Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Horreur/Épouvante
M-arjolaine : L’œuf et le scarabée
 Publié le 14/02/12  -  14 commentaires  -  4798 caractères  -  220 lectures    Autres textes du même auteur

À l'âge de trois ans, Tommy décréta de sa petite voix de sale môme : « Les œufs au plat, c'est mon repas préféré ! »…


L’œuf et le scarabée


À l'âge de trois ans, Tommy décréta de sa petite voix de sale môme : « Les œufs au plat, c'est mon repas préféré ! »


Dès lors notre mère, en adoration devant son petit bout, décida de lui faire plaisir en préparant tous les jours, matin, midi et soir, de grandes assiettes d’œufs au plat.


Ma sœur et moi ne pouvions nous empêcher de souffrir des affres d'une irrémédiable jalousie. J'avais été la première à dire que j'adorais les pâtes, pour autant ma mère n'en faisait jamais qu'une à deux fois par mois. Ma sœur, lorsque vint son tour de parler, affirma que son goût se portait plutôt vers les fruits de mer. Nous en mangions encore moins souvent que des coquillettes. Cela s'expliquait aisément du fait que ma mère avait toujours rêvé d'un petit garçon, et que nous deux, avec nos robes roses et nos cheveux toujours enrubannés, n'étions pas à la hauteur.


Tommy avait désormais huit ans, et cela ne faisait pas moins de cinq ans que je ne me nourrissais plus que d'œufs au plat. Je croyais avoir pris l'habitude. Or, un matin de mai à mon réveil, je dus m'accrocher à la rambarde de l'escalier pour ne pas perdre l'équilibre. Je me laissai glisser sur le sol, une main sur le ventre, le visage congestionné de la plus horrible manière. Un haut-le-cœur m'agita de frissons glacés, et sans avoir le temps de plaquer la main devant ma bouche, je crachai sur le sol un œuf au plat presque entier. Tommy, qui venait de se lever, sonna l'alerte :


– RAB DE P'TIT DÉJEUNER !


Puis, se tournant vers moi :


– Puisque c'est moi qui l'ai vu en premier, celui-là il est pour moi !


Et avant que je n'aie le temps de refuser, il le saisit de la pointe d'une fourchette, et l'avala tout rond.


Ma sœur et ma mère vinrent à leur tour me rejoindre, une assiette dans la main chacune. Elles semblaient enjouées :


– Tu es si généreuse ma petite chérie, me dit ma mère en peinant à masquer les larmes de joie qui parlaient sur ses cils, je n'en attendais pas moins de toi !


Je hoquetai misérablement. Un autre œuf s'écrasa avec un bruit désagréable sur le parquet, et je laissai échapper un gros rot. Ce fut ma sœur qui s'en empara :


– Après qu'il est passé dans ton ventre il a un petit goût de fruits de mer ! Super ! J'adore !


Je commençais à me sentir vraiment mal, d'énormes gouttes de sueur roulaient sur mon front. Les œufs que je régurgitais devenaient au fur et à mesure de plus en plus gros, et j'appréhendais la taille maximale. Soudain, je sentis un relâchement ; ce qui allait venir était tout petit.


Je crachai : plus de « sploc », pas d'œuf au plat. Ce qui venait de sortir d'entre mes lèvres était un petit scarabée luisant. Dégoûtée, je toussai, et donnai à la bestiole quatre petits compagnons. Puis, un plus gros vint à son tour s'ajouter à la bande. Et ainsi que pour les œufs, au fur et à mesure, la taille augmentait, augmentait, jusqu'à ce que j'entende craquer ma mâchoire sous la force d'un énorme scarabée de sept centimètres de hauteur.


À terre, la bouche désarticulée comme celle d'un pantin, j'observais ma mère chasser les insectes en mangeant son œuf au plat, puis me regarder tout à coup en demandant :


– Tu serais pas malade toi ?


J'acquiesçai avec peine. J'avais la gorge desséchée, je voulus demander un verre d'eau mais ma bouche ne répondait plus.


– T'es coincée hm ? reprit-elle avec justesse. Bon, je suis pas capable de remettre ça en place toute seule, on va aller faire un tour chez le médecin.


Elle me porta jusqu'à la voiture, et m'attacha bien serré. Puis, elle m'amena chez le docteur, qui eut tôt fait de me remettre les os en place, et, pour me féliciter de n'avoir pas pleuré, me proposa quelques gâteaux.


De n'avoir rien mangé de sucré depuis plus de cinq ans, je fus comme folle à la vue des biscuits. Je m'emparai du plus gros, et le mangeai comme une affamée.


– Vomir des cafards, c'est un signe de possession vous savez ? dit le docteur à ma mère tandis que je bâfrais sans l'écouter.

– Alors quelle est la solution monsieur ?

– Un bon médecin remédie au mal avant même de l'avoir expliqué aux familles !


Il brandit alors à bout de bras le paquet de gâteaux dans lequel il m'avait fait piocher, et sur lequel il était nettement inscrit « GÂTEAUX EMPOISONNÉS ». Je sentis mon sang se figer dans mes veines.


– Oh, alors merci docteur, pour nous avoir libéré de cette malédiction à venir ! s'écria ma mère, et elle baigna de larmes de reconnaissance les mains du bienfaisant médecin.


Puis elle arrangea ses cheveux, remit son sac en place et s'en retourna chez nous, tandis que j'agonisais, sous l'œil du praticien qui se délectait d'avance du nouveau corps sur lequel il pourrait expérimenter, pas possédé pour un sou puisque je n'avais pas vomi de cafards, mais bien des scarabées.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   socque   
28/1/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'aime bien l'ambiance familiale déjantée, mais trouve la fin en queue de poisson.
Déjà, pour moi ce n'est pas cohérent qu'après avoir régurgité des œufs la gamine recrache des scarabées... Certes on est dans l'absurde, mais j'apprécie qu'il y ait une logique interne, et là je ne la perçois pas, j'ai l'impression de quelque chose d'arbitraire : pourquoi des scarabées ?
Ensuite, la fin tourne vraiment court pour moi : on va voir le toubib, il empoisonne la narratrice, voilà c'est fini. Et il y a toujours le problème technique d'une narration à la première personne, au passé, où la narratrice meurt.

Bref, l'ambiance est sympathique mais à mon avis le texte n'est pas assez fouillé, n'installe pas avec assez de rigueur un univers cohérent.

   Anonyme   
14/2/2012
Commentaire modéré

   Anonyme   
14/2/2012
 a aimé ce texte 
Pas ↓
Je suis déçu à la lecture de ce texte, parce qu'il ne va pas au fond des choses tout simplement.
L'utilisation de l'absurde et du loufoque est une bonne idée, mais les personnages n'ont pas de cohérence propre au sein du texte, ils semblent posés là comme ça et servir de simple support à la narration. C'est dommage, je pense qu'en creusant plus l'histoire serait bien plus passionnante.

   alvinabec   
14/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,
L'écriture, maîtrisée, est bien dans le ton du récit. Le rythme est bon.
L'idée est excellente, ces faveurs accordées aux uns plutôt qu'aux autres bien vues. Néanmoins, le traitement qu'en propose votre texte me semble un peu bâclé, davantage de progression dans le déroulé de l'histoire serait sans doute un plus.
Et la chute, presque en opposition au texte, est à revoir.
A vous lire...

   brabant   
15/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour M-arjolaine,


Je ne sais pas s'il faut chercher une explication à ce texte qui échappe à tout entendement à partir du moment où l'aînée des enfants se met à vomir.

La situation de départ est déjà pour le moins hautement incongrue, se nourrir d'oeufs au plat devant logiquement mener à un décès précoce.

Puis il semble que l'auteur, satisfaisant à une plume qui s'emballe, se fasse plaisir, ne se fixant pas de barrières, nous emmenant dans un délire surréaliste.

C'est sans doute parce qu'elle se fait plaisir que ce texte se lit sans déplaisir.

D'ailleurs dans sa folie il a sa logique interne. L'aînée vomit d'un trop plein d'oeufs, la mère peu digne n'est pas indigne car elle décide de la faire soigner. Puis la logique menée à son extrême limite finit par déraper si l'on tient compte d'une certaine morale, mais pas dans l'absolu.

Diverses symboliques pourraient être étudiées avec intérêt :
- les cafards régurgités en rapport avec la possession diabolique.
- l'oeuf symbole de vie réduit en bouillie.
- le scarabée symbole de vie dans l'Egypte antique. D'ailleurs c'est quand le dernier scarabée quitte le corps de la fillette que celle-ci "meurt".
- le cannibalisme.
- le médecin démiurge.

Ce texte est placé sous le signe des transgressions... histoire de se moquer des sens textuels et de ce que l'on pourrait appeler le sérieux.

Je joue le jeu mais me contente de subodorer l'omelette sans en manger. Grillerais bien un scarabée néanmoins...

   jeanmarcel   
15/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Le style est agréable, plutôt maitrisé, mais l’histoire part en vrille, comme si l’auteur ne pouvait pas la contrôler. Le récit oscille entre plusieurs genres : humour noir, fantastique, absurde, horreur, mais sans se fixer sur aucun d’entre eux. Le début du texte, jusqu’au vomi de l’héroïne, est réussi, il nous projette dans un univers étrange et puis, subitement, la magie n’opère plus : Déglutir des œufs, ça va, on est dans le tempo mais déglutir des scarabées, là on ne comprend plus. Soit l’auteur est en panne et doit conclure en obtenant un texte court soit il doit creuser davantage pour tenir la distance. L’auteur a de bonnes idées mais oublie un peu le lecteur en route, comme s’il n’écrivait que pour lui, il doit partager davantage. Un texte à retravailler.

   aldenor   
16/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J’aime dans les nouvelles de M-arjolaine l’unité du style, la suite dans les idées. Surréaliste, sinistre et provoquant. Et puis répétitivement, le monde de l’enfance et une intrigue minimale, juste une situation et quelques images fortes. Pour moi, il se dégage de tout cela une impression d’authenticité.
Je relève une note d’humour absurde, avec le médecin qui confond cafard et scarabée... Et la symbolique homogène de l’œuf et du scarabée : L’œuf, la vie et le scarabée Dieu créateur de l’Egypte ancienne.
NB : larmes qui « parlaient » au lieu de perlaient…

   Anonyme   
22/2/2012
 a aimé ce texte 
Pas
Une toute petite nouvelle tendant bien plus à l'humour qu'à l'épouvante. Qui est ce Je? Tommy en petite fille ou une soeur jalouse le copiant en ces goûts culinaires? Pas clair du tout!
Jusqu'à l'apparition du médecin, j'ai lu une petite bluette familiale.

   matcauth   
25/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
bonjour,

j'aime assez le côté déjanté, c'est vrai, sauf que là c'est un peu dégoûtant quand même (à dessein, alors je devrais me taire!). Les personnages sont ignobles (la mère, le médecin), mais d'une façon rigolote et plaisante.

J'ai lu les autres commentaires et j'avoue être assez d'accord : la fin arrive un peu comme ça, on se demande où vous voulez en venir. C'est un peu la faiblesse de ce texte trop court pour que je puisse vraiment plonger dans l'ambiance, dans l'atmosphère de cette famille. Est-elle aussi loufoque que cette histoire ?

une dernière chose : je ne suis pas prêt de remanger des oeufs au plat !

   andadia   
5/3/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Je reconnais avoir été intrigué une fois le décor de jalousie planté. Je pensais que vous nous emmeniez vers une fin du type: après ce cauchemar je dois filer en classe. Fin qui n'aurait pas été satisfaisante. La régurgitation m'a vraiment " mis en appétit" de lecture, puis les cafards venant, j'ai pensé au délire, mais sincèrement la fin m'a laissé un goût d’inachevé. Certes la morale n'est pas respectée et c'est un signe positif pour une fin inattendue, mais pas suffisant pour moi. Les pistes sont bonnes, même très bonnes jusqu'au gros cafard, à ce stade j'étais accroché à l'hameçon... et la ligne a cassé. j'aurai presque préféré de la part du médecin une prescription d'omelette au plat pour éviter la régurgitation de cafards, même si c'est un peu téléphoné.

   souchys   
14/6/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Ton texte m'a beaucoup plu !
D'accord, il n'y a pas vraiment de sens ... Et alors ?
Tout se que je sais, c'est que tu as réussi à me faire des grimaces et de grands sourires !

Et ça, ça m'a plu.

Ps: Je ne m'attendais pas à cette chute ! Bravo !

   Zalbac   
18/1/2013
 a aimé ce texte 
Un peu
Je n'ai rien contre "l'ab-surde" étymologiquement ce qui n'a pas de sens mais à mon gré, cela ne se commente pas sauf si l'absence de sens est compensée par un autre lien. La sonorité par exemple, les fameux "Abolis bibelots d'inanité sonore".
Le fait d'écrire, de mettre en place un texte, d'insérer des dialogues méritera toujours un "moyen" à mes yeux. Je n'en dis et n'en dirai pas plus à propos de cette catégorie de textes.

   Menvussa   
3/4/2013
 a aimé ce texte 
Un peu
C'est pour le moins un texte original, quoique il me souvient d'un conte où serpents et crapauds sortaient de la même manière.
Cela se lit sans effort, on a hâte de connaître la fin peut-être un peu banale.

   carbona   
4/9/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour,

Votre texte n'a guère eu d'effet sur moi. C'est dommage. Je ne saurais trop expliquer pourquoi. Un développement un peu rapide peut-être, on aimerait peut-être aller plus loin dans le vomissage de scarabées avant de switcher sur le docteur désireux de faire des expériences. Oui, tout ça va peut-être un peu trop vite, une impression de survoler les faits sans saisir véritablement la contenance du récit, sans y percevoir une véritable intrigue.

J'ai plus l'impression d'une blague ou d'une petite histoire qui fait peur qu'on se raconte entre gosses le soir sous le lit quand les parents sont couchés (à l'exception de la chute).

A vous relire.

   Ananas   
13/2/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Re-bonsoir,

J'ai apprécié cette courte histoire dans son ensemble. Le sujet et la manière de le traiter m'a ici aussi (j'ai lu le Vampire juste avant) déroutée. Caractéristique de l'auteur qui n'est pas pour me déplaire.

Par contre, la simplicité ici me dérange un peu.
Le style est trop épuré. Attention, un style épuré n'est pas dérangeant en soi. Mais les dialogues par exemple sont vraiment pauvres, ce qui en mon sens nuit au texte, lui retirant l'impact qu'ils auraient pu avoir s'ils avaient été plus travaillés.

*Je fais une parenthèse, je pense que la première intervention de la mère contient une coquille sur le larmes de joie qui parlaient sur ses cils, perlaient ne serait pas plus approprié? *

Ma mère, également, ou le mot mère en soi, revient trop souvent.
D'autres petits détails me chiffonnent, comme le fait que la narratrice "commence à se sentir vraiment mal" après quelques oeufs régurgités, alors que dès le départ, elle n'a pas vraiment l'air d'être au top de sa forme d'après ce qui en est écrit.

Un texte un rien maladroit donc, un rien trop vite expédié, bien que le format court ici aussi se prête parfaitement à l'exercice.

La chute, souffre en soi du même souci d'expédition, mériterait d'être un peu plus aboutie, car c'est à nouveau dans cette dernière que réside le réel intérêt du texte.

J'aime assez, cependant, le côté résolument synecdoque du travail de l'auteur. C'est quelque chose d'assez difficile à maîtriser, et il ne manque pas grand chose en définitive, pour que je sois convaincue.

Merci pour votre univers. Et pour la lecture.


Oniris Copyright © 2007-2019