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Fantastique/Merveilleux
Lariviere : Rêve du quinze juin
 Publié le 20/07/07  -  8 commentaires  -  5820 caractères  -  43 lectures    Autres textes du même auteur

Rêve du 15 juin


Rêve du quinze juin


Ambiance à la Edgar Poe ou conte fantastique d'Hoffman. À développer une autre fois.


Les acteurs : un couple de jeunes gens de bonne famille, peut-être même issus d'une certaine noblesse. Style romantique. Moi, tantôt un ami de la même classe sociale, tantôt le narrateur englué et intrigué de ce récit, c'est-à-dire extérieur à l'histoire.


Le couple s'apprête à partir en voyage. Notion de regret et de déchirure de ma part. Tous les deux sont habillés de manière élégante, en grande pompe. C'est certainement une sortie importante. Voyage qui ressemble à un voyage de noce. Qui n'en est pas un. Un renouveau ? Nouveau départ dans ? Quelque chose comme ça... En même temps, il y a un aspect, une atmosphère d'un périple où des tierces personnes vont être mêlées à l'intrigue. À l'importance du séjour. Mais où vont-il vraiment ? Ils partent assez loin. Plusieurs jours. Une maison. Un manoir.


Ils insistent pour que je me joigne à eux. Surtout elle, si élégante dans une robe rouge sang qui semble brûler sur une peau extrêmement blême. C’est une robe écarlate qui épouse parfaitement un corps frêle néanmoins pourvu de courbes mystérieusement pleines. Son sourire est un sourire plein de brillant, radieux, à la fois charnu et lisse, rempli d'une volupté et d'une harmonie glissante. Il m'aspire. C'est un sourire que je n'ai rencontré nulle part ailleurs. Le premier sourire que je rencontre et qui m'est destiné. Il se plante. Il y a aussi ses doigts si fins qui procurent des vertiges et qui donnent l'impression d'avoir été créés pour être les archets de je ne sais quelle symphonie envoûtante.


L'envie de les accompagner me déchire atrocement le cœur. Je sais que ma conscience et la sagesse me recommandent de ne pas y aller. Je ne peux pas. Et ce devoir de retenue auquel je me plie me tourmente et me vrille. Je la sens aussi mal que moi. Quelle passion étrange, maléfique nous lie tous les deux ?


Vient la notion d'un sac... Achat ? Aux enchères ? Il y a un malentendu, un vol ? Dans la rue, je tombe sur un monsieur en haut-de-forme avec le sac. Je le lui reprends. Difficulté ? Aucune... Je ne sais plus. Je le ramène. Et je les rejoins donc finalement. Notion d'être certainement amené par une calèche ou un fiacre. Présence d'un cocher peu causant (ce cocher est-il vraiment Gombrowicz ?).


Ils sont logés dans une demeure que je ne peux décrire avec exactitude. Je n'ai souvenir que d'une pièce qui me fait penser à un chalet de montagne. Notion de cheminée. Il y a un plancher en bois et une épaisse table de chêne foncée. Mais une intuition, je dirais "atmosphérique", me permet d'affirmer qu'il y a d'autres pièces, qu'il y a des étages, que cette maison est beaucoup plus grande que ça, et j'opte alors plutôt pour un manoir. Nous sommes contents de nous retrouver. On rit, on s'embrasse, on boit un verre assis tous les trois à l'imposante et massive table en bois. Nous rions beaucoup. Une fenêtre aux épais quatuors de carreaux libère la pièce et nous laissent entrevoir la nuit, qui maintenant est complètement tombée.


La nuit est d'une densité surnaturelle. D'un noir oppressant. L'atmosphère inquiétante du dehors contraste avec l'apparente gaieté protectrice qui nous encercle en dedans de la pièce. En réalité, quel est le climat le plus angoissant ? Dehors il fait froid, les ténèbres glissent des épouvantes dans les reliefs de la nuit, dedans les flammes crépitent, la chaleur et le vin nous irradient, le blanc éclatant de nos sourires resplendit dans nos bouches. Mais un orage se prépare, dedans, dehors. Je sens une oppression grandissante.


C'est l'heure de partir. Nous nous serrons avec force à tour de rôle. D'abord elle. Elle et moi. Au contact de son corps, un tourbillon de douleur et d'amertume me centrifuge les entrailles. Je ne peux l'exprimer que difficilement, c'est un bouleversement profond qui ressemble à un tremblement de terre, une secousse sismique intérieure. Lui me fait une accolade chaleureuse. Cette accolade entre deux amis se découvre d'une émouvante consistance. Nous nous serrons avec intensité. Il y a les sentiments de trois vies co-locataires qui s'échangent dans ce départ. Une mise à plat. Des aveux muets. Des mises au point. Un bilan ? Cosmos. Charge électrique d'émotions extraordinaires. Ces "au revoir" sont des adieux incontestables. Une tragédie s'annonce.


Je suis sur le pas de la porte et je regarde le ciel lourd, sans étoiles, qui pèse sur nos têtes. On entend gronder le tonnerre dans le lointain. Je me retourne une dernière fois, je lève lentement la main, un signe de salut en berne au bout des doigts. Ici, en tant qu'acteur de ce récit, en tant qu'ami, en tant que personnage principal malgré moi de ce théâtre, de cette symphonie, je ne peux plus ou je ne veux plus me souvenir du dénouement, si dénouement il y a. Si le mot fin vient véritablement clore ce rêve, cette représentation. Peut être n'y a t-il pas de tomber de rideaux. Tout ce que je peux dire, c'est que je ressens et je redoute le pire. En tant qu'acteur, mon rôle s'arrête là.


En tant que narrateur, je peux donner quelques éléments entraperçus, certaines scènes devinées, notion... là encore, pour faire reculer l'intrigue. Je perçois par flash certaines séquences à venir, des éclairs, un orage, une pluie ruisselante et blanche qui s'écrase aux carreaux, le sac, une présence, et le crime froid qui rode comme un poignard. Je comprends avec horreur qu'en ramenant ce sac, en allant les rejoindre, en ramenant ce sac peut-être symbole des nœuds inextricables de ma conscience, je leur ai amené la mort en forme d'ami, en forme de sac, en forme de main gantée de cuir noir que prolonge une lame tranchante et glacée.


J'extrapole, mais on retrouvera peut-être trois corps dans le chalet, sur le nid d'aigle abrupt de la montagne.


 
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   Cyberalx   
20/7/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce que j'aime le ton de cette nouvelle !
Witold Gombrowicz -malgré son aversion notoire pour le roman-eut été flatté de servir de cocher dans cette histoire, j'en suis certain.

Je n'ai hélas pas de critique à faire, c'est trop bien écrit pour que le cancrelat écriveur que je suis ne parvienne à déceler les éventuelles failles du récit, du fond ou de la forme.

Navré de ne pas pouvoir t'offrir autre chose que mes compliments, je te serais reconnaissant de faire au moins semblant de les apprécier.

Bravo ! Et vivement la prochaine nouvelle.

   strega   
18/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Incroyable multiplicité du personnage. Le côté polymorphe fait tourner la tête. Mais on ne se perd pas une seule seconde. Tu passe avec le plus grand naturel de l'acteur, au narrateur.
Pourquoi? Tout simplement grâce aux questions qui discètement font avancer le récit. Grâce à l'écriture très froide, cela évite les fioritures qui dans cet écrit, seraient difficiles à entendre. Pardon, à voir...

Cette ubiquité est quelque chose de très fort pour un écrivain. Il peut être un personnage, celui qu'il désire. Mais là, c'est encore plus fort, c'est comme si l'écrivain se projetter dans son propre écrit pour lui-même modifier le déroulement. Effectivement, Poe n'est pas loin...

C'est presque à la limite de l'absurde, avec tout ce que cela comporte de positif, dans le genre dédoublement et hyperactivité.

"Un renouveau ? Nouveau départ dans ?".... J'aime cette manière de laisser le lecteur suspendu ainsi au récit. Nous sommes dans l'attente mais peu importe l'endroit du "nouveau départ"... Nous sommes déjà partis...

Je ne sais pas pourquoi j'ai tardé à lire cette nouvelle... Elle fait plus que me parler, elle m'écoute et me répond. Bravo, et même si je trouve toujours ce mot obsolète pour tes écrits. Merci...

   i-zimbra   
18/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
(Un regret, le mot rêve dans le titre.)
Pourtant j'imagine très bien ce titre en haut de la page dans le Super Conquérant qui te sert à noter tes rêves.
Ce logos nocturne qui fuit dès que les phrases veulent faire de la littérature... cette histoire dont le nœud est si évident mais dont les dialogues auraient changé son sourire en grimace... nous les avons connus aussi.
Puis dans la journée, une péripétie du quotidien, par hasard objectif, t'a fourni la clef du songe au moment où, bayant aux spectres du jour, un influx sous-cutané s'est syntonisé sur ton rêve, captant le mot qu'elle t'avait chuchoté à l'oreille et dont les phosphènes oniriques n'avaient pas gardé la modulation.
Et tu as décidé de le garder pour toi, et ça, ce n'est pas très gentil.

   xuanvincent   
22/6/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un rêve fort joliment (d)écrit !

Le mélange des genres m'a toutefois un peu surprise. Au départ, j'ai pensé à un scénario que développerait un romancier ou un cinéaste... Mais la suite, onirique, m'a ramené dans l'univers du rêve. Un rêve étrange, étonnamment détaillé, qui m'a intéressée.

   Anonyme   
9/4/2009
Entre rêve et idées lancées à la volée, synopsis, projet de film ?Bien vu, surtout osé.
Je me rends compte en lisant ce texte en particulier que je m'enferme dans un style et que je m'interdis de passer certaines frontières.
Toi tu oses et le résultat est là.
J'aime bien l'ambiguité de ce "il se plante" au sujet du sourire. je ne sais pas s'il se plante dans le narrateur, ou si le sourire se plante (se trompe) en voyant le narrateur tel qu'il lui apparait.
J'aime aussi : "un tourbillon de douleur et d'amertume me centrifuge les entrailles" parce que l'image est du ressenti pur d'abord, et qu'ensuite le choix du mot "centrifuge" est audacieux. Je veux dire, c'est LE mot, il n'y en a pas d'autre. Et pourtant si jamais il me venait en écrivant ce genre de phrase, je le rejetterai. D'où mon manque d'audace (dont jeparle plus haut) et les limites invisibles que je m'impose.
"le crime froid qui rode comme un poignard" huit mots seulement et dedans une histoire, un verdict, une ambiance. Chapeau.
"ce devoir de retenue auquel je me plie me tourmente et me vrille" pareil que pour centrifuge, même ressenti. J'aime à la base le verbe "vriller" mais ici il a quelque chose de plus et je ne saurais dire quoi.

   Menvussa   
12/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Il y a cette écriture qui sait créer une ambiance en peu de lignes, mais il y a aussi cette envie de ne rien dévoiler au lecteur. L'auteur s'est contenté de planter le décor. C'est très bien fait, mais c'est frustrant.

Il est vrai que je n'ai pas trop tenu compte du titre, et que les rêves si c'en est bien un, n'ont pas la consistance de la réalité.

   widjet   
23/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Réaction à chaud…

Larivière nous a prévenu dans sa phrase d’introduction. C’est un texte d’ambiance.
Oui, ce récit vaporeux se ressent. On se laisse immerger dedans. On y voit pas toujours grand-chose comme si une buée se posait sur nos verres de lunettes. Des pistes nous sont données, comme ça, on prend ou on laisse…mais on continue de lire, parce qu’on est prit par « une écriture étau », hypnotique comme le sourire de cette femme dont la robe porte déjà la couleur de la tragédie. Ca semble réel, mais ça ne l’est peut-être pas. Onirisme prémonitoire ? Réalité. Qu’importe…

Ce qu’on sait, le ciel le sait aussi. Il tonne. Il va se passer quelque chose. Mais peut-être sait il déjà passé quelque chose ?

Triangle. Amour. Amitié. Trahison. Je vois un peu de tout ça.

J’ai bon, j’ai faux. M’en fous. J’ai aimé me perdre.

W

PS : Je regrette la rôle du narrateur et son envie de nous aider à y voir plus clair. Je n’avais pas envie de cette assistance.
PS2 : Lari, je me sens tellement con devant tes fragments que je ne sais comment lire et interpréter que je n’ai que tes nouvelles pour te témoigner « ma considération littéraire ».

   Anonyme   
1/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Estelle2L   
9/4/2009

Ben j'ai aimé la cohérence...
tu cites Gombrowicz et on y retrouve surtout deux de ses thèmes principaux :

- la Forme comme seule réalité de notre existence

- la façon dont les relations inter-personnelles façonnent les personnes

Marrant moi en lisant Hoffman j'ai pensé à Albert... l'inventeur du LSD... enfin des fois je correspond mal... Le chat Murr et ses fragments correspondent mieux...

Sinon j'ai apprécié d'entrer dans cette narration étrange, effectivement située quelque part entre Hoffman et Poe... même si...

Merci.


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