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Fantastique/Merveilleux
Lariviere : Fragment de rêve : Sonia
 Publié le 26/10/07  -  16 commentaires  -  4415 caractères  -  71 lectures    Autres textes du même auteur

Rêve du 24 septembre 2007.


Fragment de rêve : Sonia


Rêve du 24 septembre


Je suis avec Sonia dans une cafétéria qui est certainement celle du Centre Hospitalier… En tout cas, je peux dire que les lieux y ressemblent avec force… Pourtant, tout est vaporeux, flou, segmenté, mouvant comme la marée… Multiples mosaïques… En réalité ; rien ne se dévoile… Distinctement…


L’ambiance, le brouhaha, les odeurs, le quadrillage blanc des carreaux, les séparations agrémentées de plantes grimpantes artificielles, tous ces éléments mis sens dessus dessous qui m’éblouissent, même s’ils ne respectent pas la loi usuelle de la gravité, sont bel et bien ceux d’un self.


Sonia. Ses cheveux sont blond foncé avec quelques mèches à l’aspect et à la couleur indéfinissables… Sa coiffure est un carré des plus vulgaires. Est-ce une perruque ou une teinte ?… Je n’arrive pas à le dire…
Le tout ne lui va pas. Je ne dis rien…


Sonia, ça j’en suis sûr en tout cas, est une puéricultrice que j’ai rencontrée dans le service de Néonatalogie.


Nous sommes dans la file d’attente et nous avons chacun un plateau dans les mains. Il y a, comme une image que l’on rajoute au montage d’un film, une pause cigarette qui vient couper le fil conducteur de cette file d’attente.


Il y a aussi, positionné entre moi et le plafond qui soutient les néons aveuglants du self qui se transforme pour un instant en couveuse, un bébé prématuré que j’aperçois, de façon furtive, fripé, incroyablement chétif, à peine viable, qui se met à pleurer… Ce sont des pleurs, des hurlements épouvantables…
Tout en restant saisissants d’intensité, les cris, les pleurs restent… Ils se bornent aux frontières de notre monde, comme un bruit de fond dans la foule de gens venus remplir leurs estomacs et calmer le temps d’un repas, les acidités de leurs sucs…
Ces cris restent en suspension, dans un lointain impalpable mais présent… C’est désagréable. Je ressens dans l’assistance, une impression de malaise… De superficialité… De honte… D’imposture… Mais nous sommes engagés sans qu’on puisse s’échapper, tous, nous deux, moi, dans cette file d’attente, avec notre dévouement, nos émotions, nos doutes, nos plateaux repas… Je ne sais pas pourquoi, à ce moment-là, mais mon esprit ou plutôt mon ressenti, se focalise sur cet objet…


Le plateau. Un de ces plateaux ternes, condamné à recueillir sur son rectangle encore chaud, toujours les mêmes plats, garnis de mets standardisés et survolés de conversations insipides. Un plateau moche, banal, usé par le lavage intempestif, qui donne à son teint terriblement beige, une consistance granuleuse et délavée qui me déprime… Autour de nous, à l’intérieur, j’entends résonner des éclats de rires métalliques, à moins que ce ne soit le bruit assourdissant des couverts qui chutent sur les plateaux repas… C’est un bruit volatile et lourd comme peut l’être le tonnerre, un son en forme de spirale, quelque chose de coloré, criard, assourdissant, qui s’éloigne et se rapproche, exacerbé par les tensions…


L’espace d’un cillement, ma tête se met à tourner et les images, à l’extérieur, suivent de façon désordonnée ce travelling circulaire. Mon regard, mais pas seulement, se fixe soudain sur le visage de Sonia qui prend une consistance étrange, terriblement dense, comme un fourmillement de vie aux traits pourtant extrêmement précis… Ses yeux sont aussi bleus que sa blouse…


Je devine l’anxiété de ses doigts, de ses ongles légèrement rongés, camouflés sous cet horrible plateau beige et un petit vernis transparent… Sonia fume. Sommes-nous toujours dans la cafétéria ? Peut-être…


Elle sourit. Son sourire est des plus rouges… C’est un sourire en surbrillance, presque trop gros, disproportionné par rapport à son corps frêle.
Pourtant c’est un sourire magnifique, grenat, une excroissance voluptueuse qui explose dans mon esprit comme pourrait exploser le fruit…
Notion ici, brusquement, de nausée, de bousculade…
Pour une raison que j’ignore, ou que je préfère ignorer, je n’ai pas le temps de profiter de ce dessert, de ce sourire, de ce fruit à la fois âpre et sirupeux, dégoulinant et outrancier, protubérant… À la fois grossier et percutant…


Sommes-nous toujours dans la cafétéria ? Y avons nous été un seul instant ?... Je ne sais pas, là encore… Toujours est-il, je ne préfère pas voir ce que l’on nous sert…


Avec ses cheveux noirs et naturels, Sonia est sans doute une fille qui mérite d’être connue…


 
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   Anonyme   
28/10/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Petit rappel sur mes commentaires par ailleurs en fragments :-)

"....Mais cette virtuosité devrait se servir d'une contrainte qui l'amènerait sur le chemin d'une syntaxe plus fluide... et cela deviendrait du génie tout simplement...."

Et bien bravo avec ce fragment on atteint un fluidité et une richesse de style. Alors le thème n'est pas passionnant, mais c'est le challenge au niveau de la composition et des trouvailles dans la description (scène, réflexion, transition, zoom caméra) qui m'emballent.

Bravo.

   Togna   
28/10/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je rejoins Argos2. Lariviere possède le style dont la richesse permet de tout conter. Même le banal.

   clementine   
28/10/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Captée ,subjugée par ce récit qui n'a pourtant rien de palpitant mais qui est effectivement magnifique par la richesse de l'émotion et des images provoquées.

   Anonyme   
29/10/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très belle écriture, Il ne se passe pas grand chose mais on est captivé par ce texte, ces expressions, cette fresque. Une description de l'ordinaire si bien rendue. C'est un tour de force. C'est un délice. Un modèle

   Gaelle   
29/10/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ambiance envoutante, pour cet instant étrange... Un peu comme un souffle chaud de folie. Encore !

   jensairien   
30/10/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Ce texte rend très bien la topographie chaotique d’un rêve
(tel ce prématuré qui flotte sous les néons du plafond).
A la différence du texte « rêve du quinze juin » qui tente l’analyse,
ce texte ci, écrit au présent tel que se déroule un rêve, privilégiant
les émotions et sensations est une réussite.
Au-delà des mots l’effort de traduire le rêve par des plans
cinématographique est bien rendu

   victhis0   
6/11/2007
Beau style personnel...Que j'aurais adoré sur une trame plus dense que celle-ci, qui m'apparaît un poil trop mince pour me passionner. Si une idée saugrenue te vient, précipite toi pour la transformer en un beau récit !
Talent certain de mon humble point de vue.

   Anonyme   
9/11/2007
Le style est fort et surtout très beau. On a l'impression qu il ya une suite... Il faut continuer.

   Anonyme   
8/2/2008
On entre de plein pied dans cet univers onirique, quelque peu dérangeant et qui, somme toute, m'a mis mal à l'aise. Mais c'est là justement que l'auteur à réussi à nous faire partager ce rêve dans lequel Freud aurait dû sans aucun doute trouvé sa pitance...

Je suis d'avis également qu'il faudrait une suite. Je suis resté sur ma faim (et sans plateau repas !).

   strega   
6/5/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Absolument d'accord avec jensairien. Le passage avec le prématuré est tout simplement extraordinaire.

Ce texte m'a renvoyée des images d'une clarté et d'une force incroyable. Ca m'a fait penser à certains films d'épouvante où apparaissent des images en flash dans l'unique but de donner le tournis au spectateur.

C'est un rêve cauchemar quand même...

Je ne parle même pas des respirations de ce texte, ces points de suspension qui me font l'effet de bouffée d'oxygène ou de soufre selon le moment...

Un jour, si tu le veux, il faudra que tu m'explique comment tu fais pour décrire le chaos aussi clairement... :)

Grand bravo Larivière.

   widjet   
7/5/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Je lis peu Larivière et m'en excuse par avance. Ce texte là, plus accessible, me plait assez. Il est moite, vaporeux, instable, bref c'est un songe déplaisant, presque malfaisant ai je envie de dire. On finit la lecture et reste ce sentiment étrange, ce malaise. Le vocabulaire, le style (fait de métaphores souvent) est assez impressionnant en effet...

Widjet

   xuanvincent   
20/6/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un rêve fort joliment raconté...

La fin m'a paru manquer un peu de force. Toutefois, si telle était la fin de ce rêve, sans doute, contrairement à une nouvelle, qu'il n'était pas vraiment possible pour l'auteur de laisser libre cours à son imagination...

   marogne   
29/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien
L’image du bébé flottant au dessus de ceux qui font la queue dans la plus banale et triviale des situations me semble une merveille. J’ai regretté que le texte ne soit pas centré sur celle-ci, mais ce n’était sans doute pas l’intérêt premier de l’auteur, et j’ai trouvé en comparaison le reste de la description bien gentillette.

J’hésite sur la construction, comme peut être l’auteur a hésité entre la description « de l’extérieur » du rêve, en l’analysant, le commentant, et une description de « l’intérieur » plus onirique et dépouillées des essais d’interprétations qui pour moi nuisent au déroulé du texte et à son impact. Un exemple ? La description du sourire. Magnifique au début, folle, dérangeante, entre cauchemar et rêve, et puis au milieu cette précision : » Notion ici, brusquement, de nausée, de bousculade… », si la nausée, la bousculade me semblent aller de pair avec l’évocation, l’utilisation du mot « notion » casse, pour moi, le rythme, et l’effet.

Sentiment mitigé donc.

   colibam   
10/6/2009
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai bien aimé l'idée du préma qui s'immisce et dérange, un peu comme une scène de famine à l'heure du déjeuner.
Sonia mérite-t-elle d'être reconnue ? En tout cas, emmitouflée dans une aura criarde, elle attend, patiente mais avide que son compagnon lui apporte sur un plateau ce qu'elle semble chérir dans un songe de rondeurs.

   Chiffon   
20/5/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Là d'accord. C'est simplement saisissant : on reconnaît des sensations cauchemardesque qui nous échappe toujours d'habitude. On se vois pédaler dans la semoule dans cette cafétéria indéfinie, ne rien parvenir à fixer une bonne fois.
Le texte n'est pas lu il est vécu.
Une seule formulation que je ne valide pas: "son sourire est des plus rouges", sonne un peu en décalage avec la fluidité du reste.
On regrette l'absence de chute et la taille du texte, un peu court.

Merci en tous cas pour ce moment capté et restitué avec génie.
Chiffon

   Anonyme   
1/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
  Estelle2L   
19/4/2009

Sonia. Ses cheveux sont blond foncé avec quelques mèches à l’aspect et à la couleur indéfinissables…
Avec ses cheveux noirs et naturels, Sonia est sans doute une fille qui mérite d’être connue…

j'adore l'ambiance de ce rêve. Encore plus que dans les deux autres j'ai l'impression de passer à côté de quelque chose... je sais pas... j'aime beaucoup le flou et le vaporeux.

Quelques répétitions en bémol qui m'ont un peu tilté (comme la file d'attente).

Mais dans l'ensemble ça donne quelque chose de flou qui laisse un gout de trop peu et en même temps un gout de trop.


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