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Humour/Détente
kok : La vie est belle
 Publié le 21/03/08  -  8 commentaires  -  5928 caractères  -  29 lectures    Autres textes du même auteur

Joyeuse journée d'un homme brave.


La vie est belle


Chapitre 1

Toujours cette pluie, j'ai rêvé de pluie et j'avais froid. Je viens de me réveiller sur un trottoir. Il pleuvait. Je suis invisible pour la population, les vieilles dames passent avec leurs petits chiens, elles m'ignorent et leurs chiens me regardent avec pitié. Il doit être environ quatre heures de l’après-midi, ma bouteille de whisky est vide et j'ai la chair de poule. Je retire mon bonnet. Habituellement il est rose, mais là il est tellement sali par la pollution et les trottoirs souillés, qu'on ne voit plus la couleur d'origine. Je l'essore. Une eau noire éclabousse mes pompes.


Un gros nuage se vide sur la ville. Mon corps tremble un peu partout. Je ne sais pas pourquoi je me suis réveillé. Je vais probablement mourir avant la fin de cette journée. Aucun de mes vêtements n'est étanche, je fuis.


Il faut que je me lève, il faut que je me lève, il faut que je me lève, je me lève. Merde. Je n'y arrive pas, mes jambes ont l'air gravement engourdies parce que je n'arrive pas à les bouger, et je ne sens plus rien. Elles sont étalées, raides mortes, le long du trottoir. Je me mets à rire en les regardant. Je ne sais pas exactement quoi faire dans la seconde alors j’attends, immobile, que mes jambes reprennent conscience, je regarde les gens qui défilent.


Comme chaque lendemain de cuite, je scotche.


Le décor du jour est composé d'une boulangerie fermée, d'une banque, d'une vieille Peugeot bleu marine en stationnement interdit, de deux lampadaires ordinaires, d'une boîte aux lettres (...) et d'un vieux clochard abruti, sous un abribus, qui a l'air de se foutre de moi. Il y a aussi une affiche publicitaire géante pour un parfum féminin. La fille qui pose ressemble à Nicole Kidman. Elle est au milieu d'un paysage aride infini.



Chapitre 2

Je me sens vraiment mal, j'ai soif. Ma tête se dirige vers le ciel, les os de mon cou se mettent à craquer, je ferme les yeux et les gouttes de pluie s'écrasent sur mon visage. J'ouvre la bouche et je bois. J'ai l'impression que mon cerveau est en train de glisser vers le fond de mon crâne. Il y a un gros vide derrière mes yeux. L'eau que je suis en train de boire est en train de geler l'intérieur de mon ventre. Je tousse doucement, mes yeux s'ouvrent brusquement et l'image du vieux clochard d'en face arrive dans mon cerveau avec une seconde de retard. Mon corps est désynchronisé.


Vision à l'envers de saut en parachute et sensation de sous-marin dans le crâne.


Tout s'étale sur moi, je crache ce qu'il me reste, un sale goût dans ma bouche, dans ma gorge, un sale goût dans mon ventre. Je viens de vomir.


Ma tête est redescendue.



Chapitre 3


La pluie a cessé. Il n’y a plus le vieux clochard dans l'abribus. Mes jambes semblent en état de marcher, mais mes pieds sont toujours morts. La pluie a lavé mon vomi. Deux flics tournent autour de la vieille Peugeot, je les entends parler et rire. Une vieille avec un petit chien les regarde d'un air méprisant. L'un des deux flics ouvre la portière et entre à l'intérieur, l'autre entre aussi et ils partent. La vieille reste plantée là quelques secondes, l'air bouleversé et stupide. Elle se met à parler à son chien. Elle lui parle de morale, je crois. Un rayon de soleil éclaire la rue. J'aime bien cette vieille. Elle me surprend en train de la regarder puis elle se barre.



Chapitre 4


Je suis un mort vivant, un putain de fantôme alcoolique qui marche à contresens dans la rue. Mon pied gauche traîne un peu. Je croise des regards effrayés, de grands cadavres en costume de luxe qui se déplacent en troupeau. Mes vêtements sont en train de sécher. Je ne me souviens pas où j'habite actuellement alors, je continue de marcher.


À l'intérieur de mon ventre, c'est le néant. J'ai la dalle. Je fouille dans ma poche et trouve quelques pièces. Un bar semble ouvert alors j'y vais et je commande des frites et un whisky. L'éclairage est doux, on entend Lou Reed chanter dans la radio. Je reste devant le comptoir en attendant la fin de la chanson. Le patron ne me parle pas. Je vais aux chiottes et je m'y enferme.


Devant le miroir, je suis en train de pleurer.

Je me souviens d'hier, vaguement, une danse dans un vieux bar. On finit les soirées seul, souvent. Je me souviens de l'école maternelle, de mes déguisements de super héros. J'étais Batman. Je me souviens des cours de maths au lycée et de cette prof qui employait régulièrement le mot "redondant". Je me souviens de cet homme chauve dans une station-service avec qui j'avais parlé de pêche à la grenouille. Je me souviens de la première console de jeu vidéo, d’une bagarre où on m'avait brisé le nez et où j'avais fêlé trois côtes à ce type. Je me souviens de cette fille que j'avais embrassée dans l'église, de ma soirée d'hier, de ma mère qu'il faudrait que j'aille voir un de ces jours, et surtout je me souviens que suis encore un peu ivre et que je ne faisais plus gaffe à ça.


J'ai la chiasse, c'est atroce. J'ai envie de hurler.


Vision d'apocalypse, et du diable sortant de l'anus



Chapitre 5


Retour au comptoir, les frites et le verre de whisky sont servis. Je suis heureux. Je m'installe doucement parce que mon cul me brûle encore. Je commençais juste à manger et à boire quand un type est venu me voir et m'a offert un verre. Il dit :


- Salut mec, alors t'as fini comment hier ?


J'ai dû faire connaissance avec ce gros tas autour d'une bouteille hier soir. Je ne me souviens pas de lui. Je lui adresse un signe de tête parce que je ne suis pas en état de parler. Le serveur arrive et nous sert deux bières. Le gros type me propose de "se mettre la gueule". Je me marre doucement... Au point où j'en suis, autant finir dans les règles de l'art...

La vie est belle. Retour à la case départ :



Chapitre 0


Le décor du jour est (...)


 
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   David   
21/3/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Kok,

Un tempo ces cinq chapitres, sinistres avec des passages trés durs: le réveil, la diarhée, mais un personnage qui n'est pas mendiant, juste ivrogne, il a même une connaissance. Par contre peu de mots sur ce qui l'a amené là, pas d'explication, juste son présent, ça rend le récit trés realiste, il met mal à l'aise.

   clementine   
21/3/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Récit cru, sans aucune complaisance.
Le personnage a atteint le fond et au fur et à mesure du discours, il nous y entraîne.
Les phrases souvent courtes assènent.
J'ai beaucoup aimé les flashs de retour dans le temps où se mêlent la petite enfance et le passé récent. Cela nous introduit dans l'intimité du narrateur et nous amène inévitablement à la question du pourquoi.
But atteint, j'ai la gueule de bois!

   strega   
21/3/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Oui, bravo. J'ai moi aussi la bouche pâteuse...

C'est très bien mené, les descriptions courtes, tranchantes, frappantes, me parlent beaucoup. Bien sûr c'est dur, quelqu'un en doutait ?

Le ton est tragiquement juste, cette forme de conscience, de culpabilité aussi. C'est plus que réaliste, c'est presque une photographie là...

Au contraire, le pourquoi de cet alcoolisme ne m'a pas manqué, pour la bonne et simple raison, que pour le moment, sur l'instant, ça n'a aucune importance. On vit ce moment avec le protagoniste, on se met facilement à sa place, on se dit que ça pourrait très bien nous arriver, à nous aussi.

Bravo, j'aime cette nudité là...

   Anonyme   
21/3/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Réaliste ? Bien sûr..

Et qu'est-ce que le lecteur que je suis en tire ?

Ni malaise ni tristesse, ni rires ni pleurs.
Cela n'engage que moi mais un peu plus d'épaisseur n'aurait pas nui au réalisme

   kok   
21/3/2008
Merçi pour vos avis, je ne suis pas habitué à écrire, c'est ma première nouvelle.
Dans la vie est belle, je me fous un peu de l'aspect réaliste, j'ai juste essayé d'exprimer un sentiment de détachement, de liberté et de souffrance physique. Je n'ai pas cherché a développer de psychologie, seulement des fragments spontané de pensée sur ce qui se passe sur le moment.

   Cassanda   
23/3/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je ne suis pas convaincue... Je comprends ton intention, les phrases courtes sont percutantes mais ton personnage manque un peu de... comment dit Emrys, d'épaisseur ? Je crois effectivement que si ton personnage est pris dans un moment de sa vie, avec quelques retours dans le passé, cela passe bien, mais pourquoi en est-il arrivé là, et tout ce qui fait qu'il est dans cette situation sont des éléments qui me manquent...
Du coup, je reste en dehors de cette histoire...
Bravo en tout cas pour ce premier texte.

Cass'

   marogne   
24/3/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai trouvé le vocabulaire, la forme, bien trop soignés pour décrire ce que l'on peut exprimer dans un tel état. On aurait envie de mieux sentir en le lisant le goût du vomi, la tête qui tourne, les hauts le coeur, les relants de bierre, acres, pourquoi pas sentir encore le gros rouge qui a dégouliné sur la chemise, ou le whisky, le titubement lors de la "levée", la retombée, et les passants qui s'écartent, se bouchant le nez, le nez peut être dans la vomissure qui a séchée au coin des lèvres .... Enfin je vais relire un peu de Bukowsky (ou de Djian dans ses bons moments, ou alors allez écouter Renaud).

Allez bon, une bonne bitoure, mais bon sang, remettez moi en une!

   Anonyme   
27/3/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Réaliste? Sais pas... Reprendre un whisky un lendemain de
grosse grosse cuite, perso impossible... Surtout avec des frites!!!!!Mais bon, sinon j'ai bien aimé. Bien noir, bien décrit dans l'ensemble, une ambiance bien rendue. Juste une petite réserve sur la dernière phrase du chapitre 4 qui si elle se veut choquante ne l'est pas vraiment et si elle se veut explicative n'est pas trop réussie non plus.
Sympa dans l'ensemble.


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