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Fantastique/Merveilleux
IsaD : Le contrat [Sélection GL]
 Publié le 04/08/20  -  9 commentaires  -  33891 caractères  -  51 lectures    Autres textes du même auteur

Quand on recherche un emploi et que le résultat n'est pas vraiment celui que l'on attend…


Le contrat [Sélection GL]


1718 – 1er janvier


La pièce, savamment agencée, était somptueusement décorée. Contre les murs, accolés de part et d’autre, une commode en bois de violette finement façonnée, un luxueux secrétaire aux moulures couvertes de feuilles d’or, deux miroirs entourés de cadres sertis d’or et de rubis, ainsi que des bibliothèques réunissant des livres aux couvertures en peau de veau, de chèvre, cloutées, ciselées de dentelles et de reliefs en or. Encadrant les longues fenêtres qui s’élevaient à hauteur de plafond, de lourdes tentures carmin. Sur les murs, des tableaux de maîtres et, recouvrant le parquet soigneusement encaustiqué, un magnifique tapis persan. Aucun doute, le maître des lieux était extrêmement riche.


Les bougies des candélabres, dont les flammes vacillantes projetaient des ombres dansantes sur les murs, tentaient tant bien que mal d’éclairer la pièce immense, sans y parvenir vraiment. De sa main fine, un homme effleurait distraitement la surface métallisée d’un globe, le faisant lentement tourner sur lui-même. Ce globe, d’une cinquantaine de centimètres, maintenu par un grand cercle de métal fixé sur un trépied, recouvert de cartes, d’illustrations et d’inscriptions, l’homme aimait particulièrement le contempler. Il attestait, déjà, que le monde n’était pas un simple disque plat flottant dans l’espace mais une sphère sur laquelle, aux yeux de tous alors, certains vivaient donc forcément la tête en bas. Mis au parfum par l’une de ses innombrables relations, l’homme avait commandé ce globe à Martin Behaim. Ce n’était donc en réalité pas un globe qui avait été façonné mais deux, parfaitement identiques. Tandis que l’un était livré à Nuremberg, l’autre avait été acheminé, en toute discrétion, vers la demeure de l’homme, le suivant, depuis, au gré de ses déménagements.


Vêtu d’un élégant manteau de brocart noir à la forme peu commune, l’homme en question, les jambes nonchalamment croisées, était assis au fond d’un fauteuil dont les accoudoirs en bois sculpté représentaient deux têtes de dragon ; tout en faisant tourner le globe de sa main droite, il fixait son vis-à-vis, les sourcils froncés, tandis qu’un cigare fin importé d’Espagne se consumait lentement dans son autre main.


– C’est à mon tour de jouer, dit l’homme qui lui faisait face, habillé lui d’une tunique de lin blanche.


Sa voix était chaude et agréable. Il se saisit d’un cube à trois faces noires et autant de blanches et le jeta sur le plateau du grand bureau, posé au milieu de la grande pièce. Le cube, en tombant, émis un bruit sourd, fit quelques petits sauts avant de se stabiliser, face blanche sur le dessus.


Le visage de l’homme en blanc s’éclaira d’un grand sourire radieux. Il se frotta les mains de satisfaction. L’homme en noir tira une bouffée de son cigare, ses yeux transpercèrent les volutes d’une fumée qui s’agita un instant devant lui.


– Eh bien soit, dit-il, cela sera donc cette fois-ci encore selon « tes » conditions.


Les deux hommes se penchèrent simultanément au-dessus d’un document qu’ils relurent attentivement, avant de le signer, traçant des lettres aux déliés harmonieux à l’aide d’une plume d’aigle. Ils se levèrent ensuite et se regardèrent un bref instant avec une lueur de défiance au fond des yeux. Puis, le papier fut enroulé, cerclé d’un large ruban de satin rouge et glissé dans un long tube en bois d’ébène avant d’être placé dans un interstice, visiblement prévu à cet effet.


– Que la partie commence, murmura alors l’homme en noir. Il va me falloir maintenant être vigilant dans mes choix. Mais pour cela, je me fais confiance. Je me trompe très rarement… conclut-il en lui-même avec un petit rire sarcastique.



2018 – 31 décembre


Tout a commencé par un coup de téléphone.


– Benjamin Salomon ?

– Oui, c'est moi.

– Vous êtes toujours à la recherche d’un emploi ?


Et comment ! Mes droits au chômage avaient expiré depuis plus de deux mois et je n’avais pas pu payer mon loyer, ce pour quoi mon propriétaire commençait à s’impatienter, sans compter les relances pour divers impayés qui s’entassaient sur mon bureau.


L’angoisse avait fini par me saisir tout entier, m’empêchant de m’adonner à mes activités habituelles. Gâchant mon sommeil, elle creusait sous mes yeux de larges cernes. Je voyais mal comment j’allais pouvoir continuer mes petites habitudes me permettant jusqu’alors de vivre la vie qui me correspondait le mieux, c'est-à-dire rester tranquillement chez moi tout en bénéficiant des aides auxquelles mes périodes de travail me donnaient droit. J’avais toujours réussi à yoyoter entre les jobs et les périodes d’inactivité. Tout l’art de ce machiavélique calcul, dans lequel j’excellais, consistait à me trouver un emploi, bien entendu à durée déterminée, à y être constant pour ensuite, quelques jours ou quelques semaines avant son terme, diminuer nettement ma production et ainsi persuader l'employeur que me garder définitivement ne serait pour lui pas une si bonne affaire, en fin de compte. Le but était donc d’accumuler suffisamment d’actif mais aussi et surtout de me faire larguer en bonne et due forme afin de pouvoir être indemnisé et le plus confortablement possible. J’avais fait un effort surhumain dans mon dernier travail, de sorte que celui-ci m’avait offert une très longue période d’inactivité. Pendant plus d’un an, j’avais pu me la couler douce, me laissant dériver à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit sur ma télé ou mon ordi, dans des jeux de rôles interminables, apportant mes avis inutiles dans des forums tout aussi inutiles, profitant de plateformes légales ou illégales pour visionner ou télécharger pléthore de films et de séries. Je n’étais pas difficile. Tous les styles m’enchantaient : policiers, thrillers, comédies, drames, historique, western, X, dessins animés, tout y passait, tout me ravissait. Je retrouvais mon âme d’enfant, celui qui n’avait jamais manqué de rien, sous le couvert des deux serviteurs largement aisés qu'étaient mes parents et dont j’étais le roi absolu.


Mais il fallait bien le reconnaître, les temps avaient changé et, confortablement installé au fond de mon lit et de mon pyjama, je ne m’en étais pas rendu compte.


Malgré mes recherches de plus en plus frénétiques, postulant bien plus que je ne le faisais auparavant, plus personne ne voulait de moi. À part deux réponses débutant par un : « Malgré l'intérêt de votre candidature... » (dont je n’ai pas lu la suite, le malgré étant à mon avis bien suffisant), aucune réponse, même un refus, n'avait été donnée à mes missives dans lesquelles je m’étais pourtant appliqué à trouver les meilleurs arguments possibles attestant que j’étais la perle rare, celle qu’il ne fallait surtout pas louper.


À présent, je réalisais avec amertume que j’étais prêt à tout, y compris balayer les rues, ramasser les poubelles ou trier tous les détritus qu’elles pouvaient contenir, pour qu’on m’offre enfin de quoi remonter à la surface des eaux paisibles qui s’éloignaient de moi, de plus en plus, jour après jour.


– Je suis libre, ai-je dit d’un ton ferme, signifiant ainsi à mon interlocuteur qu’il avait sonné au bon endroit.


Je lui ai demandé comment il m’avait trouvé. Si c’était par le biais d’une de ces annonces à laquelle j’avais répondu.


– Vous êtes bien inscrit à Pôle emploi ?


Ah oui ! Pôle emploi ! Il est vrai que j’y avais aussi déposé mon CV il y avait de cela une éternité. Mais les seules relations ayant été, depuis, mes pointages mensuels via le réseau internet, je les avais, à vrai dire, totalement oubliés. Je trouvai tout de même étrange d'être contacté directement par l’employeur et non par le conseiller qui m’avait été attribué, mais après tout je n'allais pas me formaliser pour si peu.


– Je suis votre homme, ai-je donc affirmé avec conviction.

– Mais vous ne connaissez pas la teneur de l’offre, a objecté la voix, qui était assez caverneuse. Un fumeur sans doute. Ou un baryton, peut-être ?

– Je suis quelqu'un de très polyvalent, ai-je assuré.

– Très bien. En ce cas… pouvez-vous venir à mon bureau ? Nous discuterons et formaliserons le contrat, si l’emploi vous convient.


Sur ce, la voix m’a donné l'adresse. Le temps d’enfiler une tenue décente, je m'y suis rendu sur le champ. Le lieu, situé pas très loin (un bon point), était niché tout au fond d’une rue que je ne connaissais pas. Un bâtiment très ancien s’y trouvait, ayant nettement besoin d’être restauré. De longues fissures déséquilibraient dangereusement certains endroits du mur, dessoudant des pierres de leur enduit d’origine. Mais, dès la porte d’entrée franchie, curieusement, je me suis retrouvé dans un espace beaucoup plus moderne, une sorte de hall d’accueil lumineux, aux murs fraîchement repeints de blanc. L’odeur de la peinture était encore prégnante, ce qui expliquait sans doute que rien d’autre ne s’y trouvait, ni plantes, ni comptoir, ni chaises, ni table basse, ni magazines. Un homme m’attendait, probablement l'homme que j’avais eu au téléphone. Il m’a accueilli avec un grand sourire. Ses dents étaient d’une blancheur éclatante, dignes d’une publicité pour dentifrice. Sa cravate chic, son costume, noir, cintré et élégant, étaient visiblement de très bonne facture. Le tout semblait parfaitement correspondre à l’idée que je m’étais faite au téléphone.


– Il s'agit d'un travail de nuit, ici même, a dit l’homme en me faisant signe de le suivre.


Nous avons traversé le hall, longé des couloirs rectilignes propres et aussi blancs que l’accueil, pour entrer dans une pièce, à peine meublée. Au moment de franchir le seuil, ma cheville a heurté un objet et j’ai failli m’étaler par terre. Heureusement pour mon image, je me suis retenu au dernier moment.


– Vous serez en charge de la surveillance du bâtiment via les écrans situés dans le bureau de contrôle, a poursuivi l’homme comme s’il n’avait rien remarqué, pendant que je me frictionnais la cheville. Chaque couloir possède sa caméra, il y a donc autant d’écrans que de caméras. Votre rôle consistera à vérifier que personne ne se balade la nuit dans ces couloirs. Ceux-ci sont théoriquement déserts car tout le monde est normalement bien au chaud dans son reposoir.


L’homme a eu soudain comme un petit rire, du moins ai-je eu cette impression en voyant un frémissement sur ses lèvres, mais l’instant d’après, je n’en étais plus tout à fait sûr, son regard étant lui resté de marbre.


Avais-je bien entendu le mot « reposoir » ? Un mot tout à fait singulier que j'associai dans l’attente de plus amples explications à « chambre » ou « dortoir », peut-être.


Je me suis installé sur la chaise qu’il me désignait d’un geste gracieux de la main. Il faisait terriblement chaud dans ce bâtiment. J’avais dû retirer ma veste mais je transpirais encore à grosses gouttes dans ma chemisette. L’homme, lui, ne semblait pas souffrir de cette chaleur, quasi insupportable pour moi. Aucune sueur ne perlait sur son visage.


– C'est quoi au juste ? Une sorte d’hôpital ? ai-je demandé, revoyant les couloirs blancs traversés auparavant.

– C'est un laboratoire, a répondu l'homme.

– Un laboratoire ? Et qu’y a-t-il à surveiller exactement ?

– Des gens, a répondu évasivement l’homme pianotant doucement de ses doigts la surface du bureau.

– Des gens… répétai-je, mais… quels gens ?


L’homme s’est tu un moment, m’observant comme s’il m’évaluait. Puis, il s’est penché en avant, ses lèvres se sont retroussées dans un sourire découvrant sa dentition impeccable.


– Je vais être franc avec vous, Benjamin. Après tout, il faut bien que vous connaissiez la nature de l’emploi que je vous propose. Dans ce laboratoire, nous expérimentons diverses choses et nous travaillons essentiellement sur des… personnes humaines…

– Vous voulez dire… des hommes… des femmes ? ai-je demandé, aussitôt conscient de l’idiotie de ma question.

– C’est cela, a dit l’homme en hochant la tête. Mais… rassurez-vous, a-t-il ajouté, nous travaillons toujours dans le cadre du volontariat. Chacune des personnes présentes ici a signé un contrat en connaissance de cause, avec une belle contrepartie à son bénéfice, cela s'entend. Nous tenons à ce que chacun soit gagnant, c’est évident. D'ailleurs, pour vous prouver notre transparence, voici là-bas la liste de tous les contrats signés depuis le début de notre activité. Vous pourrez ainsi constater le sérieux de nos engagements. Tout ceci est assez volumineux, j’en conviens, car nous nous devons d’encadrer précisément chacune de nos expériences, c’est pourquoi les termes juridiques sont également assez complexes. Mais je répondrai bien volontiers à toutes les questions que vous vous poseriez.


Et de me désigner, entassés sur une table au fond de la pièce, une pile impressionnante de dossiers remplis de papiers.


– J’ai étudié votre profil avec beaucoup d’attention et vous entrez tout à fait dans le cadre des personnes que nous recherchons. En effet, a-t-il poursuivi à la vue de mes sourcils s’étant levés soudain au-dessus de mon regard perplexe, notre laboratoire a double vocation. Grâce à son activité, et à notre clientèle, il génère de très beaux profits dont nous reversons une bonne partie à beaucoup d’œuvres sociales mais aussi sous forme de rémunérations exceptionnelles octroyées au personnel employé dans ce laboratoire. Les salaires sont ici beaucoup plus importants que par ailleurs, conclut l’homme en insistant lourdement sur le mot « beaucoup ».


Rebondissant sur cette dernière phrase, j’en ai profité pour aborder ce qui m’intéressait finalement le plus. C’est-à-dire la durée du contrat et surtout la fameuse rémunération.


L’homme m’a dit qu’il s’agissait pour l’instant d’un CDD d’une semaine, avec période d’essai de vingt-quatre heures, mais qui serait renouvelé ensuite pour une durée de trois mois, voire indéterminée si je faisais l’affaire. Il m’a annoncé un salaire dont le montant m’a fait sortir les yeux de mes orbites.


– Je peux réfléchir ? ai-je dit un poil hésitant, me demandant si tout cela était quand même vraiment sérieux. Peut-être était-il mieux en effet que je contacte auparavant Pôle emploi.

– Hélas, m’a dit l’homme secouant la tête d’air navré, j’ai bien peur que le temps nous soit compté. Le dernier surveillant nous a fait faux bond et ne reviendra pas. J’ai besoin de quelqu’un à partir de ce soir même et donc d’une réponse dès à présent. Si cet emploi vous agrée, vous commencerez… – l’homme a jeté un œil à la montre rutilante qui entourait son poignet fin – en fait dans deux heures, car je vois qu’il est presque dix-huit heures. Mais si vous n’êtes pas décidé, ce n’est pas dramatique. J’ai là d’autres candidats très intéressés et dont les profils correspondent aussi à notre recherche, un peu moins que le vôtre, sans doute. Enfin, s’il le faut vraiment…


Mes pensées se bousculaient dans ma tête. Expériences ou tests, après tout, ce n'était pas mon problème. Et d’une, je n'allais pas perdre mon temps dans le détail de cette paperasse visiblement laborieuse. Et de deux, ces fameux « cobayes » n’étaient-ils pas eux aussi payés ? Et grassement de plus, d’après mon interlocuteur ? Il s’agissait donc de leur propre responsabilité. Tout comme il s’agissait de la mienne en décidant ou non d’accepter cet emploi. Au fond, qu’avais-je à perdre ? Si ce laboratoire disposait de fonds impressionnants qu’il répartissait de cette façon, pourquoi pas ?


Tout en calculant à la vitesse de l’éclair le montant du salaire proposé pour, soustraction faite de mes dettes, en déduire qu’il me resterait de quoi envisager un avenir très serein, j’en ai conclu qu’il était inutile de trop réfléchir. Le mieux était de sauter sur l'occasion. Je pouvais toujours tester une première nuit et contacter Pôle emploi le lendemain pour m’assurer du sérieux de cette proposition.


J’ai donc accepté.


– Très bien, a dit l’homme. Une précision cependant avant que vous ne signiez. Si jamais, lors de votre surveillance, vous étiez amené à voir sur vos écrans quelqu’un déambuler dans les couloirs, votre rôle sera alors de raccompagner la personne vers son reposoir. MAIS ! (il m’a regardé droit dans les yeux), il est cependant IMPÉRATIF que vous ne lui parliez pas. Quoi que cette personne vous dise, si vous ne répondez pas, aucune résistance ne vous sera opposée. Il vous suffira alors de simplement guider la personne pour qu’elle réintègre son reposoir. Un seul mot de votre part risque d’entraîner de très graves conséquences et, ce qui est tout à fait certain, la caducité de votre contrat. Aucun émolument ne vous sera donc versé. Tout ceci est stipulé dans votre contrat. Je vous laisse le soin de le lire attentivement.


Intrigué par cet impératif assez particulier, mais encore enivré par les chiffres d’un salaire qui tourbillonnaient dans ma tête, je me suis mis en devoir de lire, pour la forme, les six pages du contrat que me tendait l’homme, tout en survolant je l’avoue certaines lignes au jargon légèrement obscur. Mais elles étaient peu nombreuses et ne semblaient pas vraiment importantes aux yeux des autres qui, elles, reprenaient parfaitement les différents points que l’homme m’avait énoncés. Dans l’ensemble, tout m’a semblé normal. C’était au fond un banal travail de surveillance de nuit, dont la seule clause un peu bizarre, la clause n° 6, restait en définitive celle de ne parler à personne. Cela m’allait plutôt bien, n’étant pas à la base d’un naturel très causant.


Après avoir signé et approuvé les termes du contrat à l’aide d’objets que j’ai trouvé fort originaux, une belle plume à l’ancienne et un encrier tout aussi pittoresque, l’homme m’a demandé de revenir le soir même, à vingt heures précises.


En me raccompagnant, il s’est arrêté soudain, posant sur mon avant-bras nu une main désagréablement froide.


– J'insiste une dernière fois, m’a-t-il dit en plongeant ses yeux noirs dans les miens. Quelles que soient les circonstances, vous ne devez adresser la parole à PERSONNE. Je vous rappelle que cette clause est incluse dans le contrat que vous avez signé. Il serait fort dommage j’imagine que vous ne puissiez pas bénéficier de nos… avantages financiers… a-t-il ajouté avec un semblant de sourire. Le regard, lui, était de glace.


Malgré la chaleur, un frisson m’a saisi. Était-ce la nuance abyssale de ses yeux noirs, la manière singulière dont il avait de s’exprimer ? Je lui ai néanmoins confirmé que tout était parfaitement clair pour moi.



L’homme regarda Benjamin Salomon passer la porte, revint sur ses pas et se saisit du contrat avec lequel il s’éventa un instant. C’est vrai qu’il faisait chaud ici. Il resta un moment plongé dans ses pensées, jaugeant la fiabilité de l’homme qu’il venait d’embaucher, et refit mentalement le tour des renseignements qu’il avait récoltés sur lui. Benjamin Salomon était de ces êtres faibles, sans volonté aucune, qui se laissaient vivre aux crochets de la société. Pourri par des parents plus qu’aisés, et incapables par ailleurs de lui accorder une véritable attention, il avait grandi dans l’idée que la vie lui était due, ce qui n’avait pas développé son potentiel de réflexion au-delà de ses besoins vitaux. Le garçon n’avait aucune ambition. Ses récentes recherches d’emploi n’avaient abouti à rien et ses indemnités de chômage s’étaient taries, le laissant sans ressources. Ses parents, morts ruinés après des opérations douteuses, ne lui avaient laissé que ses yeux pour pleurer. Tout cela faisait de lui le candidat idéal.


L’homme en noir connaissait parfaitement les hommes et savait le pouvoir qu’avait l’argent sur eux. Car l’argent dominait le monde et rythmait la vie de chacun, qu’il soit en bas ou en haut de l’échelle. S’il y avait des différences et des injustices flagrantes dans ce monde, lorsqu’il s’agissait du pouvoir de l’argent, tout le monde était sur un même pied d’égalité.


D’ailleurs, jusqu’à présent, tous n’avaient-ils pas concouru à lui donner raison sur ce point ? Aucun de ses employés n’avait jusqu’alors failli à la clause n° 6.


Et puis de toute façon, pensa l’homme, il s’agit de la dernière embauche. À la fin de l’année, nous allons enfin pouvoir passer à autre chose. Il était temps, l’aventure commençait à devenir lassante.


L’homme se frotta les mains et jubila : « La dernière… ! »



Je me suis retrouvé dans une pièce de six mètres carrés, au beau milieu de la nuit, seul avec des « pensionnaires » (à défaut de pouvoir les appeler autrement), des couloirs blancs, des écrans de surveillance et des consignes très claires.


Le silence était mortel et la chaleur oppressante. Je suis allé m’installer dans le bureau de surveillance, en boitant légèrement car ma cheville me lançait. En effet, après l’entretien, je m’étais aperçu que je m’étais coupé, sans doute au moment où j’étais entré dans le bureau de l’homme. Ce n’était pas très grave mais le sang avait imbibé le bas de mon pantalon. Une petite veine avait été touchée, sans doute, sans gravité néanmoins. J’avais entouré ma cheville d’une compresse et d’une bande de maintien.


Pour passer le temps, bien que je fusse censé occuper celui-ci dans la contemplation des écrans, j'avais rapporté le dernier livre de Stephen King, qui traînait depuis un bon bout de temps sur ma table de chevet et agrémenterait la longue nuit qui m’attendait. Car je craignais il faut le dire de m’ennuyer à mourir dans cet endroit où il y avait peu de chances qu’il se passe quoi que ce soit d’intéressant.


Il était vingt-trois heures trente quand un grincement m'a fait lever la tête de l’intrigue où j'étais plongé. Je n’avais jamais été d’un naturel très superstitieux mais il faut dire que Stephen King a cette manière de vous raconter les choses les plus flippantes comme si de rien n’était et vous vous retrouvez vite embarqué sans même vous en apercevoir.


Je me suis statufié quelques secondes pour mieux écouter. À nouveau, le grincement s’est fait entendre. J’ai inspecté mes écrans, les allées étaient totalement désertes. Sauf une ! Il y avait là comme une ombre, une ombre qui bougeait lentement. Mais au moment où je me suis approché de l’écran, l’ombre avait bifurqué à l’angle du couloir et disparu de mon écran. Cela n’avait duré que quelques secondes, à peine assez pour ne pas finalement me persuader que mon imagination avait dû me jouer un tour.


Avec un soupir, je me suis retourné dans l’intention de regagner mon fauteuil, impatient de me replonger dans mon bouquin. C’est alors que j’ai vu brusquement un visage collé à la vitre de la porte du bureau.


Mon cœur a sauté si fort dans ma poitrine que j’ai cru qu’il allait s’arrêter tout net. Puis il s’est mis à palpiter sous l’impact de la vision qui s’incrustait dans ma tête, celle d’une créature abominable dont les cheveux étaient gris et le regard dément.


Je me suis vite repris cependant. Car il ne s’agissait en fait que d’une vieille femme. Rien d’autre. Certainement un de ces « cobayes » dont l’homme avait parlé. Prenant sur moi, je me suis dirigé vers la porte, l’ai ouverte et ai attrapé fermement la femme par le bras pour lui faire faire demi-tour et la raccompagner, bien décidé à ne pas lâcher un seul mot. Ma survie financière était en jeu.


C’est alors que, dans une sorte de râle, la femme a ouvert une bouche édentée et a lancé d’un ton plaintif :


– Je ne veux plus…


Plus quoi ? me suis-je demandé, tout en me gardant bien de le formaliser à haute voix.


– Je ne veux plus… a répété la femme, comme si elle lisait dans mes pensées.


Je me suis mis en devoir de la reconduire vers le reposoir. Comme l’avait prédit mon employeur, la femme n’a opposé aucune résistance. Elle s'est laissé mener docilement, à petits pas, sur lesquels j’ai adapté mon rythme. Cependant, à intervalles réguliers, elle levait vers moi son visage usé, répétant inlassablement les mêmes mots « je ne veux plus ».


Visiblement, elle était incapable de dire autre chose. J’étais un peu désorienté mais bien décidé à suivre les consignes. L’homme m'avait interdit de parler à quiconque sous peine de ne pas être rémunéré. Tout en avançant lentement, je n’avais de cesse de penser à mon blé. Quand même. Une grand-mère. Elle devait être dans la dèche elle aussi.


Je lui ai jeté un regard. Son profil était marqué par l’âge, sa peau pendante, ridée, formait des sillons profonds qui me rappelaient ceux de ma grand-mère. C’était la seule personne avec qui j’avais gardé contact après la mort de mes parents. La seule personne qui avait su prendre soin de moi quand j’étais petit, lorsque mes parents, souvent de sortie, me déposaient sans autre formalité chez elle lui laissant le soin de veiller sur moi. Ma grand-mère avait les mots qu’il fallait, me nourrissait de ses bons petits plats qu’elle concoctait avec amour, me berçait en me contant des histoires remplies de monts et de vallées, de grands espaces, de tours et de donjons, d’épées et de dragons.


Plus je regardais la vieille femme à mes côtés, plus l’image de ma propre grand-mère se transposait sur son visage. Sentant mes yeux posés sur elle, la femme a levé à nouveau les siens vers moi, en geignant :


– Je ne veux plus…


C’est alors que, mû par un élan plus fort que moi, j’ai dérogé au principe absolu de la clause 6 du contrat. Je lui ai parlé.


– Plus quoi, grand-mère ? ai-je dit.


Et dans ma voix, il y avait toute la tendresse d’un petit-fils retrouvant son paradis perdu.


À ce moment, de l'autre bout du couloir, un nouveau grincement s’est fait entendre. Une silhouette maigre émergeant d'un « reposoir » annexe, avançait, chancelante, vers nous. « Merde ! me suis-je dit, voilà autre chose ! » Affolé, j’ai regardé la vieille femme tandis qu’en arrière-plan, l'autre silhouette se rapprochait de plus en plus distinctement.


– Je ne veux plus… s’est-il mis à marmonner lui aussi, tendant vers moi une main tremblante et décharnée.


À croire qu'un signal avait été donné, voilà que d'autres portes s’étaient ouvertes, que d'autres silhouettes apparaissaient, geignaient, se lamentaient, venaient s'accrocher à moi. Mon cœur cognait à grands coups, galopait en ligne droite vers la panique. Un vrai film d'horreur. Merde, merde et merde… Que faire. « Surtout, ne pas leur parler. » Tu parles. Facile à dire.


Je suis resté un moment perdu, ne sachant plus du tout où j’étais. Ces hommes, ces femmes, aux visages désespérés, vêtus de blouses hideuses, semblaient en réalité prisonniers. Alors que tous avaient pourtant signé pour être là. En tout cas, c'est ce qu'on m'avait dit. Après tout, je n'en savais rien. Peut-être étais-je en train de participer à une horrible supercherie. Peut-être m'utilisait-on à des fins inavouables.


Mon sang n’a fait qu'un tour. Au diable le fric ! J’ai décidé que ces personnes n'étaient pas là de leur plein gré – peut-être même qu'elles avaient été droguées ‒ et de passer outre les consignes. Je me suis dirigé d'un pas ferme vers la sortie, entraînant derrière moi une file interminable de silhouettes fantomatiques. J’ai ouvert grand les portes et les ai regardées s'échapper une à une. Il me semblait que ça n’en finissait pas. Puis, je suis allé récupérer mon livre avant de sortir à mon tour, soulagé. J’ai regardé la porte se refermer d'elle-même. Elle a claqué et résonné dans le silence de la nuit, au moment même où s'égrenaient les douze coups d'une cloche en provenance d'une église proche. La lune éclairait les alentours de ses rayons blancs. Je me suis retourné mais il n'y avait plus personne.


Épuisé par cette nuit cauchemardesque, sans plus aucune force pour tenter de réfléchir, j’ai décidé de rentrer chez moi. En attendant d'aviser, le lendemain.



1718 – 1er janvier…


CONTRAT D’ÂMES n° 67937, clause 7.


« Durant toute la période du contrat, soit trois cents années relatives, débutant le 1er janvier 1718 pour prendre fin le 31 décembre 2018 à minuit, les âmes seront recrutées sous couvert d’un emploi de surveillance avec période d’essai de vingt-quatre heures, dont elles devront impérativement respecter les conditions. Au terme de cette période d’essai, si elles n’ont pas dérogé à la clause 6 stipulant qu’elles ne devront, sous aucune prétexte, adresser la parole aux âmes déjà enchaînées, les âmes embauchées seront alors définitivement acquises au recruteur. À défaut du respect de la clause 6, le contrat deviendra caduc et toutes les âmes seront alors entièrement libérables. »


Au moment de signer, l’homme en noir releva soudain la tête.


– Et tu y crois vraiment ? dit celui-ci. Tu crois vraiment que je ne vais pas tout faire pour engager les personnes parfaites, celles qui n’auront d’autres choix que d’aller au bout de leur période d’essai ? Tu sais pourtant combien je connais l’âme humaine, combien je sais sa facilité à se laisser acheter, combien j’ai le don pour repérer les plus veules.


L’homme en blanc eut un petit sourire :


– Nous verrons, dit-il d’une voix calme.

– Eh bien soit, répondit l’homme en noir.


Et quelques minutes après, il ajouta avec un petit sourire carnassier : Que la partie commence…



2019 – 1er janvier…


J’ai dormi jusqu'à midi et me suis réveillé avec un mal de crâne épouvantable. Je me suis remémoré la soirée, pestant contre cette barbarie et d’une manière générale contre toutes les injustices commises en ce bas monde, me découvrant avec étonnement une âme de justicier. C’est donc sans étonnement pour le coup que je me décide à retourner voir cet homme qui a cru faire de moi un pion sur son échiquier pour lui dire, et d’une le fond de ma pensée, et de deux mon intention d'aller dénoncer illico ses pratiques plus que douteuses et celles de son pseudo-laboratoire à qui de droit.


Je pousse la porte du bâtiment et me retrouve face à un comptoir vitré. Derrière, un homme mastique un chewing-gum, concentré dans la lecture visiblement passionnante du journal « l'Équipe ».


Je m'avance.


– C'est pour quoi ? dit-il sans quitter son journal des yeux.

– Je veux voir monsieur…


Un blanc. Quel est le nom du type qui m'a reçu ? Et puis hier, quand je suis venu, il n'y avait pas de gardien, ni de comptoir vitré. Devant mon silence, l'homme lève la tête et me fixe.


– Je ne suis pas au 6, rue des Abîmes ? dis-je en balayant du regard la pièce.

– Si.

– Mais lorsque je suis venu, vous n'étiez pas là.


L'homme me regarde bizarrement.


– C'est quand que vous êtes venu ?

– Hier.

– Pas possible.

– Mais si, je vous dis. Un homme, plutôt élégant, m'a reçu ici même. Pour un entretien d'embauche. Pour le laboratoire...


... Dont j'ignore le nom.


– Ça m'étonnerait, reprend l'homme d'un ton blasé. Hier, nous avons eu des problèmes techniques et tout était fermé.

– Mais, c'est bien un laboratoire ici, non ?

– Pas vraiment… Ici, c'est la morgue.



2019 – 1er janvier


L'homme en noir était assis derrière son bureau. Son regard était brûlant de colère.


« L'imbécile, marmonna-t-il entre ses dents. J'étais certain qu'il allait réussir. Le parfait spécimen. Qui ne s'était rendu compte de rien. J'ai recueilli discrètement quelques gouttes de son sang quand il s'est coupé « accidentellement », sang que j’ai ensuite mis dans l’encrier, lui ai tendu la plume qu'il a trempée dedans, l'ai observé signer au bas du contrat. Aucune objection. Aucune question. Oui vraiment, le sujet parfait. FICHTRE ! QUEL GÂCHIS ! »


L'homme écrasa rageusement son poing sur le bureau. Un coup de tonnerre résonna au loin et les vitres tremblèrent, à la limite de se briser.


« J’étais pourtant sûr de moi ! Le dernier ! Choisi minutieusement, le six cent soixante-six mille six cent soixante-sixième… Et toutes les âmes étaient à moi ! Mais non ! Il a fallu que Monsieur fasse sortir tout le monde, à quelques secondes de l'heure fatidique où cela n'aurait ensuite plus été possible, selon la clause 7 du contrat, qu’il n’a même pas lu, cet idiot ! À présent, il va falloir tout recommencer ! »


Dans le miroir qui lui faisait face, se tenait l’homme à la tunique blanche. Ce dernier sembla le regarder un instant d’un air narquois. Le reflet était pourtant fidèle à l’homme en noir.


Dans un accès de fureur, ce dernier se saisit d’un presse-papier en marbre lourd et le lança sur le miroir qui éclata en mille morceaux, anéantissant le reflet de l’homme en blanc. Puis, il se redressa, souffla profondément pour calmer sa colère.


Plongé dans ses réflexions, les sourcils froncés, il pianota sur son bureau de ses longs doigts fins et noueux. Puis il poussa un long soupir.


– L’âme humaine est décidément plus complexe que je ne l’aurais cru… dit-il à voix haute, se parlant à lui-même.

– N’est-ce pas ? s’entendit-il répondre.


Il se retourna. L’homme en blanc venait de réapparaître, cette fois dans l’autre miroir lui faisant face.


L’homme poussa un nouveau soupir résigné, refusant de s’avouer vaincu. Un nouveau contrat allait être signé. Cette fois, il allait blinder les clauses car il était hors de question de subir un nouvel échec. La confiance de l’homme en noir revenait peu à peu. L’ère était propice, il la sentait, il la humait. L’espèce humaine était de plus en plus rongée par la folie. La terre était devenue un feu de paille, une étincelle et tout s’enflammerait.


Le lendemain matin, frais et revigoré, l'homme en noir ouvrit son calepin puis attrapa son téléphone. Il prit une aspiration tandis qu'un début de sourire se formait lentement sur son visage éternellement blafard.


L’appel résonna au loin, une fois, deux fois, trois fois… Quelqu’un décrocha à l’autre bout de la ligne.


– Hector Ramirez ? dit l’homme en noir. Vous cherchez toujours un travail ? Comment je le sais ? Vous êtes bien inscrit à Pôle emploi ?


 
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   socque   
4/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien
La fin ne me paraît pas logique parce que le contrat passé entre l'homme en blanc et l'homme en noir est, de fait, caduc. J'ai l'impression que vous avez voulu "boucler" joliment le récit, au détriment de sa cohérence. Dommage, à mon avis.

Sinon, j'ai plutôt apprécié cette histoire au schéma assez classique où le diable, une fois de plus, se fait rouler. Le pauvre... ;-) Une mention pour le détail du miroir où se présente le reflet inversé du mal, donc le bien ; j'ai trouvé cela astucieux. Du reste, j'ai remarqué une nette attention aux détails dans le texte, au point peut-être d'en faire un peu trop : quand Benjamin signale qu'il s'est blessé au pied, pour moi il est inutile de préciser plus loin comment son sang a été récupéré et placé dans l'encrier... J'ai le sentiment que cette tendance à l'excès de précision alourdit la narration.

EDIT : Je viens de relire à la fin
Un nouveau contrat allait être signé.
... Et le diable ce coup-là va "blinder" les clauses. Soit, cela explique la chute mais reste tout de même un peu artificiel à mon avis, car me laisse l'impression d'une reconduction quasi à l'identique des modalités du contrat. Le diable et le bon Dieu n'ont-ils pas envie de renouveler leurs jeux ?

   ANIMAL   
12/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai beaucoup aimé ce texte, l'éternel affrontement du Bien et du Mal par l'intermédiaire de l'éternel pigeon, l'Humain.

Car si tout est bien réel pour Benjamin, ce n'est qu'un jeu entre deux entités avec pour mises des âmes.

Pas de chance pour l'homme en noir, cet humain-là, tout fainéant et profiteur qu'il soit, avait gardé une tendresse d'enfant pour sa grand-mère et son coeur était accessible aux sentiments. Ce qui a fait échouer son projet.

Je gage qu'avec Hector Ramirez ce sera pareil.

C'est bien imaginé, bien écrit, je vois bien cette histoire adaptée au théâtre.

en EL

   placebo   
4/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,

J’aime bien ce type d’histoire, de contrat, du blanc et du noir, et des êtres humains pris dans les filets.
J’avoue avoir passé la première partie et être revenu la lire plus tard, ça n’a pas posé problème. Le reste de la lecture était fluide. J’ai bien aimé la narration à la première personne de la vie de Benjamin Salomon et tout le récit.

Quelques réserves :
Qu’a donc monsieur Salomon pour être l’unique erreur de l’homme en noir ? Une grand-mère ? Aucun autre n’aurait été dans cette situation avant ?
L’homme en noir parle de 666 666ème, mais une personne par jour pendant 300 ans, j’arrive plutôt à 110 000 ?
La toute première personne à qui on a proposé le contrat pouvait-elle se libérer, si elle n’avait personne à qui parler ? L’homme en blanc aurait-il accepté cela ?

Bonne continuation,
placebo

Edit 4/8/20: orthographe

   cherbiacuespe   
21/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
L'humanité de chacun ne se révèle que derrière le drame de tous.

Le suspense (qui est qui?) s'envole assez rapidement de cette histoire. C'est cependant assez logique au vu de son inéluctable déroulement et l'intérêt de la lecture n'en est nullement émoussé. Belle performance de ce point de vue! Ensuite, elle est habilement structurée afin de retenir l'attention, l'écriture est assez simple et convient tout à fait au récit. Enfin, les dialogues sont maîtrisés et apportent leur pierre à l'édifice.

Je note la petite touche d'histoire avec une référence à Martin Behaim (je ne connaissais pas) qui ajoute un petit supplément d'âme (oui, j'ose!) à ce bon texte fantastique.

Cherbi Acuéspè
En EL

   Donaldo75   
21/7/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai bien aimé cette histoire. Pourquoi ? D'abord, parce qu'elle est bien racontée, ne s'encombre pas d'explications à deux balles pour fournir le manuel de lecture à celles et ceux qui veulent tout savoir tout de suite. De plus, elle s'avère métaphorique mais pas tout de suite. La référence en caméo à Stephen King est astucieuse, fine, un peu faite pour lancer une fausse piste. J'aime beaucoup les insertions de souvenirs, ce qui renforce le personnage, lui donne du corps, lui permet de véhiculer l'histoire de manière active et non comme un simple vecteur narratif, une excuse pour dire des choses dont je n'aurais rien à foutre en temps normal. C'est ça la fonction du récit versus la dissertation foireuse.

Bravo !

   ours   
4/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour IsaD

Alors Benjamin est-il l'exception qui confirme la règle ? Si le thème n'est pas neuf, il est terriblement bien conté et malgré la longueur du récit, on ne s'ennuie pas. J'ai trouvé votre nouvelle très divertissante avec ce anti-héros plutôt attachant au final.
Et je crois que c'est là, le plus important, être capable de captiver avec une histoire que tout le monde connaît plus ou moins à l'avance.

Bravo
Merci du partage

   plumette   
5/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
le mal ( diable) est donc très riche et assez raffiné?

un détail: j'ai buté sur l'expression "mis au parfum" dans le 2 ème paragraphe, qui m'a semblé un peu trop argotique , et même peut-être anachronique ici.

cette nouvelle est prenante, j'ai apprécié l'alternance de narrateurs qui renouvelle l'intérêt du lecteur.
j'ai apprécié aussi que l'on prenne son temps avec Benjamin, cela m'a permis de me représenter son univers et sa personnalité pas très sympathique ni intéressante au premier abord. J'ai été agréablement surprise qu'il prenne le risque de transgresser le contrat, mû par un souvenir affectif qui l'humanise finalement , et le rend même courageux puisqu'il cherche à retrouver son employeur.

la fin ne m'a pas vraiment convaincue : un nouveau contrat a été signé si vite? Et de même nature que le premier?
Pour moi, la nouvelle pourrait s'arrêter à la phrase: "Il se retourna. L’homme en blanc venait de réapparaître, cette fois dans l’autre miroir lui faisant face."

la qualité de l'écriture a contribué au plaisir de ma lecture.

   hersen   
9/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'arrive un peu tard, mais est-il jamais trop tard ?

J'ai bien aimé l'ambiance de la nouvelle, ce contrat (même si c'est différent, je n'ai pu m'empêcher de penser au roman "les âmes mortes".

Je n'ai pas trop eu quant à moi tant de souci à la fin avec ce fameux contrat, mais par contre, je pense que tu pouvais largement optimiser une ambiance dans le passage où la première "patiente" marche dans le couloir.
Je pense que ce passage va un peu trop vite. Tu as bien insisté sur cette condition (de ne surtout pas parler à un marcheur) et je trouve qu'il capitule trop vite. j'aurais aimé que cette partie soit un peu plus développée, un peu plus flippante.

à part ça, l'écriture, ça roule, une nouvelle qui se lit sans se demander si on aura le temps de la finir avant le dîner : il attendra !

Merci de cette lecture !

   IsaD   
10/8/2020


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