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Policier/Noir/Thriller
jerodebloc : Max - Que Paco fut : Épisode 3
 Publié le 07/08/07  -  1 commentaire  -  10499 caractères  -  69 lectures    Autres textes du même auteur

Notre Max s'enlise


Max - Que Paco fut : Épisode 3


Lorsque nous pénétrâmes dans la bâtisse, je ne distinguais que la pénombre ambiante puis, une fois mes yeux habitués à l’obscurité, je découvris enfin les deux silhouettes qui, dans la place vide, m’attendaient. Paco fit un pas en ma direction puis, découvrant une autre personne à ma suite, s’immobilisa et nous laissa approcher. Delphine ma belle hésitait à poursuivre… tiens ! Ça me rappelle un vieux truc :


« Delphine ma belle sont des mots qui vont très bien ensemble ».


T’as raison, c’est pas Delphine, c’est Michèle. N’empêche ça marche très bien quand même et si les autres scarabées avaient connu ma princesse, y z’auraient écrit « Delphine ma belle »… Dans quel univers étais-je prêt à l’entraîner ? Les individus que nous retrouvions en ce lieu désert, froid et sombre avaient tous deux l’air de mafieux sud américains mal endimanchés. Leurs costumes haute couture n’arrivaient pas à masquer leur allure de loubards mal dégrossis. Les bossages suspects qui élargissaient le vêtement à hauteur des aisselles ne pouvaient lui laisser aucun doute, quant au fait que nos nouveaux amis étaient fort bien équipés, côté gros calibres. Bien que vieillis…ah ! Ce putain de temps qui passe, passe, et ne repasse jamais ouais, j’admets, c’est du facile, j’ai pas pu me retenir… Paco restait reconnaissable. Certes il avait forci et tentait d’affecter aujourd’hui l’air bonhomme d’un diplomate en goguette, mais ses yeux noirs au regard dur comme le granit et sa dégaine qui vous laissait à croire l’homme toujours prêt à vous bondir dessus l’identifiaient à coup sûr. Son comparse, pour sa part, plus jeune, plus grand, plus carré et moins affable encore, avait tout du porte flingue modèle, même le sac de sport noir pendant en bandoulière et qui devait renfermer un bon vieil uzzi de derrière les fagots… Dis, tu te vois, toi, embarquer la gonzesse de ta vie à un rencard avec deux loufiats armés jusqu’aux dents ? Non hien ? Et bien moi je l’ai fait ! J’te le dis, dans ce truc j’fais que d’m’enliser… Après quelques secondes de silence, où chacun retenait son souffle, Paco intervint :


« Max, la vie ou la mort, 86-09-11 »


Je lui renvoyais la balle comme je le fis plus tôt, par le biais du web. Réconforté, mon gangster sud américain m’attrapait par les épaules et m’entraînait un peu à l’écart de ma douce et de son garde du corps… Là si tu permets, je vais te laisser en compagnie de ma girl, fais quand même gaffe, c’est ma meuf, alors pas touche ! Comme ça tu sauras ce qu’elle pensait vu qu’elle nous observait, et puis moi j’ai à causer avec l’autre et c’est un poil confidentiel tu vois :


« Je le crois pas, non seulement il me traîne à un rencard avec deux voyous à peine civilisés et en sus, môssieur me largue à mon sort en compagnie d’un gorille muet. Toi mon petit chéri, si tu crois qu’à cette distance je t’entendrais pas, tu rêves… ça pour les entendre, je les entends, mais de là à les comprendre, ces deux enfoirés mélangent l’anglais et l’espagnol, y a des mots, on dirait un patois local ou de l’indien ou quelque chose comme ça… Paco s’énerve, il a pas l’air content de me voir, mon petit Jean-Paul tu vas te recevoir une tarte, une tarte mais de chez tarte… tiens ? Il fume mon mec ! Cette clope, il la sort d’où ?… On dirait que le conciliabule est fini, ils rappliquent, jouons la fine… »


Si tu le veux bien je reprends le guidon ducon, t’as vu ça rime. Au fait, ma gonzesse, t’y as pas touché ? C’est bien… Notre petite prise de contact faite, Paco et moi rejoignîmes son gorille et la prunelle de mes yeux. Jusqu’à présent elle me vivait non fumeur et là je mettais fin prématurément à l’existence d’une luky alors qu’une autre attendait son tour coincée sur mon oreille… tu vas voir, y a d’autres trucs nouveaux… De ma plus douce voix… oiap, quand je veux, j’ai une de ces putain de voix, du miel… je présentais à ma femme son excellence Ernesto de OLIVEDRA vice-consul en poste à Bordeaux de l’estimable pays connu sous le patronyme de PATXACON… Tu connais pas ? Inculte va ! Bouge pas ! J’m’en vais combler ta lacune : c’est un petit pays coincé au nord par le BRÉSIL et le PARAGUAY, l’ARGENTINE à l’ouest et l’URUGUAY au sud. T’as une côte d’une centaine de bornes, un fleuve, EL ROSSO qui se jette dans l’ATLANTIQUE et qui doit son non aux terres riches en cuivre qu’il traverse. Ah j’oublie, c’est un pays minier, cuivre comme tu le devines, mais aussi or et émeraudes. Deux millions et demi de personnes vivent sur un territoire recouvert à soixante dix pour cent par une forêt vierge truffée de petites exploitations minières. Il fut fondé en 1768 par un prêtre missionnaire basque appelé Patxi… la capitale ? Espeleta, le cureton venait d’Espelette… voilà pour l’instant t’en sais assez sur ce bled… puis je présentai ma tendre à son excellence, celui-ci faisant briller étonnamment… j’en restai bouche bée… sa fine couche d’éducation, s’inclina d’une faible courbette et se déclarant enchanté passait, sans aucun autre préambule, à l’offensive…crois-moi sur parole, un vrai guerrier ce type… :


« Madame, samedi prochain en soirée, nous donnons une réception au consulat. Il s’agit là de faire votre ami chevalier d’honneur de notre belle patrie. Savez-vous que ce bonhomme est un héros de notre révolution ? »


Visiblement, Delphine ne paraissait pas impressionnée mais accepta l’invite de bonne grâce. Quelque peu encouragé par cette première victoire, mon ami… Un type qui fait de moi le héros de sa révolution est forcément mon ami, mon frère même… lui exposa, en toute tranquillité, la nécessité dans laquelle je me trouvais de le rejoindre, seul toute la journée du surlendemain, à Bordeaux, afin que nous puissions régler ensemble les détails de la future cérémonie. Bien qu’elle le vit lui mentir, la femme de ma vie acquiesça de bon gré… C’est pas cool une greluche pareille ? J’vais où j’veux quand j’veux, suffit qu’un vice consul de mes fesses lui demande poliment. De toutes les façons j’y vais pas pour descendre des Tequilas en causant du bon temps… Alors qu’Ernesto s’entretenait avec ma belle, j’égrainais, tel un chapelet, ces instants pesants… bien sûr que ça plombait ! Imagine un peu ma tanche, un gonze avec qui t’as partagé, plus jeune, de nombreux instants de buteries, raconte devant toi et avec ta bénédiction, un mensonge gros comme un pâté de maisons à celle qui tout entier te fait bander comme jamais. Et toi tu sais très bien qu’elle va pas avaler facile. Crois-moi, là tu trouves le temps long, salement long… à manipuler, au fond de ma seule poche, le petit pendentif qu’il m’avait remis plus tôt lors de notre conciliabule. Cette chaînette en or à laquelle un éclat d’émeraude brut était grossièrement assujetti, tout en me ramenant à mes dix-huit ans, rouvrait de vieilles plaies et ranimait peu à peu le bon vieux Max que je fus. Je brûlais de repasser cette relique du « bon vieux temps » à mon cou, mais jugeais la chose peu opportune en ces instants où Delphine… et oui, j’ai encore rien craché… en ignorait l’histoire. Lorsqu’il fut enfin établi que Paco et Max se verraient le surlendemain et que tout avait été dit, ma belle et ma pomme quittâmes les premiers le hangar, je savais que nos deux diplomates de choc tenaient à prendre le temps d’effacer les traces de notre passage et souhaitaient donc nous voir nous esquiver en pôle position. Dehors la nuit était déjà tombée… oui, brutalement, d’un coup, sans même nous en avertir, c’est vache ça non, tu trouves pas ?… et le bleu profond du ciel avait cédé sa place à un écran de profond velours noir, percé de milliers de petits éclats de diamant scintillants de mille feux… C’est beau non, t’en pleurerais si tu pouvais non ?… La fraîcheur aussi était tombée… toute aussi vacharde sans prévenir… ma princesse frissonnait, j’ouvris le coffre de mon auto, en sortis une veste légère et en couvris les épaules de ma frileuse… J’suis bon non ? Et galant homme avec ça !


Il était maintenant l’heure où les dizaines de couples ébahis par les attirances aquatiques du soleil, avaient trouvé refuge dans l’un ou l’autre des restaurants de bord de mer encore ouverts. La faim nous gagnant, je décidai qu’il était opportun de les imiter, ma carte de crédit au chaud dans la boîte à gants… je sais, c’était pas très prudent, mais vraiment, j’en avais rien à taper… nous mîmes le cap sur la jetée rouge. Durant le trajet, ma douce et tendre digérait les nouveautés de la soirée. Son diable d’homme, moi en l’occurrence, avait été l’un des acteurs d’une révolution sud américaine, on voulait le décorer pour cela et ce fou le lui avait toujours caché. Estimant sans doute que je lui devais des explications… ouais, t’as raison, elle n’avait pas totalement tort… elle gardait le silence dans l’attente de m’ouïr faire étalage de mes anciens et supposés nombreux faits d’armes. N’étant pas particulièrement pressé de m’expliquer sur un passé longtemps enterré et que je vouais jusqu’alors à l’oubli, je décidai de ne point briser ce qui est d’or par un abus de ce qui est d’argent… à toi de te référer au fameux proverbe imbécile. Bercés par l’opéra rock des Who, « Tommy »… si, si, bien écouté ça berce… nous parvînmes à rejoindre une place face à un restaurant de poissons, que nous savions fréquentable… et oui, avec la pouascaille, soit il faut connaître, soit il faut prendre ses précautions. Pour ma part, j’ai toujours eu un faible pour la bidoche. Là j’avais pas trop le choix si t’as bien tout suivi… Une fois confortablement installés à une table en terrasse chauffée… et oui mon bon, bouffer un morceau en face de l’océan à l’abri d’une terrasse chauffée, c’était la mode du lieu et du moment… je commandai une dorade à l’espagnole alors que mon amour, gagnée par l’envie vengeresse, décidait de me ruiner en choisissant en entrée un feu follet de noix de st jaques sur son lit de crevettes et poursuivait par un osso buco de saumon frais et son feuilleté d’épinards à la française, le tout évidement copieusement arrosé du plus coûteux vin blanc de l’établissement, en quantité suffisante, pour que mon banquier adoré me jetât, sans façons, de son estimable usurerie dès l’ouverture post week-end. Satisfaite de sa rapine, ma belle caractérielle se lançait alors dans une offensive d’envergure :


« Max, je veux dire Jean-Paul… c’est bien Jean-Paul, t’es sûr ? »


Sans attendre ma réponse elle posa ses deux coudes sur la table, coinça ses joues dans ses mains et lançait :


« Je t’écoute... »


Tu vois que je m’enlisais.


 
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   nico84   
29/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bien écrit, bravo ! J'ai aimé la personalité de cette femme et l'amour qui ne peut crier.

Révolutionnaire ? Il s'est rangé depuis. Enfin il est resté un peu le même dans les propos. Le ton est toujours aussi original, les mots bien choisi. J'aime ausis le contraste du langage parfois courtois et parfois familier. C'est du bon.


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