Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Forums 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
marogne : Béatrice
 Publié le 18/06/10  -  12 commentaires  -  15162 caractères  -  86 lectures    Autres textes du même auteur

On ne sait pas si c’est la première ou la cent unième, mais ce que l’on sait par contre, c’est que la version qui nous est parvenue est la deuxième.


Béatrice


On ne sait pas si c’est la première ou la cent unième, mais ce que l’on sait par contre, c’est que la version qui nous est parvenue est la deuxième. Elle n’a pas eu l’heur non plus d’agréer à la censure, et ce malgré le choix d’un thème plus léger, l’amour explique plus aisément les débordements. On la croyait perdue, mais une copie a été trouvée récemment dans les combles d’une villa de Florence. Elle était en très mauvais état, mais nous avons pu en reconstituer la majeure partie. C’est celle-ci que nous vous proposons.


Philolastro prit immédiatement la parole, et d'un ton plaisant commença à raconter.

Le dicton dit que quand on laisse entrer le ver dans un fruit, c’est toute la récolte qui peut être gâtée, mais on oublie d'ajouter que cette maxime s’applique aussi aux agissements de nos congénères. J’en voudrais pour preuve l’histoire véridique que je vais vous conter, mes chers et nobles amis, me soumettant ainsi aux désirs de notre souveraine. Cela s’est passé dans le comté de Brignoles, petite ville de Provence qui est surtout connue pour la saveur de ses prunes. Il était une jeune fille de bonne famille, aux mœurs douces, et respectée par tous. Sa mère était morte peu de temps après sa naissance, et son père, riche marchand de la ville, avait reporté tout son amour sur son unique enfant. Il la chérissait comme le plus fameux trésor. Elle se nommait Béatrice, et sa beauté était connue de toute la cité. Ses boucles blondes tombaient en cascades sur ses épaules blanches comme le lys, et sa figure au teint de rose, rehaussée de rubis et de saphir, était la plus charmante chose au monde. Elle se vêtait sans ostentation, mais toujours avec des étoffes qui faisaient ressortir sa taille fine et ses formes admirables. Très pieuse, elle suivait assidûment les rites de notre Sainte Église, et en particulier ne laissait pas passer un jour sans se rendre à l’église Sainte-Madeleine pour y assister aux vêpres. Elle était accompagnée de sa servante, Philomène, une paysanne qui avait été sa nourrice, et qui depuis n’avait jamais quitté la maison de son père. Pour son malheur, elle passait alors quotidiennement devant un estaminet de mauvaise réputation, qui était tenu par un homme de bien basse condition. On y voyait pratiquement tous les jours la jeunesse la plus vile s’y rassembler pour y boire quantité de vin et chanter des airs que la morale réprouve.

Amour est parfois fantasque, et fait fi des convenances. Voilà qu’un jour, alors qu’elle se rendait au saint office, un certain Armando, jeune homme de noble extraction, mais qui avait fait preuve de tant d’intempérance qu’il avait été renié par sa propre famille, la croisa alors qu’il rejoignait ses compagnons de débauche. À la vision du délicieux spectacle qu’offrait la demoiselle, il sentit en son cœur une envie irrépressible de l’avoir sienne. Le vin aidant, il se retrouva à parier avec ses complices qu’il se ferait aimer d’elle avant l’été. Conscient que sa condition actuelle ne lui permettrait pas de l’approcher, il se mit à la recherche de quelque stratagème pour arriver à ses fins. Il était si sûr de ses charmes qu’il pensait pouvoir la réduire facilement si seulement il avait l’occasion de pouvoir lui parler. Il s’en ouvrit à un sien ami, Domenico, un homme de peu, mais qui avait l’honneur de connaître la servante de la belle. La beauté ou la sincérité des sentiments ne vont pas toujours avec un esprit vif, et ayant été informés de la naïveté de la belle, ils résolurent d’inventer une histoire qui toucherait son cœur généreux.

Ils convinrent de faire passer Armando pour le fils d’un noble marchand marseillais. Celui-ci aurait fait faillite suite à un revers de fortune. Une cargaison d’épices, qu’il avait fait acheminer depuis Constantinople par un armateur génois, aurait été capturée par des pirates vénitiens. Le père était parti à Venise, si connue pour ses mœurs procédurières, pour faire valoir ses droits. Ses affaires étaient en bonne voie d'après ses missives, mais elles prendraient du temps. Son fils, ayant rapidement épuisé le capital qu’il lui avait laissé, dut quitter précipitamment la cité phocéenne pour fuir son logeur qui voulait recouvrer ses créances avec l'aide de la force publique. Il était venu dans la ville de Brignoles, où un sien cousin pourrait l’héberger quelque temps. Mais il devait se cacher pour ne pas se faire reconnaître. Il restait le plus souvent dans le jardin de la maison de celui-ci, mélancolique dans l’attente de jours meilleurs, méditant sur la beauté des fleurs. Très pieux, il n’avait pu se résoudre à ne plus suivre le saint office, et avait pris la décision d’assister tous les jours aux vêpres dans la même église que Béatrice, demeurant tout au fond pour ne pas attirer l’attention. C’est alors qu’il était en train de prier, qu’un bruit lui fit lever la tête et croiser le regard de la jeune fille. Il y reconnut tant de bonté et de piété, qu’il en conçut le désir de pouvoir converser avec elle sur les choses de la foi. Mais il fallait être prudent, et pour ne pas attirer l’attention, il lui proposait de se rencontrer dans le jardin dudit cousin.

Vous me direz, nobles amis, que la ficelle était grosse, mais Domenico en entreprit la servante, et en peu d’efforts la convainquit de s’en ouvrir à sa maîtresse. Quelques jours après, à la fin des vêpres, il se montra à elle dans ses plus beaux atours. La jeune fille était encore naïve, et déjà émue par l’histoire que lui avait racontée sa domestique, le trouva très bien fait de sa personne et homme honorable.

Ils prirent l’habitude de se saluer de loin dans l’ombre de l’église, mais Amour avait ajusté ses traits, et bien vite elle céda à sa servante et concéda de le rencontrer en son jardin.

Cela se passa au début du mois de juin. Il faisait déjà chaud dans les rues de la cité, et la plupart des habitants se tenaient à l’abri, protégés par les murs épais de leurs maisons. Armando l’attendait assis sur un banc, à l’ombre de pins remarquables, dans une attitude de recueillement. L’air était encore embaumé du parfum des roses qui avaient été coupées quelque temps auparavant par le jardinier. Le tableau était admirable, et la jeune fille rosit quand il leva la tête vers elle, un charmant sourire éclairant son visage. Ils parlèrent longtemps ce premier jour, en tout bien tout honneur, des tours que la Fortune pouvait jouer aux gens honnêtes, et du réconfort que les âmes pieuses trouvaient dans le Seigneur.

Après cette première rencontre, ils prirent l’habitude de se voir presque tous les jours, en ces lieux calmes et retirés. Aux joies de la conversation, bientôt vint s’ajouter le plaisir d’être ensemble. Le premier baiser qu’Armando osa fit rougir la jeune vierge, mais en même temps elle sentit une chaleur inconnue parcourir tout son corps. Mais cela ne dura que peu de temps, et c’est avec gourmandise qu’ils se retrouvaient à l’ombre des grands arbres pour se donner l’un l’autre tout le plaisir qui sied à la jeunesse, et faire dévotion à ce saint Cloître que Dieu a confié aux hommes.

Armando avait gagné le pari qu’il avait fait, et bien s’en vanta auprès des ses amis, moquant la candeur de Béatrice. Ceux-ci, du même acabit que ce brigand sans foi, résolurent de s'amuser de lui. Un jour qu’ils les savaient tous les deux dans le jardin, occupés à travailler leur champ, ils y firent venir sous divers prétextes, le père de la jeune fille et le seigneur du lieu. Devant le spectacle qu’ils découvrirent, ils furent un moment sans voix. Béatrice réalisa aussitôt dans quel déshonneur elle avait fait sombrer sa famille, et se jeta aux pieds de son père bien-aimé, mouillant de ses larmes le bas de son habit dans lequel elle avait enfoui sa douce figure.


- Oh, mon père, quel déshonneur par ma conduite je vous cause. Toute la faute m’incombe, et je vous supplie de me punir de ce forfait par votre main même. Je ne mérite plus de porter votre nom, et seule la mort pourra effacer les torts que je vous ai causés.


Celui-ci avait déjà sorti son épée quand Armando se leva, et s'interposa entre le père insulté et sa fille. Il plaida, avec le peu d’honneur qu’il lui restait, pour blanchir son amante. Il dit le pari qu’il avait fait et le stratagème utilisé, il invoqua la naïveté de la jeune enfant et sa bonté de cœur pour expliquer qu’elle lui avait offert son bien le plus précieux.

Le père, qui aimait sa fille plus que ses yeux, fut ému par les pleurs de celle-ci, et reconnut bien facilement que c’était le jeune homme qui devait l'avoir, par des manigances diaboliques, conduite en erreur. Reportant son courroux sur lui, il renonça au châtiment suprême pour sa fille, et l’envoya pour toujours dans le couvent de La Celle. Celui-ci, situé à quelques lieues de la ville, était connu pour la sévérité de sa règle, et la droiture de la mère supérieure. Quant à notre brigand, il fut condamné à cinquante coups de bâton, et dut passer quelques mois dans la prison du comté.

Malgré cette triste conclusion, l’histoire ne s’arrête pas là. Armando, dans son cachot, se prit à rêver des délices de Béatrice. De son côté, la jeune fille, sous le coup de la honte et de la colère de s’être laissée abuser, et comprenant que ce qu’elle prenait pour de l’amour n’était qu’une passade pour son amant, redoubla d’ardeur pieuse, et accueillit la réclusion du couvent comme un chemin de joie. Elle s’acquittait de toutes les tâches qu’on lui confiait avec dévotion et abnégation. Mais le temps passant, et malgré les mortifications qu’elle s’infligeait, elle pensait de plus en plus souvent aux doux moments passés avec son amant, et, chose horrible pour elle, elle savait que c’était plus sa chair que son cœur qui dans ces moments-là réchauffait son âme, au point de faire apparaître sur son visage devenu terne par les privations quelques rougeurs.

Armando n’eut de cesse de trouver un moyen de rencontrer Béatrice. Il lui était impossible de passer les portes du couvent, même pour simplement s’entretenir avec elle. Il se devait d'arriver à contourner ce qui protégeait les pucelles de la vie profane. C’est grâce à quelque forestier rencontré lors d’une nuit de débauche, qu’il eut connaissance d’une porte secrète. L'édifice avait été construit au pied d’une colline escarpée, et donnait sur une vaste plaine. Il n’y avait pas de moyen de le protéger efficacement en cas de troubles, et on avait ménagé en son arrière un passage qui permettait de l’évacuer. Celui-ci donnait dans un amoncellement de rochers duquel on pouvait gagner une forêt profonde. C’est lors d’une pause pendant laquelle il s'était éloigné de ses compères pour boire son vin en cachette, que le bûcheron avait trouvé derrière un groupe de grosses pierres, ce qui ressemblait à l'entrée d'un tunnel. Il avait osé emprunter le conduit humide sur lequel elle donnait, et il s’était retrouvé dans un coin du jardin du couvent. Contre quelques verres de vin, il accepta d’en dévoiler le chemin à Armando.

Il y alla plusieurs jours d’affilée, restant à l’abri des buissons, espérant voir apparaître l’objet de ses désirs. C’est ce qui arriva un jour du mois de mai. Béatrice était sortie ce jour-là pour couper quelques roses afin de décorer l’autel de Marie. Il osa, alors qu’elle passait sur le chemin, juste séparée de lui par une haie de lauriers, la héler. De surprise, elle laissa tomber ses fleurs, et était prête à se sauver quand elle le reconnut. La peur laissa bien vite place au plaisir, et elle se jeta sans retenue dans ses bras, la privation lui ayant instillé dans le sang le goût de l’amour. C'est avec les plus doux baisers du monde qu'ils se séparèrent après avoir couru ensemble quelques lieues.

Ils se retrouvèrent régulièrement dans le jardin du couvent, goûtant sans retenue leurs plaisirs d’antan.

Cela ne fut pas sans apporter des changements dans l’attitude de Béatrice. Si elle avait été jusque-là très réservée, passant la plus grande partie de ses journées priant sous les voûtes de l’église, on la vit de plus en plus souvent sortir dans le jardin. Elle retrouva aussi son teint de rose, alors que les privations et la réclusion qu’elle s’était infligées l’avaient rendue blême. Elle retrouva l’entrain qui avait été le sien.

Ces évolutions ne purent qu’intriguer ses congénères qui décidèrent de mettre à jour son secret. Ainsi, il ne leur fallut pas longtemps pour percer son manège, et pour assister aux ébats des amants. D'abord choquées par ce qu’elles voyaient, elles ressentirent bientôt une certaine chaleur dans leur corps qu’elles n’avaient jamais connue. Étonnées, elles furent bientôt curieuses, et sans savoir pourquoi, jalouses. Elles n'eurent de cesse de trouver un moyen de connaître les mêmes plaisirs que Béatrice. C’est ainsi qu’elles vinrent la trouver un soir après l’office, lui promettant le secret sous réserve de pouvoir, elles aussi, connaître l’amour d’Armando.

Si au début le jeune homme ne put que louer sa bonne étoile, elles montrèrent rapidement qu'elles étaient bien portées à savoir moudre plus que les autres, et l’appétit des nonnes vite l’épuisa. De plus en plus souvent, il les voyait déçues, et par peur de représailles, car la femme, mes chères amies, peut être redoutable dans ces cas-là, il leur proposa de faire venir quelques amis de confiance. C’est ainsi que les jardins de ce couvent résonnèrent de soupirs que l’on entend habituellement plus dans les chambres des auberges que dans des lieux dédiés au recueillement et à la prière.

Mais tout ce manège finit par intriguer un très saint ermite qui habitait une grotte qui surplombait le chemin qu’empruntaient maintenant tous ces brigands pour aller honorer les jeunes recluses. Redoutant quelque œuvre du malin, il alla s’en ouvrir à la supérieure. Mieux instruite des choses de la vie que le vieil homme, elle décida de faire surveiller son établissement. Elle fut si choquée de ce qu’on lui apprit, qu’elle résolut de faire intervenir la garde du roi pour que cesse ce désordre, et pour que les coupables soient châtiés. Bien mal lui en a pris, car si effectivement les brigands furent sévèrement punis, Armando fut roué en place publique et ses camarades bannis, le couvent, lui, fut fermé, et toutes les nonnes envoyées de par le royaume expier dans la solitude les égarements de leurs corps.

C’est ainsi que par la seule présence dans cette sainte assemblée d’un fruit qui avait été touché par un ver, toutes ces vierges ont été à jamais souillées, et seront condamnées aux flammes éternelles. Le Malin a réussi à leur corrompre le cœur, et à les reprendre à celui à qui elles avaient fait vœu de consacrer leur vie. Que cette histoire serve à nous protéger de l’œuvre du Malin qui guette sans arrêt toute occasion de semer le désordre et le mal dans les affaires de la cité.

Toute la compagnie rit beaucoup de cette nouvelle. Sans doute certaines un peu plus fort que ce qui n'eut été convenable, mais c’était pour dissimuler quelques rougeurs qui étaient apparues sur leurs beaux visages lors de certains passages de l’histoire de Philolastro.

La reine remercia chaleureusement le jeune homme pour son à-propos, et comme convenu donna la parole à Amandine.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Anonyme   
31/5/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte que je qualifierais de « gentillet » comme le veut le genre. Pas tout à fait un conte pour enfant, pas tout à fait autre chose. Bien écrite (j'allais dire bien narrée) cette nouvelle, gentes dames et gentils damoiseaux, se laisse lire sans déplaisir.

   Maëlle   
2/6/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Agréable à lire, même si pour une fois je trouve qu'il manquerait un saut de ligne (pour séparer l'exposition du début du récit). L'introduction est fumeuse, autant dire franchement de quel texte on s'inspire.
Par contre, le père qui menace de tuer sa fille, je ne vois pas à quelle époque. La marier et la déshériter, ou l'envoyer au couvent, oui. La tuer... c'est plutôt le sort des épouses.

   florilange   
2/6/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Le style n'est pas mauvais du tout, qui veut nous faire croire à un langage venu tout droit du latin par de drôles d'inversions :
- "... quel déshonneur par ma conduite je vous cause."
- "... au point de faire apparaître sur son visage devenu terne par les privations quelques rougeurs."
Le vocabulaire est en général bien choisi.
Le fond de l'histoire est amusant, sans doute, quoique pas neuf.
Maintenant, on attend l'histoire que contera Amandine?

   LeopoldPartisan   
11/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voilà un texte ma fois fort bien tourné quoique je soupçonne l'auteur de ne pas entièrement condamner, la conduite réellement inconvenante de cette Béatrice qu'il aurait fallu au moins rouer comme son amant ou pire encore la brûler dans la cour où elle entraîna ses consoeurs à commettre le mortel péché de chair.
Heureusement sa morale sur la perversion, nous ramène sur le chemin du bon sens. Cinquante coups de bâtons ce n'est vraiment rien pour un pareil crime, me suis-je dis à la lecture de la première peine. Comme j'avais raison, c'est à la question qu'il eut fallu le soumettre et à la poire d'angoisse, comme avec le débauché Villon. Pareil traitement l'aurait au moins découragé de revoir cette créature à laquelle les sarrazins jusqu'au moins au 9ème siècle se refusaient d'accorder une âme. Quel dommage que nos papes n'aient suivi ce précepte. (ceci entre nous, ne voulant de la Reine m'attirer le courroux).

   Mistinguette   
12/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une écriture un brin surannée qui m’a enchantée. Le charme désuet de cette histoire originale m’a également beaucoup plu. J’ai par contre trouvé superflu le prologue et pas compris l’utilité de la dernière phrase ; peut-être une subtilité m’a-t-elle échappée…
Dans l’ensemble un très bon moment de lecture durant laquelle je n’ai pas relevé de maladresse, ce qui, s’il y en a, n’est pas évident, tant le style sort des sentiers battus (tout du moins à notre époque).
Merci à l’auteur pour cette immersion dans le passé et au plaisir de le relire.

   Flupke   
18/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Exercice de style parfaitement réussi. J’ai été ébloui par la forme, et j’ai de la poussière d’Atlantide plein les yeux.
Patrick Sebastien imite Boccace avec conviction. Bravo pour ta plume protéiforme.
Ça me rappelle une nouvelle de Tchekhov où les moines d’un monastère courraient à leur perdition.
Le style d’antan est fort bien imité et très agréable à lire. A tel point que quand j’ai lu, « de surprise, elle laissa tomber ses fleurs », j’étais en mode auto-correctif et je me suis dit qu’il y avait là erreur et que cela aurait du être « elle laissa choir ses fleurs ». Arf arf. (si si, c’est vrai)
Bien aimé l’expression métalangagière « elle lui avait offert son bien le plus précieux »
La dernière phrase m’enfouissa néanmoins dans la perplexité et m’empêchu de noter exceptionnel. La supprimer ou étoffer de manière plus claire si elle est vraiment nécessaire.

Merci pour cet excellent moment de lecture.

Amicalement,

Flupke

   Anonyme   
18/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai apprécié ce conte faussement moralisateur.

Le ton de la narration choisi correspond bien au thème, il reste cohérent tout au long de la nouvelle, ce qui est une réussite.

J'ai cru retrouver pas mal de références notamment dans le traitement du sujet, dans le choix des prénoms. (confirmée d'ailleurs par l'introduction finalement) Mais finalement cela m'a plus gênée qu'autre chose.

Mais au final un très bon moment de lecture, avec un sourire en arrière plan, une revisite intéressante.

   Selenim   
18/6/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Cette histoire a le charme d'antan, l'écriture précieuse de jadis et l'inamovible monotonie de naguère.

C'est vraiment le manque de surprise qui m'a ennuyé dans ce récit. L'ensemble de la nouvelle est monotone, il n'y a pas de rythme et encore moins d'accélération, de piques d'intensité. Oui, c'est un conte. Mais au regard du sujet traité, un conte pour adulte.

Il y a un travail minutieux sur le style pour coller au plus près aux legs des Perrault, Grimm et autres Andersen. Malgré ça, je pense qu'il y a encore du travail pour éviter quelques répétitions et alléger certaines phrases. J'ai trouvé le passage explicatif sur la fausse identité d'Armando assez pesant.

les rites de notre Sainte Église, et en particulier ne laissait pas passer un jour sans se rendre à l'église Sainte-Madeleine pour y assister aux vêpres.
Répétition

la réduire facilement si seulement
Beuh !

C'est vraiment dommage car sans cette densité étouffante, due en partie à ce ton monocorde, j'aurais mieux apprécié cet écrit à la morale séduisante. Et imaginer un bataillon de nones succomber aux plaisirs de la chair par pur péché de gourmandise et par vice de curiosité n'est pas pour me déplaire.

Je salue au passage l'auteur qui tente le coup du conte. Pas évident à traiter, ça mérite le respect.

Selenim

   caillouq   
21/6/2010
Peut-être que ce qui me gêne dans ce conte est sa trop grande proximité avec un conte du Decameron (me souviens plus du titre ...). Peut-être aussi est-ce le côté pastiche pour le pastiche, sans aucun trait qui fasse le lien avec notre époque – je ne parle pas d'anachronisme, mais juste d'un signe (style, point de vue, psychologie, autre) qui nous rappelle, à nous lecteurs du XXIe siècle, que ce texte a été écrit par un contemporain et pas, à l'adaptation en langage moderne près, par un quelconque de nos ancêtres entre 1400 et 1900. Il me semble que c'est la condition sine qua non pour se sentir un minimum concerné/touché: que l'auteur nous transmette quelque chose qui vient de lui (ce que Marogne sait très bien faire par ailleurs), et qu'il ne se cache pas complètement derrière un genre exploré depuis longtemps.
Mais bon, peut-être ai-je raté un truc.

Bof dekoikicause:
« Le premier baiser qu’Armando osa fit rougir la jeune vierge, mais en même temps elle sentit une chaleur inconnue parcourir tout son corps. Mais cela ne dura que peu de temps, et c’est avec gourmandise qu’ils se retrouvaient à l’ombre des grands arbres pour se donner l’un l’autre tout le plaisir qui sied à la jeunesse, » 
Pourquoi MAIS CELA NE DURA QUE PEU DE TEMPS ? C'est quoi CELA ? Le premier baiser ? Ou le temps des premiers baisers ? Ou autre chose ? La succession des deux phrases est un peu trop abrupte (et cet imparfait, est-il justifié cet imparfait ? Il me semble bancal à cet endroit-là. Ou alors c'est la répétition du « mais » ...) pour permettre une lecture fluide, et devrait pouvoir être clarifiée sans obérer l'ellipticité (délicate, charmante) du récit de la consommation charnelle ...

Bof ordre des mots un peu too much:
« au point de faire apparaître sur son visage devenu terne par les privations quelques rougeurs. »

   brabant   
26/6/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Casanova, Cagliostro, voire le divin marquis, tels sont les auteurs qui me viennent à l'esprit en lisant ce texte précieux, très habilement écrit, qui me fait également penser à la B D érotique type Erich Von Gotha.

La conclusion qui reprend le ver dans le fruit du début est habilement ménagée.


J'avoue ne pas lire sans un certain ennui distingué, compassé (?), ce type de littérature libertine, folichonne mais pas excitante pour un sou tant elle reste distinguée, maniérée, distanciée, pudique dans son dire. La périphrase y est un redoutable bain glacé, et l'on n'y jouit que par procuration et d'un air entendu, ce qui suffit à ôter l'essentiel du feu. Ceci est bien entendu inhérent au type de littérature en question (Sade et les autres m'ont toujours profondément ennuyé) et n'enlève rien à l'immense talent de cette nouvelle où vous faites preuve de virtuosité.


Je m'incline très modestement devant votre savoir-faire. Eussé-je préféré me raidir ? (oui, bof, je sais...) Je présume que cela n'était pas le but. Amour sous cape, Amour sous guimpe. Cela fut d'un temps et c'est ici bien rendu. Les audaces du XVIIIè nous semblent bien anodines.
Il est vrai que nous n'y étions pas.


Remarquable

Bon, je m'en vais lire votre forum. Espérons que je ne me suis pas trop ramassé.
Edit.: Le Décaméron. XIVè S... Il y a aussi les Contes de Canterbury. Ces récits moyenâgeux, pierres angulaires, ne mettaient-ils pas davantage en valeur le côté grivois de la chose ?
N'étaient-ils pas plus paillards ?
Bien sûr, ils étaient tout aussi malicieux.

   xuanvincent   
29/6/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
29 juin:
Après une troisième lecture de cette nouvelle, j'ai été sensible, davantage que la veille, au travail d'écriture : le style ainsi que le vocabulaire, à la manière d'une histoire d'une époque déjà ancienne, m'ont paru particulièrement soignés (pour cela, j'aurais mis un "Bien +").

Détails : comme dans de précédentes nouvelles, j'aurais par endroits omis la virgule (en particulier celles avant un "mais" et une partie de celles avant un "et"). Mais cela doit faire partie du style de l'auteur.


28 juin 2010
"Si l'histoire ne figure pas parmi mes préférées de l'auteur, je l'ai trouvée comme les précédentes dans l'ensemble bien écrite et elle m'a fait sourire par moments.

L'écriture de ce texte m'a paru soignée et la structure du récit réussi.

Ce texte, j'ai noté au cours de ma lecture, ne contient qu'un dialogue (ou plutôt un élément de dialogue puisque la réponse ne figure pas dans le texte).

Sur le fond, il m'a semblé que le récit ne manquait pas, sur une durée relativement courte, de rebondissements (au point qu'il aurait peut-être là matière à écrire une histoire sur une longueur plus importante).

Bonne continuation."

   silene   
29/7/2010
 a aimé ce texte 
Pas
Une variation de plus sur un thème on ne peut plus éculé. Quelques remarques sur le style, qui importe un peu, je crois : les concordances de temps ne me semblent pas très heureuses parfois, par exemple, au 3ème paragraphe, son fils....dut ; le plus-que-parfait me semblerait de meilleure venue. Je n'ai pas tout relevé, mais il y a d'autres cas.
Sur la forme, ma foi, c'est du français, ni très élégant, ni très élusif ; il me semble que lorsque l'on s'amuse à reprendre un thème dont la parenté avec le Décaméron crève les yeux, il est préférable de tenter d'en faire un morceau de littérature, ne serait-ce que pour contrebalancer la pauvreté du thème, outre son invraisemblance. Soit on est dans un certain détachement cynique, soit on joue sur les quiproquos et les sous-entendus. Là, ma foi, j'ai l'impression des Contes de ma mère l'Oie, en moins enjoué.
C'est qu'on ne voit pas très bien où vous voulez en venir ; ce n'est pas une dénonciation des turpitudes moniales, puisque la crypte ne regorge pas de squelettes d'enfançons. Pas non plus une remise en question historico-sociétale, qui montrerait les jeux de pouvoir patriarcaux, et la mise sous tutelle de jeunes menstruées, cependant désirantes. Qu'avez vous voulu réellement dire, à la fin ?
Je suis un peu, comme disent buveurs d'ale, so-so.


Oniris Copyright © 2007-2023