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Sentimental/Romanesque
jaimme : J'habite une maison enchantée. Et je pleure tous les jours
 Publié le 22/12/09  -  37 commentaires  -  21073 caractères  -  404 lectures    Autres textes du même auteur

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J'habite une maison enchantée. Et je pleure tous les jours


Chaque réveil, je pars vérifier.


J’ai pris l’habitude de faire des foulées immenses, comme si la gravité était moindre. Des enjambées de plus de quatre mètres. En souplesse, comme un guépard, je longe avec rage les murs de planches. Je miaule, je siffle, je feule et je pleure.


Ici tout est en planches. Du bois très ancien, de couleur lavis, entre gris et bleu selon les pièces, un grain très dur, un aspect fossilisé. Parfois les veines sont à nu. Sans écharde. Je plante mes doigts, mes griffes, dans le moindre interstice. Je bondis sauvagement les yeux aux aguets. Et je hurle sans discontinuer.


Je cours sans essoufflement, mais de temps à autre je m’invente une fatigue, un point de côté. Je pose une main contre le mur, mon souffle est court, haletant, épuisé. Je ris à gorge déployée de cette comédie ridicule et je repars en pleine forme. Je suis toujours en pleine forme.

Je ne sais pas pourquoi, mais je fais éternellement le trajet dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. L’habitude crée l’assurance fallacieuse de pouvoir recommencer.


Ma maison est immense. Il me faut plus de deux heures je pense, plus de sept mille foulées, pour terminer ce circuit intérieur. Les murs qui me limitent sont toujours aux mêmes endroits.

Je pars de ma chambre-bureau et je m’élance.

Je m’amuse à éviter les serpents en faisant des bonds gigantesques. Leurs attaques sont fulgurantes, mais leurs crocs happent le vide, à quelques centimètres de moi si je le décide. Parfois je frappe leur tête du dessus de mon pied. D’un coup latéral, porté par un salto horizontal. Mais ce que je préfère c’est leur donner une petite tape au sommet du crâne, ou toucher leurs crocs d’une pichenette. C’est une de mes distractions préférées. Une impression de puissance, mais aussi un sentiment d’immortalité auquel, paradoxalement, j’évite de penser.


En courant je regarde sur ma gauche les agencements intérieurs de ma maison. La plupart du temps cela ressemble à un immense complexe de toits, de poutres, de vieilles manufactures abandonnées. Presque à perte de vue. Avec des passerelles par centaines. J’ai placé un peu partout des planches pour relier des pièces qui ont le plus souvent deux ou trois murs. Il y a peu de plafonds. Du moins aux étages supérieurs. Je m’aventure rarement dans les pièces inférieures. Des égouts à sec, de la tuyauterie sans objet.

Mon trajet périphérique, lui, est bien balisé. C’est toujours le même. Là, je sais exactement où je suis. Je touche les murs extérieurs. Ils sont solides et permanents, lisses, fermes.

Désespérément fermes.

Alors je cours tous les jours pour vérifier. Mais rien ne change. Les impasses sont toujours présentes. Toujours aux mêmes endroits. Les longues ici, les courtes là. Ma main droite sonde les murs extérieurs. Sans ouvertures.

Quand j’ai fini la première très longue je sais que j’en suis à la moitié.

Alors je rentre à ma chambre.

Pas une goutte de transpiration. Sauf si je le veux.


La surprise, l’incontrôlable, je l’ai appris ici, est dans l’essence de la vie. Depuis longtemps, depuis que je suis dans la maison, tout est contrôlable.


Dans l’après-midi je pars en exploration à l’intérieur. On ne sait jamais.


Tu parles !

Le plafond et le sol, le vrai, sont immuables, comme les murs latéraux. Depuis des années j’ai renoncé à les sonder.

Je n’aime pas voler. Je prends trop vite conscience de mon enfermement. Je n’aime pas non plus m’agenouiller partout pour toucher le sol.

Le matin je pars sans espoir, mais courir est devenu un rituel qui pilonne ma raison. La scande. La formate et l’empêche de se diluer.

L’après-midi je pars sans espoir, mais je m’occupe. Toucher tous les grains qui tombent du sablier.


Les animaux, les gens, les objets qui parlent ne m’amusent plus depuis longtemps.

Ils ne m’amusent plus mais sont toujours là où je les ai laissés.


Alors je rejoins Sarah. Je commence toujours par elle.

Elle est brune aujourd’hui. Une robe de mousseline très espagnole. Une ombrelle de dentelle et des geta aux pieds. Le maquillage de Rachel dans Blade Runner.

Fragilité de bric et de broc. J’adore.


Qu’est-ce qu’elle va dire aujourd’hui ?

Voyons…


- Oh mon amour te voilà enfin ! lance-t-elle d’une voix enjouée.

- Non, ça sonne faux, on recommence.

- … Tu sais j’ai pleuré toute la matinée, et te voilà enfin !

- …

- Je n’ai rien sous ma robe, tu veux voir ?


Ses yeux, la seule chose qui ne change jamais chez elle, sont si pétillants que je la prends dans mes bras. Elle est nue contre moi. Je sens sa joue chaude contre la mienne. Puis ses seins.

Mais je ne sens plus sa joue. Seulement ses seins.

Une cuisse contre la mienne… mais plus ses seins.

Concentre-toi, pauvre crétin, tu dois bien arriver à sentir en même temps ses seins et sa joue ! Ou ses seins et sa cuisse. Allez ! Peut-être cette fois…

Mais je sais déjà.

Après des milliers de tentatives, je ne sens toujours qu’une partie de son corps. Une à la fois.

Quand je pénètre en elle je sens son sexe autour du mien, mais, dès que je pose une caresse, ma main ne ressent plus que cette douceur, je ne suis plus en elle.

Merde, merde et merde ! Juste une fois, tout mon corps sur le sien. Une fois ! Lui faire l’amour.


- Ne pleure pas, mon adoré !


Ridicule.

Aucune imagination, je sais.


Je la laisse, je suis assis à mon bureau. Je n’ai plus envie de me balader au milieu des pégases, des centaures, des femmes nues, des parterres de fleurs, des temples multicolores et des cieux étoilés.

Mais j’y retourne quand même. Qu’ai-je d’autre à faire ?


Aujourd’hui journée de l’eau, c’est décidé.

Alors des fontaines antiques montent lentement du sol.

L’écume de cascades délirantes jaillit et se joue de toutes les lois qui n’ont pas cours ici. J’enlève quelques cabanes et toute une usine pour les remplacer par un lac. Je m’élance et trace des calligraphies aquatiques sur cette onde tiède. Je suis devenu un champion dans cet art du patinage sans patin et sans glace. Je relève les bords du lac et dans un bol gigantesque je m’envole, pirouette et plane jusqu’au sol.

Sec, j’en ai déjà assez.


J’aimerais me faire mal. Courir un vrai danger. Avoir peur et m’enfermer. Craindre la foudre. Me défendre contre des ennemis, subir un accident de voiture, me brûler la main.

J’ai tout essayé, tout cela, mais sans vraie douleur, sans peur. J’ai défendu mon bureau contre des hordes d’insectes géants un sabre à la main, refait la Première Guerre Mondiale, sauvé Sarah de mille dangers, combattu les forces d’invasion dans un petit vaisseau spatial, survécu à un tsunami de trente mètres de haut, à des éruptions volcaniques.

Je me suis transformé en animal, en super héros, en sorcier tirant des orbes de lave.


Quand tout est possible, mais que rien ne l’est réellement…

Je me lasse de tout, très rapidement.

Je crée des conversations mais je construis les réponses. Mes livres, dont je me rappelle au mieux les dix dernières pages, ne sont lus par personne ou par des lecteurs qui n’en diront que ce que je suis capable de dire moi-même.


Non, arrête de penser à ça !

Ça y est, je suis oppressé. Des choses me reviennent. Trop à la fois. Alerte. Ça ne va pas. Alerte. Pas du tout.

Alerte.

Un, et deux, et trois, et quatre, et cinq, et six, et sept…


Quand j’ai fini je retourne voir Sarah. Je l’embrasse sur la nuque. Elle pousse ce soupir que j’aime tant.


- Alors qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui mon amour ?

- J’ai patiné sur l’eau.

- J’ai vu. T’es nul, il faudrait que tu fasses des progrès, mais j’y crois pas ! T’arrives à rien !

- Mais je suis le seul à pouvoir le faire !

- Que tu dis, t’es vraiment la pire des nullités. Est-ce que je t’ai déjà dit que tu étais ridicule quand tu faisais ça ?

- Sarah !

- Laisse, je ne t’aime plus, t’es trop con, un loser, un minable, impuissant et laid, et…


Non, j’arrête, ça ne me fait rien. Je n’arrive pas à me mettre en colère. C’est quoi la colère déjà ? Un truc fort. Le seul truc fort c’est quand je pleure. Et encore… peut-être que je pleure par habitude.


Je fais disparaître Sarah. Elle sera là demain.


De toutes les façons c’est bientôt l’heure de la toilette. Tout devient secondaire.

Ça commence. J’écoute.


Mais… rien aujourd’hui. Pas un mot. Des bruits seulement.


Au début j’avais droit à de longs monologues. Et même des lectures.

Mais là, depuis si longtemps, rien.

Des sons mécaniques, une radio pas très loin qui crache une musique bizarre. Avant j’étais fan de Sting, de Bowie, de Peter Gabriel. Maintenant ils jouent des trucs avec quatre notes, en boucle.


Fin de la toilette, déjà. Silence total en dehors de cette radio qui me procure de moins en moins de plaisir.

Puis… même plus de radio. Une porte qui coulisse.


Oppression. Alerte. Après la toilette je vais toujours mal.

Alors je compte. Un, et deux, et trois, et quatre, et cinq, et six… En général j’arrête vers deux mille. En gros une demi-heure. Je récite la liste des prépositions : à, après, avant, avec, chez, contre, dans, de, depuis… La liste des départements. À force j’ai réussi à retrouver les cent.

Bon, ça va mieux… J’arrive à penser clairement. Je peux rire, hurler. Tout va bien.


Au début j’ai cru devenir fou.

Pendants des mois je ne faisais que pleurer. Et pleurer sans larme est un enfer que je n’imaginais même pas.

J’ai tout tenté pour leur faire signe. Mais quand même cligner des yeux est impossible…



J’ai eu un A.V.C. Une attaque foudroyante. Dès le premier jour je savais ce qui s’était passé. Ils l’ont dit à côté de moi.

Paralysie absolue. Coma total, 3 sur l’échelle de Glasgow.

Aucune réaction. Aucun signe vital extérieur.

Pour eux je suis un légume.


Mais ils ne savent pas que je suis conscient !

Et que j’entends !


J’entends parfaitement, mon Dieu !

J’ai entendu par exemple lorsque ma femme est venue m’annoncer qu’elle me quittait. Elle croyait être devant une tombe. Un mausolée même.


- Tu vois, chér… Charlie, ça fait maintenant tant d’années et… Bruno est adorable avec Tony. Il est gentil, il a un bon métier. Et je ne peux pas passer ma vie à venir te voir. Je sais que tu ne m’entends pas. Mais il fallait que je vienne. Je ne reviendrai plus. Jamais… (là elle a pouffé). J’ai entendu cette tirade dans un film hier soir. C’est nul, j’en sais rien, peut-être, mais bien adapté à notre situation. Ça m’a décidé à venir… De toutes les façons qu’est-ce que je pourrais dire d’autre ? Enfin, oui, voilà, je suis débarrassée de cette corvée. J’ai dit à Tony que tu étais comme mort. De toutes les façons il ne parle plus de toi depuis longtemps… Ils auraient dû débrancher ce corps, voilà ce que je pense, mais tes parents vont toujours à l’église. Toutes les semaines ils brûlent un cierge. Bon, c’est leur problème. Moi je n’ai que trente-six ans !


Tu parles, cela faisait des mois qu’elle ne venait quasiment plus. Et dès qu’elle était seule elle passait tout son temps à téléphoner à ses copines ou à son Bruno.

Allez casse-toi !


Non ! Non. Mais non !… Je te comprends très bien. Qu’est-ce que tu aurais pu faire d’autre ? M’avoir attendu autant de temps, être venue si souvent me voir… Ton amour était réel. Aussi solide que possible. J’aurais voulu… je ne sais pas. Pas que tu sacrifies le reste de tes jours, c’est vrai. Mais…


Elle n’est plus jamais revenue. Mes parents sont passés toutes les semaines.

Puis Papa est mort et j’ai su que Maman était maintenant en maison médicalisée. Je n’ai plus de nouvelles depuis longtemps.


Les infirmières et les aides-soignantes changent souvent.

J’ai fait les comptes.

Quand je suis tombé dans le coma ma femme avait vingt-neuf ans, elle m’a donc annoncé son hymen sept ans après. Pendant cette période les aides-soignantes ont changé quinze fois. Or, dans une conversation entre elles, j’ai entendu que le C.H.U. donnait toujours la toilette des comateux aux stagiaires et que ces jeunettes, que j’ai appris à distinguer les unes des autres, le plus souvent grâce à leur pas, restaient six mois. Cela correspondait bien à mon calcul.

Depuis le départ de ma femme j’ai compté vingt-sept stagiaires…


Je suis dans le coma depuis vingt ans.


Mon calcul a été confirmé plusieurs fois par des flashs d’information à la radio.

En 1989 j’avais trente ans.


Je ne sens absolument rien de mon corps. Je ne peux pas l’utiliser. Il est ma prison.

Je m’en fous ! Il est devenu ma maison.

J’habite donc une maison enchantée, celle de mon esprit. Je lui ai donné, instinctivement je pense, la forme intérieure de mon corps. Dès le premier jour je me suis « réveillé » dans cette dépouille désincarnée. Immense, heureusement.

Emplie du pouvoir de mes pensées.

Mais finie par le pouvoir de mes pensées.

Et je n’ai jamais eu beaucoup d’imagination, c’est ce que me disaient mes professeurs de lettres. Je pense que c’est pour cela que mon idéal féminin, Sarah, change sans arrêt d’apparence. Sauf les yeux. Là mon choix est définitif.


Souvent je rêve de sortir de mon coma. J’ouvrirais les yeux et une infirmière me sourirait. Avec les yeux de Sarah.

Et je ferais venir Sarah dans ma maison !


En attendant, ma Sarah, celle qui patiente dans sa robe de mousseline, à l’emplacement approximatif de mon cœur… ne peut pas m’aimer. L’amour se flétrit avec le narcissisme et ici il ne peut même pas germer.


Ma chambre est dans ma tête. Le reste est… ma cour de récréation.


Avant mon attaque j’avais commencé à parler à un psy. Trop de soucis, trop de choses à poser devant moi. Trop de choses à épousseter, puis à remettre sur les étagères.

Un courage défaillant au boulot, comme avec mes parents.

Un rejet du métier de père. Merci Papa de m’avoir transmis cette faiblesse ! Tony n’a pas eu de vrai père avec moi.

Enfin j’ai essayé.

Non, je n’ai pas vraiment essayé.

Un peu d’agoraphobie. Un soupçon de troubles obsessionnels compulsifs. Une sexualité en dent de scie.


Cette entame d’analyse m’a sauvé.

Les premières semaines j’ai hurlé dans ma cage en bois.

Je me suis ouvert les veines cent fois. Du coude au poignet. Je me suis déchiré la gorge. Suicidé virtuellement mille fois par jour.

Mais je reste immortel jusqu’à ma mort. J’ai même perdu cette ultime liberté.


Et puis j’ai commencé à compter. Pour ne pas penser, évidemment. J’ai retrouvé aussi tous les poèmes de mon enfance. Et lorsque des vers m’échappaient définitivement je comblais avec un peu d’invention minable.


« Vous êtes l’Obélix des potes de mes doigts ! »


« Le vent redouble ses efforts,

Et fait si bien qu'il déracine

Ce putain d’chêne qui sautait toujours sa voisine. »


Je suis devenu un dieu au jeu de kim. Capable de retrouver plus de deux cents objets. Mais j’ai fini par comprendre que le plus dur était de créer les deux cents objets. Une fois devant mes yeux, avec beaucoup de mal pour m’en souvenir au fur et à mesure de leur création, il m’était facile ensuite de les retrouver.

Les voir, je peux, mais pas en toucher deux à la fois… Comme avec Sarah.


Tout est donc faussé ici. Je ne découvre rien.

Et une fois conçus, ces artefacts ne me procurent plus aucun plaisir.

Je crée du palpable qu’un autre touche pour moi.

Parfois je décide de les rendre pérennes. Ou du moins durables et je les retrouve le lendemain. Je n’ai pas bien compris comment cela est possible.


Un jour j’ai donc suscité Sarah.

Une drôle de poupée gonflable en définitive. Que je fais parler, bouger. Mais qui a les yeux de l’amour. Je me couche sur elle, je la frappe, j’embrasse ses pieds. Je la déteste.


Et les jours passent.

Je ne vieillis pas. Je n’en ai pas envie, non plus.


J’ai enlevé les miroirs car je ne me souviens plus clairement de mon visage.


En continuant seul ma psychanalyse j’ai pu décider de poursuivre ma vie sans faire sauter les sécurités de mon cerveau.

J’accepte. Comme je peux, mais j’accepte ma vie actuelle.

Sans les bruits, les mots de l’extérieur, j’aurais pensé depuis longtemps que j’étais devenu « fou ». Mais ces grincements de chariots, ces bribes d’émission radio, ces éternuements d’aide-soignante, ces simples sabots sur le linoléum sont une réalité, quelque chose d’extérieur, qui me donne l’espoir qu’un jour je vais sortir de cette prison.

Les étagères de ma chambre sont pleines maintenant.


Sortir ?


… Je vais me coucher.

Je dors beaucoup. D’après mes calculs, au moins quatorze heures par jour. Je sollicite trop mon cerveau. Ou c’est une forme de dépression. Une cure de sommeil permanente. Je n’en sais rien, mais il faut que je ferme souvent l’accès à mes pensées conscientes.


Je me réveille et je pars pour mon footing.

Je frappe le premier naja et j’entends, dehors, des bruits inhabituels. Plusieurs personnes. Quatre au moins. Qui entrent dans ma chambre. Avec un chariot. Des pas qui ne me disent rien. Une voix inconnue :


- Ok, on passe au cas numéro deux. M. Charlie C., coma 3 depuis vingt ans et quatre mois. Posez-lui l’hyperencéphalo. Eh ! Doucement, c’est un prototype.


Mais, ce n’est pas l’heure de la toilette !

De l’inhabituel ? Je laisse tomber mon footing et je retourne instantanément à la chambre. Je n’aime pas trop en fait. Je vais sous mon lit.

Un encéphalogramme de plus. Bon, ça c’est gentil. Ils ne m’en avaient pas fait depuis des années. Et au moins j’ai quelque chose à écouter.


Le résultat tombe rapidement. Pas de surprise.


- Non, rien, comme le premier. On ne se décourage pas. On passe au suivant.


À la prochaine les amis ! Dans dix ans peut-être.


- Sarah, vous pouvez me passer le dossier suivant ? … Eh ! Attendez, ça a bougé. Et zut, plus rien maintenant. Pourtant je suis sûr que ça a bougé. Juste quand j’ai dit : « Sarah, vous pouvez me passer… ». Et voilà ! Là, vous avez vu ? Et rien à nouveau. On dirait qu’il réagit à votre prénom. Sarah ! SARAH ! Mais c’est ça ! C’est ça. SARAH ! SARAH ! SARAH ! Faites un scan complet ! Je veux savoir exactement quelles sont les parties encore fonctionnelles. Déjà on sait pour l’ouïe ! Pauvre gars ! PAUVRE gars ! Depuis vingt ans peut-être il entend ! Allez me chercher une télé, une radio, faites-lui la lecture. Il faut le stimuler ! Et son dossier pour voir s’il a encore une famille ! Pauvre gars, c’est pas possible ça ! Oui, je pleure, vous n’avez jamais vu un médecin pleurer ? Allez, bougez-vous, Sarah !



Pour ma famille ils ont vite été édifiés : néant. Ils sont allés le dire à Maman, mais d’après ce qu’ils m’ont rapporté elle n’a pas compris. Pauvre Maman, tu vois tes cierges ont peut-être servi à quelque chose. Mais moi je crois surtout en cet ingénieur qui a inventé un encéphalogramme beaucoup plus sensible. Oh, merci le gars ! Merci !

Ma femme est partie avec son Bruno en Argentine. Ils l’ont contactée.


On m’a parlé toute la journée. Et toute la nuit ils m’ont mis la télé avant de réaliser vers trois heures du matin qu’ils m’avaient épuisé. Je ne suis plus habitué. Du calme les gars, doucement.

Dans l’après-midi suivante toute une équipe est venue me voir. L’un d’entre eux m’a expliqué avec la lenteur appropriée à un enfant de trois ans, qu’ils avaient inventé un système tout simple pour que je puisse communiquer avec eux.

On me dit les lettres de l’alphabet, une toutes les secondes, et quand je veux utiliser cette lettre il suffit que je pense à Sarah et mon encéphalo le montre. Pas rapide, mais on y est arrivé du premier coup.

D’abord j’ai dit : « Merci ».

Puis je ne savais plus quoi dire.


Je voulais une photo de Sarah l’infirmière.

Ils m’ont dit qu’ils allaient y réfléchir. Que cela devait être possible avec la numérisation, des impulsions, plein de trucs que je n’ai pas compris.


J’ai eu cette photo un mois plus tard, morceau par morceau. Résolution basse, m’ont-ils expliqué, car je ne pouvais visualiser que deux cents pixels à la fois. Merci le jeu de kim.

J’ai dit « Très belle ». Mais elle était très quelconque.

Puis une photo de mon fils. Je ne l’ai pas reconnu.

Sa mère n’a pas l’intention de venir me voir. Et j’ai peur d’entendre mon fils au téléphone. On verra plus tard tout ça.


La Première Chaîne est venue me filmer. Un crétin a dit : « Souriez ! »


Maintenant le système est automatique, j’arrive à « cliquer » sur une lettre toutes les dix secondes en moyenne. Et surtout j’ai un ordinateur avec un jeune gars qui me sert d’assistant huit heures par jour.

Je peux aller sur des forums. Tout le monde veut me parler. C’est formidable !

Mais les gens sont bizarres.


Voilà, je me lance dans le vrai monde. C’est le vrai monde, non ?


Et… je cherche Sarah.

Pour l’amener ici.






« M. H. était diagnostiqué en coma depuis vingt-trois ans, des examens menés en 2006 ont toutefois indiqué qu'il était éveillé mais incapable de parler en raison d'une paralysie complète de son corps. Selon le Pr Steven Laureys, un neurologue belge qui a révélé le cas, 41 % des patients en état de conscience minimale sont, à tort, diagnostiqués comme étant dans un coma végétatif. »

D’après LE MONDE | 24.11.09


 
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   Anonyme   
22/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Au début j'ai pensé qu'il s'agissait d'un chat. L'écriture était remarquable, quelque part entre prose et poésie.
A vrai dire j'y serais bien resté dans cette première partie.
Insensiblement le texte a glissé dans l'absurde.
Là aussi j'ai bien aimé. J'adore l'absurde.

Et puis l'auteur a "vendu la mèche", et j'avoue que ça m'a un peu dégrisé. Les histoires d'hôpital ne m'ont jamais passionné.
Néanmoins, je suis resté scotché jusqu'au bout. L'écriture est tellement fluide, même si au fur et à mesure elle perdait un peu de sa magie.

Que dire ?
Je suis désenchanté, c'est certain, mais c'était à l'évidence l'objectif de l'auteur.
Donc il a réussi son coup.

   Anonyme   
22/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour jaimme
Quelle étonnante lecture ! Merci.
J'ai d'abord cru que j'allais suivre les mésaventures d'un guépard prisonnier dans un zoo.
Après celle d'un super-héros... Après celle d'un romancier cherchant l'inspiration, se créant des univers. Après celle d'un enfant jouant à se faire peur... Retour au peintre-poète-romancier avec Sarah qu'il apprivoise, réinvente et recrée... Ensuite, quelqu'un de paralysé en partie... Bref, un miroir éclaté, des centaines de facettes, et au milieu de tout cela, des phrases comme des larmes. (pas envie de les citer, je les garde pour moi)

A un moment, je me suis dit, non, mais qu'est-ce qu'il raconte, ça fait longtemps qu'on sait qu'"ils" nous entendent... ! Et puis j'ai pensé à la nouvelle de Jphil, quand il dit que "on la recoud à vif pour lui faire comprendre que..." qui m'avait choqué, aussi, et après réponse de l'auteur, qui m'a assuré que si... si, si ! je me suis dit méfiance... Pas si vite.

"Vous êtes l'Obélix des potes de mes doigts" !

Délicieux, parce qu'une petite bouffée d'oxygène, un sourire dans cette plongée lente, ce tourbillon de chagrin, ça fait du bien...
Bien vu, bien placé, parce que la plongée ne fait que commencer.

Je suis un peu... étourdie, là, ici, je la comprends Sarah et puis en même temps je la déteste. Comment ne pas la comprendre ? Mais pourquoi est-elle si dure dans ses propos ?
Il y a quelques répétitions, qui m'ont gênée. Rien de grave.
Une très belle lecture.
Merci.

   shanne   
22/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,
Un sujet qu'il fallait réveiller par le langage: l'impuissance de communiquer par le corps et par les mots. J'ai aimé cette notion du temps, dans le sens inverse d'une aiguille d'une montre: répétition sans cesse pour ne pas abandonner.J'entends, je sens les présences mais mon corps semble ne pas vouloir réagir, je n'arrive plus à le sentir en entier, j'aimerais qu'il réagisse, je prends des risques pour cela mais c'est le néant, je m'épuise et tout le monde semble avoir abandonné. Je suis sensible à cette phrase: ma chambre est dans ma tête, le reste est ma cour de récréation. Je me suis laissée entrainer par cette nouvelle et je reste presque sans voix...ah! si un son: merci

   Maëlle   
22/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai apprécié cette lecture. Je l'ai trouvé très construite (plus que les précédentes que j'ai pu lire de cet auteur). La façon dont, peu à peu, l'impossible se met en place est très bien menée à mon sens. L'ensemble, par petite touche, fini par devenir tout à fait cohérent.

Je met un bémol pour la fin, non pour ce qu'elle raconte, mais pour la façon dont le personnage se transforme - comme s'il était imbu de lui même en plus de ses autres défauts (appréciables au passage: un "gentil" eut été moins interessant, je suppose). Un petit écho à Bernard Werber dans cette fin (l'ultime secret)... Je reste à me demander si je n'aurais pas préféré qu'il reste ignoré, en fait.

   florilange   
22/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Moi aussi, au début, j'ai pensé à 1 tigre, ça n'a pas duré. Bravo pour les descriptions.
Bien sûr qu'on le savait, qu'ils nous entendent. D'ailleurs même sa femme est venue lui annoncer qu'elle ne reviendrait pas. Mais comment continuer à parler à quelqu"1 qui ne répond jamais?
J'ai aimé la construction de sa maison et l'horaire de ses journées. Cet esprit qui s'obstine à rester vivant, qui s'entretient en comptant, en se créant des activités... La force de l'imaginaire.
Bouleversant. Et inquiétant. Combien y en a-t-il, dans ce cas?
Merci de cette lecture,
Florilange.

   widjet   
23/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Déjà je m’excuse car mon commentaire sera sommaire (je pars demain matin pour quelques jours).

Mon cher Jaimme (soupir), comment te dire (soupir bis)…En étant honnête, comme toujours. Ce sera « Oui »…et « Non ». Oui pour le sujet qui rappelle (cela a du sans doute t’inspirer) l’histoire de Dominique Bauby, rédacteur chez « Elle » et qui après un grave accident ne pouvait s’exprimer que via son seul œil valide ; ce qui lui a permis d’écrire un roman (drôle et loin de tout misérabilisme) « Le Scaphandre et le Papillon », avant de séteindre quelques jours après sa parution.

Donc sujet pas évident car propice à beaucoup de pièges tendus comme le recours à l’émotion facile (mais à ce niveau là, tu t’en es bien sorti), le plus tentant d'entre tous.

Coté positif, y'a de l'énergie, ça bouilllonne dans la tête du héros, des détails bien vu (comme cette obession du comptage), un peu (mais trop peu !!) de causticité (référence aux chanteurs)...

Mais je suis beaucoup plus sceptique sur le traitement, l’écriture que je n’ai pas toujours trouvé très inspirée. Et puis il y a un décalage trop marqué entre deux parties, celle (particulièrement longue, je dois dire et presque épuisante avec tous ses « verbes de mouvement » utilisés, des redites, il y aurait des coupes à faire selon moi) où visiblement tu semble vouloir laisser planer un mystère sur l’identité du personnage, un choix que je trouve dommageable pour ma part (le sujet en lui-même ne se prêtait pas à ce « jeu ») et la seconde moitié largement trop explicative, répétitive, , ça renvoie un peu le message du « maintenant que vous savez qui je suis, je vais me lâcher et vous raconter ce que je vis »).

Alors pourquoi pas après tout, mais là ça fait trop d’un coup et surtout un peu « balancé » (pardon). Bref le fossé entre les deux parties est trop large, trop appuyé et cela m’a rebuté.
Alors, je comprends bien l’intention louable par ailleurs. Cette opposition mobile/immobilité (d’où l’utilisation des verbes « actif », bien vu mais le procédé trop voyant), cette confrontation imaginaire voire fantasme (d’ailleurs la scène « sexuelle fantasmée » est pas très bien négociée je trouve, c’est dommage)/réalité, bref tout ceci est bien vu dans l’intention, mais c’est plutôt la confusion qui a primé sur l’onirisme recherché (de la première partie surtout).
Ecrire les rêves et les fantasmes est loin d’être évident. Il faut être imaginatif oui, mais aussi et en même temps être limpide. Je n’ai pas senti que tu maitrisais pleinement ce chapitre essentiel, je n'ai pas perçu beaucoup de poésie (ou disons qu'elle ne m'a pas touché).

Sinon le style phrases courtes à répétition, très cuttées ne m’a pas gêné, même si j’aurai aimé parfois de belles envolées, un peu plus de lyrisme (pour témoigner de quelques accès sinon de sa démence, mais de sa déraison), mais bon c’est un choix et je n’ai pas à m’ingérer là-dessus. Et comme je l’ai dit, ce n’est pas trop emmerdant. Quelques phrases maladroites ou confuses comme : « Quand j’ai fini la première très longue je sais que j’en suis à la moitié » (la première quoi ? Pas clair pour moi) ou « Leurs attaques sont fulgurantes, mais leurs crocs happent le vide, à quelques centimètres de moi si je le décide » (construction bizarre à l’oreille).
Le peu de dialogue et surtout le rendu ne m’a pas convaincu (celui de la femme est un poil trop « téléfilm » et assez manichéen et celui du médecin trop "burlesque" presque pour quelqu’un qui de par sa profession doit faire preuve de retenue) et si comme je l’ai dit tu ne tombes jamais dans la mièvrerie, je regrette le manque d’esprit et un peu plus d’humour (c’est la politesse du désespoir il parait) n’aurait pas nui. J’ai vu un type imaginatif, un peu amer, et c’est à peu près tout. Son "vedettariat" n'est à mon sens pas vraiment une bonne nouvelle, il devient un peu un object expérimental, une "bête de foire" non ?

J’essaierai de développer davantage car il y a pas de choses à dire sur ce texte audacieux et qui a pas mal d'énergie (qu'il faudrait canaliser) mais dont la forme ne m’a pas vraiment convaincu.

Snif. J’aurai vraiment voulu aimer ton dernier opus.

W

   Eric-Paul   
23/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime que tu aies pu écrire cette nouvelle aussi vite ... et qu'elle ait pu être éditée avant les fêtes.

J'ai personnellement été touché par cette événement et la déclaration des spécialistes comme quoi Près de 40% des patients dans le comas avaient encore une activité cérébrale.

Une de mes collègues de travail est décédée d'une maladie de dégénéresecence musculaire et a fini ses jours après une longue période d'immobilité totale.

En connaissance de cause, à l'annonce de sa maladie et de ses conséquences certaines nous avions débattu ensemble de ce qui lui resterait à ce moment là. Nous avons parlé de dieu, de la foi... mais pas de la "course"

Pas de cette course intérieure permanente que tu as créée et que j'aurais aimé inventer pour elle.

Merci Jaimme & une pensée pour Annie.

   Myriam   
23/12/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un titre beau et mystérieux...

Une première partie tourbillonnante, où le suspens et le malaise de ne pas comprendre, ne pas savoir, tout en ressentant la douleur et l’enfermement se mêlent au merveilleux et à l’absurde… phrases sublimes qui s’entrechoquent et se contredisent et nous emportent loin.

Puis vient la révélation terrible, et l’univers onirique prend alors tout son sens, la douleur impuissante, la résistance par le rêve… rêve qui donnera au héros le pouvoir de sortir de sa prison, puisque c’est le prénom de cette femme imaginée qui déclenchera l’encéphalogramme et le ramènera au monde. Idée magnifique et bouleversante.

Et cet homme qui revient de si loin, d’un autre espace temps, reste fidèle jusqu’au bout à son monde intérieur, attendant que son amour l’y rejoigne…

C’est la force et la beauté miraculeuse de ce texte de parvenir à nous faire pénétrer de façon vertigineuse dans le monde torturé de Charlie. Et qui n'oublie pas de faire exister, en peu de mots, les personnages qui l’entourent : la femme qui refait sa vie, sans trop de remords semble-t-il, les parents pleins d’espoir jusqu’à la fin, qu’il ne verront pas, le médecin si humain, le journaliste balourd…

Une nouvelle miroitante, envoûtante et déchirante… exceptionnelle oui.

Merci.
Myriam.

   ANIMAL   
23/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une nouvelle étrange et fascinante. J'ai d'abord pensé à un fantôme ou un ange gardien attaché à un lieu, puis j'ai été un peu refroidie par le coma car j'attendais quelque chose de plus original.

Mais le traitement est tellement bien fait qu'en définitive, j'ai lu d'une traite jusqu'au bout, et avec plaisir.

Merci donc et bravo pour ce texte singulier.

   littlej   
23/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte touchant pour le sensible que je suis. Je ne l'oublierais pas de sitôt.

Pourtant la lecture n'a pas été agréable tout le long. Le récit n'a à mon avis pris son envol qu'à la fin, tournant un peu trop autour du pot au début. L'ambiance enchantée que j'adore retrouver dans les textes (comme dans "Charlie et la chocolaterie" ou encore dans la référence "Alice au pays des merveilles") m'a plu. Mais le traitement connaît quelques maladresses qui m’ont gêné au début mais que l'émotion contenue dans les dernières lignes m'a permis d’oublier.

A ce titre j'ai bien aimé le passage où le médecin découvre l'état de conscience du narrateur. Assez cinématographique.

Je pense que le texte gagnerait à être plus court. L'effet aurait été plus accentué je trouve.

Bravo tout de même pour cette histoire.

j

   Anonyme   
23/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Edit : pas envie de descendre tout au fond pour coller l'édit, y a plus de lumière et après j'ai peur. Donc, apparemment, pour l'histoire de la vue, ben il voit pas mais il "voit" quand même l'image de l'infirmière, grâce à des pixels paraît-il. M'en demandez pas plus, chuis pas technicien, mais apparemment c'est possible, donc mon paragraphe sur le droit à l'image est à oublier. (m'en fous, je l'aurai un jour, je l'aurai !)

Bonjour,

allez, c'est mon premier commentaire public d'un de tes textes, j'ai longtemps hésité, mais bon, c'est Noël alors tout est permis...

Bon, soyons sérieux : j'ai beaucoup aimé la première partie, énigmatique mais ouvrant à plein d'interprétations. Moi, j'y voyais un auteur prisonnier de ses mots et incapable de vivre dans le monde réel et ça me plaisait tout à fait, mais, mais... tu as voulu continuer et là, l'enchantement a cessé au profit de la narration d'un fait divers assez récent et j'avoue que là, j'adhère beaucoup moins.

Tu as essayé par deux fois de communiquer le choc qu'a dû être pour cet homme la prise de conscience de son état a priori définitif, mais en toute franchise, je suis resté au bord. Je veux bien que le temps ait adouci la terreur qui a dû le saisir, mais en dehors des flots de larmes, je n'en ai pas perçu grand-chose. Je me doute que tu n'as pas voulu tomber dans le pathos, mais quand même, c'est tellement trop, on ne sent pas la folie qui a dû le guetter, la rage, le désespoir, tout ça, tu l’évacues en quelques lignes, comme si de rien n’était !!! ou alors, il fallait choisir un angle définitivement froid, clinique qui aurait rendu la narration glaçante. Je pense que ton indécision te dessert dans la transmission de ses émotions.

Bon, en même temps, t'as pas de bol, je suis resté bloqué sur "Johnny s'en va-t-en guerre" alors, forcément, question narration d'une telle terreur, difficile de se mettre sur les rangs. Et je reste aussi dubitatif sur le côté « bonne nouvelle » que tout le monde, toi y compris à travers ton narrateur, a l’air d’accorder à la prise de conscience qu’il entendait car tout de même, il reste totalement prisonnier cet homme non, le fait de communiquer va à ce point lui redonner le goût de vivre ? sais pas, c’est personnel bien sûr, mais je reste sceptique…

Et puis, la réaction du médecin, là en revanche, franchement, tu le vois pleurer toi ? moi oui, dans une série télé, mais là non, pas du tout. Et je me serais bien passé aussi de la critique implicite si convenue des médias et du monde actuel, franchement le sujet était assez fort en soi pour éviter ça.

Et puis, et puis, y a un truc qui me chiffonne vraiment : toute la nouvelle, on croit qu'il ne fait plus qu'entendre, qu'il ne voit pas. Or il voit ! et ça, c'est un méchant manque dans ta nouvelle, car comment peux-tu passer cet élément si important pour ce mec sous silence. Imagine : il voit, 'tain ! il voit les infirmières qui se penchent sur lui, il voit sa femme, ses parents et on n’a droit à aucun commentaire là-dessus, alors que tu nous en fais des tonnes (et à raison) sur ce qu'il entend !!! Là, franchement, y a un énorme raté que t'as intérêt de rattraper fissa car ton texte reste quand même tout à fait honorable (hormis un "hymen" assez guindé qui m'a écroulé de rire et un "mais finie par le pouvoir de mes pensées" que je trouve assez maladroit).

Oui, parce que quand même, y a une chose qu’il ne faut pas oublier avec ce genre de textes : quand on disserte autant sur le fond, c’est souvent que la forme tient le choc et il ne me paraît pas inutile de le rappeler encore une fois.

Ben voilà mon premier commentaire officiel d’un de tes textes. J’ai survécu, et toi aussi j’espère !
Amicalement, Jph.

   jamesbebeart   
23/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Jaimme,

Au début du récit, j'ai pensé à un chat -j'aurais tant voulu qu ce soit un chat ! - Ensuite tout s'éclaire, enfin progressivement, conduite d'une histoire parfaitement menée, follement romanesque dans un monde d'aujourd'hui où la communication tente de survivre par pixels interposés...Phrases taillées à coups de serpe où toute élocution s'avère difficile. Merci pour cette lecture. Au fait j'ai bien connu Sarah (Vigott), Alphonse Allais me l'a présenté...

   Cortese   
23/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Incroyable ! Ca fait un peu plus de 15 jours que je pense écrire une nouvelle sur cette histoire, et tu l'as fait... C'est passionnant, bien écrit, pas trop long à démarrer. J'admire d'autant plus que je tourne ça dans ma tête ces derniers temps, et que le pari était risqué.
Bref, je suis emballée, et un peu jalouse aussi, forcément :-)
Bravo et merci pour cette lecture !

   Perle-Hingaud   
23/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour…
Commentaires au fil de la seconde lecture :
« Chaque réveil, je pars vérifier. » Bonne accroche. Partons donc… « des enjambées de plus de 4 mètres » : diantre !
L’intérêt est là, en trois phrases : on ne sait ni qui, ni quoi, ni où, mais c’est clair, il va se passer quelque chose d’inhabituel.
La première force de cette nouvelle est là : l’auteur sait nous attirer dans ses filets. On hésite, animal, homme, mutant… l’auteur sort-il d’un film de SF à gros budget ? Inutile de dépenser des millions, on « voit » la scène tout en ignorant tout du narrateur.
(Le mot « paradoxalement » ne me parait pas adapté à la poésie de ce passage).
Un personnage intervient, mais immédiatement on nous fait comprendre qu’elle n’est qu’imaginée. Un phantasme d’écrivain? Pendant un long paragraphe, on y croit. Le vocabulaire change de registre, plus technique, banal.
Jusqu’à la toilette quotidienne : ok, on a compris.
A partir de ce point, tout est clair. C’est une nouvelle histoire.
« J’ai eu un AVC » : pas très heureux. Je ne sais pas, cela sonne un peu artificiel, non ?
J’aime particulièrement le décompte du temps qui passe, le savant calcul du temps de présence de chaque infirmière : cela parait tellement « juste ». A quoi d’autre se raccrocher ? Un tel enfermement ne conduit-il pas à une sorte d’autisme, une litanie de comptages pour ne pas sombrer dans la folie ?
« Emplie du pouvoir de mes pensées. Mais finie par le pouvoir de mes pensées » : très … chouette.
L’analyse comme explication de la bonne santé mentale du patient : excellent et si drôle à la fois… les psys seraient heureux de lire cela !
Retour à Sarah : je ne vois pas trop pourquoi, le sujet semble épuisé… tu appuies un peu trop sur le prénom. Je comprends que c’est pour amener la suite, mais… cela me parait sans lien avec le paragraphe suivant, si intelligent. On revient encore à Sarah, cette fois-ci c’est plus naturel : je crois que je supprimerais les lignes précédentes (de « et je ferais venir » à « même pas germer »).
Bon, l’encéphalo qui tressaille au prénom de l’aimée… un peu fleur bleue, non ? Pourquoi pas ? J’aurais préféré une autre mise en scène, je ne sais pas, un pur hasard, ou bien l’évocation de sa femme, de sa mère… Maintenant, c’est pas moi l’auteur, hein ?
Après : tout roule. J’ai bien aimé la touche d’humour (le crétin qui demande un sourire pour la caméra).
Oui, la deuxième force de cette nouvelle, c’est son écriture. Il n’y a pas que l’histoire, bouleversante, il y a aussi les mots pour la raconter, si justes.
Une lecture captivante.
PS : je ne mets pas plus parce que je crois que Jaimme écrira encore mieux, je me garde de la marge…

   thea   
24/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
ah j'ai beaucoup aimé...déroutant, insolite, l'auteur aime surprendre et j'aime cela - je pratique aussi - mais mon expérience de lecture est particulière, j'ai vécu à vif cette impossibilité de communiquer, l'envie de hurler, l'impression d'étouffer d'être là , à l'intérieur de soi même, et de ne pouvoir en sortir, sauf que moi , j'ai tous mes sens , j'ai donc transposer l'histoire et vécu une autre histoire, la même mais simplement dans la restriction d'une communication impossible...

et il y a Sarah, je souris parce que Sarah c'est déjà pour moi plus qu'un prénom..alors de le retrouver là!!

et puis il y a cette phrase magique, une phrase qu'on garde contre soi parce qu'elle est essentielle..

"Quand tout est possible, mais que rien ne l’est réellement… "
ah jaimme rien que pour cela merci....

le style est toujours là, parfois on s'égare un peu mais je crois que l'auteur le fait exprès!!

bref j'ai beaucoup aimé.

Théa

   Anonyme   
24/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut jaimme... Un sujet difficile, un monde inconnu sur lequel nous avons tous réfléchi un jour ou l'autre, réfléchi puis, volontairement et lâchement, mis de côté car cet état, entre coma végétatif et conscience minimale, bien sûr, nous effraie... Toi, tu as eu le courage et la manière de nous y amener et je dois avouer que, pour ma part, je n'en sors pas tout à fait indemne car ça m'amène à me poser certaines questions concernant une expérience familiale particulièrement douloureuse. Comme d'habitude j'ai été séduit par le style et cette écriture si particulière qui est la tienne. Sincèrement, merci pour ce texte hors du commun. Alex

   wancyrs   
25/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Comme je l,avais promis, je lis du Jaimme. La longueur de tes nouvelles m'avait toujours découragé, mais je me suis dit qu'il fallait se décider enfin, et quoi de plus bien que de le faire en une journée de Noël où tous ici doivent être en train de cuver le vin de la veille.

Je n'ai pas été séduit d'entrée de jeu, et ma note était déjà faite après les 5 premières minutes de lecture, ce sera un "Faible", parce que je ne comprenais pas à quoi rimait ce délire que je prenais pour du "remplissage".

Ensuite, la scène de la femme venant dire adieu et je comprends qu'il s'agit du délire d'un comateux, et là ça commence à devenir un peu plus interessant et je me pris de sympathie pour cet être enfermé dans son propre corps.

Ce n'est pas aisé de se livrer à ce genre d'exercice, à moins que l'on soit passé par un coma aussi, alors il n' y a pas vraiment de support pour noter un pareil texte, sur une échelle de 10 par exemple, on ne saurait dire 5, 6 7 ou 8 car ici, on est touché ou on ne l'est pas. Si au moins j'avais lu un autre de tes textes...

J'ai aimé, et je me suis mis à frissonner à l'idée d'être un jour dans une situation analogue, preuve que le récit a fait mouche.

Merci

Wan

   Anonyme   
27/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L'écriture est superbe.Les premières lignes donnent envie de lire la suite ...
j'aime le rythme tout au long de cette nouvelle. Le style et les mots nous font courir en nous interrogeant. Que fait-on là ? Qu'a-t-il à se cogner ainsi contre tout ce qui bouge ? pourquoi tourne-t-il en rond dans sa maison ? pourquoi ne peut-il pas atteindre Sarah ? Puis petit à petit on comprend que la maison c'est sa tête !
et là je dis bravo ! .
Le choix du sujet est très interessant. il m'est arrivé souvent de me poser la question sur les personnes dans le coma. Que vivaient-elles vraiment dans leur tête (seul lieu où elles peuvent peut être encore courir)? et dans leur corps devenu une prison? Je trouve que le texte rend particulierement bien cette monstruosité : être (mal)traité en objet, devenir le receptacle des soulagements des uns et des autres etc...ne pouvoir que pleurer ..
Seule petite remarque, qq longueurs avant de comprendre la situation de coma...Car il est difficile de percevoir pleinement la finesse de la description sans avoir compris qu'il s'agissait de qqun dans le coma.
bonne continuation

   Anonyme   
27/12/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Venue juste pour déballer mon cadeau auto-attribué, je repars aussitôt mais je ne pouvais plus attendre.

Commençons par le plus facile : l’exactitude dans les détails.
Le lock-in syndrome. L’état de conscience minimal. La prison à perpétuité. Tout est là. L’augmentation des périodes de sommeil, le score minimal à la Glasgow coma scale, la paralysie et l’absence de clignement des paupières, les capacités attentionnelles et cognitives réduites à un filet d’eau. C’est impeccable, jusqu'à la description de la méthode de communication.

Mais ce qui me touche ici c’est surtout la force que tu as donnée à l’esprit humain. Cet esprit qu’un rien parfois suffit à briser mais qui, paradoxalement, recèle des ressources inépuisables tant qu’il reste accroché à une étincelle d’espoir.
Car, on pourra dire ce que l’on voudra. Que de toute façon il n’avait pas le choix. Que même la dernière issue lui étant impossible il fallait bien qu’il se batte, je ne suis pas d’accord. Il aurait pu renoncer. S’il l’avait fait, il n’aurait jamais créé Sarah et l’évocation de son nom n’aurait pas provoqué l’agitation de ses synapses qui l’a rendu au monde.

J’aime beaucoup aussi le regard sans concession qu’il pose sur lui-même. N’empêche…Vingt ans d’introspections forcées c’est long. Long et radical même pour une cure analytique.

Mes entrailles ce sont nouées dès le troisième paragraphe. J’ai pensé à la Schizophrénie. Je n’étais pas tombée si loin au fond. Prisonnier d’un corps inerte ou d’un esprit brisé, la souffrance n’est pas moins grande.
J’ai trouvé l’image du fauve très bien choisie.

L’écriture est très belle. Belle, délicate et infiniment émouvante.

«En attendant ma Sarah, celle qui patiente dans sa robe de mousseline, à l’emplacement approximatif de mon cœur… »
« Quand tout est possible, mais que rien n’est réel.»
« Je n’aime pas trop en fait, je vais sous mon lit.»

Ces phrases là et toutes les autres, elles sont parfaites. Elles m’ont permis de découvrir avec lui sa maison enchantée « Emplie des pouvoirs de ses pensées. Mais finie par le pouvoir de ses pensées. ».
Grâce à elles, j’ai eu de vraies larmes dans les yeux quand les siens restaient secs. D’ailleurs « Vous êtes l’Obelix des potes de mes doigts » et « Ce putain d’chêne qui sautait toujours sa voisine » ont provoqué un drôle d’arc-en-ciel. Entre rire et larme.
Et puis ce super docteur a prononcé le nom de Sarah alors j’ai tout arrêté le temps d’une seconde, pour espérer un peu.

J’ai adoré la fin.
Mais il faut me le promettre : il va la trouver, n’est-ce pas, celle qui le regardera avec les yeux de l’amour ?

Merci, jaimme. Et cette fois je manque d’adverbe pour te dire à quel point.

   misumena   
1/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir, premier auteur de mon année (bon, il y a eu aussi Brétécher, mais on passe),

J'ai aimé cette maison enchantée, et comme d'habitude avec tes écrits, je me suis laissé emporter par la fluidité du style et les ruptures bien menées.

Pour les quelques "défauts" (tu me pardonneras l'absence d'analyse du style), voici ce qui m'a gênée :

- Les larmes du médecin et le monologue qui les accompagne sonnent un peu faux à mes oreilles qui traînent dans des services hospitaliers d'immobilité forcée.

- Voir ou ne pas voir, telle est la question... qui n'en est pas une, puisque revenant sur le texte, j'ai compris que le héros était devenu le sujet d'expérimentations en tout genre... qui lui permettront au même titre que son imagination limitée, la frustration : si Sarah (le prénom de la voix que je n'aurai jamais, pour moi aussi, plus qu'un prénom) existe, ce ne sera pas pour lui. Comme dans ses songes.
Conclusion : quel que soit notre niveau de conscience, le rêve est nécessaire à la vie et nous protège de la folie. Vache, 2010 commence fort, je minablement philosophe.

Merci pour ton texte, Jaimme.

En vrac encore (2010 a commencé alcoolisé) et pas forcément pour ta gouverne, mais d'une manière générale : certes, les personnes atteintes de locked-in-syndrom entendent souvent... mais pas toujours... et surtout, entendre n'est pas comprendre. (tout dépend de l'étiologie). On peut alors imaginer pire, bien pire que cette nouvelle, mais je laisse cela à 2011.

   Lhirondelle   
3/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Jaimme

J'ai d'abord cru à un rituel imagé d'enfant se sentant si petit dans un monde parfois effrayant et essayant de le parcourir de part en part cependant, en évitant les obstacles... un enfant qui joue à se faire peur... (on a tous fait cela je pense, enfin, moi... oui). Et partant, j'ai été "engloutie" par la lecture de ton récit... Secouée aussi quand l'intrigue dévoile le pourquoi du délire de ces parcours et rituels absurdes. Puis secouée en tant qu'adulte qui, a contrario, retrouve des peurs bien ancrées dans le monde réel et ne peut se raccrocher à un quelconque jeu.
Une intrigue bien menée qui ne peut me laisser indifférente, avec toujours cette fluidité d'écriture que j'admire chez toi.
Merci pour cela

Bonne année à toi
Amicalement

L'hirondelle

   Anonyme   
5/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
comme Vazipepe, au début je pensais que le personnage était un chat, au fur et à mesure je me suis plongée totalement dans la lecture, ton texte est fluide, espacé, ce que j'apprécie car j'ai un peu de mal à rentrer dans un texte "serré", ici ça respire.
au départ je me suis posée la question sur la personnalité du personnage, au premier abord assez loufoque, et de plus en plus, ton personnage m'a touché...et frissonné.
un drame, une réalité que tu as si bien transcrit, sans tomber dans le larmoyant, on passe du rêve à un réveille qu'on ne peut décrire, ni comprendre, le miracle.

une lecture vivante, qui coule, et beaucoup d'émotion, d'autant plus qu'il est inspiré de fait réel.

   Filipo   
8/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

J'ai beaucoup aimé la façon dont tu traites ton sujet. Cette façon de nous noyer, de nous envoyer sur de fausses pistes, de déployer ton petit théâtre de l'absurde. Je me suis d'autant plus laissé prendre au plaisir de cette lecture que je me suis un temps intéressé à ce sujet (voir le texte "Le grand Voyage"). Ici, le traitement est très efficace, passant du poétique au très technique, avec bonheur.

Merci pour ce bon moment de lecture !

   Marite   
8/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai lu et relu cette nouvelle qui m'a intéressée mais aussi attristée. Cet enfermement du narrateur dans "sa maison-corps" durant le comas m'intrigue.
Pourtant il dit bien qu'il peut faire des choses extraordinaires:
"des foulées immenses... des enjambées de quatres mètres... des bonds gigantesques... toujours en pleine forme... impression de puissance... sentiment d'immortalité...patiner sur l'eau d'un lac..." N'est-ce pas ce que l'on aimerait pouvoir faire parfois?

Il reste très "humain-physique" dans son état. Peut-être est-ce
le désert affectif qui règne autour de lui qui en est la principale cause. Très seul, il semble qu'il n'arrive pas à se libérer de ses anciennes peurs qui l'emprisonnent.

J'aurais aimé que soit expliqué le choix du prénom de Sarah
ainsi que la réactivité qu'il provoque. Ne s'agirait-il pas
d'un évènement passé mal vécu qui ressurgit?
Chaque fois que j'ai lu cette nouvelle les mots ont glissé sans heurt alors je crois que cette une très bonne écriture. Voilà Jaimme ce que j'ai ressenti après cette lecture, essentiellement sur le fond, mais, sur un thème si délicat à aborder, tout ceci est très subjectif. Merci Jaimme car c'est une belle histoire malgré tout.

   Anonyme   
14/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
D'abord, je me suis dit : il y a du "too much" dans ce récit. La première partie, excellente mais trop longue à mon goût ; les larmes du médecin, qui me paraissent peu vraisemblables ; et la brièveté de ce partiel retour à la vie du patient, à peine effleuré en quelques lignes.
Puis, j'ai compris que c'était (à coup sûr) voulu. Que l'univers personnel que s'était construit cet homme, aussi incomplet et frustrant qu'il puisse être, était pourtant beaucoup plus riche et passionnant que ce qu'il retrouve ensuite. Il ne s'émerveille plus. Il lui manque Sarah, notamment.
Donc, effet réussi.
Un récit extrêmement bien mené, bien construit dans sa progression, et qui m'a émue.
Merci Jaimme.

   Napthaline   
24/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Oui, je sais, j'arrive trois heures après la bataille, mais j'ai très peu de temps pour venir flâner sur Oniris en ce moment, donc, puisque j'y suis, j'en profite pour laisser un commentaire sur ce texte.
La première phrase m'a fait l'effet d'un hameçon. Et je dois dire que j'ai mordu à l'appât ! J'ai été immédiatement emportée dans le tourbillon de cette course folle, sans but, ce rituel dont on se demande bien à quoi il peut correspondre, cette "habitude qui crée l'assurance fallacieuse de pouvoir recommencer", et qui met d'emblée mal à l'aise, même s'il y a quelque chose de l'ordre du jeu bien sûr. Pour ne pas sombrer, il faut "jouer", s'inventer des ennemis reptiliens qu'on tapote sur la tête ou dont on taquine les crocs. Croire qu'on peut dominer les choses, lorsqu'on a perdu tout pouvoir sur la vie et sur son propre corps. Se donner "un sentiment d'immortalité" et se leurrer à croire "que tout est possible quand rien ne l'est vraiment". Pour arrêter de pleurer, car "pleurer sans larme est un enfer que je n'imaginais même pas."
Bon, je ne vais pas faire ici la liste de tout ce que j'ai aimé, ce serait trop long. Mais j'ai trouvé que se sortir ainsi d'un sujet aussi casse-gueule, c'était du grand art. Et le fait de révéler assez vite qu'il s'agit d'un locked-in syndrome n'affaiblit pas le propos, au contraire, il le renforce, en faisant naître l'empathie du lecteur (enfin, la mienne en tout cas). J'ai eu envie d'en savoir plus, de savoir comment il pouvait vivre avec "ça", comment il pouvait s'en accomoder, sans devenir complètement barjo.
Bref, je n'ai trouvé ni longueur ni maladresse. Je me suis laissé porter par l'émotion et l'humour, et la fin qui introduit une petite lueur d'espoir dans ce drame (car pouvoir communiquer reste quand même une fonction vitale dans la vie, non ?)
Merci pour cette lecture. J'M !

   Anonyme   
27/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Pour faire court! J'ai vraiment aimé, on n'a jamais envie de décrocher de ce délire. j'ai aimé beaucoup et j'ai du mal à dire pourquoi. Le titre représente très bien le texte et en le lisant j'avais déjà envie de rentrer dedans.

Mon train arrive en gare, je dois y aller.

Fine

   marogne   
3/3/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Une vie dans le coma plus dynamique que les rencontres avec Vauban ou Verne, et qui ne se termine pas aussi bien, sans doute l’amour manquait ici. Un thème qui revient donc souvent, peur du vide, refus d’accepter qu’un corps ne puisse être qu’une mécanique sans âme, ?

Une exploration donc ici qui ne me semble pas apporter quelque chose de vraiment neuf au sujet, et qui ainsi, en tout cas pour moi, dure un peu trop longtemps, et la chute ne permet pas, en rationalisant à l’extrême tout ce qui précède, de raviver l’intérêt du lecteur. Si cela avait été pour discuter « médecine », alors peut être, mais dans ce cas il n’était pas forcement nécessaire d’avoir recours à la fiction ?

Donc in fine, j’ai pas vraiment accroché, ni au texte ni au message. Une autre fois peut être ?

   Flupke   
18/4/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Même si c'est accessoire, j'apprécie la vitesse de réaction à l'info dans le cas présent.
On sent l'esprit qui s'enflamme facilement en écoutant les titres, l'aisance créative.
Ce qui m'a vraiment impressionné c'est la manière avec laquelle tu as essayé d'imaginer la vie intérieure du patient.
Exercice très réussi de mon point de vue.
Un détail, si titre en deux phrases, ne faudrait-il pas un point à la fin de la deuxième ?
En tout cas, pour l'ensemble : Chapeau bas !

   placebo   
27/4/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
quelques phrases que je n'ai pas comprises :
- ''quand j'ai fini la première très longue''
- ''annoncé son hymen'' apparemment d''autres ont compris :)


- ''je rentre à ma chambre'' moyen, pour faire un parallèle avec je rentre à la maison?
- ''dans une conversation entre elles'' -> dans une de leurs conversations?

il m'a semblé que la chronologie était un peu distordue : il commence par l'extérieur de la maison, mais plus loin il commence aussi par Sarah, non?


bon, passons au fond. J'ai vraiment, vraiment apprécié la première partie. Vues toutes les actions de ce narrateur, il devient très vite pour moi une sorte de fou, qui se construit son monde -> schizophrène comme quelqu'un l'a dit. Il explore sa jungle intérieure, qui est également une ville immense, aux égouts sombres et au ciel ouvert... de la féérie avec sa dose de malsain, comme lors de la scène érotique, ça m'a parlé.

la deuxième, beaucoup moins. D'abord la formulation est un peu lourde : tu t'assures qu'on a bien compris, c'était assez explicite pour moi. Le comportement du médecin m'a semblé bizarre, surjoué, et la fin ne m'a pas plus touché que ça. D'autres ont remarqué le problème de la vue, pour moi il ne voyait pas du tout, bon...

bonne continuation,
placebo

   Anonyme   
10/5/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Qu'on dise ce qu'on veux, que je ne suis qu'une pauvre débutante au moment où je poste ce commentaire ou autre, mais pour ma part; j'ai beaucoup aimé cette petite nouvelle!

Le monde intérieur du patient m'a rendu perplexe autant qu'il m'a enchanté; il avait l'air irréel; l'état qu'aurait pu avoir Dieu s'il n'était parvenu à créer les Hommes. Il s'ennuie, il se leurre, il s'endort. Au final, comme les vivants, ceux qui ont les pleines mesures de leurs membres, j'entend, il ne trouve de véritable repos que dans l'inconscience. On s'imagine qu'il serait paradisiaque de vivre dans un monde que l'on aurait façonné, et bien ta nouvelle nous fait entrevoir que ce n'est pas la vie en rose!!!

Il est vrai que par la suite, quand tout redevient terre à terre, j'ai eu du mal à poursuivre le rêve, sans pour autant que sa vie ne me désintéresse totalement ce n'est pas vraiment ce que je m'attendais à trouver. (En même temps, me dira-t-on, le but d'une nouvelle reste de surprendre! Si on s'attendait à tout on ne lirait pas...) Mais bon, je n'ai pas trop apprécié la partie où il racontait sa vie; les autres humains ressemblent à des êtres tout droit sortie... d'un feuilleton télé réalité, ou autre! Peut être que c'est fait exprès, que ça prouve qu'il influe finalement, dans son enfermement, sur le réel, en le simplifiant, peut-être, mais je pense que cela fait disparaître un peu de profondeur au texte....

En faite, avec du recul, ce qui m'a gêné, c'est que j'ai du mal à comprendre comment, sa perception de la réalité qu'il entend n'est pas devenue elle-même une extension de sa folie, ou bien, que justement, il n'y ait pas céder à sa folie. J'ai beau m'imaginer dans son cas, j'ai dû mal à me dire que je me contenterais de me résigner, que compter, ou me suicider en pensée, suffirait. Soit le héros est bien plus fort que moi (et ce n'est pas dur! En plus, c'est ce qu'il fait qu'il est un héros). C'est vrai que, fofolle que je suis, je redemandais de l'absurde!

La fin, me laisse mitigé. J'entrevois un peu de folie dans le fait qu'il n'ait toujours pas abandonné son choix de ramener Sarah dans son monde, alors qu'il n'est toujours pas sorti du comas...
D'un autre côté, la partie communication sur internet, interview télévisé, etc, le déshumanise totalement. Il perd de son charme, de sa force, en quittant le monde de son cerveau; il devient un simple produit médiatique un peu curieux... . En résumé, je trouve la fin assez cynique.

Merci pour cette nouvelle.

   Bidis   
13/7/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Epoustouflant !

Faut-il vraiment commenter, dire autre chose ? Il doit y avoir des lacunes ou autres petites choses, c'est possible, mais je ne les ai pas remarquées.

J'ai été tout à fait scotchée.

   Azurelle   
24/9/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Super, toute cette tension, cette attente, ce rythme et toutefois cette lenteur, de nombreux contraires se mélangent dont celui du mouvement et de l'immobilité. Chef d'orchestre à quand le prochain mouvement ? Je vous suivrai ;) Ce qui est fascinant c'est qu'à l'image du médecin on cherche à connaître ce patient et quelque part à le faire sortir de ce coma en progressant dans l'histoire. Franchement beau boulot ^^

   caillouq   
18/10/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Intéressant, ces réponses à la question: comment vit-on le lock-in de l'intérieur ? Pas de pathos. Moins insoutenable que "Johnny s'en va-t-en guerre" ; de toutes façons il est assez peu envisageable d'envisager que quelqu'un puisse faire pire. Si on accepte l'a priori optimiste (avec en particulier l'oubli total des notions de douleur), le texte est assez convaincant. J'aime beaucoup, en particulier, les considérations sur le fait qu'on ne peut reconstituer mentalement qu'une sensation à la fois (l'aile ou la cuisse ...). Même si on peut supposer qu'un locked-in s'entraînant entre dix et vingt heures par jours devrait pouvoir développer des capacités supérieures aux nôtres dans ce domaine - la plasticité du cerveau humain ... Le style ? Les phrases très courtes sont suffisamment entrelardées d'autres plus longues, ce qui permet de varier le rythme et rend la lecture agréable. Le passge que je n'ai pas trouvé très convaincant est le monologue de la femme qui le quitte. Vu le personnage, on peut s'étonner non pas qu'elle lui rende une dernière visite (ça peut avoir une signification sociale), mais qu'elle s'embête à lui parler. Les deux dernières lignes, aussi, sont un peu surprenantes après la normalisation du happy end (à mettre avec tous les guillemets qu'on veut) final.
Sinon, encore une fois, un texte intéressant sur un sujet fort. Un texte qui me restera, parce qu'ils donne sur l'imagination (le processus) un point de vue pas trivial. Et j'adore la poésie du titre.

   Anonyme   
1/1/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une bien jolie histoire. Je me suis tout de suite demandée si elle ne collerait pas aussi à la catégorie fantastique, même si à l'évidence elle est sentimentale. Une léthargie donc, puis un réveil. Un mélange de l'imaginaire et d'un fait réel. Une transposition peut-être. Se réfugier dans ses rêves aura permis à cet homme de vivre une réalité difficile.

"Quand tout est possible, mais que rien ne l’est réellement…

Je me lasse de tout, très rapidement.

Je crée des conversations mais je construis les réponses. Mes livres, dont je me rappelle au mieux les dix dernières pages, ne sont lus par personne ou par des lecteurs qui n’en diront que ce que je suis capable de dire moi-même."

Une histoire d'enfermement, de tristesse, une histoire triste qui se solde par un réveil salutaire, une vie nouvelle, vraie. Alors, il ne s'agit plus d'une histoire fantastique mais bien d'une histoire sentimentale.

   rmfl   
19/11/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
"Enchantée" quelle humour! mais qui sait...pour celui qui est de l'autre côté.
cette nouvelle m'a émue, au début je me suis dit." ah, on a à faire à une neurose profonde!
mais non, seulement une méconnaissance de ce monde du "profond sommeil"

Bien fait, bien construit et intéressant. J'ai eu plaisir.

   matcauth   
20/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour !

Je ne savais pas par où commencer, tu as beaucoup de talent pour trouver des titres, et un titre, c'est fou comme c'est important. Celui-ci est fin, il dit peu, pas trop, pas trop peu. Ah !

J'ai lu les autres commentaires, on peut éventuellement te reprocher, ça et là, le côté patho. Mais cela tient quand même au sujet traité, plus qu'au traitement.

Car pour le traitement, justement, il y a d'autres dimensions explorées, cela dédouane du patho, je trouve. Les voyages, un côté merveilleux dans les explorations du narrateur, la jolie infirmière...

Et je trouve intéressant ce souci de toujours relancer, par des petites exclamations, et surtout des dialogues, le texte. Car on pourrait vite tomber dans l'ennui mais non, tu t'occupes bien du lecteur, tu penses à lui.

Penser aussi à des choses bêtes comme la souffrance du narrateur... de na pas pouvoir souffrir. C'est idiot mais bien vu !

Bon, l'épisode avec sa femme qui n'en a plus rien à fiche de lui, bon, sans plus. Mais ça aurait été difficile de ne pas l'évoquer, quand même.

Et puis, pour finir, j'aime le ton global du texte. Le narrateur a ses émotions qui sont étouffées par sa situation, et cela se ressent dans l'écriture, je trouve ça intéressant, car on aurait pu te taxer d'auteur ennuyeux, mais non, le ton est juste, de manière à ce qu'on comprenne parfaitement que ce côté "lisse" fait partie du scénario.


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