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Réalisme/Historique
Manonce : Le naufragé [concours]
 Publié le 02/02/09  -  18 commentaires  -  5242 caractères  -  74 lectures    Autres textes du même auteur

Il voulait découvrir le monde.


Le naufragé [concours]


Ce texte est une participation au concours nº 8 : Les brèves d'eau (informations sur ce concours).



Nous sommes en 1816, le 17 juin. Bientôt je prendrai la mer sur une frégate du roi. Je pars à la découverte du monde.


Pour l’heure, sur le quai, mes sœurs me serrent dans leurs bras, mouillant mon col de leurs larmes.

Miguel promet à mon père de me protéger des dangers du voyage. J’en ris, arguant avec fierté qu’il me fait injure de penser qu’allant sur mes vingt ans, je suis incapable de me défendre seul.

Miguel est mon ami. Mon père le tient en grande estime et n’a consenti à me laisser partir que parce qu’il m’accompagne.


Je n’ai jamais navigué et bien qu’une traversée sur une frégate du roi n’ait pas de quoi m’inquiéter, une certaine appréhension me tiraille l’estomac. J’aperçois sur le pont Hugues Duroy de Chaumareys. Sa prestance m’enchante faisant tomber instantanément toute réticence à monter sur la frégate.

Le commandant a le port de tête altier de ceux qui savent mener des hommes, il nous conduira au Sénégal sans encombre. J’espère secrètement pouvoir converser avec lui au cours du voyage.


Durant la traversée, à la suite d’une causerie avec des marins plutôt remontés contre Chaumareys, Miguel me rapporte que s’il a bien le titre de commandant, il lui manque l’expérience qui sied à la fonction et que, comble de malhonnêteté, il se refuse à le reconnaître. Malgré ces propos alarmants, je reste confiant. Le colonel Schmaltz, futur gouverneur du Sénégal, aurait-il accepté d’embarquer avec sa famille sans prendre les renseignements qui s’imposent ?


***


Le deux juillet, la plainte sinistre de la coque frottant sur le fond, les secousses du bâtiment ajoutées aux cris d’un marin terrorisé « Nous touchons ! Nous touchons ! » me glacent le sang. Je me retrouve sur le pont aussi vite que je le peux pour constater que malgré les voiles gonflées nous ne bougeons plus. La marée est haute pourtant, le vent remarquable, les vagues portantes… L’effroi me gagne en voyant les lames déferler sur tribord. Je me défends toutefois de céder à la panique et porte mon regard sur le capitaine. Déjà il s’active à l’avant, donne des ordres aux marins pour arracher la frégate aux sables. Nul doute qu’il y arrivera, il est fort d’expérience.


Le cinq juillet, trois jours après l’échouage, le navire est à l’agonie. Les canots en nombre insuffisant, nous embarquons sur un radeau construit à l’aide de planches que nous avions en cale. Cent cinquante personnes s’entassent bientôt sur cet îlot de bois tellement chargé qu’il nous faut rester debout de l’eau jusqu’aux genoux.

Allons-nous survivre ? Beaucoup en doutent, nous sommes trop nombreux sur cette plate-forme flottante, tellement nombreux qu’il n’y a pas eu de place pour y mettre des vivres. Les canots devront nous ravitailler.

Les chaloupes contenant les passagers de marque nous remorquent. Debout au centre du radeau, entouré d’autres corps, il m’est impossible de suivre les opérations mais j’ai le sentiment que l’effort est vain. Les marins à côté de moi maudissent ouvertement notre capitaine. Une mer agitée nous malmène, nous obligeant à nous tenir les uns aux autres. Par chance, j’ai à portée de main un cordage que je serre fermement tandis que Miguel m’agrippe par la ceinture.


Lorsque, de nuit, les cordes sont coupées entre les chaloupes et notre radeau, j’approuve Chaumareys contre l’avis des autres. Notre esquif surchargé n’est pas profilé pour être tiré sur une longue distance. Le plus urgent est qu’un canot gagne la côte pour nous envoyer assistance.


La nuit qui suit est cruelle pour vingt d’entre nous qui se suicident en se jetant à l’eau. Ils ont perdu espoir. « De la place gagnée ! » persifle un marin. J’acquiesce en silence sans pouvoir regretter cette funeste pensée. L’eau douce et la nourriture manquent atrocement, le soleil et le sel brûlent nos chairs. Il nous faut tenir coûte que coûte. Fidèle à l’idée que j’ai de la nature humaine, je suis persuadé que des secours viendront.


Huit jours plus tard, nous ne sommes plus que quarante. La moitié d’entre nous, témoins ou acteurs des pires horreurs, sont devenus fous. Je suis faible, peu préparé à me battre aussi Miguel a dû défendre ma vie à plusieurs reprises. Pour ne pas renier le peu d’humanité qui reste en moi, je me refuse à manger la seule viande disponible qui sèche au soleil.


J’ai accepté l’inexorable. Si mes forces déclinent, paradoxalement je me sens maintenant incroyablement bien. Allongé, les yeux clos, toute souffrance physique ayant disparu, je pense d’abord aux miens puis à ce continent devenu inaccessible. Bientôt j’appartiendrai à cette mer que j’ai combattue depuis tant, tant de jours. Je finirai sûrement dans le ventre d’un requin et de mille créatures peuplant les plus hauts fonds.

Alors que j’atteins des limbes floconneux, j’ai la vision du monde étrange que je vais découvrir et, le sourire aux lèvres, je me laisse aller.


***


Le Brick l’Argus retrouva le radeau de la Méduse le 17 juillet. Sur les quinze naufragés secourus cinq périrent dans les jours qui suivirent.



 
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   jensairien   
2/2/2009
un peu bâclé cette description de naufrage. Pas vraiment à la hauteur du drame. Sans grande consistance. Trop vite écrit j'imagine.

   Malka   
2/2/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
En commençant ma lecture, je suis restée sceptique. J'avais tord. En si peu de mots tu arrives à recréer l'évènement, l'atmosphère, à donner de la consistance aux personnages (vu la limite de caractères donnée en consigne, ce n'était pas si facile).... J'ai vraiment accroché et apprécié ma lecture.

   Anonyme   
2/2/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une idée originale.
Le style "journal de voyage" est tout à fait adapté.
J'aime.

Si ce texte gagne il faudra le saluer par une sonnerie de trompettes (de Géricault)

   Anonyme   
2/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonsoir Manonce. La tragédie de La Méduse en 5000 caractères... J'en reste médusé ! Ceci dit, plaisanterie mise à part, tout y est, et même un lecteur n'ayant pas connaissance de ce drame ancien, est à même de le comprendre grâce à ce texte que je trouve fort bien écrit ! Alexandre

   Nongag   
2/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Avec peu de mots, une ambiance est rapidement créée. J'étais avide de savoir la suite. Une réussite considérant le peu d'espace (nombres de caractères) disponible.

Bon travail, écriture fort adéquate qui raconte simplement les faits. Ceux-ci sont habilement mêlés à l'imaginaire de l'auteur.

   Flupke   
2/2/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Incroyable mais vrai. Juste au moment où j'allais ouvrir ma grande gueule pour me plaindre de la crédibilité de la narration, boum ! Coup de marteau sur la tête, je me fais cueillir par la chute et la révélation finale de la dernière phrase. Très fort. Je googlise, je wikise et j'applaudis.
Bravo. Bien écrit et très instructif. Merci !

   widjet   
2/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
C'est clair que l'auteure n'avait pas trop le choix que de faire des coupes. Alors, oui ça manque inévitablement de "viande", bref de consistance. Mais Manonce (qui écrit peu, hélas) manie bien la plume et ses facilités tirent cette nouvelle vers le haut. Une réussite dans la forme, et moi, la forme je trouve ça assez essentiel.

Widjet

   macalys   
3/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Le début m'a accrochée, j'adore les récits d'expéditions lointaines des temps anciens. D'ailleurs tu arrives assez bien à recréer une atmosphère XIXè dans ton texte. Je pense pourtant que tu aurais pu aller encore plus loin.

Mais malheureusement, la suite est beaucoup trop elliptique. On passe d'un évènement à un autre, tu n'as pas le temps de bien décrire les sentiments du personnage, de l'équipage. Je pense que dans ce sens, le choix de ton sujet n'était pas adapté à la contrainte des 5000 caractères : il aurait fallu bien plus développer. En tout cas, je reste sur ma faim.
Un petit exemple :
La moitié d'entre nous, témoins ou acteurs des pires horreurs, sont devenus fous : Ah oui ? Et comment ? Pourquoi ? Quand? Qui ? Qu'ont-ils fait ?

Un autre détail m'a gênée : on sent que tu t'es documentée sur le sujet, et c'est tant mieux, mais ta documentation apparait parfois dans ton texte de manière assez maladroite :
- Durant la traversée, à la suite d'une causerie avec des marins plutôt remontés contre Chaumareys, Miguel me rapporte que s'il a bien le titre de commandant, il lui manque l'expérience qui sied à la fonction et que, comble de malhonnêteté, il se refuse à le reconnaître : plutôt que de le dire, il aurait mieux valu montrer l'inexpérience du commandant, la mettre en scène, ou que Miguel raconte une anecdote.
- Cent cinquante personnes s'entassent bientôt sur cet îlot de bois. Pour une fois, la précision nuit à la description : tu ne fais pas un récit historique, mais ton histoire est romancée, et je ne pense pas que ton héros se soit amusé à compter les personnes sur le radeau.

Donc en bref, je suis déçue car on sent un grand potentiel dans ce récit, non exploitée malheureusement à cause de la contrainte des 5000 caractères et quelques maladresses.

   Faolan   
4/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
La première lecture m'avait laissée une bonne impression mais en seconde, j'ai remarqué quelques répétitions en début de texte (frégate, commandant) et 2-3 incohérences (corrige-moi si je me trompe)

- s’il a bien le titre de commandant, il lui manque l’expérience qui sied à la fonction... puis, plus loin Nul doute qu’il y arrivera, il est fort d’expérience. On parle bien de la même personne ?

- le suicide dans l'eau me laisse perplexe... comment ont-ils fait ?

Un texte qui a du potentiel mais qui aurait valu d'être étoffé.

Bravo pour la documentation en tout cas !

Merci

   Ephemere   
3/2/2009
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour, la Méduse, je l'ai sentie assez vite, dès le radeau et j'ai vu le célèbre tableau. Je n'ai jamais plongé sur l'histoire ni dans le naufrage, c'est raconté de trop loin. 5000 caractères, c'est court, d'accord mais il faut s'adapter, se centrer sur l'important, la vie sur le radeau par exemple.
Il est expérimenté ou non ce capitaine ?
Le style est simple, auxilliaires "être" (8 fois), lourd parfois, "pour l'heure", "qu’il me fait injure de penser qu’allant", "laisser partir que parce qu’il", "maintenant incroyablement bien" (que d'adverbes).
Une phrase qui ne veut pas dire grand chose : "Fidèle à l’idée que j’ai de la nature humaine, je suis persuadé que des secours viendront." La bonne volonté n'est pas suffisante pour retrouver un radeau en pleine mer ; Déjà avec les hélicoptères... (mais ils avaient pas encore le gazoil à l'époque). Dans le contexte historique, que ferait ce jeune homme ? Prier bien sûr !
C'est une magnifique histoire peu rendue, dommage, où l'eau est peu mise en évidence, une vague ou deux, la soif.
Le final est sobre et bon.
FMR

   Anonyme   
3/2/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un récit pas désagréable du tout à lire.
Primo l'eau est très présente (notamment par son absence à la fin).
Secundo: narrer en moins de 5000 mots un des plus célèbres naufrages est un exercice périlleux, mais réussit ici avec un certain talent.
Tertio: la forme est parfois lourde, ampoulée, mais je me suis laissé prendre au jeu malgré quelques lourdeurs.

Bref, un bon texte.

   Menvussa   
4/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un radeau coté à l'Argus.

J'imagine difficilement ce radeau avec tous ses hommes debout, de l'eau jusqu'au genoux, cela me semble plus que instable... C'est que ça manque de quille un radeau...
Où se trouve donc Géricault, sur l'Argus ou sur un des cannots ?

Notre narrateur fait-il partie des dix rescapés ou ce récit nous parvient-il d'outre-tombe.

Bien écrit, l'eau est présente, envahissante mais spectatrice plus qu'actrice.

   marogne   
4/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
je n'ai pas accroché à la forme, qui n'est ni un journal (que l'on aurait pu retrouver), ni un récit à posteriori, ni une histoire racontée par un omniscient.... Est-ce que c'et celà qui m'a empéché de ressentir une quelconque émotion? Peut être.

En considérant ce que Géricault a fait de cette tragédie, on regrette encore plus, à la fin, le traitement de l'histoire.

   Bidis   
5/2/2009
L’action est bien menée, on est pris jusqu’à la fin. D’autant que je ne connaissais pas du tout l’histoire du radeau de la méduse (je me souvenais juste du tableau de Géricault). Dans un premier temps ce texte me plaisait bien, même si je trouvais quelques petites lourdeurs dans l'écriture.
Hélàs pour Manonce, je suis une Googelophile impénitente et ce que j’ai lu de ce drame est tout de même beaucoup plus intéressant et plein de péripéties que ce que l’auteur ici en raconte… C’était pourtant une très, très, très bonne idée. Mais au lieu de résumer les faits en les tronquant nécessairement pour les faire tenir dans 5000 signes, je trouve qu’il aurait été plus ingénieux de ne prendre qu’un petit moment sur le radeau, par exemple quand les survivants se nourrissaient des cadavres de leurs compagnons (miam…).

   melonels   
5/2/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très beau texte, un style limpide (comme de l'eau) qui donne envie de poursuivre la lecture.
En effet le sujet est si vaste que 5000 caractères sont trop peu, cependant si j'avais eu des coupes à faire c'est dans le début que j'aurai tronçonné pour m'attarder sur les conditions de survie et la psychologie des naufragés.

   guanaco   
7/2/2009
Tout a été dit sur la forme et le fond. Il est vrai que les 5000 car nuisent à la portée du récit.
L'écriture, elle, m'a beaucoup plu. La lecture est très agréable.
Merci.
Guanaco

   David   
12/2/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Manonce,

Je connais le tableau, il est célèbre, je sais aussi que ce fut un naufrage idiot, absurde, alors le choix du héros est assez bon je trouve, un tout jeune homme idéaliste. Le ton est juste pour l'époque, le non-dit équilibré à mon goût, bravo !

Et puis, 42ème nouvelle de ce concours sur l'eau, enfin une histoire de marin !

   Ariumette   
22/2/2009
D'abord félicitation d'avoir relevé le défi de ce concours !
Mon avis : Une histoire que je ne connaissait pas et qui est très bien racontée ! Il m'a juste manqué un petit quelquechose pour m'attacher vraiment à ce jeune homme... Désolé je ne saurais dire quoi...

Pas de note cause concours


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