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Fantastique/Merveilleux
Leandrath : Cycles des Amberlirims - Visions : 4 - Le Destin d'un Seul
 Publié le 11/03/09  -  1 commentaire  -  73165 caractères  -  13 lectures    Autres textes du même auteur

Dans un des royaumes visités par les Amberlirims, un personnage périphérique au groupe d'aventuriers se débat entre ses désirs et ses responsabilités...


Cycles des Amberlirims - Visions : 4 - Le Destin d'un Seul


Le second cycle de nouvelles comprend des textes plus longs, qui parlent du futur ou qui quittent le point de vue des personnages principaux pour faire découvrir le monde par d’autres yeux, un monde qui toutefois est marqué par les traces des Amberlirims.


Cette nouvelle traite d’un des personnages rencontrés par les Amberlirims : le Seigneur Xavius. Ici aussi, les évènements auxquels les Amberlirims prennent part se déroulent en toile de fond, et ont leurs répercussions sur la vie de Xavius. L’histoire s’étend sur une période plus courte, de la fuite des voyageurs venus de Leandrath vers le Royaume des Elfes, jusqu’à l’ouverture du Portail qui marque la fin de la trame principale, avant les bonds en avant dans le temps des deux premières nouvelles du cycle "visions".


Voir partie 1 : Introduction – Préface


___________________________________________



Le ciel perpétuellement gris pesait de tout son poids sur les hautes tours d’Alcustre, la capitale du royaume de Lavernus. Une fine pluie tombait, couvrant de perles les vitres du palais, déformant pour les yeux de celui qui la contemplait la longue et morne plaine herbeuse entourant la cité. Sur la rivière, quelques barges descendaient vers les faubourgs de la ville. Et sous les pieds du spectateur, de pauvres âmes s’agitaient dans les quartiers les plus pauvres. Quelques fumées s’élevaient au-dessus des toits, avant d’être dissoutes par l’averse. Rien d’autre ne bougeait. Le royaume reprenait son souffle.


Loin au sud, la frontière n’était plus qu’un immense marais.


Les troupes de Stygie s’étaient retirées après des semaines d’assaut, laissant derrière elles des montagnes de cadavres et une terre meurtrie, blessée, irrémédiablement teintée de désespoir, tout comme le cœur des soldats survivants, qui avaient dû affronter leurs propres compagnons d’armes revenus d’entre les morts pour se joindre à l’ennemi. Les armées dépêchées en urgence sur le front étaient maintenant sollicitées pour rétablir les défenses et renforcer les bastions qui avaient été balayés par l’attaque soudaine et imprévisible.


Dans la capitale, le drame avait frappé également. Wiona Vanquist, mage de bataille renommée tant pour sa puissance que pour son habileté, membre du Conseil militaire et de la Haute Noblesse Laverne, Voix de l’Arcanum - l’influent cercle des sorciers - avait été retrouvée morte quelques jours plus tôt, assassinée dans son sommeil d’une manière aussi surprenante qu’indéterminable. Le peuple était en émoi. La fin de la bataille n’apportait aucun réconfort aux habitants de la cité. Ils avaient tous apprécié la mage de bataille, et ils savaient tous, désormais, que les épaisses murailles d’Alcustre ne suffisaient pas à les protéger du monde extérieur.


Les sorciers, présents à l’assemblée royale, voyaient ce meurtre infâme comme une injure personnelle. En ce moment même, dans les grandes salles du palais, ils pressaient le Conseil d’agir contre les ennemis du royaume, de mobiliser les ressources de la Fontaine de Mana pour identifier et localiser l’assassin.


Quelque part, dans un des temples de la cité, un jeune homme dormait, à jamais transformé, brisé par la perte de la femme qu’il aimait. La capitale tout entière se demandait si le jeune capitaine Willemar Valmont reprendrait conscience un jour. Beaucoup disaient que celui qui avait frappé Wiona Vanquist ce soir-là avait tué deux personnes. Le culte que vouait la populace à ses dirigeants et à ses héros était parfois regrettable.


Telles étaient les pensées ressassées par l’homme qui se tenait debout, derrière sa fenêtre constellée de gouttes, au sommet d’une des plus grandes tours du palais.

Dans ses appartements la température était horriblement basse, l’âtre demeurait vide en toutes saisons. Les yeux froids du commandeur Gebryel Xavius Erethnor étudiaient les lignes tracées par la pluie coulant sur les carreaux. Au-delà de ces lignes il y avait la cité. Il préférait l’oublier pour l’instant.

Il ne portait que du noir, costume de selle et tunique élégante, bottes, gants et ceinture de cuir. L’ensemble était du même noir que les cheveux, courts sur la nuque, affleurant sa bouche à l’avant, qui encadraient son visage fin et pâle.

Une légère buée s’échappait de ses lèvres à chacune de ses respirations. Ses yeux d’un bleu délavé étaient la seule note de couleur dans cet étrange tableau.

Ses appartements, immenses, étaient meublés sommairement. Un grand lit, un tapis épais sur le sol, des tentures simples et sombres aux fenêtres, une seule armoire, une table de travail, et pour toute décoration un présentoir soutenant une armure d’officier étincelante, ainsi qu’un râtelier d’armes.


Xavius détestait son armure de commandeur. Malgré les enchantements impressionnants dont elle profitait, elle n’était rien d’autre qu’un costume. Le Haut Commandeur des Armées du Royaume de Lavernus, l’officier second en rang, immédiatement derrière le roi, aurait préféré conserver son armure de capitaine et mener ses troupes au combat. Mais la place de cette armure était à l’arrière, bien à l’abri, éloignée de la réalité immédiate de la guerre. Et il était bien trop jeune pour s’éloigner ainsi de la mêlée. Il était bien trop jeune pour de nombreuses choses. De toute l’histoire du royaume, personne n’avait atteint ce poste avant un âge respectable, et il avait l’air encore bien plus jeune que ses vingt-huit ans.

Il occupait cette charge pour une seule raison. Il était fort. Diablement et mystérieusement fort. Le meilleur guerrier de Lavernus. Et dans ce monde livré depuis toujours aux ravages des combats, c’était une valeur appréciable. Qu’il ait subi une enfance de tortures et d’entraînements violents ne comptait pas. Qu’il ait dû affronter des adversaires susceptibles de le réduire en morceaux d’une seule main ne comptait pas davantage. Et que dire des heures passées à étudier la stratégie, la tactique, et le commandement. Il n’avait pas eu de vie. Jusqu’à ce qu’il entre dans les armées l’Elinomius Premier. Et depuis lors sa vie n’avait consisté qu’en une seule chose. Combattre. Encore. Inlassablement. Les armes à la main, ou par cartes interposées.


Il faisait partie intégrante de la défense du royaume. Il était une légende vivante et son simple nom constituait déjà un rempart. Et lui ouvrait de nombreuses portes. Mais évidemment pas celle qu’il convoitait le plus. Celle de la princesse héréditaire de Lavernus, Lady Clarissa. Selon la loi, les femmes ne pouvaient prétendre au trône, mais transmettaient la couronne à leurs époux. Aussi le choix de ses prétendants était-il une question des plus stratégiques.

Il avait le soutien du Conseil, ainsi que celui, plus tacite, du roi lui-même. Il n’en avait que faire, le trône ne l’intéressait pas. Du moins, l’occuper ne l’intéressait pas. Mais la législation laverne, depuis une princesse bien trop volontaire au goût de Xavius, prescrivait que l’héritière eût voix égale dans le choix de son futur mari. Le commandeur des armées ne savait pas ce qu’elle lui reprochait, mais visiblement c’était quelque chose de fondamental.


Le ciel s’assombrissait lentement, le jour déclinait, invisible derrière l’épaisse couverture nuageuse. Revenant brièvement à la réalité, Xavius fit face à son reflet dans la vitre trempée. Et au-delà, les autres tours, surmontées des oriflammes royales. Puis la plaine et, dans le nord-ouest, la lointaine forêt, territoire des elfes, refuge de ces voyageurs improbables. À l’évocation de ce souvenir, Xavius sentit sa colère s’enflammer. Ces Ils avaient réduit à néant son plan, trahi la confiance du roi, désobéi aux injonctions du Conseil et s’étaient enfuis hors de Lavernus comme des voleurs, en emportant des documents secrets. Des menteurs et des espions. Et son instinct lui soufflait que ces gens, venus d’un autre monde à bord d’un bateau volant, n’étaient pas étrangers aux malheurs qui s’abattaient sur le royaume. Ils étaient une menace. Le Grand Inquisiteur d’Ybanion lui-même s’intéressait à eux. Il n’y avait pas de fumée sans feu. Il était facile de s’en convaincre lorsque, comme lui, on avait vu les flammes…


Il devait cependant admettre que son inimitié personnelle n’était pas étrangère à ses soupçons. Les soi-disant émissaires d’un empire lointain l’avaient défait et humilié, surpris alors qu’il venait d’enlever la princesse pour la contraindre à revoir son opinion sur lui. Un plan parfait et soigneusement préparé. Mais le hasard les avait jetés sur sa route. Et lui avait été battu. Cette simple pensée le faisait frémir de rage. Quelle justice divine pouvait bien être à l’œuvre ce soir-là, pour lui infliger un tel revers de fortune ? Pour quel crime devait-il être puni de la sorte ? Il n’avait même pas réellement enlevé la princesse, certains conseillers étaient au courant de son projet. Il s’était repassé mentalement le combat des dizaines de fois, et il ne voyait que leur chance insolente pour expliquer leur victoire. Entravé par un charme inconnu, il avait été incapable de riposter à leurs attaques.

Il se morigéna. Ses rancœurs personnelles oblitéraient son jugement. Il ne devait pas leur donner le pas sur l’intérêt du Royaume.


Un bruit à la porte interrompit ses méditations. Un instant plus tard quelqu’un frappa. Les pensées de Xavius se dirigèrent vers son épée, dissimulée parmi les diverses lames du râtelier. Il la sentit répondre, prête à se précipiter dans sa main, à travers la pièce, s’il lui en donnait l’ordre. La magie de ses armes était fantastique, même pour un royaume de chevaliers et de sorciers.

La porte s’ouvrit lentement.


- Seigneur Xavius ? demanda le jeune page en livrée royale.


Le commandeur attendit, sans se retourner.


- Le Roi vous demande, continua le garçon.


Face à la vitre, Xavius répondit :

- Très bien, j’irai le voir.


Le page hésita.

- C’est que…

- Quoi ? l’interrompit l’officier agacé.

- Il a dit : « Immédiatement ». Je ne voudrais pas vous offenser, Seigneur, mais…

- Soit, eh bien allons-y donc !


D’une démarche vive, Xavius traversa la pièce et dépassa le page qui dut trottiner derrière lui pour le rattraper. Il ne salua aucun des soldats qui se mirent au garde-à-vous sur le chemin qui le conduisait aux appartements du Roi.

Elinomius Premier était mourant. L’ensemble des dirigeants du royaume dissimulait la vérité au peuple depuis une semaine. Aucun des sortilèges ni des onguents déployés par les prêtres et les guérisseurs ne pouvait venir à bout de la maladie qui le rongeait. Il était vieux. On avait vu des hommes moins robustes vivre plus longtemps. Mais Elinomius paraissait usé jusqu’à la corde. Cela s’était produit si soudainement que la garde avait envisagé un empoisonnement. Mais aucun venin n’encombrait les veines du souverain. Les meilleurs prêtres s’en étaient assurés. L’Archidiacre du culte d’Akinthea lui-même s’était rendu dans le plus grand secret au chevet du souverain. C’était comme si tout le poids de son royaume l’avait soudainement submergé. Comme si les blessures infligées à sa terre par la Stygie lui avaient meurtri le corps et l’âme.


Xavius s’arrêta devant la porte massive qui fermait les appartements royaux. Deux chevaliers y montaient la garde. Le commandeur n’attendit pas leur autorisation et pénétra dans le vestibule sombre malgré les protestations du page. Dans l’antichambre chaude, à l’atmosphère alourdie par les plantes médicinales qui brûlaient, infusaient ou mijotaient, attendait une haute silhouette. Cheveux longs, vêtements sombres et riches, bouc impeccable et tatouage sous l’œil gauche, visage dur où de fines rides se creusaient, Brigess Valmont, membre du Conseil, se retourna pour accueillir le commandeur. Dans la lueur des chandelles, il avait l’air sinistre, cerné, fatigué et las. Le roi s’éteignait, le royaume était en crise, et son seul fils n’ouvrirait peut-être plus jamais les yeux. Il faisait de son mieux pour ne pas paraître affecté. Mais cette dernière semaine était probablement la plus rude qu’il ait jamais connue.


- C’est la fin, Xavius, dit-il simplement.


Un autre pilier de l’univers de Xavius se brisa, et il fut saisi de vertige. Tout serait différent. Le Trône n’avait pas d’héritier. Valmont s’écarta et le jeune officier avança vers la chambre même. D’un pas hésitant il s’approcha du lit entouré de guérisseurs silencieux et résignés. L’un d’entre eux se pencha sur le souverain allongé et immobile pour lui murmurer quelque chose à l’oreille. Après une inspiration laborieuse, la voix rauque d’Elinomius s’éleva. Par les Dieux, que Xavius détestait le voir ainsi affaibli.


- Approchez, Commandeur, ordonna la voix désormais si peu familière.


Xavius mit un genou à terre.

- Je suis là, Votre Altesse.

- C’est bien. Xavius… Je suis fier que mon royaume comporte des hommes tels que vous. Lavernus et moi vous devons tant. Et je ne puis pour vous remercier que vous offrir le spectacle désolant de ma décrépitude. Et vous soumettre une dernière requête. La plus difficile qui puisse s’envisager.

- Votre Altesse, j’ai affronté chacun de vos adversaires. Et j’affronterais la Mort elle-même pour l’éloigner de vous, si seulement on m’en donnait l’occasion. Parlez, et j’exécuterai.

- Votre loyauté m’honore, Commandeur.

- L’honneur est mien, Majesté.


Le roi fut pris d’une quinte de toux et Xavius se pencha davantage sur lui, saisissant sa main. Un geste incontrôlable. Le roi la serra. Et l’officier se surprit à ressentir une vive émotion. Ses yeux se mirent à piquer. Il battit des paupières et les larmes refluèrent. Il n’avait jamais…


- Il faut que ce soit vous, Xavius.


La voix brisée du monarque interrompit le cours de ses pensées.


- Votre Altesse ?

- La couronne. Il faut que ce soit vous… Que ma fille… vous choisisse.

Xavius posa une main sur le sol pour retrouver son équilibre.

- Mais Majesté, la princesse Clarissa…

- Écoutera les dernières volontés de son père. Mais vous Xavius, êtes-vous prêt à respecter les vœux d’un vieillard ? La charge d’un royaume plus que jamais au cœur de la tempête, d’un peuple affaibli et blessé ? J’ai confiance en vous, Gebryel, plus qu’en tout autre.


Xavius tourna la tête vers Valmont qui attendait à l’entrée de la chambre, mais il ne trouva aucune réponse dans les yeux gris et durs du mage.


- Ne voulez-vous pas d’Elle ? demanda le Roi.


Et le commandeur ne sut s’il parlait de la couronne ou de la princesse. Mais le roi s’affaiblissait de minute en minute, et sous le coup d’une émotion inattendue, Xavius répondit :

- Si, Votre Altesse, et je ferai tout pour m’en montrer digne.

Un sourire étira les vieilles lèvres d’Elinomius.


- Merci Gebryel, souffla-t-il. Allez maintenant. Je dois me préparer


Sans un mot, sans même réaliser ce qu’il faisait, Xavius quitta la pièce.


Valmont le retrouva trois heures plus tard, à la nuit tombée, dans l’une des chapelles du palais. Le commandeur des armées de Lavernus y était agenouillé, la main serrée sur la poignée d’une épée. La pointe s’en était enfoncée dans le dallage sur plus d’une paume, faisant apparaître un soleil de craquelures sur le marbre consacré. La tête posée sur la garde, il restait immobile, et seul. Le mage de bataille secoua la tête. La solitude serait son lot, pour le reste de son existence.

Les talons de Brigess Valmont claquèrent sur le sol et le bruit de ses pas résonna dans la chapelle vide.

Il s’arrêta à un mètre de Xavius, et fixa son regard sur la nuque blanche, entre la noirceur du col et celle des cheveux.


- Elinomius Premier n’est plus.


Il y eut un silence. Puis la réponse vint, d’une voix rendue rauque par une trop longue absence de parole, ou par l’émotion…


- A-t-il beaucoup souffert ?

- Les remèdes l’ont aidé.

- La princesse est-elle au courant ?

- Pas encore. Elle…

- Doit ignorer la vérité. Comme l’entièreté du peuple. Et la majorité de ses dirigeants, coupa le jeune officier.

- Comment ?


Le mage parut interloqué, Xavius ne se retourna pas pour contempler l’expression étrange qui traversa son visage.


- Nous ne pouvons laisser se répandre l’image d’un vieillard faible et mourant. Faisons de lui un martyr. Accusons un assassin stygien. Cela paraîtra crédible, et plongera le royaume dans l’émoi, puis la colère. Et cela est infiniment préférable à la tristesse et au désespoir.


Brigess Valmont passa une main dans son abondante chevelure brune. Même sommairement expliqué, il voyait la pertinence de ce plan, à un niveau que le commandeur ne percevait peut-être même pas. Le seigneur Xavius avait toujours été un tacticien hors pair. Il s’avérait une fin politique. Les idées se bousculèrent en lui, réveillant son esprit engourdi par le chagrin. Oui. C’était une solution particulièrement profitable. Retorse. Mais l’alternative scellerait sans doute le destin du royaume. Il fit un pas en avant et posa une main sur l’épaule du jeune homme.


- Je comprends. Je donnerai des ordres en ce sens.

- Merci.

Il posa une main gantée sur celle du conseiller, puis ce dernier s’en fut.


Les membres du Conseil, qui comprenait les chefs des ordres militaires, magiques et religieux, furent aisément convaincus par le plus influent d’entre eux. Le mensonge devrait être entier. L’avenir de Lavernus en dépendait. Et Elinomius méritait l’honneur de mourir par l’épée. De somptueuses funérailles furent organisées.

Il n’y eut pas de vote sur la question de la version officielle. Par contre celle des dernières volontés du roi suscita une réelle polémique. Le conseil redoutait d’être dirigé par un militaire fort et dur, qui grignoterait leurs prérogatives au profit d’un régime d’état major. Ils profitaient de l’indécision de la princesse Clarissa. De fait, en l’absence de souverain mâle, le Conseil assurait en collégialité la charge de régent. Et la princesse ne paraissait nullement pressée de choisir son époux.


- Majesté, disait Brigess Valmont, le seigneur Xavius est le choix le plus évident. Et les dernières volontés de votre père…


Il avait l’impression de répéter cette phrase pour la centième fois. Ce qui était probablement le cas. À nouveau, elle ne le laissa pas terminer.


- Allez au diable, Conseiller ! La loi est claire, vous ne disposez d’aucun moyen pour me forcer la main. Je n’ai pas oublié cette mascarade de tentative d’enlèvement, et je sais que vous n’y êtes pas étranger. Si ces voyageurs ne s’étaient pas trouvés là, je n’ose imaginer ce que votre protégé aurait fait de moi !


Elle était menue, presque fragile, et son visage entouré de mèches brunes ondulantes lui donnait un air innocent qui contrastait avec la verve et la fureur dont elle savait faire montre. Dans sa robe de velours nocturne, soulignant le bleu de ses yeux, elle se tenait face au mage, les bras croisés devant elle, comme pour soutenir sa poitrine déjà avantagée par le décolleté plongeant de son vêtement.


- Altesse, la loi a pour objet d’éviter que le royaume ne se trouve aux mains du Conseil par le biais d’un roi de paille. Et le commandeur…

- Assez ! Je ne veux plus entendre son nom !


Valmont soupira. L’après-midi allait être longue…

Derrière la porte, un jeune homme aux cheveux noirs attendait. Il percevait les échos étouffés de la conversation. Cela se présentait plutôt mal. Appuyé contre le mur de pierres larges et grises, ses mains gantées croisées devant lui, il fixait le bois de l’épaisse porte, comme s’il voulait l’obliger à se changer en vitre.


- Seigneur… ? interrogea une voix dans l’ombre du couloir.


Xavius tourna la tête mais ne distingua qu’une vague silhouette. Son interlocuteur se tenait juste derrière le coin. Et il n’y avait aucun garde sur ce palier, sur ordre de la princesse.

- Qui va là ? demanda-t-il.

- Peu importe seigneur. Non ! N’avancez pas. Des hommes vont venir. Ils vous diront que j’ai tué un prêtre. Ils vous diront que je suis un traître. Un déserteur. Mais je ne m’enfuis pas, Seigneur. Non.


La voix était éraillée à force d’avoir trop crié, mais le timbre était jeune. Et le ton, empli de tristesse et d’amertume. Elle reprit :

- Je pars pour obéir à une loyauté supérieure. C’est une chose que je dois accomplir. Même si je dois mourir en chemin.


Xavius distingua le contour d’une cape et le profil d’un visage émacié mais familier.

- Je ne voulais rien de tout ce qui est arrivé, Seigneur. Et si je le peux, je reviendrai. Mais ne m’accusez pas de désertion. S'il vous plaît.

Il y avait de la douleur maintenant.

- Attendez. Que comptez-vous faire, capitaine ? Quand vous êtes-vous réveillé ? Est-ce que votre père… ?

- Ne lui dites rien, coupa Willem Valmont depuis l’angle du couloir. Il l’apprendra bien assez tôt. Adieu, Seigneur.

- Valmont ! interpella Xavius, sans oser élever la voix. Revenez !


Il s’élança derrière le bruit de bottes qui s’éloignait. Mais la porte de la chambre de Clarissa s’ouvrit à cet instant. Il hésita, et se retourna.


- Commandeur ? vous vous en alliez ? demanda Brigess.


Mal à l’aise, Xavius entendait ses pensées se bousculer.

- Non, répondit-il, tout va bien. Et de votre côté ?


Le conseiller eut un regard éloquent. Xavius soupira à son tour.

- Si vous le permettez, je vais me rendre au temple d’Akinthea.

, pensa le commandeur, .


- Attendez. Je voudrais vous demander…


Il réfléchissait à toute vitesse. Mais pourquoi diable voulait-il défendre ce jeune capitaine de cavalerie ?

- Oui ?


- Les patrouilles sur la frontière nord : qui s’occupe des mages de batailles ?

Surpris par la question, Brigess Valmont répondit par réflexe.


- Le conseiller Vessner affecte les mages de batailles, mais je dois avouer que j’ignore qui les commande sur place. Peut-être serait-il plus judicieux de le lui demander.

- Renseignez-vous, je vous prie. Rapidement. Cela vous changera de ces taches rébarbatives, conclut-il en désignant la porte de la princesse.

- Bien, Commandeur.


S’il se posait des questions quant aux intentions de Xavius, le mage n’en montra aucun signe.

Et ce dernier venait de gagner quelque temps. Mais du temps pour quoi au juste ?

Il se rendit au Temple de la Vie. Là où, seulement quelques heures plus tôt, le jeune Valmont gisait, aux frontières de la conscience.

Il y avait des gardes devant la porte. Ils le reconnurent et se redressèrent. Il pénétra dans le temple. Un officier vint à sa rencontre, surpris.


- Seigneur.

- Rapport, ordonna Xavius.

- Le capitaine Valmont, qui était soigné par les prêtres s’est réveillé. Après une période de calme, il a demandé qu’on lui raconte ce qui était arrivé à Dame Vanquist. Nous lui avons fait part des conclusions de l’enquête. Ensuite il a interrogé les prêtres pour obtenir la résurrection de Dame Vanquist. Les prêtres lui ont répondu que la magie divine ne pouvait accomplir ce miracle en l’occurrence. La discussion s’est envenimée. Et le capitaine Valmont a frappé les prêtres avant de détruire la chapelle. Un prêtre n’a pas survécu à ses blessures. Ensuite il est parti avant l’arrivée des premiers gardes. Je… j’ignorais qu’on vous avait déjà prévenu, c’était plutôt du ressort de la Garde.

- Ce problème concerne un officier de l’armée royale, répondit Xavius. Faites appeler le grand prêtre.

- Bien Seigneur. Il est particulièrement furieux, lui-même a été blessé.


Quelques brefs instants plus tard, le soldat revenait, accompagné d’un prélat luxueusement vêtu et ne portant aucune trace de blessure.


- Commandeur… commença le prêtre.

- Non. Rappelez votre clerc d’entre les morts, réparez la chapelle endommagée. Et n’ébruitez pas cette affaire. Le Conseil est en crise, le royaume est au bord de la chute, je n’ai aucun besoin de voir la capitale agitée de remous. Le capitaine Valmont sera jugé pour les actes que son chagrin lui a fait commettre. Pour ma part, je viens de perdre un officier brillant et un combattant de premier ordre. N’ajoutez pas d’autres obstacles sur ma route. Nous reparlerons de tout cela en d’autres circonstances. Je paierai pour les rituels. En attendant, que cette affaire soit oubliée. C’est un ordre.


Le grand prêtre d’Akinthea avait siégé au conseil deux années auparavant. Il connaissait Xavius, et avait vécu de l’intérieur son ascension fulgurante. Il savait reconnaître ce ton et ce regard. Il s’inclina.


- Je comprends, Commandeur. La situation exige de nous que nous ignorions certaines offenses pour nous concentrer sur les réelles difficultés.


Incidemment, il n’avait pas envie de se retrouver à servir dans un bastion sur la frontière stygienne si Xavius montait sur le trône.

L’incident clos, ou presque, le commandeur regagna le palais.


Les jours passèrent, l’administration du royaume assurée par le Conseil. L’Archimage Vessner faisait de plus en plus figure de régent unique. Cet homme strict, à la robe rouge et or, portant un bandeau qui maintenait sur son œil droit un rubis à facette, était un des magiciens les plus reconnus de Lavernus. Les mages de batailles eux-mêmes le respectaient, et le peuple l’appréciait pour sa sagesse. Les rumeurs l’annoncèrent bientôt comme le futur époux de la princesse. Le fait qu’il eut le triple de son âge n’était pas considéré comme un obstacle.


Le phénomène affectif qui poussait une partie du conseil à vouloir suivre les dernières volontés d’un roi estimé et apprécié s’étiolait au fur et à mesure que les cendres de son bûcher se dispersaient au vent.

Brigess Valmont, dévoré par l’inquiétude suite à la nouvelle disparition de son fils, faisait toutefois de son mieux pour soutenir le Commandeur des Armées. En effet, la situation avec l’Ysgard s’était dégradée. Les nains des collines avaient recommencé leurs incursions dans la plaine de l’Est. Les Ogres de l’ouest avaient repris les raids à la fin de la saison des pluies dans leur sinistre contrée. Xavius n’avait même pas le temps de s’arrêter au palais, il lui aurait fallu des ailes pour voler de front en front, de stratégie en stratégie. Des ailes. Et les voyageurs de l’autre monde qui paradaient à travers les cieux d’Idalness dans leur immense navire volant…


En l’absence de Xavius, la cour paraissait emplie de conspirations contre lui. Brigess n’avait qu’une seule raison de se réjouir : lady Clarissa avait écarté l’offre de Vessner. Mais ce n’était qu’un répit. Bientôt, une foule de prétendants, poussés là par l’un ou l’autre conseiller, ou par le désir de gloire, viendraient frapper à la porte du palais dans l’espoir de séduire la jeune femme. La capitale n’avait pas besoin d’un tel défilé. Elle avait besoin d’une victoire.

Xavius la lui apporta.


Avec une poignée de cavaliers il défit les barbares d’Ysgard en les frappant à la tête. Puis il chevaucha à travers tout le royaume à dos de sleypnir, utilisant les sortilèges de déplacement quand cela était possible. En un éclair, il fut sur le front de l’Ouest. Il n’amenait avec lui aucune troupe. Mais sa seule présence galvanisa les soldats fatigués. En quatre jours, la tendance des nouvelles arrivant à la capitale s’inversa du tout au tout. Il livra une guérilla sanglante aux ogres à l’intérieur même de leurs propres frontières, pendant trois semaines. Il revint à Alcustre sale, épuisé et courbatu, mais en héros. Ysgard demandait une trêve suite à la perte de plusieurs de ses chefs de tribus. Les ogres étaient repoussés. Sur les deux fronts les pertes avaient été minimes. Le peuple rassemblé dans les rues l’acclama comme s’il était Taragorm lui-même. Le Conseil lui accorderait de nouveau ses faveurs. Vessner fulminerait. Brigess Valmont espérait qu’un nouveau conflit ne l’appellerait pas au loin. Pas maintenant.


- Ainsi vous êtes de retour.

La voix de la princesse Clarissa était froide. Et son écho se répercutait dans la grande salle du trône, qui, à l’exception de quelques gardes d’apparat, était désespérément vide. Elle se tenait au pied de l’estrade, sous les longues oriflammes des ordres équestres de Lavernus, dans une robe de velours à col de fourrure. Il faisait froid.

Xavius maintenait une distance respectueuse entre eux. Il ne portait que sa sombre tenue noire, et une mèche de cheveux lui cachait une partie du visage.


- Oui, Votre Altesse. Et la requête que je viens vous présenter est toujours la même.


Au diable les subtilités, il faudrait bien que la situation se résolve. D’une manière ou d’une autre.


- Et vous pensez qu’il suffit de paraître devant moi avec quelques têtes de trolls à votre ceinture pour que je vous accorde mes faveurs ? répondit-elle à voix plus basse.

- Majesté… Je ne suis pas cette brute que vous décrivez au conseiller Valmont lorsqu’il tente de vous convaincre de respecter le testament de votre père, continua le commandeur sur le même ton. Et la couronne ne constitue en rien une fin à mes yeux. Si j’étais à ce point débordant de rage et d’ambition, je rassemblerais des hommes, je lèverais une armée, et je prendrais par la force ce qu’on me refuse. Peut-être conclurais-je une alliance avec ces étrangers, tout comme les mercenaires du Corbeau et les marchands des Îles Dorées, si j’en crois nos services de renseignements. En aucun cas je ne resterais ici à tenter de défendre ce Royaume. Votre Royaume, Majesté. Je n’ai jamais été autre chose que votre serviteur.

- On dit pourtant que vous êtes un monstre. Je vous sais cruel et calculateur. Et incroyablement froid. Inhumain. Vous n’avez rien d’humain Xavius, comment pouvez-vous espérer me faire croire que vous éprouvez des sentiments ? Vous n’appartenez pas à la race des hommes. Savez-vous que des gens voient en vous un demi-dieu ? Fils de Taragorm ou de la Vierge des Batailles, peut-être. C’est la seule explication à votre force.

- L’arbre généalogique de ma famille est connu en son entièreté sur quatre générations, et les branches principales, sur huit. Et il ne s’y trouve aucune trace de bâtardise divine. J’ai entendu ces rumeurs, et je les tolère car elles encouragent les hommes. Mais je n’ai jamais eu l’ambition de diriger, ni les hommes ni une nation. Je me bats pour protéger les uns et défendre l’autre.

- Vous êtes un tueur. Un chien de garde bien dressé, mais dangereux. Je ne voudrais d’une telle créature ni pour époux, ni pour roi.


Malgré sa continence, elle avait presque crié, et la haute salle répercuta ses paroles. Xavius ne parut pas s’émouvoir. Il la fixa intensément sans qu’un seul de ses muscles ne tressaille.

Ils parurent se jauger un instant en silence. Clarissa se détourna et croisa les bras, son regard se perdit dans la grisaille de l’extérieur, à travers les hautes fenêtres.


- Pourquoi faut-il que vous soyez si insensible ? lâcha-t-elle enfin. Rien ne semble vous atteindre. Je pourrais vous hurler toutes les insultes imaginables, vous ne bougeriez pas d’un pouce. Est-ce ainsi que vos adversaires vous perçoivent ? Comme un brise-lame, sur lequel les vagues se déchaînent mais qu’aucune ne peut parvenir à abattre ? Ne ressentez-vous jamais de colère ?


Xavius fit trois pas en avant et se porta à ses côtés, tout en gardant ses distances.

- Je vis avec la colère depuis mon plus jeune âge. Je pourrais crier de rage devant les injustices de la guerre, qui conduisent un enfant à devenir une machine à tuer, qui mènent les hommes à la mort, et les entraînent à commettre des actes bestiaux. Je ressens un dégoût amer à chaque fois que je suis confronté aux horreurs perpétrées par les ogres, ou les barbares. J’ai connu la douleur de la défaite. J’ai vu la mort tant de fois que je ne puis me souvenir de chacun de ses visages.

Il s’interrompit. À l’extérieur, un vol d’oiseaux passa entre les tours du palais.


- Alors pardonnez-moi de considérer que les mots ne peuvent me blesser, Votre Altesse.


Clarissa glissa un regard vers lui. Il y avait dans son profil la même nuance subtile qu’elle avait saisie en une occasion. Lorsque ces étranges sauveteurs étaient venus à bout de lui. Ils étaient cinq, et d’une vivacité exubérante. L’elfe, surtout. Il y avait tant de contraste entre le visage tatoué et souriant de l’elfe et celui, lisse et inaltérable du Commandeur. Cette rencontre avait amorcé une chaîne inéluctable d’évènements. La politique de Lavernus en avait été grandement affectée. Et l’homme qui se tenait à côté d’elle avait lentement commencé à changer. Le monde lui-même ne serait plus pareil. Les voyageurs l’avaient transformé. Désormais il était bien plus grand. Et, pour Xavius, bien plus dangereux. Au point que maintenant, elle voyait des vaguelettes agiter cet océan d’impassibilité. Quel mal se donnait-il pour cacher aux autres la moindre de ses émotions ?


Au fond, le Conseil avait raison, et elle le savait. La couronne devait revenir à un chef de guerre, un stratège à même de défendre le Royaume. Elinomius lui-même avait été un chevalier valeureux.

La résignation entama son chemin en elle.


- M’aimez-vous seulement ? demanda-t-elle abruptement. Ou me convoitez-vous comme une citadelle imprenable.


La surprise ou le choc de la question le poussèrent à se retourner vivement, les yeux brièvement agrandis.

Il hésita un instant.

- Je connais votre valeur, dit-il finalement.

- Valeur ? Suis-je une position stratégique ou suffit-il d’être une personne estimable pour s’attirer vos attentions ?

La naïveté du génie militaire l’atterrait. Pour lui le terrain devenait glissant. Il ne répondit rien. Devant son silence, elle se dirigea vers la porte. Il inspira.


- Je garde de vous cette image. Lors des préparatifs de la réception organisée pour ma promotion à la charge de Commandeur des Armées, vous aviez disparu.

Elle s’arrêta.

- La garde était dans tout ses états. Ils mettaient le palais sens dessus dessous. Des gens avaient été arrêtés et interrogés dans l’heure. Le roi lui-même m’avait demandé de me mettre à votre recherche. J’allais ordonner aux griffons de s’envoler à travers la plaine quand vous êtes rentrée au palais, vêtue comme un homme et couverte de boue. J’étais dans le grand hall, et vous êtes entrée par la double porte. Le chambellan s’est précipité à votre rencontre, le roi sur les talons. Je n’ai pas entendu les paroles que vous avez échangées. Mais vous vous teniez là entourée par les plus hauts dirigeants du royaume et les gardes d’élite, insignifiante petite princesse, avec une telle lueur de défi dans le regard. Toute votre attitude déclarait haut et fort « arrêtez-moi si vous le pouvez ». J’avais déjà rencontré dans l’armée des femmes de caractère. Mais cette force que l’on est en droit d’attendre d’un soldat est bien plus surprenante chez une jeune noble.

J’étais là également quand, d’une simple phrase vous nous avez épargné une guerre avec Athanelas. Je vous ai vu briller de mille feux dans toutes les cérémonies officielles. Mais je n’ai jamais pu me défaire de cette vision de vous, isolée et sale, faisant face à vos adversaires.

Et rien n’est venu entacher l’affection que je vous porte depuis lors.


Lady Clarissa revint vers la fenêtre.


- Un caprice d’adolescente. Voilà ce qui a fait faiblir le grand général… Qu’avez-vous connu de la vie pour vous émouvoir de ces idioties ?

- Rien, Ma Dame. Seulement le sang et les larmes. Mais j’ai cette différence avec les stygiens, que je me bats pour protéger la vie d’un peuple. Pour que d’autres, eux, puissent apprendre ce qui fait l’existence.


Dans la bouche de tout autre, cette phrase aurait probablement paru d’un mélodramatique ridicule. Ou serait passée pour une tentative théâtrale de trouver une justification noble à la violence. Mais Gebryel Xavius Erethnor était un sacrifice vivant. Tous ceux qui connaissaient son passé le savaient.

Elle dit simplement :

- Alors j’espère que vous vous montrerez digne de cette charge. Je ferai l’annonce officielle demain.


Sans lui laisser le temps de réagir, elle tourna les talons et s’en fut.

Xavius dut se passer d’air pendant un moment, la dernière réplique de Clarissa lui avait coupé le souffle. Mais en cet instant, l’air lui importait peu. Elle avait cédé. Et oh par les dieux ! il allait être roi de Lavernus.


Les années semblaient avoir rattrapé Brigess Valmont et le dévorer à une vitesse affolante. La nouvelle de la décision de la princesse lui rendit quelque peu le sourire. Et les préparatifs le plongèrent dans une activité salutaire. Les contacts lavernes aux Îles Dorées lui avaient appris ce qu’il était advenu de son fils. Heureusement il put penser à autre chose pendant plusieurs jours, et le mage de bataille refit son apparition derrière les traits du vieillard. Mais alors qu’il organisait dans un délai record une cérémonie , avec une grande efficacité, certaines choses échappèrent à son attention.


Tous les citoyens de la capitale ne se réjouissaient pas du choix de la princesse. En particulier, le jeune noble Kadwald de Surac. Brûlant d’amour pour lady Clarissa depuis son plus jeune âge, il ne pouvait se résoudre à accepter l’idée qu’un autre que lui allait la faire sienne. Non, en aucun cas cela n’adviendrait ! Aussi attendait-il, tapi dans l’obscurité d’un couloir utilisé uniquement par les domestiques. Ses privilèges de noble lui avaient ouvert les portes du palais. De plus, il y était venu si souvent déclarer sa flamme à la princesse que les gardes le connaissaient presque tous. La plupart se moquaient de lui, mais il n’en avait cure. Aujourd’hui il avait une tâche à accomplir. Il savait que l’usurpateur passerait bientôt devant lui. Il se croyait en sécurité dans le château. Quelle arrogance ! Kadwald allait la lui faire amèrement regretter. Un tel bâtard ne pouvait prétendre au trône. Et encore moins au lit de la princesse.


La main gantée du jeune homme serra plus fort la poignée de la dague qu’il avait acquise pour l’occasion. Un enchanteur la lui avait vendue à prix d’or. Il ne se souvenait pas exactement où. Le vieil homme, dont les traits eux aussi se perdaient dans le brouillard provoqué par sa détermination, avait été plutôt mystérieux. Kadwald ne s’en préoccupait pas. Il ne voyait que son objectif. Il attendit un long moment avant d’entendre le bruit de bottes claquant sur le dallage. Il reconnut la démarche rapide de son ennemi juré. Lentement, il sortit la lame de son étui. Plus que quelques secondes et le monde serait délivré de Gebryel Xavius Erethnor. Et Clarissa serait à lui seul. Kadwald, Seigneur de Lavernus.


Il bondit hors de sa cachette, dague au clair. Il n’était qu’à trois pas du commandeur, surpris et désemparé. Il se délecta du regard pâle qui exprimait tant de stupeur. Ha ! Le lâche lui tournait le dos, il tentait de s’enfuir ! Il ne pourrait pas…

Le monde autour de Kadwald vacilla violemment. Il perdit toute notion de bas et de haut tandis que le décor tournoyait et que la douleur fulgurait à travers son crâne. Il s’aplatit au sol, quatre mètres à droite de sa position initiale. Le coup de pied circulaire de Xavius l’avait atteint à la tempe, il n’avait rien vu venir. L’homme en noir s’approcha de Kadwald. La rage et l’humiliation lui firent oublier la blessure saignante de sa tête. Il sauta sur ses pieds et tenta de porter une nouvelle attaque. La dague frôla le bras du commandeur, sans même entamer le vêtement. Il vit les lèvres fines se mouvoir mais il n’entendit pas le son qu’elles produisaient. Le lâche demandait-il grâce ? Il n’en était pas question ! Qu’il meure !


- Clarissa ! cria l’homme en attaquant.


Xavius ne comprenait pas quelle folie animait cet assassin de pacotille. Mais visiblement elle lui permettait de tenir debout malgré une blessure qui aurait plongé un ogre dans l’inconscience.

Et hurlait-il le nom de la princesse en guise de réponse à sa question ? Il avait demandé : « qui t’envoie ? » l’autre n’avait pas paru comprendre. Mais…

Xavius esquiva une nouvelle attaque. Quelques gouttes de sang d’échappant du nez et de l’oreille de l’homme tombèrent sur le sol. Il ne tiendrait pas longtemps comme ça.

Mais ses attaques se firent plus violentes. Et la garde n’arrivait pas. Xavius le voulait vivant. Il n’avait pas d’arme. Ce qui lui évitait les réflexes malheureux. Mais le rendait aussi bien trop vulnérable. Profitant d’une ouverture, il abattit son poing sur le visage de son assaillant. Le nez se brisa et quelques dents sautèrent. Mais l’autre ne voulut pas entendre raison. À ce rythme, Xavius allait le tuer avant d’avoir pu rien tirer de lui. Déjà l’homme titubait plus qu’il n’attaquait.


- Gardes ! cria Xavius, dans l’espoir de les faire arriver plus vite. Mais il n’y eut aucune réponse à son appel.

Où étaient-ils, bon sang !

La dague passa bien près des yeux du commandeur.

- Ne m’obligez pas à vous occire.


L’autre n’émit que des borborygmes.


Il ne pouvait pas prendre le risque de se faire érafler par une lame empoisonnée. Ce qu’elle pouvait fort bien être, pour ce qu’il en savait. Il opéra une retraite rapide. Veillant toutefois à ce que l’homme le suive. Apparemment ce malheureux ne savait même plus où il était. Il criait et répandait son sang à chacun de ses mouvements désordonnés.

Pourtant un dernier éclair de vitalité le propulsa vers Xavius. In extremis, ce dernier s’écarta et, par réflexe, sa jambe vint déséquilibrer l’assassin. Qui tenta en vain de se récupérer. Et termina sa course à travers une vitre, qui donnait sur un balcon. Cinq étages plus bas.

Il tomba sans un bruit autre que le tintement du verre brisé sur le sol. Xavius jura.


- La lame était bel et bien empoisonnée, Seigneur. Du venin de Basilic, fulgurant, même pour quelqu’un d’aussi résistant que vous.

Le prêtre présenta la lame à Brigess Valmont. Xavius, les bras croisés, restait appuyé sur le mur du fond, dans les spacieux appartements du mage de bataille.

- Pourquoi un noble sans valeur s’attaquerait-il à moi ?

- Tâchons de l’apprendre, répondit Valmont. A-t-on pu interroger son esprit ?


Le prêtre secoua la tête.


- Nous jouons de malchance.

- Peut-être pas, Xavius, tout cela a pu être orchestré avec soin. Notre apprenti assassin portait de manifestes traces d’enchantements.

- Probablement des sortilèges de force, d’endurance, ou de discrétion.

- Ou une compulsion mentale. Voire pire. Vous ne pouvez sérieusement accréditer l’hypothèse de l’amoureux éconduit…


Xavius soupira.

- Dans ce royaume, tout est possible. Nous saurons vite si la théorie du complot est la bonne : une nouvelle tentative interviendra avant la cérémonie de couronnement.

Ni Brigess, ni le prêtre ne manifestèrent le moindre enthousiasme à cette idée.


Le mariage approchait et la tension devenait presque palpable à la cour. Principalement pour le conseiller Valmont, qui devait gérer les préparatifs tout en anticipant une tentative d’attentat contre l’héritier présomptif du trône. Xavius, lui, affichait une indifférence froide et calculée. Il avait refusé toute protection rapprochée. Et pour l’heure, il tourmentait l’état-major en déjouant une à une leurs stratégies défensives pour la frontière nord. Pour Brigess, c’était une façon très personnelle de canaliser la pression. Il ne craignait pas les assassins. Mais l’idée de se marier devenait de plus en plus intimidante au fur et à mesure que sa concrétisation se faisait imminente.


Systématiquement, il passait ses soirées en compagnie de la princesse Clarissa. Il parlaient peu. Mais plus aucune insulte n’avait franchi les lèvres de la jeune femme. Et plus aucun objet ne s’était échappé de ses mains en direction du commandeur.

Ils dînaient ce soir-là dans une des salles de l’aile ouest, d’un délicieux chapon farci et accompagné d’une sauce épaisse. Jusque-là ils n’avaient abordé que superficiellement les préparatifs de la cérémonie.

Après un long silence, lady Clarissa déposa sa fourchette et fixa Xavius.


- Quand comptiez-vous me dire que vous avez été la cible d’une tentative d’assassinat ?


Le ton péremptoire et le timbre résolu de sa voix frappèrent le commandeur. Durant ces derniers jours, la Clarissa qu’il connaissait avait fait place à une jeune femme effacée qui le perturbait. Il pensait que sa capitulation au sujet du mariage l’avait peut-être plus affectée qu’elle ne voulait le laisser paraître. Mais ce ton-là lui était familier. Et son retour le combla.


- Ma Dame ? interrogea-t-il innocemment.

- Un nouveau secret ? Il y a décidément beaucoup de choses que vous désirez me cacher. Bien trop pour un futur époux.

S’inquiétant du sens de ces paroles, Xavius répondit néanmoins :

- Je ne voulais vous causer aucune crainte. Le palais reste un endroit sûr. Il ne s’agit que d’un événement isolé et tout à fait exceptionnel.


Clarissa le fusilla du regard.


- Ce n’est en aucune façon ma sécurité qui m’importe en l’occurrence. Je ne me déplace jamais sans escorte, même à l’intérieur du palais. Mes dames de compagnie elles-mêmes pourraient en remontrer à la plupart des gardes. Cesserez-vous un jour de vous comporter comme un naïf ? Cela m’insupporte, et m’offense, tant vous semblez me prendre pour une idiote.


Elle était si belle, empourprée de colère contenue, que Xavius ne put retenir un sourire.


- Pardonnez-moi, Ma Dame. Mais sachez qu’aucun homme n’est assez fort pour m’empêcher de me présenter à vos côtés devant l’autel. Vous pouvez m’accordez votre confiance pour ce qui consiste en sortir vivant de quoi que ce soit qui ressemble un tant soit peu à un combat. Mais je m’engage à ne plus vous cacher ce genre de choses.

- Vraiment ? demanda-t-elle sur un ton où perçait le triomphe.


Et Xavius sut qu’il avait commis une erreur avant qu’elle ne dise :


- Alors, parlez-moi de la mort de mon père.

Elle se laissa aller en arrière sur sa chaise, et croisa les bras devant elle, défiant du regard l’homme le plus redoutable du royaume. Xavius vit qu’elle savait, et il capitula.


- Je ne voulais pas vous mentir, Votre Altesse. Mais un tel secret ne peut tenir que s’il n’est partagé que par un nombre limité de personnes. Votre père était un grand roi, continua-t-il avant qu’elle pût protester. Il était mon Roi. Il méritait de mourir les armes à la main. Je sais qu’il n’aurait pas voulu autre chose si le temps lui en avait été laissé. J’ai agi pour le peuple, je l’admets. Pour lui éviter la tristesse et l’abattement. Dans ce contexte de guerre sans merci, la colère est bien plus salutaire. Mais j’ai aussi été guidé par sa mémoire. Aucun roi de Lavernus n’est mort de vieillesse. Ou du moins pas sans avoir préalablement abdiqué. On ne peut mentir aux dieux, certes. Mais si les dieux doivent juger Elinomius, ils lui accorderont sans aucun doute une place parmi eux. Par contre, il était important que l’image qu’il laisse soit celle d’un Royaume solide et fort. Et pas celle d’un vieillard agonisant qui s’éteint dans l’abrutissement provoqué par les herbes médicinales. Je n’invoquerai pas la raison d’État, ce concept pratique qui sert d’excuse aux membres du Conseil pour établir des lois de qualité inégale. Mais sur le moment, cela m’a paru la bonne décision. Je concède toutefois que ma propre douleur a pu oblitérer mon jugement. Je vous prie à nouveau de me pardonner.


Il se leva, et lui adressa un signe de tête indiquant qu’il prenait congé. Comme il passait à côté d’elle pour gagner la porte, elle lui agrippa le bras. Il s’arrêta.


- Si le vaillant commandeur Xavius sait reconnaître ses erreurs, il n’y a pas de raison que sa femme ne puisse le pardonner. À condition qu’il n’y ait plus de secret entre nous. C’est aussi mon royaume.

Le ton était ferme, mais posé. Et surtout, surtout ! c’était la première fois qu’elle se désignait ainsi. Sa femme ! Xavius se sentit transporté.

- Bien, Ma Dame, répondit-il simplement.

- Finissez votre dîner.


Il n’avait pas tout a fait réussi à effacer son sourire lorsqu’il se rassit face à elle.



- Les sortilèges avaient pour but de plier sa volonté, de substituer à sa vision du monde une perception correspondant aux objectifs d’un autre. D’en faire un jouet qui s’ignore, somme toute.

- Je sais comment fonctionne la magie de compulsion, Seigneur Valmont, ce que je veux savoir c’est comment trouver celui qui s’en est servi.

Brigess jeta un regard courroucé à Xavius. Les soldats étaient incapables de comprendre toute la nuance et la qualité d’un enchantement subtil. Ils ne comprenaient que leurs épées, ces rébarbatifs bouts de métal. Si ça ne s’enfonce pas dans la chair d’un homme avec un bruit horrible, ça n’est pas digne d’intérêt. Et Willemar qui avait choisi cette voie…

Penser à son fils disparu égara un instant le conseiller.


- Brigess ? appela Xavius devant l’air absent du mage.

- Hein ? Oh… Mes excuses, Commandeur. Justement, j’allais y venir. Le tissu d’enchantement a été décomposé par quelques experts. Et on y reconnaît clairement la façon de procéder de l’École d’Alvaciss. Le jeteur de sort est un Laverne.


Xavius avait envisagé la possibilité d’une trahison. C’était même la plus crédible. Ses autres adversaires ne se seraient pas embarrassés de subtilité.


- J’ajouterai que ce type de magie est extrêmement complexe à mettre en œuvre. Ça explique en grande partie le temps nécessaire à son analyse. Il est heureux que nous ayons disposé d’un cadavre en relativement bon état.

Le commandeur décela un reproche ironique dans la voix de Valmont.


- La prochaine fois, je frapperai moins fort et je m’arrangerai pour qu’il tombe de moins haut. Tant qu’on y est, on pourrait peut-être même s’arranger pour que vos mages de garde décèlent les enchantements potentiellement dangereux…


Un partout. Mais la situation ne se prêtait pas à la joute verbale. Un sorcier de Lavernus jouait contre eux. Et cela était pour le moins problématique.

Xavius réfléchit un moment. Mais une seule solution s’imposait à lui. La chèvre.


- Quel genre de circonstances pourrait donner à un magicien déterminé une occasion inespérée de détruire sa cible ?


Valmont vit instantanément où le commandeur voulait en venir.

- Un magicien déterminé se créerait sa propre occasion, Sire.

- Néanmoins, il ne pourrait se refuser à agir si nous lui fournissions une opportunité évidente.

- C’est un stratagème qui a de grandes chances d’être éventé…

- À nous de le rendre indécelable.


Brigess afficha une moue pensive tandis que ses yeux fouillaient le plafond. Puis il se mit à marcher de long en large dans le modeste bureau privé des appartements de Xavius.


- Nous pouvons penser qu’il préférera ne pas agir directement. Pourquoi sinon s’être donné autant de mal pour posséder un innocent ? Les instruments potentiels sont donc multiples. La compulsion, l’invocation, l’animation… et j’en passe. Non. Si nous voulons l’amener à agir par lui-même, il importe de ne pas lui laisser le moindre temps de préparation, le prendre au dépourvu et espérer que cela le poussera à entreprendre une action désespérée. Il faudrait…


- Avancer drastiquement la date du couronnement, sans réunir le cérémonial, compléta Xavius.


Valmont en resta un moment interdit. Puis les rouages de son cerveau reprirent leur course endiablée. Se pourrait-il que la précipitation du commandeur ait des motifs inavouables ? Il repoussa cet écho de sa propre paranoïa et se concentra à nouveau sur leur problème. Cela était possible. Mais ils partaient de l’hypothèse que le complot vise à empêcher Xavius de monter sur le trône. S’il s’agissait d’une simple vendetta, l’assassin disposait de tout le temps qu’il voulait. Cependant la coïncidence aurait été trop troublante.


- Il faudra convaincre la princesse… objecta-t-il pour la forme. Cela implique de la mettre au courant.

Le mage de bataille fut surpris de voir un sourire complice étirer les lèvres fines du froid tacticien.

- Cela ne devrait pas poser de problème.


D’une certaine façon, Brigess Valmont accueillit avec soulagement l’idée d’un mariage - et donc d’un couronnement - surprise. Les préparatifs de la cérémonie officielle commençaient à le lasser. Leur plan nécessitait cependant la plus grande confidentialité. Seuls la princesse et le prêtre d’Akinthea devaient être prévenus. L’ecclésiastique pouvait même être averti à la dernière minute et amené incognito au palais. Cependant, pour valider le couronnement, la cérémonie devait être clôturée par un représentant du Conseil Royal. Valmont pouvait théoriquement assumer cette charge, mais sans être désigné par le Conseil, il ouvrirait la porte à des critiques sur la légitimité des droits de Xavius. D’un autre côté, le Conseil comportait quelques-uns des sorciers lavernes les plus redoutables. Et rien ne disait qu’il ne s’agissait pas de l’un d’eux. En ressassant ces pensées, Brigess prit soudain conscience de la marque de confiance que lui témoignait le futur roi de Lavernus. Lui aussi pourrait être soupçonné.

Néanmoins la confiance n’était pas tout. Et si le conseil ne nommait pas son représentant, le plan de Xavius se retrouverait bien inutile. La prochaine étape consisterait donc à innocemment amener le Conseil à se prononcer. Et si son élu officiait à un moment relativement différent de celui initialement prévu, la validité de son droit n’en serait pas moins certaine.


Valmont proposa le sujet à la réunion suivante. Chargé des préparatifs, il annonça une date suffisamment éloignée pour n’inquiéter personne, mais assez proche pour justifier que la question soit abordée. Il lui fallait prendre certaines dispositions pour la cérémonie, et ces dispositions nécessitaient de savoir qui jouerait le rôle clé. À la quasi-unanimité, le Conseil choisit le Chancelier Vessner, l’Archimage. Le fait que lui-même eut été un prétendant éconduit ajoutait une certaine noblesse à son geste. L’un dans l’autre, Valmont fut rassuré : personne, outre le roi, n’incarnait mieux les intérêts du royaume que Vessner.


Fidèle à lui-même, le chancelier ne parut pas s’émouvoir lorsque Brigess lui exposa leur plan et ses implications. Il assura qu’il comprenait les impératifs qui sous-tendaient la décision de Xavius et du mage de bataille.


Le lendemain, le futur souverain et son conseiller mettaient au point les derniers détails, dans des appartements inoccupés, choisis pour l’occasion. Éloignés et discrets, ils leur assuraient un certain niveau de confidentialité. Les sortilèges de Valmont s’étaient chargés du reste.


- Demain à l’aube, nous annoncerons que le mariage aura lieu avant midi, en privé, dans la petite chapelle d’Akinthea au cœur du palais. Cependant nous entamerons la cérémonie dans la Salle des Rois. Si nous ne prenons pas d’évidentes mesures de sécurité, notre assassin se doutera de quelque chose.

Brigess hocha la tête. Pour les questions de stratégie, il pouvait se fier au talent naturel de l’homme en noir qui se tenait appuyé contre le linteau de la cheminée.


- En lieu et place des gardes d’apparat, se trouveront dans le secteur des troupes d'élite. Mais n’en augmentons pas le nombre. Préparez simplement un charme capable d’amener instantanément auprès de nous un renfort appréciable, en cas de besoin.

, soupira intérieurement le Mage.

Il se préparait à formuler ses doutes quant à la justesse des perceptions de Xavius en terme d’arcanes lorsque quelqu’un gratta à la porte.


Les deux hommes se retournèrent vivement en direction de celle-ci. Brigess avait déjà un charme incendiaire sur les lèvres, et le commandeur avait sorti son épée du fourreau si rapidement que Brigess avait l’impression qu’il devait avoir entamé son mouvement bien avant que le bruit ne se fasse entendre.


- Qui est là ? lança Xavius.


La serrure joua.


- Sortilège d’ouverture, dit Valmont, plus puissant que mon propre verrou magique.


La porte s’ouvrit et un homme vêtu de rouge entra.

Les deux occupants de la pièce se détendirent et le Chancelier Vessner referma la porte derrière lui.


- Par les dieux, vous prenez tant de précautions que cela en devient inquiétant, dit-il sur un ton affable.

Son œil de rubis passait d’un visage à l’autre, tandis qu’il tenait négligemment sa baguette d’Archimage contre son flanc.


- Cela renforce ma conviction que les devoirs de ma charge imposent que je m’implique avec vous dans ce complot. Après tout, c’est de l’avenir de Lavernus qu’il s’agit.


Il se dirigea vers un fauteuil.


- Où en étiez-vous ? demanda-t-il.


Presque par automatisme, Valmont répondit à son supérieur.


- Nous abordions les détails du déroulement de la cérémonie. Cela aura lieu demain.

Xavius émit un grognement désapprobateur. Brigess se reprit.


- Mais vous-même, Excellence, comment avez-vous eu connaissance de notre lieu de réunion ?


Vessner s’arrêta devant le fauteuil mais ne s’assit pas. Il eut un petit rire joyeux.

- Je vous ai fait espionner, bien entendu.

Brigess voulut rire de la plaisanterie mais quelque chose l’en dissuada. Il doutait brusquement que le Chancelier eût le sens de l’humour.


- Dans quel but, Excellence ? Il vous aurait suffi de poser la question.

- Ne vous alarmez donc pas, Brigess. Je voulais simplement faire…


D’un geste vif, il brandit sa baguette et le cristal rouge qui la surplombait s’embrasa instantanément.


- …CECI !


Une onde de force traversa la pièce en emportant les meubles et vint frapper le mage de bataille qui fut soulevé du sol et s’en alla heurter le mur, à plusieurs pieds de là.

- Vous… cracha Xavius, sa lame s’épanouissant dans sa main, les sortilèges de son équipement s’activant les uns derrière les autres.

Le rire de Vessner se fit hystérique.

- Vous avez vous-même fait entrer le loup dans la bergerie.

Une flopée d’enchantements se tissèrent autour de lui.

- J’ai totalement isolé cette pièce du reste du palais, dit-il. Vous ne sortirez jamais d’ici vivant. Les modestes talents de Valmont ne suffiront pas à vous protéger.

Le mage de bataille justement se relevait en secouant la tête. Il psalmodia des incantations à une vitesse affolante. Des sphères multicolores vinrent entourer le commandeur.


- Valmont ! Qu’est-ce que vous faites ? fulmina ce dernier qui se retrouvait coupé de l’extérieur.

- Mon devoir, Sire.


Une fois Xavius protégé, il dirigea ses sortilèges vers Vessner qui les contra avec une aisance effarante. Et les magies mineures semblaient rebondir sur une carapace invisible.

Vessner jeta un rayon de feu en direction de Valmont, puis entreprit de détruire une à une les sphères qui entouraient Xavius.


- Vous êtes si prévisible, Valmont. Votre famille ne brille décidément pas par son intelligence. Votre fils certes partageait le sang de sa mère. Mais je m’attendais à mieux de votre part.


Brigess tendit la main et un éclair partit en direction de l’Archimage qui s’interrompit le temps de le renvoyer à son propriétaire qui, frappé en pleine poitrine, s’effondra sur le sol.

Les dernières barrières qui protégeaient le commandeur cédèrent et Xavius se rua vers Vessner, lame brandie.

Le chancelier félon réagit d’instinct et pulvérisa l’image de Xavius, alors que le vrai, parmi trois autres clones l’entourant, portait plusieurs attaques qui furent repoussées par les boucliers magiques de Vessner.


- Damnation ! jura le commandeur devant son impuissance. Il restait cependant au plus près du chancelier.

- Vous espérez que je vous frappe, pour que les charmes de rétribution que vous portez me foudroient, ricana Vessner.

Ses cheveux mi-longs et sa cape flottaient dans son dos, agités par le vent de pouvoir qui l’entourait.

Il fit un geste et Xavius sentit ses enchantements s’écrouler. Puis il fut projeté de l’autre côté de la pièce, et eut juste le temps de plonger à l’abri pour éviter les sphères enflammées qui volaient vers lui, encouragées par le rire de Vessner.


Brigess Valmont serra les poings et se releva, chancelant. L’Archimage était d’une force inimaginable. Et lui, simple mage de bataille, que pouvait-il ?

Il avait déjà perdu bien trop de chevaliers. Sa femme d’abord. Puis son fils, des années plus tard. Il avait été incapable de les protéger. Et il était sur le point d’être à nouveau confronté à l’échec. De perdre son roi.

Non, il n’en serait rien ! Et par Melmoth tant pis s’il devait y laisser sa vieille carcasse.


Tout magicien formé à Alvaciss sait qu’il y a au fond de lui un endroit d’où s’écoule la force magique. Chez certains êtres il s’agit d’un mince filet. Chez d’autres, d’une vraie rivière. Et l’enseignement des arcanes apprend aux novices à maîtriser ce flux. Mais il y a un secret que seuls les plus expérimentés peuvent espérer un jour toucher du doigt, et qui permet d’amplifier temporairement la force qui s’écoule à travers le sorcier, transformant même un apprenti médiocre en Magister, l’espace d’un instant. Cependant le corps du jeteur de sort doit payer le prix de ce brusque afflux de puissance. Et celui de Valmont était déjà bien meurtri par les sortilèges de Vessner.


Cela ne l’arrêta pas. Toute sa volonté se concentra dans ce seul but : augmenter son pouvoir. Des signaux d’alarme retentirent à travers tout son organisme. Trop tard. La magie affluait déjà en lui. Il n’entendait plus rien que le torrent qui allait bientôt se déverser hors de lui.


Vessner avait dissipé l’illusion qui jusque-là protégeait Xavius. Le commandeur avait encaissé quelques blessures superficielles, mais il pouvait encore se battre. Si seulement il avait eu son armure. Il ne croyait pas un jour regretter la voyante cuirasse. Il esquiva agilement un projectile incandescent qui détruisit un meuble massif derrière lui. En maudissant la faiblesse qu’il affichait face à l’Archimage, il se jeta au sol, roula sur lui même et, défiant un instant la gravité, se redressa brusquement en pivotant, amplifiant le coup d’épée qu’il porta au magicien avant de sauter hors de sa portée immédiate.

Le coup rencontra une brève résistance et Vessner poussa un cri. Du sang coula le long de son bras, mais il affichait toujours un sourire triomphant.


- Malédictions et tourments ! Êtes-vous immortel ?!

- Vous ne le saurez jamais, Votre Altesse, répondit ironiquement le Chancelier.


La gemme au bout de son sceptre prit une teinte noire alors qu’il le pointait vers Xavius.

Puis un courant d’air traversa la pièce ravagée, et une incantation s’éleva. Les deux protagonistes se tournèrent vers Valmont. Le mage de bataille se tenait debout au milieu d’un cercle tourbillonnant de magie brute. Le dallage sous ses pieds s’était craquelé puis brisé.

Vessner comprit instantanément ce qui se passait. Et le sortilège mortel qui poignait à l’extrémité de sa baguette fut redirigé vers Brigess avant que Xavius n’eût pu esquisser le moindre geste. L’énergie nécromantique entra en contact avec le torrent déchaîné de force qui s’écoulait du mage de bataille et le perturba. Il y eut une explosion de lumière, sans souffle, sans chaleur, sans bruit autre que le cri étouffé de Valmont. Puis la lumière se dissipa et il ne resta qu’une silhouette prostrée au sol, fumante et immobile, sans pourtant qu’une blessure ne soit visible. Vessner lâcha un nouveau rire suffisant :


- L’imbécile, voyez où sa folie l’a mené.

Xavius en avait assez. Il n’arriverait à rien comme ça. L’Archimage disposait encore d’une panoplie étonnante de pouvoirs et lui-même serait rapidement à court d’astuces dans un espace aussi réduit. Et son seul allié gisait, probablement mort. Il jeta son épée au sol.


- Pourquoi faites-vous cela, Chancelier ? Pour qui ? La Stygie ? La Dragonie peut-être.

Vessner parut offusqué.

- Ne m’insultez pas, Gebryel ! Je ne sers que ce royaume. Nul autre que moi n’est plus attaché à cette terre et à son avenir ! Je suis son guide depuis toujours. Elinomius le savait.


Il hésita un instant avant de reprendre, sombre et résigné.


- Mais j’ai vu des choses. Des choses terribles qui m’ont fait agir contre vous. Car vous ne savez pas ce qui attend ce royaume.

- Qu’est-ce que vous dites ? Vous perdez la raison, Chancelier.

- Silence ! Je suis au contraire le seul être raisonnable dans cette pièce. J’ai interrogé l’avenir, après avoir touché l’esprit de ces voyageurs d’un autre monde pour apprendre leur langage. Car j’ai aussi recueilli une partie de leurs connaissances. Je voulais connaître l’endroit d’où ils venaient pour les comprendre. Et vous ne pouvez savoir ce que j’ai vu. Regardez ! Regardez, pauvre fou inconscient ce que l’avenir m’a montré !

D’un geste, Vessner anima l’image d’un miroir rescapé du carnage. Le reflet sembla prendre vie puis se troubler, laissant apparaître une vision du royaume de Lavernus. Une vision sinistre, où d’imposantes armures rouges envahissaient les rues, soumettant les populations, les armées lavernes défaites, humiliées, et le trône occupé par un inconnu portant l’emblème du lion. Lavernus dans l’avenir ne serait qu’un champ de ruines, écrasé par un flot de guerriers venus de l’extérieur.


- Voilà ce qui nous attend, cria Vessner, si vous montez sur le trône. Car lorsque ces hommes se présenteront, vous résisterez, et cela n’apportera à Lavernus que la destruction !


Xavius n’en croyait pas ses oreilles. Non pas parce que la vision lui paraissait fausse. Mais parce que le Chancelier osait sous-entendre que le royaume devrait dans l’avenir capituler face à un nouvel adversaire.


- Avez-vous perdu tout honneur ! s’emporta le commandeur. Si le royaume tombe, ce sera par les armes, jamais les Lavernes n’abandonneront leur identité par lâcheté !


Vessner secoua la tête et dissipa la vision.

- Je savais comment vous réagiriez. Mais vous méritiez de savoir pourquoi vous devez mourir, Commandeur, acheva-t-il d’une voix froide.

- La mort plutôt que la trahison, répondit Xavius, citant le Code de Chevalerie, aussi ancien que Taragorm lui-même.


Avec une lenteur calculée, Vessner leva la main vers Xavius.

- Non… interrompit une voix plaintive.

- Oh si, Valmont, mais ne vous impatientez pas, vous suivrez. Vous irez rejoindre Sharlaniss et…

Une étrange expression se peignit soudain sur les traits de Vessner. Un mélange de détresse et de douleur muette. Il s’affaissa sur lui même en tendant une serre vers le jeune officier vêtu de noir. Valmont lui-même gémit et frissonna.


- Ma Déesse… non ! cria le Chancelier.


Xavius avait déjà ramassé son épée pour profiter de l’occasion qui lui était offerte. Puis une jeune femme apparut devant lui. De longs cheveux auburn et un sourire mystérieux accordé à ses yeux verts, un visage doux et résolu à la fois. Le commandeur la reconnut presque immédiatement.


- Wiona Vanquist…


Elle parut un instant absente. Vessner se mit à sangloter devant l’apparition.


- Ainsi voici ce qu’on ressent. Tant de pouvoir… mais à quel prix.


Elle parlait pour elle-même, d’une voix triste et voilée par la colère. Xavius baissa son arme et attendit. S’il s’agissait d’un spectre, il choisissait bien mal son moment.

Mais Wiona, la mage de bataille tragiquement disparue des mois plus tôt se tenait bel et bien devant lui, plus débordante de vie et de puissance que jamais. Elle sembla revenir à la réalité.


- Pardonnez-moi, Commandeur, mais il faut que je m’habitue au fait d’être en plusieurs endroits à la fois.

Elle sourit. Il ne comprenait pas vraiment où elle voulait en venir, mais son arrivée l’arrangeait grandement.

- Je suppose que ma nouvelle charge implique que je sois responsable des agissements de mes serviteurs. Aussi soyez assuré que celui-ci sera châtié.

Elle fit un geste et l’Archimage se volatilisa.

Xavius voulut répondre mais à nouveau, elle parut distraite.


- Oh, Wil… murmura-t-elle, un sourire paisible sur les lèvres.


Elle se dirigea vers Valmont. D’un simple mouvement elle le remit sur pieds, comme si la dernière demi-heure n’avait tout bonnement pas existé.


- Wiona ? demanda Brigess, surpris. Mais comment… ?


Elle eut un nouveau sourire énigmatique qui dissuada le mage de bataille de poursuivre.


- Votre fils est vivant, et guéri, Seigneur Valmont. N’ayez aucune crainte. Vous le reverrez peut-être plus vite que vous ne le pensez.


Brigess assimila la nouvelle puis, après un effort manifeste pour ne pas presser la jeune femme de questions, sourit à son tour et hocha la tête, résigné, mais heureux.

Elle se tourna vers Xavius qui était toujours debout au milieu de la pièce.

- Mes respects et mes vœux, Votre Altesse. J’espère que vous profiterez enfin d’un peu de bonheur. Veillez sur Lavernus, et le royaume vous le rendra.

- Merci, répondit simplement le Commandeur.

Puis elle leur adressa un dernier signe de la main et disparut. Un ange passa.


- Eh bien, dit Brigess en s’approchant, si je m’attendais…

- Si vous vous attendiez à quoi au juste ? demanda Xavius avec emportement. Je ne comprends rien à ce qui vient de se passer et cela me contrarie…


Valmont afficha une expression complice.


- On dirait que rien n’est immuable, même pas la divinité.


Puis il se dirigea vers la porte.

- Allons, venez, nous avons un mariage à préparer dans la paix et la tranquillité.

Il sortit. Xavius resta un instant immobile. Puis il se secoua :

- Valmont ! dit-il en sortant à son tour. Revenez ici et expliquez-vous ! Je suis votre futur souverain. Et si jamais vous souriez encore comme cette femme effrontée, vous le regretterez ! Valmont !

Il termina son invective sur un éclat de rire. Ils croisèrent des gardes, totalement ignorants de ce qui venait de se jouer à quelques pas seulement de leur patrouille. Mais ils furent bien trop surpris pour s’interroger à ce sujet ; aucun d’entre eux n’avait jamais entendu Gebryel Xavius Erethnor .


Une fine pluie tombait, couvrant de perles les vitres du palais, déformant, pour les yeux de celui qui la contemplait, la longue et morne plaine herbeuse entourant la cité. Pourtant nul désespoir n’émanait de ce panorama. La ville bourdonnait d’une activité joyeuse. Des troupes revenues de l’Est, victorieuses, préparaient leur entrée par la grande porte, et la populace s’amassait le long des artères qui menaient au palais. Derrière ses fenêtres, le roi de Lavernus attendait.


La porte s’ouvrit et il se retourna pour assister à l’entrée de la princesse Clarissa, son épouse. Ils n’étaient mariés que depuis quelques mois, mais dès la fin de la majestueuse cérémonie et de la fête mémorable qui l’avait suivie, ils n’avaient cessé de se rapprocher.


- Encore une victoire pour le valeureux stratège, annonça-t-elle sur un ton ironique.

- Rien ne résiste à la couronne de Lavernus, répondit Xavius sur le même ton.

- Je ne parlais pas de ces militaires imbibés qui viennent recevoir leurs honneurs.


Le seigneur Xavius Premier lança un regard intrigué à sa femme.

- Seriez-vous porteuse de nouvelles du front d’Arkland ? demanda-t-il, grave.

- Non, Messire le Commandeur, répondit-elle, goguenarde. Mais d’une tout autre bataille qui s’annonce.

- Comment… ?


Elle l’interrompit en saisissant sa main, qu’elle amena jusqu’à son ventre. Puis lui adressa un sourire lumineux. Le visage de Xavius s’éclaira à son tour.


Et en contrepoint à leur bonheur s’éleva, au nord-ouest, à des milliers de lieues de là, une colonne iridescente à la clarté intense. Elle s’éleva si haut, et brillait avec une telle force, que l’horizon même de Lavernus fut un instant scindé par ce trait de feu qui sembla frapper la voûte céleste et y créer des remous. Dans l’ensemble du continent, les populations les plus sensibles furent prises d’un bref vertige. Les magiciens ressentirent une perturbation dans le tissu magique du monde. Les dieux eux-mêmes entendirent une plainte qui leur vrilla les tympans. Un courant d’air chaud parut se répandre à travers le monde.


Les Amberlirims venaient d’ouvrir le portail qui reliait les Îles Dorées, et par là même l’ensemble d’Idalness, à leur terre d’origine : le Grand Empire Teragon, sur Leandrath.

Xavius, les yeux fixés sur cette fugace tour de lumière, ressentit une émotion étrange, entre l’inquiétude et la stupéfaction. Il sentait que le monde venait d’entrer dans une longue période de bouleversements. Et quoi qu’il advienne, plus rien - ni en ce monde ni dans l’autre - ne serait comme avant. Il pressentait que ce n’était qu’une étape, certes décisive, mais néanmoins une étape, d’un long processus, entamé bien des années auparavant, lorsque cinq aventuriers pleins d’espoirs franchirent les immenses portes de Teragopolis. Et, bien que Xavius ignorât ces éléments, rien n’aurait pu entraver l’inexorable déroulement de l’Histoire, qui a conduit ces hommes à se battre, à souffrir, à renoncer, et à inlassablement avancer, jusqu’à ce que le monde change sous leur pas.


« Nous ne voulons rien d’autre

Que la liberté de choisir nos chemins

Et par la même notre faute

Est d’avoir pour ennemi le Destin. »


Extrait du – Hymne de Guerre Stygien – Date Inconnue




 
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   xuanvincent   
12/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Ce texte mérite à mon avis que des lecteurs s'y attardent et laissent leurs impressions à l'auteur.

Pour les amateurs du genre (je ne lis normalement pas de romans de fantasy), après une lecture rapide, ce volet comme les précédents me paraît assez intéressant et assez bien écrit.

PS : Dommage simplement que cet épisode soit un peu long (sur le site, pour ce genre de textes (comme pour beaucoup d'autres d'ailleurs, sur Oniris), je verrai plutôt des textes ne dépassant pas les 40 000 - 45 0000 caractères).


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