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Sentimental/Romanesque
LeVentQuiSeLeve : La rêverie interrompue [Sélection GL]
 Publié le 05/09/14  -  7 commentaires  -  4156 caractères  -  87 lectures    Autres textes du même auteur

Une jeune paysanne marche dans la campagne, plongée dans ses pensées. Celles-ci sont brutalement interrompues par une catastrophe.


La rêverie interrompue [Sélection GL]


Marie marche d'un bon pas sur le chemin conduisant au bourg. Dans son sac de lin, elle apporte une douzaine d'œufs à Pierre le garde-barrière. Tout en cheminant, elle pense à la maison de ses parents qu'elle vient de quitter. Elle laisse là sa sœur Marguerite en train de sortir des châtaignes de leurs bogues avant de les faire cuire dans l'âtre de l'unique pièce de la maison. Marguerite doit préparer un gâteau de farine de seigle et de châtaigne. Marie pense à sa mère qui file la laine depuis le matin. Ainsi qu'au père alité avec une vilaine fièvre depuis qu'il est tombé en portant une barrique de vin du maître. Au petit Jean, qui a bientôt cinq ans, et qui joue avec un petit cheval de bois que son père a taillé dans un buis pour ses quatre ans.


Elle espère aller au bal le lendemain avec Pierre. Elle mettra son beau corsage rose à fronces et col Claudine et sa jupe de serge grise ; troquera ses sabots de bois de châtaignier contre les escarpins de galuchat de sa sœur, cadeau de Marthe, la femme de chambre du château. Ils pourront danser à la lumière des lampions que le maire, monsieur Jacques, a fait accrocher aux arbres du mail pour la fête nationale. En ligne, coudes aux coudes, pendant des heures, elle dansera sur la musique d'un orchestre de la ville engagé par la municipalité. Promis, elle empêchera son Pierre de boire de la bière au-delà du raisonnable. Puis il faudra rentrer dans la nuit, à la lumière de la lune, suivant le chemin du village qu'elle connaît par cœur.


Marie arrive au bord de la rivière. Elle atteint la passerelle qui enjambe le déversoir du moulin. Elle peut voir la ligne de chemin de fer qui longe la rivière sur l'autre rive jusqu'au moulin puis qui s'en éloigne en s'enfonçant dans les bois. On aperçoit au-delà sur le coteau la route qui entre dans la forêt de l'autre côté. Elle sait que Pierre est là, au carrefour des deux voies. Une calèche à quatre chevaux descend la côte lentement. Les chevaux ramassent leur dos pour retenir l'attelage mais ils descendent quand même au trot. Le fouet claque. Au loin, on entend le sifflet de la locomotive du train montant la vallée.


Enfin le train apparaît. Il longe la rivière. On entend le fracas des boggies sur les rails et le halètement de la vapeur qui s'échappe des cylindres pansus par la cheminée. On voit passer les voitures en bois, peintes en marron pour les troisièmes classes, en jaune pour les secondes, en rouge pour les premières classes. Les soufflets entre les voitures se déplient et ondulent au moment où le train franchit le tournant avant d'entrer dans les bois.


Le train s'éloigne. La portière à l'arrière de la dernière voiture s'amenuise avec l'éloignement. Le train siffle sans arrêt. Subitement, Marie réalise que le sifflet se répète sans s'arrêter, au lieu des trois coups habituels. Inquiète, elle se met à courir. Elle entre à son tour dans le bois. Le chemin file vers la droite. Pour gagner plus vite la barrière, elle court droit à travers les bois. Après un long moment de course, elle réalise que le bruit a fait place à un grand silence. Celui-ci persiste, devient pesant alors qu'elle continue de courir. On n'entend plus le bruit des roues de la calèche. Enfin on entend des voix. Des gens crient. Un bébé pleure. Des exclamations fusent. Le feu crépite.


Enfin Marie arrive au passage à niveau. Elle découvre stupéfaite la calèche écrasée contre le mur de la maison de Pierre. Ses chevaux sont effondrés et inertes. Elle voit ensuite la locomotive renversée de l'autre côté, en travers de la voie. Du charbon et des braises s'en sont échappés. De l'eau coule du bout de la machine. Le feu commence à se propager dans les fougères. Plusieurs voitures sont enchevêtrées dans un amoncellement horrible. Le bois continue de craquer. Et soudain elle le voit. Avec sa casquette bleue à visière noire et son costume bleu à galons rouges. Il est en train de verser un broc d'eau sur les charbons ardents répandus au sol, tandis que des passagers déjà dehors s'évertuent à aider les autres à sortir du train. Elle l'appelle, une fois, deux fois. Il la voit, se redresse. Il lui sourit.


Son Pierre est indemne !


 
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   socque   
8/8/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ce texte est un très bref instantané dans la vie d'une paysanne ; je pense que j'aurais une meilleure chance de l'apprécier si cet instant représentait un moment-clé de la vie de Marie, mais non : certes elle se souviendra de ce jour où le train a déraillé à côté de chez Pierre, mais pour autant sa vie, semble-t-il, va continuer son chemin exactement comme avant.

Alors je me demande quelle est l'intention du texte : est-ce de faire remarquer que, dans la catastrophe générale, la seule chose qui intéresse Marie est le sort de son Pierre ? J'ai l'impression que oui, que l'histoire a une visée morale et dit que cet égoïsme qui peut (c'est le cas pour moi) faire considérer comme négligeables les souffrances qui se passent "à la télé", dans des pays lointains, devant nos préoccupations quotidiennes, eh bien que cet égoïsme a toujours été présent et peut se manifester de mille manières.

Si tel est le message du texte, je le trouve bien amené. J'ai apprécié aussi de cerner peu à peu l'époque où se passe l'histoire en avançant dans ma lecture.
Pour moi, donc, ce texte est habile, il pose le contexte et son propos avec assurance, dans un bon mouvement. Mais, en toute franchise, l'histoire en elle-même ne m'a pas passionnée.

   Anonyme   
9/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Belle courte histoire, captivante, bien décrite, en un mot, pleine de vie.
Un doute toutefois sur la capacité d'une calèche à faire se renverser un train, fût-il à vapeur.
Mais j'ai aimé, comme vous l'écrivez, cette histoire toute simple.
Seuls comptent ceux que l'on aime.

   LeopoldPartisan   
20/8/2014
 a aimé ce texte 
Pas
Ce texte n'est hélas pas une nouvelle, mais le synopsis d'une nouvelle. L'auteur nous résume ici point par point le court-métrage de l'histoire qu'il a imaginé. C'est certe un premier pas essentiel dans l'élaboration d'une histoire, mais il s'arrête hélas là où le véritable travail d'écriture devrait commencer.

Si je donne une appréciation négative, c'est parce que cette histoire n'est qu'une esquisse.
Je n'en veux pour preuve, par exemple qu'on n'a que le point de vue de Marie, et qu'on ignore complètement le point de vue de Pierre. Pourquoi est-il resté bloqué sur le passage à niveau, rêvait-il lui aussi à Marie, au point d'en oublier où il se trouve.

Une réécriture complète est pour moi nécessaire.

   Abu-ISsa   
5/9/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Cette nouvelle m'a paru trop courte.je suis malheureusement resté sur ma fin... j'aurais espère être plus captivité par une intrigue que je n'ai pas réussi à entrevoir dans cette nouvelle.

Néanmoins, j'ai trouvé l'histoire bien construite.

Merci pour ce partage et au plaisir de te lire.

   in-flight   
6/9/2014
En lisant ce court texte, je ne m'attendais pas à un "happy end". Je pensais à un drame de la vie courante qui aurait mené vers une ouverture, une réflexion...

" le halètement de la vapeur qui s'échappe des cylindres pansus par la cheminée" --> Pourquoi vouloir personnifier la machine à vapeur? Ou alors le faire avec un adjectif qui renvoie moins à la "bonhommie".

Bon, je suis passé à côté de l'effet recherché. Désolé.

   Robot   
6/9/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Désolé mais je reste avec une impression de manque après avoir terminé ma lecture. Comme une histoire dont il manquerait le chapitre final.
De plus, j'ai été gêné par certaines lourdeurs d'écriture:
Notamment ce passage où sont multipliés les relatifs que - qui - facilement remplaçables.
"Marie pense à sa mère qui file la laine depuis le matin. Ainsi qu'au père alité avec une vilaine fièvre depuis qu'il est tombé en portant une barrique de vin du maître. Au petit Jean, qui a bientôt cinq ans, et qui joue avec un petit cheval de bois que son père a taillé dans un buis pour ses quatre ans."
Il y a aussi d'autres phrases ou ce défaut apparaît. Des répétitions de mot trop proches auraient mérité l'utilisation de synonymes ou de tournures de phrases différentes à partir de l'avant dernier paragraphe: 2 fois entend, 2 fois enfin

   carbona   
11/10/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Un court texte à l'écriture agréable. On se laisse facilement emporter dans les pensées du personnage et dans ce décor d'une autre époque. On a même envie d'en savoir plus à vrai dire, que la nouvelle s'étende davantage. Les grandes lignes sont tracées et je m'immiscerais bien entre les fils. La vie au manoir, l'époque, le lieu, les relations entre les personnages, les anecdotes. Oui, une envie d'encore.

Un petit bémol pour la fin, évidemment je m'attendais à un drame.
Je reste sur ma faim et en redemande !

Merci pour votre texte.


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