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Sentimental/Romanesque
Tchollos : Mauve, comme la vie !
 Publié le 07/08/07  -  31 commentaires  -  21831 caractères  -  546 lectures    Autres textes du même auteur

Une petite fille traverse la province du Sichuan pour rendre un dernier hommage à sa maman. Voyage périlleux mais initiatique qui marquera sa vie à jamais.


Mauve, comme la vie !


Mei Linn était l’heureuse propriétaire d’un vélo, d’un sac en jute, d’un peigne et... non, en fait, c’est à peu près tout ce qu’elle avait. Ah si ! Au fond de la besace, dans une modeste boîte en cerisier, il y avait sa mère, enfin, ses cendres.


Oh, bien sûr, elle était riche de plein de choses qu’on ne peut quantifier : l’audace, l’humour, la gentillesse, la joie de vivre mais tout ça, il faut l’admettre, ne remplissait pas l’estomac, et puis, ça ne se voyait pas du premier coup d’œil. Dans la masse, on remarque plus vite un scélérat portant une luxueuse chènshān col Mao à paillettes qu’une jeune fille en haillons, même si c’est une sainte.


Mei Linn n’avait que 10 ans mais elle était lucide, consciente de son statut de moins que rien. Elle savait qui, du vélocipède ou d’elle, avait le plus de valeur. L’objet gagnait haut la ma... le pneu. Grâce à lui, elle parvenait à gagner quelques pièces en faisant des livraisons à droite et à gauche. Il l’aidait à fuir les chiens sauvages qui vagabondaient autour des décharges, et parfois, il pouvait simplement lui procurer le plaisir d’une balade au bord de l’eau, nez et guidon au vent.


Quand elle s’allongeait pour dormir, là où elle pouvait, Mei Linn couchait la bicyclette à ses côtés, se serrait contre le cadre, et passait un bras entre deux rayons de la roue avant.


***


Ce matin-là, elle alla se recueillir au temple de Wuyu. Elle fit tourner les moulins à prière en sautillant puis sourit longuement à un moineau qui saluait de son chant les fidèles pénitents. Elle se fraya un chemin entre les jambes des adultes et s’agenouilla un instant devant la statue dorée d’un bonhomme chauve hilare. Elle le supplia de veiller sur elle en insistant sur le fait qu’elle détestait les pneus crevés. En sortant, un vieux moine rabougri, appuyé sur une canne tordue, l’interpella.


- Hep, petite fille.

- Oui M’sieur, dit-elle en se courbant comme le voulait l’usage.

- Tu as prié, ma petite ?

- Oui, oui.

- Qu’as-tu prié ?

- Oh, un tas de choses.

- Un tas de choses ? On pense prier un tas de choses mais on cherche souvent une aide précise. J’ai remarqué ça.

- Ah oui ?

- Toi, par exemple, c’est quoi ?


Les moines étaient de vilains curieux lui disait souvent sa mère, ajoutant parfois : « ils parlent de morale comme les chauves parlent de cheveux, sans en avoir ou alors juste un peu sur les côtés », mais comme Mei Linn ne voulait pas se montrer impolie : elle confessa.


- Je pars en voyage.

- Oh, dis donc, et tu vas où ?

- Je vais à Sioun, m’sieur.

- Hein ! C’est bigrement loin ça.

- J’ai un vélo.

- Ça reste vraiment loin.

- Oui.

- Tu n’as pas faim ?

- Euh, hésita-t-elle en baissant les yeux.

- J’ai pas pu tout finir ce matin, l’appétit diminue avec l’âge je crois. Tiens, dit-il en sortant un gros morceau de pain du panier en osier qui gisait à ses pieds. Tu es toute seule pour faire ce long voyage ?

- Oui, répondit-elle en attrapant la miche.

- Oh, emh, bredouilla-t-il en se frottant le menton. Toute seule ? Prends ceci alors, ajouta-t-il en tirant un billet de sa poche.

- Non, m’sieur, j’en ai pas besoin.


Cette fillette était particulière, il l’avait soupçonné rien qu’à sa façon enjouée de faire tourner les moulins. Les enfants ne refusaient jamais rien dans le coin, les adultes non plus d’ailleurs. La misère n’avait pas encore vaincu la fierté de celle-ci. Il rusa.


- Oh, mais je suis obligé. C’est la règle, tu sais bien. Je dois donner des sous à quelqu’un sinon je me fais gronder.

- Vous devez faire la charité.

- Voilà, je savais que tu savais, dit-il en lui adressant un clin d’œil.

- Donnez-le moi, je l’apporterai à un mendiant que j’ai vu plus lo...

- Ah non ! l’interrompit-il. Euh, tout compte fait, je vais le garder pour plus tard.

- D’accord.

- Et pourquoi vas-tu à Sioun ?

- Pour ma maman.

- Elle est là-bas ?


Il commençait à l’agacer ce brave homme. Politesse ou pas, elle abrégea la conversation sans détour.


- Je dois y aller m’sieur. J’ai de la route.

- Oh, oui, oui.

- Merci pour le pain, dit-elle gaiement.

- Repasse me voir quand tu veux, cria-t-il.


Elle s’était déjà fondue dans la foule.


Elle récupéra ses biens qu’elle avait confiés à Lu Han le borgne à l’entrée du temple. Ce n’était pas vraiment son ami, il était trop bizarre. Il fricotait avec la pègre locale et s’impliquait dans des affaires de plus en plus louches pour pouvoir payer le loyer d’une pièce de quatre mètres sur trois où s’entassaient ses parents, grands-parents et cousins, mais Mei Linn avait confiance en lui. Elle avait un sixième sens pour repérer un « bon fond ».


- Tttttu es sû-sûre de to-toi, bégaya-t-il.


C’était un de ses multiples troubles. Les coups de bâtons, y a rien à faire, ça vous change un homme.


- Je dois le faire, dit-elle en souriant.

- D’acc-acc-accord.


Elle le prit dans ses bras et le serra très fort. Il se figea, aussi raide qu’un soldat en terre cuite de l’armée de Qin Shi.


- Ff-fais att-attention.

- Promis juré, dit-elle en crachant par terre.


Il aurait voulu lui donner quelque chose mais il n’avait rien. Elle sauta sur son fidèle destrier de tube et d’acier et il la poussa sur quelques mètres pour l’aider à démarrer. Ils se saluèrent de la main jusqu’à ce qu’elle disparaisse à l’angle d’une rue.


Le pédalier était dur, bloqué sur son unique braquet, et lui dessinait des mollets d’acier. Elle se faufilait en jouant de la sonnette. Un coup à droite, un coup à gauche, dring, dring… Un petit saut pour monter sur le trottoir, retour sur la rue, dring, dring… Un cageot à éviter, un pousse-pousse à doubler, dring, dring… Fallait être attentif, ça changeait tout le temps. La seule chose immuable était le sourire accroché à ses lèvres.


***


- Je suis née dans un champ de lavande, dit la maman de Mei Linn.


Elle tenait sa fille, alors âgée de 5 ans, de la main gauche, et sa précieuse bicyclette de la main droite. Elles avançaient sur un chemin de terre en direction de la ferme Ji Su où, selon la rumeur, on pouvait trouver du travail.


- Comment on naît, m’an ?

- Oh, euh, haha.


Évidemment, il manquait quelques notions à la petite pour comprendre cette anecdote familiale. La maman de Mei Linn avait réellement vu le jour au milieu des fleurs, c’était tout simple mais un peu cru pour les jeunes oreilles de sa fille alors elle improvisa.


- Et bien, on pousse dans les champs de lavande.

- Oh !

- Après on coupe nos racines pour qu’on puisse marcher.

- Mais tu n’es pas… (elle hésita sur le nom de la couleur)… euh, mauve.

- Au début, on est tous mauve, dit-elle en riant. Toi aussi tu étais mauve.

- Oh non, dit Mei Linn en regardant ses bras pour y chercher des preuves.

- On est tous mauve au début.


Elle glissa une main dans les cheveux de sa fille et l’ébouriffa. Mei Linn détestait ça, ça la chatouillait. Elles se mirent à rire.


***


Parfois, le vélo, son ami, était traître. Il prenait un malin plaisir à lui écorcher les chevilles. Quand Mei Linn se penchait sur les tâches colorées et douloureuses qui dessinaient sur sa peau une toile surréaliste, elle pensait à sa maman. À vrai dire, presque tout lui faisait penser à sa maman : le chant d’un oiseau, l’odeur d’une grillade, la forme serpentante d’une trace de roue dans la boue, comme autant de signes semés par le hasard. Tout réveillait en elle un souvenir particulier.


Elle vérifia le contenu de son sac. Une miche, un peigne et la boîte en cerisier. Elle la caressa du bout des doigts.


***


L’épidémie était le bras droit d’un horrible dragon, lui avait expliqué un médecin qui n’avait rien trouvé de mieux pour définir le mot. Sa mère s’était écroulée, comme tant d’autres, en plein milieu de la rue. Mei Linn était restée calfeutrée dans ses bras raides et froids pendant près de six heures, jusqu’à ce que des hommes de « l’urgence » sanitaire emmènent la dépouille dans la fosse commune. Mei Linn s’était accrochée longtemps en pleurant, ne lâchant le pied de sa mère que quelques mètres avant le plongeon dans le brasier.


C’est fou ce que le feu peut être inefficace. Même au bout de plusieurs heures de combustion, certains membres paraissent aussi intacts que du temps de leur vivant. Échappant à la vigilance des fossoyeurs, Mei Linn descendit dans cet affreux océan encore fumant de poussière et de chair pour remplir la petite boîte en cerisier.


***


En maintenant une bonne allure, il faudrait au moins quatre jours à Mei Linn pour atteindre Sioun. Ça lui était égal. Elle avait le temps, c’était une des rares choses à ajouter à la liste de ses effets personnels. Elle était riche d’heures et de minutes.


Autour du vélo, tout défile un peu plus rapidement, et si on va vraiment vite, les couleurs et les formes se mélangent et tourbillonnent. Derrière les objets comme derrière les gens, on peut parfois percevoir une traînée. Mei Linn aimait bien accélérer pour voir cette traînée, ce voile vaporeux qui s’échappait en volutes. C’était, elle en était sûre, ce qu’il y avait au fond de nous, ce qui restait toujours, même quand nos corps s’écroulaient dans les rues.


Elle fila en exploitant une descente plutôt raide, ses cheveux virevoltaient. L’euphorie de la vitesse avait cette propriété magique, elle vous vidait de toute pensée. Elle laissa la puissante sensation chasser ses pires désillusions.


Cette nuit-là, elle dormit à la belle étoile, sous un saule.


***


Mei Linn stoppa au pied de la montagne. Ce serait la partie la plus difficile de son voyage : plusieurs kilomètres d’une terrible pente, sur un chemin plein de cailloux et de mauvaises herbes, le tout en pleine canicule. Elle engloutit le reste du pain et profita d’un petit ruisseau pour boire au-delà de sa soif. Elle aurait besoin de toutes ses forces. Elle défia des yeux la cime de l’obstacle puis se mit en route.


La douleur musculaire était intense et pourtant si superficielle par rapport à la peine qui l’accompagnait en permanence. Elle poussait sur les pédales avec rage. La sueur dégoulinait devant ses yeux, s’engouffrait même dans ses oreilles. Au loin, un orage grondait. L’atmosphère électrique annonçait l’arrivée de trombes d’eau, sans compter qu’elle rendait la respiration difficile. Mei Linn était à peine au tiers de la montée, c’était déjà bien assez pénible ainsi sans y ajouter la pluie.


Elle doubla une vieille dame assise en amazone sur une mule tout aussi vieille qui refusait de faire un pas de plus. Malgré son allure poussive, Mei Linn prit rapidement ses distances sur la pauvre centenaire immobile. Un coup de tonnerre retentit.


« Je dois me dépêcher. »


Elle jeta un regard par-dessus son épaule. La vieille était toujours pétrifiée.


« Oh, zut ».


Mei Linn fit demi-tour pour proposer son aide.


- Madame, il faut vous mettre à l’abri.

- Oui, ce s’rait une idée.

- Ça va tomber dur.

- Oui, mais il n’veut pas avancer c’têtu.


La bête et la vieille dame avaient en commun le nombre de dents. Deux incisives pour l’âne et deux canines pour la femme. Mei Linn comprenait un mot sur deux. Elle posa son vélo contre un rocher puis encouragea l’animal à se remettre en route à grand renfort de tapes sur la croupe.


- Ça march’ra pas.


Les premières gouttes explosèrent au sol.


- Mais qu’est-ce qu’il veut ?

- Ah, ça...


Mei Linn tira, poussa, hurla et pinça mais rien à faire. L’orage leur tomba dessus. Le chemin se transforma en ruisseau de boue et de gravats. La misère divine les trempa jusqu’aux os.


***


Crasseuse du bout des orteils à la racine des cheveux, les muscles proches des crampes, Mei Linn n’avait plus la force de pédaler. Affalée sur le guidon, elle poussait sa bicyclette avec l’énergie d’un escargot anémique. Elle avait laissé la vieille dame tremblotante et son idiot d’âne à regrets.


- C’est ici qu’il veut mourir, avait dit la femme. C’n’est pas un plus mauvais endroit qu’un autre.

- Et vous ?

- C’n’est pas un plus mauvais endroit qu’un autre.


La vieille dame lui avait offert une pomme pour la remercier de son aide.


- Je n’ai rien fait.

- T’as essayé, c’est déjà ça.


***


La montagne voulait la dévorer. Mei Linn vacillait, ses pieds raclaient le sol, sa tête dodelinait sous l’effort, mais elle avançait, encore et toujours, en poussant son inestimable vélo comme un scarabée qui pousse une boule de crotte sans jamais dévier de sa route.


Mei Linn avait souvent expérimenté le paradoxe du monde. Le merveilleux côtoyait l’horrible, parfois l’un cachait l’autre. La majestueuse montagne aux flancs gris, à la tête blanche, était d’une beauté à couper le souffle. Pourtant, elle était faite pour piéger ceux qui l’arpentent, tout comme le désert aux courbes sensuelles qui vous assoiffe ou la banquise d’une pureté céleste qui vous glace. La plupart des gens souffraient, même au milieu des plus délicats paysages : sous une magistrale cascade, dans une forêt baignée d’une douce lumière, peu importe. L’équilibre ne naît pas de l’harmonie des choses mais bien des plus terribles contrastes. Mei Linn savait tout ça. Elle n’aurait pu l’exprimer avec des mots savants mais elle savait. Pas parce qu’elle y avait réfléchi mais parce qu’elle en avait été témoin. Même si rien n’était juste, elle ne cédait jamais. Elle avait pris une décision inconsciente, dressé une barrière face aux tourments, face au paradoxe : elle croyait au bonheur. Il fallait être sacrément courageux pour faire un tel pari dans un monde aussi cruel. La montagne ne faisait pas le poids devant cette petite fille.


Elle parvint au sommet en souriant.


***


Au loin, elle pouvait apercevoir Sioun. Le village modeste où sa mère avait vu le jour. Elle traversa un charmant petit pont en demi lune et profita d’une légère pente pour se laisser diriger sans pédaler. Elle voulait déguster ce moment, communier avec l’endroit.


Elle fit halte au bord d’une grande mare pour se débarbouiller. Elle ne pouvait décemment pas se rendre au lieu de son rendez-vous dans cet état. Elle barbota dix minutes, pas plus, le temps de se débarrasser de la gadoue séchée qui collait à sa peau. Bien assez pour que Hou-chi et Shen s’emparent de son vélo et de son sac restés sur la berge. Elle les vit détaler et se précipita derrière eux.


Elle courait le plus vite possible mais ses vêtements humides la ralentissaient. Les voleurs se séparèrent. Hou-chi, qui pédalait comme un dératé, s’engagea sur un chemin le long d’un champ de légumes. Shen, qui avait glissé le sac en jute autour de son cou, prit à gauche vers le centre de Sioun et ses rues étroites. Elle n’hésita pas une seconde. Le vélo valait plus qu’elle mais rien ne valait sa maman.


Elle était incapable de crier, l’effort était trop intense. Elle trébucha à l’angle d’une rue, glissa affreusement, mais se releva en un éclair, sans se soucier de son genou lacéré. Tout en elle était désormais concentré sur ses cuisses, toute l’énergie dont elle disposait était envoyée vers ses muscles surchauffés. Pourtant, inexorablement, elle perdait du terrain. Le garçon était plus grand, ses foulées étaient plus souples. Les larmes roulèrent sans bruit le long de ses joues quand elle le perdit de vue définitivement.


Elle stoppa, égarée dans le dédale, sans repères, sans indices. La toile d’araignée serrée de ruelles, de cours et d’allées tourbillonna. Un voile sombre coula le long de son champ de vision. Elle était au bord de l’évanouissement. Elle posa les mains sur les hanches et se plia en deux en soufflant. Elle était coriace, peut-être, mais ce n’était qu’une petite fille mal nourrie, fatiguée par plusieurs jours d’un voyage difficile, harcelée par une peine sournoise, affaiblie par le paradoxe du monde.


Un garçonnet d’à peine quatre ans tira sur sa manche. Elle leva les yeux et ils se fixèrent quelques secondes, il tendit le doigt pour lui indiquer une direction.


- Vers le ruisseau, dit-il. Suis-moi.


Elle chassa ses larmes d’un revers du poignet, posa la main dans la sienne, et se laissa guider.


Ils serpentèrent entre les maisons blanches puis l’enfant s’arrêta sous une arche, à l’entrée d’une arrière-cour. Il pointa de nouveau le doigt, elle avança.


Shen, assis sur un tonneau, faisait tourner la petite boîte en cerisier devant ses yeux. Une forme floue apparut derrière l’objet, il lui fallut quelques secondes pour faire la mise au point et découvrir une fillette grelottante qui tendait le bras dans sa direction.


- Rends-la moi, je t’en prie.

- Ça ? Demanda-t-il comme s’il avait eu d’autres trésors dans la main.

- Je t’en prie.


Lentement, le bras du voleur pivota sur la droite, par-dessus une barrière en bois qui protégeait les enfants d’une chute dans le ruisseau en contrebas.


- Ne fais pas ça, je t’en prie.


Ils restèrent immobiles une longue minute, les yeux dans les yeux. Shen pesait le pour et le contre. D’un côté, cette boîte n’avait pas de valeur, de l’autre, il n’allait pas céder devant une petite fille. Dans son « métier », la réputation était essentielle. Il n’était pas question de perdre la face.


- Je… Je t’en prie.

- Pourquoi j’la jetterais pas dans la ruisseau plutôt ?


Mei Linn tomba à genoux.


- Je ferai tout ce que vous voudrez, dit-elle.


Shen sursauta, ébranlé par l’émotion qui s’était propagée jusqu’à lui comme une onde sismique. Sa jeune victime était l’épicentre d’un séisme qui le bouleversa. Cela faisait si longtemps que tout lui était égal, que rien ne le touchait plus.


- Euh, ce n’est qu’une boîte.

- Non, chuchota simplement Mei Linn.


Shen examina de nouveau le modeste étui sans comprendre. Un peu groggy, décontenancé par le fouillis de ses propres sentiments, il le déposa sur un piquet et s’en alla d’un pas lourd, comme un soldat quittant le champ de bataille.


Mei Linn releva la tête et se précipita sur l’écrin en cerisier qu’elle serra contre son cœur.


***


Elle stoppa au milieu du chemin, paralysée un instant par le trac. Le champ de lavande s’étendait à perte de vue.


Elle s’enfonça entre les fleurs en frissonnant. Le parfum omniprésent, la terre craquante sous ses pas, le doux frôlement des pétales, tout lui donnait la chair de poule. Elle était là où tout commence, là où les racines poussent. L’océan mauve la noya de souvenirs. Elle ne chercha pas à remonter à la surface, elle laissa les sensations l’envahir comme quand elle filait à toute vitesse sur son vélo. Cette fois, les traînées étaient en elle.


Le soir tombait quand elle s’agenouilla enfin. Elle caressa la terre nourricière puis souleva la petite boîte en la tenant à deux mains comme une offrande faite au ciel. Elle était descendue dans la fosse de cauchemar en pensant à ce moment, pour que la terre retourne à la terre. Elle vida la boîte…


***


Shen s’était débarrassé de la petite fille. Il s’installa sur un tonneau et fouilla le sac avec excitation, comme un enfant ouvrant ses cadeaux un matin de Noël. Il enfonça son bras dans le coffre aux trésors et déchanta rapidement, la besace était presque vide. Il étudia longuement le peigne, le tritura comme de la pâte à pain, mais ça ne le transformerait pas en lingot. Il pourrait en tirer une ou deux pièces, pas plus. Il le glissa dans son pantalon. La boîte, en revanche, semblait pleine de possibilités. Elle éveilla tous ses sens. L’image d’une perle parfaite dissimulée dans un coquillage terne lui traversa l’esprit. Il passa la langue sur ses lèvres et fit pivoter le couvercle. Rien. De la poussière. Non mais, qui transporte de la poussière ? Une terrible frustration, nourrie pas l’adrénaline qui avait envahi son corps lors de la course à travers les rues, le secoua d’un spasme incontrôlable. Il souleva la boîte et la retourna. Poussées par une brise légère, les cendres se dispersèrent en ondulant dans l’air comme de petites vagues.


***


…la boîte était vide. Elle ferma les yeux.


Elle avait fait tout ce chemin pour rien mais elle n’était pas triste. Elle creusa un trou avec les doigts et y déposa la boîte. Elle se releva en souriant, comme toujours… à jamais. Elle avait appris que l’important n’était pas forcément visible. Nous ne sommes pas faits de poussière mais des traînées de souvenirs de ceux qui nous aiment. Un jour, elle essayerait d’en parler, pour l’heure, il ne lui restait plus rien… elle ne s’était jamais sentie aussi riche.


***


À 33 ans, elle publia son premier roman, en voici un extrait :


« … mon vélo ? Je l’ai perdu de vue comme on perd de vue un voisin qui déménage. Je pense à lui souvent et je revois la petite fille qui faisait semblant d’être innocente. Il n’avait pas plus de valeur que moi, tout comme l’âne n’avait pas plus de valeur que la vieille dame dans la montagne. Dans la misère, ce n’est pas d’avoir faim ou froid qui est le plus terrible, c’est de perdre la conscience de soi, de se prosterner devant le sort, de devoir attendre que le temps choisisse pour vous. La misère vous dépossède de vous. Quelqu’un m’a tendu le pne… la main. Ce fut ma chance. C’était un borgne, marqué jusque dans sa diction par la violence du monde. Il fit fortune par hasard, en vendant de l’opium aux riches américains. Ma volonté et ma soif de bonheur n’auraient jamais suffi.


En quelque sorte, ce livre a été financé par de l’argent sale, par la tentation morbide des hommes. Je m’en fiche. Je le sais depuis toujours : ce monde est un paradoxe. Du pire sort souvent le meilleur et vice-versa. J’aimerais vous parler des couleurs de la vie. Vous savez, ma mère est née dans un champ de lavande et j’ai… »



Fin.


 
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   Ninjavert   
7/8/2007
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Aaaah Tchollos, ce commentaire pourrait se résumer à ces quelques mots : tu m'as manqué...

Ce texte est d'une pureté extrême, il y a des relents du "tombeau des luciolles" dans ces images si belles, si vivantes et tristes à la fois, que tu nous peins avec ce brio si particulier.

C'est une belle leçon de philosophie, jamais pénible ni moralisatrice. J'ai eu l'impression d'effleurer quelque chose d'innaccessible en lisant ce texte, perdu entre l'innocence enfantine et la dure réalité du monde.

Tu maîtrises le récit comme d'habitude, avec un rythme, un déroulement et une chute qui m'ont laissé rêveur. Je dois compter sur les doigts d'une demi main les quelques phrases où j'aurait eu envie de changer un mot, de modifier une virgule. Et même ça, je n'aurai pas osé le faire devant la majesté de cette histoire.

Reprends vite ta première place au classement des auteurs, histoire que ce monde se montre reconnaissant de l'admiration que je te porte :)

Merci pour cette bouffée d'air pur, je me demandais si j'arriverais à préférer un de tes textes au vieux Milo, je crois que c'est arrivé.

Ninj'

   Pat   
7/8/2007
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Arggg... Ninj' m'a devancé (je lirai son comm. après). Mais j'avais lu la nouvelle avant lui... Tralalère... Quel beau texte, tout en sensibilité, simplicité, émotion... Vraiment c'est une belle histoire, un conte, sans recherche stylistique exagérée mais pourtant bien écrit. Il y a quelque chose de clair dans l'écriture (je ne sais pas dire ça avec des mots savants). Et je suis étonnée par Tchollos qui nous surprend chaque fois avec quelque chose de différent.... Vraiment bravo !

   Ama   
10/8/2007
Pendant ma lecture (qui fut un temps, il y a longtemps avant les autres mais pas avant Pat... xP), pendant ma lecture donc, je sentais bien sûr cette main de maître, ce style coulant, cette narration qu'on aime tous chez Tchollos. Mais c'est surtout la différence avec les autres textes qui m'a touchée. J'ai l'impression que celui-là est plus proche de son auteur. Comme Ninj, je me suis demandé quand Milo serait surpassé et je trouve qu'il l'est, même si les deux textes sont très différents. Parce que dans celui-ci, il y a une touche d'amour beaucoup plus profonde, beaucoup plus réelle. Les couleurs de la vie et le courage de la fillette sont des sourires tristes que j'aimerais garder encore longtemps après ma lecture. Je m'en suis rendue compte justement parce que le soir, le lendemain, le sur lendemain, les sentiments de cette nouvelle me bourdonnaient encore et encore au creu de l'oreille. Et je sais parfaitement que c'est le signe d'une belle oeuvre, qu'est passée par là et qui m'a laissée quelque chose.

C'est très beau :)

Edit : faut que j'édite, juste pour redire que c'est beau et que j'aime parce que je relis et ca s'embellit à chaque lecture :) vivement que tu nous donnes encore quelque chose à lire, Tchollos!

   Cyberalx   
13/7/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Non mais quel plaisir de te lire !

Je suis d’accord avec Ninj’, Ama et Pat pour leurs commentaires, je ne vais pas en rajouter…

Oh et flûte ! J’en rajoute.

J’aime la diversité de tes écrits, d’un petit appartement en Italie, tu nous emmène dans une province Chinoise, y portant le sens du détail jusque dans les métaphores (aussi raide qu’un soldat en terre cuite de l’armée de Qin Shi.), c’est une technique immersive très bonne, un peu comme le fait de marier un vin à un plat de la même région.

et puis tu ne te moques pas de nous, Par exemple, il y a bien un « bouddha qui rit » au temple du Wuyu.

Et s’il n’y avait que ça !

Mais non, le monsieur se permet aussi d’y coller du sentiment, des personnages crédibles et attachants, une belle histoire…

Pis, c’est rudement bien écrit, tu ne te tords pas le ciboulot pour nous pondre une phrase qui resterait dans les mémoires, tu met ce qu’il faut, où il faut.

Franchement, si tu publies un livre un jour, tu peux me compter dans tes lecteurs.

Si je n’étais pas si rétif aux démonstrations, je te dirais que je t’aime.

   guanaco   
8/8/2007
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
C'est un texte très abouti. Chaque personnage, chaque objet, chaque élément naturel acquiert une dimension qui va au-delà de l'histoire elle-même, c'est tout simplement de l'Homme dont on parle et de tout ce qui le constitue en particulier l'incomplètude.
Un texte plein de Meilinn-colie.
Cette petite fille à mon sens pourrait devenir la mascotte d'Oniris: nous lui donnons tous notre petite boite à illusions perdues et ... advienne que pourra!

   oxoyoz   
10/8/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Tu écris bien (c'est un euphémisme, je l'utilise car sinon tu vas te lasser des superlatif ^^). Pour reprendre les autres, tu nous montres à quel point tu es polyvalent, et avec ca, tu as un sens du détail, du réalisme..

Je n'y ai pas pensé au début, mais le cadre et la mélancolie de la nouvelle font que le rapprochement avec Le Tombeau Des Lucioles est évident. Mais je pense que comme tu ne connais pas les manga, tu n'as pas vu le film. Si tu as l'occasion, fait le cela dit.

Mais en faite la mélancolie, c'est pas vraiment mon truc. Je n'ai pas les histoire triste. Quand Mei Lin, après tant d'effort, se rend compte que la boite est vide, j'ai hésité à continuer la lecture, par peur de la tristesse. Mais ca se passe bien, tu ne fais pas tomber le texte dans le pathos que je redoutais.

J'ai aimé l'extrait de fin. L'idée de cité un texte, dans un texte, et que les 2 parlent de la même chose, et surtout de la manière dont tu mènes le procédé, et très sympa. Et justement, j'ai trouvé ca intéressant de voir le regard de Mei lin adulte sur ces faits, un regard qui interprète à posteriori les choses différemment du narrateur qu'on a suivi le long du récit.

Voila, j'ai aimé, mais je met une note légèrement plus basse que les autres car l'histoire (très belle je dis pas) ne m'a pas autant accroché que d'autre.

PS : tu as écrit : " elle poussait sa bicyclette avec l’énergie d’un escargot anémique", lol, ca m'a fait penser au jour où tu m'as dit "j'ai la capacité de travail d'une moule dans le désert". Tu as le sens de l'imgae ^^

   Togna   
14/8/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Tu nous rappelles ici, sans jamais tomber dans le pessimisme, une réalité de notre monde : le beau peut cacher le laid et inversement.
Le récit est agréable à lire et je me joins qux autres pour les louanges. Cependant, pour le rendre encore plus attrayant, peut-être aurait-il supporté, çà et là, un peu plus de formes interrogatives et exclamatives ? Mais peut-être est-ce voulu pour réhausser la longueur du voyage de Mei Linn ?

   Anonyme   
17/8/2007
C'est avec émotion que j'ai découvert le premier texte de Tchollos. Cela faisait tellement longtemps que j'attendais ce moment. Un clic et là, à portée de main se trouvait sa prose. Mon esprit soudainement jouissif, rempli d'adrénaline s'est préparé au voyage. Mes neurones vagabondaient dans l'imaginaire de ce périple et une fois mes yeux enfuis dans le texte, les lettres se sont mises à danser tel un groupe de villageois sour un dragon... chinois ! Ce fut un régal, un pti bonheur, une découverte, une émotion. Je suis heureux de ce moment et ma (ré)jouissance est égal à celle de l'enfant qui n'a mangé qu'un bonbon pour avoir la salive aux lèvres à chaque fois qu'il pense qu'il en reste 4 dans sa besace. Moi, il me reste 4 textes à découvrir de... Tchollos.

   Bidis   
23/9/2007
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
La vieille bête que je suis avait les larmes aux yeux... juste avant que la fin de ce magnifique texte ne vienne redresser cette ridicule situation.
Je retiens cette phrase sur laquelle je m'en vais à présent méditer : "L’équilibre ne naît pas de l’harmonie des choses mais bien des plus terribles contrastes."

   widjet   
8/2/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Juste après "Milo", ce texte. Que dire ? Je ne sais pas vraiment mais ne rien dire serait tout simplement impossible. C'est...pfff...ah là là...

Déjà, c'est très visuel. Les descriptions servent admirablement le récit. L'auteur met nos sens à contribution avec l'odorat en ligne de mire et ses champs de lavandes. Et quelle formidable heroïne !On est avec la petite fille, juste derrière elle, sur son vélo. On la suit, on voyage en sa compagnie, on ne veut pas la perdre des yeux. Elle est si proche, si forte, si fragile. L'émotion est distillée par petites touches, comme cette amertume, ce désenchentement que l'on sent dans les dernières lignes.
Au-delà de cette déchirante histoire d'amour, c'est aussi l'histoire d'une innocence sacrifiée.
A lire et à relire encore.

Pas de doute Tchollos est fort. Très fort.

Merci

Widjet

   aldenor   
3/3/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
J’ai beaucoup aimé ce texte poignant et poétique.
Je n’ai pas compris la raison d’être de l’explication finale, qui nous ramène à une brusque réalité, alors qu’on s’était perdu dans les champs mauves...
Il y’a deux petites choses qui clochent a mon sens :
1. Le passage ou on découvre que Shen avait vidé la boite ; je comprends qu’il soit en décalage chronologique, mais alors il ne fallait pas employer le passé simple.
2. On ne peut pas nommer des personnages sans les introduire, comme c’est le cas pour les deux voleurs, qu’il aurait fallu présenter brièvement ou garder anonymes.
Je ne tire ces remarques d’aucun manuel, c’est juste comme je l’ai senti, je peux me tromper.

   calouet   
16/3/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je n'ai pas lu le concert de louanges au dessus, mais j'en ai une petite idée... Pour ma part, quelle surprise, j'ai adoré! Ton écriture est la fois visuelle, très fluide, et sensible. Ce texte est très touchant, mais ce n'est pas son principal atout, il me semble. D'abord, tu nous as fait voyager comme si nous connaissions déjà le décor que tu décris, tu nous a emmené avec toi avec une facilité confondante. Et puis le rythme, les coupures, les enchainements entre les scènes majeures, c'est du grand art. Tu amènes ta chute sans forcer, tranquillement, mais elle percute grave quand même... Bravo, j'adore.

PS : un truc, "Ça va tomber dur", pour parler de l'orage, tu ne voulais pas écrire "dru" plutôt?

   Anonyme   
2/4/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai été très ému en lisant cette histoire sensible. Cette petite fille, Mei Linn, nous fait sentir que les choses essentielles résident dans l'être et non dans l'avoir.

Je pense, Tchollos, que tu as un bel avenir dans ta plume !

   Anonyme   
28/6/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
MERCI
j'ai adoré!

   TITEFEE   
28/6/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
le temps de la lecture à haute voix pour BIbi et moi dans le jardin, notre environnement c'est magiquement transformé et nous étions cette petite-fille, philosophe, et confiante en la vie malgré l'existence qu'elle menait
Ton texte est une pure merveille..
Tiens j'ai bien envie d'aller le relire, et pour cela comme je prends le train lundi, je vais l'imprimer...
on attends encore une nouvelle de toi qui nous transporte autant que celle que nous venons de découvrir

   Maëlle   
6/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Moi aussi j'ai pensé au Tombeau des lucioles, mais il m'a manqué quelque chose pour que je m'intéresse vraiment à cette histoire: je l'ai lu avec plaisir, c'est peut-être là le problème, je ne me sens pas particulièrement touchée.

   Flupke   
1/8/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Tchollos,
J’ai bien aimé. Merci. Un thème intéressant et bien brodé. J’aime bien aussi l’extrait tronqué à la fin.
Amicalement,
Flupke

   marogne   
21/9/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L'introduction qui cite le Sichuan m'a évidemment (j'y suis allé tant de fois...) intéressé dès le début de ma lecture.

Je vais commencer par quelques détails:

* un champ de Lavande dans le Sichuan? peut être? mais ça ne me semble pas bien commun, je n'en ai jamais vu ni entendu parler - mais pourquoi pas? Ca ne fait simplement pas trop "typique"
* pas trop "typique" non plus les moulins à prière dans les temples du Sichuan - même si il y en a, ce n'est ps la majorité
* lors du voyage vers Sioun, j'aurais bien utilisé la montagne "Emei" comme symbole, une des cinq montagnes sacrées de la Chine, celà aurait peut être aussi fait un peu plus "local"
* dans les dialogues, je n'ai pas senti la touche "chinoise", trop occidentaux sans doute. Il aurait peut être fallu user un peu plus de l'énumération, de ce goût des nombres et de la précision (même quand c'est faux) des chinois, plutôt que d'user d'expressions indéfinies comme "tas", "bigrement loin", ....

Mais n'empèche, l'idée du titre est magnifique, et pour un provençal, sans doute encore plus. Merci donc de cette nouvelle.

Je vais regarder dans mes photos, si j'en trouve une que je pourrais proposer comme adaptée à cette histoire, et venant du Sichuan (juste pour le fun).

oubli (en re-edition): je trouve la fin, qui nous replonge dans le monde "trivial", un peu inutile, j'aurais préféré rester dans l'innocence.

   xuanvincent   
22/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Cette histoire m'a tout simplement beaucoup plu et touchée dès les premiers mots.

   Anonyme   
22/9/2008
A vif , là, pas de mots, juste une émotion chaude... Tu oses parler de mon empathie pour Tom? je la retrouve ici...
Pas de pathos non plus dans cette nouvelle sensible mais sans sensiblerie... ;-)
Tchollos, c'est une claque que je me prends là, une merveilleuse claque!

J' arrête de suite la parlotte.... je retourne lire...

Désolé, Mei Linn...

Je ne te lache plus encore envie de te suivre sur la route...

   victhis0   
22/9/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
Salut à toi, maître...Je ne sais pas si çà va me donner envie d'écrire pour m'en approcher ou me dégouter à jamais.
D'un naturel prétentieux, je penche pour la première route.
bravo à l'infini Tchollos dont je n'avais - honte et opprobre - rien lu jusqu'ici.

   Anonyme   
20/2/2009
Je suis rentrée dans l'histoire à petits pas prudents. Tchollos, Terra Incognita.
Je me suis baladée entre les lignes avant de me mettre à planer.
Je regardais d'en haut, j'ai visualisé toutes les scènes.
J'ai aimé les dialogues, surtout celui avec Mei Linn, la vieille et l'âne.

Et j'ai tellement ressenti la douleur de Mei Linn derrière son voleur que j'ai buté un peu : courir avec dans le coeur tant d'émotions, tant de douleur, c'est difficile. Ca cloue, ça empêche de respirer et du coup en court moins vite. Mais bon, je ne pratique pas le vélo comme Mei Linn alors peut-être que...

Tout le temps de la lecture, je t'ai vu toi l'auteur, tenant dans ta main ton implacable plume et je me suis dit, c'est bon là, elle a assez souffert, elle va y aller dans son champ de lavande ? Tu vas arrêter de lui mettre des bâtons dans les rayons ?

J'ai buté sur le : elle ouvre la boite... J'ai pas aimé ce flash back. Pourquoi ici à cet endroit ?

Je le relis et je trouve que non, Shen devait savoir qu'il s'agissait d'une urne, (question de culture ?) et que par conséquent la boite avait une valeur inestimable.

"La petite fille qui faisait semblant d'être innocente" ?!? Comment peut-elle dire ça ? C'est renier toute la force de son enfance. Tout ce qui a fait d'elle ce qu'elle est aujourd'hui et en particulier cet épisode là de sa vie.

" Dans la misère, ce n’est pas d’avoir faim ou froid qui est le plus terrible, c’est de perdre la conscience de soi, de se prosterner devant le sort, de devoir attendre que le temps choisisse pour vous. La misère vous dépossède de vous " Oui, immanquablement, mais ça ne justifie pas cette phrase juste avant, qui crucifie son enfance, et la rend dérisoire.

Elle était une chouette, une adorable un magnifique petite fille. Elle ne peut pas balayer cette enfance d'un revers de main, ce serait renier aussi son vélo.
Et son vélo elle y tient ça se voit encore là : " Quelqu’un m’a tendu le pne… la main. Ce fut ma chance. C’était un borgne..."

Ce vélo c'est toute ce qu'elle avait, il ne vaut pas plus ni moins qu'elle, il est sa colonne vertébrale, il est ce qui l'a construite.
Elle ne peut pas le renier du haut de ses 33 ans. C'est pas juste.

"Ma volonté et ma soif de bonheur n’auraient jamais suffi." suffit à quoi ? Je ne comprends pas.

Magnifique nouvelle. Très belle plume.
Des questionnements, tout est bon.

   Anonyme   
20/2/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très beau texte qui mérite largement ses belles plumes oniriques...
On voyage aux côtés de la petite Mei Linn sur les chemins du paradoxe, de l'apprentissage du monde.
Une nouvelle visuelle et dépaysante, plus quelques pétales philosophiques...
Vraiment bien.

   Menvussa   
31/3/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le texte est superbe, que d'émotion.

"Nous ne sommes pas faits de poussière mais des traînées de souvenirs de ceux qui nous aiment. " Une très belle pensée.

   Selenim   
30/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un sympathique road movie à vélo.

L'écriture est simple, les décors colorés et vivants, les dialogues un peu trop décalés.
J'imaginais le langage d'un moine moins...familier.

La force du récit repose sur le contraste entre la simplicité de l'histoire de Mei et la profondeur des réflexions.

L'apparente sobriété du style permet d'embrasser d'un regard des pensées construites et réfléchies.

Un beau voyage initiatique, autant pour Mei que pour le lecteur.

Selenim

   ANIMAL   
3/7/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une histoire extraordinaire de beauté, de sensibilité, qui coule comme une eau vive.
Merci.

   placebo   
1/5/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
je fais partie des personnes qui ont été moins touchées que d'autres. le début, très bon. je regrette juste un peu un texte à peine occidental dans son traitement, bien qu'une part des remarques que je pourrais formuler ne soit que des questions (juré-craché existe-t-il par exemple là-bas ?)

répétition de acier, aucune importance.
le mauve de l'enfance est vraiment bon, j'ai moins gouté une bonne partie du voyage, très poétique mais qui m'a paradoxalement moins touché.

la course poursuite est tout à fait vivante, elle regagne sa boîte de façon désarmante, je me serai bien arrêté sur une morale au début de ce genre, avec l'image de la gamine dans son champ mauve.

mais, il y a une sorte d'épilogue. il m'a beaucoup gêné au début, je ne voyais pas sa signification. J'ai relu, parce que je ne comprenais pas très bien, finalement ce sont les commentaires des autres qui m'ont éclairé. il y a là un retour sur le passé à la fois très pur et cynique, qui m'a dérangé. mais, n'est-ce pas là l'essence de chacun ?

   Anonyme   
31/3/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Vraiment beaucoup aimé ma lecture.. Une belle émotion qui coule bien.
J'ai beaucoup apprécié ces deux images qui m'ont fait rire:
``énergie d'un escargot anémique
``comme un scarabée qui pousse une boule de crotte...
À mon avis, il manque une présentation des deux voleurs Houchi et Shen qui débarquent dans le texte comme si nous les connaissions...
Le passage du pourquoi de l'écrin vide est un peu malhabile...La fillette se rendant compte que l'écrin était vide, aurait pu supposer comme le lecteur que c'était Shen...

La conclusion est une belle trouvaille et la réflexion suggérée est intéressante:
``Dans la misère, ce n’est pas d’avoir faim ou froid qui est le plus terrible, c’est de perdre la conscience de soi, de se prosterner
devant le sort, de devoir attendre que le temps choisisse pour vous. La misère vous dépossède de vous.
Bravo à l'auteur qui possède un réel talent pour l'écriture...
Au plasir de vous lire encore...
Merci du merveilleux partage.

   Anonyme   
18/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
"L'équilibre ne naît pas de de l'harmonie des choses, mais bien des plus terribles contrastes", cette citation aurait sa place parmi celles des plus grands philosophes. J'adore !
Que de tristesse, que d'espoir, que de promesses, que de poésie dans ce texte. C'est incroyable comme les mots nous tiennent... Je ne voulais qu'une chose, lire cette nouvelle jusqu'au bout.
C'est aussi mon premier commentaire et je te le donne car ton texte est le premier qui me touche vraiment.
Merci Tchollos.

   David   
13/1/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Tchollos,

Une très belle histoire qui pourrait aussi convenir à un jeune public, je crois. L'action doit se situer suffisamment loin du premier francophone pour préserver un caractère onirique, mais le récit n'en abuse pas, et préserve même un certain pragmatisme. La chute est originale notamment par ce dernier point, c'est un peu plus qu'une "happy end" sans renoncer à une poésie... colorée.

   ClorisMenset   
4/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Très joli récit, mais il y a des choses que je ne comprends pas.
Je trouve la tentative d'humour franchement forcée (" d'un peigne et... non, en fait c'est à peu près tout ce qu'elle avait" - "haut la ma... le pneu"), ça m'a fait très vite sortir du texte.

Et surtout, je ne comprends pas ta façon d'insister sur l'au-delà du texte où l'on voit un peu trop clairement affleurer l'auteur. Je pense au paragraphe qui commence par "Mei Linn avait souvent expérimenté le paradoxe du monde." Il n'est pas creux en soi, mais je trouve son irruption dans le récit un peu étonnante, peut-être un peu trop appuyée. Tu donnes les clés un peu brusquement, je trouve. A mon sens, la fable marche même assez bien pour ne pas avoir besoin de les donner du tout! J'aurais bien aimé lire le même propos sous une forme un peu plus discrète, peut-être.

Enfin, le dernier point qui me chagrine concerne cet étrange épiloque que je trouve franchement superflu. Ca vient appuyer encore un peu sur quelque chose qu'on a déjà compris et ingéré, et sous une forme étrange; non seulement rien ne prédestine ton personnage à écrire un (ou des) roman(s), mais en plus l'extrait que tu proposes a bien plus l'allure d'une interview. Non seulement ça ne renforce pas la morale de la fable, mais on pourrait même penser que ça l'annule... ("Le monde est dur et aussi fort que vous puissiez vous battre, vous ne serez pas récompensé ; il faut l'accepter. Mais en fait vous serez un peu récompensé quand même, allez.")

Voilà pour moi, j'espère avoir été compréhensible!


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