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Policier/Noir/Thriller
jensairien : Trois petits contes et puis s'en vont
 Publié le 30/10/07  -  14 commentaires  -  4929 caractères  -  523 lectures    Autres textes du même auteur

Trois petits contes cruels


Trois petits contes et puis s'en vont


La réplique


Il avait tout prévu. Un alibi en or, une mécanique bien huilée, du sur-mesure, pas de démesure ; et pourtant…


Une nuit il réveille sa femme, elle ouvre les yeux, il lui jette un implacable « je te hais ! » comme un crachat au visage, et lui tire à bout portant un coup de revolver. Son alibi, ce n’était pas de l’or, mais du béton. L’argent, les bijoux s’étaient volatilisés ; lui absent. La police conclut au crime crapuleux. « Vous savez monsieur, lui avait-on fait entendre d’un ton navré, l’assassin de votre femme pourrait fort bien nous échapper ». Au jour de l’enterrement il est de bonne humeur. Il met sa belle cravate, cire ses noires savates, rase ses pattes. Sous la douche même, il s’est laissé aller à siffloter, quoique la fenêtre fût entrouverte. Mais qui l’entendrait ? Qui, d’ailleurs, après l’enquête, oserait le soupçonner ?


Péniblement le cortège progresse sous la neige. Un vif froid saisit la triste procession et, sous le masque du veuf brisé, il ricane avec triomphe. Mais sont-ce d’inquiétantes pensées qui le tourmentent soudain ? Un élément lui aurait-il échappé ? « Voilà le détail auquel je n’avais pas pensé ! J’aurais dû procéder au printemps. Ce serait si délicieux d’aller sous le soleil pour mettre la vieille à l’ombre ». Enfin on arrive au cimetière et là, tandis qu’on descend le corps en terre, se produit le sortilège. On frappe dans la bière.

Serait-on devenu fou ? Le mari est livide. On se concerte, les bruits redoublent. On ouvre fébrilement, en hâte, et la femme en furie se redresse d’un bond et hurle à la face de son mari horrifié : « Moi aussi je te hais ! », et elle retombe morte dans le cercueil.



Une tête


Il était une fois un enfant qui vivait dans une maison isolée aux abords d’un village. Il était laid, si laid que même les autres enfants, plutôt que de s’en moquer, fuyaient à son approche. Sa mère, pauvre et dure, vivait d’heures de ménage et de menus services qu’elle rendait au voisinage ; pour quelques pièces ou un repas qu’elle servirait à son époux. Lui était feignant. On répétait plaisamment qu’une truie aurait mieux travaillé, plus proprement et ardemment que lui. Ce n’était un secret pour personne qu’il battait sa femme et martyrisait son fils. D’école le petit n’avait que les champs, la prairie, les futaies, les fourrés.


Il tua son père d’un coup de couteau, un long couteau qui brillait dans le fond d’un ruisseau. C’était comme si le couteau avait été fait pour le dos de son père.

Et dans son dos aussi il brillait, et le sang rappelait le jus d’un fruit trop mûr qu’il fut temps de croquer. La mère ne dit mot et jeta le mari aux cochons. Ils prirent peur mais pourtant, une semaine après, il ne restait presque rien du cadavre. Le petit tua sa mère de la même façon, la chargea dans une brouette et la jeta dans la forêt. Puis il prit un sac, y fourra quelques affaires et s’en alla de la maison.


Quand les gendarmes le trouvèrent, il dormait sur le bas-côté de la chaussée. Il ne dit rien, ne sourit d’ailleurs pas, ne se plaignit pas des insultes, des coups et, finalement, monta sur l’échafaud. Sa tête roula, roula, roula, et enfin, il fut délivré de sa face à l’odieuse laideur.

Ce qui prouve que la guillotine, finalement, avait du bon.



Docile


Petit Pierre se plaint que son crâne le brûle. Sa mère, partagée entre le médecin et la cuisine, ne sait trop quoi décider. En effet, depuis que Petit Pierre ressent cette brûlure, elle y fait cuire tous ses plats, la soupe et le café. Ça évite d’utiliser le gaz, ça permet d’économiser. Ce don du ciel est un prodige et une source de rires. Quand il y a des invités à la maison, les voisins par exemple qui, comme tout le monde, ne sont pas au courant, et qui disent, en taillant le bifteck : « Ah ! Quelle excellente cuisinière faites-vous, chère amie ! ». Alors les parents franchement hilares de répondre en cœur : « Mais non, vous n’y êtes pas, la cuisinière, c’est Pierre ! ». Les convives ne comprennent pas et d’ailleurs, du moment que la pâtée est à leur goût, il n’y a rien à redire. Depuis longtemps Petit Pierre ne va plus à l’école. Il reste tout le jour enfermé à double tour dans sa chambre, juste à côté de la cuisine, des ustensiles. Sa mère lui a dit qu’il n’y avait rien à faire, qu’il fallait qu’il reste enfermé. C’est contagieux, ça guérira tout seul, a renchéri son père. Quand on a besoin de lui on le traîne à la cuisine et on l’attache sur une chaise. « Reste tranquille, tu vas faire tomber la casserole, c’est bon pour ton traitement ».


Mais voilà, tout a une fin, et cette histoire aussi. Petit Pierre, d’un trait de couteau, s’est ouvert l’avant bras. Sa tête lui faisait trop mal. De sang, rien ne coula, mais une odeur acre, corrosive, a peu à peu empli la chambre.


Le médecin de famille a rajusté ses lunettes sur l’arête de son nez. « Asphyxie au gaz de ville » a-t-il diagnostiqué.



 
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   Anonyme   
2/11/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une sacré dose d'humour dans ces trois petis contes très bien écrits dont le premier me rappelle la dame de pique. Dans le dernier, le commentaire du médecin vaut son pesant d'or. Travail de maître

   Pat   
30/10/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai vraiment beaucoup apprécié ces contes, effectivement cruels, qui me rappellent les "petits crimes" de Max Aub, thèmes qu'on reprend souvent en atelier d'écriture. C'est très jouissif à écrire ce genre de trucs, libérateur parfois.
En tout cas, l'imagination ne semble pas faire défaut à l'auteur, ni l'humour. Quant au style : rien à redire. Une grande fluidité, efficace. J'aime beaucoup les récits courts en général qui sont parfois tout à fait percutants. Bravo;.. J'espère que tu nous feras encore déguster de petites histoires aussi sarcastiques et décalées... Un conte cruel de Noël ?

   Liry   
30/10/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup apprécié ces petits contes. Très bien écrits et efficaces.

   Cassanda   
31/10/2007
Efficaces et percutants... J'ai beaucoup aimé : tes contes font sourire par l'imagination, malgré leur cruauté... A quand les prochains ?

   fatou95   
2/11/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai beaucoup aimé tes textes. Ils sont plaisants à lire; bien que cruels.
C'est vraiment très bien écrit! Bravo!!

   guanaco   
5/11/2007
 a aimé ce texte 
Bien
Un début, un développement et une fin: texte court, ce sont bien des contes. Une bonne maîtrise de la technique littéraire, contraignante et difficile.
En revanche, les histoires ne m'ont pas "surpris" et c'est à mon sens, un des objectifs du conte. Je trouve le 1er prévisible et les deux autres peu accrocheurs. je rappelle qu'il ne s'agit que d'un avis personnel.
Par contre, je le répète, très belle maîtrise dans l'écriture et la technique.
Merci pour ces textes et j'espère que tu participeras au futur concours ^^
Guanaco.

   baptiste   
9/11/2007
j'ai beaucoup apprécié le premier conte, dont la fin, parsemée d'une petite note d'humour, est assez innatendue.

   Lariviere   
20/12/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'adore ces contes !!!

Ca fait un moment que je m'étais promis de les commenter...

Mieux vaut tard que jamais...

Je partage beaucoup de chose, il me semble, dans le gout de l'écriture, avec Jensairien...

Tout d'abord, ici, j'aime l'écriture à la fois fine et cassante, le rythme hétéroclite, surprenant, les ruptures à la fois hachées et fluides qui caractérisent ses trois petits contes...

Il y a beaucoup d'intelligence, beaucoup de traits d'esprits, beaucoup d'originalité et de singularité dans cette écriture non conventionnelle. L'idée de la recherche, avant toute chose me séduit.

Picasso disait : "je ne cherche pas, je trouve"...

Il me semble aussi que Jensairien trouve, il trouve comment raconter des faits divers de façon rocambolesques, surréalistes, poétiques et incroyables dans un humour noir tout aussi puissant que le sordide des situations...
Par cette grande maitrise, l'ensemble tient la route.

Tous les degrés sont présents, absurde, parabole, réalisme poussée au bout des choses, tout ici se rejoint, se télescopent, se tamponnent de façon jubilatoire : le style et l'esprit, la métaphysique et la physique, le tragique et le comique, le réel et l'imaginaire...

J'aime beaucoup cette écriture "pataphysicienne", vraiment... J'en raffole même... et j'attends de voir avec impatience ce que Jensairien peut faire dans un registre plus long...

Puisque Pat, fait allusion au "Conte Cruel", moi je surencherit... Certaines atmosphères, dans leurs coté "glauque moderne", me font penser aux textes des Béruriers Noirs... Surtout dans les premiers albums... Jensairien : Connais tu ces "contes cruels de la jeunesse" ?...

   Bidis   
20/12/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
De l'humour noir qui fait un peu frissonner.
C'est bien écrit.

   widjet   
28/2/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une très bonne idée que d'écrire ces "instantannés"...!
Les deux premiers contes sont assez succulents. C'est percutant, drôle (humour bien noir et décalé), original et avec le même surréalisme que l'on trouve dans les oeuvres plus longues de cet auteur imaginatif. Le troisème conte, un poil plus faible, clôt cette petite trilogie de ces faits divers extraordinaires de belle façon.

Bravo!

Widjet

   xuanvincent   
22/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Trois tout petits contes... mais l'essentiel passe en peu de lignes, bravo !

Pour le fond, j'ai trouvé ces histoires un peu trop noires à mon goût, mais au final, l'ensemble m'a plutôt plu.

   Flupke   
2/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Tout fou, tout fou, tout fou !!! Mais amusant. Je me suis bien marré. Quelle originalité !

   Menvussa   
16/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
La réplique : Très bon, humour noir.

Une tête : Noir, mais sans humour ou trop bien caché, dommage.

Docile : Le style m'a moins plu. L'idée est bonne mais cela manque de développement.

   colibam   
10/6/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Une amusante et rafraîchissante trilogie du meurtre.

Des trois contes, j'ai préféré le premier dont Burton n'aurait pas renié le clap de fin.

Le titre est très bien trouvé mais je trouve que l'ensemble reste pâle... comme un mort.


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