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Réalisme/Historique
JPMahe : À quoi tient la vie ?
 Publié le 08/07/19  -  8 commentaires  -  14282 caractères  -  67 lectures    Autres textes du même auteur

Tirée d'une histoire vraie, chronique d'une journée tragique dans le sud-ouest de Madagascar.


À quoi tient la vie ?


Le soleil se couche sur la plaine d’Ankazoabo, ville perdue dans le sud-ouest de Madagascar. La ville traîne sa langueur au milieu d’un no man's land de végétation luxuriante mais où il ne fait pas bon s’aventurer dans la nuit. En effet, les voleurs de bœufs y règnent en maîtres une fois le soleil caché. Se glissant furtivement dans les troupeaux, ces dahalos subtilisent les plus belles bêtes qu’ils revendent ensuite à des « hommes importants », pour certains liés au pouvoir. Les vols de bœufs, autrefois preuve de courage des jeunes hommes de la région, se sont transformés en une activité d’une lâcheté sans pareille, ponctionnant les paysans de ce qui fait l’épargne d’une vie.

Le matin, la ville d’Ankazoabo s’éveille dans la poussière et les odeurs des vaches qui traversent les routes cabossées. Emmitouflés de couleurs vives, les habitants rejoignent des petites échoppes, s’assoient sur d’improbables bancs en bois pour boire un café sucré au fond d’une tasse lavée dans une eau aussi sombre que le breuvage qu’on leur sert. S’il leur reste quelque monnaie, ils mangent un ou deux beignets frits, juste sortis d’une marmite d’huile bouillante à côté de laquelle des enfants inconscients jouent.

Les femmes portent des coiffures dignes des plus grands pâtissiers, petits chignons mignons sur les côtés de la tête, longues tresses savamment cuisinées genre pains aux raisins, la femme malgache met dans ses cheveux toute la coquetterie que lui permet son état de femme mariée, ou à marier. Son visage ne sourit pas encore, cela vient plus tard dans la journée, on y sent encore la fatigue de la nuit et l’incertitude de la journée à venir, où il faudra vendre quelques tiges de manioc, quelques poissons frits pour survivre.

Les vazahas, c’est ainsi qu’on appelle les Blancs, qui se baladent ce matin-là dans les rues d’Ankazoabo ne perçoivent pas la subtilité du combat pour la vie qui se joue sous leurs yeux. Leurs regards volent au-dessus de la nasse où se mêlent les habitants, les animaux et les quelques véhicules qui amènent les marchandises au marché qui s’ouvre. Ils sont l’objet d’une attention discrète, on les soupèse du regard. Les hommes évaluent leur richesse qu’ils jugent souvent infinie, et les femmes se demandent pourquoi la nature ne leur a pas donné un peu de leur teint blanc, qu’elle a si généreusement distribué à des visages aussi peu gracieux.

Cette journée d’avril 2019 s'annonce bien pour Jao, manœuvre sur un camion venu vendre sa cargaison de lessive et autres denrées. Ce matin, après avoir fini son travail, il va prendre un taxi pour rejoindre Tuléar, la capitale du sud-ouest de Madagascar, où on l’attend pour les fêtes de Pâques. À vingt-cinq ans, Jao n’a que peu de distractions, ses loisirs sont faits de jeux de cartes ou de dominos avec ses amis, de flirts fugaces et bières sévèrement comptées par son maigre salaire.

Le taxi dans lequel, avec son frère, il a pris place, est une vieille Peugeot 505 Break verte. Après une vie en France, elle est venue s’offrir une nouvelle existence, pitoyable, sur les routes infernales de Madagascar. Étouffé entre une commerçante odorante, et la portière doit ressort de la tringlerie usée, Jao goûte le bonheur de pouvoir mettre sa tête à la portière pour respirer, en pleine face, les odeurs du matin. Un peu d’air frais, beaucoup de poussière, et des branches qui frappent au passage seront son lot pendant tout le voyage. Jao est heureux, la liberté de ce week-end de Pâques lui promet trois beaux jours de vacances. Dimanche après la messe, il ira faire la fête avec son frère et ses amis. Lundi de Pâques, il sait qu’il verra Tiana, sa lointaine cousine, en maillot de bain sur la plage. Il admirera ses jolies formes et elle l’arrosera de ses sourires taquins.

Les Blancs qu’il a croisés ce matin, ne sont pas des touristes. D’ailleurs qui aurait l’idée de venir faire le touriste à Ankazoabo, où la beauté du paysage est cachée par la peur du voyage, où respirer la tranquillité d’une ville provinciale ne se fait pas sans imaginer la violence qui peut s’inviter au menu de chaque déplacement. Ce sont en fait les membres d’une association venus aider la mairie à réparer le réseau d’eau de la ville.

Ankazoabo est une ville sinistrée, délaissée, surtout en matière d’accès à l’eau. Chaque jour les habitants passent devant l’énorme château d’eau en forme d’œuf, toujours vide, qui signale l’entrée de la ville. Sa grosseur signale l’énormité de ce qui fait l’une des plus grandes maladies du pays, après le paludisme ou la fièvre typhoïde, la corruption ! C’est la corruption qui fait que ce réseau ne fonctionne pas ; construit grâce aux fonds d’une banque de développement, conçu par les meilleurs bureaux d’étude, mais mal réalisé par des entreprises obligées de verser un pourcentage conséquent à des fonctionnaires véreux.

Le service d’eau s’est arrêté après seulement quelques mois de fonctionnement. Aujourd'hui le forage qui l’alimentait a été détourné pour arroser un lopin de terre, le générateur a été cannibalisé, le local technique envahi par les herbes, le château d’eau sert de refuge aux oiseaux et aux chauve- souris. Les bornes fontaines, qui devaient fournir l’eau aux habitants, font trôner leurs carcasses quasi détruites le long des chemins ou des places, et servent, au mieux, aux vaches pour se frotter les flancs. À Ankazoabo, on a construit ou reconstruit ainsi, au fil des ans, trois générations de réseaux et de fontaines, désormais vides, qui se regardent maintenant, à quelques mètres de distance, en se demandant pourquoi on les abandonne ainsi quand la population souffre tant du manque d’eau.

À Ankazoabo, l’eau que boivent les gens est soit extraite de puits insalubres, pour peu on y verra les impuretés se battre avec les microbes, soit elle est amenée, à prix d’or des villages avoisinants. Il faut alors payer jusqu’à 1000 ariary (0,25 EUR) pour un bidon de 20 litres, ce qui représente l’un des postes de dépense le plus important des familles.

Les Blancs de ce matin ont rencontré le maire, ont interrogé le personnel du centre de santé, évalué la possibilité de faire de nouveaux forages, discuté avec les habitants au marché, heureux d’avoir une activité originale à faire et à raconter. Les Blancs, comme toujours, sont pressés. Arrivés la veille, ils ont quitté Ankazoabo en fin de matinée, quelques heures après le taxi de Jao.

Le chauffeur du taxi 505 est jeune, à peine plus âgé que Jao. Il conduit brutalement, sans égard pour sa vieille monture. Les sièges usés du véhicule se rappellent en permanence aux fesses des passagers ; la famille installée au dernier rang vient régulièrement cogner sa tête sur le plafond décoloré du véhicule. Le coffre hurle la mort sur ses gonds, accompagné en écho par le grognement des portières. Le chauffeur est indifférent à la complainte de son véhicule et des passagers. Sa tête est branchée sur le son d’une musique nasillarde qui sort d’un vieil autoradio, son œil est rivé sur la route, son attention encore alimentée par le verre de mauvais rhum qu’il a pris avant de lancer son véhicule sur la route.

La route n’a en fait rien d’une route. Elle mériterait le nom de chemin si son rôle n’était pas de lier une ville à la route nationale 7. Les trous succèdent aux bosses. Les bas-fonds pleins de boue alternent avec des tronçons sableux dignes du Paris-Dakar des années 80. Mais la traction avant de la 505 y fait merveille, ses roues avalent les obstacles, et chaque fois que l’on croit qu’elles vont refuser de coopérer, elles se ravisent et sortent la longue carcasse de son obstacle. Le moteur, improbable mélange de mécanique, de fétiches et d’accessoires hétérogènes, se montre étonnement coopératif. Jao, avec les autres hommes, est quand même descendu plusieurs fois, pour pousser ou calmer la soif du radiateur vert-de-gris. La distance qui les sépare maintenant du plan lisse du goudron de la Nationale 7 s’amenuise, et tout le monde anticipe avec délice le moment où la route, devenue calme, ne vous fera plus mal aux fesses ou au dos.

Les vazahas voyagent plus confortablement dans un Land Cruiser, sorte de vaisseau mécanique, spécialement conçu contre les forces obscures que l’Afrique dresse devant la modernité routière. Équipés d’un bon moteur et d’un bon chauffeur, ils affrontent sans peur la boue, le sable, les pièges cachés dans les hautes herbes de la brousse. De temps en temps ils croisent une voiture ou un camion à l’arrêt dont le chauffeur endormi sous le châssis attend, sans se brusquer, la pièce de rechange qui le réveillera de sa sieste.

Partis bien après le taxi collectif, le Land Cruiser des Blancs atteint le goudron au niveau de Sakahara, seulement une petite heure après la 505. Sakahara, ville bord de route, sans âme, improbable repère de chercheurs de rubis et de pierres précieuses. Ces pauvres gens se font plumer par les négociants asiatiques qui ornent la route de boutiques d’achat de « Gems » ; ici se reproduit le miracle de la richesse indécente de ceux qui recueillent, dans leurs mains avides, le travail de ceux qui remuent la terre pour en extraire un trésor dont ils ne profitent jamais.

Jao et son taxi se sont arrêtés à Sakahara ; des petites commerçantes se sont ruées sur la voiture pour leur vendre un peu de nourriture ; la troupe ankylosée est sortie hébétée du véhicule pour être compressée à nouveau sous le flux de propositions de nourritures surchauffées au soleil. Un café, un Coca pour certains, des bananes, des oranges, ont ainsi changé de mains, le tout avec des sacs plastiques qui finiront, sous peu, leur vie interminable sur le bord de la route, une fois que la 505 aura repris sa route, ce qui advient après quelques coups de klaxon énervés du chauffeur.

Après le départ, la voiture commence sérieusement à protester au niveau de la roue avant gauche. Le bruit de la musique et l’abrutissement du chauffeur ne suffisent plus à cacher l’urgence de la situation. Les passagers sont inquiets, ils s’interrogent du regard ; ceux qui bavardaient insouciants se taisent désormais. Ils attendent le verdict implacable de la mécanique maltraitée depuis de longues heures, qui finit par s’arrêter. Sans rancœur pour la voiture ni le chauffeur, ils savent qu’il va falloir patienter au soleil le temps qu’il faudra pour que la pièce de rechange arrive de Tuléar.

Le taxi s’est arrêté en sortie d’un virage. Sans prendre le temps de signaler la voiture par des branches, qui servent en Afrique de triangle de signalisation, le chauffeur a commencé à démonter la roue. Les voitures qui passent en trombe, surprises de découvrir le véhicule si mal garé, klaxonnent de longues secondes pour l’avertir de son inconscience. Mais, aidé par le frère de Jao, le chauffeur a continué à démonter la roue puis le moyeu, pour s’apercevoir que c’est le cardan qui a rendu l’âme. De Tuléar on lui promet, par téléphone, de mettre la pièce au plus vite dans un taxi-brousse qui fait la remontée de Tuléar vers Tananarive.

Jao est descendu de la voiture, du côté fossé, quand le gros Land Cruiser gris des vazahas sort à pleine vitesse du virage. Au même moment, un énorme camion arrive, avec la pleine conscience de sa supériorité routière, dans l’autre sens. Jao sait que le choc est inévitable. Il a, en un éclair, jaugé les forces en présence, réalisé que le taxi allait se faire broyer par le Land Cruiser qui n’aurait pas le temps de freiner suffisamment.

L’habile chauffeur du Land Cruiser a partagé l’éclair de panique de Jao. Son regard exercé a imaginé en un quart de seconde tous les scénarios. Après avoir amorcé un freinage d’urgence, il a lâché le frein pour avoir la pleine maîtrise de son lourd véhicule. Son regard s’est porté sur le bas côté de la route, brousse couverte d’arbrisseaux et de hautes herbes, qui peuvent cacher une grosse pierre, une souche, ou un énorme trou. Devant la certitude de l’impact dévastateur avec le taxi à l’arrêt, il a choisi l’incertitude d’un passage en force dans la végétation inconnue qui borde le taxi sur sa droite. Le Land Cruiser plonge dans le fossé.

L’analyse de Jao l’a malheureusement amené à prendre le même et mauvais chemin. En fuyant le taxi sur la droite, ralenti par les herbes et les taillis, le jeune homme a quand même le temps de tourner la tête pour apercevoir le visage des passagers du Land Cruiser, terrorisés par ce qui va se passer.

Le Land Cruiser frappe le jeune homme de plein fouet au moment où ce dernier fait une tentative désespérée pour s’extraire de la trajectoire du véhicule. Jao disparaît sous la mécanique impuissante à l’éviter, qui le traîne sur plusieurs mètres.

Il entend maintenant au loin des cris, des hurlements, des pleurs. On le cherche dans les hautes herbes, et on finit par réaliser qu’il est coincé sous le véhicule, qui recule doucement pour laisser paraître son corps meurtri. Jao respire, mais il sent à peine son corps transporté sur le siège de la voiture. Il entend les pleurs de son frère assis à ses côtés, il devine les paroles d’une femme blanche qui lui parle doucement. Ses yeux sont ouverts, sa bouche émet des grognements, mais il arrive à avaler une gorgée d’eau. À l’invitation de la femme blanche, assise derrière lui, il essaie d’ouvrir des doigts, bouger ses pieds, qui semblent fonctionner. Il entend les encouragements de son frère et des autres passagers.

Le Land Cruiser fonce vers Tuléar avec son équipage en tension. Les téléphones s’agitent pour s’assurer que les services d’urgence de l’hôpital de Tuléar seront là pour accueillir au mieux Jao. Mais qu’espérer un samedi de Pâques dans un hôpital, où même en temps normal, rien ne fonctionne correctement.

La femme blanche continue de parler, elle éponge son visage ensanglanté, caresse son front. Jao pense à sa cousine Tiana, à la douceur de sa voix. Il voit distinctement le bleu intense de la mer envelopper son corps gracile.

La voiture entre dans l’hôpital au moment où Jao sent ses forces diminuer. Son corps qui l’abandonne est transporté sans ménagement sur une civière par des brancardiers blasés. Il sent à peine les doigts du docteur qui l’ausculte et qui ne constate aucune fracture. C’est sur ces mots que Jao s’endort, dans le voile du visage de Tiana.

Le médecin déclare la mort de Jao quelques minutes plus tard.


 
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   plumette   
23/6/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'étais à Madagascar( que je ne connais pas) dans cette contrée où on manque de tout et où on se contente de peu, par obligation.

L'auteur, grâce à son écriture précise et descriptive, a réussi à capter mon intérêt, j'ai aimé dans le cours du récit, découvrir certaines coutumes ( les coiffures des femmes), avoir un aperçu du quotidien, voir dénoncé le mal qui ronge le pays ( la corruption).

Tout le contraste entre la vie locale et les vazaha ( les blancs) est illustré par les deux véhicules: la vieille 505 peugeot et sa x ème vie de Taxi brousse et la land cruiser qui véhicule les visiteurs.

Même si on s'attend à cette fin tragique, annoncée dans le résumé, le récit ménage une sorte de suspens et la lectrice que je suis espérait jusqu'au bout une issue plus favorable.

Une belle nouvelle qui rend hommage à ce jeune dont le destin s'est scellé dans un choc ( de culture).

Merci pour ce partage

Plumette

   Corto   
27/6/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Cette nouvelle est un tableau réaliste, placé ici dans le sud de Madagascar mais qui pourrait sûrement être reproduit en Inde ou dans bien d'autres pays.

La misère qui est plus qu'une misère, une presque-vie accablée par les méfaits d'une société qui ne sait même plus qu'on peut vivre autrement que dans la misère.

On ressent bien l'isolement, la corruption très organisée, l'absence de règles et de structures qui pourraient aller (un peu) vers le progrès, avec l'exemple de l'adduction d'eau ici bien décrit.

Bien décrit aussi le taxi brousse (Peugeot forcément) qui ne résistera pas aux épreuves qu'il subit, mais chacun sait que le temps est une notion si relative, qu'à la fin du jour le soleil se couchera avant de se lever à nouveau.

L'accident cruel qui aurait pu être évité en anticipant le danger, mais dans une vie de misère qui peut prétendre vraiment anticiper ?

Ce texte sent bien son vécu, y compris dans les quelques maladresses de rédaction.

Une question mineure mais réelle: pourquoi donc avoir transformé les zébus en bœufs ? Pour être mieux compris ici ? L'importance du zébu à Madagascar est pourtant connue.

Bien sûr les plus audacieux pourraient dès lors se lancer dans une analyse socio-économico-politique de la grande île. Mais les bases posées par ce texte semblent suffisantes à cette heure.

Merci à l'auteur.

   senglar   
8/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour JPMahe,


Texte dense, intense, qui raconte la misère ordinaire, là-bas, au loin, très loin, dans un pays intemporel qui est un continent : Madagascar. L'auteur connaît son sujet : le Sud-Ouest de cette île gigantesque. Il a failli me lancer sur un fausse piste (lol) avec ces voleurs de boeufs que j'ai attendus tout au long du récit comme dans le "Désert des Tartares" on attend un envahisseur qui n'est jamais venu. Non, ici c'est de voleurs de vies qu'il s'agit, et même si les gens sont très pauvres, ils en profitent de la vie, avec des plaisirs simples : un peu de repos, la grâce d'une cousine. Mais même cela on arrive à le leur voler.
Et le pire c'est qu'il n'y a même pas de coupables, sinon le système, la prévarication, la corruption érigée en système contre laquelle on ne peut rien. Devenue une sorte d'atavisme. C'est comme ça, c'est tout.

Poignant.

Bravo à l'auteur !


Senglar

   hersen   
8/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un texte tout en simplicité qui raconte les choses simplement.

J'ai été surprise par le tour que prend la nouvelle, car le début me donne un aperçu qui ne sera pas poursuivi.
Donc, je continue ma lecture avec en arrière-plan les voleurs de bovins. je ne comprends qu'après coup qu'ils font tout simplement partie de la vie de ce coin, tout comme les fontaines qui s'éteignent inéluctablement.
Cette nouvelle offre un voyage au coeur d'une misère où le touriste ne vient pas, en racontant les faits tels qu'ils sont (c'est en tout cas le sentiment que j'ai)
Par contre, je pense que l'on aurait pu davantage connaître Jao, ce qui aurait donné plus d'impact à ce texte.

Merci de la lecture.

   mirgaillou   
11/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai apprécié le réalisme de cette histoire le cœur serré...car j'ai fait un très beau voyage à Madagascar en 2016.
J'ai été touchée par les transhumances des zébus que l'on rencontre le long des routes.
Nous avons eu plus de chance que vos protagonistes, notre chauffeur était excellent.
Adorables fillettes et femmes si coquettement coiffées, seul luxe qu'elles peuvent s'offrir.
Un des membres de notre groupe a eu un grave accident dans un des ces villages où l'on ne trouve ni aide médicale ni pharmacie.
Mais pour en revenir à vous et votre histoire, sa force évocatrice ne triche pas. Votre écriture est claire et efficace et m'a permis de me replonger avec plaisir dans des souvenirs chers.

   Marite   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Récit très intéressant qui m'a "happée" dès le premier paragraphe. Si l'on s'en tient aux faits relatés, rien d'extraordinaire : accident de la route se terminant par le décès de l'un des passagers. Ce sont tous les détails qui accompagnent le récit qui m'ont séduite car très réalistes. Je ne connais pas Madagascar mais j'ai connu d'autre lieux où cela aurait pu se passer.

Comme souvent sous ces latitudes, quand l'homme ne peut plus intervenir dans une situation, on prête aux objets une possibilité d'intervention et de décision qui peut modifier le cours des évènements traversés.
Ce passage m'a particulièrement séduite et amusée :
" Mais la traction avant de la 505 y fait merveille, ses roues avalent les obstacles, et chaque fois que l’on croit qu’elles vont refuser de coopérer, elles se ravisent et sortent la longue carcasse de son obstacle. Le moteur, improbable mélange de mécanique, de fétiches et d’accessoires hétérogènes, se montre étonnement coopératif." ( je crois que ce devrait " étonnamment" au lieu de " étonnement" )

Si réaliste aussi ces passages : " Les vazahas, c’est ainsi qu’on appelle les Blancs, ... ne perçoivent pas la subtilité du combat pour la vie qui se joue sous leurs yeux." - " Les blancs sont toujours pressés " ...

Au 6ème paragraphe je crois qu'il doit y avoir une petite erreur, involontaire je pense : " Étouffé entre une commerçante odorante, et la portière doit ressort de la tringlerie usée,..." Ce doit être " ... d'où ... " au lieu de " ... doit ...".

Au final un très bon moment de lecture, dépaysant certes mais si bien écrit que l'on se laisse emporter sur les routes cahotiques en acceptant le risque car " À quoi tient la vie ? "

   cherbiacuespe   
25/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bien.

Commençons par la forme. Ce texte me semble se rapprocher plus du commentaire d'un reportage télévisé ou, à défaut, d'un article de presse que d'une nouvelle. Ce qui n'enlève absolument rien au contenu. Un fait divers, selon mes propres critères, très bien relaté. Chaque détail est à sa place et n'alourdit jamais le récit toujours prenant jusqu'à sa conclusion.

Le fond, maintenant, et je réitère mes précédentes remarques sur l'expression de cette histoire. On y trouve tout ce qui freine l'Afrique dans son élan d'émancipation, et notamment, une corruption endémique accentuée par une attitude insouciante et absurde des pays riches. Ce que je retrouve ici parfaitement exprimé.

La seule question que je me pose: ai-je lu une nouvelle ou un article de presse?

Peu importe, en vérité, la réponse. Voilà un écrit d'excellente facture que je recommande à tous tant il est édifiant de vérité et d'observations justes. Donc, je valide!

   JPMahe   
20/8/2019
Modéré : Commentaire de l'auteur sous son texte (si besoin, ouvrir un sujet dans "Discussions sur les récits").


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