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Policier/Noir/Thriller
Lariviere : Nuit d’ivresse
 Publié le 01/10/08  -  8 commentaires  -  16389 caractères  -  62 lectures    Autres textes du même auteur

Nuit d'ivresse...


Nuit d’ivresse


J’ai ouvert les volets et comme dehors il y avait déjà une très bonne luminosité et que je savais pas que j’avais autant dormi et qu’il était déjà près de onze heures, je me suis dit que le temps annonçait une journée plutôt pas mal et alors je me suis demandé, vu que les bonnes choses sont toujours partielles et surtout qu’elles s’estompent toujours rapidement, ce que ce beau temps pouvait cacher de monstrueux et ce qui allait bien pouvoir aujourd’hui me tomber sur le coin de la gueule.


Ce qui est drôle après coup, et malgré l’horreur qui est venue se dérouler par la suite encore que tout était déjà joué à ce moment, c’est qu’à ce moment puisqu’on en parle, j’avais pas du tout mal à la tronche. Nickel... Rien. Vraiment, pas la plus petite migraine… Malgré tout soyons clair, très vite, un petit quelque chose, une… impression, disons comme une gêne, un truc coriace quand même, mais pas le coup de blues classique après une trop grosse cuite, non, un truc inhabituel, quelque chose de bizarre et de pas prometteur, quelque chose de vorace est venu se nicher de façon insidieuse, comme un nuisible bien décidé à faire son nid dans mon cervelet en forme d’éponge trop pleine.


Ça faisait quelques mois maintenant que j’avais entamé la descente du gouffre de la France d’en bas, et pour tout dire, je m’en sortais pas si mal, même faut dire, j’étais plutôt content de moi et de la rapidité avec laquelle je progressais… avec laquelle je tombais dans ce gouffre qui n’avait pas de fin…

Tous les jours sur les bords glissants du suicide, je me rendais compte à quel point la pratique d’un sport extrême exige une force de caractère et un mental à toute épreuve. Je pourrais vous raconter les différents paliers de ma périlleuse expédition, comment on descend déjà avec les premières restrictions, faire attention à l’essence, le gaz, le chauffage, bouffe, rasoirs, PQ, tout le reste, ça gamberge, ça se dégrade, on retarde les réparations, on se sent traqué, les sorties sont sur la sellette, ciné, restau, n’importe quoi, puis l’amputation des relations sociales, les premières lettres d’huissier, le gel des soins, on y voit mal, on a mal aux dents, on a mal au crâne, dur l’isolement progressif, les factures s’amoncellent comme pluie de criquets, l’obsession du chiffre après la virgule, la moindre sonnerie on sursaute, la mobylette du facteur, petit à petit tout se ternit, tout se gâte pour l’éternité, la perte de la dignité suit de peu celle de l’emploi, la bagnole ressemble à une épave, la figure aussi, on économise jusqu’au dentifrice, la copine qui vous abandonne ou l’inverse, la profonde déprime, bref… Tout allait pour le mieux dans cette putain de descente du gouffre, elle se déroulait sans accroc mais clair que pourtant ça cliquait de plus en plus mal dans ma tête. L’autre jour alors que je buvais une pression au « petit Mont », Laure a débarqué comme une furie pour me dire comme quoi il fallait que je me bouge le cul et que je réagisse, que c’était pathétique de se laisser dégringoler comme ça et que c’était n’importe quoi, que j’allais devenir une loque, un déchet voire une déchetterie et d’autres conneries dans le même style. J’ai écouté calmement, comme si j’étais ailleurs, puisque d’ailleurs c’était vrai que dans ma tête j’étais déjà plus là ; j’ai fini mon demi et je suis parti… Pourtant, je sais qu’elle a pas tort. Je deviens une épave, un déchet, une déchetterie. Mes amis se comptent sur les doigts d’une main de boucher. Laure trouve que je suis pas dans mon assiette. Même Suzie trouve que je deviens aigri, puant, loqueteux et con comme un manche… Enfin, quand même, je passe par-dessus mes petits épanchements parce que même si y faudrait tout vous dire, c’est long et c’est pas tout à fait le sujet et puis vous savez l’essentiel. Alors, j’ai pas envie de vous bassiner avec ça…


Les seules choses qui n’avaient pas été atteintes par la restriction, voire qui subissaient plutôt une nette augmentation, c’était ma consommation de cafards, de chats noirs, de clopes et d’alcool… Je me surpassais même. Hier soir d’ailleurs, à propos d’alcool, la soirée avait été très arrosée, peut-être même un peu plus que d’habitude, quelques bribes de tout ça commençaient à me remonter des tripes avec la nausée et le malaise qui s’installait de plus en plus depuis cette sacrée ouverture de volets, devant ce soleil qui se faisait de plus en plus insistant et qui semblait se foutre royalement de ma gueule avec son grand sourire jaune… J’attrapais une clope que je sortais de son paquet et alors mes yeux se plantent sur cette femme enceinte barrée d’un signe rouge… Déjà, à peine levé, les énervements reprenaient… On nous dit : Ralentir travaux. Silence hôpital. Traversez dans les clous. Consommez avec modération. Boire au volant tue. Fumer tue. On nous parque, on nous parle et on nous traîne sur la vie comme on envoie paître du bétail.

C’est ce genre de foutaises, la femme enceinte, les règles du jeu à la con, leurs duperies, leur duplicité, leur fausse morale, les recommandations navrantes sur les paquets de clopes, sur les bouteilles d’alcool, les instructions et les consignes débiles qui jalonnent notre existence en société comme les réclames, le matraquage publicitaire, leur justice inique, leur police et toutes leurs saloperies d’animaux d’élevages ; bref… être perpétuellement pris pour un pion, un pantin, un mouton, un suspect permanent, un rat de laboratoire, un singe lobotomisé, c’est justement tout ça qui m’exaspérait sérieusement…

Oui, tout ça, ce sont des foutaises…

Les gens qui fument pas et qui traversent dans les clous meurent comme les autres…


Moi, je fumais ma première clope et je descendais l’escalier sans trop réfléchir… J’étais donc lessivé depuis longtemps. Mes rêves devenaient sombres. Même l’idée de faire le casse du siècle ou de tuer plein de flics d’un seul coup ne me procurait plus de joie. Encore guidé par les sensations je frôlais les murs. Les choses ont commencé à se préciser de façon désagréable quand j’ai saisi mon téléphone dans la cuisine. La vaisselle était pas faite depuis au moins deux semaines… Des piles de linges et de torchons s’accumulaient... Tout était sale. Dégueulasse. Pas de problème, ça faisait partie du jeu…


Sur mon téléphone, il y avait une vingtaine de messages… Ça commençait à annoncer quelque chose de sérieux, j’avais dû faire une connerie, ça devenait clair dans ma tête. Je bois un café noir. Je rallume une clope. C’est là, je crois, que les premiers signes du dégrisement sont venus me cogner avec leurs cortèges d’étaux autour de mes yeux, puis comme une sorte de vertige brutal avec du rouge, une estompe mouvante en forme de frange qui se formait et qui commençait à vibrer à l’intérieur contre les parois assombries de mon crâne… J’ai compris que jusqu'à présent j’étais encore sous les effets de l’alcool et que la vraie descente allait commencer et que là, j’allais sacrément déguster… J’avais dû dépasser les limites la veille. Ça n’annonçait rien de bon… Le numéro de cette personne qui m’avait appelé une vingtaine de fois hier soir, à partir de trois heures du matin, et qui s’affichait sur ma messagerie ne me disait franchement rien et ça aussi je sentais que c’était pas une bonne chose. C’était un numéro que je ne connaissais pas, mais une voix derrière, au-dessus, à l’intérieur de ma tête giflée par les évènements et les vapeurs d’alcool, me prévenait que quelque chose de grave allait surgir de tous ces nœuds qui se serraient par dizaines, par milliers dans des aciers de plus en plus rouges autour de mon front au-dessus de mes yeux… Je sais pas pourquoi mais j’ai eu les foies, une vraie panique, j’ai failli m’évanouir, sérieux, et j’ai pas eu la force de lire les messages… Je voulais temporiser… Faire comme si de rien n’était. Attendre que ça s’efface… Dans ces cas-là, on sauve les bouffées d’oxygène comme on sauve les apparences, c'est-à-dire comme on peut. Quitte à happer les dernières petites bulles qui se dégagent de la vase où on s’enfoncera plus tard irrémédiablement.


J’ai enjambé à toute vitesse l’escalier en sens inverse et je suis allé enfiler mon pantalon… Le problème, je m’en suis seulement aperçu au contact difficile, trop collant, rêche, poisseux sur la peau de mes cuisses, c’est qu’il était complètement imbibé de sang… Clair que c’était carrément pas bon signe…


J’ai enfilé un autre pantalon et je suis sorti. Ma voiture, elle était détruite, salement amochée, une œuvre d’art moderne à dégueuler devant ma porte. L’aile avant était complètement écrasée, désintégrée dans un amas de glu noire qui caillait sur la carrosserie enfoncée et les morceaux du phare. La portière était bien enfoncée. Pareil pour le capot. Le pneu avant du même côté avait éclaté et la jante était presque à nu. Seulement quelques lambeaux de pneus tenaient encore… Je me rappelais un peu maintenant, la route, une bouche, du gris, des flashs, beaucoup d’alcool, j’ai roulé à plat un moment, les choses étaient compressées fourmillantes une bouche pulpeuse et c’est drôle, mais un rire brûlant, incontrôlable, un rire de dingue me sortit de la gorge… J’essayais de démarrer ma bagnole… À ma grande surprise alors, ma bagnole a démarré.


Je roule. Je sais pas vraiment encore où je vais ou peut-être je le sais, je me laisse guider par l’instinct… Par moment, quelques morceaux de pneus les débris de phare le métal quelques graviers que le sang en séchant a libérés se détachent, volent un moment, chutent puis rebondissent sur la route. La jante mise à nu racle le goudron dans un ronronnement de fauve blessé que la vitesse du véhicule et la gueule de bois rendent insupportable… J’ouvre la vitre pour faire entrer un peu d’air et rendre plus léger mon cerveau qui me semble cogner sur mon destin comme un marteau géant sur une enclume en fonte… Les choses me reviennent, une ronde terrible qui me danse dans le crâne, j’étais vraiment ivre cette nuit, trop, beaucoup de bière, de mélange, la solitude, cette serveuse, cette bouche, la route, des cris, un grand bruit qui claque, un énorme bruit, sec et assourdissant… J’emprunte quelques routes sinueuses de plus en plus étroites puis je prends un chemin de campagne partiellement goudronné. Je monte progressivement en altitude et je me retrouve bientôt à rouler dans la montagne… Ensuite, je ralentis… J’arrive à un lieu familier… Sur le bord, je repère les traces grises d’un freinage mal contrôlé, quelques gouttes de sang difficiles à voir, une grande zone d’herbe aplatie et sombre. Je sors du véhicule et en me baissant sur le fossé, j’aperçois une énorme tache de sang, des morceaux de chairs, du poil… Plus bas, gît un sanglier complètement explosé…


Au lieu d’un grand soulagement, je pleure… J’ai bien fait de prendre une flasque de Cognac avant de partir. Je bois le liquide d’une seule et lente gorgée qui me brûle et ça tombe bien, les images se recentrent enfin et se superposent de couleurs, de chronologie et de bribes de nuits que j’aurais préféré ne pas voir, je me réveille vraiment, je veux dire dans mon esprit les choses s’allument, je fume une clope et je ne vomis pas. Je sais que les véritables emmerdes vont commencer. Le vent se lève dedans, dehors... Les rais de lumières à travers bois explosent dans mes os gelés et me brûlent les yeux… Un malaise m’envahit et c’est curieux, mais je me sens léger, je survole, j’avance et je sens les choses qui sont autour, sans vraiment avoir besoin de les voir… Je me sens comme à l’extérieur, comme en dehors de mon propre corps…

Je connais bien l’endroit. Je sais qu’à une centaine de mètres sur la gauche, il y a un petit chemin de chevrier qui monte à un cabanon abandonné.


Moi et mes démons, on monte le petit sentier par instinct. Cette histoire de sanglier ne m’a pas apaisé… C’est sûr, ça colle plutôt bien à l’état de ma bagnole. L’accident. Mon véhicule. Le sanglier… Ok… Mais je sais très bien que c’est pas un sanglier qui m’a laissé plus de vingt messages cette nuit, sur mon répondeur, entre trois heures et cinq heures du matin…


Ces messages, j’ai bien fait de pas les écouter sur le moment. Ils les ont passés pendant l’audience. Ils sont durs à entendre. Les supplications. L’agonie. Avec la voix, on s’imagine bien… La voix, je crois, j’oublierai jamais… C’est quand même drôle, si on peut dire car c’est peut-être tout sauf quelque chose de drôle, mais le sort nous joue quand même des sacrés tours de cochon. À la barre ils ont tout expliqué : son compagnon pas joignable, elle, incapable de dire où elle se trouvait, le standard centralisé de la gendarmerie et ses appels à l’aide perdus, mal dirigés ou un peu embrouillés qu’ont pas été pris aux sérieux… C’est drôle ou c’est épouvantable. En réalité, ils auraient pu la sauver… Quand les recherches ont commencé, c’était déjà trop tard… Moi aussi, j’aurais pu la sauver… En fait, je pense maintenant qu’on a voulu l’expulser elle aussi, de façon plus radicale, la faire disparaître, elle aussi, pour rien ou pas grand-chose ou pour des choses mystérieuses, des choses qui nous échappent, qui nous paraissent anodines mais qui finalement sont sérieuses, peut-être très graves, suffisamment en tout cas pour appeler une sentence sévère dans une autre dimension, une dimension étrange, invisible, mais bien présente que nous n’interprétons pas, que nous ne maîtrisons pas.


Le paysage tout au long de la montée ne me concerne plus. Les grands chênes, les murets de pierres délabrés ou intacts, les sous-bois, tout ça se désagrège dans des formes trop claires ou trop foncées…


J’arrive au cabanon abandonné. Elle est là. Pas loin, étendue… Je la reconnais pas de suite et je crois d’abord que c’est à cause des effets de l’alcool ou de la surprise, puis je me rends compte que des petits rongeurs ont dû passer avant moi. Sa bouche surtout, si pulpeuse hier soir, si invitante, est grignotée ou lacérée de petits traits violets presque bleu-nuit. Je me rappelle un peu : cette soirée arrosée. Elle est serveuse dans ce bar et sa bouche, si pulpeuse. Elle a vingt-trois ans. On s’amuse. On plaisante bien. J’aime l’odeur de ses cheveux. Elle s’ouvre. Je m’ouvre. Ça colle. On échange nos numéros. Elle me redonne progressivement des petits morceaux de vies…


Là, sa tête est un agglomérat de sang séché où les périphéries de la flaque encore molle mordent sur le sol de terre brûlée et les quelques petites touffes d’herbes grises… Plus loin, la grosse pierre est encore plus horrible à regarder. Entre les deux, quelques gouttes… Elle a dû réussir à se traîner un peu. Ses mèches châtain, gluantes, sont comme cousues sur le reste de son visage qui selon les parties, est trop noir ou trop blanc. Je me rappelle encore : on est bien, on quitte la fête, la lune est pleine, c’est tard et j’ai bu pas mal, à un moment elle se fout de ma gueule à cause de la poésie. Elle a bien raison. J’ai plus de poésie. J’ai plus rien…


Pourquoi donner une description de son cadavre et de ses meurtrissures ?... C’est dur à regarder. Son visage est… Par contre, la position de son corps contraste… Elle est allongée, comme étirée, détendue, comme paisible dans la résignation. Elle est légèrement dénudée. Son portable est lâché à quelques centimètres de sa main qui ne s’ouvrira plus. Sa chemise de flanelle violine est un peu relevée et laisse découvrir le haut de son ventre. Je l’ai pas violée. Je suis pas un malade… Ce sont les animaux qui ont fait ça… Je vois son ventre. Il est beau et légèrement arrondi. Un petit liseré ocre descend de son nombril et tranche en deux hémisphères les courbes de sa peau blanche. C’est à ce moment que je me rappelle qu’elle est… était… qu’elle était enceinte. Rien ne va plus. Je ne comprends plus. Mon visage se ferme. Le gouffre est sans fin. Mes démons chantent des refrains maudits que je ne saisis pas, je suis un singe, un dingue, un automate lobotomisé. Tout est dommage, comme un gâchis permanent, voilà ce que je me dis. J’ai mon hachoir. Ma valise. C’est pas un hasard. Je suis dans la France d’en bas. Faudra que je raconte, que je m’explique un jour. Que j’explique tout, vraiment tout, et aussi le déroulement des choses qui mène à cette nuit… Pour le moment, j’ai envie d’oublier… Un hachoir. Une valise. L’existence dedans, en morceaux bigarrés… Je lampe la dernière goutte de cognac… Le vent me susurre sa folie. Je me mets au travail…



 
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   Anonyme   
1/10/2008
Simplement sur la forme, j'ai trouvé l'entame particulièrement "lourde". Le nombre de "que" et de "qui" dans le texte est assez colossal, je me demande si cela est voulu...
Une nouvelle assez horrible et désespérée, ça j'ai aimé. Mais la forme... Désolé mais je n'ai pas eu l'impression de lire du "Larivière", dans certains passages on le retrouve mais beaucoup trop épisodiquement à mon goût.
Autant l'histoire m'a plu, autant l'écriture m'a fortement déçu. Je m'abstiens donc de noter.

   Anonyme   
1/10/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai adoré au début, même si c'est "lourd" à lire. La suite est intéressante, on sent poindre la fin.
Par contre la fin est surréaliste! Il est impossible de conduire sur une jante en montagne! Et ça ça fout tout le texte en l'air.

C'est dommage, franchement. J'aime bien ce style un peu célinien, franchement glauque, mais le coup de la jante...

Dommage, vraiment dommage.

   widjet   
1/10/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Ce n'est pas la première nouvelle de Larivière, mais c'est la plus accessible. Alors, forcément ceux qui attendaient quelque chose de poétique dans la forme (à l'image de ses Fragments ) sont peut être déçus. Pour ma part, j'ai passé un bon moment (façon de parler hein...) même si mon impression reste finalement assez mitigée.

Ici, et c'est une première, il s'agit d'un thriller avec un fond noir. Désespéré même. Cette noirceur est plutôt bien retranscrite mais je vais rejoindre Notrac sur cette déception ressentie. Pas tant par rapport à l'écriture (volontairement confuse, diffuse à l'image du héros, bref ça colle plutot bien au récit) mais plutôt sur l'ambiance et sur l'étude psychologique du héros. J'attendais quelque chose de plus inédit, de plus torturé dans la façon dont Larivière sonde l'âme du héros. Pourtant je vois bien que l'auteur a prit le temps de travailler son personnage principal. Bref, je me l'explique pas vraiment....

Ce qui m'a gêné et que j'ai aussi du mal à comprendre et à expliquer, c'est qu'en dépit du sujet hyper glauque, je n'ai jamais été chamboulé émotionnellement. Je pense qu'il manquait malgré tout une atmosphère encore plus oppressante, plus malsaine ,un climax comme on dit qui m'aurait pour ainsi dire mis totalement mal à l'aise. L'histoire est prenante, c'est vrai (même si la construction et le déroulement du récit m'a paru par instant bancal). J'ai été interessé par l'intrigue et je n'ai jamais décroché (car il y a du suspense et on cherche à assembler les pièces du puzzle comme le héros qui cherche à assembler ses souvenirs) mais j'aurai voulu suffoquer, etouffer, vous voyez ? Pourtant non. Je le regrette et m'en excuserais presque. Bref, après la lecture il ne m'en est pas resté grand chose (ce qui n'est jamais bon signe en ce qui me concerne) alors qu'avec un tel sujet....Désolé !

Mais attention, qu'on ne se méprenne pas sur mon propos. Le texte est tout à fait digne d'intêret et je le recommande notamment aux amateurs du genre !

Widjet

   Menvussa   
5/10/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un texte trop touffu à mon sens, je m'y perd un peu voire un peu beaucoup. Une ambiance glauque plutôt bien rendue mais des lourdeurs qui rendent finalement l'histoire difficile à comprendre; Car finalement est-il réellement le meurtrier ? Comment a-t-elle fait pour passer autant de coups de fils dans son état ?

   David   
10/11/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Lariviere,

Le titre a quelque chose d'angélique qui disparaît dès les premiers mots, l'ironie de l'entrée en matière m'a tout de suite accroché, cet anti-héros est vraiment charmant.

Je ne me résous pas à l'imaginer en assassin, le hachoir est pour moi une pensée parasite sans rapport, même l'enfant qu'aurait attendu la serveuse j'ai envie de le mettre sur le compte du délirium tremens.

C'est un meurtrier pourtant, mais je fais confiance au ton glauque de l'histoire, à son néant, ce n'est qu'un dramatique accident de la route, il percute un sanglier, la serveuse est éjectée, il repart abruti d'alcool et elle l'appelle toute la nuit au secours (comme elle appelle la police qui ne réagît pas) et agonise... simplement, c'est atroce, c'est sûr.

Une chronique, un faux sérial killer à mon sens, le héros se perd dans son imaginaire malade d'alcool, une critique sociale plus qu'un thriller je crois.

   marogne   
31/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Le début n'est pas vraiment engageant, tous ses "et", et on sent venir les longues phrases, les clins d'oeil éculés avec le lecteur, ... mais on accroche quand même. Oui, on connaît la fin dès le deuxième paragraphe, mais on veut voir comment on va y arriver.....

J'ai bien aimé la petite parenthèse "sanglier", presque une piqure de moustique - "m'étais-je trompé quant à la fin ? - au milieu du texte, et qui redonne un second souffle bienvenu.

Donc bref, j'ai bien aimé l'histoire.

Ce qui m'a gêné quand même, c'est à la fois la revendication claire et nette que le narrateur (et donc l'auteur) n'est pas, lui, de la France d'en-bas, qu'il est seulement un entomologiste étudiant minutieusement ces étranges animaux bizarres, et le ton, le style qui en renforce l'apparence, détachée, sans sentiments, sans émotion. On ressort de la lecture, comme un ressort d'une description "scientifique" d'une scène ethnologique....

   Anonyme   
25/2/2009
Ce qu'il y a de bien avec ce site, c'est que lorsqu'on aborde un auteur aussi complexe que Larivière, qu'on ne comprend pas grand chose à son style quand on tombe par hasard sur une de ses nouvelles, on peut toujours passer par la case "Poésie" afin de mieux le situer.
J'ai lu Chat noir, chat blanc, l'ai laissée, y suis revenue, avant de me décider à franchir le pas et aller voir ses poésies.
Là tout s'est éclairé.

Un univers pas ordinaire, une voix enchanteresse, un style ahurissant, des mots qui s'encastrent et se télescopent, pas la peine d'analyser, de chercher à comprendre, on s'immerge ou pas. C'est du ressenti pur, c'est rien d'autre que de la magie. C'est noir même, souvent, sous la féérie, c'est d'une tristesse lancinante parfois, mais ce qui est certain, c'est qu'être passée par la case poésie avant d'oser commenter une de ses nouvelles, m'a éclairée sur son univers pas courant, pas ordinaire du tout.

Ici, j'aborde le polard, un genre que j'adore et que je sais très exigeant. Comment va s'en sortir Larivière ? Curieuse je suis.
Mais je suis parée : je sais dans quel univers je mets les pieds, (presque) je suis prête à lui pardonner bcp de choses, je suis même prête à ne rien y comprendre du tout, à ressentir, rien d'autre.

Je lis la nouvelle, j'aime le style, les phrases sont longues mais les virgules, bien placées aident à se maintenir à flot, à reprendre souffle, le héros étant seul, je ne le perds pas de vue, et ne me noie pas dans les circonvolutions de son état d'âme comme du décor dans lequel il vit.

Je suis étonnée, je comprends l'histoire, c'est une histoire qui pourrait arriver à n'importe qui, elle est limpide même si le contexte est glauque, noir, très sombre et parle de solitude, de détresse, de cuite mémorable.

C'est pas grave, et si je crois un moment que je vais partir avec lui explorer le fin fond d'un gouffre avec tout un attirail hétéroclite, je remonte vite à la surface quand je vois...

Sa voiture. Un tas de féraille digne de César, une jante à nue ou presque, un pneu à plat, un oeil crevé. Bref, une carcasse qui à mon grand étonnement démarre.

Tout s'accélère quand je découvre que cette même voiture roule.
Je me remémorise l'univers de l'auteur, je me dis que c'est lui encore, qui frappe et qui glisse du non-sens sous le sens.

J'accepte de monter dans la guimbarde et je constate qu'elle va loin. Elle remonte dans la montagne. Pragmatique, j'ai envie de demander au héros comment il compte s'y prendre pour revenir chez lui, si en cours de route la voiture le lâche. Et si même elle va arriver là-haut ? Suspens secondaire mais suspens quand même.

D'un autre côté, j'ai ses poésies en mémoire, alors je me dis que l'auteur joue avec moi, qu'il cherche à me faire prendre une autre voie que le polard pur et dur. J'embraie sur "polar mystique" ou quelque chose d'approchant et me laisse guider.

Puis je vois apparaître un hachoir et une valise. Quand ont-ils été placés là l'un et l'autre ? Ce matin, en partant de l'appart' ? Ou alors ils étaient déjà dans la voiture la veille ? Si c'est le cas, pourquoi le héros n'a t'il pas terminé le travail la nuit même ?

Parce qu'il se tenait une cuite mémorable.

Je n'y crois pas. Je crois, parce que tous les polards le disent, que la violence, surtout quand elle est sanguinaire, dégrise. Je crois que le choc, à postériori est si violent, que le cerveau récupère une grande partie de sa lucidité.
Et qu'à ce moment précis, une seule chose compte : s'en sortir avec le moins de dommages collatéraux possible. Effacer les traces, fuir, disparaitre.
Brûler la voiture, l'éliminer elle en premier, tant pis, on rentrera à pied.
Eventuellement faire disparaitre le corps ou laisser les animaux se charger de la dépouille.
Mais revenir le lendemain... et à ce moment là seulement finir le travail...

Je n'ai pas lu les commentaires des autres oniriens. Il est fort possible que je me sois complètement trompée, que je n'aie pas voulu voir ce que l'auteur me montrait. L'auteur est difficile, alors je me dis que je ne suis pas de taille à l'affronter, que je ne sais pas grand chose de son univers et que surtout, je ne l'ai pas compris. D'avance, parce que malgré cela, j'apprécie ce qu'il veut me dire ailleurs et que j'apprends à aimer les chemins sinueux qu'il me fait emprunter, je lui fais mes plus plates excuses.

   Anonyme   
1/7/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je recolle mon commentaire du 12/04/2009

Plein de choses m'interpellent ici...
Le titre qui présage n'importe quoi en vrai...
Le réveil, bien trash, le jeans, la voiture, le sanglier (leurre) et la femme...
Le fait qu'elle soit en ceinte...

L'ambiguité sur la culpabilité ( la phrase sur la voix: ils ont passé les messages pendant l'audiance me fait croire qu'il a été jugé pour le crime ou en tout cas...)...

Le parallèle entre les gouffres
Il parle d'elle comme de la serveuse, il dit que "son compagnon" n'était pas joignable... mais il connait pas le numéro... méheu!

Alors je me demande... il fait l'amalgame peut-être entre la serveuse et la compagne, ou sont elles une seule et même personne. Ou est-ce que le fantasme rejoint la réalité?

AAAA

Je n'ai pas trouvé de fautes de style, pas vraiment. Je pense que les lourdeurs citées par d'autres sont voulues par le style résolument parlé de ce lendemain de veille...

Et j'ai aimé, même si ça me fait un peu peur... mais j'ai aimé, vraiment, j'ai passé un bon moment en essayant de débrouiller le mystère, et je cherche encore.
Sadique.

Bizz
Es


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