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Brèves littéraires
Laz : Troué
 Publié le 14/07/25  -  10 commentaires  -  3116 caractères  -  72 lectures    Autres textes du même auteur

Un trou en haut du crâne, bouché par un fiim élastique et poreux…


Troué


Tout le monde allait et venait, vaquant à ses occupations avec, en haut du crâne, un trou grand comme une pièce de cinq écus, mollement refermé par un film élastique bleu et poreux. Poreux, surtout. Les plus jeunes, de moins de vingt ans, n’étaient pas concernés. C’est à cet âge-là que le troueur intervenait.


Il était mal vu de ne pas aller tête nue, le moindre couvre-chef éveillant les soupçons : « Qu’a-t-il à cacher, lui, n’est-il pas troué comme tout le monde ? » Car bien sûr, on le savait bien : certains y échappaient. On pouvait toujours graisser la patte du troueur pour qu’il pose le film élastique avant d’avoir troué et le tour était joué. De loin, ça faisait illusion : on voyait un peu de bleu sur le haut du crâne et le non-troué passait pour un troué. C’est de près que c’était plus délicat. En observant bien, on voyait qu’il n’y avait pas de trou mais seulement un petit film rond et bleu pour dissimuler son absence. Absence coupable puisqu’elle impliquait que le crâne n’était pas poreux.


La porosité d’un crâne assurait que celui-ci était perméable aux bonnes idées. Être ouvert aux bonnes idées dès l’âge de vingt ans, c’était l’assurance d’une vie tranquille. Elles venaient d’en-haut et ne pouvaient donc être que bonnes. En croisant quelqu’un de découvert, on pouvait être certain d’avoir affaire à une personne raisonnable, dont on n’avait pas à attendre d’excentricités. C’était important pour l’équilibre de la société, et c’est ce qui explique pourquoi les non-troués démasqués étaient ôtés.


Quand j’ai eu vingt ans, je me suis fait trouer, comme tout le monde et parce qu’il le fallait, et je n’étais pas malheureux. Franchement, avoir de bonnes idées à longueur de temps, ce n’était pas désagréable. Certes, j’aurais aimé parfois qu’elles soient miennes, mais en étais-je seulement capable ? Je n’en suis pas sûr. Ce qu’il y avait de bien avec le film poreux, c’est qu’il laissait passer les bonnes idées dans un sens mais aussi les choses gênantes – comme les doutes – dans l’autre. Malheureusement, il arrivait aussi – même si c’était rare – que des idées indésirables entrent par le trou, et restent prisonnières, preuve qu’on était encore entre humains, chez qui l’erreur était possible. Et le problème, dans ce cas, c’est qu’on n’avait nulle part où se plaindre. On savait que tout se passait et se décidait au-dessus, très bien, mais concrètement, quand une mauvaise idée était entrée, que faire ? On était bien obligé d’attendre que quelqu’un là-haut se manifeste et jusque-là, se protéger d’une éventuelle autre mauvaise idée au moyen d’un gros morceau de scotch noir et étanche collé sur le film bleu. Mais c’était un pari : se prémunir contre une autre mauvaise idée, c’était aussi empêcher une nouvelle bonne idée d’advenir. Oui, c’était compliqué. Le film bleu et poreux n’était pas parfait. Il rendait toute cette construction sociale fondée sur le trou injuste et inégale. Humaine, quoi.


Un jour de janvier 2042, après quatre années d’existence du trou, une loi abolit celui-ci, jugé inefficace. On rendit aux humains leurs smartphones, jugés plus sûrs.


 
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   Myndie   
6/7/2025
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Le conte est parfait de noirceur et l'auteur en joue avec rouerie pour en mieux récolter les effets. Le monde est loin derrière nous, on est en pleine science-fiction mais le ton est désinvolte et les personnages font les frais d'un fantastique distancié, voire inconscient puisqu'il est leur réalité.
La stratégie narrative est de mettre le lecteur en condition, de lui faire accepter l'imaginaire, ce que pour ma part, je n'ai eu aucun mal à faire.
Cette nouvelle n'est pas simple écriture d'un fantasme , elle est questionnement. Un questionnement qui se noue autour d'un futur incertain, angoissant, soumis aux désirs irraisonnés de certais fous au pouvoir, et promis aux dérives des nouvelles technologies et de la redoutable IA . Un questionnement qui pourrait se résumer à une seule interrogation : « Et si ? ».
L'imaginaire pousse le réel jusqu'au vertige mais heureusement arrive le mois de janvier 2042 et sa haute valeur ironique, contradictoire, un décalage salvateur avec le despotisme dystopique de la société qui nous est décrite.
J'aime beaucoup, bravo.

   Salima   
14/7/2025
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Sourire...
Belle écriture maîtrisée, claire, simple, propre. Il y a quelque chose de la naïveté enfantine, une impression d'acceptation des choses aberrantes qui suivent. Mais c'est un leurre.
Une formulation m'a gênée :
"mais en étais-je seulement capable ? Je n’en suis pas sûr" répétition du verbe être à la première personne du singulier, et puis la prononciation n'est pas aisée. Peut-être un "mais en étais-je seulement capable ? Pas sûr" aurait été préférable.
L'Auteur créé un univers absurde. Ou plutôt il voit le monde actuel absurde et le traduit par une situation absurde. Perso, je ne crois pas que la majorité des femmes accepterait, pour des raisons de style et de coiffure. Se faire trouer le haut de la tête, ça vous fout en l'air toutes les coiffures standard.
La chute était inattendue pour moi, mais excellente. C'est bien sûr elle qui donne du sens à l'absurde.
Ce texte aurait-il été écrit suite à un mouvement d'exaspération devant les masses rivées aux écrans ?

   Donaldo75   
14/7/2025
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Purée d'nous autres ! dirait le célèbre commissaire Navarro, dire que je suis passé à côté de ce petit bijou est un p*** d'euphémisme. C'est fort de chez puissant, avec un format court qui évite de se prendre la courge tellement le propos est dense et d'actualité. Et que dire de la chute ? Elle m'a troué le c** !

Bon, je ne vais pas rédiger un commentaire composé de premier de la classe parce que mine de rien je ne voudrais pas rater les dernières vidéos hilarantes de mon réseau social favori - Ding Dong - sur mon smartphone à deux mille euros même qu'il fait des photos, des vidéos encore plus belles que les films de Kev Adams et pleins d'autres trucs que je vais apprendre sur des tutos dans le RER.

Bravo !

   Luz   
14/7/2025
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Laz,

Bien vu cette parodie de la société actuelle et ses smartphones. On peut y rajouter les jeux du cirque romains, les religions, le football, le Tour de France, le vin rouge et le pastis. On commence à être pas mal troué au bout des siècles, les bonnes idées entrent sans difficulté vu la porosité ambiante. J’ai pensé à Boris Vian en lisant cette nouvelle, et à Brassens : « Les braves gens n’aiment pas que... »
Tant qu’il y aura des gens qui refuseront de se laisser trouer le crâne, il y aura encore de l’espoir.
Bon, je vais regarder l’étape du Mont-Dore du Tour de France, c’est mon pays après tout...

   Provencao   
14/7/2025
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très aboutie
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Bonjour Laz,

Très original et nécessaire désordre, le noir, le troué du vivant...Belle imagination des idoles de l'art troué où s'offre l'imaginerie d'une période déjà morte...

Au plaisir de vous lire ,
Cordialement

   Dimou   
14/7/2025
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Dérive sécuritaire du "tout sous contrôle" poussée à son paroxysme dans cette dystopie.

Nous nous trouvons pas loin de la vérité, avec leurs puces qu'ils veulent nous greffer sous la peau.

[ Gates, livre 1, chapitre 3 : Et vous livrerez votre chair aux gafam. ]

Je trouve que cette écriture déploie le talent de la simplicité. Il faut savoir l'être. Pourquoi donc chercher à recracher le dico ?

Claire est la forme, sombre est le fond.

Belle brève

   papipoete   
15/7/2025
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
bonjour Laz
Rien que pour la ligne finale, ce texte mérite qu'on le reprenne depuis le début du récit !
Il était une fois, où tout humain à ses vingt ans, recevait non point sa première montre, ou autre missel que les curés à la tonsure crânienne purent nous céder, après notre BAC Es Betharram.
Il fallait montrer tempe blanche, et s'avancer recevoir ce graal passe-partout. Et ça put payer, mais au bout de 4 ans on en revint au bon vieux smartphone, beaucoup plus sûr...
NB De tous temps, on pratiqua sur les corps d'enfants ( qui ne pouvaient dire non ) nombre de marques de contrôle, où tout est en règle
- vous pouvez circuler !
scarifications en tout genre, ablation clitoridienne et autre castration, plus dramatiques les unes que les autres mais...
un trou dans le crâne recouvert d'un plastique bleu, qui pourrait laisser entrer les mauvaises idées, mais pas les mauvaises ?? l'idée n'était mauvaise au demeurant... Las, fallait-il que ce ne soit pas très probant, pour arriver à rendre aux têtes farcies, ce merveilleux " objet du désir ", sa majesté Samsung, Huawaï...
Bon, je dois clore mon commentaire là, mon Galaxy vient de m'envoyer une notif !

   Laz   
20/7/2025

   Cyrill   
23/7/2025
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Une parodie bien sympathique qui évoque les dérives sécuritaires que la science sans conscience permet. Mais on atteint le sommet avec cette idée de rafistolage à base de film plastique et scotch versus la technologie de pointe. C’est saugrenu et loufoque à souhait. Un peu comme la javel pour soigner le covid.
Des démiurges amateurs aux bricoleurs du dimanche, chacun y va de son idée et se creuse la tête pour parfaire ou défaire le système.
Quoi qu’il en soit et tant mieux pour nous, la perfection n’est pas de ce monde. Restons humains !
Bravo pour ce petit délire très inspiré et très certainement sorti d’un trou en haut de crâne, rendons grâce à la porosité du film bleu !

   Lau   
28/7/2025
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Un texte saisissant par sa façon de montrer la porosité de nos cerveaux toujours influencés, pétris par des idées en provenance de l'extérieur. L'homme serait incapable de penser par lui-même, aliéné aux théories des maîtres, manipulé dans son intériorité dépendante des autres. Reste à distinguer les bonnes idées des mauvaises, binarité ou machiavélisme né d'une morale elle aussi imposée. Finalement, la mention au smartphone traduit à nouveau l'intervention d'une intelligence supérieure sans laquelle l'homme est incapable de produire une idée.


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