Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Science-fiction
Jedediah : L'excursion
 Publié le 04/03/12  -  8 commentaires  -  17607 caractères  -  93 lectures    Autres textes du même auteur

Explication d'un paradoxe.


L'excursion


La camionnette avalait l’asphalte depuis des heures ; son vrombissement paisible et régulier nous berçait agréablement, lorsqu’un bolide italien surgi de nulle part nous doubla dans un puissant grondement de moteur.


– Encore un fou du volant… s’exaspéra papa.


La seconde d'après, la Ferrari emboutissait un deux-roues par l’arrière.

Un semi-remorque, qui roulait beaucoup trop près de la moto, effectua un freinage d’urgence et serra brusquement à droite.


Mais, déjà, il était trop tard.


Le camion vint s’encastrer dans la glissière de sécurité puis se rangea en travers de la route dans un grincement de ferraille épouvantable.


– Accroche-toi, fiston ! hurla papa de tous ses poumons.


L’instant suivant, un voile sombre s’abattit sur le monde.



***



– Sébastien ! Tout va bien ?


La lumière crue et puissante des néons me ramena brusquement à la réalité, tandis qu’autour de moi mes draps s’étaient emmêlés, moites de sueur.


– Hein… Quoi… Hugues ? Qu’est-ce qu’il se passe ?

– À toi de me le dire, vieux. Je t’ai entendu crier comme un demeuré, alors je suis entré. Rassure-moi, c’est quand même pas ce que tu as vu hier qui te met dans cet état ?

– De quoi tu parles ? Ah oui, ça… Non, tout m’a paru normal… enfin, presque. Tu vois ce que je veux dire.

– D’accord. Si vraiment tu ne te sens pas capable d’y aller… On peut remettre ça à plus tard.

– Non, tu sais bien que non. On avait dit neuf heures pile.

– Comme tu voudras. À ce propos, tu devrais te préparer, l’aube va bientôt se lever.


Hugues me laissa seul un instant, le temps pour moi de me glisser sous la douche et de laisser s’évanouir les dernières bribes de sommeil.

Je n’avais pas refait pareil cauchemar depuis des années. Pourquoi diable cela me reprenait-il aujourd’hui ?


Mon père était mort au cours d’un carambolage sur une autoroute ; j’en étais moi-même ressorti physiquement indemne, mais émotionnellement très affecté. Je n’étais qu’un enfant à l’époque, et toute mon adolescence il m’avait semblé porter le poids de ce souvenir. Le syndrome du survivant, ou quelque chose comme ça.


Mais j’étais passé à autre chose.


Vraiment ? Et pourquoi t’être porté volontaire à ce foutu projet, alors ? Pour le salaire uniquement ?


– Assez ! criai-je comme pour moi-même.


Le pommeau de douche m’échappa des mains. En me baissant pour le ramasser, je sentis une douce vague de quiétude m’envahir, et je me surpris à rire de ma propre bêtise.

Tout ceci n’avait aucune importance. La perspective de l’expérience me rendait fébrile, voilà tout ; mes vieux démons en avaient profité pour refaire surface.


L’expérience ! Parlons-en.


Je n’étais moi-même qu’un simple cobaye en bonne condition physique, nullement un éminent scientifique. Cependant, j’avais compris l’essentiel.

Les voyages dans le temps, ces vieux fantasmes de l’humanité, étaient devenus une réalité ! Toutefois, aucun être humain n’avait encore franchi le pas.


Car il y avait un hic : en ouvrant les portes du passé, un éventuel voyageur se trouvait confronté à une situation inédite, qui n’obéissait à aucune logique apparente.


Pendant longtemps, les physiciens avaient supposé qu’un sujet qui remontait le temps vivait alors dans une autre dimension, parallèle à la nôtre et composée de sa propre chaîne d’événements.

C’était alors le seul scénario permettant d’élucider le paradoxe du type s’en allant tuer son grand-père dans le berceau.


Mais cette théorie des univers parallèles était chaque jour mise un peu plus à mal. Les objets et les animaux que l’on renvoyait quelques heures en arrière n’étaient pas simplement engloutis dans une autre réalité… Ils se matérialisaient devant nous à l’heure exacte qui avait été programmée, avant même d’être partis !


– Sébastien, tu es prêt ? interrogea Hugues à travers la porte.

– Oui, j’arrive dans cinq minutes. Laisse-moi juste le temps de me raser, d’accord ?

– OK, mais ne traîne pas trop. Tu es censé partir à neuf heures pétantes, n’est-ce pas ?

– Si je prenais le moindre retard, tu sais comme moi que la théorie des dimensions multiples serait validée malgré tout, n’est-ce pas ?


Hugues y avait sans doute déjà réfléchi. Pourtant, je le sentis se renfrogner avant d’acquiescer :


– Oui, tu as sans doute raison. Mais si je te demande ça, c’est sur ordre de Fettel.


Fettel.


Un véritable savant fou, partisan jusqu’au bout d’un univers construit comme un cours d’eau sans le moindre affluent. Pour Fettel, le passé était le passé, et les dimensions parallèles de jolis contes de fées. Point barre. Ce type méprisait de surcroît quiconque osait le contredire.


Mais depuis hier soir, Fettel fulminait comme un tigre affamé en cage.

L’expérience – ou plutôt la première partie de l’expérience – avait laissé interdit plus d’un scientifique et avait soulevé bien plus d’interrogations qu’elle n’avait apporté de réponses.


Tandis qu’avec le reste de l’équipe, j’égrenais les secondes derrière la vitre qui nous séparait du laboratoire, nul n’aurait pu prédire ce qui allait arriver.


Soudain, j’étais apparu. Surgi du néant, ou presque, je m’étais matérialisé dans la cabine d'excursion temporelle.

J’en étais sorti lentement, l’air hagard et le teint blême, mais en vie. Ma démarche était pataude et mes mouvements mal assurés, j’étais sans doute en proie à de puissants vertiges.

J’avais risqué un coup d’œil en direction de l’horloge murale puis sur ma montre à cristaux liquides, et avais levé le pouce pour signaler que le décalage horaire était conforme.


Pour finir, je m’étais avancé vers la rangée des observateurs.


Le protocole prévoyait qu’à ce moment-là, je ne prononce qu’un seul mot.


Blanc.


Après quoi j’étais censé gagner l’infirmerie, où le personnel médical devait s’assurer de mon intégrité physique et mentale.


Mais le hasard avait voulu que je croise mon propre regard à travers la vitre.

Mon « moi » du futur s’était raidi, avait écarté les lèvres… puis était demeuré parfaitement silencieux, la bouche bée comme s’il était en train de suffoquer, les yeux emplis de terreur.


Un véritable vent de panique avait soufflé sur la salle d’observation lorsque, à la stupeur générale, mon double s’était mis à sangloter et avait quitté la pièce sans mot dire.


Fettel en avait été fou de rage – il avait été à deux doigts d’étrangler quelqu’un – et dans sa fureur il avait voulu annuler toute l’opération, avant de comprendre comme moi que cela ne ferait qu’aller davantage à l’encontre de ses jolies convictions.


– Sébastien, tu es prêt, cette fois-ci ? s’impatienta Hugues.

– C’est bon, j’arrive ! grommelai-je.



***



Le docteur Fettel souriait.

En fait d’un sourire, c’était d’une grimace hideuse dont il s’agissait surtout. Son rictus épouvantable – sans parler de son allure efflanquée – lui conférait une certaine ressemblance avec Mr. Burns, le personnage mégalomane et machiavélique des Simpson.


Il avait tenu à me parler en tête-à-tête avant mon départ.

Et ce salopard avait le sourire aux lèvres. Pourtant, pas plus tard que la veille, j’avais fait capoter son expérience... et potentiellement foutu en l’air l’avenir du programme tout entier !


– Monsieur Le Marchand, m’annonça-t-il fièrement, aujourd’hui est un grand jour !

– Monsieur, n’était-ce pas plutôt hier ?


Fettel partit d’un petit rire qui se voulait discret mais que je trouvai méprisant.


– Certes. Toutefois, si l’on s’en tient à votre propre chronologie des événements, c’est bel et bien aujourd’hui que tout va basculer. Votre vie va s’en trouver bouleversée à tout jamais !


Un silence pesant s’ensuivit, et je commençai à me sentir vraiment embarrassé, lorsque Fettel fit preuve d’un comportement pour le moins inhabituel :


– Sébastien Le Marchand, je sais bien quel genre de place j’occupe dans votre estime. Vous ne voyez en moi qu’un ignoble scientifique, cartésien jusqu’au bout des ongles et rongé par ses convictions. Et vous n’avez pas tort.


Ce soudain changement d’attitude n’était pas pour me rassurer. Le visage de Fettel se radoucit cependant :


– Mais je ne suis pas un monstre, monsieur Le Marchand. Je vous ai fait venir ici car je tenais à vous souhaiter bon courage. En toute sincérité.


Devant mon air intrigué, le docteur poursuivit :


– Vous avez omis de nous communiquer certaines informations à votre propos en vous inscrivant au programme, voyez-vous. Je pensais – à tort – que votre seule motivation en rejoignant le projet était la prime qui vous était proposée. Le protocole m’interdit hélas de vous en dire plus pour l’instant, mais sachez que je suis sensible à votre situation... Nous aurons l’occasion d’en rediscuter.


Le visage de Fettel reprit bientôt son masque habituel, et au geste impatient qu’il manifesta en direction de la porte, je compris que mon entretien était terminé.



***



Ainsi, j’y étais.


La cabine d’excursion temporelle était un endroit spartiate et incroyablement chaud, qui ne souffrait pas un seul instant la comparaison avec le Tardis, la cabine téléphonique immortalisée par une célèbre émission de télé britannique.


Vu de l’intérieur, pourtant, rien ne laissait présager la fonction exacte de l’engin. Le sol et les parois formaient un ensemble parfaitement homogène. Ici, nul levier à manipuler, nul gros bouton rouge à actionner, nul agglomérat infini de câbles à démêler.

Seul trônait au plafond une sorte d’œil vert impénétrable, duquel émanait un bourdonnement sourd et continu, semblable au son produit par une ligne à haute tension.


Je n’étais pas claustrophobe ; pourtant je me sentais anxieux et aurais souhaité me retrouver à des années-lumière de cet endroit funèbre.


Les dernières paroles de Fettel résonnaient toujours dans ma tête, telle une litanie infernale.


Je tenais simplement à vous souhaiter bon courage.


Vous avez omis de nous communiquer certaines informations.


Bon sang, mais à quoi Fettel faisait-il allusion ?

S’agissait-il de mon père ? Cela avait-il un quelconque rapport avec le rêve que j’avais fait cette nuit ?


– Sébastien ? Tout va comme tu veux ? Ton rythme cardiaque s’affole un peu.


Hugues n’était qu’un simple technicien en qui j’accordais une confiance absolue, mais qui ignorait tout de mes tourments. Sa mission consistait à garder en permanence sinon un œil sur moi, tout au moins sur mes signes vitaux, retransmis jusqu’à son écran via un réseau d’électrodes disposées sur tout mon corps.


– Ce n’est rien. Juste un peu d’appréhension.

– Tout va bien se passer, inutile de t’en faire pour ça. D’ailleurs, c’est bon, tes valeurs se stabilisent... Est-ce que tu te sens prêt ? Je peux lancer la procédure de compte à rebours ?


Mon cœur se serra brièvement, mais les mots qui sortirent de ma bouche précédèrent ma pensée :


– On se retrouve de l’autre côté, vieux.



***



Noir.


Telle était la missive que l’on m’avait chargé de porter par-delà les abîmes du temps.

Si j’annonçais cette couleur quand bien même j’eusse scandé « Blanc » la première fois, cela signifierait qu’en voyageant dans le passé, je créais ma propre chaîne d’événements.


Sauf que je n’avais jamais prononcé le moindre mot la première fois ; tout juste avais-je émis quelques sanglots étouffés.


Mais cela importait peu : il me suffisait d’une seule parole, n’importe laquelle, pour déjouer le cours du temps... et combattre par la même occasion la doctrine de Fettel.



***



L’œil artificiel au-dessus de ma tête se revêtit d’une aura verdâtre et fantomatique, tandis que le grondement sourd redoublait d’intensité, à tel point que la cabine tout entière vibra bientôt comme le tambour d’une gigantesque machine à laver.

L’atmosphère se chargea d’électricité statique ; une odeur métallique assaillit mes narines.

Puis, comme si l’on avait ouvert une trappe sous mes pieds, j’éprouvai la soudaine sensation de chuter dans le vide.


La montée d’adrénaline qui suivit fut si brutale que j’en eus le cœur au bord des lèvres.

Alors que j’étais à deux doigts de vomir, la cabine fut réduite au silence et mes pieds retrouvèrent un sol qu’ils n’avaient jamais vraiment quitté.


L’œil artificiel s’était éteint ; la porte blindée se déverrouilla automatiquement.


Non, c’est impossible !


Le voyage n’avait duré que quelques dizaines de secondes tout au plus. Le processus avait-il été avorté, pour une raison ou pour une autre ?


Je fis un pas en dehors de la cabine. Puis un autre.

Ma démarche était maladroite et j’avançais lentement, tel un ivrogne après la fermeture des bars. L’angoisse pulsait à travers mes veines, mon cœur battait la chamade.


En levant les yeux, j’aperçus brièvement la large fenêtre qui me séparait des quelques spectateurs.


Puis je vis l’horloge murale.


21 : 02.


Ma montre indiquait 09 : 02.

J’avais fait un bond de 12 heures en arrière ; la machine temporelle avait parfaitement rempli son office.


Machinalement, je levai un pouce à l’attention des vagues silhouettes dont les figures se noyaient dans l’obscurité.


Noir.

Noir. N’oublie pas... n’oublie surtout pas de parler !


Tout en m’armant de courage, je me rapprochai péniblement de la large baie vitrée, bien décidé à affronter les multiples paires d’yeux qui étaient braquées sur moi.


Les rôles étaient maintenant inversés : l’un des hommes qui se tenaient confortablement assis derrière la glace était-il vraiment le même qui, 12 heures plus tôt, avait assisté, impuissant, à son propre échec ?


Noir !

Prononce-le !


Tandis que j’inspirais pour donner de l’ampleur à ma voix, mes yeux s’arrêtèrent sur un visage dont les traits m’étaient familiers.


Papa.


Je chancelai.

Quelque part dans mon esprit, quelque chose se rompit, définitivement.


C’était ridicule... parfaitement ridicule, mais le sentiment de dévastation qui déferla sous mon crâne me fit quasiment perdre la raison.


Je contemplais mon reflet chaque matin dans le miroir de la salle de bain ; cette fois-ci, pourtant, ce n’était pas moi que je voyais.


S’agissait-il d’une illusion d’optique provoquée par un reflet ? L’excursion avait-elle altéré mes sens par quelque phénomène resté inconnu ?


Pourtant, cela ne faisait aucun doute : depuis son allure émaciée jusqu’à ses yeux d’un bleu perle, en passant par l’expression profondément inquiète et pourtant emplie de bienveillance qui se dessinait sur son visage, c’était bel et bien à mon père que je faisais face.


D’abord, ce rêve... Ensuite, ce fantôme !


La sombre vérité s’abattit sur moi tel un couperet ; un frisson glacé me parcourut l’échine.


Si je m’étais porté volontaire pour un tel périple, ce n’était ni pour l’argent ni encore moins pour m’attirer la gloire et les honneurs.

J’avais été autrefois un adolescent dévoré par la culpabilité. Celle-ci sommeillait toujours en moi aujourd’hui. À vrai dire, elle n’avait jamais cessé de me ronger ; et je n’avais jamais cessé d’espérer.


Papa, comme j’aurais voulu revenir en arrière pour t’empêcher de prendre le volant ce jour-là !


Mais mon père ne reviendrait jamais d’entre les morts, car le passé était le passé, et cela était de la folie de croire que l’on pouvait changer l’ordre des choses.


Dans une dernière et vaine lueur d’espoir, ma bouche s’ouvrit lentement et je voulus prononcer le mot. Le mot salvateur. Noir.


Mais une main invisible, quelle qu’elle fût, enserra ma cage thoracique et me priva d’oxygène. Ma langue se changea aussitôt en pierre, puis ma gorge à son tour fut saisie de contractions, me coupant définitivement la respiration.


Je me retrouvai soudain aussi muet qu’une statue de pierre, la bouche bée d’horreur et l’esprit anéanti, en proie à une terreur épouvantable dont seule l’amnésie aurait eu le pouvoir de me délivrer.

Quelque chose agissait contre ma volonté, quelque chose m’empêchait de changer le cours du temps, car les lois qui régissaient ce monde étaient bien plus fondamentales et bien plus inébranlables que ne l’était mon libre arbitre.


Des pensées abominables me traversèrent l’esprit.


Si le passé était gravé dans le marbre, demeurais-je pour autant le maître de mon avenir ?


Mon père devait-il mourir ce jour-là ?

Était-ce sa destinée ?



***



La force qui s’exerçait contre ma poitrine relâcha son étreinte.

De l’air parvint enfin à s’échapper d’entre mes lèvres, mais mon souffle se mua en un sanglot étouffé.


Les contours du visage, de l’autre côté de la vitre, m’apparurent bientôt comme au travers d’un kaléidoscope tandis que mes yeux se gorgeaient de larmes.


Fettel, en fin de compte, avait vu juste sur toute la ligne.

Mais lui-même n’avait pu envisager toutes les terribles conséquences que sa théorie impliquait, craignant sans doute d’y perdre la raison.


Considérant que le passé est immuable, et dès lors qu’il devient possible de l’explorer, notre existence n’est guère plus qu’une mécanique bien huilée qui ne laisse aucune place au hasard.


Mon père n’avait jamais eu la véritable intention de m’emmener faire un tour en camionnette ; cette décision, comme toutes les autres, ne lui appartenait pas.


Le libre arbitre n’est qu’une douce chimère.


Le passé est le passé, et l’avenir est un long passé dont nous sommes les spectateurs inconscients.



 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   socque   
12/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Jolie conclusion, et la démonstration, pour moi, est convaincante... cela dit, j'ai trouvé l'exposition un peu brouillonne. Ainsi, si je peux comprendre que, après que le narrateur s'est vu incapable de prononcer un mot, il tienne lors de son voyage à dire quelque chose pour briser cette oppression de la causalité qui constitue la question centrale du texte, je m'explique mal que, dès le retour du narrateur en arrière, Fettel soit furieux qu'il n'ait rien dit. Ou alors, c'est parce qu'il avait prévu de donner pour instructions au narrateur de prononcer "Noir" en arrivant : comme celui-ci ne dit rien, cela semble conforter la notion d'univers multiples à laquelle Fettel est opposé.
Si c'est bien cela, je trouve que le texte ne l'explicite pas suffisamment.
Par ailleurs, je ne vois pas l'utilité des paroles mystérieuses de Fettel au narrateur juste avant son départ ; dans la logique du texte, qu'est-ce qui peut amener le scientifique à parler ainsi ? Et dans sa dynamique, cela ne me paraît pas indispensable non plus : l'effondrement du narrateur s'explique très bien sans.

En bref, je trouve l'idée bonne mais pas assez clairement dégagée dans la narration ; le déroulement n'est pas simple à débrouiller, même pour l'amatrice de science-fiction que je suis.
J'ai bien aimé la manière dont le texte est construit : l'explication du projet n'est pas donnée de manière trop didactique et raide, mais on est amené à la comprendre peu à peu au travers des interactions des personnages. C'est une bonne chose mais, comme j'ai dit, les enjeux de l'expérience m'ont paru un peu flous. Le dosage est toujours délicat en science-fiction, entre la clarté de la situation et l'écueil d'expliquer de manière trop voyante... Un bon texte au total, pour moi.

   matcauth   
16/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien
S'attaquer au paradoxe temporel, voilà un ambitieux projet!

Néanmoins il me semble assez réussi ici, à part peut être la fin où vous semblez avoir peur de ne pas avoir passé le message avec suffisamment de clarté.

Ce qui est bien dans cette histoire, bien écrite et avec en fait une écriture très simple, c'est que vous apportez un plus, vous nous emmenez là où on ne s'attend pas. L'allure très lente de l'histoire peu plaire ou déplaire, le manque de science fiction (du style : youpi, je suis retourné au temps des dinosaures ou de Charlemagne ! vite, une photo !) aussi. Mais c'est pour mieux servir un message, simple, concret, réaliste.


La vraie déception, finalement, vient du message : alors tout est écrit? aïe, quelle désillusion!

   costic   
24/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Une certaine confusion à lire ce texte dont je n’ai pas vraiment compris les tenants et les aboutissants, mais en tant que fan inconditionnelle de docteur who, j’ai tendance à accepter sans tergiverser les voyages dans le temps, cependant je note un certain manque de clarté dans le fil du récit., en particulier dans sa conclusion. J'aime beaucoup l'idée d'une excursion dans le temps. Excursion dont j'attendais sans doute plus de légèreté et plus de clarté.
A l’image de « Tu vois ce que je veux dire. » en début de dialogue, je n’ai pas vraiment vu, mais l’idée reste intéressante, à éclaircir donc…

   Anonyme   
25/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte bien écrit mais dont la trame m'apparait obscure. J'ai du mal à comprendre les subtilités du voyage temporel tel que vous l'imaginez, par exemple à travers cette phrase : « Ils se matérialisaient devant nous à l’heure exacte qui avait été programmée, avant même d’être partis ! ».
La superposition du même personnage au même moment me semble très flou et à mon avis inexact d'un point de vue théorique. J'ai lu un ouvrage d'Etienne Klein sur les arcanes du temps , plutôt complexe, et j'en ai retenu que revenir dans le passé était impossible car cela contredisait la flèche des événements, l'enchainement des causalités. Ou alors il fallait emprunter un autre chemin, passer dans une dimension parallèle mais là j'avoue que j'ai lâché prise !
En tout cas le sujet est fascinant et vous ne vous en sortez pas trop mal. Malgré le scénario tortueux l'histoire reste intrigante.
Par contre je n'ai pas aimé le portrait de Fettel, grossière caricature du savant exalté. J'aurais aimé plus de profondeur dans ce personnage que vous rendez inutilement antipathique.

   Jagger   
27/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
L’idée des voyages dans le temps est un grand classique de la science-fiction et il est difficile, dès ce moment de paraître original. Ce texte, sans apporter cette dite originalité, se défend de manière assez correcte contre les clichés et les lieus communs du genre.
 
La question qui est prédominante dans ce genre de texte (et qui est central dans celui-ci en particulier) c’est de savoir si le passé peut être altéré ou non. En général, on se garde bien d’être catégorique dans la réponse, alors que là, la sentence est sans appel : c’est non. Je trouve un peu dommage une telle fermeture dans un style qui se veut ouvert, finalement.
 
Sur la forme :
Je trouve que le texte contient beaucoup d’auxiliaires (être, avoir) et qu’il serait aisé dans supprimer quelques-uns pour éviter cette impression de répétition. C’est particulièrement frappant dans le paragraphe commençant par «  Fettel en avait été fou de rage… ».
 
Le style est assez correct et ne souffre pas, à mon sens de gros défauts. Cependant, certaines tournures et choix de mots me laissent perplexe :
« et aurais souhaité me retrouver à des années-lumière de cet endroit funèbre. » Pourquoi funèbre ?
« L’œil artificiel au-dessus de ma tête se revêtit d’une aura verdâtre et fantomatique » Bof les termes utilisé ne sont pas idéales même si on comprends le sens. La fin du paragraphe est meilleur.
 
Quelques accords de temps ne me semblent pas idéaux non-plus.
 
Les scènes animées sont un peu molles, la faute à de trop grandes descriptions pendant les moment chargé en action.
 
Sur le fond :
La scène entre le personnage principal et Fettel juste avant le départ me semble injustifiée, avec le recul, ou mal exploitée. Et les sentiments de ce premier envers le deuxième me semble disproportionnés. Les termes comme « litanie infernale » me semblent exagérés et hors sujet. Certes, ils sont jolis mais ne se justifient pas pour autant. Il y a parfois une abondance de ce genre d’adjectif qui paraissent décalés. Comme le « funèbre » relevé plus haut.
 
Sinon, j’ai beaucoup aimé l’idée du noir/blanc. Simple mais efficace et assez esthétique.
 
Dans l’ensemble, si l’idée mérite qu’on s’attarde sur ce récit, le traitement manque un peu de sel à mon goût.
 
Au plaisir de vous lire à nouveau.

   brabant   
4/3/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Jedediah,


J'ai lu sans difficulté ce récit de science-fiction où vous faites preuve d'une grande clarté et dont le principal mérite est d'échapper aux concepts pseudo-scientifiques fumeux ainsi qu'à des digressions pseudo-psychologiques vaseuses. lol. Vous avez choisi de faire simple d'où l'efficacité de votre texte.

Un savant rationnel qui se livre pourtant à une expérimentation qui ne l'est pas. Cartésien et Thomien, on aurait malgré tout pu le complexifier sur cette seconde facette et lui accorder une once de mysticisme au sortir de l'expérience.
Un cobaye au caractère plus complexe (juste ce qu'il faut) porté par un inconscient qu'il veut nier. Sensible, vulnérable et attachant. Personnage empathique bien dosé.

"Le libre arbitre n'est qu'une douce chimère" : je suis d'accord.
"Le passé est le passé, et l'avenir est un long passé dont nous sommes les spectateurs inconscients" : jolie formule ! Beau sujet de discussion. Sébastien en est la concrétisation ; j'aimerais pouvoir le pousser dans ses retranchements.


Au plaisir de vous lire !

   jeanmarcel   
5/3/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Récit agréable, très bien mené.
La fin me laisse dubitatif, pas du tout sur la forme qui est excellente, mais sur le fond. Je trouve que l’explication est paradoxale et contient tout et son contraire.
Le passé est certes immuable si on l’observe de manière statique, là j’adhère complètement, mais au moment des faits, c'est-à-dire quand le père prend sa voiture, il est tout à fait libre de ses choix. C’est le présent qui commande.
Pour moi le voyage dans le passé change le présent et le futur, je ne suis donc pas convaincu par la chute : « L’avenir est un long passé dont nous sommes les spectateurs inconscients »
Je trouve la formule magnifique mais je n’y crois pas une seconde. Cette démonstration de l’inutilité du retour en arrière brise peut-être un de mes vieux rêves ?
C’est vraiment la seule chose qui me questionne dans ce très bon texte de science-fiction light.

   Ninjavert   
14/3/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Ah le paradoxe temporel !

Je suis ô combien friand de ces petites bizarreries, dans lesquelles on se plait à tenter de rendre viable une situation théoriquement complexe, pour ne pas dire impossible (en l'état actuel de nos connaissances, et bla bla bla).

Je dois avouer que j'ai été moyennement convaincu par cette excursion. L'exercice était difficile (même s'il doit être amusant, ça fait un moment que je pense à m'y essayer), et il n'a pas été mal géré malgré un résultat en demi-teinte.

Le style est sobre et agréable à lire. Pas toujours transcendant non plus, je rejoins la remarque de Jagger sur certains termes parfois un peu exagérés (funèbre, tout ça) par rapport à la situation décrite, mais globalement j'ai lu avec plaisir.

Je suis un peu mitigé sur les personnages : autant le héros est bien décrit, avec une épaisseur rendue suffisante par son passé et le peu de son caractère qu'on voit / devine, autant tous les autres endossent clairement des rôles de figurants. Hugues est un vrai second rôle, pas de souci, mais j'ai trouvé Fettel mal géré. Soit trop décrit (au final... à part contredire la théorie des univers parallèles, à quoi sert-il ?) soit pas assez posé. Comme les autres, je trouve que son entretien avec Sébastien avant son départ est peu convaincant.

La seule déduction que j'entrevois à connaître le passé de Sébastien pourrait concerner ses motivations : oui, plus que la prime on peut imaginer qu'il tente l'expérience dans l'espoir de pouvoir (si ce n'est là, un jour) revoir son père. Mais ceci établi, je ne vois pas ce que ça change ni à l'expérience... ni à quoi que ce soit. Du coup, je me demande à quoi sert cette scène, en plus d'être confuse.

Un autre point qui m'a chiffonné : j'ai du mal à comprendre ce qui arrive au héros lorsqu'il revient dans le passé. Qu'il ne puisse pas parler, à cause du fait que comme tu le dis que :

Quelque chose agissait contre ma volonté, quelque chose m’empêchait de changer le cours du temps, car les lois qui régissaient ce monde étaient bien plus fondamentales et bien plus inébranlables que ne l’était mon libre arbitre.

Ok, pas de souci. Je ne remets pas en cause la conclusion de l'expérience, c'est ton choix d'auteur, on adhérera au message ou non, mais moi il ne m'a pas paru moins plausible qu'un autre. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi Sébastien, en regardant son "double du passé" a l'impression de regarder son père... Douze heures séparent les deux hommes, il n'y a donc aucune explication "physiologique" à la chose (il n'est pas parti 20 ans dans le futur). C'est d'autant plus troublant que Sébastien sait lui même avec certitude qu'il se regarde. Alors pourquoi cette étrangeté ?

Elle colle bien au sentiment de culpabilité (le survivant) que ressent Sébastien, mais je trouve que c'est pour les lois immuables de la nature une façon étrange de "bloquer" Sébastien. Tous les phénomènes physiques (poitrine comprimée, etc.) me conviennent, mais j'ai du mal à raccrocher cette bizarrerie optique avec l'effet qu'elle produit psychologiquement sur Sébastien (qui tout troublé qu'il soit, sait pertinemment qu'il ne contemple pas réellement son père).

En bref, j'ai l'impression de ne pas comprendre le mécanisme que tu as voulu mettre en oeuvre ici, et ça m'embête car je soupçonne qu'il s'agisse d'un truc intéressant. Si quelqu'un d'autre avait fait le voyage, un autre blocage aurait-il eu lieu, prenant une autre forme ? Cette manifestation physique du blocage n'est elle qu'un prétexte ? L'interprétation physique et personnelle de Sébastien de cette impossibilité de revenir dans le passé, qui se manifesterait pour autant avec n'importe qui sous une forme ou une autre ?

Là encore, je soupçonne un lien étroit entre ce symptôme et l'échange préalable avec Fettel, mais ça n'est pas clair et c'est dommage.

Reste les éternelles chipouilles concernant le paradoxe en lui-même :

- Quand Sébastien apparaît la première fois (quand il doit dire "blanc"), on se trouve à un point de la ligne temporelle où le futur, d'où il doit partir, n'a pas encore eu lieu. Si le futur n'a pas eu lieu, il n'est pas encore parti dans le passé. S'il n'est pas parti, il ne peut pas apparaître. (surtout si comme le prétend Fettel, le temps n'est qu'un fleuve unique sans affluents)

- Après s'être vu apparaître et échouer à dire blanc, Sébastien doit appliquer le protocole modifié et partir dans le passé pour dire "noir". Mais en réalité, Sébastien ne part qu'une seule fois dans le passé : que ce soit pour dire blanc ou noir, il échoue. Il doit revenir en arrière et dire "blanc". Voyant que ça ne marche pas, on lui demande de dire "noir". Mais dans les deux cas, il revient au même endroit du temps : 12h plus tôt. Au final, ça crée une boucle sans fin :

Il doit partir dans 12h pour revenir dans le passé et dire blanc. Mais comme on le voit échouer, on lui demande de dire noir. Il part du coup dans le passé. Comme on le voit échouer (croyant qu'il devait dire blanc, alors qu'il devait dire noir), on lui demande de dire noir, etc. C'est sans fin.

Ces "incohérences" ne sont pas des défauts de ton histoire, qui est plutôt bien ficelée, mais des éléments structurants du paradoxe temporel en lui-même. Pour autant, ton texte n'explique pas plus qu'il ne résout, ce paradoxe du voyage temporel (contrairement à ce que tu annonces au début du texte).

Pour conclure, je pense que tu avais quelque chose de bien ficelé et de plutôt cohérent en tête au moment de l'écriture, mais à cause de certaines zones d'ombres et de passages pas forcément limpides, le résultat final se retrouve un peu confus. Je serai curieux de savoir plus précisément ce que tu avais en tête et si je suis passé à côté d'un élément important.

Dans tous les cas, c'est un texte agréable et plutôt bien mené sur un sujet qui n'a rien de facile. Bien joué et merci pour ce voyage dépaysant ! ;)

PS : Comme Jagger également, j'ai beaucoup aimé le concept du mot clé : noir / blanc.


Oniris Copyright © 2007-2019