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Réalisme/Historique
Luz : Un matin à la campagne
 Publié le 08/03/09  -  10 commentaires  -  7881 caractères  -  45 lectures    Autres textes du même auteur

Ce récit est tiré d'un fait réel, pendant la guerre de 39/45, dans le maquis d'une région de montagne.
Une jeune fille aide deux résistants à détourner l'attention de soldats allemands.


Un matin à la campagne


Delphine posa ses deux seaux d’eau dans la montée, à mi-chemin entre la fontaine et la maison.

Il y avait dans l’air ce matin un mélange de senteurs : celle des mélèzes apportée par le vent d’ouest, et l’odeur fraîche et acide de la terre du potager retournée ce matin par son père.

Une brume bleue s’attardait encore tout en bas, le long de la rivière.


Non, elle n’avait pas rêvé, elle entendait bien des ronronnements de moteurs provenant de la vallée ; et de l’autre côté, comme en symétrie, un bruit différent : une voiture arrivait en cahotant.

Elle la voyait maintenant la Traction noire, descendant la route du Frajoux. Son cœur aussitôt se remit à battre, et plus à cause des seaux, car elle avait reconnu la voiture des frères Monjaneix, Louis et François.

Son cœur battait pour Louis bien sûr, mais lui ne le savait pas, tout occupé qu’il était par la vie du maquis, entre ravitaillements, réceptions de parachutages, sabotages en tout genre et embuscades.

Elle ne connaissait pas tout en détail, mais il s’en rapportait certains faits les soirs de veillées.

Delphine, elle, ne faisait que transmettre des courriers de la ville à une quelconque ferme, ou d’une ferme à une autre. C’était facile, elle le faisait naturellement comme si cela allait de soit, pour rendre service en quelque sorte, tout en ayant conscience des risques encourus.

Elle se souvenait d’avant les maquis, des bals où elle allait, non pour danser mais pour voir Louis, et l’écouter jouer de l'accordéon. Il y avait bien parfois quelques regards profonds lorsqu’ils se parlaient, mais sans plus ; de l’amitié sans doute pensait-elle.


À bout de souffle la Traction s’immobilisa en bordure d’un champ d’avoine, à deux ou trois cents mètres de la ferme.

Delphine oublia ses seaux et courut vers eux. Elle coupa à travers le verger et longea la route par le haut du talus. Elle se dit que sa chienne Mirette était partie avec son père, sinon elle aboierait déjà après la voiture.


Lorsqu’elle arriva ils essayaient de trouver la panne.


- Le gicleur François, c'est peut-être ça, le gicleur qui s'est encrassé. Je ne comprends pas, Marsac a tout revu avant-hier et il a mis de l'essence.

- Allons à la ferme des Rebert chercher des outils, proposa François.


Delphine arriva tout essoufflée.


- Bonjour, c'est gentil de vous être arrêtés, dit-elle en souriant.

- Content de te voir, mais la visite n'était pas prévue ; c'est la panne et pas au bon moment, dit Louis en l'embrassant.

- On peut aller à la ferme de ton père, et emprunter des outils ? demanda François, levant la tête au-dessus du moteur.

- Bien sûr, mais il est dans les prés des Besols. Venez je sais où sont ses outils ; je n'ai pas besoin de lui demander, je sais bien qu'il vous les prêterait.

- Je viens avec toi, François va rester là.

- Vous croyez que la voiture va partir toute seule ? demanda Delphine pour plaisanter.

- Ça se pourrait. Allons vite, nous avons encore de la route, tu te doutes bien, dit Louis.


Delphine n'insista pas ; elle savait bien sûr ce que transportait souvent la Traction des Montjaneix.

En quelques enjambées et quelques mots échangés ils arrivèrent à la ferme. Les outils se trouvaient derrière la vieille forge qu'utilisait encore son grand-père lorsqu'elle était enfant. Louis fouilla dans un bric-à-brac de ferrailles, de pots et de bidons d'huile, mais sans grand succès.


- Je ne sais pas si nous y arriverons avec ça, dit Louis ; il faudrait une clef anglaise, tu vois une grosse clef avec une vis, et puis une pince ou d'autres clefs !

- Non je ne vois pas, je crois que tout est là, cherche bien, mais tu sais mon père n'a pas grand-chose.

- Bon, on va voir ce qu'on peut faire avec ça, dit Louis en prenant deux autres clefs.


À la sortie du hangar ils entendirent le grondement que Delphine avait ressenti plus faiblement dans le jardin. Louis laissa échapper un juron.


- Vite allons voir d'où ça vient ! cria-t-il.


Ils montèrent à la grange et de là ils virent en amont du pont du Bousquet une colonne armée allemande : des camions, des véhicules légers et deux automitrailleuses.


- Vite Delphine, il faut agir, je t'explique : cette nuit il y a eu un parachutage aux Trois Feix et nous transportons une partie des armes et munitions vers le camp. S'ils fouillent, nous sommes tous perdus, et ton père aussi.

- On va se cacher dans la forêt, proposa Delphine.

- On pourrait s'enfuir tous les trois mais ils retrouveraient ton père ; on n'a sans doute pas le temps de le prévenir. Nous devons tenter de sauver les armes aussi.

- Écoute Delphine, j'ai une idée ; tu vas rejoindre François et vous resterez près de la voiture. Lorsque les Boches arriveront vous vous enlacerez ; vous ferez comme si vous étiez très amoureux. Il vaut mieux que tu sois avec François ; avec moi il y a un risque parce que je suis un peu trop connu dans le secteur, et il peut y avoir des miliciens dans le convoi. François vient du camp des Peyrades, on ne l'a pas beaucoup vu par ici.

- J'ai peur, Louis, j'ai vraiment très peur, mais je ferai ce que tu me demandes.


Delphine aurait préféré s'enfuir. Elle était terrorisée à l'idée de croiser les soldats allemands à côté de cette maudite auto, mais elle ne trouvait pas d'autre idée. On ne pouvait pas déplacer la voiture vers la ferme, ni la cacher derrière une haie à cause de la pente.

Ils repartirent en courant ; au bout de la route François leur faisait signe de se dépêcher.

En quelques secondes tout fut dit. Louis prit une deuxième arme dans la voiture.


- Va te cacher dans le foin de la grange, en passant par l'étable. Si c'est fermé, faufile-toi par le fenestrou, lui dit Delphine, des larmes dans les yeux.

- Ils arriveront bientôt ; n'aie pas peur, ils sont sans doute pressés d'aller aux Trois Feix, tout se passera bien, la rassura Louis sans trop y croire.


Louis repartit aussitôt vers la ferme. Juste avant d'arriver à l'étable il changea d'avis et bifurqua à travers bois en direction des prés des Besols. Il fallait avertir le père Rebert pour qu'en cas de grabuge celui-ci ne retourne pas à la ferme, et surtout s'éloigne dès maintenant.

Le convoi approchait. Delphine et François entrapercevaient déjà les premiers véhicules à travers un alignement de hêtres.


- Viens, dit François, on va se placer juste devant la voiture. Voilà, on se prend les mains, on se parle. Lorsqu'ils nous verront je caresserai un peu tes cheveux. Lorsqu'ils seront tout près on se retirera de deux ou trois pas comme si on les laissait passer ; je te tiendrai par l'épaule. Tout ira très vite, ne t'inquiète pas.


Ce qui inquiétait Delphine c'était le pistolet que François cachait sous sa veste, et la mitraillette derrière la roue de la voiture. Et puis elle aurait tant voulu être avec Louis.


Tout alla très vite en effet, les soldats devaient avoir ordre de ne pas traîner en route. Delphine, la tête bourdonnante et les jambes en coton, n'entendit que quelques rires et cris incompréhensibles des soldats dans le vrombissement des moteurs.

Puis le bruit de la colonne s'estompa peu à peu derrière la colline, au-delà de la fontaine. Alors elle se mit à sangloter presque en silence.


- Je ne crois pas aux miracles, mais là j'ai bien l'impression que nous venons d'en vivre un, dit Louis. C'est fini Delphine, c'est fini. Grâce à toi la vie continue, et la lutte pour Louis et moi.


Il n'y avait plus maintenant que le bruissement du vent dans le haut feuillage des hêtres, et au loin l'aboiement de la chienne.

Louis allait revenir pour une heure peut-être seulement, mais elle le verrait avec un regard nouveau après ce qu'elle venait de faire pour eux ; pour lui.

Les larmes maintenant roulaient sur un sourire.


Louis est mort le mois suivant dans les combats des monts d'Aubiez.

Quelques années plus tard, Delphine épousa François.

Et la vie continua...




 
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   Menvussa   
8/3/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une petite coquille s'est glissée dans ton récit :

"- Je ne crois pas aux miracles, mais là j'ai bien l'impression que nous venons d'en vivre un, dit Louis. C'est fini Delphine, c'est fini. Grâce à toi la vie continue, et la lutte pour Louis et moi."

Erreur, en vérité il faut lire : "nous venons d'en vivre un, dit François.

À part cela, j'ai vraiment aimé ce texte, un petit regret, j'aurais bien voulu pouvoir situer exactement où se passe l'action.

   xuanvincent   
8/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Après une première lecture cette nouvelle m'a paru intéressante à lire.

J'ai surtout apprécié au début du récit l'importance des senteurs, aussi le fait que l'on entende arriver la voiture décrite un peu après, de même que l'on entende le chien aboiement (pour résumer, la description ne se contente pas du visuel, ce que jai apprécié).

L'importance des dialogues par la suite a retenu mon attention. Ils m'ont paru vivants, et dans l'ensemble bien écrits.

La narration m'a paru convenablement écrite, assez simplement dans l'ensemble il m'a semblé mais ce style m'a assez plu. Je note simplement l'importance des points virgules (sans émettre d'avis négatif ou positif à ce sujet).


L'histoire, la narration d'un fait réel durant la deuxième guerre mondiale, m'a intéressée.

La fin m'a plu.

   Faolan   
8/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Une mignonne petite histoire.
Le ton est juste, les dialogues -dans l'ensemble- efficaces.
Je note toutefois pas mal de répetitions ci et là.
Le premier paragraphe est très beau, poétique.
Son cœur battait pour Louis bien sûr Pourquoi bien sûr ?
Merci pour cette petite tranche d'Histoire, écrite simplement, sans prétention.

   FABIO   
8/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Quelques répétitions, une histoire atlante qui m'a touché,un début de texte très soigné.Sentiments et émotion des personnages sont très bien décrits. On dirait le meilleur passage d'un livre.

   Anonyme   
9/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un beau récit tout simple sur un de ces dizaines de milliers de faits anecdotiques qui se sont passés durant la guerre.

Attention quand même à la crédibilité de certains détails :
La Traction était une voiture de nantis. Et plus encore pendant cette période de restrictions. Il était donc hautement improbable d'en voir circuler une en pleine campagne. Or, cette histoire semble avoir eu lieu dans la France profonde, voire, s'il on en croit l'origine géographique des noms du bled et du père de l'héroïne, quelque part en Auvergne ou dans le Limousin (en Corrèze ?).
Bref, une voiture de bourgeois conduite par des va-nu-pieds en pleine cambrousse, voilà qui n'aurait pas manqué d'alerter la patrouille allemande. Dès lors, une "simple" Juvaquatre me semble mieux convenir. ;-)

   Nongag   
9/3/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Une petite histoire assez bien écrite. Qui raconte simplement un fait divers comme il y en a tant dans les guerres. Je ne sais pas exactement ce qui m'empêche d'adhérer vraiment à ce texte. Comme un manque de profondeur, comme si tu restais à la surface des évènements que tu racontes.

Difficile de faire une critique constructive avec des impressions... Des gens plus connaissant que moi pourront peut-être t'éclairer (ou te dire que je dis des conneries...!!)

Disons que je n'ai pas vu d'erreurs flagrantes dans ton écriture, que l'ambiance est bien rendue, les dialogues me paraissent justes.

Et que, globalement, j'ai apprécié cette lecture.

Au plaisir de te relire.

   jensairien   
9/3/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
sympa à lire même si, sur le fond, c'est un peu léger. Je trouve que les dialogues et l'atmosphère sont bien rendus.
Cependant il me semble qu'une telle histoire, pour avoir des chances de devenir vraiment intéressante, mériterait un traitement plus long et approfondi.

   Luz   
12/3/2009
Pour répondre à Menvussa : cette histoire se déroulait en Haute Corrèze (Piroys a presque deviné). Renseignements pris, il s'agissait bien d'une traction (un peu fatiguée).
Merci à tous.

   Anonyme   
12/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime bien le cadre, je situe bien le lieu la date c'est une nouvelle plaisante.

   Anonyme   
25/4/2010
Plutôt apprécié.
Au-delà de l'amourette qu'éprouve l'héroïne pour l'un des résistants, ce qui m'a intéressé, c'est surtout l'épreuve de la confrontation directe, concrête, d'une jeune agent de liaison (en effet, c'était souvent le rôle dévolu aux femmes engagées dans la Résistance, à l'époque) habituée à ne le voir que lointainement, avec l'Ennemi, dans une situation dangereuse.

A plusieurs endroits, des virgules manquent. Ici par exemple, après gicleur, venez et tu vois :

"- Le gicleur François"
"Venez je sais où sont ses outils "
"tu vois une grosse clef "


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