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Policier/Noir/Thriller
marogne : Chambre 321
 Publié le 21/04/08  -  9 commentaires  -  9946 caractères  -  21 lectures    Autres textes du même auteur

L'enfer, c'est les autres, sur l'île du docteur.


Chambre 321


Jour 1


- Chambre 321 ?

- Il n’a pas bougé de la journée, si ce n’est pour manger ; rien que de très normal pour un premier jour. Il a lu les consignes, et essayé de parler ; il recommencera je crois.


Jour 3


- Chambre 321 ?

- Il a essayé de quitter la chambre lorsque nous lui avons fait porter à manger ; mais il n’a pas été assez rapide. Il a tenté de parler, trois fois aujourd’hui, il est têtu. Nous devrons encore attendre quelques jours.


Jour 9


Il n’a pas bougé de la journée. Il a compris qu’il ne pourrait pas sortir, il n’est pas assez rapide. De toute façon, ils doivent être préparés à ce type de tentative. Il faut qu’il soit patient, il les aura à l’usure, il se sait fort, plus fort qu’eux.


- Chambre 321 ?

- Je crois qu’il a compris, il n’a rien tenté hier ni aujourd’hui. On peut passer à la deuxième phase demain.


Jour 11


Ils n’ont rien apporté à manger depuis hier ; il est tard, sans doute six heures du soir. Il est assis sur son lit ; il a faim. La colère monte en lui comme une marée inexorable. Il voudrait les avoir devant lui, il n’aurait pas besoin de parler pour leur montrer de quoi il est capable. Ce n’est que partie remise, partie remise….


Jour 12


Midi est passé, il le voit à la position du soleil à travers la fenêtre. La fenêtre ? Il n’a encore jamais essayé de voir où il se trouvait. Il se lève, quitte ce lit qui était devenu sa tanière, il a faim.


Il surplombe une petite place, en face de sa fenêtre se trouve un bar. Il a l’air de faire chaud. Ceux qui sont attablés à la terrasse, habillés comme lui, semblent boire une bière. Il veut sortir.


La porte était ouverte ! Le bâtiment est vide, il descend dans la rue et cherche où il pourrait manger. Personne ne semble le comprendre au bar, il a essayé de parler, et immédiatement la douleur, la douleur effroyable entre ses tempes. Il tente de communiquer par geste, on lui porte un verre d’eau, ce sera tout, dans un silence obsédant. Ils sont comme lui, soumis au même régime. Il a faim.


Il est six heures, l’horloge a sonné. Tous ses voisins se lèvent et descendent la rue. Il les suit. Ils pénètrent dans un bâtiment repéré par une enseigne de restaurant. À l’intérieur une grande pièce et des box, chacun avec un nombre. Il se dirige vers le 321, la porte s’ouvre quand il pose la main sur la poignée. À l’intérieur le dîner est servi.


Jour 17


Il a compris maintenant comment cela marchait. Tous semblent avoir peur de parler, de faire un signe de reconnaissance. Il a essayé, malgré les consignes, de toucher un de ses interlocuteurs qu’il maudissait intérieurement de ne pas répondre à ses signes. Il l’aurait bien étranglé ! La même douleur le saisit quand il faillit toucher son épaule. Cela aussi est interdit.


Cet après-midi, en proie à une colère inimaginable, il est allé à la plage pour la première fois. Quelques personnes étaient là, marchant sur le sable à la lisière de l’eau. Personne ne se baigne, c’est interdit. Il s’attarde un peu à la buvette, et se fait servir un verre d’eau. Bon sang ! Il a envie d’une bière !


Jour 21


Cela fait maintenant quatre jours qu’il passe l’après-midi à regarder les vagues. Il fait partie d’un petit groupe d’habitués qui feignent de ne pas se voir. Il en a remarqué un en particulier qui n’a pas changé de chemise depuis le premier jour, il a toujours une grosse tache verte sur le plastron. Cela l’étonne néanmoins. En y faisant plus attention, il lui semble que la scène qui se déroule devant lui est identique, point par point, à ce qui s’est passé la veille. Il essaye de noter quelques détails mentalement ; demain il vérifiera.


Jour 23


Il devient fou, ce n’est pas possible. Cela fait deux jours que la scène se répète pareillement, l’homme à la chemise tachée est imperturbable. Il a essayé de noter d’autres scènes, au bar, sur la place, au restaurant, tout semble se répéter tous les jours à l’identique. Et lui, que fait-il ? Est-ce qu’il est devenu comme eux, un légume mental ? Il décide de changer tous les jours maintenant, d’explorer le village qui n’a d’ailleurs pas l’air d’être trop grand. Il s’étonne de ne pas en avoir eu l’idée plus tôt ; c’est vrai qu’il n’a pas vu de gardien, il peut peut-être partir ? Partir !


Jour 84


- Chambre 321 ?

- Cela fait deux jours qu’il ne sort que pour manger. Il a fini d’explorer le village, et a compris qu’il n’y avait pas d’échappatoire ; il semble avoir renoncé.

- Pensez-vous qu’il soit déjà prêt ?

- Non, cela ne fait pas assez longtemps. Il va bientôt commencer à ressortir, rappelez-vous, et ensuite il désespérera, il faut attendre.


Jour 113


Il a couru toute la journée dans les rues du village, comme un fou. Il ne supporte pas cette indifférence. Et il ne peut pas la leur faire payer, il ne peut ni les insulter, ni les frapper. Il aimerait en tenir un dans ses mains, il n’aurait pas besoin d’arme, ses mains seules suffiraient. Il a essayé de nouveau de crier, mais il ne supporte plus cette douleur. Il a essayé de lancer des projectiles sur les autres, mais il n’a rien trouvé qu’il puisse utiliser à part le sable de la plage. Et pour le sable, ils font comme s’ils ne sentaient rien.


Il se demande s’il est le seul à se rebeller. Il a cru déceler chez certains des mouvements imprévus, mais jamais aucun signe de reconnaissance. Serait-il seul à avoir la force de volonté de vouloir se rebeller ?


Jour 154


Il ne mange presque plus. Il a cessé de compter les jours, il a la haine. Il a décidé de s’en payer un cet après-midi, tant pis pour la douleur. Il va essayer un costaud, pour le démolir. C’est vers quatre heures qu’il a retrouvé l’homme à la chemise tachée de vert à la buvette de la plage. Sans un mot, les dents serrées pour supporter la douleur qui va arriver, il se jette sur lui, les poings en avant. Stupeur, il l’atteint, pas de douleur cette fois, il le tape de toutes ses forces à plusieurs reprises, sur la face, sur le ventre, avant de se rendre compte qu’il est dur comme du marbre, froid comme l’acier. Ses mains sont en sang. C’est un mannequin !


Jour 178


- Chambre 321 ?

- Cela fait trois jours qu’il est dans sa seconde phase de refus. Les autres sont à peu près dans le même état. On va pouvoir passer à la phase trois.

- Attendons trois jours encore pour être sûr. Et ensuite, libre à eux.


Jour 184


Cela fait maintenant trois jours qu’il n’a pas mangé, et bu seulement un peu d’eau au robinet de la salle de bains. Il n’a plus envie de bouger, plus envie de revoir toujours ces mêmes visages, faire toujours les mêmes gestes, déambuler de la même façon, suivant le même itinéraire, tous les jours. Et être ignoré ! Tant de monde, tant de personnes qui feignent de ne pas le voir, il préfèrerait être seul. Il a les mains en sang à force de les frapper, mais il doit bien en avoir d’autres comme lui dans le village. Il va falloir qu’il les trouve, et alors il leur fera payer cette indifférence. Ils ne peuvent pas ne pas l’avoir remarqué.


Il est couché sur son lit, il sommeille, il fait chaud. Tout à coup une détonation le fait sursauter. D’un bond il se trouve à la fenêtre. Au milieu de la place, devant le bar, une forme gît par terre, du sang s’écoule de sa tête devant les mouvements indifférents de la foule. Une arme !


Il se rue sans réfléchir au bas de sa maison. L’homme est bien mort, c’est presque avec satisfaction qu’il vérifie que c’est bien un humain, il rit à gorge déployée, il regrette seulement que ce ne soit pas lui qui ait pu le tuer. Mais d’où vient l’arme ? Regardant autour de lui, il s’aperçoit avec horreur que tous portent maintenant un ceinturon auquel est fixé un revolver. Pourquoi pas lui ? Il s’élance vers sa chambre.


Après une recherche affolée dans les meubles de son appartement, il découvre enfin, bien en évidence dans le premier tiroir de la commode, un ceinturon, un revolver et une boîte de cartouches. Lui aussi pourra se défendre, lui aussi pourra se venger de tous les autres. Demain, oui demain sera un grand jour.


Jour 190


Cela fait presque une semaine que la violence s’est déchaînée dans les rues du village. Il avait cru être seul, foutaises, ils étaient nombreux comme lui, et dangereux. Il a compris qu’il devait être malin pour en réchapper, se comporter comme un mannequin, ne pas réagir aux provocations, repérer les autres, les hostiles. Il doit attendre qu’ils baissent la garde, et alors frapper. Il a décidé aujourd’hui d’exécuter le grand blond. Un malin que celui-là, il passe tous ses après-midi à la terrasse du café, un livre à la main. Mais lui il a remarqué que le livre changeait de temps en temps, il le lisait vraiment… Quel idiot !


Quand il a pointé son revolver sur le lecteur, l’autre l’a supplié, lui a reproché de se laisser influencer par le système, d’être un mouton. Il n’a pas réfléchi longtemps, pour qui se prenait-il ? Une balle a suffi. Mais, au même moment, son œil a perçu un mouvement de l’autre côté de la place, heureusement. Rapide, il a tiré en premier. Deux aujourd’hui, jour faste.


Jour 210


Il est resté toute la journée dans sa chambre. Le plaisir de la chasse s’est envolé. Il ne voit plus que des mannequins dans les rues, qui lui sourient toujours de la même façon. Est-il seul ?


Jour 230


Seul, peut être le dernier ?


Il ne supporte plus ces images animées, mortes même si d’apparence vivante.


Seul. L’enfer au milieu de la foule.


Indifférence.


Cela fait trois jours qu’il n’est pas sorti.


Jour 251


- Chambre 321 ?

- On l’a retrouvé sur la plage, près de la buvette, une balle dans la tête.

- Il a duré longtemps celui-ci. Il a presque atteint la durée qui lui aurait permis de ressortir libre. Tant pis. Pas assez costaud. On va pouvoir relancer une nouvelle fournée.


Montesson, le 14 avril 2008


 
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   Bidis   
21/4/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Début très prometteur. On est intrigué, absolument pris par l’intrigue…
J'ai l’impression bizarre d’être dans un de ces dessins d’Esher où des petits hommes tous pareils montent et descendent des escaliers sans début ni fin…
La chute me laisse un peu frustrée. J’aurais aimé plus d’explications.
Mais c’était un bon moment de lecture – avec cependant quelques petits hiatus :
- « Il se rue sans réfléchir au bas de sa maison » : « maison » détonne dans ce texte, car on voit les personnages dans des cellules toutes les mêmes, impersonnelles ; j’aurais préféré « bâtiment » qui fait penser à une caserne, à quelque chose d’anonyme. D’ailleurs, on dit « bâtiment » plus avant dans le texte.
- « Il surplombe une petite place, en face de sa fenêtre se trouve un bar. Il a l’air de faire chaud » : répétition peu heureuse du « il », même si le deuxième est impersonnel
- « La même douleur le saisit quand il faillit toucher son épaule » : on se demande un instant de l’épaule de qui il s’agit.
- « son appartement » : plus avant dans le texte il s’agissait d’une chambre
- « l’autre l’a supplié, lui a reproché de se laisser influencer par le système, d’être un mouton » : il y a tout à coup dialogue alors qu’il a été établi que les personnages ne pouvaient pas se parler

   strega   
21/4/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je commencerai par faire les mêmes remarques que Bidis, quelques incohérences qui font trébucher l'oeil parfois. Je ne vais pas les répéter.

Mais sinon, mon dieu que c'était bon, moi la paranoîaque voyant big brother à chaque coin de rue, j'ai été enchantée. Très bonne intrigue, dont la fin parait cependant courue d'avance, une fin tragique car connue finalement dès le début.

Il ne pourrait en être autrement. Vraiment bravo. La forme aussi, cette forme de journal de bord m'est particulièrement agréable.

Merci Marogne et encore bravo.

   Anonyme   
21/4/2008
Excellent !

Très bon rendu du conditionnement subi par un individu, où l'on voit qu'une autorité quelconque n'a finalement guère d'efforts à faire pour formater les gens dans le sens où elle le souhaite : ce sont les victimes elles-mêmes qui se chargent de faire en sorte de "ne pas sortir du rang".
Un "bête" exemple : le nombre incroyable de conducteurs qui respectent les limitations de vitesse juste par peur de se faire prendre et sans jamais se poser la question de la pertinence de ces limitations et/ou de savoir sur quels critères une limitation est appliquée à tel ou tel endroit.

Pour en revenir au texte, j'aurais aimé connaître la suite...

   widjet   
5/5/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je le sais déjà. Marogne a de l'imagination. Beaucoup. Et puis il écrit des choses différentes avec souvent une réussite à la clé.
Là il nous plonge dans un "no man's land" avec somme toute trop peu d'informations et un traitement qui pouvait être meilleur pour renforcer notre trouble. On aussi peut se sentir aussi frustré par ce dénouement un peu sec en informations (même si on peut quand même fonder quelques hypothèses).

Mais qu'importe ! Je lis trop peu de texte empreint de mystère où il est question d'aliénation, de conformisme (car au délà du traitement plutot "thriller" de la nouvelle, il y a je pense une critique du monde, de la société et de nous mêmes , suiveurs, "montons" que nous sommes...) alors je ne vais pas trop décortiquer cette histoire et la prendre comme elle est ; à savoir un texte, certes perfectible mais qui malgré tout m'a procuré du plaisir et qui témoigne avec évidence de la créativité de son auteur.

Merci Marogne

Widjet

   clementine   
22/4/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai lu très vite et j'ai vraiment apprécié.
Même si les remarques de Bidis sont (comme toujours) pertinentes, le récit nous capture jusqu'au bout sans faillir et ça c'est un signe.
Merci Marogne.

   Togna   
28/4/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Scénario original à l’atmosphère étrange. Je m’attendais à une confrontation psychologique entre individus à cause de « L’enfer c’est les autres » en incise qui m’a tout de suite fait penser à « Huis clos » de Sartre. Mais après, le rythme rapide et les scènes (volontairement ?) floues m’ont plongé dans l’expectative du dénouement.
Le fait de ne pas connaître la destination de cette formation cruelle ne m’a pas gêné. Je pense que la fin est bien adaptée au genre « nouvelle ».

   Anonyme   
15/5/2008
Correspondances prenantes dès le départ, ça semble familier sans vraiment l'être...

Malgré quelques petites incohérences déjà citées, j'ai apprécié le style et l'histoire.

ça me rappelle quelque peu une autre nouvelle qui se passe en prison...

Mets le pouvoir entre les mains de l'homme et il finit par tout détruire.

Merci pour ce bon moment de lecture.

   champagne   
16/6/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Le début m'a plu, ce qui m'a encouragée à lire le reste. seulement, + je lisais et moins j'étais captivée. Ce texte n'a pas retenu mon attention et je n'ai pas vraiment apprécié l'histoire. Je trouve les descriptions très brèves, les phrases un peu trop courtes à mon gout... Les sentiments du personnage principal ne sont pas assez profonds et pas assez décrits, juste évoqués.
J'aime bien l'écriture, les mots choisis, mais l'histoire ne m'a pas réellement emballée.

   xuanvincent   
21/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien
J’ai apprécié cette nouvelle, sous forme de journal à deux « voix », celle du narrateur et celle des geôliers.

L’idée m’a intéressée, le texte aussi.


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