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Humour/Détente
jomilliard : Les courges de Marie-Miel [Sélection GL]
 Publié le 18/07/12  -  15 commentaires  -  4822 caractères  -  140 lectures    Autres textes du même auteur

Marie-Miel, la fermière lubrique, adore cueillir des courges.


Les courges de Marie-Miel [Sélection GL]


Marie-Miel Tousignant enfanta dix-huit accidents.

À la défense de la pondeuse, je rappellerai aux fins lecteurs que vous êtes que les moyens de contraception n’étaient pas légion dans les années quarante, et qu’il pouvait être extrêmement ardu pour une assoiffée de sexe de combler son vide sans inévitablement en subir de lourdes conséquences. Surtout lorsqu’on a pris un mari dont le liquide séminal était si riche que sa seule évocation aurait suffi à faire gonfler le ventre d’une infortunée pucelle.

Marie-Miel Tousignant était fermière et elle avait décidé, dans les années cinquante, de se lancer dans la culture de la courge. Le pari s’avéra fructueux. Les citrouilles, zucchinis, pâtissons, courges, courgines et courgettes fleurissaient et alourdissaient le champ de la famille Tousignant depuis des dizaines d’années. La réputation des cucurbitacées de Marie-Miel n’était plus à faire ; pas plus, d’ailleurs, que l’activité pratiquée par l’érotomane et son mari à l’occasion de la cueillette desdites courges. C’est ainsi que, dans tout le village, l’action de « cueillir des courges » était teintée d’une allusion sexuelle évidente.

Lorsque Timothé Belleau, jeune interne envoyé en renfort à la suite du décès prématuré de l’ancien docteur du village, reçut son premier patient en la personne de Gérard Saint-Gelais (duquel la matière grise n’était pas souvent sollicitée), une drôle de révélation l’attendait :


– Docteur, avec ma femme, je… c’est délicat…

– Secret professionnel mon ami ! Rien de ce que vous me direz ne sortira de ce cabinet !

– Ah ! d’accord, alors euh… Depuis quelque temps, disons que j’ai de la misère à… à cueillir des courges…

– Avez-vous essayé à quatre pattes en pliant bien les genoux ?

– Oui, oui, mais sans succès… J’vous dis que ma femme commence à trouver mon incapacité… problématique…

– Avez-vous tenté de cueillir des courges avec quelqu’un d’autre que votre femme, quelqu’un de plus fort, de viril, comme monsieur Tremblay, par exemple ? Je suis certain qu’il pourrait vous donner un bon coup de main !

– Cueillir des courges avec monsieur Tremblay ? Vous êtes certain docteur ?

– Pourquoi pas ? Je suis sûr que ses deux fils pourraient même venir !

– Ses… ses deux fils ? Bon, d’accord, je vais aller lui demander…


Une heure plus tard, Gérard Saint-Gelais revenait chez le docteur avec la moitié du visage arrachée par un coup de calibre douze tiré à bout portant par monsieur Tremblay qui, semblait-il, n’avait pas apprécié la proposition « d’aller cueillir des courges avec ses deux fils ».

Mais l’expression maraîchère ne connut son âge d’or qu’à la suite du décès du mari de Marie-Miel. N’ayant plus personne pour satisfaire son appétit démesuré en matière de courges, la fermière lubrique élargit son champ de courges à la grandeur du village. C’est ainsi que, jour après jour, une foule de villageois, jeunes et moins jeunes, venaient cueillir des courges chez Marie-Miel. Les variétés de pédoncules qui se retrouvèrent entre les mains de la sexagénaire auraient fait baver les biologistes du monde entier. Tout était parfait pour Marie-Miel jusqu’au jour où un homme d’affaires décida d’entreprendre l’érection d’un bar de danseuses au village.

Les beaux jours de Marie-Miel étaient révolus. Tous les mâles du village se désintéressèrent instantanément du corps avachi de la fermière pour se pencher avec délectation sur celui, extrêmement plus appétissant, des jeunes nymphettes au déhanchement provocant.

Marie-Miel bouillait de jalousie.

Après six mois d’une disette charnelle involontaire, Marie-Miel réalisa que la seule façon de reconquérir ses pourvoyeurs de plaisir était de les attirer par le ventre. Soucieuse de conserver intacte sa métaphore, elle se mit à concocter une recette spéciale de pâté aux courges et à la viande. Elle se rendit au village et entreprit de faire goûter sa trouvaille aux hommes qui savouraient une bière à la taverne. L’effet fut fulgurant. « J’en ai d’autres à la maison… », roucoulait-elle de sa voix rauque. Les hommes ne se firent pas prier.

La combinaison des plaisirs de la bouche et de la chair fit grand effet auprès de la gent masculine du village, si bien qu’on abandonna progressivement le bar de danseuses. Ce qui, tout bien considéré, était une bonne chose, puisque les danseuses désertaient le cabaret l’une après l’autre sans laisser de traces.

S’ils avaient été un peu moins engourdis par les pâtés et les caresses expertes de Marie-Miel, les policiers auraient sans doute résolu la disparition des danseuses beaucoup plus rapidement. Mais ils étaient trop occupés à tenter de trouver la nature de la viande qui se trouvait dans les petits plats dont ils raffolaient.


– Vous savez, leur répondit un jour Marie-Miel, je n’utilise que les plus belles truies du village dans mes pâtés…


 
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   matcauth   
12/7/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
au moins, l'histoire va droit au but. ça se lit tout seul. Alors cette fiction échevelée et rurale des années quarante va au bout de sa logique folle, donc le tout est réellement cohérent et l'auteur reste constant tout au long de son histoire. Il est certain qu'on voit mal un cabaret avec de jolies danseuses se construire au milieu d'un village au milieu de nulle part, mais ça passe.


Quoique, la fin est un peu trop forcée et précipitée à mon goût. à la fois bâclée et trop facile, tombant cette fois un peu trop aisément dans l'exagération.

Pour le reste, le ton employé est juste, enjoué, virevoltant. Le mot "courge" est quand même répété un peu trop souvent.

Le dialogue est très bon, à la fois drôle et percutant, ce qui n'est pas toujours facile à faire.

Une bonne lecture en tout cas.

   aldenor   
12/7/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Un texte dense, bien construit, inattendu et avec une bonne chute : un modèle de nouvelle courte.
Un seul passage me parait déséquilibré, celui du jeune interne avec son patient. Un texte aussi bref ne supporte pas une si longue parenthèse.
« Tous les mâles du village se désintéressèrent… » : éviter la répétition de « village », superflue.
« … quelqu’un de plus fort, de viril, comme monsieur Tremblay » : « viril » ne me semble pas naturel, venant de la part de l’interne.

   socque   
16/7/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Amusant, je trouve. Une pochade sympathique avec ce qu'il faut de cul et de frissons...

"N’ayant plus personne pour satisfaire son appétit démesuré en matière de courges, la fermière lubrique élargit son champ de courges" : la répétition se voit, je trouve.

   Pascal31   
18/7/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un court récit qui se lit tout seul, très facilement et sans ennui.
L'auteur nous offre une pochade grivoise pas si innocente qu'elle en a l'air... Ah ! les fameux pâtés vont marquer les esprits !
Peut-être l'histoire aurait-elle pu être un peu plus développée, justement sur cette dernière partie si horriblement délicieuse, mais, malgré cela, j'ai bien apprécié cette nouvelle au style impeccable.

   Palimpseste   
18/7/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Après "une couille dans le potage", voici "une bacchante dans la tourte"... Décidément, Oniris se spécialise dans la littérature érotico-gustative, tendance cannibale...

Sur la forme, les dialogues sont bons et enjoués. Le vocabulaire trucculent et le texte farci de petits jeux de mots comme cet "érection d'un bar de danseuses". L'idée d'aller cueillir des courges avec Monsieur Tremblay et ses deux fils est bonne. Le dialogue pourrait être un poil plus long dans le quiproqo, très court.

L'histoire est bien menée même si elle reste loufoque et peu crédible dans sa vérité historique (mais on s'en fiche: on lit une nouvelle joyeuse, pas une thèse sur la vie érotique dans les campgnes durant les années 40). Les personnages sont sympathiques et bien campés.

Pas de défaut visible, juste un goût de trop peu. L'histoire aurait pu être plus dveloppée, mais chacun sait que la longueur d'un texte ne fait pas sa qualité!

   widjet   
18/7/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Une nouvelle courte et efficace dans son intention.

Dommage que les allusions et sous-entendus soient si clairement annoncés (à l’instar du « l’action de « cueillir des courges » était teintée d’une allusion sexuelle évidente » totalement dispensable).
J’ai toujours eu du mal à accepter qu’on mâche mon travail de lecture.

En dépit d’un verbiage parfois excessif (et de quelques répétitions inutiles), la lecture est fluide, le ton des plus légers. La fin cannibalesque et amorale au possible pimente l’ensemble.

Pas super bandant, mais c’est loin d’être désagréable.

W.

PS : « Après six mois d’une disette charnelle involontaire ». Au vu du passage qui précède, le « involontaire » me semble inutile, on avait compris que cette abstinence n’était pas de son fait.

   brabant   
18/7/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour JoMilliard,


Vou...ais !... Là ! Vous y allez peut-être un peu fort JoMilliard ! Bien qu'il ne soit pas interdit au lecteur de jouer le jeu de la grosse gaudriole, oserais-je "déconnade" ?

Je me suis marré avec "Avez-vous essayé à quatre pattes en pliant bien les genoux ?" ; moins avec "... je n'utilise que les plus belles truies du village..." .

Les "variétés de pédoncules" de même que "l'érection d'un bar de danseuses" me semblent téléphonés, à tout le moins trop appuyés.


L'est trop courge pour moi quand même Marie-Miel Tousignant !

   Anonyme   
18/7/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Ouais, ouais, ouais...Ça manque quand même un tout petit peu d'épaisseur. On dirait un fait divers du Parisien.

Et puis je n'aime pas cette façon d'apostropher le lecteur : "Je rappellerai aux fins lecteurs que vous êtes...". Quand je lis un texte j'aime bien qu'on ne m'interroge pas sur ma propre culture.
C'est d'autant plus dommage que le style est plutôt fluide, maîtrisé, presque trop facile. C'est raconté un peu à la manière des vieilles histoires provinciales, un 11 Novembre sous la pluie, quand les langues cuitées se délient au bistrot du cimetière. Il y en a toujours un pour dire : "Tu te souviens?" , et c'est parti.

Je pense que deux pages c'est trop peu pour raconter la genèse d'un crime parfait. Ou alors, vraiment vite fait, avant que l'aubergiste vire tout le monde.
Difficile donc de juger un texte sans savoir si l'auteur est court parce qu'il est incapable d'envelopper son histoire, ou parce qu'il était pressé et qu'il voulait tester les lecteurs avant de se donner à fond.
Je demande donc à revoir un autre texte un peu plus charpenté, si l'auteur veut bien y passer cinq minutes de plus.
Et j'aurais plutôt tendance à être optimiste. En l'état, ma note n'a pas grande signification.

Cordialement
Ludi

   Sidoine   
19/7/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Sexe et beauté ne sont rien face à sexe et pâtés...Mouiii, ça se tient, puisque la dernière alliance permet par deux fois d'être consommateur de chair.

Mais j'aurais aimé en savoir plus sur le comment de la vengeance de Marie-Miel. Une petite vision de la métamorphose des nymphettes en objets de jouissance gustative m'aurait été particulièrement savoureuse.

En outre, je retiens la recette: viande et courge , une tuerie!

   AntoineJ   
23/7/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
il faudrait faire une analyse psychatrique de ce texte, ce serait intéressant ... manger des courges ... jouer avec comcombre ... déguster des truies ...
cela ressemble à un conte de fée sans enfants (encore que) avec son lot de fable (et d'excès) et de poésie (et d'illusion)
j'aime bien la forme, la longueur et le style.
Et la même avec des pommes et des veaux ?

   Dunkelheit   
26/7/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est encore moi, oui, mais je ne savais pas que c'était encore vous.

J'avais lu ce texte en premier avec pour idée de revenir le commenter, puis j'ai lu Tortue-moi et c'est seulement en revenant que je remarque qu'il s'agit du même auteur !

Et finalement en relisant on se rend bien compte que le style est le même, ce côté décalé toujours présent, cette chute sordide et cet humour grinçant. Mais sur ce texte c'est mieux passé (j'ai même laissé surgir un éclat de rire au moment de la dernière réplique).

Finalement ce texte tient plus ses promesses concernant la catégorie dans laquelle il se trouve, d'où la meilleure note.

Au niveau du style j'ai bien aimé les descriptions rapides type nouvelle, déjà si bien maîtrisées dans Tortue-moi, et ce dialogue qui vient rompre justement ce côté rapide d'une histoire racontée dans un bar (ou ailleurs), lui donner un rythme différent.

Bref j'ai beaucoup aimé, et ça devrait suffire comme commentaire !

Bonne continuation

   Anonyme   
25/8/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Cela a un petit goût de Clochemerle qui ma foi n'est pas désagréable...

Le début et le corps se laisse savourer.

l'idée de reconquérir ces messieurs par la panse, n'est pas neuve, neuve... mais pas non plus dénuée d'une certaine justesse.

on peut juste regretter la disparition un peu rapide des danseuses... ce dernier artifice fait un peu pschittt et déséquilibre la fin d'un conte somme toute assez agréable à lire.

et puis surtout, le texte est relativement court, donc dense ! Ce qui pour moi est souvent un plus, parce que cela laisse un parfum de rêve ! Car, à trop dire les choses...

   Tankipass   
4/9/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une petite nouvelle comique très sympathique.

   Taou   
19/10/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai reconnu le style qui me rappelait un autre texte ("Tortue moi") que j'avais lu mais pas commente. Je realise a peine que c'est le meme auteur pour les deux textes.

En somme, j'ai trouve le texte tres bien, mon "moins" vient du fait que c'est trop court, vous auriez pris plus de risque en le rallongeant un peu, surtout vers la fin qui est un peu abrupte. De meme, vous auriez gagne a etre encore plus subtil dans les sous-entendus, histoire de faire languir le lecteur. La scene avec le docteur reste mon passage prefere.

Tortue, courges...serait-on friand de la nature et...des "rondeurs"?

J'attends des nouveaux textes, j'ai hate d'en connaitre le contenu...

   carbona   
11/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Ça fait beaucoup de vices pour une seule femme, elle est gratinée la Marie-Miel !

Cette histoire est fort sympathique, originale, bien écrite et amusante.

Je ne vois guère l'intérêt de mentionner sa fertilité impressionnante si ce n'est pour en arriver à son appétit sexuel démesuré car je m'attendais à ce qu'on revienne sur les enfants par la suite et non ce n'était qu'un détail.

La fin est intéressante mais aurait mérité d'être étayée ne serait-ce qu'en quelques lignes pour produire une effet plus important. Car elle est mentionné tellement rapidement qu'on n'a à peine le temps de la découvrir et c'était déjà terminé. Elle est trop expédiée à mon goût.


L'expression "cueillir des courges" est excellente avec tout le quiproquo qui s'ensuit.

"Tous les mâles du village se désintéressèrent instantanément du corps avachi de la fermière pour se pencher avec délectation sur celui, extrêmement plus appétissant, des jeunes nymphettes au déhanchement provocant." < "sur celui" le singulier me surprend

Merci pour votre texte.


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