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Sentimental/Romanesque
jaimme : Dieu et la rentrée des classes
 Publié le 27/07/09  -  32 commentaires  -  18671 caractères  -  327 lectures    Autres textes du même auteur

Te souviens-tu de ta rentrée en sixième ? Et moi ?
L'auteur, lui, sait. TOUT


Dieu et la rentrée des classes


1. Soni.



Feuilles d’automne amassées au pied des platanes... Car j’ai l’âge de me souvenir d’une rentrée en octobre. Tout juste.

Et billes en pyramide… Pfff, t’as déjà essayé de faire tenir une bille au sommet d’un triangle formé de trois autres ? Sur du goudron ? Quand tu as enfin réussi, les mains tremblantes, que tu bondis les doigts en victoire, tu peux tout remballer. La cloche a déjà sonné !

Image d’Épinal à la saveur de boules de coco et de bâtons de réglisse.

Pomme offerte sur le bureau de l’instituteur... topos jamais expérimenté. Et toi ? Ah, toi non plus, tu vois !

Dans la liste de maman : une boîte de crayons de couleur taillés en carreaux d’arbalète, un cahier de texte pour deux ans, un cartable neuf ou récupérable.

Un stylo à encre. « Encore un stylo à encre ? Et celui de… ». Bon, le dernier est mort écartelé un jour de novembre dernier, après une plongée exactement verticale, alors !

Des albums d’autocollants à collectionner. « Mon fils connaît des tas de noms de diploplocusse, c’est un génie ! » Tout le monde a vainement cherché la photo 156 dans la catégorie des animaux préhistoriques. J’aurais vendu ma sœur pour le tricératops nº 156. Un mythe, c’est sûr ! Un loupé éditorial ? Un pousse-à-commander-la-dernière-image, pour dix fois son prix.

Et sinon… on tente : un abonnement à Pif Gadget ? « Non, c’est communiste ! » Ok, c’est reparti pour le Journal de Mickey. On fera des échanges avec Didier.

Des souliers neufs ou ressemelés. Solides. Des Clark. Comme dans Clark Kent. Mais bien ancrés au sol.

Et je vais m’asseoir à côté d’une magnifique jeune fille. Qui sentira le savon et le senbon. Et elle regardera mes biceps.

Agitation de la rentrée. Moments tendres de l’enfance. Petite pointe d’angoisse oubliée en alignant tous les achats de la rentrée.

Et puis je suis fier. Je vais dans la classe des grands.


Foutaise.

La rentrée ce n’est pas cela. Cela ne l’a jamais été.

Les chaussures font très mal aux pieds, ou me font honte. Moi je voulais des Santiags. Des Nébuloni. Des trucs de voyous.

Bernard m’a volé mes crayons or et argent. Jean m’a pris mon plus beau galot. Amy s’est moquée de mes pantalons « pêche à la moule ». Et tout le monde s’est gaussé de mes cheveux coupe armée alors que le disco faisait la mode. Tu imagines Saturday night fever bien dégagé autour des oreilles ?...

André m’a donné un coup de tête dans le nez. Juste comme ça, parce qu’il a appris à le faire cet été.

Et j’écope d’entrée de jeu de la corvée de vider la poubelle du prof de français.

Mon cahier de textes est déjà plein de devoirs pour une semaine.

Il va falloir que je me couche à huit heures et demie. Fin des vacances.

Et je suis toujours dans une école de garçons. Remarque au moins on peut faire des concours de pets !


Nous créons tous notre âge d’or pour consolider l’état d’adulte. Un passé solide, rafraîchissant. Oubli béni.

Heureusement.

Qui peut vivre avec une mémoire eidétique ?

Se souvenir de toutes les raclées, de toutes les hontes, de tous les loupés. Ou même simplement de toutes les heures d’ennui sur ces bancs en bois.

Et puis vient le moment où nos enfants vont avoir à vivre ces étapes. Alors nous nous faisons rassurants. Très rassurants. Très. Rassurants.

Car nous avons tout fait pour oublier.

Moi-même je me souviens de quelques faits marquants. Putain, ce coup de tête !!!

Mais qu’avais-je là, au creux du ventre, le jour de la rentrée ? Autant me demander combien de fois j’ai respiré ce jour-là.

Un jour que tu n’as pas choisi, mais que choisit-on vraiment à cet âge, il a fallu passer au collège. Au lycée. Quel que soit le nom, quelle que soit l’époque, un jour il a fallu entrer en sixième.

Ferme les yeux.

Un corps pétillant, sans douleur sourde dans le dos. Un corps si petit. Aux joues duveteuses. Et toi à la poitrine à peine naissante.

Souviens-toi. Dis-toi : « Comment fut ma rentrée en sixième ? » Non, pas les premiers cours. Pas l’odeur des pissotières. Ni la tête des profs. Comment as-tu vécu ces instants ? Dans quel état d’esprit étais-tu ? Vraiment, exactement, réellement. Tu ne sais plus ? Trop loin ? Oui, trop tard. Oublié. Et tu préfères, en définitive, ne plus t’en souvenir.


Pas grave.

Oui, ce ne fut que mon expérience. Pas la tienne. La mienne n’est pas universelle. Ce n’est que la mienne. Et mes souvenirs sont sélectifs. Et même sélectionnés par ma culture. Je ne me souviens, comme toi, que de ce que je peux partager. Ou de ce qui fut fort, douloureux, de ce que je partagerais seulement avec mon ami(e). Tu t’es reconnu(e) dans ma description de la rentrée ? Tu as eu les pantalons trop courts ? On t’a fauché tes crayons ? T’as pris un coup de boule ?

Non, tu n’es pas mon ami(e) pour autant. Tu n’es que mon lecteur. Ma lectrice. Tu crois avoir vécu cette rentrée. Tu as aimé mon intro parce qu’elle t’a rappelé…

Je m’en fous. Là n’est pas mon propos.

Je ne vais pas partager mes vrais souvenirs de rentrée.


Je vais t’initier à la vraie rentrée.

Celle de Soni, puis de Lucas, de tous les enfants qui sont en ce moment devant moi. Soni a les yeux arrogants et Lucas regarde entre ses pieds. Tu peux m’en dire beaucoup plus en les regardant ? Ou même en les côtoyant une centaine d’heures, comme moi leur professeur, cette année ? Non ? Moi non plus. Mais…

Attention l’aventure risque de te déranger.

Comment, pas grave ? Averti tu es, jeune padawan.

Mais moi je suis père. Et prof. Et sans doute ai-je le cœur un peu trop grand.

Deux septembre deux mille neuf

Je vois mes nouveaux enfants se mettre en rang. Et ma fille est en train de se mettre en rang, plus loin. Ne pas la regarder.


Aujourd’hui je suis prof. Et j’écris, donc je suis dieu.

Je peux enfin savoir ce qu’il y a dans nos chères têtes blondes. Ou rousses, ou brunes, méchées, rasées, nattées, en dreadlocks, sous une casquette, un bandana… et même, là-bas, oui : des oreilles de playmate ! Immédiatement escamotées. Sacrées gamines !


Et dieu vit.

Soni redouble sa sixième. Il est là, tout au bout de la rangée. Il a grandi pendant l’été. Il a près de treize ans. Et Justine, devant, n’a pas encore dix ans.

Soni est nul. Il s’en doutait. Depuis toujours. Il le sait maintenant. Ses profs le lui ont dit. Le lui ont écrit. Si souvent. Son père et sa mère le lui disent sans cesse. Alors il « est » nul .

Soni s’identifie parfaitement à cette injure. « Nul » veut dire que, quoi qu’il fasse, quels que soient ses efforts, ses résultats seront « nuls ». Tout ce qu’il fait est « nul ».

Mais Soni sait aussi qu’il n’est pas nul en tout. Il peut même exceller dans certains domaines. Frapper les plus petits. Faire des croche-pieds. Fouiller dans les trousses des autres. Jeter des gommes dans le dos des profs les plus cons. Pisser chez les filles. Avoir le record de mises en garde sur son carnet. Parler en rotant. Il a même été chez les flics une fois. Là il est le plus fort et s’attire les regards admiratifs des minots de la classe.

Là on l’admire. Les autres n’osent pas. Soni ose toujours.

Pourtant…

Je pénètre ses souvenirs. De l’année dernière.

Pourtant un jour son prof d’Histoire lui a demandé de montrer le Brésil sur la carte murale. Soni a su répondre car c’est le pays de Ronaldo. Et l’Italie, et le Royaume-Uni, et l’Argentine. Que des pays du foot ! Soni a tout su. Le prof l’a félicité. Devant tout le monde. Et lui a fait un clin d’œil quand il est retourné à sa place. Le prof avait-il fait exprès de choisir des noms de pays connus dans le monde du football ? Et même !

Soni est devenu un bon élève. Pendant près de cinq minutes. Transcendé. Autre.

Je pénètre ses pensées. À travers le temps.

Alors je peux être un bon élève ? Moi aussi ?

Oui.

Mais. Pour quoi faire ? Pour faire plaisir au prof ? Oui, une matière. Une seule. Mais en maths, en anglais, en musique ? Pour mon père qui n’est jamais à la maison ? Qui arrive quand je dors. Qui dort quand je pars ? Qui ne vient jamais me voir au foot. Qui s’occupe de moi quand arrive le livret trimestriel et qui, immanquablement, m’en envoie une, bien placée. Pour jouer au père. Pour faire de moi un homme.

Pour ma mère ? Qui dit qu’elle aurait dû avorter plutôt que d’avoir mis au monde un tel taré ? Qui me donne quatre euros pour aller manger dehors. Une fois elle m’a fait des pâtes, avec du gruyère. Et m’a fait un bisou. Elle m’a demandé ensuite pourquoi je pleurais.

Arrêter de penser. Encore des sanglots, là. Au fond de ma gorge. Mais pas plus loin. Ne pas pleurer. Je ne suis pas une fille. Ne pas penser loin. Hier. Ce soir. Plutôt s’amuser pour survivre.

Pensées actuelles.

Je ne suis pas nul en tout. Je suis le plus fort cette année. N’est-ce pas le bigleux ? Allez je vais te les casser trois fois tes lunettes cette année. N’est-ce pas la grosse tête ? Tu vas me les faire mes devoirs je te le dis. N’est-ce pas les filles si proprettes ? Qui se moquent de moi et me jettent des regards furtifs. Tu vas voir, je vais te toucher le cul, toi ! Comme mon père au bar. Moi je suis un homme.

Un petit garçon ? Non, un homme.

Un homme.

Qui suce encore son pouce. Quand personne ne le voit.



2. Lucas.


Lucas fixe un point entre l’Australie et la Nouvelle-Guinée. Dans le rang il est tout seul.

Il s’est mis tout seul.

Car il n’est pas comme les autres. Et quand on est différent on ne se mêle pas aux autres.

On prend un livre et on campe l’intellectuel. On ne joue pas à ces jeux de débiles.


Et dieu vit.

Papa et maman me le disent. Je suis un génie. Un surdoué. Tout est facile pour moi. Évident.

Je calcule. Ou je devine.

Papa et maman sont fiers de moi.

Les autres me font pitié. Non, même pas. Ils sont bêtes. Ils jouent au foot, ils traînent dans la rue.

J’avais un copain en CM2. On faisait des tests de Q.I. et je le battais toujours. Alors il m’admirait. J’avais un copain. Il est parti dans un autre collège.

Moi j’ai deux cent huit livres sur mes étagères. Et je les ai tous lus.

Je connais tous les noms des animaux préhistoriques. À ce propos, est-ce que quelqu’un a la photo nº 156 ? Celle du tricératops.

J’ai fait quatre cahiers de vacances cet été et maman m’a fait travailler tout le programme de la sixième.


Ses pensées les plus écartées.

Celles qui émergent lorsqu’il est en colère. Lorsqu’il est jaloux.

Moi aussi je voudrais connaître tous les noms des chansons du top 50. Et leurs paroles. Je voudrais me coiffer comme les autres. Avec du gel.

Je voulais un cartable Hulk. Un agenda Hulk. Et une housse de couette Hulk.

Je voudrais m’abonner à tous les Comics de Marvel. Putain, Alexandre Dumas c’est chiant ! Des fois je fais semblant de lire, et je saute des pages.

Je voudrais sortir le soir avec des copains. Pisser contre les murs et boire de la bière. Mais j’aurais trop peur.

Embrasser une fille. Avoir un chien. Et un rat. Et devenir pompier, pas vétérinaire, avocat d’affaires ou député. Ou James Bond. Ou Hulk. Ou James Bond qui se transformerait en Hulk. Avec des fusées aux pieds comme Iron Man. Et passer à travers les murs. Pour voir les filles à poil.

Arrêter de rougir quand une fille me regarde. Et savoir me battre pour casser un bras avec l’os qui sort quand on m’embête. Et savoir comment on embrasse avec la langue. Et toucher les seins d’Audrey.

Et apprendre le karaté en trois jours. Je mettrais le doigt dans le crâne des grands et je leur ferais exploser le cerveau.


J’avais un copain. Mais je sais que c’est sa mère qui l’obligeait à rester avec moi.


Papa est fier… mais ne me le dit jamais. Juste : « c’est bien, mais tu pourrais faire mieux ! ». Et il m’engueule quand j’ai moins de 18.

L’année dernière, alors que j’étais premier de la classe et que je lui ai montré mon dernier trimestre, il n’a vu qu’une chose : le 12 en musique… Maman m’a consolé en disant que c’était très bien, mais qu’il fallait travailler « même » la musique.

Sinon ils ne me disent jamais de faire comme ci ou comme ça. Non, ils critiquent les autres enfants et disent, toujours, ce n’est pas comme notre Lucas au moins.

Ils m’aiment et me guident.


J’ai peur.


Alors je travaille de cinq heures jusqu’au moment de passer à table. Puis je recommence jusqu’à minuit, souvent plus. Papa vient toujours vérifier.

On n’a pas de télé à la maison. On écoute que de la musique classique. Quand papa est parti maman met la radio, sourit et chante. Jamais quand il est là.

Je me ronge les ongles. Je saigne des fois.

J’ai des plaques rouges sur le visage. Je me gratte le dessus des mains.


J’ai peur.

Pas de la rentrée.

De papa.

Un jour je tuerai papa.


3. Marlène.


Marlène est à côté de Lila. Elles se serrent la main. Très fort.

Marlène est très gentille et Lila aussi. Elles se connaissent depuis la maternelle et sont bonnes élèves. Elles sèment la bonne humeur. D’un geste large et auguste.

Elles sont très jolies. Bientôt elles seront belles.

Elles sont parties aux Seychelles cet été. Leur bronzage est délicat et révèle une attention parentale de tous les instants.

Vous ne croyez pas au bonheur ? Regardez-les. Et souriez.

Bon, arrêtez de sourire, on dirait le Ravi de la crèche !


Et là vous vous dites que, après une intro aussi idyllique, je vais vous servir une horreur sans nom…

Pas du tout. C’est bien pire.


Et dieu vit.

Lila est mon amie.

Ce qui implique qu’elle sait tout de moi. Je sais tout d’elle. Elle a eu ses premières règles et a pleuré parce que je n’avais pas eu les miennes. Elle a voulu que ce soit moi qui l’apprenne la première, avant sa mère qu’elle adore, et c’est moi qui l’ai giflée la première. Gentiment. Et moi j’ai pleuré parce qu’elle était triste.

Quand je me suis cassé la jambe au poney, elle est restée près de mon lit pendant trois jours. Avec l’autorisation de ses parents on a mis un lit d’appoint dans ma chambre. Elle m’a lu deux livres. Des livres de sa mère. Elle avait soif et continuait à lire. Elle avait la fourmi dans la jambe et continuait à lire en sautillant sur un pied.

On écrit des poésies ensemble. Un jour on sera écrivaines.

Lorsque Anthony, en CM1, a voulu m’embrasser, elle est allée le dire à la maîtresse.

On fait du karaoké ensemble. On sera chanteuses.

Lorsque Mila a voulu devenir notre amie, on a refusé toutes les deux. En riant.

Il n’y a pas de place dans nos cœurs pour une autre fille. On aime bien tout le monde, mais…


Et dieu regarda.

Le rang des sixièmes 5 commence à monter derrière moi. Marlène et Lila se tiennent la main. Nul ne s’en formalise. Les uns les connaissent. Les autres s’en moquent.

Bien sûr elles s’assoient à côté. Devant. Ce sont de bonnes élèves. Rayons du même soleil.

Les crayons de couleur s’alignent en arcs-en-ciel militaires. Mais les stylos à encre se perpenridicularisent. Marlène les coince entre deux règles et leur évite une plongée mortelle.

La classe est un océan de douceur. L’année une odyssée à deux.

Marlène et Lila se tiennent la main sur le banc de nage. Marlène est gauchère. Elle s’assoit à bâbord. Lila, droitière, senestre son poisson-pilote. Leurs mains sont cordes ancestrales nouées par de nombreuses traversées, soudées par le sel des embruns, le salpêtre et l’envie de naître qu’un.

Parées.


Le principal du collège fait brusquement une entrée d’homme affairé.


- Désolé de vous déranger, je viens chercher Lila, c’est urgent. Prends tes affaires, Lila, tu ne reviendras plus.


Marlène essaie de savoir, de comprendre. Elle est bien élevée. N’aurait jamais osé s’adresser à un principal, un homme en costume. Mais là…

Elle ne retient pas ses larmes. Tout le monde, d’habitude, se laisse attendrir par ses petites perles ondines.

Mais là…


Lila en pleurs, aussi, ramasse ses affaires. Pour un autre monde.


- Pour une autre classe de sixième, Monsieur ?

- Non, Mademoiselle, répond le principal, pour un autre collège.

- Mais… Monsieur ? Lequel, celui d’à côté ?

- Non, pour le nord de la France. Sa mère vient la chercher. Elle vient de se séparer de son mari. Là ce matin, et part chez des parents. Mais cela ne te regarde pas. Va t’asseoir.

- Mais…


Jamais, elles s’étaient jurées. Jamais.


Prenant par la main la petite Lila effarée, le principal est parti.


Alors Marlène tombe à genoux. Et hurle.

Un cri interminable. Hurlement de Banshee. Qui paralyse tout le monde. Jette un effroi absolu. La moitié de la classe se met à pleurnicher.

Et le cri continue. Encore. Encore. Et encore.

Marlène pleure du sang entre ses doigts d’enfant. Ses ongles sont longs et enfoncés dans ses paumes.

Marlène n’a plus de voix, plus de souffle, mais sa bouche s’ouvre encore sur l’horreur. Elle n’a plus de larmes, mais sanglote pour appeler la mort.


Et dieu l’entendit.

Lila, ma vie. Mon amour. Pourquoi ? Pourquoi ?

Je t’aime Lila. Pour toujours. Tu le sais. Nous nous marierons. Nous aurons nos enfants.

Je t’aime.

Attends-moi. Embrasse-moi. Écris-moi. Je t’en supplie. Aime-moi encore. Toujours.

Reste. Je vais mourir sans toi. Reste, je t’aime. Mon amour. Mon…


J’ai entendu. Et comme tous les dieux je n’ai rien fait. Je ne suis qu’un dieu. Pas Lila.


INTERMEZZO


Mais c’est la classe de l’horreur ! Le tunnel fantôme des horreurs de la mort qui tue.

Et ça va être comme ça pour tous les autres ? Un catalogue de désespoir ?

J’arrête ici la lecture ! Je vais prendre une douche et m’asperger de senbon !

Regarder le dernier Hulk et plonger dans un pot de Nutella de 5 kilos !


Je t’ai entendu.


Dénégation plausible : une classe uniquement composée d’enfants en souffrance ça n’existe pas ! Alors reste encore un peu. Ou reviens vite avec ton pot géant de Nutella et ta louche.

Tu te dis déjà : peut-être que tout cela est du vécu. Qu’un prof doit faire face tous les jours à ces situations de drame. Ouah ! Heureusement que je ne suis pas prof !

Non ! Un prof en sait à peine plus que toi sur ces enfants. Et encore s’il prend la peine de parler avec eux. S’il a établi un rapport de confiance. Un rapport affectif. Et il peut le faire avec quelques-uns, dans le meilleur des cas. Alors, seulement alors, il obtiendra des larmes et quelques bribes émergentes de cette souffrance.

D’ailleurs Bourdieu disait à ce propos : « … ». Non, je ne me rappelle plus. Laisse tomber.


En fait, si je sais tout ça, c’est que je suis dieu.

Mais un petit dieu, avec un seul fidèle. Alors je ne peux que regarder. Mais si tu lis avec moi, j’aurai deux fidèles. Et donc plus de pouvoir. Pour aider ces enfants.


Fin de l’intermezzo. On respire. Et apnée.



 
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   brabant   
27/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je reste pantelant devant ce travail de titan, qui se laisse lire, qu'on ne veut pas lâcher. Qui dit le vrai et non l'artifice. Vous connaissez et votre et vos "sujets", vous l'aimez et vous les aimez. Vous parvenez à transmettre cette tendresse avec élégance. Vous tendez des pièges et vous arrivez aisément à dérouter votre lecteur. Ce qui n'est pas pour lui déplaire. Vous témoignez en ce sens d'une habileté quelque peu diabolique. Pour ce qui est de la fin plutôt dramatique, j'aurais préféré qu'elle reste dans le domaine de l'imaginaire, d'un possible non réalisé, d'une menace comme pour la fin de votre deuxième partie. pourquoi choisir de maltraiter ces deux malheureuses fillettes, c'est dommage. Le doute, il fallait rester dans le doute, permettre encore le rêve à cet âge. Enfin, c'est vous qui décidez, mais c'est vraiment dommage.

   ANIMAL   
27/7/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un moment de pur plaisir. Bien écrit, bien pensé, que dire d'autre ?

Merci pour cette plongée dans l'univers scolaire (assez lointain pour ma part, j'adorais entre autres les boules de coco, Iron Man et je portais des Clarks !).

Un texte à haute teneur en émotion qui se lit d'une traite.

   widjet   
27/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
J’attendais ce premier texte. Pour me faire une petite idée. Je ne suis pas déçu. Il y a de la sensibilité, de la tendresse, de l’espièglerie et de la pudeur dans ce premier opus.
L’auteur écrit bien (phrases courtes à la « salamandre » et répétitions voulues. Pour marquer les esprits). Un sens de l’observation aiguisé aussi qui donne à ces souvenirs un vrai parfum d’authenticité. J’ai pensé pêle-mêle à « Stand by me » de Rob Reiner ou « La guerre des boutons ». Et un peu aussi au « Chagrin d’école » de Daniel Pennac.

Les souvenirs d’enfance, et en particulier les souvenirs d’école, forcément ça interpelle. Et l’auteur sait y faire pour se mettre dans la peau de ces gosses avec un vocabulaire adéquat qui sonne vrai et juste. Je regrette en revanche que les portraits (avec leurs fêlures derrière leur fougue d’adolescent)et l’histoire de Lucas et Marlène soient moins denses, moins approfondis que celui de Soni, qui reste mon préféré. Par moment, j’ai été un peu perdu (identité du narrateur, c'est Dieu vraiment ?).

Mais beaucoup de choses (dites et non dites) sont évoqués dans ce premier texte très prometteur.

Widjet

   Anonyme   
27/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bravo, jaimme !

Cette nouvelle est remarquablement écrite et m'a replongée sans effort dans mes propres souvenirs de rentrées des classes (pas très agréable, mais bon c'est pas le plus important).

J'ai beaucoup aimé ce moment de lecture. Merci.

   Anonyme   
27/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Celle-ci, j'ai envie de la commenter, même brièvement, parce qu'elle m'a vraiment plu, et touchée.

Je n'ai pas envie de m'attarder sur les quelques petites "choses" qui m'ont parfois chipotée du point de vue de la syntaxe ou du style, ce sont des broutilles sans importance, ce n'est pas ça qui importe ici.

Non, ce qui importe, c'est qu'on a ici un auteur qui a réussi, selon moi, à transmettre quelque chose sur le plan humain et émotionnel, et ce n'est pas si courant. Et avec poésie s'il-vous plaît. Et humour aussi. Et originalité. Et rudesse, la rudesse des choses qu'on n'a pas toujours envie de voir mais qui s'imposent à nous.

Déjà, j'ai aimé la phrase d'entame. Je trouve qu'on accroche tout de suite, tout se pose, le ton est donné, on rentre dans le récit avec un angle mi-nostalgique, mi-poétique.

Et puis s'égrènent ces quelques perles de chapelet de souvenirs, qui font naître des sourires mélancoliques et nous emmènent dans une traversée trompeusement douce et surranée.

Et puis bang ! On se fait tirer par les pieds pour redescendre de notre petit nuage. C'est ici et maintenant que ça se passe, arrêtez de rêvasser. Arrêtez de vous raconter des histoires avec vos larmes au coin de l'oeil, comme de vieux cons atteints de la mémoire sélective des années qui s'entassent.
Nous créons tous notre âge d’or pour consolider l’état d’adulte. Un passé solide, rafraîchissant. Oubli béni. --> superbe, cette phrase.

Ensuite on fait connaissance avec Soni, et ce quart d'heure où sa vie a pris une autre couleur grâce à un prof un peu moins con et plus humain que la moyenne. Avec Lucas et son envie de quitter son rôle épuisant d'éternel premier, et ses désirs inavouables de médiocre banalité, pour se sentir moins seul sur son piédestal (tiens ici, un exemple de quelque chose "en trop" à mon goût : Celles qui émergent lorsqu’il est en colère. Lorsqu’il est jaloux. --> c'est de trop ça, il ne faut pas trop aiguiller le lecteur, pas trop le guider...).

Et puis Lila et son amie, dont les âmes entremêlées comme des tresses sont brusquement déchirées par la réalité, et ces mots qui quittent le registre enfantin pour entrer dans celui, universel et sans âge, de l'amour.

Alors, bravo pour ces quelques phrases simples de petit dieu au regard tendrement affûté. Je lirai la suite avec beaucoup de plaisir. Pour une première sur Oniris, c'est une belle première.

   florilange   
27/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Beaucoup aimé ce texte. Pas par ce qu'il pourrait me rappeler, non, les 3 portraits, chacun dans son genre, sont de petits bijoux de tendresse & de poésie.

Bien aimé également le style, qui coule si aisément.
Merci de cette belle lecture,
Florilange.

   colibam   
29/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte qui sent bon les parfums de l'enfance mais qui fait aussi remonter du tréfond de l'oubli volontaire des souvenirs plus gris, les matins désespoirs où l'on part à l'école la peur au ventre.

Très belle écriture, l'approche psychologique de ces trois portraits différents aboutissant au même carrefour des solitudes, est parfaite.

J'adore ton Soni formaté par la connerie des fausses certitudes. Ceux-là, ce sont souvent mes préférés. Il suffit juste de leur dire, leur parler, pour rassurer, faire confiance, remercier ou féliciter. Ils ont juste besoin d'exister.
J'adore le clin d'oeil complice du prof à l'issue des questions de géographie footbalistique.
J'aime aussi le bisou de l'absente et la question idiote qui brise l'instant magique et tellement fugace de la normalité. Lucas doit se forger une carapace dans un coeur à l'étroit, pour être un homme et enfin exister.

Lucas, même dilemme mais coloré différemment. Des parents besogneux, attentifs certes mais pas sur l'essentiel. La culture du toujours mieux est stérile en sentiments. Alors Lucas aussi est à l'écart. Il joue au prétentieux pétri de connaissances alors que son regard louche avec envie sur les jeux de son âge.
"Tu feras comme ton père, ingénieur ou médecin !" Une enfance de galère, ton doudou pour témoin.
Alors que : quelques "je t'aime" sincères par-ci, montrer qu'on est fier avec les yeux qui pétillent, ne pas voir dans son enfant le portrait râté de son propre reflet, le laisser se perdre dans le sillage sucré et envoûtant des premières conquêtes, lui offrir des nuits blanches entre copains, à l'ombre d'un feu de camps, le laisser s'envoler pour de longues chevauchées en vélo, le sac à dos dégoulinant de malice... Toutes ces choses, jamais les livres ne nous les apprendront.

Quant à Marlène la fusionnelle, elle parfume sa vie à l'osmose d'une amie. Des filles bien sous tous rapports, des vies lisses sous tous rapports. Des soeurs de sang que rien ne semble pouvoir séparer jusqu'à ce que... la vie les rattrape en dilatant leurs pupilles trop douces.

Génial aussi l'Intermezzo. Euh, le nutella en pot de 5 kgs, sans déconner, ça existe vraiment ?

Alors, à mon tour, je vais me faire très rassurant. Très. Rassurant. Dans trois semaines à peine, Julien rentre en 6ème, dans le collège où je suis intendant. Ne pas le regarder, faire semblant et brandir mine de rien une mine enjouée, souriante comme un baume apaisant.

Chapeau bas l'artiste !

   jamesbebeart   
1/8/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
On retient son souffle, l'apnée est terminée ? ... En tant que prof, on est forcément subjugué par un tel texte, avec cette énergie qui n'en finit pas de circuler... Merci pour cette lecture !

   Anonyme   
9/8/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Quel aisance dans l'écriture !
Un texte très agréable à lire, et qui devrais avoir sa place dans un receuil de nouvelle vendu en librairie. Exceptionnel, c'est le mot.

   Anonyme   
11/8/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je viens de terminer la lecture de ta nouvelle.
Inutile de dire, de préciser que j'aime énormément...

Que ce soit l'histoire, les points de vues qui alternent le montré et le deviné... je ne sais pas, je suis très touché... Une écriture très sensible, très juste et puis une mise en page qui tient le tout très droit, qui rend les choses vivantes (remarquable utilisation de l'italique)!

J'adore ce style alternant les phrases normales et les phrases nominales, les fulgurances soudaines, les fractures dans le rythme...

Un très beau texte, une très belle écriture...

Pour cette émotion primale, merci, pour l'empathie envers les personnages, merci et pour ce regard "dieu" encore merci...

Et surtout bravo !

Assurément dans le top 5 de mes meilleures lectures oniriennes

   Welthes   
11/8/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Portraits réalistes, émouvants. Des bribes de vies sont raportées, et constituent à elles seules l'élève. Les détails sous plusieurs angles, le manège est différent pour chacun, autant que chacun demeure différent de l'autre.
Merci.
Bonne continuation.

   misumena   
15/8/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Oh, que c'est beau... La fin est un peu idéaliste : aider ? Un tout petit peu énorme seulement, aider à peine, entre les murs. Vous êtes à peine Dieu (mais tout de même), mais un peu Lucas, non ?

   Farfalino   
16/8/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une belle évocation d'enfances : la mienne, celles des enfants dont je lis les lettres chaque année, celles de mes amis.

Il y a aussi une démonstration des violences des adultes sur les enfants (Soni qui est nul parce qu'on lui dit, le premier de la classe avec des parents toujours insatisfaits, la petite fille qui perd son amour envoyée au loin à cause du divorce).

Et moi qui aime les changements de point de vu et les récits non linéaires, je suis servi !

   Anonyme   
20/8/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bah, je suis un peu ébahi, pantelant, médusé.
La foule d'inexactitudes, de faux jugements*, elle ne m'a pas vraiment gêné, après tout c'est normal, moi je suis tellement plus proche d'eux, je suis à peine lycéen. Mais surtout, ce jeu constant de l'auteur avec le lecteur, avec l'âme du lecteur qui se trouve tout à coup remplacée par celle d'un personnage, avec une habileté d'artiste, divinement précis, juste.
Mais je n'ose rien dire. On se moquerait de moi. Je suis sûr qu'en fait je n'ai rien compris. C'est tellement !… Mais tellement !…
Merci.
(* : par exemple, les meilleurs élèves ne sont pas ceux qui travaillent le plus, n'en déplaise aux professeurs…)

   Selenim   
5/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un texte que j'ai trouvé plutôt décousu et hétérogène.
Les trois portraits sont assez stéréotypés mais il est difficile de faire ressortir un relief à des enfants encore vierges de coups durs.
J'ai été déconcerté par les phases hétérogènes : d'un côté les détails intimes d'une scolarité et les interrogations quasi mystiquo-poétique de l'enseignant déifié.
Le style qui parfois emprunte au télégraphe m'a laissé dans son sillage par moment sans que je ne puisse le rattraper. Malgré ça, certaines phrases sont superbes, comme caressées par un battement de cils divins...
J'ai achevé dernièrement la lecture de Chagrin d'école de D.Pennac, et les similitudes dans les thèmes traités sont étonnantes.
L'auteur est-il un lecteur assidu du dernier Renaudot ou un professeur généreux qui aime faire partager ses émotions.
Peut-être les deux.

Au final, un texte aux multiples facettes, ternes ou étincelantes, qui nous renvoie l'espace d'un exercice de Bled, sur une chaise d'école, encre à la main et gum à la bouche.
Un goût artificiel mais des fragrances excitantes.

Merci

Selenim

   hevoeh   
29/8/2009
Cette façon de se mettre dans la tête des enfants et d'en décrire les angoisses et les états d'âme est admirable;

C'est étrange de revivre notre passé dans ce tableau d'ensemble;

Une écriture qui paraît simple mais très stylisée;

Mais en fait c'est moins un tableau que de petits croquis qui pour prendre sa réelle ampleur devrait être intégré dans un ensemble plus large,; ce qui lui donnerait un sens plus significatif;

Là c'est très vivant, très piquant mais il manque une logique d'ensemble comme ces billes qui refusent de se laisser intégrer dans le modèle d'une pyramide;

Pourquoi devient-on prof, est-ce pour aller cherché une réponse à un vécu scolaire jamais digéré?

Le témoignage de ces enfants nous en apporterait-il un soupçon de réponse, un début de solution?

   calouet   
31/8/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Il fallait bien que je vienne m'y mettre, à cette saga (?) qui semble enchanter tous ses lecteurs...

Je fais cet avis à chaud, peut-être nuancerais-je d'avis plus tard, ou après les parties suivantes, mais je suis pour l'heure un peu partagé. Pas trop non plus, car c'est incontestablement du bel ouvrage. Cette première incursion dans tes textes révèle à mon sens une qualité primordiale pour qui veut écrire, le coup d'oeil. Un truc qui ne s'apprend pas. Et puis, forcément, c'est tendre, intelligent, c'est bien quoi!

Ce que j'aurais tendance à reprocher, c'est d'une part la trame parfois un peu confuse (à mon sens) de la narration, et surtout, le recours un peu trop systématique aux phrases-tronquées-choc... Au martèlement des mots importants, des idées forces, au découpage de la prose, comme pourrait parler quelqu'un qui s'écoute parler... Je suis convaincu que l'effet serait encore meilleur avec un dosage plus fin, plus léger du moins. Mais c'est sans doute beaucoup une affaire de goût, si je me fie aux autres avis!

Merci beaucoup en tout cas, de nous avoir proposé ce récit.

   David   
2/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Jaimme,

C'est énergique et rythmé, les enfants pourraient être des caricatures, le cancre, le premier de la classe, les amitiés fusionnelles féminines, mais l'écriture tord les clichés. Une bonne impression, avec un peu de retenu pour le côté "oh ! lecteur ! Je te parle" mais bon, par préjugé, et puis les grand un, grand deux, faut vraiment être adulte pour lire un truc pareil par distraction, enfin, ça plante un décor aussi.

   mousange   
5/9/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Mon premier texte lu sur Oniris et... je suis époustouflée!
j'avais lu et j'ai voulu m'inscrire pour laisser un commentaire.
Quelle maîtrise de la langue, de l'écriture! Si Oniris arrive à me porter à ce niveau j'en serai ravie.
Que de tendresse et de force dans ce récit. Je vais tout de suite lire la suite puisque j'ai vu qu'il y avait trois épisodes.
Bravo j'adore !

   nyqueldan   
6/9/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Jaimme.
Lecture en terra cognita, terra incognita.
Pour être Dieu sur le papier, il ne faut pas mentir, me semble-t-il. Donc, dans ton cas (je décide maintenant que je tutoierai mes destinataires et que ce ne sera pas leur manquer de respect, que ce sera fraternel, voire confraternel!), il faut être Dieu dans sa classe. C'est-à-dire écouter, voir, sentir et pressentir, prendre le temps, faire de l'humanité le préalable à toute ambition. Etre là vraiment avec eux.
Ô les mains de Marlène et Lila, nouées par de nombreuses traversées! Ô la focalisation bornée du père de Lucas sur cet intolérable 12 en musique! Ô l'éphémère transsubstantiation (imprononçable, ce mot!) de Sony en bon élève!
La pause est bienvenue avant la suite.
Tout ça m'inquiète. Avec de tels textes, je vais devenir addict à Oniris! J'avais plus envie de parler du ressenti que d'écriture, mais la 1ère lecture s'est faite d'une traite, et la 2ème, c'était pour être sûr de bien profiter de tout! Merci!

   marogne   
11/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Dieu qui accorde sa grâce au professeur qui exorcise sa peur ( ?) par l’écriture, ou alors qui essaye de se persuader que l’on saura toujours trouver une explication logique, rationnelle aux comportements de ces étranges machines qui sont programmées par leur entourage, leur histoire sans aucun espoir de se libérer de la puce qui contient toutes les pensées qu’ils auront jusqu’à la fin de vie de leur batterie biologique, d’ailleurs définie elle aussi par le comportement de la famille qui les a construit, et ainsi de suite, leur descendant expliqués, déterminés par d’obscurs ancêtres dont les ossements se retrouve dans la tourbe qui fait les bons malts. Oui sans doute, on peut expliquer, analyser, mais est-ce utile ? Pourquoi ne pas considérer seulement l’être tel qu’il est, unique, libre, à qui tous les domaines du possible sont ouverts. Peut être pour se rassurer, et on revient à l’assertion primordiale, la science pour ne pas se sentir seul dans l’univers ou alors à la merci d’un Dieu qui a décidé ce que nous serions, ce que nous sommes, ce que nous écrivons.

Mais ce n’est pas un commentaire ça !

Et pourquoi pas, car dans les réflexions que la lecture de ce texte a suscitées, on peut y lire en filigrane certainement des commentaires pas aussi prédéterminés que ça.

Pour le détail, je trouve que les descriptions des deux premiers personnages sont un peu trop caricaturales, un peu trop clichés. Par contre pour les deux de la troisième partie, bravo pour l’originalité, mais la fin est un peu trop (et même si c’est vrai) improbable pour que j’y adhère. Un détail encore, les descriptions, bien que faites à la première personne, se ressemblent un peu trop.

Autrement un texte agréable à lire.

   NICOLE   
13/9/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un grand saut en arriére.
Retour à l'époque des souffrances absolues, sans demi-teintes ni compromis. Plongée sans bouteilles à l'époque ou tout est définitif.
Touchant, et redoutablement bien rendu....j'ai bien fait de ne pas choisir l'enseignement, moi.

   Anonyme   
17/9/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour jaimme

Lu et relu souvent, depuis sa parution. La toute première, première lecture, il y a quelques mois de cela, curieusement, j'ai pas accroché. Un bon texte oui, une belle écriture, enfantine, sérieuse, joyeuse, gaie, sensible, tendre, et ces appartés, un régal, bref rien que du bon... mais j'ai pas vraiment saisi l'engouement émerveillé de tous les oniriens.
Une part de jalousie peut-être, pfff tout nouveau arrivé et bam, meilleure "vente" et des exceptionnels à tire larigot alors oui, je me suis dit, attendons les autres opus, la machine va bien finir par s'essouffler.
Depuis je suis revenue souvent me promettant de commenter le tout au bout du quatrième volet.
Sur ce premier opus, j'ai strictement rien à dire.
C'est vrai aussi que mes rentrées, contrairement à ce que tu crois, je m'en souviens bien et aucune (sauf celles du collège) n'a surpassé une cuiller de Nutella ou même un doigt barbouillé (c'est meilleur comme ça). Alors je me suis dit que les autres oniriens avaient eu des rentrées exceptionnelles, rieuses, gaies et que s'ils avaient à ce point aimé ce texte - et moi moins - c'était en grande partie à cause de ça. Nostalgie, quand tu nous tiens... mais non, faut rendre à César ce qui lui appartient, c'est vraiment, vraiment du très bon travail.
Bon c'est ridicule, mais il y a le verbe "gausser" qui me chiffonne. parce qu'il sort de la bouche d'un p'tit bout.

Autant l'avouer, le tout est bien meilleur que le Nutella - et tout aussi calorique - !

Je ne vais pas te souhaiter bonne continuation, je ne suis pas dieu, mais je connais la suite...

   Myriam   
25/9/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une grande claque que ce texte.
J'ai tout pris en pleine figure.

Tout ce que je perçois, chaque jour, en chaque élève, est déterré, exhumé, étalé au grand jour...
Je ne sors pas indemne de cette lecture. J'en sors dévastée. Parce que ce qu'on veut parfois oublier face à "la classe", pour sa propre survie, son confort, est bien là pourtant... Tu nous le rappelles sans complaisance, mais avec compréhension, justesse, rudesse, sensibilité .
je ne lirai pas ce soir, tout de suite, les opus suivants... je dois me remettre...

Merci Jaimme. Les claques sont parfois salutaires...

   Meleagre   
26/9/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C'est la première nouvelle que je lis sur ce site, et je ne suis pas déçu du détour !
Merci pour ce voyage au pays de l'enfance, au pays de l'école, vu (ou pas ?) par un adulte, un regard extérieur, qui réussit à rentrer dans l'intérieur, l'intimité, les sentiments de ces vies si jeunes et si fraîches, de ces personnes, si fragiles, en construction. La mélancolie de la tendre enfance côtoie les souvenirs plus sombres, plus désenchantés, ceux qu'on essaie d'oublier. La vision stéréotypée de quelques élèves, le cancre, le bon élève, les meilleures copines, s'enrichit en prenant en compte leurs sentiments, leur vie privée, la construction de leur personnalité.
Et l'écriture, simple et prenante, familière et attachante, vient ciseler, polir le tout, pour nous donner l'atmosphère des cours de récré, pour imiter les pensées et le phrasé de ces jeunes têtes blondes.
J'ai été légèrement déçu par l'intermezzo, ou en tout sa par sa formulation, qui vient mettre un terme à cette belle découverte de façon assez impromptue. Finalement, on comprend mal quelle posture le narrateur adopte avec ses personnages ; et l'adresse au lecteur ne m'accroche guère.
Merci et bravo, jaimme, pour cette belle et émouvante nouvelle !

   Lhirondelle   
5/10/2009
Bonjour Jaimme

Pour moi aussi, c'est une première lecture de nouvelle sur Oniris que je fais ce matin... et je ne suis pas déçue... si juste un peu car je vais manquer de temps ce matin pour lire la suite, ce n'est donc que partie remise... très bientôt. L'accroche est superbement réussie, bravo pour cela et pour tout le reste, pour l'émotion à fleur d'eau, cette rosée enfouie et non enfuie de nos rentrées de classe, de notre enfance qu'elle fait ressurgir.
Les personnages sont attachants et on a envie de les suivre et même d'en connaître d'autres.
La trame de cette nouvelle est un peu déconcertante mais dans le bon sens, elle interpelle et ce dans tous les recoins émotifs de notre coeur d'enfant et d'adulte.
Merci pour ce plaisir
Amicalement

L'hirondelle

   irisdenuit   
15/10/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Jaimme,

Ben sûr la succulente lecture de cette nouvelle (la première que je fais sur Oniris) m'a ramenée plusieurs années en arrière .... que de souvenirs pénibles, je me revois encore avec mes grosses lunettes noires à la Woody Allen !en rang d'oignons, deux par deux ! Bref....

Ton texte est vivant, sensible, simple, il m'a fait vivre des émotions, m'a fait sourire. Enfin je crois iben que je l'aime !


Merci.


Iris

   Anonyme   
11/11/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Histoire de yorkshire tout ça, je repousse le commentaire de ta série depuis longtemps mais je remédie à ça de suite, désolée...

Bon une fois n'est pas coutume, je mitige (du mot mitigeur: qui sert à distribuer l'eau dans une pomme à une chaleur constante de toujours trop froid pour les hommes et tjs trop chaud chez les femmes)...

J'aime le principe. J'aime le fond. J'aime la forme en soi.
Donc, me diras-tu, mais! Tu aimes tout machin ailé castrateur et futile...! Non.

Dans le style, je trouve parfois que c'est trop facile. Trop épuré. Trop peu. Je te lis surtout en improse et sur d'autres sujets mais je m'étais attendue à plus péchu. Plus drôle. Plus cynique. Non. Tant pis, Dieu est un homme, on est toujours déçues par les hommes, no surprise en soi.

Dans le fond, rien à dire, si ce n'est que le parallèle Dieu/Prof hahahhaa... y a qu'un prof... enfin, moi ce que j'en dis.
Du coup j'ai une pointe de "attention : mégalomanie narrative en perspective..." j'attends de commenter la suite pour te dire si ça persiste ou pas...

Sinon j'aime les chapitres, j'aime Soni qui me fait penser à Franck le méchant qui lançait des briques sur notre gang en CE1...
Lucas... j'aime Lucas...
Marlène et Lila qui me font penser à Jill et Vanessa (qui sont mariées ce jour et ont chacune des enfants avec un mec...hum)

Bref pour le coup de la mise en souvenirs c'est réussi. Vraiment. Comme tu dis, on se trouve les correspondances perso où on veut et c'est sympa.

Voilà donc, je suis mitigée, ma note aussi.
Edit : j'ai vu les autres notes, désolée, je détonne... hum...
Merci pour ce premier opus, je file te commenter les autres.
Au plaisir!

   Cortese   
24/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Hey ! Très juste et bien senti, ce texte. Pas facile d'écrire sur un sujet qu'on connaît si bien (tu le connais de près, ça se sent), un sujet parfois trivial... Mais tu t'en tires très très bien !
A mon goût, ça manque juste un peu d'action, d'histoire(s)...
En tout cas, les 2 premiers portraits sont criants de vérité. Les 2 fillettes sont à peine moins "crédibles", mais avec ton écriture qui coule, on suit sans problème.
Y'a peut-être un moment où j'ai trouvé un peu "trop" les vrais-faux dialogues avec le lecteur... Ca fait un peu présomptueux. Enfin, en même temps, pour un Dieu, c'est un minimum !
Ha oui : j'adore l'ambiance Titeuf de la première partie ! C'est drôle, et ça allège le sentiment d'oppression lié à l'angoisse de la rentrée. Bref, ça s'équilibre très bien, tout ça.
Merci pour cette lecture matinale...
Cortèse

   Milwokee   
18/1/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Que dire que les autres n'aient déjà dit ?
Un texte qui touche du doigt la perfection. C'est extraordinairement agréable à lire, si juste, si représentatif de la perception que les gamins ont de leur propre 6ème. On les reconnaît, ces personnages, on les as tous eu dans notre classe, on pourrait te donner leurs vrais noms en se demandant si tu ne t'es pas directement inspiré d'eux !
Une réussite totale.

   Flupke   
11/11/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Jaimme,

Alors là, oui je suis sous le charme. Quelle finesse dans l'observation dans le rendu psychologique de ces minuscules drames gigantesques.

Bon accrochage du lectorat avec le coup du "serial name dropper" à la Vincent Delerm (des Clark, journal de Mickey, Pif gadget etc...)

Puis tu nous tritures la RAM avec les billes en pyramides (mais comment avais-je oublié) le passé lointain est toujours présent et peut revenir par la magie d'un coup de fouet supersonique.

De belles expressions, de beaux souvenirs

crayons de couleur taillés en carreaux d’arbalète
Alexandre Dumas c’est chiant ! Des fois je fais semblant de lire, et je saute des pages.

Je me ronge les ongles. Je saigne des fois. (excellence de l'adage NE PAS DIRE MAIS MONTRER - je vais te piquer cette phrase et la refourguer dans une des mes nouvelles - non pas de royalties - y a pouce :-) Je me ronge les ongles. 94300 hits sur google Je saigne des fois 47 hits sur google. Domaine public. arf arf.)

Très émouvant le passage sur Soni. Beaucoup de finesse.

Juste un bémol, du à l'excellence de la qualité de ce texte:

Avoir le record de mises en garde sur son carnet. Avoir = verbe terne = caca. A virer donc. Décrocher le record, battre le record, the sky is the limit.

Et pour finir, une petite friandise. Deux chercheurs du Musée des Rockies dans le Montana aux Etats-Unis affirment que le triceratops est le même dinosaure que le torosaurus. Les fossiles des animaux à trois cornes seraient en fait des formes juvéniles des torosaurus. Ça a été trouvé en Août 2010 et toi un an avant tu annonces que le tricératops N°156 est un mythe. Ce n'est pas un vrai animal mais la version écolière d'un adulte torosaurus, preuve ultime de ton omniscience authoriale absolue.

Clap clap clap.
Merci pour ce délicieux flash back.

Amicalement,

Flupke

   Anonyme   
30/12/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Une lecture très plaisante. L'écriture est entraînante et la construction du texte bien pensée. L'idée des petits portraits m'a rappelé ces blogs rock'n roll que je fréquentais avant (d'être davantage tournée vers les mots). Des portraits incisifs, le lecteur en ligne ne doit pas pouvoir se détourner de sa lecture. J'ai trouvé dans les clins d'oeil d'écriture une grande modernité propre à l'écriture qui se pratique en ligne. Les petits jeux de polices de caractères sont amusants. Le bémol pour moi ce serait le narrateur devenu divin : il peut tout dans sa mansuétude. Il suffit de lire l'exergue. Cela me rappelle les jeunes musicos que je fréquentais et qui s'érigeaient en tout puissant. Il n'empêche que c'est aussi un genre littéraire que de camper un narrateur, protagoniste ou pas, omniscient, comme dans les romans du début du XXème siècle.

Je ne peux rien dire sur l'ambiance scolaire, ce n'est pas mon terrain, toutefois le regard de l'auteur sur les enfants est indéniablement protecteur.

J'ai apprécié cette lecture.


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