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Réalisme/Historique
Lariviere : Correspondances de guerre en temps de paix
 Publié le 09/07/26  -  10 commentaires  -  18586 caractères  -  135 lectures    Autres textes du même auteur

« Quelle connerie, la guerre ! »

Jacques Prévert


Correspondances de guerre en temps de paix


Nous sommes le quinze août, dans un petit village du Vaucluse. Il est encore tôt. Vous tournez une dernière fois le volant et vous arrivez au cimetière. Une foule d’isocèles est déjà sur place, certains et certaines avec des écharpes tricolores reposant sur des bustes rachitiques ou ventripotents, coupant les corps placides encore ensommeillés pour la plupart dans de drôles de bissectrices…


Après quelques instants passés à l'abord des grilles de l'entrée, tous se dirigent lentement vers l’allée centrale où s’érige, gonflé de sang supplicié transformé en pierre, le monument des gens du cru morts à la guerre qui se reposent désormais dans la sérénité des pins et des chênes verts.


À ce moment où vous sortez de votre véhicule, vos yeux se sont attardés, malgré l’hypnotique chant des cigales qui vous pousse à la torpeur, sur votre boîte à vitesses où il manque la marche arrière, une vitre qui ne ferme plus, puis le cendrier, l’allume-cigare et vous pensez aux cendres dispersées par le temps de ces millions et millions de soldats de toutes les guerres du monde aux os brisés, aux tonnes de chairs accumulées éparpillées par monts et par vaux aux quatre coins de cette foutue planète avant d'être picorées par les charognards, dépouilles et âmes rongées par l’oubli, par les trous de mémoire inévitables des générations qui suivent et par l'enfouissement inexorable du temps…


Vous pensez alors au nombre infini de conflits et de morts qui sont venus ponctuer notre paisible passage sur ce petit caillou qu'on appelle la Terre, tenu et relayé toujours plus gigantesque, insoutenable, envahissant, poussant son fumier et ses sillons de larmes, ses fossés de sang, ses carrières de douleurs sur l’étroite circonférence du globe depuis que celui-ci a été annoncé rond et que la vie est plate ; et vous vous demandez, en inscrivant vos compatibles et comparables dans des colonnes spéciales où il y a crédit et débit, si le nombre de coups de foudre, d’accolades, de poignées de main, d’embrassades et de baisers mouillés est supérieur au nombre de coups de pierres et d’épées, de haches, de masses d'armes, de poignards, de fusils, de lances, de canons et de flèches décochées depuis que demeure l’humanité…


Désormais, le maire parle depuis vingt bonnes minutes… De la guerre de 14-18, il est rapidement arrivé à la guerre franco-prussienne de 1870. Celui-ci a sorti une lettre de son veston et il lit une correspondance d’un soldat de Napoléon III… Personne, malgré le léger malaise perceptible, n’ose lui faire remarquer qu’il dévie légèrement du véritable sujet, puisque c’est le débarquement en Provence de 1944 que l’on est venu commémorer aujourd’hui…


Vous vous demandez enfin ce que penserait de tout ça ce soldat de la guerre de 1870 auquel fait référence le maire dans son discours, pourquoi le son des cigales est plus agréable que celui du tambour, pourquoi il y a autant de chenilles processionnaires en cette saison sans savoir encore si celles-ci, comme le maire, comme vous certainement, suivent en réalité un subtil fil conducteur étranger à l’espace-temps et tenu invisible pour l’instant, soumis au vent et aux phéromones, ou si, comme certains le murmurent désormais, le maire sucre tout simplement les fraises avec ses 70 ans et peut-être un Alzheimer débutant…


Mais gare aux chenilles car elles sont urticantes, comme certains souvenirs qui écrasent, comme ces chenilles de char d'assaut, et c’est assez émouvant en tout cas d'écouter le discours du maire, malgré la présence inconvenante d’une conseillère régionale qui devait croire inaugurer une quelconque amicale de coiffeur-visagiste, de ce que l'on en croit, grimée Rimmel et tailleur fuchsia, ce qui la fait ressembler, avec ses longues jambes, à un flamant rose sorti du parc naturel de Camargue, ce qui est au minimum déplacé, déstabilisant et complètement inadapté à l’atmosphère tendue dans l’air, rendue électrique par la voix chevrotante du maire qui décrit le récit de deux soldats soudés sur le champ d’honneur par l’horrible et la boue, au sens propre puisque les deux ont été soufflés par la même explosion, fusionnant physiquement dans un conflit absurde où les éclats d’obus déchiquettent tout sur leur passage ; coupant court et se foutant complètement de ce petit miracle biologique qu'on appelle la vie.


L’élu nous lit la peur et nous la fait partager un tant soit peu, oui, on se l’imagine bien et on la vit presque, verbalisée ainsi, tirée d’outre-tombe avec son chapelet de troubles psychiques et intestinaux, et c’est vrai, car le son de sa voix ne triche pas, grâce à son discours, celui-ci nous plonge dans la fange des civilisations et dans le tréfonds troublant de la condition humaine quand l'orgueil des nations et de ses représentants décide d'envoyer des jeunes gens qui ne se connaissent ni d'Ève ni d'Adam se faire charcuter affreusement pour des raisons toujours dérisoires et souvent mercantiles qui les dépassent complètement.


Alors, intemporellement, surpris par cette déferlante inattendue d’émotions, au milieu de cette allée centrale du cimetière, vous vous retrouvez, avec l'assistance, projeté pour un temps au milieu des tranchées : l’euphorie pyrotechnique des balles traçantes vous laissant un sursis jouissif sifflant à vos oreilles et surtout à celle de son arrière-grand-père, puisque c'est de lui qu'il s'agit, qui décrit un assaut où il perdra son camarade après avoir été collé à son corps par les aléas des impacts surprenants de l’existence et des tirs de mortiers.


On se l'imagine aisément dans son uniforme, aussi garance que les poumons de son compagnon d'infortune exposés dehors explosés en morceaux ; et que l'on palpe dans ce témoignage à quel point les amitiés et les taches de sang peuvent être prégnantes et la disparition d’un comparable, fauché par la mitraille dans le chaos assourdissant d'un combat, plus traumatisante que le passage d'un huissier, une panne d'Internet, ou la perte de forfait de son téléphone cellulaire ; ce que ne manquerait pas de nous confirmer le pauvre aïeul si celui-ci était encore en vie et présent aujourd’hui, ce qui voudrait dire qu’il aurait réussi simultanément à survivre au conflit franco-prussien et à atteindre l’âge approximatif de 174 ans (projection faite sur l’incorporation de la classe 70-71), le bougre se tenant toujours dans son habit garance, cette teinture naturelle tirée comme le sang des hommes des racines de la terre, étant excellente car très résistante, bon marché et permettant à son propriétaire de ne pas être dépareillé par ledit liquide lorsque celui-ci s’échappe maladroitement de l'organisme lors des batailles meurtrières et de leurs conséquences délétères sur l'esthétique vestimentaire... ce qui montre, soit dit en passant, le souci constant de l’armée française pour l’habillage de ses soldats dans l’obsession d’être toujours élégant et ton sur ton, même avec les entrailles et les gros vaisseaux déchiquetés, réduisant le corps humain à un tas de barbaque sanguinolent, porté ostensiblement, dégoulinant à l’extérieur comme les canailles portent aujourd'hui rosettes rouges des légions d’honneurs... et nous disions donc, avant d’être interrompu par le souci du détail, que le bonhomme miraculeusement rescapé a atteint miraculeusement l’âge de 174 ans et des poussières, ayant 18 ans au moment des faits, étant né le 27 mai 1852, malheureusement pour lui dans un foyer modeste et agricole dont l’appartenance sociale ne le reliait à aucune classe dirigeante, comme celle de la métallurgie naissante par exemple, des seigneurs des bassins de charbon, de l’épiscopat en dorures, des derniers reliquats aristocratiques, ou de la haute bourgeoisie issue de l’industrie de la soie lyonnaise… encore ces foutues chenilles ! Bref, à aucune catégorie socioculturelle qui l’exempte de porter les armes pour cause de pied plat et de bonne famille…


Comme la terre, la route tourne. La cérémonie est terminée. Un peu exsangue et plongé dans des pensées disparates et obsédantes, malaisé, vous reprenez la route. Oui, comme la terre, la roue tourne. Dans votre cockpit, vous tournez avec elle. Vous pensez à cette couleuvre éclatée sous la canicule que vous avez imprimée sous vos roues et dans les gravures de vos rétines, en venant coaguler sur le bitume brûlant de la route alors que vous rouliez à cent mètres du cimetière où le soleil au zénith commençait à taper fort en cette fin de matinée, et ainsi la chaleur vous a pris.


La couleuvre obnubilant votre esprit quelques secondes, ses écailles brillantes, son corps longiligne déroulé anormalement rouge éclat de vertèbres et de boyaux aveuglant, et vous vous demandez quel rapport il y a entre elle et la commémoration du débarquement en Provence auquel vous avez assisté en tant que correspondant de guerre en temps de paix, à moins que tout cela, sur une échelle un peu plus grande, finalement, ce soit toujours la même chose, la même spirale visqueuse, le même sacrifice de pauvres gens, la même boucherie, la même farce humaine à déglutir, le même désastre à ingurgiter. Le maire tout à l'heure a clôturé son discours sur encore plus de détails tragiques et d’anecdotes crues, détails et anecdotes tirés d'un récit d'horreur qui était bien réel et qu'on appelle la guerre, tandis que la foule, élus, anonymes, se tenait comme des anguilles sorties sans tendresse de l'eau paisible et confortable, de plus en plus mal à l’aise.


Alors vous comprenez que celui-ci ne sucrait pas les fraises, et les chenilles, la couleuvre, vous voyez cette foule, votre pensée, tout à l’heure, serpentant les allées, cette foule un peu hébétée qui s’agitait nerveusement et se grattait non pas à cause du prurit urticant des chenilles processionnaires mais qui se grattait de gêne. Et vous commencez à percevoir le fil invisible qui se dessine lentement de tout cela, non, le maire n’est pas gâteux et il n’est pas fou ; et vous vous demandez alors si la folie n’est pas tout simplement une façon de nommer les visions pénibles d’une réalité exposée par un petit nombre alors que la majorité les refoule pour ne pas suffoquer, pour ne pas sombrer dans un océan de déprime, ou se gratter indéfiniment.


Vous savez très bien en réalité que les signes sont ce qu’ils sont, c'est-à-dire des intersections merveilleuses où cheminent, toujours en avance sur la raison, des trajectoires fantastiques fulgurantes, des parallèles précieux reliant les choses pour anastomoser l’espace, le temps, votre vision ; ce qui rend tout cela un peu étrange, mystérieux, déconcertant, pour qui ne sait pas regarder avec l’œil de celui qui, spontanément et sans savoir pourquoi, fait confiance au montage subtil de l’inconscient plaqué sur la pellicule des évènements, en sachant très bien qu’il faudra pour tout comprendre que le mélange entre le sensitif, l’intention et les choses se stabilise dans le bain des perceptions avant que ne se révèle dans toute sa profondeur la rationnelle et lumineuse compréhension des faits…


C'est le soir ou c'est le matin. Oui, c'est le matin, et vous vous êtes levé incroyablement tôt… L'aurore irise de glaives blancs le paysage et détache le mont Ventoux qui déploie ses ailes dans la torpeur du moment. Encore marqué par la journée de la veille, vous allez, dérivant…


Quand on conduit, les pensées et les refrains se font insistants…


« L’avion est méchant.


C’est un gros bourdon.


Quand il vient piquer


On va dans l’abri. »


Vous ne savez pas pourquoi mais vous pensez subitement à ce refrain naïf que les maîtresses d’école apprenaient à leurs élèves pendant la guerre du Vietnam, à hier soir, après la commémoration, hier soir qui devait, après la lourdeur d'une chronique mémorielle, s'annoncer comme un moment léger mais qui n'en fut rien, à ce petit papier sur la fête de fin d’année de l’école du village, où est aussi, ceci dit accessoirement, scolarisé votre petit neveu, fils de votre sœur de cinq ans votre aînée et de votre beau-frère…


Le paysage déformé par la canicule défile comme de la pellicule gondolée… Les champs se déroulent secs et arides à vingt-et-une images seconde, s’effritant dans votre esprit comme du papier jauni par les brûlures répétées du soleil. Des cabanons en ruine et des oliviers aux feuilles d’argent frissonnantes ponctuent régulièrement ces paysages désertiques où la végétation est tantôt luxuriante, mosaïque de vert percutée au pied d’un cours d’eau, d’une source cachée, tantôt carcasse de feuilles, de bosquets anémiés et de branches aux couleurs d’or…


Une chose est sûre : vous êtes probablement le plus grand correspondant de guerre en temps de paix de tous les temps. La sécheresse qui s’abat sur la région donne l’impression d’un pays au cœur jaune dévoré par les flammes… Comparable aux plus grands des écrivains engagés, vous êtes au cœur de l’action, comme Ernest Hemingway, André Malraux ou encore Bernard-Henri Lévy, car il faut le dire, il est peut-être utile à ce moment d'alléger le récit par un peu d'humour tout aussi léger… Comme BHL le magnifique, le percutant de votre plume n’a d’égal que celui de votre esprit et votre idéalisme combatif est une gloire notoire, surtout pour vous-même.


En somme, vous vous êtes sacrifié complètement sur l’autel capricieux des évènements, des tragédies humaines, du mysticisme républicain et des turpitudes de Jules Ferry… Oui, vous avez été dépêché au cœur du conflit, au sein du cyclone et alors que toutes les classes de l’école primaire étaient réunies sur la scène pour chanter, vous ne savez pas pourquoi cela vous est venu là, comme ça, certainement parce que, marqué encore par le mémorial de la journée, après avoir palpé l’atmosphère moite et pris quelques notes tout en discutant avec un compatible que vous n’aviez plus vu depuis longtemps, alors que la fête touchait à sa fin et que tous les enfants de l’école étaient montés sur la scène pour le clou du spectacle ; il vous est soudain revenu à l’esprit ce refrain que les enfants chantaient à la merci constante des attaques aériennes pendant la guerre, dans les écoles maternelles du nord-Vietnam…


Vous étiez là, d’abord dubitatif puis attendri, en train de regarder cette chorale d’enfants posée dans la fraîcheur du soir, éclairée par les projecteurs et les bonnes volontés, entourée d’hommes, de femmes et d’isocèles libres, égaux en droit, détendus, aux côtés rendus tangents et mouvants par l’existence, installée dans la tranquillité de ce petit coin du monde, mise à l’abri des désagréments physiques et des tracas organiques les plus graves… Vous avez vu et vous avez souri devant tous ces visages radieux et rayonnants de joie, dilués par le chant, à la fois proche et lointain dans la chaleur de la nuit débutante, de ses insectes bâtisseurs de paisible… À ce moment, vous avez souri d’un vrai sourire, mais brusquement, devant un visage plus expressif, un moment plus éclairé, un projecteur trop puissant, vous vous êtes dit que si à n’importe quel moment dans l’histoire de l’humanité et dans ce ciel déjà trop noir, hier, aujourd’hui, demain, ici-bas et plus loin encore, quelque part, à Gaza ou ailleurs, il existait réellement la possibilité de bombarder des écoles et de faire mourir des enfants qui chantent, remplis de vie sur une scène de kermesse, alors, c’était sûr, il y avait quelque chose de terrible et d'horrible, quelque chose que vous ne comprenez décidément pas, quelque chose comme une déchirure irrémédiable, un malentendu, un désaccord indéniable et affreux qui se tiendrait toujours entre vous et le reste et persisterait inscrit dans vos propres viscères et votre conscience éternellement…


Alors, bien que le sourire soit resté, comme figé par l’attendrissement ému et heureux de ce que voyaient vos yeux, des sentiments incroyablement tristes se sont propagés à l’intérieur de votre corps, parcourant des immensités désertiques au goût de sel, des haut-le-cœur amers se sont levés, soufflant le vent rauque de cadavres d’enfants… Des charniers passés, présents et à venir se sont ouverts comme la mer Morte et des gongs de désespoir farouches sont venus résonner en vous douloureusement…


Ce midi vous roulez encore. Comme prévu, votre article sur la kermesse de fin d’année de l’école a été refusé.


Après vous avoir demandé de le rendre plus clair et d'éliminer les digressions en vous concentrant sur l'événement et malgré les nombreuses retouches de votre part, la chose est devenue contre votre gré un compte-rendu anecdotique et insipide qui vous a plongé dans un profond questionnement déontologique sur la liberté d’expression des correspondants de guerre en temps de paix, écrivant (génialement) dans des journaux locaux que personne ne lit jamais…


Méditatif, préoccupé, voire même un peu secoué par cette succession d’évènements prévisibles, comme toujours quand on y réfléchit après coup, vous pensez que vous ne serez jamais doué pour le journalisme, le jeu d’échecs, le billard à trois bandes ; mais aussi que votre talent d’écriture est nul et non avenu, que vos compatibles et comparables sont des gens étranges, que le milieu rural est un milieu hostile et ingrat, que le corps d’un enfant devrait être incabossable mis à l’abri des bombes et des tourments, que vous ne savez décidément pas vous servir d'un cerveau lent, de votre cavalier, ce qui vous serait pourtant utile pour gagner une partie d'échecs, que la synthèse et la projection tridimensionnelle ne sont pas votre fort, que vous n’auriez jamais dû avancer en F4 mais plutôt reculer en E3, que les fabricants d’armes et de guerres qui contrôlent désormais les rotatives du plus petit journal local de la planète sont définitivement à vos yeux plus puants qu’une légion de chenilles en état de décomposition, que les dimensions, souvent palpables, mais toujours plus nombreuses que trois, restent toujours difficilement préhensibles et que la seule chose de sacré qui compte sur cette terre, cette terre imbécile parfois où le conditionnement social des chenilles comme des hommes est si profondément ancré dans le génome qu'il est impossible de briser le cercle infernal et de stopper la procession des convois militaires, et où la mémoire collective est si défaillante que les atrocités se répètent sans fin de génération en génération de façon désespérante, cette terre parsemée d'injustice souvent, cette terre qui pourrait être si belle pourtant, que oui, la seule chose de sacré qui compte sur cette terre, c’est cette chose puérile mais essentielle qui est la paix et l'amour entre les êtres et le fait de pouvoir préserver le regard innocent d'un enfant…


 
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   Mansoul   
9/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Larivière,

J'ai pour ma part fort apprécié ce compte-rendu à la Hunter Thompson (s'il est journalistique il ne peut qu'être gonzo), qu'il soit compte-rendu de kermesse scolaire ou de commémoration du Débarquement d'ailleurs, je ne sais plus trop, des deux sans doute et cela importe peu, constitue même toute l'originalité de la démarche. Cette intrication des deux récits, la guerre et la paix, dans l'écriture elle-même d'abord, déambulatoire, presque distraite, digressive, mais finissant toujours pas "anastamoser" (très heureux d'avoir appris ce mot ^^) les contraires, retrouvant sa cohérence au-delà des (parfois longs) détours et chemins de traverse qui la rythment joliment.

Puis, progressivement, au détour d'une ritournelle d'enfant, le récit lui-même (l'article) se fait miroir de ce procédé, unifiant dans son geste la commémoration et la kermesse, la guerre en temps de paix, toujours là même si elle a cessé d'être en focale, et pourtant sans doute plus terrifiante encore, plus horrible, menaçante. La guerre alors devient la digression et non ce dont on digresse, la guerre comme ce vers quoi on s'échappe, sinon inexorablement du moins insoutenablement. La guerre en glaciale conclusion des temps de paix.

Merci pour cette lecture !

   AMitizix   
9/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
J’aime beaucoup ce texte, et le traitement de ce sujet difficile me touche.

Le ton est très bien maîtrisé, très approprié au sujet dans le style choisi par l’auteur : une rêverie amère, mais très agréable à lire, poétique aussi, et qui se permet même quelques touches d’humour qui font mouche : j’ai souri devant la description satirique du maire et de sa conseillère régionale, et j’ai même ri (ou au moins gloussé) au moment du refus, « comme prévu », de l’article pour la kermesse de l’école. J’apprécie vraiment beaucoup ce style et ce narrateur, mais je me demande pourquoi la deuxième personne du pluriel a été privilégiée : je ne me suis pas senti plus interpellé, et il me semble que la complicité qui s’est vite installée entre le narrateur et moi (en tant que lecteur) aurait été plus forte si la grammaire avait suivi le point de vue interne adopté en restant à la première personne. (A moins, j’y pense à l’instant, que ce « vous » ne donne justement un ton plus journalistique, comme si le narrateur pensait « en écrivant » pour son journal ?)
J’ai particulièrement aimé l’expression du titre, oubliée peu à peu au cours de la lecture ; le « auquel vous avez assisté en tant que correspondant de guerre en tant que paix », puis sa reprise quelques lignes plus loin, fonctionnent d’autant mieux. La formule est très bien trouvée : frappante, élégante, elle exprime bien le sentiment du narrateur, que le lecteur peut aussi éprouver – et pas seulement, malheureusement, en tant que lecteur. Je pourrais continuer, il y a d’autres morceaux qui me semblent particulièrement réussis : l’image, reprise, des chenilles, la digression sur ce soldat de 174 ans… mais il est plus simple de le dire en général, encore une fois : je suis happé par la voix de ce narrateur, son ironie, son humour, sa poésie, sa justesse aussi.

Ce qui m’amène au sujet de la nouvelle ; j’ai déjà tout dit en signalant qu’elle fait mouche, et que le texte est percutant. Mais je rajoute encore qu’il m’a semblé très bien comprendre ce narrateur par moments : cette évocation désabusée et pourtant romantique des cérémonies de commémoration par exemple, entre médiocrité et émotion ; ce revirement, sur l’appréciation du maire…
Si je peux me permettre une remarque personnelle, je rejoins le sentiment que vous exprimez ; comme le dit Shaw : « Hélas, Hegel avait raison quand il a dit que nous apprenions de l’histoire que les hommes n’apprennent jamais rien de l’histoire » (j’avais été frappé par cette idée, je suis allé retrouver l’attribution exacte sur Internet).

Il y a malgré tout quelques moments où ma lecture a été gênée par des phrases dont on a un peu de mal à saisir le sens. Je relis pour les relever (et j’en profite pour noter d’autres points que je crois être perfectibles).
« … le monument des gens du cru morts à la guerre qui se reposent… » : à chaque lecture, j’ai d’abord buté en prenant « cru » pour un participe passé. Aucune erreur de votre part bien sûr, je vois mal où on pourrait en mettre, mais j’ai trouvé que ça manquait de virgule par ici. C’est un peu dommage car l’entame du texte est un peu surprenante (avec la métaphore des « isocèles »), et il ne faudrait pas perdre un lecteur impatient… Peut-être est-il possible de revoir la construction de la phrase ? En tout cas, le « défaut » reste très mineur. (Au passage, j’apprécie l’homéotéleute en « èr » !)
La phrase du troisième paragraphe m’avait fait tiquer en première lecture, à cause de « aux tonnes de chair… », qu’il faut bien rattacher à « vous pensez », et non prendre pour une apposition à « soldats », sans quoi la syntaxe devient assez troublante et inélégante. Mais en deuxième lecture, peut-être plus lente et attentive, ça passe.
Le seul point peut-être où je suis vraiment perplexe : je ne comprends toujours pas à quoi renvoie ce « , tenu et relayé toujours plus gigantesque… annoncé rond et que la vie est plate ». Je n’arrive pas à saisir le sens grammatical ici, mais je raccroche bien après le point-virgule.
Pendant que j’y suis : « le léger malaise perceptible », deux adjectifs encadrant un nom qui porte déjà beaucoup de sens, c’est peut-être un peu lourd ? J’en enlèverais un ; d’autant plus qu’il y a répétition léger/légèrement. De même, « qui décrit le récit » me semble bizarre : ne vouliez vous pas dire quelque chose du genre « qui lit le récit » (puisqu’il s’agit bien de lire une correspondance) ou « qui raconte l’histoire » (s’il introduit lui-même cette lecture) ? Toujours dans les détails : le « grâce à son discours » sonne un peu redondant. Et « sifflant à vos oreilles et à celle de son arrière-grand-père » : c’est étrange, on a l’impression qu’il n’a qu’une seule oreille ?
J’aurais bien mis une virgule à « exposés dehors, explosés en morceaux » : ne pas la mettre est défendable, mais (outre que je suis grand amateur de virgules) le texte est déjà assez exigeant, malgré sa fluidité, donc tout ce qui aide le lecteur sans attenter aux intentions de l’auteur me semble bon à prendre.
Je trouve l’incursion du vocabulaire sociologique en fin de dixième paragraphe (appartenance sociale/catégorie socioculturelle) un peu incongrue par rapport à la rêverie précédente ; sans doute est-il possible de dire la même chose sans ces mots-là ? Je crois qu’on la « sentirait » alors mieux.
Ici : « … plongé dans des pensées disparates et obsédantes, malaisé, vous reprenez la route », j’ai l’impression que l’emploi de « malaisé » est maladroit : j’aurais dit « mal à l’aise ».
« … son corps longiligne déroulé anormalement rouge éclat de vertèbres et de boyaux aveuglants » : je ne comprends pas bien ce passage (à quoi se rattache quoi), j’ai l’impression que peut-être il manque une virgule entre « rouge » et « éclat », pour faire une apposition ?
« alors que la majorité les refoule » : j’aurais plutôt dit « la » refoule, puisque c’est bien de la « réalité », et non du « petit nombre » qu’il s’agit ? Dans le cas contraire, « refouler » ne me semble pas un verbe approprié.
Un peu d’humour dans cette énumération qui commence à être lourde : « fils de votre sœur de cinq ans », j’ai sursauté ! Peut-être peut-on trouver un moyen de ne pas choquer le lecteur étourdi !
Je mettrais bien une virgule entre « conscience » et « éternellement », à la fin du vingt-deuxième paragraphe (j’espère que j’ai bien compté !).
Avant-dernier paragraphe : « et malgré de nombreuses retouches » me semble plus fluide que « des ».
Dernier paragraphe : « … devrait être incabossable mis à l’abri des bombes et des tourments » : une articulation (virgule ou « et ») me semble pertinente entre « incabossable » et « mis à l’abri ».
Je ne peux que soupirer avec vous, sur les échecs ! J’en profite pour être un peu trop puriste : puisque c’est la notation usuelle, j’aurais écrit « e3 » et « f4 » en minuscule… Et puis, vous allez trouver que j’exagère, mais je me demande où pouvait bien se trouver votre cavalier, si aller en f4 le fait avancer, et en e3 reculer !
Ouh là là, je me rends compte que cette liste est beaucoup plus longue que ce que je prévoyais : ce n’est pas du tout un reproche/une critique, même si j’ai conscience que l’énumération scrupuleuse de toutes ces petites imperfections (à mon sens) risque de paraître pédante. Ce n’est vraiment pas mon intention, je précise quand même (je le répète) qu’en général, j’apprécie énormément votre écriture, très maîtrisée, etc. ! C’est que le texte me plaît assez pour que j’ambitionne de contribuer à l’élever encore un peu…

J’ajoute qu’en général, il ne m’a pas semblé que vous en fassiez « trop » (ce qui est peut-être une crainte vu la forme du texte). Après, bien sûr, on peut toujours faire mieux, affiner les formules, renforcer la continuité, la cohérence et la résonnance des images, d’une partie à l’autre du texte (comme avec la chenille)… Remarque très générale qui, s’appliquant à n’importe quel texte, ne souligne que mon envie d’en voir un autre comme ça, mais encore mieux !

Je conclus par le plus important : merci beaucoup pour ce partage.

PS : j’ai souri à votre usage de « compatibles », « comparables » ou « isocèles » pour « semblables » !

   Cyrill   
10/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Salut Lari.
J’ai vraiment adoré ! C’est un texte ambitieux et foisonnant. C’est aussi une expérience de pensée. Il y a un flux mental très dense où l’observation, le souvenir, la satire, la méditation et le lyrisme s’entrelacent. Il ne cherche pas à raconter une histoire au sens classique, mais à reproduire le mouvement d'une conscience qui dérive d'une cérémonie commémorative vers une méditation sur la guerre, la mémoire, l’enfance et le sens même de l’écriture. Le style est tout à fait identifiable, je t’ai tout de suite démasqué en EL. On reconnaît les accumulations, les glissements logiques, les listes progressives, l’alternance permanente entre humour et tragédie, c’est une signature !
Chaque détail devient une porte d’entrée vers un autre niveau de réflexion, par un système de réseau d’images. La boîte de vitesses devient les morts oubliés, les chenilles processionnaires deviennent les colonnes militaires, la couleuvre écrasée devient les corps déchiquetés. Le texte procède par associations mentales, comme fonctionne la mémoire. Il n’avance pas en ligne droite, il revient sans cesse sur ces motifs. Autrement dit, la guerre continue à contaminer la paix. C’est ce paradoxe qui donne son sens au titre. Le récit agit comme un virus. Petit à petit, toute réalité devient interprétable à travers la guerre. Les cigales, les chenilles, la chaleur, la couleuvre, tout devient susceptible de rappeler la violence humaine.
Toute la nouvelle converge vers cette idée que le problème n’est pas seulement la guerre, c’est notre extraordinaire capacité à nous y habituer. Les chenilles processionnaires deviennent alors la métaphore du conformisme humain. On suit, on avance, on recommence, de génération en génération.
Le texte quitte ainsi le registre du témoignage journalistique pour atteindre celui de la réflexion anthropologique. Comment des sociétés qui commémorent sans cesse les guerres contribuent-elles à en produire de nouvelles ?
Bravo, merci pour cette lecture, et comme tu dis, bonne continuation !

   Passant75   
10/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Un titre journalistique, mais cette nouvelle ne se contente pas de faire le compte-rendu d’une cérémonie commémorative. Ces correspondances de guerre ne doivent pas être prises au sens que leur donnait Joseph Kessel, mais à celui que leur a donné Charles Baudelaire. J’ai tout de suite été pris par la manière dont une scène réelle se transforme en un réseau de correspondances où la guerre, la mémoire, le paysage, les animaux et les gestes les plus ordinaires dialoguent constamment. Des chenilles processionnaires deviennent l'écho des chars d’assaut, une kermesse d'école fait surgir l'image des enfants victimes des conflits d'aujourd'hui. Sans oublier la couleuvre écrasée sous les roues et qui renvoie à la boucherie de la guerre ! C'est, à mes yeux, ce jeu de résonances et ce parallélisme des images qui donnent toute sa profondeur au titre, comme au récit. Et, au total, j'ai bien aimé !

Le choix du « vous » m'a, dès le départ, questionné. Ma première réaction a été de me demander si le narrateur ne cherchait pas à imposer au lecteur sa manière de penser. Puis, au fil de la lecture, j'ai changé d'avis. J'ai fini par considérer ce « vous » comme une forme de dédoublement intérieur, le narrateur semble se regarder vivre autant qu'il raconte et s’adresse à quelqu’un. Un peu comme Robert Ménard qui use et abuse du « tu » dans ses commentaires politiques. J’ignore si mon sentiment correspond à la volonté de l’auteur, mais je reconnais que ce choix m’a tout de même laissé sur une certaine réserve.

Cela étant, jai apprécié la capacité de l’auteur à faire émerger une réflexion universelle à partir d'événements très modestes. Il ne se borne pas à dénoncer la guerre, l’exergue de Prévert l’avait déjà fait, il fait remonter à la surface des images à travers des détails, des images ou des rapprochements qui finissent par bouleverser le regard. D’accord, c’est un peu long et l’auteur aurait pu faire un effort de concision, cependant je n'ai pas eu l'impression de lire une nouvelle sur la guerre semblable à beaucoup d'autres, mais un texte qui pense le monde à sa manière et qui fait confiance aux correspondances, aux symboles et aux associations pour dire ce qu’un récit journalistique classique ne suffirait pas à exprimer.

   marcolev   
10/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Lariviere,

Ce texte sous la forme d’essai narratif est très poétique avec son monologue intérieur au côté satirique. Ce texte possède une vraie voix littéraire et si je cherchais à le définir ce serait un croisement entre du Céline sans le nihilisme, du Giono pour la correspondance entre paysages et pensée, et Gracq pour les dérives méditatives.

Les digressions sont nombreuses et frôlent parfois l’excès, néanmoins j’ai beaucoup apprécié le traitement décalé et déconcertant – par l’utilisation de certains substantifs « isocèles, compatibles et comparables » - de certains passages pour un sujet aussi dense, notamment la mise en parallèle des atrocités de la guerre avec nos petits problèmes du quotidien.

L'ouverture au cimetière est excellente et ainsi que l’enchaînement sur la boîte de vitesse … et le cendrier.

Les chenilles processionnaires qui reviennent à plusieurs reprises pour les relier aux soldats, aux foules de cérémonies et enfin au conformisme humain forment un fil conducteur tout au long du texte.

La kermesse est pour ma part le point d’orgue avec cette phrase « ...s'il existait réellement la possibilité de bombarder des écoles et de faire mourir des enfants qui chantent... ».
Vous faîtes vraiment ressentir toute l’absurdité de la guerre

Merci pour cette très plaisante lecture, au plaisir.

   Donaldo75   
13/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Diantre, mon bon, dirait mon voisin de confession, ce texte est puissant et diablement inventif. Le Malin a su se cacher dans une forêt luxuriante de digressions successives, de boas constrictors hypnotiques déguisés en branches de séquoias, de métaphores arachnoïdes bardées d’énumérations en tous genres. Moi, lecteur en recherche de la lumière divine, vais-je me perdre dans ce champ des multiples, dans ce feu d’artifices remplis de symboles, de références, de pleins de trucs qui vont demander à l’analyste cerveau gauche de sortir son stabilo, de ranger ses clés Allen car elles ne servent à rien vu qu’il n’y a pas une seule monte possible, de bien compter ses orteils avant de tourner sept fois sa langue dans sa bouche.

« Après vous avoir demandé de le rendre plus clair et d'éliminer les digressions en vous concentrant sur l'événement et malgré les nombreuses retouches de votre part, la chose est devenue contre votre gré un compte-rendu anecdotique et insipide qui vous a plongé dans un profond questionnement déontologique sur la liberté d’expression des correspondants de guerre en temps de paix, écrivant (génialement) dans des journaux locaux que personne ne lit jamais… »

Et là ça fait mal aux gencives.
Bonne chance aux cerveaux gauches !

   Polza   
14/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Salut Lariviere, vous commencez votre nouvelle par une citation, je commencerai donc mon commentaire par cette célèbre citation également :

« La guerre est faite de gens qui se battent, mais ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent, mais ne se battent pas ».

Cette citation est d’actualité puisque je viens tout juste d’apprendre que Macron est prêt à défendre la liberté au prix du sang, mais pas du sien…

J’aurais également pu citer Ferdinand dans « Voyage au bout de la nuit » (ah bah bonne idée, je vais le faire et après promis, j’arrête avec les citations, parce que comme le dit mon copain Laurent, « Les citations, c’est pour les cons ! »)

Ferdinand donc, pas Franz :

« Je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle.
Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir. »

Une dernière chose à propos de la citation de Jacques Prévert, quand je l’ai lue, je n’ai pu m’empêcher de penser à cette excellente BD en 2 tomes de l’immense Jacques Tardi « Putain de guerre ! »

J’ai toujours été une bille en math, alors quand j’ai lu « isocèles » et « bissectrices » Jésus peur, j’ai cru que vous partiez sur une nouvelle géométrique !

Ceci étant dit, j’ai beaucoup apprécié l’image « une foule d’isocèles » !

Le 15 août c’est l’assomption, je ne sais si vous avez fait exprès de choisir cette date…

« qui vous pousse à la torpeur, sur votre boîte à vitesses où il manque la marche arrière, une vitre qui ne ferme plus, puis le cendrier, l’allume-cigare »

J’ai souri dans ce passage, ça fait vraiment bagnole de « looser ».

C’est moins drôle quand je lis la suite, ce « gentil looser » a de l’empathie, j’aime…

« puisque c’est le débarquement en Provence de 1944 que l’on est venu commémorer aujourd’hui… »

J’ai la réponse à ma question, rien à voir avec l’assomption !

« Mais gare aux chenilles »

J’ai vu cela comme un clin d’œil au célèbre moustachu enterré à Sète, vous me direz si c’est bien le cas.

« à l’atmosphère tendue dans l’air, rendue électrique par la voix chevrotante du maire qui décrit le récit de deux soldats soudés sur le champ d’honneur par l’horrible et la boue, au sens propre puisque les deux ont été soufflés par la même explosion, fusionnant physiquement dans un conflit absurde où les éclats d’obus déchiquettent tout sur leur passage ; coupant court et se foutant complètement de ce petit miracle biologique qu’on appelle la vie. »

Si ce passage m’a fait penser à un tas de films sur la guerre, il m’a surtout rappelé une visite au musée de la batterie de Merville en Normandie. Ce n’était pas 14/18, mais le « spectacle » son et lumière est vraiment impressionnant, ça donne vraiment pas envie de faire la guerre, j’avais le trouillomètre à zéro, ça canardait dans tous les sens.

Franchement, j’en suis ressorti bouleversé, j’ai pensé à tous ces soldats qui ont vécu cette horreur en vrai pendant des années tandis que moi j’ai eu la pétoche pendant 20 minutes alors que je ne risquais absolument rien à part une diminution de l’audition tant le son était fort !

Je vous laisse la présentation du « spectacle » copiée directement sur le site du musée…

« Un réaménagement total de la casemate n°1 rendue à son état d’origine à l’aube du 6 juin et dans laquelle grâce à des diffuseurs d’odeurs, à des jeux de lumière et à un système audio très perfectionné permettant la spatialisation du son, il vous sera possible de vivre toutes les vingt minutes de manière saisissante et en totale immersion les minutes qui ont précédé la neutralisation de la batterie. Sons, lumières et odeurs se conjuguent pour plonger le visiteur dans un déluge de fer et de feu, un enfer très proche de ce que fut cette aube du 6 juin 1944. »

« et que l’on palpe dans ce témoignage à quel point les amitiés et les taches de sang peuvent être prégnantes et la disparition d’un comparable, fauché par la mitraille dans le chaos assourdissant d’un combat, plus traumatisante que le passage d’un huissier, une panne d’Internet, ou la perte de forfait de son téléphone cellulaire »

Vous alliez à merveille l’humour et le dramatique, la futilité des choses qui nous exaspèrent comparée à l’atrocité des combats…

« ce qui montre, soit dit en passant, le souci constant de l’armée française pour l’habillage de ses soldats dans l’obsession d’être toujours élégant et ton sur ton, même avec les entrailles et les gros vaisseaux déchiquetés, réduisant le corps humain à un tas de barbaque sanguinolent, porté ostensiblement, dégoulinant à l’extérieur comme les canailles portent aujourd’hui rosettes rouges des légions d’honneurs… »

Ah ce fameux pantalon garance qui mettait les soldats en valeur, quelle aberration, ils auraient eu des pancartes de 5 mètres de haut avec écrit « Tirez-nous dessus comme sur des lapins » que ça aurait été la même !

Comment ne pas penser à Lucien Bersot également, fusillé pour l’exemple comme ils ont dit, pour avoir refusé de porter un pantalon crasseux d’un cadavre, mais quelle bande de cons tous ces généraux de mes deux ! (désolé, mais ça me fout vraiment les boules, vous ne pouvez pas imaginer à quel point !). Je pense forcément aussi au film de Stanley Kubrick « Les sentiers de la gloire » « Paths of Glory »…

Je vais commencer à digresser grave (ça avait déjà commencé me direz-vous), mais il ne faut pas oublier que la plupart des soldats français partirent à la guerre la fleur au fusil, comme en témoigne ces quelques mots de Guillaume Apollinaire :

« Voyez tous ces hommes du peuple, extraits de leur tourbe et de leurs faubourgs, partis la fleur au fusil, un chant de victoire sur le bout de la langue. »

« malheureusement pour lui dans un foyer modeste et agricole dont l’appartenance sociale ne le reliait à aucune classe dirigeante, comme celle de la métallurgie naissante par exemple, des seigneurs des bassins de charbon, de l’épiscopat en dorures, des derniers reliquats aristocratiques, ou de la haute bourgeoisie issue de l’industrie de la soie lyonnaise… »

Quitte à digresser, allons-y gaiement !
La soie lyonnaise me rappelle mes années lyonnaises. L’architecture du côté des pentes de la Croix-Rousse est assez intéressante, les fenêtres sont immenses. C’est dû (je raconte de mémoire, s’il y a des experts en la matière, qu’ils n’hésitent pas à rectifier) au métier de tisserands exercé par les fameux Canuts…

Les machines à tisser s’appelaient les bistanclaques pan à cause du bruit qu’elles faisaient. Elles étaient encombrantes et lourdes, les grandes fenêtres permettaient de les transporter dans l’appartement plus facilement et la lumière était importante (pour la Ville lumière) pour bien travailler la soie lyonnaise…

Je suis pas super doué pour commenter les nouvelles Lariviere, je fais comme je peux, j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur !

« Et vous commencez à percevoir le fil invisible qui se dessine lentement de tout cela, non, le maire n’est pas gâteux et il n’est pas fou ; et vous vous demandez alors si la folie n’est pas tout simplement une façon de nommer les visions pénibles d’une réalité exposée par un petit nombre alors que la majorité les refoule pour ne pas suffoquer, pour ne pas sombrer dans un océan de déprime, ou se gratter indéfiniment. »

Très beau et émouvant passage…

« Ce midi vous roulez encore. Comme prévu, votre article sur la kermesse de fin d’année de l’école a été refusé. »

Ce qui rend ce récit « supportable » émotionnellement parlant, ce sont ces touches d’humour distillées savamment afin de ne pas tomber définitivement dans la déprime la plus totale !

« Après vous avoir demandé de le rendre plus clair et d’éliminer les digressions en vous concentrant sur l’événement et malgré les nombreuses retouches de votre part, »

J’ai adoré et j’ai ri, vous avez le sens de l’autodérision, ça me plaît !

« que le corps d’un enfant devrait être incabossable mis à l’abri des bombes et des tourments, »

Oh que oui !

« 
Méditatif, préoccupé, voire même un peu secoué par cette succession d’évènements prévisibles, comme toujours quand on y réfléchit après coup, vous pensez que vous ne serez jamais doué pour le journalisme, le jeu d’échecs, le billard à trois bandes ; mais aussi que votre talent d’écriture est nul et non avenu, que vos compatibles et comparables sont des gens étranges, que le milieu rural est un milieu hostile et ingrat, que le corps d’un enfant devrait être incabossable mis à l’abri des bombes et des tourments, que vous ne savez décidément pas vous servir d’un cerveau lent, de votre cavalier, ce qui vous serait pourtant utile pour gagner une partie d’échecs, que la synthèse et la projection tridimensionnelle ne sont pas votre fort, que vous n’auriez jamais dû avancer en F4, mais plutôt reculer en E3, que les fabricants d’armes et de guerres qui contrôlent désormais les rotatives du plus petit journal local de la planète sont définitivement à vos yeux plus puants qu’une légion de chenilles en état de décomposition, que les dimensions, souvent palpables, mais toujours plus nombreuses que trois, restent toujours difficilement préhensibles et que la seule chose de sacré qui compte sur cette terre, cette terre imbécile parfois où le conditionnement social des chenilles comme des hommes est si profondément ancré dans le génome qu’il est impossible de briser le cercle infernal et de stopper la procession des convois militaires, et où la mémoire collective est si défaillante que les atrocités se répètent sans fin de génération en génération de façon désespérante, cette terre parsemée d’injustice souvent, cette terre qui pourrait être si belle pourtant, que oui, la seule chose de sacré qui compte sur cette terre, c’est cette chose puérile, mais essentielle qui est la paix et l’amour entre les êtres et le fait de pouvoir préserver le regard innocent d’un enfant »

C’est l’uppercut final (je n’aime pas la boxe pourtant), destructeur et imparable, après une longue phrase qui vous a collé dans les cordes sans que vous ne puissiez vous en soustraire, aucun répit, pas une seule petite pause, ça cogne, ça cogne et ça recogne, j’ai le souffle coupé, je voudrais bouger, mais je suis scotché dans mon canapé qui n’est pas un ring, je suis comme le docteur knock-down !

Vraiment une très bonne et triste nouvelle Lariviere, heureusement que la touche d’espoir finale est là, sinon, j’allais aller me coucher en prenant une boîte entière de Xanax !

Je n’ai rien dit sur le coup parce que j’étais pris dans votre récit, mais « des légions d’honneurs » Légions avec majuscule et d’honneur invariable selon moi…

« vous concentrant sur l’événement » une petite erreur d’accentuation…

« difficilement préhensibles » je pensais que c’était préhensiles, mais certains dictionnaires disent préhensibles, d’autres préhensiles, du coup j’ai un doute. J’ai écrit au dictionnaire de l’Académie française pour leur poser la question, mais ça fait un moment qu’ils ne répondent plus quand je les sollicite. Je ne pense pas être blacklisté à cause d’un éventuel harcèlement, je leur écrivais 3 ou 4 fois dans l’année tout au plus !

Il y a d’ailleurs peut-être d’éventuelles petites fautes dans mon commentaire !

J’aime bien vous commenter parce que ça m’oblige à mieux réfléchir et à sortir de ma zone de confort (et parce que j’ai plus de choses à dire à l’arrivée que je ne le pensais au départ !), mais cela ne vous engage à rien en retour, rassurez-vous !

Avec Macron qui veut « Défendre la liberté et le droit, au prix du sang s’il le faut », avec la campagne cyberorchestrée par le FSB, avec toutes les guerres et les complots qui se déroulent actuellement dans le monde, il faudrait être bien naïf pour penser que demain, ce ne sera pas le regard innocent de nos propres enfants qu’il faudra préserver…

   moschen   
14/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
La puissance de ce récit réside dans la qualité et la justesse des mots employés, de ce qu'ils génèrent dans l'esprit du lecteur, le chant et le rythme des phrases, et par-dessus tout, une absence de prétention, un naturel pour gommer toute exagération, signe d'une maîtrise aboutie. Le texte ne se place pas au service de son auteur. Cela ressemble à un plaidoyer prononcé par un avocat au sommet de son art. Aucun coup de menton, aucun point d'exclamation, aucune emphase, toutes ces formes, marqueurs d'un talent en devenir, ont été bannies, naturellement, simplement.

… Une gloire notoire, surtout pour vous-même : J'ai apprécié l'auto dérision après l'évocation du très humble BHL.
Autre exemple lorsque l'on évoque des articles (géniaux) dans des journaux locaux.
Autre exemple : Une chose est sûre…. Plus grand correspondant de guerre en temps de paix.

La référence qui renvoie à Gaza ne me choque pas. N'ayant pas connu les autres guerres par les actualités, mais uniquement par des livres ou des films, celles-ci me semblent plus lointaines. L'histoire se répète. Les prétextes à la guerre sont toujours les mêmes. Il se trouvera toujours un politicien irresponsable pour pousser des hommes à s'entretuer, avec toujours des civils comme d'innocentes victimes collatérales.

“Un désaccord indéniable et affreux qui se tiendrait entre vous et le reste” : là je dois avouer mon incompréhension : que voulez-vous dire ? Qu'est-ce que le “reste” ? Le correspondant de guerre joue le rôle d’un observateur, plus ou moins acquis à la cause de l'un des deux belligérants.

Je me dois de mettre un bémol. Je comprends l'importance de mettre les enfants au centre du discours. Cette cause, comme d'autres causes à défendre, a le mérite d'être incontestablement entendue. Que dire de plus ?
Je suis parti du principe qu'il n'y avait pas d'échelle de valeurs, entre la mort d'une mère, d'un vieillard ou celle d'un enfant. Je ne sais si les condamnations sont graduées. Une mort aurait-elle un poids différent d'une autre ? Très critique à mon égard, mon entourage proche, sollicité sur cette question, a pris le parti de placer la mort de l'enfant au-dessus des autres.

La tristesse humaine viendrait du cercle infernal des désirs de vengeances que chaque mort suscite. Pire encore, les démobilisés portent en eux les stigmates de la violence subie, ils contaminent la société tout entière qui bascule dans une hystérie autodestructrice.

Plus simplement, il y a au moins deux trouvailles, uniques dans un corpus de textes, tels que ceux publiés sur ce site. Les compatibles et les comparables d'un côté et les formes géométriques des isocèles et des bissectrices. Je comprends qu'il s'agit de deux manières de distinguer les autres soit par une forme géométrique simplificatrice soit par la similitude des idées que l'on partage.

Je découvre que la couleur des uniformes, couleur qui serait choisie à dessein par l'armée, pour éviter, en situation de chaos, le dé-pareillement des uniformes même lorsque le sang de votre camarade viendrait tacher son uniforme. L'idée me paraît excellente. Dans un passé proche, tous les moyens d'éviter des tirs amis ont été envisagés et employés.

Je regrette l'utilisation de l'adjectif vrai dans “Vous avez souri d'un vrai sourire”. Personnellement je me méfierai de toute tentative de vouloir convaincre le lecteur d'approcher une vérité.

Le style peut en rebuter plus d'un, perdre certains lecteurs, c'est un choix. Le style comme une patte, un aboutissement, impossible à renier, reconnaissable entre mille, c'est la voix d'un artiste qui plaît à l'oreille du lecteur, que ce soit pour la forme et pour le fond, l'on voudrait que le morceau reprenne pour enchanter sans cesse.

   Pattie   
16/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
J'avais lu ce texte en EL, fin d'année scolaire, canicule, je ne suis pas sûre d'avoir dépassé "bissectrice", impossible de poser un vote.
Je viens de le relire (enfin, pas vraiment "re"), et après 12 jours de vacances, les mots se sont enchaînés comme s'ils avaient un sens, ils ont formés des phrases compliquées et signifiantes et horribles et drôles. (Comme quoi, les vacances, ça permet que des gens en plein processus de liquéfaction cérébrale arrêtent d'enseigner aux enfants des autres.)

J'aime précisément ce qui a bloqué ma lecture la première fois et m'a empêchée de me raccrocher aux branches : les phrases en pleine crue, façon fleuves, qui se déroulent, envahissent, bifurquent et recouvrent tout l'espace, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus vraiment de différence entre la cérémonie, la nature, la voiture, la fête de l'école et la guerre, parce que c'est vrai que tout ça, c'est la même planète, le même temps, et le hasard pourrait en faire la même vie, et même si ça n'est pas la même vie, l'être humain est supposé être doué d'empathie.

Je suis quand même ravie que mon cerveau en déliquescence m'ait empêché de lire ce texte avant la fête de l'école. Elle n'aurait pas eu le même goût.

   Pepito   
1/8/2026
Hello Larivière !

Très bonne kriture, du coup, un ou deux trucs m’ont surpris :
“gonflé de sang supplicié” … gonflé du sang des suppliciés, sinon on entend le sang crier ça fait mauvais genre.

“À ce moment où vous sortez”... “Au” moment où vous sortez, non ?

“son chapelet de troubles psychiques et intestinaux”... excellent !

Sinon :

“ le souci constant de l’armée française pour l’habillage de ses soldats”... là j’ai pensé au roman de Camus qui nous parle des canotiers portés par les soldats (son père) au combat pour cause de pénurie de casque au début de la guerre.

“ce refrain naïf que les maîtresses d’école apprenaient à leurs élèves pendant la guerre du Vietnam”... j’vois pas, je dois être trop vieux.

Tiens, on se moque “encore” de BHL aujourd’hui ?

“il vous est soudain revenu à l’esprit …dans les écoles maternelles du nord-Vietnam…” … non, non, j’me répète, j’ai jamais mis les pieds au Vietnam…



Je me suis accroché aussi loin que possible, mais j’avoue avoir abandonné avant la ligne (pas celle de démarcation). Pas vraiment saisi l’idée, si c’est pour nous dire “La guerre, c’est caca” (comme l’a si bien remarqué Socque en bas d’une de mes nouvelles ;=), ben c’est un peu longuet. Je me suis même penché sur certains commentaires pour voir ce que j’avais raté. Cela ne m’a pas beaucoup aidé.
Bref, nous avons déjà échangé sur le sujet (au sujet de celle d’Ukraine, il me semble) et je ne m’inquiète pas. Je suis juste passé à côté de celui là.
Mais à toute chose… Ton texte m’a permis de me rappeler de mon gentil grand-oncle, médaillé de 14-18 pour avoir balancé une grenade dans un nid de mitrailleuse allemand qui avait décimé nombre de ses camarades. “Raconte papi, raconte !!!”... Quand il s’est relevé, a regardé dans le nid (“nest”, en allemand) les restes de bouillie humaine ne laissaient pas de doute : les deux soldats allemands étaient menottés à leur mitrailleuse.

Bonne soirée, à une autre fois sûrement…


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