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Réalisme/Historique
marogne : Invitation au voyage
 Publié le 27/12/08  -  9 commentaires  -  33243 caractères  -  79 lectures    Autres textes du même auteur

Un voyage d'affaires en Inde qui ouvre les yeux sur un autre monde...


Invitation au voyage


Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.


Xavier essayait vainement de se rappeler de qui pouvait bien être ce morceau de poème. Il ne se souvenait que du nom du dessinateur, Sempé, et de l’objectif un peu subversif de ce recueil de dessins dans lequel il l’avait lu. C’est néanmoins ce qui lui vint à l’esprit comme il passait l’entrée du fabuleux hôtel Taj Mahal dans lequel il allait passer les quelques jours de sa mission à Bombay.


Il avait été un peu surpris, sur le chemin venant de l’aéroport, de traverser des bidonvilles misérables, mais l’hôtel était conforme à l’image qu’il s’était fait de l’Inde de toujours, de ses maharadjahs et de ses palais. L’accueil de grande classe, fait par un groom au turban impressionnant, avait été un peu gâché par les mesures de sécurité auxquelles il avait dû se plier : nécessité de passer sous deux portiques de contrôle et de laisser des chiens tenter de détecter d’éventuels explosifs dans ses bagages. Il doutait d’ailleurs de leur efficacité vu la désinvolture égale des chiens et de leurs maîtres. Mais une fois à l’intérieur, les épais tapis, les meubles luisants polis par les ans, une chaude lumière tamisée, les costumes du personnel, une vague senteur d’ambre, des bouquets de fleurs rares, tous plus beaux les uns que les autres, tout témoignait du luxe de l’établissement et de sa splendeur orientale.


Cadre dans une société d’import-export de vêtements, il était venu pour conclure des discussions qui avaient commencé de nombreux mois auparavant. C’était son idée au départ, mettre en place une nouvelle plateforme d’approvisionnement de vêtements à bas coût qui seraient revendus au « prix du marché » à Paris. Ses collaborateurs lui avaient plusieurs fois parlé, lorsqu’ils venaient se plaindre de la façon dont les Indiens négociaient, des charmes du pays et de la douceur de ses habitants qui contrastait d’autant plus avec leur sens des affaires. Il fallait qu’il voie cela, et la cérémonie de signature était la bonne occasion de faire le voyage. Il avait choisi le plus bel hôtel de la ville, situé juste devant la « Porte des Indes », ce magnifique arc de triomphe qui aurait dû célébrer la puissance de l’empire britannique, mais qui était devenu le symbole de leur départ, la porte par laquelle ils étaient partis, ou avaient été chassés, abandonnant leur colonie.


En passant par les couloirs qui le conduisaient à sa chambre, il se crut dans un véritable palais tropical. Les ors et le pourpre des tentures faisaient un kaléidoscope de teintes tropicales, de riches plafonds et des miroirs profonds ornaient les grandes volées d’escaliers qui s’élançaient sous la coupole décorée de vitraux. Devant les portes des ascenseurs s’ouvraient un jardin intérieur au milieu duquel une magnifique piscine avait été creusée, et sur la surface de laquelle le soleil se reflétait. Quelques jeunes femmes y nageaient, pendant que des hommes d’affaires les regardaient en buvant un thé sous les palmiers, l’oreille collée au téléphone portable. Il fallait qu’il trouve le temps d’en profiter.


Dans sa chambre, des fleurs d’orchidée avaient été déposées dans de petites coupelles d’argent remplies d’eau claire. Une bouteille de champagne l’attendait, cadeau de la direction. Sa fenêtre donnait sur la baie. On aurait dit que des milliers de bateaux de toutes les couleurs, de toutes les tailles, y dormaient, attendant on ne sait quoi pour aller au bout du monde chercher de quoi assouvir les désirs des princes.


Il était encore tôt, et il aurait le temps, avant le dîner du soir chez le consul, de visiter les alentours du palace.



---



Il faisait près de trente-cinq degrés quand il quitta la fraîcheur de sa chambre en début d’après-midi. Il avait prévu, après une visite de la Porte des Indes, de remonter vers les quartiers « britanniques » dont l’architecture était louée dans les guides de voyage.


Elle le dépassa sans rien dire, juste un peu trop près peut-être, à la limite de le frôler. Il remarqua la beauté de son sari. Elle se retourna après quelques pas, elle devait avoir un peu moins de dix ans, et, avec un grand sourire, lui souhaita la bienvenue en Inde. Il était difficile ici de cacher que l’on était un étranger, cela ne pouvait qu’exciter la curiosité des enfants. Elle lui demanda d’ailleurs d’où il venait.


- Je suis français, j’habite à Paris.

- « Bonjour », c’est un beau pays la France. Vous allez rester longtemps à Mumbay ?

- Quelques jours seulement.

- Eh bien, je vous souhaite un bon séjour.


Il avait été surpris de son anglais, parfait, du moins pour le peu qu’elle avait dit. Elle avait même fait l’effort de prononcer un mot en français. Il était étonné de constater que malgré sa peau noire et brillante, son visage était tout à fait « occidental ». Elle devait venir du sud de l’Inde, sans doute dravidienne. Ce serait une belle femme, une très belle femme.


Elle marchait à quelques mètres devant lui quand soudain elle se retourna, comme si elle avait oublié de lui dire quelque chose.


- C’est la fête de Diwali demain, la fête des lumières. Je vais vous donner un cadeau, un bracelet de fleurs.


Et sans qu’il ait pu s’en défendre – et comment se défendre d’une si mignonne petite fille – elle lui noua autour du poignet une tresse de fleurs blanches et odorantes.


Comme il relevait la tête, il s’aperçut qu’une femme s’était approchée.


- Bonjour, c’est pour la fête de Diwali qu’elle vous a donné ce bracelet de fleurs. Il faut le porter toute la journée.

- Merci, c’est très gentil de sa part.

- Elle vous a fait un cadeau, vous devez vous aussi lui en faire un, c’est la coutume.

- …

- Mais il ne faut pas lui donner d’argent, non il ne faut pas.

- …

- Elle a faim, vous pouvez lui acheter un peu de lait si vous voulez.


Xavier avait enfin compris qu’il avait été manipulé, mais de voir l’enfant, d’un air suppliant, porter ses mains à la bouche pour lui faire comprendre qu’elle avait faim, il ne se sentit pas capable de partir en les laissant sur place. Autant leur acheter un peu de lait si elles pouvaient le mener dans un supermarché.


Le magasin était situé à quelques centaines de mètres de là. La femme lui donna une carte de visite la présentant comme vendeuse de vêtements dans un marché tout proche. Convaincu que la carte était bidon, et comme elle indiquait qu’elle parlait italien, il lui adressa la parole dans la langue de Dante. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle lui répondit dans une langue parfaite, bien meilleure que la sienne. Elle lui parla de Venise, de Naples, de Rome, de Milan, toutes villes qu’elle n’avait jamais visitées, mais dont elle avait lu la description dans ses livres d’école.


L’entrée du magasin était gardée par un vigile. Quand il vit Xavier s’approcher, il se leva pour signifier fermement à ses deux accompagnatrices qu’elles ne pouvaient pas rentrer. Il fallut qu’il intervienne pour qu’à contrecœur il les laissât passer.


Dès qu’ils pénétrèrent dans ce qui était une petite superette de quartier, la fillette se précipita vers les rayons de riz et s’empressa de prendre plusieurs paquets d’un kilo.



---



La maison du consul était située sur les hauteurs de « Malabar Hill », à une demi-heure de route du Taj Mahal. Le voyage depuis l’hôtel en taxi avait été exotique. Le conducteur avait dû se frayer, à grands coups de klaxons, un chemin au sein d’une multitude de véhicules, d’animaux, de personnes qui donnaient le tournis. Xavier se demandait à tout instant comment le chauffeur évitait les accidents, et priait pour que nul mal embouché ne s’offusque des manières du taxi, et ne le lui fasse savoir de manière brutale. Mais non, ils sortirent de cet amas humain et métallique sans problème, et, dès les contreforts de la colline, le calme remplaça le chaos.



Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.


Il fut accueilli par un majordome qui avait dû être formé au sein des plus grandes familles françaises. Le consul, qui voulait faire savoir qu’il avait été partie prenante à l’heureuse conclusion de cette affaire, avait invité Xavier, le président de la société qui allait lui fournir les vêtements, et quelques autres notables de la communauté française de Bombay. Un somptueux buffet était servi sur une terrasse qui surplombait la mer.


- Monsieur Lecomte, bienvenue à Mumbay ! Cela me fait très plaisir que vous ayez pu vous joindre à nous ce soir malgré la fatigue du voyage. C’est la première fois que vous venez dans cette ville je crois ?

- Merci Votre Excellence ; effectivement il s’agit de la première fois. Jusqu’à maintenant c’était mes collaborateurs qui étaient en charge des négociations, mais j’ai voulu venir moi-même pour la signature finale.

- Et ceci nous vaut le plaisir de vous accueillir dans ce magnifique pays, c’est parfait.

- Tout le plaisir est pour moi, et c’est un honneur que de vous rencontrer.

- Je crois savoir que vous n’avez jamais rencontré le président Nasrin ? Venez, je vais vous le présenter.


Ils se dirigèrent vers un petit groupe qui se tenait près de la balustrade.


- Monsieur le Président, puis-je me permettre de vous présenter Xavier Lecomte ?


Après quelques salutations d’usages, et tandis que les convives se déplaçaient pour se servir de mets succulents sous la surveillance attentionnée de serveurs de grande classe, la conversation s’orienta sur des sujets sérieux. Xavier voulait mieux comprendre la place de la religion et de la philosophie dans l’Inde moderne. Comment les fidèles pouvaient-ils se reconnaître dans les innombrables dieux, treize millions ! Étaient-ils tous considérés comme des Dieux, ou était-ce des représentations variées de la même essence divine ? Ses interlocuteurs, tous très cultivés, et heureux de pouvoir parler de ce qui faisait l’originalité de leur pays, accueillirent avec sérieux, et parfois avec amusement, les mille questions de Xavier. La conversation dura jusque vers minuit.


Le président Nasrin était jaïniste, et respectait toute expression de vie, de la plus sophistiquée à la plus simple. S’il ne portait pas de masque pour l’empêcher de tuer les moucherons en les ingérant par malchance, ni ne balayait devant lui pour être sûr de ne pas piétiner d’être vivant, il respectait une hygiène de vie stricte, en particulier quant à la nourriture.


Ce n’est qu’alors que les convives s’apprêtaient à partir, que le président aborda le sujet des affaires.


- Eh bien, nous allons demain conclure un bien bel accord, monsieur Lecomte. J’espère que ce sera le début d’une longue coopération bénéfique pour nos deux sociétés.

- Je n’en doute pas. Les discussions ont été longues, mais menées dans un vrai esprit de partenariat qui augure bien du futur.

- Oui, vous avez raison, et il faudra féliciter les équipes de négociation. Il y a encore quelques derniers détails à régler, mais cela ne devrait pas poser de problème. Vous savez, le prix des transports a augmenté en Inde, suite au renchérissement du pétrole, mais c’est une tendance mondiale, je suis sûr que vous le comprenez.

- Je crois que ces aspects ont déjà été discutés longuement, et dans le détail, mais je suis bien sûr à votre disposition pour clarifier certains points si cela est nécessaire.

- Oui, oui, nous verrons cela demain.

- Où sont situées vos usines de productions, elles ne sont pas à Bombay ?

- Non, à Mumbay la main d’œuvre est trop chère. Je préfère installer de petites unités dans des villages ruraux où nous avons une main d’œuvre jeune et abondante, et très bon marché…


Xavier fut un des derniers à quitter la résidence. Le consul l’accompagna jusqu’au taxi.


- Monsieur Lecomte, si vous me le permettez, je ne crois pas qu’il soit convenable d’évoquer avec vos partenaires la provenance des matières premières que vous allez importer. Dans ces villages, la pauvreté est extrême, les adultes doivent travailler la terre pour éviter la famine, ce sont surtout des enfants qui travaillent pour la petite industrie. Cela est nécessaire, mais délicat. Vous me comprenez sans aucun doute.

- Merci Votre Excellence, j’en tiendrai compte. Je vous remercie encore pour cette magnifique soirée qui m’a montré une image de l’Inde très différente de celle que j’ai eu l’occasion de voir cette après-midi dans les rues derrière l’hôtel. J’y ai vu des choses difficiles à supporter.

- L’Inde est multiforme, on y trouve les plus belles choses, comme les plus abjectes. Il faut accepter ce contraste comme les Indiens l’acceptent. La croyance en la réincarnation est un facteur qui permet d’accepter les choses comme elles sont. Même si on est aujourd’hui dans une caste inférieure, si on se comporte bien, on pourra dans la vie suivante être dans une caste supérieure, il ne faut pas sous-estimer cet aspect, cet espoir. Cette croyance en des lendemains meilleurs est le ciment de la société. Et puis il y a tant de difficultés qu’il faut du temps pour les résoudre. Vous savez, il y a un proverbe intéressant sur ce sujet, assez caractéristique de la pensée locale : « La plus grande vertu de l’homme est la compassion pour son prochain, mais il y a tant d’occasions de faire preuve de compassion que ce n’est pas humainement possible, et donc il ne sert à rien d’en faire preuve dans la vie quotidienne ».



---



Le marché était signalé par un panneau en anglais. Les échoppes, situées de part et d'autre d’une rue, étalaient sur les trottoirs leurs marchandises qui semblaient se déverser de sombres entrepôts dans la lumière vive de la ville, s’arrêtant, comme sur la rive d’un fleuve, au pied de la foule. Une foule comme une vague qui déferlait entre les murs défraîchis des bâtiments coloniaux. Une foule où toutes les castes se mêlaient, ou plutôt se côtoyaient. Les cris des marchands se croisaient avec les avertissements des porteurs à charrettes, tirant leurs lourds chargements à grand renfort d’avertissements, pieds nus dans les ordures jetées au milieu de la voie. Et la foule s’écartait, comme l’eau devant un récif, prenant garde de ne pas toucher le dangereux équipage. Soudain une voiture apparaissait, comme venant de nulle part, essayant de se frayer un passage. La main sur le klaxon, le chauffeur tentait d’éviter le mendiant nu, assis au milieu de la chaussée, le touriste pendu à son appareil photo, la femme disparaissant sous ses voiles noirs, les chiens et les chats qui sautaient d’une proie à l’autre, le couple richement habillé qui prenait garde à ne pas se salir près des tas d’ordures, les jeunes filles faisant admirer leurs magnifiques saris, taches de couleurs flamboyantes dans le gris uniforme de la poussière qui s’élevait au-dessus des têtes et se posait sur les vêtements, les fruits, les machines qui étaient proposés par une population bigarrée, souriante, en guenilles, en costume traditionnel. Et la foule avançait, vivante, une forme de vie organique, indifférente aux scènes des rues adjacentes dans lesquelles les déchets les plus innommables avaient été jetés et pourrissaient dans la chaleur et l’humidité des tropiques, attirant femmes, hommes, enfants, qui, nus, enfoncés jusqu’aux hanches, y cherchaient de quoi vivre, de quoi manger, disputant parfois un morceau de pain ou de viande à un chien affamé. Et la foule passait, indifférente, bruyante, impassible devant ses îlots de calme et de mort.


Et la vague arrivait au pied de la mosquée qui élève ses tours indifférentes et ses murs blancs immaculés au-dessus de la foule vrombissante qui se disperse à la croisée des rues, évitant les blocs de béton de la voie défoncée et les trous remplis d’une eau croupissante et polluée. En face, le marché des tissus, couvert, sombre, offrait comme un refuge à la folie de la rue.


Devant la mosquée, quelques barbus observent d’un œil vigilant ceux qui montrent la volonté d’y pénétrer.


L’entrée en est magnifique, symbiose d’art musulman et de fantaisie indienne, le blanc, couleur de la pureté, est partout, jusqu’au milieu de l’édifice où on distingue un grand bassin autour duquel se répartissent les autres bâtiments. Quelques personnes descendent les degrés qui y donnent accès pour aller se purifier avant d’entrer plus avant dans le lieu saint. Les sculptures de stuc ont laissé les ornements arabes pour des arabesques indiennes aux détails innombrables et aux ramifications sans limites.


Mais une bouche et des dents rouges apparaissent soudain dans l’objectif de l’appareil photographique.


Un être d’une saleté repoussante, les cheveux pendants, collés par la crasse comme du crin de cheval, de la bave rouge sang s’écoulant du coin de ses lèvres, est apparu, gardien de la sainteté du lieu, gardien de sa pureté. Et Xavier doit rebrousser chemin sous les reproches silencieux des fidèles, dans l’indifférence totale de la foule qui occupe tout l’espace devant lui.



---



Il y avait peu de monde autour de la piscine. Il était encore tôt. Xavier et ses deux collègues prenaient leur petit-déjeuner à l’ombre d’un palmier. La réunion de négociation finale devait avoir lieu une heure plus tard dans un des salons de l’hôtel, et ils voulaient préciser les derniers points qui devraient être discutés.


Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.


- Hier soir, le président Nasrin a évoqué le renchérissement des prix du transport, y aura-t-il un sujet sur ce point ? Vous n’avez pas fixé la formule d’actualisation de ce poste de coût ?

- C’est un des derniers sujets qu’ils ont voulu garder pour aujourd’hui. Il y en a quatre en tout. Celui-ci, c’est sans doute pour le laisser tomber en échange d’un des trois autres.

- Oui, c’est le plus facile. Le deuxième concerne la garantie sur les délais. Ils veulent une période de grâce de quinze jours, alors que notre pratique est d’une semaine. Ils prétextent de l’état des routes qui ne permet pas de garantir le temps de trajet, et nous disent qu’ils n’utiliseront pas toujours le même village, d’où des possibilités de variations des distances.

- Je crois que sur ce point on pourra laisser tomber, mais pas sur les coûts de transport. Ce que nous cherchons ici ce sont des économies. Vu les quantités que nous aurons à chaque bateau, on peut se permettre de laisser tomber une semaine. Par contre il est important de ne pas louper un départ. D’accord donc pour leur laisser cette souplesse, mais sous réserve que ça ne nous fasse pas sauter une navette.

- D’accord, ça devrait passer. Le troisième concerne l’échéancier de paiement. On a proposé notre politique habituelle, cinq pour cent à la commande, et le solde à l’arrivée sur le bateau à Bombay, après vérification des quantités et de la qualité. Ils veulent quarante pour cent à la commande.

- Le contrat est bien FOB ?

- Oui, c’est notre agent de Calcutta qui s’occupe du transport vers la France.

- Avez-vous fait une analyse de la courbe de cash-flow en prenant en compte le différentiel entre le prix de revient et notre prix de vente espéré ?

- Raymond a fait une simulation ; en fixant une rémunération nette finale de cinquante pour cent, on est en cash-flow positif jusqu’à des acomptes de soixante pour cent.

- On va partir sur une position finale de vingt-cinq pour cent, ce devrait être bon ; je ne me serais pas déplacé pour rien… Et quel est le dernier point ?

- La charte d’éthique, ils nous disent qu’ils ne comprennent pas pourquoi ils devraient s’engager à la respecter dans un contrat commercial. Ils respectent la loi du pays, ils ne veulent pas donner l’impression d’avoir besoin de lois étrangères en plus.

- Tout ça c’est un prétexte. Vous ont-ils dit quelles sont les clauses qui les gênent ?

- Non, mais il va falloir solder ce sujet aujourd’hui. Je pense que le président vous le dira à vous.

- Bon, je crois que nous sommes prêts. Quelle heure est-il ?

- Neuf heures.

- Quinze minutes de piscine, et je serai en forme pour notre réunion à dix heures. Il faut que nous finissions les discussions à midi pour que vous puissiez préparer tous les exemplaires à signer pendant que nous irons déjeuner. Vers quatre heures on devrait en avoir fini.



---



Une rue comme un chemin de campagne, défoncée, boueuse.


Des véhicules dans tous les sens, jetés au hasard.


Des camions dégorgeant leur eau dans des barriques rouillées.


La poussière, brouillard étouffant.


L’odeur âcre du charbon sous les réchauds.


La puanteur des gaz d’échappement.


Des piétons, au hasard des volontés, comme dans une arène.


Des cris et des coups de klaxons.


Un matelas d’agressions sonores.


Les bicyclettes posées les unes contre les autres, tombées au sol.


La carriole tirée par un vieillard, lourde, à côté des autobus.


Des autobus chargés jusqu’à la gueule, précipitation, promiscuité.


Un espace vide au milieu du croisement. Les flots se sont figés. Gel sous les tropiques. Les bruits comme dans l’ouate.


Elle balance sa tête à la recherche inutile d’un brin d’herbe. Ses cornes, pointues, lui font une armure dont elle n’a pas besoin. Sacrée ! Vedette en son pays, tous attendent qu’elle daigne regagner le bord de l’avenue. Elle fait durer le plaisir, se sait désirée, se sait intouchable.


Méditation sur la futilité.



---



- Vous comprenez monsieur Lecomte, l’Inde est un pays démocratique, la plus grande démocratie du monde. Nous avons nos lois, et nous les respectons, je ne peux accepter de signer un contrat qui contredit ce que notre gouvernement nous demande.

- Bien sûr, et d’ailleurs, on ne pourrait pas vous obliger à ne pas respecter la loi indienne, et ce même si vous signiez. Les lois organiques l’emportent sur les engagements privés. Mais ce que l’on vous propose dans la charte n’est en aucune façon contraire à la loi. Ce sont des éléments qui permettent de démontrer que nous travaillons ensemble dans le respect de l’environnement et dans une démarche de développement durable, que nous déclarons respecter les droits naturels de l’homme. Ce n’est pas le cas en Inde, mais il y a des pays où c’est vraiment un problème. Il est important de donner le signe à la communauté industrielle qu’il est possible de faire des affaires, tout en respectant les droits universels. Mais, je parle, je parle, y a-t-il une clause qui vous gêne plus particulièrement ?

- Nous devons prendre en compte la situation particulière de l’Inde. Nous sommes un pays en voie de développement même si nous avons une industrie florissante. Nous avons un déséquilibre énorme entre le monde des grandes villes et ses zones industrielles, et le monde rural. Nous devons favoriser le développement des campagnes, c’est pour cela que la production sera faite dans de petits villages. En faisant cela, nous apportons des ressources à ceux qui n’ont pas assez pour manger. Vous comprendrez que dans ce contexte, on ne peut pas donner la priorité à la lutte contre la pollution. C’est un luxe de pays développé. Il n’y a que dans vos pays que l’on peut parler de limitation de la production de CO2, ici il faut que l’on vive, que l’on développe notre économie. C’est une question vitale. Et ce n’est pas nous qui avons commencé à polluer. Notre gouvernement a la charge de plus d’un milliard de personnes. Et nous n’avons pas l’argent pour le faire en utilisant uniquement des moyens « propres ». Voyez par exemple l’énergie, il faudra que nous nous reposions encore longtemps sur le charbon. Je ne peux donc pas accepter le risque de rupture du contrat si une de ces contraintes ne peut pas être respectée.

- Je crois que le risque, compte tenu de la nature des marchandises est très limité. Vous serez toujours en dessous des seuils de pollution. Nous ne pouvons pas, sur un problème purement théorique, conclure à une impasse.

- Il n’y a pas que les seuils de pollution, d’autres clauses posent problème dans notre environnement. Bien entendu on demandera à nos sous-traitants de respecter scrupuleusement la loi du travail, mais nous ne pourrons pas, vu le bas niveau de prix que vous avez exigé, avoir des inspecteurs sur place. Nous ne pourrons pas surveiller la durée des journées de travail, ni l’âge des travailleurs.



---



Non !


Ne pas regarder !


Il ne faut pas que je m’arrête. Je ne peux rien faire.


Ne pas regarder !


Sur les trottoirs défoncés, au milieu des flaques d’eau, des hommes nus gisent. Les chiens les contournent. Leur tête repose sur les pavés et les détritus. Ils sont comme morts, inertes, insensibles.


Comment passer au milieu d’eux ?


Quelques enfants, inertes, faméliques.


Ne pas regarder !


Et s’ils étaient morts ?!


Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux :

Au détour d'un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux, …



---



Les négociations étaient terminées. Xavier et le président Nasrin avaient paraphé les modifications du texte original sur lesquelles ils s’étaient mis d’accord. Ils pouvaient rejoindre le restaurant où un des meilleurs Byriani de Bombay leur serait servi. La cérémonie de signature officielle avait été confirmée pour seize heures.



---



Partir. Fuir. Regagner le cocon de l’hôtel. Oublier jusqu’à l’idée de leur existence.


Il marche d’un pas vif. Il croit pouvoir retrouver la vision d’une ville humaine dans l’ancien quartier colonial, là où, de loin, il aperçoit les hautaines façades de style néogothique anglais. Il sait qu’il va trouver là-bas des collèges huppés, des hôtels particuliers, d’anciens palais de l’administration coloniale. Il sait qu’il va pouvoir respirer à nouveau.


Au fur et à mesure qu’il s’approche, les façades dévoilent leur déchéance. Les balcons et les marquises pendent comme si on avait voulu les arracher. La peinture des murs se détache en grands lambeaux, comme si la lèpre avait vaincu jusqu’à la mémoire de la colonisation. Les fenêtres, béantes, laissent entrevoir au travers de leurs carreaux cassés, de grandes pièces vides, lugubrement éclairées.


Les entrées, autrefois majestueuses, exhibent leurs gueules obscènes et noires. Dans le fond, sous une lampe tremblotante, un garde examine les passants et défend l’entrée comme s’il s’agissait d’un lieu maudit.


On imagine les anciens salons, les chambres à coucher, bruissant du labeur de mille mains, comme une ruche où toutes les ouvrières seraient à sacrifier.



---



Xavier vérifia rapidement, avant de signer, que le texte avait été modifié conformément aux discussions du matin. Le consul s’était déplacé, et des bouteilles de champagne et de jus de fruits attendaient au frais que l’on puisse trinquer au succès d’un nouveau partenariat.


L’accord, malgré la longueur des négociations, était un réel succès pour Xavier. Il avait obtenu une nouvelle source d’approvisionnement à bas prix qui leur permettrait de ne plus faire appel à leurs fournisseurs européens habituels dont les prix s’étaient envolés. C’était une très bonne affaire, et il avait même eu le plaisir de ne pas avoir à aller, sur les derniers points, jusqu’à la limite qu’il s’était fixée. Les discussions avaient été dures avant le déjeuner, il avait bien cru que les Indiens allaient tout bloquer quand ils étaient revenus, contre toute attente, sur le niveau des prix de base, en demandant une augmentation de vingt pour cent. Il leur fallait mettre toute une organisation en place pour pouvoir démontrer que la charte serait respectée, alors que c’était inutile. Il se félicitait d’avoir trouvé la parade. La démonstration de l’application de la charte n’était plus une condition nécessaire à la conclusion du contrat, mais une déclaration d’intention des parties. Ça devrait passer au comité d’éthique… Et on pourrait communiquer là-dessus, personne n’irait voir les détails. L’Inde était un pays démocratique après tout, et il est vrai qu’ils allaient apporter du travail dans les villages.


Au moment où il serrait la main du président Nasrin les flashs crépitèrent et les bouchons de champagne sautèrent.



---



Elle devait avoir quinze ans, peut-être même pas. Un enfant, un bébé plutôt, seulement vêtu d’une culotte, s’accrochait désespérément à son épaule. D’une saleté repoussante, elle se frayait un chemin au milieu du flot de touristes qui sortait du restaurant huppé qui donnait sur la baie. On entendait les fusées de Diwali monter dans le ciel, et exploser en mille gerbes de feu.


Xavier semblait avoir été choisi pour cible, elle s’accrochait à sa manche, lui montrant l’enfant, faisant comprendre qu’il avait faim. Celui-ci luttait pour maintenir sa tête alors qu’elle courait pour rester à sa hauteur.


Elle poussa l’enfant à tendre lui aussi la main, d’un ton rude, comme un aboiement. Il était bien dressé, et la petite main tendue, implorante, faillit arrêter Xavier. Mais la foule le poussa en avant. La mère vit l’hésitation, et s’entêta.


Tout à coup il entendit l’enfant pleurer et se retourna vivement, assez vite pour voir la mère le frapper, une fois, deux fois, trois fois, des claques sur ses joues veinées de crasse. Quand elle se rendit compte que Xavier s’était retourné, elle lui montra les larmes, et dans un anglais haché expliqua qu’il pleurait parce qu’il avait faim. Et l’enfant pleurait, s’étouffait, dans la moiteur de cette nuit de fête, dans des sanglots qu’il ne pouvait réprimer.


Et les touristes commentaient le repas, les currys, les viandes, et l’étonnant vin local.


L’enfant pleurait.


Et les touristes s’extasiaient sur la capacité de ce peuple à faire la fête toute la nuit.


La mère tirait sur le bras décharné de l’enfant, pour qu’il fasse le geste de la mendicité.


Et les touristes s’extasiaient sur la beauté des feux d’artifice tirés au-dessus de la mer.


L’enfant pleurait.


L’enfant ne pouvait plus s’arrêter, ses sanglots secouaient sa frêle poitrine comme s’il était déjà à l’agonie. Xavier voyait devant ses yeux le geste de la mère, la gifle, les gifles. Les coups résonnaient dans sa tête. Et il ne voyait plus la foule, ne voyait plus la nuit. Seule la petite main, le poing de l’enfant, inutile, emplissait son champ de vision. Il n’entendait plus rien que les râles de l’enfant. Et il voyait le geste de la mère, les coups. Et l’enfant pleurait. Et il n’y avait plus qu’eux sur la longue promenade menant à la Porte des Indes, et les pleurs de l’enfant résonnaient sur l’immensité noire du désespoir.


Et Xavier se vit saisir l’infâme, se vit la punir, sauver l’enfant.


Quand il prit le bras de la jeune fille dans ses mains, il eut l’impression de saisir un morceau de bois tellement était fine la peau sur l’os. Il s’arrêta immédiatement. Il fixa le couple, les yeux vides ouverts sur un monde qu’il découvrait à l’instant, un monde dont il n’aurait pu imaginer l’existence, même dans ses plus atroces cauchemars.



---



L’avion survolait les bidonvilles quand Xavier fut pris de frissons. Au-dessus des maisons en cartons, au-dessus des corps qu’il devinait dans la clarté diffuse qui baignait les taudis, il vit la bouche.


Une bouche perlée de sang.


Le sang qui semblait couler depuis un antre noir où se perdait la parole humaine.


Le sourire laissait voir des chicots pourris mais toujours menaçants.


Sur les murs blancs, de grandes taches noires et pourpres cachaient petit à petit la lèpre que l’on devinait encore, et elles progressaient, inéluctablement, voulant recouvrir tout ce que l’œil voyait, recouvrant tout ce que l’œil voyait.


Et l’enfant était là, sa figure décomposée par la maladie, ses bras décharnés tendus vers Xavier. Il ne pleurait pas, et d’instant en instant devenait plus menaçant.


Et sa mère arriva et le frappa, et il rit, il éclata de rire sous les souffrances, il rit de la peur et du dégoût de Xavier.


Et sa chair se liquéfiait, coulait sur le sari de la mère, son sang noir rejoignait les taches qui, après avoir vaincu le temple, s’étalaient sur l’horizon. La dernière chose qu’il vit de lui, c’est son sourire, sa bouche seule qui restait sur le magma infâme qu’était devenu son corps, sa bouche d’enfant, édentée, rouge sur la pourriture. La pourriture qu’il ne distinguait plus du reste du monde.



Post-scriptum :

À part la description de la ville de Bombay (ou Mumbay), rien n’est bien entendu vrai dans cette histoire. L’hôtel décrit, le Taj Mahal, est bien celui qui a été victime d’un coup de force sanglant dans la semaine où ce texte a été terminé. J’y étais un mois avant, la description qui en est faite est elle aussi réaliste. Elle avait été écrite au début du mois de novembre, je ne l’ai pas changée après avoir eu connaissance de ces événements.


Les extraits de poème figurant dans le texte, et quelques images dans les descriptions du début, sont bien évidemment de Baudelaire, et empruntés à « Invitation au voyage » et « Une charogne ».


TGV Aix-en-Provence – Paris, le 2 novembre 2008

Aérostar, 11 novembre 2008

Tokyo, le 29 novembre. 2008


 
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   Anonyme   
27/12/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai hésité à laisser un com parce que j'étais scotchée. D'une part parce que j'adore Baudelaire et ensuite parce que ce texte m'a énormément touchée. Donc je maintiens exceptionnel et me tais pour lire et relire.

   Anonyme   
27/12/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une belle écriture, parfois un peu longue, au service d'une histoire touchante. Écrite avec des mots justes, sans trop en faire. Quelques belles descriptions, une ambiance bien rendue ainsi que la confrontation culturelle et l'opposition de deux mondes qui se côtoient... Du beau travail

   xuanvincent   
27/12/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Le titre m'avait intriguée, je me suis demandé quel allait être ce nouveau récit de marogne.

J'ai mis un peu de temps avant de rentrer dans l'histoire. Ce récit m'a paru comme les précédents bien écrit et décrire avec justesse la réalité parfois cruelle de l'Inde contemporaine, il m'a simplement manqué pendant un moment un petit quelque chose.

En avançant dans le récit, j'ai apprécié les changements de rythme, les paragraphes composés de phrases courtes.

Arrivée au passage de la jeune mendiante et son bébé, j'ai commencé à être captivée.

J'ai apprécié l'entrée en matière, les vers de "L'invitation au voyage' de Beaudelaire. Et je me suis un peu étonnée que le narrateur puisse ne pas se rappeler du nom du poète.
L'insertion un peu plus loin dans la nouvelle de l'extrait du poème "Une charogne", du même auteur, m'a plu.

La fin, contrastant avec la sérénité du premier poème de Beaudelaire, m'a plu. L'horreur du narrateur, après son moment d'attendrissement, m'a paru réussie.

Détails :
. "« Elle le dépassa sans mot dire (…) » : le « elle » m’a un peu gênée, car à ce moment de la lecture on ne sait pas qui est ce personnage."
. Le fait que le narrateur puisse trouver, en Inde, une marchande de vêtements indienne qui parle l'italien a retenu mon attention. Ce détail surprenant n'est toutefois pas du tout développé.

   Nobello   
27/12/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une écriture souvent très belle, qui échappe au "futile", mais je trouve les dialogues un ton en-dessous, moins crédibles.

   David   
28/12/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Marogne,

La fin ressemble à un cauchemar halluciné du héros, qui finirait par lâcher prise au milieu des contradictions qu'il doit endurer. l'histoire ressemble à un extrait d'un carnet de voyage, avec le récit de la vente pour structurer le tout, mais en débordant largement, et servis par une plume aguerris. Un bon moment de lecture.

   Flupke   
2/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Excellente DESCRIPTION d’un pays que je hais à 20% et que j’adore à 80%, cela me rappelle la qualité descriptive de « Parias » de Pascal Bruckner.
J’ai bien aimé la juxtaposition des deux univers et le dégoût suggéré dans la perception de Xavier. Les problèmes sont bien mis en relief et la disparité décrite est très réaliste.
Vraiment du bon boulot au niveau de la narration, puisque je pense que cela va m’inciter à sortir mes carnets de voyage. Bravo.

   widjet   
6/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Du beau travail à n'en pas douter. Je crois même n'avoir jamais lu un texte de Marogne aussi travaillé. Une écriture maîtrisée, raffinée à l'image des descriptions (un exercice toujours difficile que maîtrise l'auteur), des variations voulues dans le rythme (on passe de mouvements lents à une allure plus vive, plus sèche, phrases longues s'opposant aux phrases très courtes). C'est coloré, formidablement dépaysant. On sent que l'auteur s'est beaucoup impliqué. Voilà pour la forme.

Le fond est également concluant : choc des extrêmes, dualité de deux mondes dans un même pays, entraînant ces contrastes et ces mélanges de sensations diverses. La fin flirte même avec une certaine forme de fantastique.

Peut-être cela manque t-il de puissance émotionnelle, mais cela n'engage que moi. C'est quand même sacrément bien fichu.

J'applaudis.

Widjet

   dekado   
22/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai reconnu une partie de l'Inde que j'ai connue il y a 20 ans, et je constate qu'il n'y a pas grand changement. Tu fais très bien ressentir cette disparité entre le faste des Palais et la misère d'une frange de la population. Et aussi cette cruauté latente qui accompagne la misère.
Ton histoire est très bien écrite puisqu'elle nous emporte d'une certaine douceur jusqu'à une cruauté certaine.

   aldenor   
17/2/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Deux thèmes sont traités dans cette intéressante nouvelle : l’Inde pays de contrastes, opulence et misère qui se côtoient et le regard de l’occidental sur ce contraste; son hypocrisie devant la misère.
En général je trouve que l’opulence est mieux rendue que la misère.
Les deux scènes de mendiantes, sont bien décrites mais présentent trop de similitudes. Le rythme brusquement saccadé du récit sur la fin m’a l’air d’une solution de facilité plutôt que d’un effet de style.
Les discussions « d’affaire » permettent sans doute de mettre en relief certains rouages mais à vrai dire elles m’ont prodigieusement ennuyées.
Dans l’ensemble cependant, un texte dense, de l’authenticité, de l’émotion…
Mais tout de même, cet occidental qui semble surpris de découvrir la misère de l’Inde, c’est un peu gros.


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