouie qui ne fait parler que la poudre.


Résolu à descendre en moi-même, j'achetai une licence au club de tir local. Les premiers mois, on me prêtait une arme. Par la suite, j'ai contracté un crédit sur ma propre carabine. On peut aussi l'appeler fusil à partir d'un certain calibre. Bien sûr, tout mon équipement restait au club ; pas de ça chez moi.

Pour le budget des munitions, les cigarettes que j'ai arrêté de fumer. C'est une habitude que j'avais reprise pendant mon voyage - comment voulez-vous vous faire des amis en Amérique latine si vous ne fumez pas ? Mais, demandera-t-on, d'où vient le besoin de parler à des étrangers chez quelqu'un d'aussi taciturne dans sa langue maternelle ? On en était à combien de raisons ?... Avec les étrangers, il y a un postulat qui n'est pas contesté, c'est que vous ne parlez pas la même langue, ça coupe court à l'amphibologie et facilite la communication.

Laissant de côté l'arme de poing, j'ai commencé par la carabine à 10 m. Je retrouvai assez vite les acquis de l'enfance et passai au 50 m où ma maîtrise se révéla progressivement.

L'année suivante fut installé un pas de tir de 300 m. Là, il ne faut plus seulement « savoir viser », mais des qualités physiques. Au 3x40, on a quatre heures pour tirer cent-vingt munitions, autant de prises d'apnée, quarante dans chaque position : couché, debout, un genou à terre. Ce qu'on voit de la cible fait soixante centimètres de diamètre et on tire sans lunette. Les organes du corps humain, la respiration, le pouls et tout le tremblement, on n'a pas idée de ce que ça peut faire remuer une carcasse. Le maître mot est contrôle. Contrôle du corps, de la décision du tir, maîtrise des paramètres mécaniques, balistiques, optiques, météo.

Pour entraîner ma concentration, je tirais parfois en cachant des écouteurs sous le casque. Le harènbi, ça le faisait grave. Je ne sais pas si c'est d'avoir résisté à ça, mais mon niveau se hissa rapidement à celui du champion que nous avions au club.


L'écrivain pratique l'écriture automatique, le dessinateur fait des croquis les yeux fermés, le joueur d'échecs des blitz, Beethoven devient sourd. À partir d'une certaine maîtrise, le cerveau peut couper les attaches avec le camp de base et aller seul au sommet. J'avais proposé à mon meilleur adversaire des matches en tir ultra rapide, et aussi au tir sans épauler ; les résultats sur 50 m nous surprirent, comme de jeunes Skywalker.


Dans les clubs de tir, on voit parfois arriver des excités. Les responsables les recadrent très vite ou les éconduisent. C'est comme dans la police, (il y a des pays où) ils ne prennent pas n'importe qui ; la difficulté tient dans le fait qu'un club sportif est théoriquement ouvert à tous. Cependant, les têtes brûlées se rendent vite compte qu'elles se sont trompées d'adresse : elles viennent pour un western et voient David Carradine dans Kung Fu. Il en reste quand même, mais leurs bavures sont commises en dépit de ce qu'on essaie de leur apprendre ici, et ne peuvent être imputées au club. Comme ce jeune militaire de carrière qui allait braconner la nuit avec une arme de guerre ; il avait préféré sa carrière à la vie de deux gardes-chasse. Mais il a oublié d'en achever un et de lui faire les poches pour récupérer l'immatriculation de son véhicule ; le garde s'est traîné jusqu'à une route où l'ont ramassé des fêtards.

Pour certains, le fait d'être du côté de la crosse suffit amplement à les calmer, le canon tient son rôle de symbole phallique, et ils ne demandent qu'à venir tirer un coup de temps en temps. Autant de jeu de mots ici, que de jeu entre les images mentales de deux pistolets.

Une bonne proportion des tireurs que je côtoie travaille pour l'Intérieur, la Défense, ou dans des sociétés de sécurité. Très peu parlent boulot et ils ne font aucune distinction à mon égard. Ici il n'y a pas de péquin, et votre grade c'est votre carnet de tir.


Et puis il y a les collectionneurs, comme Patrick. Il a apporté un jour une carabine, me la présentant comme l'arme employée pour tuer Kennedy, un Mannlicher-Carcano.

J'examinai l'arme, cherchant la filiation avec mon Steyr-Mannlicher.


- C'est le fusil italien de la Seconde Guerre mondiale. Modèle 91/38, celui-ci date de 1940. Les Américains en ont remporté des stocks en trophée.

- Mais pourquoi Mannlicher ?

- À cause du système de chargement, c'est lui qui l'a breveté. On ne le trouve que sur deux armes en service à l'époque, l'autre est le Garand M1. Je te laisse faire, et je t'explique après. Voilà le chargeur.

- C'est du 6,5 x 55 suédois ?

- 6,5 x 52... un calibre qui n'est pas utilisé dans les armes modernes. Je ne risque pas de mettre une munition qui part à Mach 3, la chambre ne tiendrait pas la pression. On en trouve encore dans les surplus, mais il faut les réamorcer ; ça c'est du neuf. C'est encore fabriqué, mais ils chargent un peu moins... là c'est du 139 grains.


Le chargeur est rudimentaire : un "clip" qui maintient six balles ensemble, sorte de magasin amovible. J'ouvre le magasin de l'arme, y enfonce le clip avec six cartouches.


- Vas-y, ça entre dans les deux sens. Pratique au combat !


Je verrouille. Je manipule l'arme, la caresse... Je me mets en position, cherche la prise en main, un équilibre.


- 1,02 m pour 3,4 kg. Il est réglé d'origine pour dégommer l'ennemi à 200 m ; à 100 m il faut viser plus bas ou régler la mire. J'ai monté la hausse pour le tir à 50 m. Je sais que tu aurais aimé l'essayer sur le 300 mais il serait un peu juste en précision.


Peu familier du cran de mire, je faillis manquer la cible au premier coup, fis mieux au deuxième.


- Il était à quelle distance, le tireur, à Dallas ?

- Un peu plus de 50 m. Comme tu es là.

- Il avait pas besoin d'être tireur d'élite !


Je mis la troisième dans le 7.


- Eh ben il l'a raté quand même.

- Comment ça, il l'a raté ?

- Ben oui, au premier coup, il a eu le trottoir.

- Attends, mais je viens de te le dézinguer deux fois, ton John Fitzgerald... soit il était bourré, soit il n'avait jamais essayé l'arme. Ou alors un emmerdeur menaçait de se suicider dans la pièce à côté ! (2)


Je commençais à bien sentir ce "novantuno/trentotto". Mon quatrième tir fit 9.

J'éjectai l'étui en actionnant la culasse, et réarmai.


- Il a quand même fini par l'avoir, à ce qu'il paraît...

- Deuxième tir dans le dos, et le troisième dans la tête, à 80 m.

- Eh ? mais tu vois le temps qu'il faut pour éjecter ; après il faut rattraper la mire... il a fait ça deux fois, et la voiture n'a pas avancé de 30 m ?

- J'ai calculé, ça fait tout juste du 12 km/h. Le chauffeur, surpris, a même ralenti au lieu d'écraser le champignon. Tranquille, sans zigzaguer, avec l'axe de la route pratiquement dans le prolongement du canon.

- C'était un carton, pas une cible mobile ! En tout cas, l'assassin améliorait ses tirs beaucoup plus vite que moi...


Je repris la ligne de visée. Soignai mon lâcher : Pleine mouche.


- Il doit me rester un coup.


J'éjectai. Réarmai. Bling !


- Qu'est-ce qui se passe ?

- Le clip qui tombe du magasin ! Ça surprend, hein ? ça t'indique qu'après ton prochain tir, il faudra recharger. Là, le chargeur tombe quand la dernière balle entre dans la chambre, alors que sur le Garand, il tombe quand tu la tires.

- Le type a tiré combien de balles ?

- Trois.

- Il lui en restait trois, alors.

- On a retrouvé une seule balle dans la chambre du Carcano, qu'il a caché derrière des cartons avant de déguerpir.

- Alors tu pars à la chasse au Kennedy, tu as un chargeur pour six balles, et tu n'en mets que quatre ! C'est vrai qu'il avait prévu large... Et il cache son fusil ! il avait peur qu'on le lui vole ?... Il a tiré trois coups, tu dis. On a retrouvé les étuis ?

- Par terre devant la fenêtre, dans sa planque au cinquième étage.


Je ramassai le clip à mes pieds.


- Donc il a éjecté trois fois, et comme il a refermé la culasse, avec la dernière balle dans l'arme, on a dû retrouver le clip sur le sol avec les étuis.

- Non, il était dans l'arme.

- Comprends pas.

- La commission d'enquête a déclaré que le clip se coinçait sur la moitié des M91.

- C'est l'explication des revers de Mussolini ?

- En tout cas, le mien l'a toujours laissé tomber par terre.

- Bon, ben moi je vais la tirer, la dernière. Au fait, si tu oublies le clip à la maison, tu ne peux pas tirer ?

- Si, mais tu dois charger tes balles une par une.

- Oui, si t'es quand même venu avec trois ou quatre balles...


Cela donnait à réfléchir ; je laissai mon cerveau intuitif faire seul le dernier 10, puis remerciai Patrick en lui rendant l'arme.


- Très plaisant ! Ceux qui ont fait ça travaillaient pour l'art... même si le cahier des charges est signé par la Mort. Elle est bizarre ton histoire, j'imagine que des millions de gens ont déjà cogité là-dessus ; ce n'est plus aujourd'hui qu'on va résoudre l'affaire, hein ?

- Ce flingue, c'était pain bénit pour les tenants de la théorie du complot. Mais les autres aspects de l'affaire sont du même tonneau !

- Pour faire un complot, il suffit d'être deux. Mais dès qu'on prononce le mot, c'est fou comme tout le monde se sent visé... En anglais, ils ont le même mot pour complot et intrigue. En tout cas, ta carabine qui n'a pas un chargeur comme tout le monde, ça fait vraiment grain de sable, le truc qui fait chiner les romanciers pour construire la leur, d'intrigue... mais si pas un n'a dénoué le complot !... Ton gars, là, comment il s'appelle...

- Oswald. Lee Harvey Oswald, 24 ans... je peux t'en parler pendant des heures.

- Oswald. Il vient là le bec enfariné, avec quatre balles. Pourquoi pas une seule, moi je serais venu avec une balle, pas besoin de chargeur si j'ai qu'une balle à tirer. Je tire ma balle, et puis salut ; après il y a des types des services secrets qui viennent jeter quelques douilles par terre et il y en a un qui dit « merde le con il est venu sans sa connerie de chargeur Mannlicher », ils vont en chercher un, et quand ils reviennent les flics ont déjà trouvé les douilles, alors ils mettent le clip dans l'arme, et « regardez les gars, on a trouvé le flingue que vous cherchiez depuis trois quarts d'heure ! »

- Oui, c'est une des choses qui ont été dites... La balle unique, par contre, je ne sais pas. Le M1 Garand, qui équipait l'armée US a été fabriqué à cinq millions d'exemplaires...

- Glups !

- ... alors quiconque avait touché une arme connaissait le M1 et son système de chargement, et ceux qui auraient trafiqué le M91 auraient pensé qu'il éjectait son clip de cette manière si familière à tous.

- Et ce fut leur erreur car nous les avons démasqués !


Si le reste était vraiment aussi compliqué à souhait (pour une fiction on dira à dessein), je pouvais remettre à plus tard de relire mes Miss Marple pour m'intéresser à la question.

J'en ai reparlé une fois avec Patrick, qui m'a indiqué quelques sources. Il était retraité, et ayant eu l'opportunité de se rapprocher de ses petits-enfants, il a déménagé, et nous n'avons pas repris contact.


C'est vers cette époque que j'ai connu Ruth Schmertz, en tant qu'amie de ma femme. Ruth vit près de la frontière est du pays. Son mari est ingénieur chez un fabricant de matériel militaire, mais ils sont séparés, sans enfants. Elle a des amis en ville, et comme responsable d'une association pour l'amitié avec le Moyen-Orient, elle avait organisé une réunion-débat à laquelle était allée assister Hawdem. Malgré les quinze ans qui les séparent, elles se sont rapidement liées d'amitié, et malgré les quatre cents kilomètres, Ruth a fait le voyage beaucoup plus souvent. Presque tous les mois. En fait, c'est volontiers qu'elle sort du petit bourg d'où elle mène ses activités, seule dans la maison qu'a quittée son mari. Hawdem lui apprend sa langue et les coutumes yezidies, en retour Ruth complète l'aide que je lui apporte à la compréhension de notre pays. Les trucs de femmes en plus. Et, à propos, la famille va s'agrandir.


J'en arrive à un passé récent, car c'était juste avant qu'Hawdem ne commence à porter des habits de grossesse. Ruth nous avait fait inviter à une soirée donnée par ses amis. Il y avait là des artistes qui - hormis le peintre - donnèrent quelques lectures et récitals, et aussi un fils de cheik en séjour étudiant, une comtesse, un homme d'affaires, un Premier ministre en exil, la fille d'un consul, et même un ancien peshmerga Pachtoune. Et du côté des nationaux, le mari de la sous-préfète, la directrice du centre culturel, une femme d'affaires, un archéologue, un higoumène (3), et encore trois énergumènes. Sans oublier nos hôtes, un banquier et sa femme. Pour imaginer société plus hétéroclite, je n'avais qu'à me représenter au milieu d'eux. Bien qu'ami de la diversité, je me fis une réflexion idiote sur la passion paradoxale des gens à l'abri du besoin pour le patchwork. Le comique que je trouvais à la scène augmentait ma sympathie pour Ruth ; et en même temps ça pouvait expliquer le départ de son mari. On a le droit d'être pot-au-feu.

Je n'eus aucune difficulté à entretenir les convives des charmes touristiques de la région de Dahuk : le sanctuaire de Lalish, le village perché d'Al-Amadia, le pont Dalale à Zakho, la rudesse de l'hiver, la chasse à la perdrix... C'est comme si j'avais parlé du plateau de l'Aubrac au sous-préfet consort, mais tout ce que je disais était de toute façon formidablement intéressant. Voilà pour l'Amitié Culturelle.

Mais deux jours plus tard, en rentrant du travail, je trouvai au square les deux amies et un iranien barbu avec qui nous avions dîné. Nous rentrâmes ensemble boire l'apéritif. L'invité parla un peu des monts Zagros. Ses yeux me firent penser à des appareils photo miniatures, et il ne perdait pas une miette de ce que nous disions.


C'était la semaine des curieux. À mon travail a été embauché un type qui semblait préoccupé de s'attirer ma sympathie. Et en même temps, il essayait d'en venir quelque part. Il tendait des perches, que je saisissais mollement ; il finit par me dire qu'il était gauchiste, je compris sous-entendu : comme toi. Moi, les gauchistes, je ne sais pas bien les reconnaître, c'est pour ça que les flics arrivent si bien à les infiltrer. Je dégustai l'appât sans avoir l'air d'éviter l'hameçon.

Il y a un truc qui n'allait pas dans son personnage, c'est qu'il n'était pas idiot et qu'il avait toujours Sidération avec lui. Le patron de ce quotidien d'opposition avait dû remplacer son rédacteur en chef, car des photos circulaient de lui, embrassant le chef du parti au pouvoir sur les deux joues. Les abonnés, qui ne voulaient rien voir, avaient même protesté que le pouvoir faisait pression sur les patrons de presse. Il n'y avait qu'un flic pour croire qu'on pouvait être gauchiste, intelligent, et lire ce journal-là.


On voit trop de gens bizarres pour que j'aie eu l'impression d'en voir plus que d'habitude. Je croyais d'ailleurs rencontrer plus de gens normaux ; je m'améliorais peut-être socialement. Un matin que je courais dans un parc, je rencontrai un vieil homme que je croisais souvent à la bibliothèque. Je m'arrêtai pour le saluer. Nous n'avions encore jamais conversé, je le découvris féru de mythologie. Nos pas nous conduisirent au-dessus d'un plan d'eau ; en haut de l'escalier qui y descendait, de chaque côté, étaient disposées des jarres ; cela nous amena à celle de Pandore.


- Savez-vous pourquoi l'espérance est un des maux de l'humanité ? Et pourquoi ne sort-elle pas ? demandai-je.

- Parce que l'espérance est une impasse, l'homme est mortel.

- Les Grecs étaient si pessimistes ?

- C'est peut-être la raison de leur déclin.

- Mais ce mythe ne date pas de la fin d'Athènes ! Que l'espérance puisse être considérée comme un mal, je veux bien, mais qu'elle reste dans la boîte ?

- Parce qu'elle est à la fois un bien et un mal, et que nous devons apprendre à nous en servir, je suppose...

- Vous trouvez ça convaincant ? Les mythes appartiennent à tous, mais chacun s'en remet aux doctes ; du haut de la chaire, l'abus de position dominante ne traîne pas ! On dirait que les maux échappés viennent contribuer à l'interprétation du mythe... la tromperie, par exemple.

- Et la vieillesse, qui me frappe, y contribuerait aussi... Écoutez monsieur, vous piquez un helléniste au vif. J'ai chez moi quelques ouvrages... je vous dirai ce qui est écrit en grec dans le texte. Le dernier mot appartient aux fossoyeurs, mais la vérité n'est jamais morte, vous savez... Oh ! je peux vous téléphoner si vous êtes pressé ?

- Je n'ai pas le téléphone.


Il me regarda, un peu interloqué, et partit à rire.


- Eh bien je suis forcé de l'avouer, de nous deux c'est moi le moderne !

- Si vous gardez vos horaires habituels à la bibliothèque, je saurai vous y trouver.

- J'y serai vendredi matin. Voyons-nous dix minutes avant la fermeture si vous le voulez bien. La question m'intéresse, je vais m'y plonger en rentrant.

- C'est entendu.


Je commençais à avoir fait le tour de mon problème avec les armes, je venais de renouveler ma licence en pensant que ce serait peut-être la dernière fois. Quand deux types sont apparus.

Ce n'était pas la faune habituelle, mais une catégorie que je reniflais de loin. Ces gars-là n'étaient pas des brêles ; à leur costume on reconnaissait déjà des bureaucrates, autrement dit les intellectuels du maintien de l'ordre. Je les voyais faire quelques cartons au pistolet ; ils engageaient la conversation avec tout un chacun, mais le pli ancien pris par leurs zygomatiques montrait que c'était contre nature.

Au bout de deux semaines, comme je prenais un rafraîchissement au bar, ils m'invitèrent à leur table après s'être présentés.

Smert parlait, Moretti préférait me regarder. Le premier me passait la pommade pendant que l'autre faisait mon étude psychologique. La leur était toute faite. Smert écarquillait les yeux comme s'il craignait qu'il lui arrive quelque chose pendant un battement de cil, semblait sujet à la sudation, et essayait quand même de sourire en parlant. Moretti au contraire souriait doucement avec les yeux, et une manie de se mordiller l'intérieur des joues donnait à sa bouche la sensualité d'un sphincter. Je ne savais pas de quelle hiérarchie, mais il devait être le supérieur du bavard ; lequel tournait quelquefois la tête de son côté pour s'assurer qu'il ne commettait pas d'impair. Au bout de dix minutes, on commença à parler de moi.


- Vous avez atteint l'élite en peu de temps, bravo ! Ils parlent de vous à la fédération. Vous n'avez jamais pensé que vous pourriez rendre service à votre pays ?

- En participant aux Jeux olympiques ?

- Ou à des opérations d'intervention.

- Je ne sais pas tirer sur des gens.


La confusion belge entre savoir et pouvoir était ici utile.


- Sans vouloir vous flatter ou vous offenser, vous êtes pourtant difficile à émouvoir.

- Être tireur de précision et faire partie d'un corps d'élite sont deux choses différentes ; je veux dire... ici, c'est la fête foraine. En mettant en joue, on ne pense pas aux mêmes choses quand la petite a la varicelle et quand on va faire des orphelins.

- Je croyais qu'on faisait le vide dans sa tête pour tirer.

- Quand on a la tête vide, il y a un petit vélo qui nettoie les araignées au plafond.

- Euh... oui... enfin à ce qu'on m'a dit, personne ne vous approche en force de concentration. Il ne vous faut que quelques secondes pour déclencher un tir.

- Mais vous savez, mon record n'est qu'à 1159.

- Moi je dirais plutôt 1189, record du monde.


Ils guettaient leur effet. Je leur fis un mince sourire. On avait observé que je gardais toujours trente cartouches à part, celles que je mettais dans le 9. Pas assez discrètement.


- Pourquoi dissimuler une telle habileté ?

- Je tire pour moi, je n'ai rien à prouver aux autres.

- Vous avez bien une famille à nourrir.

- Je pourrais gagner plus si j'avais plus de besoins.

- Avec ce que vous pourriez gagner, vous ne sauriez même plus ce que c'est, des besoins. Et le travail non plus. Alors ?

- Alors quoi ? Au début, on discutait gentiment, après on a questionné, maintenant on interroge...


Moretti prit le relais.


- On s'interroge aussi en haut lieu... Vous êtes bien allé au Moyen-Orient ?

- Vous croyez qu'ils entraînent des snipers en Afghanistan ?

- Pourquoi en Afghanistan, vous n'y êtes pas allé... si ?

- Vous en savez des choses. Je dis l'Afghanistan parce que vous avez l'air d'insinuer que j'ai pu aller m'entraîner avec des terroristes.

- Il y en a peut-être en Syrie...

- Je suis déçu, vous ne savez pas si je suis allé en Syrie ou pas...

- Je dirais qu'il y a trop de choses qu'on ne sait pas de vous.


Un blanc.


- Écoutez, si vous me trouvez un acheteur pour mon matériel, je rends ma licence, et vous me dites où vous envoyer les cartes postales, parce qu'à partir de maintenant, j'aimerais que vous me fassiez des vacances. Je vous laisse y réfléchir... si je ne suis pas aux arrêts, c'est tout pour aujourd'hui.


Je me levai et partis. Moretti me rejoignit au vestibule.


- Si je n'étais pas sûr que vous êtes parfaitement calme, je m'excuserais de vous avoir énervé. Nous avons été un peu brusques. Il est important que nous poursuivions cette conversation, revoyons-nous s'il vous plaît, à la fin de votre prochaine séance ? Ou ailleurs si vous préférez.

- C'est égal ; mardi ici.


Le lendemain, je pensai à aller à la bibliothèque à midi moins vingt. Le vieil homme m'attendait. Il semblait très content du résultat de ses recherches. C'était bien l'espérance qui restait dans la boîte.


- Cependant il faut plutôt traduire par crainte. L'homme souffre de l'appréhension de ce qui lui arrivera si la jarre s'ouvre. Il en est délivré quand les maux s'échappent. C'est alors que l'appréhension s'inverse en espérance, et les maux ne sont plus que sept.

- Il aime se pourrir la vie !

- Lorsqu'il était encore animal, la peur lui signalait le danger, et lui donnait des ailes face au prédateur. Humanisé après avoir conceptualisé la mort, il se rend compte qu'il ne peut raisonner sa peur puisque sa raison lui dit qu'il n'échappera pas à la Faucheuse.

- Et à nouveau, la peur lui donne des ailes : il invente la religion et les anges. Après ce gros mensonge, il ne sera plus à un près.

- Mais la peur animale est toujours là. Et elle ne lui porte plus secours ; au contraire, il est tétanisé. En proie aux phobies.

- Un comble. Seul être doué de raison, et seul à avoir des phobies. Mais revenons à la praxis, si vous le voulez bien. La crainte est aussi une arme chez les hommes. Est-ce que vous jouez aux échecs ?

- Il m'arrive encore d'étudier quelques parties de maîtres...

- Tout cela ne vous rappelle-t-il pas une de leurs phrases ?

- Attendez... La menace est plus forte que l'exécution !

- C'est ça. Quand le coup est porté, réagir est aisé. Mais quand l'épée est au-dessus de Damoclès ! D'où viendra le coup... à quel instant... c'est une quantité proprement épuisante de possibilités à anticiper ! Le temps passé à évaluer la position est mis à profit par l'adversaire pour renforcer sa menace. Et les possibilités de défense s'amenuisent. Puis il est trop tard pour tenter une sortie. Vous êtes bientôt en zugzwang... (4) Voilà l'assaut final : une pichenette vous terrasse.

- La vie et les échecs sont tous les deux une lutte constante, disait Lasker.

- Orwell nous a montré comment la menace d'un ennemi fictif aide au maintien de l'ordre. Il ignorait que son homonyme ferait de sa patrie le pays des caméras de surveillance ! (5)

- L'espérance est-elle encore dans la boîte ? C’est devenu un chapeau de prestidigitateur, il n'arrête pas d'en sortir... nous revivons les plaies d'Égypte. Nos pauvres enfants... pour moi-même je ne crains plus rien, bien sûr, sauf la mort. Je me demande d'ailleurs si un vieux philosophe comme moi a encore ce privilège. Et vous, que craignez-vous ?

- La jarre, vous savez, je crois être tombé dedans quand j'étais petit. J'ai appris tôt que la peur n'évite pas le danger. Mais elle développe la conscience.

- Messieurs, s'il vous plaît, vous n'entendez pas ? nous fermons.


Je déjeunai en famille. Javotte avait rapporté ses premiers travaux de maternelle. Hawdem me raconta sa matinée.


- Ruth a écrit. Tu sais qu'elle regrette toujours qu'on ne soit pas plus près.

- Que tu ne sois pas plus près.

- Idiot ! encore heureux qu'elle ne soit pas amoureuse de toi ! Elle dit qu'elle pourrait peut-être t'avoir un travail, qu'elle en connaît un qui va se libérer. Tu sais, elle fréquente beaucoup de gens des affaires culturelles.

- Comment a-t-elle pu imaginer une chose pareille ? C'est pour diriger un festival ou porter des livres dans une médiathèque ?

- Elle n'a pas expliqué en quoi ça consiste. Mais elle a dit que ce serait plus intéressant que ce que tu fais actuellement, et mieux payé. Et stable. Tu sais, elle n'a pas dit ça pour te vexer... et puis tu dis toujours que ton boulot est ennuyeux... Ne me regarde pas comme ça, alors là ! si tu savais, ce que tu vas décider ne va pas m'empêcher de dormir.

- Si tu as envie qu'on aille habiter là-bas... Moi ça m'est égal. Ici on commence à savoir que je ne progresse pas à l'intérieur des boîtes où je passe. Je croyais qu'il fallait prendre des initiatives, proposer des choses, ce n'est pas comme ça que ça marche. Quand tu viens avec une idée géniale, c'est comme si tu préparais un putsch. On ne te renouvelle pas, et trois mois après un sous-directeur la reprend à son compte. Les idées viennent d'en haut ; avant d'en avoir, il faut cirer des pompes.

- Je suis allée à la poste pour lui téléphoner, la remercier et lui dire qu'on lui donnerait vite une réponse. On a pas mal parlé, elle m'a expliqué tout ce qu'on pouvait faire avec internet, le gros avantage c'est qu'on aurait le téléphone et qu'elle pourrait m'appeler. Avant de chercher Javotte à l'école, je suis passée par le marché ; il y a deux imams qui m'ont abordée, ils m'ont dit qu'ils m'avaient déjà vue avec une femme qu'ils connaissaient, qui leur avait dit que j'étais Irakienne. Ils m'ont parlé de mes frères qui souffraient, voulaient savoir si je gardais des contacts, ce que je faisais pour leur venir en aide...

- Ils étaient comme le barbu qui était chez les amis de Ruth, celui qui posait plein de questions ?

- Le genre. Je ne les ai pas envoyés balader, je ne leur ai pas dit que je n'étais pas arabe, ni musulmane, je suis restée polie ; et ils ne m'ont pas fait de remarques sur ma façon de nouer mon foulard.

- Un barbu c'est un barbu. Trois barbus c'est al-Qaeda.

- Quoi !

- Non, ne t'inquiète pas, ceux-là ne prêchent pas le Bon Dieu, ils prêchent le faux pour savoir le vrai. Je suis certain que ce sont mes nouveaux amis qui veillent sur nous.

- Est-ce que nous courons un danger ?

- Non, non... enfin ce n'est pas imminent. Je te le dirai.


Mardi soir. Je viens de vider deux boîtes de munitions. Je vais arrêter là. Moretti et Smert sont au rendez-vous, il va falloir se les fader.

Je pris un jus de fruit, et commençai dans la bonne humeur.


- Où en étions-nous ? À quoi sert l'excellence si on ne lui fait pas de publicité, c'était ça ?


C'est bien sûr Smert qui tailla le gros de la bavette :


- Chacun met son expertise au service de ses convictions ou de ses intérêts.

- Je trouve que c'est un peu étroit comme vue, mais...

- Vous avez fait vœu de pauvreté, mais vous avez sûrement des opinions. Qu'est-ce que vous pensez du président, par exemple ?

- Du président... ?

- De la République.

- Ah ! mais pourquoi croyez-vous que je cache si bien mon jeu ? Si je m'entraîne en cachette, c'est pour le buter, cette idée !

- Imaginons qu'on vous paye suffisamment...

- Mais imaginons qu'on soit qui ? Allons, messieurs, vous n'êtes pas de ceux à qui l'on demande de jouer cartes sur table, mais au moins que je sache à quelle sorte de jeu...

- Ce que nous voulons savoir, c'est si nous pouvons être partenaires. Nous recherchons les hommes ayant votre parcours atypique, mais nous sommes prudents. Si vous ne courez pas après l'argent, c'est peut-être aussi qu'il vous attend quelque part... Question légitime ?

- Un contrat, hein ? À votre place - si je m'inquiétais de la sûreté de l'État -, je regarderais plutôt dans vos rangs.

- Comment ça ?

- Tout ce qu'il y a de républicain dans les forces de l'ordre est éradiqué au profit de l'exhibition musculaire. Moins de flics, moins payés, nourris comme les fauves avec un yaourt par jour. Ils commencent même à déserter le tir sportif ; parce que le flash-ball et le taser, au moins, ils ont le droit de s'en servir. Je connais des nostalgiques qui perdent pudeur et devoir de réserve parce qu'ils ne voient plus la noblesse de leur profession. Ni le pouvoir d'achat. Tiens, vous voulez que j'appelle mes copains là-bas et que je leur présente mes deux amis qui me demandent de tirer sur le chef de l'État ? Ça jetterait quand même un froid...

- Je vous déconseille de le faire ; et on ne vous demande pas ça. Je pense que vous avez à peu près compris qui nous sommes. C'est sur vous, en revanche, que peut peser le soupçon de vouloir porter atteinte à la démocratie.

- Moi, porter atteinte à la... démocratie, dites-vous ? Oh non... Vous savez, c'est dangereux de réveiller les somnambules.

- Hum... on a parfois du mal à vous suivre. Et si elle était menacée, vous ne resteriez pas sans rien faire ?

- Ah, si un régime autocratique s'installe, c'est le plus simple. Comme pour un ténia, vous faites tomber la tête et le reste part avec la merde. Pour les autres parasites, je ne suis pas compétent, vous n'avez qu'à créer un parti politique. Vous êtes bien des hommes de réseaux, non ? Eh puis, vous avez vos coudées franches, à chaque bavure, le sentiment de sécurité grandit chez les braves gens.


Avec tout ce que je balançais, pouvaient-ils encore voir en moi un agent dormant ?


- On se demande juste si on peut vous faire confiance.

- Bon, écoutez messieurs, là vous devenez lourds, je trouve. Si vous n'avez pas de jeu, vous vous couchez ou vous mettez des jetons ; on ne va pas continuer à faire des tours de table.


Moretti se tordit la bouche comme s'il se nettoyait une dent du fond avec la langue. Crache, mon gars.


- Il me semblait qu'on vous avait proposé de travailler pour votre pays.

- Je n'avais pas compris que c'était émolué... On peut entrer dans la fonction publique sans passer par les concours, alors ? Vous avez la retraite à quel âge, vous ?

- Il y a des missions pour lesquelles nous sommes obligés d'employer des francs-tireurs. Et je vous rassure, vous n'aurez à tuer personne.


Smert me passa un code Dalloz. En le prenant, je compris que c'était une boîte camouflée en livre. C'est lui qui reprit :


- Il n'y aura pas de feuille de paye... Cette édition fait 2.500 pages.


Autant de billets de dix, apparemment. Tout ce qu'il y avait de plus légal : le montant des fonds secrets était voté et publié au Journal Officiel.


- Ça m'ennuie vraiment de refuser, parce que j'aime beaucoup l'objet.

- Si vous acceptez, vous recevrez aussi le code civil, le code pénal, le code de commerce, et le second volume de ce code du travail.

- C'est comme le Club du Livre, la première livraison est cadeau...

- Effectivement, nous pensons réellement que c'est un cadeau. Que vous ne refuserez pas.

- Je crains les Grecs...

- Et je vais vous donner des nouvelles de Doña Ferentes, coupa Moretti. Vous vous êtes mariés dans une région troublée, et votre certificat est un peu folklorique... Vous savez qu'en cas de séparation du couple, votre femme ne peut plus prétendre à rester sur le territoire.

- Vous voyez, je préfère quand vous êtes francs ! Mais un, il n'y a pas de séparation en vue. Deux, qu'est-ce que ça peut nous faire de retourner là-bas, elle n'est pas réfugiée politique.

- Un : vous pourriez perdre votre statut de soutien de famille, ce qui la rendra expulsable. Deux a) vous-même n'aurez plus de visa. Deux b) vu ses multiples origines et le nombre d'états qui revendiquent sa région natale, nous aurons le choix de sa destination ; le costard qu'on va lui tailler pourrait ne pas y être à la mode.

- Et les enfants, vous avez aussi songé à leur avenir ?

- Ses enfants ne sont pas étrangers, la Nation a des devoirs à leur égard.

- Ah c'est ça que ça veut dire, pupille de la Nation, mes enfants sont la prunelle de ses yeux ! Si vous voulez expulser la mère naturelle d'urgence, faites donc une césarienne avant terme, je crois que le fœtus est viable... Hé ! les droits de l'homme ne sont pas faits pour les sous-hommes.

- Vous êtes bien cynique.

- C'est-y pas merveilleux ? j'ai réussi à vous le faire dire ! Mais qu'est-ce qui se passe, je suis embauché ! L'indice de confiance remonte, je ne suis plus tueur à gages, ni traître, ni Ravachol ?

- Vous n'avez pas le profil.

- Oh, c'est méchant ! Mais au fait, je commence quand ? Est-ce que je dois démissionner de mon travail ?

- Je ne vois pas comment vous allez nourrir votre famille ? Vous comprenez ça, Smert ? M. Claverie a peut-être touché une grosse somme d'argent récemment.

- Je n'en ai pas entendu parler, dit Smert, puis en me regardant : faites juste attention aux accidents de travail. Vous aurez besoin de vos facultés le moment venu.

- Eh bien alors, autant vous prévenir : il se peut que j'aille m'installer à Rhodeham pour raison professionnelle. Ça vous est indifférent, je suppose ; vous savez me trouver quand vous avez besoin.

- Rhodeham ? c'est une belle ville ! Je suis sûr que vous vous y plairez.


* * * * * * *


À mon boulot, ils ne me gardent pas. C'est vrai que ma concentration devenait nulle, mais ça se goupille trop bien avec le travail que m'a trouvé Ruth. Je n'aime pas les portes qui s'ouvrent toutes seules.

Au moins, je n'ai pas à retourner à l'agence qui offre des emplois, où ça commence à devenir n'importe quoi. Un cynisme ! Mais qu'ils changent l'enseigne, qu'ils mettent plutôt « Au plaisir d'offrir » ! Et j'ai l'impression que ça ne va pas s'arranger, on n'entend déjà plus les politiciens parler de « la lutte contreul' chômage » ni de « créer de l'empois ». Il faudra quand même quelque chose pour coller les gens, sinon ils vont être libres.

Emploi : je croyais qu'on employait des outils. Telle est la force du signifiant, il confère sa nature au signifié. Offrez le servage, on dit merci ; employez-nous, on devient des choses. Nommez mets la merde, on s'en régalera.

On rigole, on rigole... bientôt je vais moins rigoler. Mes amis ont posé leur nasse, et je suis en train d'y entrer, impuissant comme je ne l'ai jamais été. Car - tout le monde sera d'accord avec moi - rien ni personne ne peut justifier de sacrifier femme et enfants. Ah si, il y a l'État et l'effort de guerre. Aux mères les plus aimantes les pleurs semblent alors suffire, de voir la chair de leur chair en chair à canon.

Oh ! c'est vrai, il n'y a plus de guerres... J'avais oublié.


Ça va mal. Pourtant j'ai un moral d'airain. Pour la première fois, devant une impasse, je n'ai pas la vision d'un verrouillage de culasse ou d'un percuteur comme fantasme de solution radicale. Je vois, au loin, un disque noir sur un fond blanc. Ma cible est l'œil du destin. Il est flou. C'est normal : l'erreur des débutants est de regarder la cible, il faut du temps pour apprendre à regarder la mire. La mire de mon avenir est désormais très nette. Je dois encore être patient, reprendre peu à peu le contrôle. Mais le doigt sur la queue de détente, au point dur, c'est le mien.


* * * * * * *


Notre déménagement près de Rhodeham s'est effectué comme prévu, trois semaines avant que je commence à travailler. En attendant, je cherche une chambre en ville car je ne pourrai pas faire 50 km tous les jours. Il est convenu que lorsque Hawdem aura accouché et que j'aurai gagné un peu d'argent, nous trouverons un logement en banlieue. Si Ruth ne peut vraiment pas se passer de ma femme, elle n'aura qu'à venir la voir tous les jours.


J'en suis là. Je sens qu'une conclusion est proche, je l'écrirai si j'en ai l'occasion et lorsque tout sera terminé. Au cas où cela tournerait à mon désavantage, s'il y a un dossier où apparaît mon nom, on le lira dans quelques décennies quand il sera déclassifié.

Je me chargerai de ma personne ; je laisse ma bonne étoile à mon épouse et nos deux enfants.



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(1) Serge Gainsbourg, Ballade de Johnny Jane

(2) cf. L'Emmerdeur, d'Édouard Molinaro, avec Jacques Brel et Lino Ventura.

(3) higoumène : abbé régulier de l'église copte orthodoxe.

(4) zugzwang : situation dans laquelle se trouve un joueur qui n'a pas de bon coup à jouer.

(5) George Orwell est le pseudonyme d’Éric Blair.


Notes complémentaires

• Rosebud : cela a un rapport avec Citizen Kane d'Orson Wells. Ceux qui l'ont vu le savent, on ne peut pas en dire plus aux autres.

• La citation d'Agatha Christie est tirée de Dis-moi comment tu vis (ou La romancière et l'archéologue selon l'édition), 1946

• Pour les non latinistes, « Timeo Danaos et dona ferentes » signifie « Je crains les Grecs même quand ils font des cadeaux. » (voir aussi Astérix Légionnaire p.17)


 
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   David   
13/3/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour,

Subjugué, ça donne l'impression de s'être passé hier, d'être totalement vrai, le personnage est d'une intelligence qui ne tient pas qu'à un stock, mais au flux de ses pensées, vertigineux souvent, drôle; des raccourcis succulents dans l'écriture aussi.

Le titre reste énigmatique pour moi, sauf à promettre une suite, bravo !

   widjet   
13/3/2008
J'ai lu une bonne moitié et amer, je me suis arrêté. A regret vraiment. Fait rarissime en ce qui me concerne mais nécessaire hélas sinon ma lecture aurait été purement mécanique, passive. Je ne peux commenter car je manque de trop de choses : de vocabulaire (qui est riche dans ce texte ), de références (nombreuses aussi et certainement intéressantes - joli clin d'oeil à "l'Emmerdeur" )...
Je suis donc - et une fois encore je le regrette - dans l'incapacité d'émettre un avis pertinent. Je dirais seulement et bêtement que c'est très bien écrit, bien raconté, plein d'esprit et doté d'un humour pince sans rire assez exquis. C'est tout ce que je peux en dire malheureusement. Mais j'espère que d'autres personnes pourront le lire entièrement et nous faire part de leur avis.
Désolé i-zimbra mais contrairement au héros je ne suis pas assez "armé" pour tout comprendre (sans vouloir me sous estimer) et donc de l'apprécier objectivement. Je salue néanmoins l'effort consenti car c'est un gros boulot

W

   jensairien   
15/3/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
c'est foutrement bien écrit ! Si c'est une nouvelle il faudrait peut-être resserrer le texte et éviter de s'éparpiller (il y a un curieux décalage entre la première partie et la seconde - bon faudrait que je relise pour en être vraiment sûr). Certains passages sont vraiment admirables. Profonds et combien inspirés (la comparaison avec le camp de base et les sommets) et d'une maitrise littéraire consommée (la tronche en sphincter d'un des agents). Bon ridicule de s'arrêter sur des détails. C'est du travail de pro.

   aldenor   
28/4/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J’aime cette manière de passer sur des sujets très différents, de détails triviaux à des considérations philosophiques ; c’est fait avec suffisamment de légèreté pour que ça passe. Il y’a bien quelques moments un peu « rugueux », mais l’ensemble est fluide et agréable à lire.
On ressent le plaisir d’écrire, sans contraintes.

   Togna   
23/8/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
En commençant cette nouvelle, connaissant un peu mieux l’auteur, je ne m’attendais pas à une lecture facile. Je me disais : « il va bien te contraindre encore à ouvrir ton dico, t’obliger à lire deux fois le même paragraphe, l’ami i-zimbra… », eh bien… oui ! J’ai dû le faire, mais ce n’est pas désagréable du tout, car l’intrigue est très cohérente. C’est certain, la plume i-zimbresque n’est pas adepte de la ligne droite ! Mais moi j’aime quand les circonvolutions littéraires amènent le lecteur à la réflexion. Et là, je n’ai pas été déçu.
D’abord, j’ai été ramené quelques décennies en arrière par les 3 jours, ou plus exactement le jour et demi. J’avais presque oublié que c’était aussi c.. !
On aborde ensuite ce sentiment débile, mais combien réel, de puissance que donne la possession d’une arme.
Vient l’amour, le mariage, la paternité.
Jusque-là, ça va. Je ne vois pas où l’auteur veut m’amener, mais le héros est mis en place.

Et puis on est au stand de tir. C’est documenté, (je ne me souvenais plus du « clip » du Garand) et on en vient à Dallas. Là, c’est certain, il y a du sniper dans l’air. On y vient lentement, avec un petit coup de philo au passage, dont je comprends bien sûr le sens, mais pas l’opportunité à ce stade du récit. Je la comprendrais plus loin, après ce dialogue d’introduction à la menace.
Puis viennent la proposition et le contrat, au cours d’un dialogue où les réparties du héros font mouche (je ne l’ai pas faite exprès, celle-là ! Quoi que…).

La fin de cette partie me laisse dans l’expectative. Comment pouvait-il en être autrement ? L’auteur voudrait-il qu’on lise la seconde ?

Ce récit est émaillé de références culturelles et de mots issus d’un vocabulaire soutenu qui parfois est à la limite de l’acceptable dans ce genre de récit. Car milladiou, l’amphibologie, je ne suis pas certain que ça facilite la communication ! L’ambiguïté, peut-être. Mais, c’est peine perdue pour moi, je suis certain que i-zimbra va me prouver que son mot est celui qui va bien et pas un autre…

Bon, ça ne m'a pas empêché de lire la suite, pour y retrouver cette ironie décapante sur « les choses de ce monde », cet humour caustique, parfois sarcastique, des dialogues, et l'issue...

   Maëlle   
9/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Je ne suis pas du tout en terrain familier, et donc il a fallu que je prenne mes marques. L'écriture est alerte, le personnage principal passionnant.
Quand à ce qui va arriver, eh bien...

   Menvussa   
14/11/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je m'efforce de ne pas lire d'autres commentaires avant de commenter. Une étrange impression tout d'abord il me semble évident que l'auteur maîtrise l'art d'écrire. Ce n'est certainement pas un coup d'essai. Au début je me suis dit, voici un pro qui vient dire bonjour aux petits amateurs. Style à la fois classe et faussement désordonné, pour donner l'idée d'un destin trop riche en évènements d'importance pour pouvoir être décrit en quelques pages. J'ai pensé à quelque grand voyageur narrant des épisodes de sa vie. Très bien, mais pas ma tasse de thé, même pas au Sahara. Puis le style s'allège devient plus commun mais le récit s'accélère et l'intrigue pointe le bout de son nez. Impossible de résister à lire la suite... Donc Bravo, très bien.
Et il y a intérêt que ce soit bien, parce que c'est déjà un sacré volume pour une nouvelle sur écran.

   Selenim   
10/2/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un récit énigmatique, mystique et décousu.

Une sorte de de parcours initiatique mais trop morcelé pour que le profane que je suis puisse passer l'œuvre au noir.

Je n'ai pas trouvé le narrateur très empathique car son univers et sa personnalité sont bien trop parcellaires.

Reste une évidente maîtrise technique de la langue et une culture qui n'apporte pas grand chose à la chair du récit.

Selenim

   vicon   
18/11/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Parcouru ce récit d'une traite.
Je ne sais pas trop quoi dire, pas du tout habitué aux commentaires, et encore moins aux formes de la nouvelle. Je ne peux qu'exposer mon ressenti :
J'ai d'abord aimé la scène d'introduction, bourrée d'image forte qui échappe au cliché, surement grace au narrateur, Claverie, que j'ai trouvé très juste. Des formules qui fonctionnent, une dynamique franche et vive, et beaucoup de scène saisissantes (les scènes de tir au fusil, les questions sur Pandore, ... ). Elles m'ont permis d'oublier rapidement l'écriture pour m'immerger dans le récit.
En revanche, les transitions entre les différentes scènes m'ont un peu perdues. J'ai parfois eu du mal à comprendre où allait l'intrigue, qui était tel personnage, ou, encore plus bêtement, où nous étions.

Bon... voilà. Je viens de relire ce commentaire que je trouve très mauvais, mais qui constitue tout de même un début de tout petit retour sur votre texte.

Vous m'excuserez j'espère,
vic.


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