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Goldmund : La planche
 Publié le 20/06/10  -  23 commentaires  -  4127 caractères  -  315 lectures    Autres textes du même auteur

Elle, l’ "idée", l’unique réalité.


La planche


Le soleil en se levant inondait de ses lueurs pâles la vie délicate du petit jardin. Chatouillés par ses rayons, quelques brins d’herbe mouillés haussaient timidement leur tête végétale, un chêne au tronc noueux que colorait l’aube déployait - superbe - ses branches vigoureuses tandis que les tulipes, en formation serrée, se doraient l’étamine sous un ciel melliflu. Enfin, tout n’aurait été qu’ordre et beauté dans le petit jardin... s’il n’y avait eu la planche.


À demi-ensevelie dans un coin sombre, la planche attendait. Les visiteurs ne manquaient de louer le propriétaire sur le soin qu’il prenait à l’entretien des bégonias, à la taille des arbustes, à la vie simple et rangée des géraniums. On lui reconnaissait la main verte et l’œil sûr pour juger de l’exacte symétrie des plantations. Et cependant, il n’était pas rare que leurs regards se perdent un instant vers le coin le plus sombre du jardin, avec une fixité étonnante. En proie à un malaise qui ne durait que quelques secondes, confusément, ils devinaient quelque chose qu’ils ne pouvaient voir, avec l’attention d’un homme qui aurait oublié ce qu’il cherche. Le propriétaire ne semblait pas remarquer ce manège, ce qui ne l’empêchait, chaque matin, de rajouter une pelletée de terre sur la planche, par habitude. Cet automatisme remontait à si loin dans sa mémoire, qu’il ne pouvait avec la meilleure volonté du monde se rappeler du jour où, pour la première fois, il s’était retrouvé confronté à la planche. Elle avait toujours été là, enfin, il lui semblait : ce qui le confortait dans cette idée, c'est qu'il n'avait jamais vu de planche voyager d'elle-même. Il supposait donc que sa venue remontait à des temps anciens, peut-être avait-elle servi à quelque travail de rénovation avant qu’il n’emménage, peut-être l’avait-on oubliée, comme cela arrive couramment. C’est vraisemblable.


Plus il y pensait, et plus l’affaire lui semblait mystérieuse. Il se faisait un jeu, tous les midis, d’élaborer de nouvelles hypothèses, et ne sortait de table satisfait qu’après avoir bien pesé le pour et le contre. Il y réfléchissait avec tout le soin et l’application dont il était capable, c’est-à-dire faiblement, à l’heure de la digestion. Toute sa journée était structurée avec une rare précision autour de ce moment : ce temps était définitivement celui de la planche. Il la voyait en imagination, la soupesait, et parfois lui adressait la parole. C'est vraisemblable, répétait-il, sans grande conviction. Souvent, il était ébloui devant l’immensité de la tâche qu’il s’était proposé d’accomplir, mais il lui arrivait aussi de se demander si la planche existait vraiment, s’il n’avait pas fini par l’inventer à force de ressassement... En un mot, il se demandait si la planche était un piège. Il croyait alors ouvrir grands les yeux pour la première fois - cela se produisait tous les matins, à heure fixe, juste avant que le soleil ne se lève. Il prenait sa pelle, et dans le noir il retrouvait facilement l’endroit où gisait la planche, rassuré de la trouver là où il l'avait laissée la veille. Il versait un peu de terre avec une délicatesse extrême, comme on inhume un vieil ami, mais jamais plus d’une pelletée. D’ailleurs il savait que le vent la découvrirait avant la fin du jour. Bizarrement, cette idée avait quelque chose de rassurant...


***


Hier, en musardant entre les mots, au détour d’une consonance verbale et d’une tentative de correction, je me suis retrouvé dans le jardin. Je constate que la planche n’est pas au même endroit que dans mon récit et que le propriétaire me regarde. Comme je n’ai pas encore écrit ce qu’il doit faire, il reste là, perplexe, indécis. Soutenant du regard et la planche et mon livre. Une curieuse sensation exsude entre les lignes. J’ai beau tenter de supprimer la planche de mon récit, l’idée de la planche me toise goguenarde. Elle s’insinue dans l’herbe jaunie, glisse entre les branches mortes, contourne les mots, s’extirpe de la syntaxe, bouscule le raisonnement, brise la cohérence, pour s’imposer enfin victorieuse, souveraine, insolente ; Elle, l’ "idée", l’unique réalité.


 
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   Anonyme   
9/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte bien écrit. une langue fluide, le sens des mots, des tournures de phrases d'une extrême clarté.

Juste un peu court peut-être.

Cette planche serait-elle une planche de salut ?

   Anonyme   
13/6/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Au prime abord, j'aurais tendance à dire que c'est complètement tordu, du moins trop pour moi. En temps normal, j'aurai passé mon chemin et laissé à d'autres le soin de cerner ce qui, dans ce court récit, m'avait échappé, mais en fait il y a quelque chose là qui m'a donné envie m'attarder un peu, de comprendre plus en profondeur cette étonnante et (a priori très obscure) métaphore.

Alors j'ai lu et relu, avec beaucoup de plaisir d'ailleurs car c'est bien écrit. Je ne suis toujours pas certaine d'avoir totalement compris où l'auteur voulait en venir et, peut-être, est-ce mieux comme ça, mais cela m'a permis de m'arrêter un instant pour réfléchir alors , rien que pour ça, merci.

   placebo   
14/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
je suis allé voir dans le dictionnaire pour melliflu, et l'image me plait beaucoup.

à ma première lecture, '' l'unique réalité'' me semblait de trop. finalement, il va bien, et je vais expliquer pourquoi.

j'ai vraiment apprécié le texte, la première partie est très bien dans l'attente, la découverte d'indices, parce que correctement narrée. la deuxième est plus étrange, notamment le rapport fiction/réalité, mais explique la démarche.

cependant, j'ai l'impression que l'auteur est un peu trop pris dans son propre piège : l'idée est là, une planche. mais cette idée, à moins de la développer, est stérile. ce n'est pas un pivot autour de laquelle l'histoire va tourner, c'est un mur qui empêche l'auteur de penser à autre chose : il ne peut plus avancer.

voilà ce qui en résulte selon moi. je comprend donc mieux '' l'ultime réalité '' en y réfléchissant plus. le but de la catégorie est donc atteint, le lecteur va chercher à confronter cette idée à sa propre expérience, la forme est là : c'est un très bien pour moi.

bonne continuation

PS : l'obsession de la planche, ça change agréablement de celle de la drogue ou de l'amoureux...

   florilange   
16/6/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
L'idée fixe, oui. C'est amusant, cette histoire de musarder entre les mots. Envisager l'agencement d'un texte comme celui d'un jardin. Et puis le défaut, toujours là mais pas forcément à la même place. Faire et défaire, c'est toujours travailler et cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage, etc. C'est un auteur confronté à son travail d'écriture, ce jardinier.

   widjet   
20/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J’aime toujours autant découvrir des nouveaux auteurs. Et là, Eureka, la découverte est belle. Putain, ça fait du bien, je commençais à désespérer.

Je peux me tromper, mais je trouve qu’avec ce premier opus, l’auteur a déjà compris pas mal de choses. Déjà sur le fait de captiver son lectorat.

Pour preuve, le premier paragraphe est un « must » de « cliffhanger », une accroche des plus réussies. C’est déjà très bien écrit (sans chercher à en mettre des tonnes, une belle leçon à retenir) et c’est surtout bien pensé. Le début n’a l’air de rien, mais de par cette ambiance « florale », calme, paisible, aux couleurs délicates, cela produit une sorte d’apaisement qui abaisse naturellement la garde du lecteur. Et c’est là où la dernière phrase (toute simple, mais bien placée) fait mouche. Le contraste de celle-ci avec tout ce qui précède - description raffinée du jardin, je précise - est très réussi.

En tout cas, j’ai apprécié la manipulation.

Et puis, il y a la planche. Cette planche, cet objet inerte, à priori inoffensif apporte quelque chose de sombre, d’opaque, de mystérieux et ce durant tout le récit. C’est l’autre bonne idée de l’auteur, et surtout l’utilisation sobre, mais passionnant de cet objet.
Une planche, dans l’absolu, tout le monde sait ce que c’est. Et pourtant ici, grâce à la dextérité et au savoir faire de l'auteur, on a du mal à la définir, à se l’imaginer à se projeter son image dans notre mémoire (l’auteur ayant bien compris également qu’il ne fallait surtout pas la décrire). Et c’est justement cette crainte, ce malaise finalement (comme il est écrit dans le texte), cette incapacité à s’approprier cette image, à la maitriser qui rend cette planche si abstraite, si irrationnelle…. Et presque dangereuse. Car rapidement, au fil de la lecture, cet objet devient organique, vivant. Humain, allais-je dire. Avec cette planche, l’auteur en joue et joue avec une certaine perversité avec nos nerfs en la faisant vivre.

Le choix des phrases n’a rien d’hasardeux :

« À demi-ensevelie dans un coin sombre, la planche attendait »
« Il s’était retrouvé confronté à la planche »
« En un mot, il se demandait si la planche était un piège »

La planche n’est pas ce vulgaire morceau de bois. C’est un être menaçant, un adversaire.

On pouvait craindre un dénouement décevant. C’est tout le contraire qui se produit et c’est ce qui me fait dire que l’auteur a déjà du bagage littéraire et beaucoup de suite dans les idées. La fin est extra. Le virage est brutal, inattendu, mais bien fichu. On en revient aux affres de la création. A l’instar du personnage, l’auteur lui-même est pris au piège de cet objet dont il est le créateur, incapable de « tuer » le monstre qu’il a lui-même engendré.

Pas follement original, certes, mais sacrément bien vu.

Voilà un texte court (il le fallait), aux confins du fantastique, hypnotique, Lynchien.

Et bravo.

Widjet

   brabant   
20/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Goldmund,

J'aime beaucoup cette planche qui se retourne... contre le narrateur, (faussement) empêtré dans son récit. Idée à la fois brillante et décevante. Car j'attendais davantage de cette planche (plancha/mancha) aux mutiples possibilés, potentialités, laissées inexploitées.
Il fallait, à mon avis, du courage, pour sacrifier tant de pistes ouvertes (à grand renfort de rosée)... et renoncer à tout ce travail, toute cette construction d'approche.
Toutes les voies, toujours à mon avis, étaient ouvertes avec un texte ainsi campé.
Celle-là est brutale et donne l'impression de tourner court.
Du grand art évidemment, mais à manier avec parcimonie. Ne soyez pas votre propre lecteur jubilatoire, le commun des lecteurs est lectivore, et vous ne lui donnez que le fumet du plat concocté.

Style sautillant, distancié, délicat voire un rien trop aristocratique.
Avec un parfum de terroir, côté truffe.

ps: ce commentaire est à la fois admiratif et jaloux, ambiguïté fascinée.
Pour l'atmosphère, j'y vois un peu de Franz Hellens "Herbes méchantes", mais celle-ci me semble aussi un peu connotée Claude Seignolles "La Malvenue". Vous maîtrisez l'art de camper la nature et l'humus triomphants.

Bravo !

   Anonyme   
20/6/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Prise entre deux feux.

D'abord, le titre, court, me fait immédiatement (tant dans la brièveté que dans l'évocation du tout et du rien avec ce dernier) à ceux de Poe.

Ensuite le récit.
Bien écrit, dans le pur sens technique du terme. De longues phrases bien ponctuées et tout à fait compréhensibles (désolée je sais c'est surement évident à l'auteur mais beaucoup moins pour le lecteur habitué à... moins bien fini) et un style.
Style qui ne me convainc pas à cent% mais qui se tient.

J'aime bien cette impression que tente d'imprimer la narration : le narrateur perdu qui ne peut décidément penser qu'à cette planche.

Oui, un peu comme le nain de jardin d'Amélie Poulin.

L'idée est bonne vraiment.

Après je me suis moi-même perdu dans les moments de la journée qui n'en finissent pas d'être décrits... en fait je me demande si à force de vouloir parler de la planche sans vraiment nous en parler, l'auteur ne savait en fait pas trop quoi raconter...

Le fait de tourner en rond est une bonne idée.
Par contre je pense (avis personnel et argumenté uniquement sur le genre qui m'est familier puisqu'il est mon préféré) que ça manque un tout petit peu de personnalité. De risque.
D'originalité.

J'ai l'impression que le narrateur (pas l'auteur hein, le narrateur) n'a aucune vraie consistance. Ni dans le désarroi ni dans la peur ou en tout cas l'appréhension face au phénomène de la planche... qui ressemble au chat qui revient le lendemain matin.

Je m'attendais à plus d'angoisse, plus de haletance et je me retrouve devant un récit peu fourni, peu suspendu (entendons absolument aucune mise en suspense, aucune volonté de développer l'intrigue au delà de l'effleurement visuel), d'une banalité à pleurer... ce qui n'est pas une critique. Juste un constat.

Le texte est bien écrit, je le répète, je n'y retrouve aucune erreur à aucun point.

Mais ça manque d'âme... un peu à l'image du dernier texte de Miss Gavroche.
Un récit très scolaire, très littéraire et littéral (mon Dieu que la métaphore ne reste pas emprisonnée dans un texte aussi... plat???... du stricte point de vue de l'intrigue s'entend...) où je suis perturbée par l"absence de puissance émotionnelle.

Voilà.

Je voulais voir et lire, j'étais vraiment super curieuse... et j'ai donc satisfait un pan de ma curiosité. (surtout que je me lève tard le we et que j'avais été agréablement surprise par les notes apparaissant sur mon écran d'accueil...)

Un très bon texte donc, au niveau stricte de l'écriture.
Un texte moyen au niveau de l'impact qu'il aura eu sur moi .

Donc Goldmund, que vous le sachiez, l'appréciation qualitative c'est ce commentaire.
Ma note vous donne juste une indication sur l'effet qu'il m'a fait, aucunement sur les points purement "qualitatifs", et il y en a, de cet écrit.
Par contre, vu la qualité justement comparé à ce qu'on peut trouver ici, je peux pas noter sous Bien. Le moins tend vers le moyen, plus proche de mon ressenti.
Merci.
Bonne continuation, et avec curiosité pour vos prochaines publications.

   Selenim   
20/6/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Un texte champagne, avec trop de bulles et servi dans une flûte trop grande.

L'auteur a l'amour des phrases, la passion des mots. Il veut le partager, le faire savoir au détriment de son histoire. La beauté de certaines phrases n'arrive pas à faire oublier l'intrigue famélique.

La frontière entre poésie en prose et nouvelle est vraiment diaphane. Il aurait peut-être fallut oser le choix pour que ce texte puisse garder un équilibre.

Plusieurs phrases sont magnifiques, elles évoquent des images enchanteresses. Le problème, c'est quand l'écriture se fait moins précise, plus terre à terre, évoquant la basse réalité, je suis déçu. Comme vider un verre de Beaujolais après un Meursault.

Malgré la délicatesse de certains passages, j'aurai préféré plus de simplicité, surtout dans la structure même des phrases. L'auteur est doué, ses images sont belles naturellement. Inutile de verser dans la surenchère.

Une nouvelle, puisque s'en est une, ne peut être uniquement fondée sur la forme.

Selenim

   tibullicarmina   
20/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Non d'une planche! Je reste scié d'admiration devant la belle maîtrise littéraire de l'auteur. Et d'abord, bravo pour l'écriture, fluide, riche. Un détail: j'apprécie la suppression de la deuxième partie de la négation à certains endroits. "Les visiteurs ne manquaient...", "qu'ils ne pouvaient voir...", "ce qui ne l'empêchait..." : cela allège beaucoup. Pour autant, l'auteur ne systématise pas le procédé, mais en use avec bon goût.

Il me semble justement que le bon goût et la finesse sont les principaux atouts de ce texte. Le propriétaire comme l'écrivain tournent autour, non du pot, mais de la planche, se refusant à la considérer comme le simple objet qu'elle est. Ainsi livrée à elle-même, la planche acquiert vie et autonomie, elle prend vite des proportions fantastiques.

De par sa manière en effet, ce texte a quelque chose de fantastique: puisque l'auteur et son personnage évitent de fixer avec précision la nature de l'objet, toutes les hypothèses sont permises et l'on reste dans l'expectative. C'est bien ainsi que fonctionne tout texte fantastique, jouant sur l'ambigüité de la nature d'un objet, d'un être.

Pourtant, Goldmund sait ne pas tomber dans le piège du fantastique facile et bon marché. Le texte est prétexte à réflexion plus profonde sur le problème de la création littéraire, de l'imagination, de la connaissance: n'est-ce pas l'écrivain qui, donnant le jour à la Fiction, constate que cette Fiction prend la place du réel pour devenir la seule Réalité? Le texte est ainsi fondé sur un va-et-vient entre fiction et réalité: la planche semble d'abord réelle, bien réelle et l'évocation concrète et minutieuse du jardin et du jardinier nous induit dans cette pensée ; puis l'on se demande si cette planche n'est pas plutôt un objet "inventé" ; avant de remarquer que cet être de fiction s'insinue dans le réel jusqu'à devenir l'unique réalité.

En un mot, ce texte que l'on pouvait prendre pour une simple variation bien écrite sur un thème fantastique connu, est élevé à la fonction d'apologue. La densité propre à l'atmosphère fantastique comme à l'apologue est préservée dans un texte court: nouvelle qualité.

Bravo à Goldmund pour cette réussite, et merci pour ce bon moment dominical!

Edit.: Je signe des deux mains l'analyse très pertinente de Widjet!

   Anonyme   
20/6/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Que dire ? C'est très bien écrit ce qui n'est déjà pas mal, mais après tout, ça ne serait pas ici sinon. Mais le sujet, bien amorcé, me laisse sur la faim à la fin.
C'est pourtant amené intelligemment mais c'est peut-être un peu bâclé ou je ne sais pas mais, bref, j'ai été déçue.

   Anonyme   
20/6/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai beaucoup apprécié le style de ce court texte. Peut-être à certains moments l'écriture est elle légèrement trop précieuse (la suppression des pas dans les formes négatives est élégante mais elle perd de son charme à être trop répétée). En général un effet de style gagne à être utilisé de façon parcimonieuse.

Le premier paragraphe est vraiment très bien écrit, j'ai apprécié le clin d'œil et la chute de sa dernière phrase.

L'effet hypnotique du aux nombreuses répétitions du mot planche m'a agacée. Même s'il s'agit, compte tenu de la maîtrise de la langue par l'auteur, d'une volonté. J'aurais préféré qu'elle soit désignée par un Elle (d'ailleurs c'est ce qui est fait à la fin), elle en aurait gagné plus de personnalité.

J'ai aussi noté d'autres répétitions (petit jardin, coin sombre, vraisemblable), qui semblent vouloir marquer des enjambements (j'ai un peu de mal à exprimer mon ressenti ici) comme si l'auteur voulait montrer une pensée qui tournait un peu en rond, comme la journée du propriétaire d'ailleurs. Pour un texte aussi court, j'ai trouvé cela dommage même si j'ai encore cru y voir une intention.

Concernant le fond, les histoires d'écrivains qui se regardent écrire et qui en plus me prennent à témoin m'ont toujours un peu lassée. Donc ce texte ne fait pas exception à la règle sauf qu'ici j'ai été convaincue par la forme. Donc malgré les quelques réserves sur la forme que j'ai émises, j'aimerais bien lire d'autres textes avec un fond qui m'intéresserait plus.

Xrys

   Anonyme   
26/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai pu lire ailleurs que certains auteurs pouvaient être attendus au tournant. J'ai l'impression que cet auteur-ci l'était. En tous cas, par moi, c'est sûr, et c'est encore plus stressant (pour le lecteur que je suis; je ne connais pas le point du vue de l'auteur) concernant un auteur encore vierge de tout texte publié, par la peur d'être déçu.
Ici, ce tournant me parait très bien négocié et je ne suis pas déçu.

Les textes d'écrivains parlant d'écriture peuvent lasser. Difficile de ne pas y succomber, je le sais. Dans ce domaine comme dans les autres, tout dépend du traitement. Ici, le traitement fait que c'est réussi, et même intéressant au delà de la forme.

Que l'auteur veuille bien me pardonner (car il n'y peut rien... à moins que...), mais j'ai eu en tête une image obsédante qui a renforcé la lecture de son texte, une image qui me reste obsédante depuis mon enfance, depuis ce jour où j'ai vu ce film de Stanley Kubrick, l'image du monolithe dans "2001, l'Odyssée de l'Espace". J'ai vu ce monolithe dans le jardin. Question de géométrie semblable, peut-être. Je suis curieux. Est-ce un hasard ? Par défaut et dans l'attente, je suppose que oui.

Je suis impatient de la lecture du prochain texte de l'auteur... qui sera bien entendu attendu au tournant... mais gentiment, je précise :-)

EDIT: Qu'on me pardonne encore ! Mais j'ai du mal à ne pas le relever. Je ne peux m'empêcher, à la lecture d'autres commentaires, de constater que les ellipses de négation laissent rarement indifférent. Supprimez un "ne" et vous devenez populo. Supprimez un "pas" et vous devenez bourgeois, voire aristo. Précieux par l'avant, vulgaire par l'arrière. Dans un cas comme dans l'autre, la parcimonie semble appréciée. Restez dans la classe moyenne, que Diable !... ou alors cessez de nier !

RE-EDIT: Voici, trouvé sur Wikipedia : Le Littré donne « avoir du pain (cuit) sur la planche » avec la signification d’avoir fait son travail et pouvoir se reposer. La locution aura vu son sens s’inverser totalement.
Choisissez votre définition !

   alpy   
22/6/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Gollum, voici une courte mais belle entrée en matière. Suite à tes échanges sur le forum j'attendais de ton premier texte au moins autant de qualité sur la forme que ta grande gueule :) J'aurais été déçu autrement.

Le texte se lit facilement malgré quelques phrases plutôt longues et quelques répétitions pas vraiment gênantes. Le langage est fleuri et bien traité.

Concernant l'histoire, il y a une contradiction qui m'empêche de profiter du texte au maximum :

Tu commences par "Le propriétaire ne semblait pas remarquer ce manège, ce qui ne l’empêchait, chaque matin, de rajouter une pelletée de terre sur la planche, par habitude." à suivre par "Toute sa journée était structurée avec une rare précision autour de ce moment : ce temps était définitivement celui de la planche."
Soit c'est quelque chose de banale à laquelle il ne prête pas attention, soit c'est une obsession. Ca ne peut pas être les deux.
De plus, toi qui fais tant d'attention aux accords temporels, il n'y a pas d'inflexion. Cette obsession n'arrive pas en passé simple à un moment donné de la trame mais elle est en imparfait comme si elle avait été toujours là "Plus il y pensait, et plus l’affaire lui semblait mystérieuse. Il se faisait un jeu, tous les midis,... "

Dans un texte si court un tel contresens n'est que trop évident. Dommage parce que l'idée est sympa.

Au plaisir de te relire.

Alpy

   Flupke   
22/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte séduisant par son originalité.
Avec une transition moins nette, plus feutrée, on aurait peut-être obtenu quelque chose d’encore plus spectaculaire dans la lignée de "Continuité des parcs" de Cortazar, mais c’est quand même très bien ainsi.

En plus, c’est bien écrit et concis. Que demander de plus sinon d’en redemander ?
Bravo et bonne continuation sur Oniris.

Amicalement,

Flupke

   littlej   
23/6/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Que dire de ce texte ? c’est la question que je me pose.

Très, très déroutant à la première lecture, il mérite finalement qu’on s’y attarde, ne serait-ce que pour la qualité de l’écriture qui nous épargne un autre de ces traitements très « oralisés » dont sincèrement je suis gavé.

J’ai donc beaucoup apprécié le style, vraiment, des descriptions comme celles des premières lignes de cette nouvelle (la description du jardin donc) m’ont énormément manqué (je pense que je n’en ai pas vu semblables à Oniris depuis Le creuset de l’impureté de Selenim). Je tiens donc en premier lieu à vous remercier pour ça, avant d’aborder le fond qui est plus délicat…

Faudra m’expliquer quand même, mais j’ai beaucoup creusé, d’abord au forum, en épluchant vos interventions, et j’ai compris un peu la réflexion faite dans la nouvelle. Elle semble ainsi porter sur l’incompréhensibilité de la création, de l’ambiguïté, si j’ai bien compris, des mots et des concepts littéraires (ici bien évidemment la fameuse « planche »). Pourquoi « planche » ? Faudra m’expliquer ça aussi. Est-ce un mot totalement arbitraire (l’hypothèse pour le moment qui me convient car je n’ai aucune explication pour l’autre), ou un choix réfléchie, bien pensé, etc.
Il reste que c’est un texte intéressant mais finalement trop hermétique – trop intellectuel ? trop littéraire ? – toutefois le texte est dans la bonne catégorie, il n’y a rien à reprocher : mais c’est bien là pour moi le problème, le texte ne me fait pas vibrer, ne m’interpelle pas (ça ne traite ni de guerre, ni de drogue, ni de coupe du monde), bref un texte qui me laisse tout à fait de marbre.

Il me semble que le texte est une sorte de petite parcelle d’une fresque plus grande. Inutile donc de dire que j’attends le prochain texte avec impatience.

S’il n’y avait pas eu la forme, j’aurais définitivement passé mon chemin. Mais je ne peux pas… Car il y a la forme.

Je donne une note quand même qui est subjective , n’oubliez pas.

Merci tout de même pour cette lecture Goldmund.

j

   Anonyme   
23/6/2010
 a aimé ce texte 
Pas
Un style de qualité certes, c'est déjà bien ceci dit, puisqu'on en trouve pas si souvent de cette tenue. Une maitrise des mots de la structure, bref c'est agréable à lire.

Et c'est tout.

Pour moi du moins.

Parce que j'attendais de ce récit qu'il m'étonne, me surprenne, mais finalement comme un soufflet trop vite gonflé il retombe à plat très rapidement. C'est dommage parce que l'apparente banalité de l'objet planche ou de l'idée planche avait tout pour me plaire au départ. Le banal comme soutien de l'écriture est en effet toujours passionnant. Mais ce texte souffre justement d'un traitement qui l'est trop, banal. On sent derrière l'écriture, bonne je le redis, une envie de se référer à quelques grands anciens comme Kafka par exemple. Mais se référer à ne suffit pas malheureusement. Il faudrait développer plus votre propos Goldmund, parce que là vous survolez votre récit et il n'en reste que peu de choses.

Une autre fois?

   David   
24/6/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Goldmund,

Est-ce à voir avec un "mot sur le bout de la langue", peut-être une "idée derrière la tête", je n'irai pas jusqu'à un "polichinelle dans le tiroir" (c'est pas tout à fait ça, l'expresion).

Il y a un parallèle entre ce jardinier et cet écrivain, et malgré la catégorie, je ne peux m'empêcher de les regarder comme des personnages. Le plus drôle, dans le sens d'étrange et souriant, c'est la façon dont ces deux-là sont éloignés pour être finalement rapprochés. Le jardinier semble fruste, pas du genre à se poser trop de question, et pourtant il a des rêves, autours de cet planche, et même sa pelletée quotidienne semble faire partie de sa rêverie, comme si sa pensée s'exprimait bien mieux dans cet acte que dans de longues circonvolutions intellectuelles. Ce n'est pas le cas non plus de ce récit, les circonvolutions, bien que je le trouve un peu provocant de ce côté-là, mais il n'y a rien de "trop perché", ça parlerait de la génèse d'une "histoire", au sens littéraire, construite autour d'une absurdité arrivée là "on ne sait comment" mais dont la façon de l'intégrer à l'histoire donnera tout son sel à celle-ci, si je ne me trompe.

   Goldmund   
25/6/2010
Commentaire modéré

   caillouq   
28/6/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Passé le premier paragraphe au style un peu trop fleuri (sans jeux de mots !), pas assez naturel à mon goût, j'ai apprécié le côté Escherien de « l'intrigue ». Le dernier paragraphe est une vraie pépite. A la relecture toutefois, le côté affecté de l'ensemble prend le pas sur l'effet de surprise. En particulier le « Plus il y pensait, et plus l’affaire lui semblait mystérieuse. » marque un hiatus (à la fois narratif et stylistique – en fait, cette phrase me fait irrésistiblement penser aux livres d'Antoon Krings, tout comme «Les visiteurs ne manquaient de louer le propriétaire sur le soin qu’il prenait à l’entretien des bégonias, à la taille des arbustes, à la vie simple et rangée des géraniums ») dont je n'ai pas trouvé la justification dans ce qui suit. Au final, un exercice de style plaisant, mais dont les transitions pourraient être plus fluides.
A suivre (avec intérêt).

   Anonyme   
29/6/2010
Une écriture fleurie certes, mais une écriture. Parfumée, chargée, un parfum un peu lourd, capiteux, mais ça reste un parfum.

Un texte construit, avec des symboles. On les remarque si on prend la peine de lire avecc attention. La planche, mais c'est quoi la planche ?

" se rappeler du jour où, pour la première fois, il s’était retrouvé confronté à la planche."

"J’ai beau tenter de supprimer la planche de mon récit, l’idée de la planche me toise goguenarde. Elle s’insinue dans l’herbe jaunie, glisse entre les branches mortes, contourne les mots, s’extirpe de la syntaxe, bouscule le raisonnement, brise la cohérence, pour s’imposer enfin victorieuse, souveraine, insolente ; Elle, l’ "idée", l’unique réalité."

"ce temps était définitivement celui de la planche."

Et bien d'autres.

La planche, c'est tout, c'est rien, une obsession, un symbole, un sujet, un centre, une folie, ah une idée, ce n'est peut-être qu'une idée. Ou pas.

J'ai trouvé le texte intelligent.

   Anonyme   
4/7/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Euh... un peu trop abstrait pour moi.
La planche, son idée, sa présence fictive, relative, supposée, que sais-je encore, semble être une sorte de "prétexte" à figure de style... enfin, telle est ma perception en tous cas.
Bref, quoiqu'il en soit, même si j'ai trouvé le style précis et empreint d'une sorte d' académisme littéraire, moi je n'ai pas été du tout séduite.
Finalement, ce que j'ai perçu comme une tentative d'originalité, reste trop "contrôlé".
Il m'a manqué un brin de fantaisie, de laisser aller, au milieu de tant de perfection, cette planche, de salut ? de folie ? était pour moi une possibilité d'évasion vers quelque chose de moins parfait, et pour finir de moins lisse et... fade.

   zahra   
31/12/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Salut Goldmund.
J'ai lu ton texte que j'ai trouve magnifique. vraiment le style est digne d'un Maupassant. J'ai lu les commentaires aussi et je trouve que nos Oniriens font parfois trop de chichis. Je suis sure qu'ils trouveront a redire si on leur demande leur avis sur une des nouvelles d'auteurs universellement connus Poe, Maupassant ou autre.
Alors, Goldmund, je vous le redis solennellement, Moi, Zahra, Onirienne depuis peu, mais quand-meme que ta nouvelle est formidable.
Je pense que l'essentiel est maitrise: le style. Des idees , on a plein mais ce qui fait defaut assez souvent, c'est les mots pour les traduire.

   jfmoods   
30/6/2017
Le glissement de la narration omnisciente (paragraphes 1 à 3) à une narration interne (paragraphe 4) associée à la thématique de l'écriture et de sa maîtrise ("mots" x 2, "consonance verbale", " tentative de correction", "mon récit" x 2, "je n'ai pas encore écrit", "mon livre", "les lignes", "l'idée" x 2, "la syntaxe", "le raisonnement", "la cohérence") signale une mise en abyme du récit.

L'écrivain, qui structure un univers, est assimilé à un horticulteur expérimenté (construction à rythme ternaire : "le soin qu’il prenait à l’entretien des bégonias, à la taille des arbustes, à la vie simple et rangée des géraniums", imparfait de l'habitude : "On lui reconnaissait la main verte et l’œil sûr pour juger de l’exacte symétrie des plantations.") dont le jardin enchante le regard (jeu de personnifications : "Chatouillés par ses rayons, quelques brins d’herbe mouillés haussaient timidement leur tête végétale, un chêne au tronc noueux que colorait l’aube déployait - superbe - ses branches vigoureuses tandis que les tulipes, en formation serrée, se doraient l’étamine").

Dans ce monde si bien ordonnancé, la planche - qui donne significativement son titre à la nouvelle - apparaît comme l'élément discordant du décor. Si une explication réaliste est vaguement esquissée (discours indirect libre : "Il supposait donc que sa venue remontait à des temps anciens, peut-être avait-elle servi à quelque travail de rénovation avant qu’il n’emménage, peut-être l’avait-on oubliée, comme cela arrive couramment."), c'est la dimension fantastique de sa présence qui s'impose (personnification : "la planche attendait", gradation hyperbolique : "Il la voyait en imagination, la soupesait, et parfois lui adressait la parole", discours indirect libre et narrativisé : "il lui arrivait aussi de se demander si la planche existait vraiment, s’il n’avait pas fini par l’inventer à force de ressassement... En un mot, il se demandait si la planche était un piège.").

Que peut donc bien représenter cette planche que le visiteur du jardin, lecteur assidu de l'oeuvre, devine (litote : "il n’était pas rare que leurs regards se perdent un instant vers le coin le plus sombre du jardin, avec une fixité étonnante.") ? Que symbolise cet objet si familier (imparfait de l'habitude : "Il prenait sa pelle, et dans le noir il retrouvait facilement l’endroit où gisait la planche, rassuré de la trouver là où il l'avait laissée la veille.", comparaison : "comme on inhume un vieil ami") ? Qu'est-elle donc, sinon le livre à venir qui hante l'auteur (marqueurs temporels soulignant l'obsession : "Toute sa journée était structurée avec une rare précision autour de ce moment : ce temps était définitivement celui de la planche.", "Souvent, il était ébloui devant l’immensité de la tâche qu’il s’était proposé d’accomplir") ?

Merci pour ce partage !

   SQUEEN   
1/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Beaucoup aimé donc. Déstabilisée par la chute, tant mieux. La planche qui se mord la queue. Belle écriture très agréable, mais qu'est-ce qu'une belle écriture fût-elle agréable sans une bonne planche? Merci.


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