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Horreur/Épouvante
marogne : La baignoire
 Publié le 18/04/09  -  23 commentaires  -  14425 caractères  -  323 lectures    Autres textes du même auteur

Une journée d'été qui commence par une excursion au lac, et qui se termine dans une baignoire.


La baignoire


Le liquide visqueux s’étale lentement dans le fond de la baignoire. On perçoit à peine son parfum, une vanille légèrement corsée, le parfum de son corps. J’ouvre précautionneusement le robinet mélangeur, je n’aurai pas besoin de toucher l’eau pour en vérifier la température. Elle commence par couler sur le savon de bain liquide, sans se mélanger puis, progressivement, les filets d’eau s’élargissent et le liquide orange cède, se dissout petit à petit, et une mousse odoriférante en naît, pure et gracieuse, presque prête à s’envoler. Je reste figé devant ce spectacle banal, regardant le mélange gagner tout le fond de la baignoire et s’élever lentement dans le fracas de l’eau qui se rue hors de la canalisation de cuivre. Une journée, une seule journée s’est écoulée, et il me semble que ce cauchemar a duré des semaines.


Il faisait beau ce matin, et Sylvie avait voulu monter au lac. J’aurais presque préféré fainéanter toute la journée dans la fraîcheur des pièces de notre maison, protégées de la canicule par d’épais murs de pierres, mais j’ai cédé. Les choses n’auraient sans doute pas été différentes, mais je ne peux en être sûr.


Nous sommes partis tôt, il devait être à peine dix heures, le temps de préparer un pique-nique, de remplir la glacière de glaçons, de bouteilles d’eau, de charcuterie et de fruits. La route de Correns au lac de Sainte-Croix est comme je les aime, étroite, enchaînant virage sur virage dans un rythme soutenu. Elle nous entraîne dans de profondes vallées pour nous ramener au soleil et nous laisser le souffle coupé devant un magnifique panorama, des sommets du Bessillon jusqu’à la montagne de la Sainte Baume estompée comme dans un tableau par la brume de chaleur qui, dès le matin, assomme les collines et les hommes. Je dois dire que je me suis amusé en montant. C’est devenu une plaisanterie, je ne dépasse pas la limitation de vitesse, mais rouler à quatre-vingt-dix kilomètres à l’heure sur ces routes vous fait monter l’adrénaline comme une course en montagne. Sylvie à mes côtés, quelquefois ma main sur sa cuisse, je savourais les crissements des pneus sur l’asphalte surchauffé, et je me moquais des touristes parisiens que je laissais en plan après les avoir doublés en plein virage.


Regardant monter le niveau dans la baignoire, je revivais le déroulé de cette journée. L’arrivée sur le parking et le court chemin qu’il faut prendre pour arriver à la plage. Pas de sable fin ici, mais de gros galets qui ont été charriés pendant des millénaires par le Verdon et qui ont été déposés ici, supplice pour les pieds des vacanciers. Puis notre installation, essayant de trouver une place à la fois pas trop loin de l’eau, à l’écart des hordes venant des campings avoisinants, et à proximité de l’ombre improbable d’un pin solitaire, tandis que le soleil montait au zénith.


L’endroit où nous avions décidé de nous installer permettait d’avoir une vue parfaite sur le village de Sainte-Croix et sur les contreforts qui mènent aux champs de lavande qui surplombent le lac. À droite, c’était les portes par lesquelles le Verdon sort victorieux de ses gorges, comme une armée en triomphe sous son arc. La journée défilait devant mes yeux, comme si la mousse en était l’écran sur laquelle elle se projetait : baignades, soleil, déjeuner les yeux dans les yeux, et ce corps à côté du mien, intouchable au milieu de la foule, et nos baisers au large, le goût minéral du torrent partagé à pleine bouche. L’étreinte de l’eau sur nos corps brûlants était à la fois un bonheur et un supplice, volupté de la fraîcheur, et désespoir de n’être pas encore plus proches.


C’est ivre de soleil et d’amour que nous repartîmes en fin d’après-midi. Il était sans doute un peu tôt encore, et il y avait peu de monde sur la route.


En traversant Aups, nous avons été surpris de l’animation qui régnait devant la gendarmerie. Plusieurs véhicules avaient été amenés sur la route dont une camionnette, et un nombre important de militaires s’y précipitaient pour embarquer. Sans doute un accident dans les gorges qui nécessitait la présence de la force publique. Mais il fallait qu’ils ne s’en prennent qu’à eux-mêmes. Tous les étés c’était pareil. Des bandes de touristes, parfois même en tongs ou en talons hauts, descendaient dans l’abîme sur les traces de Martel, ou alors c’était ceux qui décidaient d’escalader à mains nues les falaises orgueilleuses qui gardaient l’accès de ce territoire interdit. Et il fallait qu’une brigade de la gendarmerie soit toujours là pour leur porter secours, et que les sauveteurs amateurs risquent leur vie pour réparer les imprudences des téméraires.


Je ne me rappelle plus très bien le reste du parcours, il a disparu, effacé par ce qui a suivi.


Quand nous sommes arrivés dans le Vallon Sourn, gorges de l’Argens qui essaye vainement de rivaliser avec ses grands frères, un étrange sentiment nous a saisis. Ce n’est que plus tard que nous en avons compris l’origine. Le vallon, normalement plein de rires, de mouvements, de cris d’enfants s’affrontant dans les minces filets d’eau de la rivière, était silencieux, totalement silencieux. C’était comme si nous passions à travers un espace ouaté où tous les bruits, même ceux de la rivière, étaient absorbés par la matière. Mais tout cela n’était rien. À l’entrée du village, quelque chose était au milieu de la route, et instinctivement, redoutant un chien, je ralentis.


Ce n’est que quand nous fûmes à quelques mètres de cette forme recroquevillée sur le goudron que nous reconnûmes un enfant.


Nous sortîmes en toute hâte de la voiture, redoutant le pire.


Il s’agissait de Pierre, le fils de nos voisins. Il devait avoir dans les huit ans. Couché en position de fœtus, la tête cachée dans ses bras, il sanglotait sans pouvoir nous parler. Je le pris et le portai précautionneusement dans la voiture.


- Pierre… Pierre… Calme-toi, ce n’est rien. On est là, on va te ramener à tes parents.

- Oui Pierre, ne pleure plus, c’est fini, tu ne risques plus rien. Regarde, tu es dans la voiture.

- Pierre regarde, c’est moi, Alain, nous avons joué hier au ballon dans la rue, devant ta maison.

- Et moi c’est Sylvie, je suis allée chez toi apporter des œufs à ta mère, tu te rappelles ? Ne pleure plus, c’est fini, tout va aller bien.


L’enfant nous regardait de ses grands yeux pleins de larmes. Il semblait un peu calmé, mais toujours incapable de parler. Nous décidâmes de repartir au plus vite pour le ramener chez lui. Sylvie monta avec lui à l’arrière.


Quand je redémarrai vers le village, Pierre se mit à crier :


- Non, non ! Je ne veux pas aller là-bas. Je ne veux pas aller à la maison. Je veux partir.


Tandis que Sylvie, le prenant dans ses bras, tentait de le calmer, je passai sur le vieux pont romain qui marque l’entrée du village médiéval, et m’avançai sur la place. Je garai la voiture devant le café et en sortis précipitamment. J’allais ouvrir la portière arrière quand je réalisai que quelque chose était anormal. Alors qu’en cette fin d’après-midi, la terrasse du bar aurait dû être pleine de clients en train de refaire le monde devant un verre de pastis, elle était vide. Et ce n’était pas que la terrasse du débit de boissons, mais la place elle-même ; il n’y avait personne sous les platanes, pas de joueurs de pétanque, pas de vieux sur les bancs, pas d’enfants autour de la fontaine s’amusant à s’asperger. Et puis pas un bruit, si ce n’est le bruit de l’eau tombant dans le bassin et qui soudainement m’apparaissait assourdissant dans le silence général.


Sylvie sortit elle aussi de la voiture et, sans doute surprise et vaguement inquiète comme moi, me saisit fébrilement la main.


En regardant plus attentivement l’espace dégagé devant nous, nous vîmes des formes allongées sur les côtés de la route, comme des corps gisants. Nous courûmes vers celui qui était le plus proche. C’était Albert, du moins ce qui restait d’Albert. Seul le côté droit de son visage était reconnaissable, le gauche ayant été comme écrasé, réduit en bouillie. D’un trou béant dans son crâne dégoulinait son cerveau, la matière blanche contrastant sur le rouge du sang qui s’était répandu autour de lui. Son bras gauche et une bonne partie de l’épaule devaient avoir été arrachés, et son omoplate brillait au soleil d’une blancheur obscène. Je sentis Sylvie à côté de moi manquer de défaillir, et la pris dans mes bras, essayant de détourner son regard. Mais en nous retournant, ce fut Louise que nous reconnûmes, la mère de Pierre. Son corps était déchiqueté, des lambeaux de chair avaient été éparpillés autour d’elle, comme si un monstre s’y était acharné.


Pierre ! Tout à coup, alors que nous étions saisis par l’horreur, nous nous rappelâmes de lui, assis sur la banquette arrière. Il ne devait sous aucun prétexte venir ici. Alors que nous courions vers notre véhicule, un cri horrible nous figea sur place. Pierre courait vers nous, venant de la fontaine et non de la voiture, il avait dû sortir alors que nous examinions les cadavres. Il courait en criant, mais c’était plus un râle qu’un cri. Arrivé à dix mètres de nous, il s’affala, et après quelques mouvements convulsifs, resta immobile, silencieux. Sylvie s’était élancée, plus rapide que moi. Arrivée à la hauteur de l’enfant, elle s’effondra elle aussi, et se mit à vomir. Pierre était mort ! Tout le bas de son visage avait été arraché, et son bras droit coupé au niveau du coude.


Ce sont les sirènes des véhicules de la gendarmerie d’Aups qui nous ramenèrent à la réalité. Nous nous sommes tout à coup retrouvés sous le soleil, au milieu de la place, comme à la sortie d’un cauchemar, sauf que les corps qui nous entouraient étaient ceux de nos voisins, ceux de nos amis, celui de Pierre. La folie était passée sur le village, et nous étions là, jouets du hasard, regardant hébétés les militaires courir vers nous.


Le capitaine établit son quartier général sur la terrasse du café. Ils avaient été prévenus par un touriste qui était passé en voiture dans le village, peu de temps sans doute après ce qui s’était passé. Il avait décrit la présence de personnes dans les rues, sans doute mortes. Il n’avait pas eu le courage de s’arrêter. Toutes les entrées du village étaient condamnées maintenant, nous avions dû être les derniers à y pénétrer. Il leur avait fallu un peu de temps pour arriver car la même chose s’était produite un peu plus haut dans la vallée, à Châteauvert. Il était étrange que nous ayons pu passer entre la mise en place des deux dispositifs de barrage. Mais maintenant que nous étions là, nous pourrions peut-être les aider en nos qualités de médecins.


Ses hommes étaient partis inspecter le village, fouiller quelques maisons. Ils revinrent vers vingt heures, avec des visages de cendre. Il n’y avait plus personne de vivant, seuls quelques corps horriblement mutilés avaient été trouvés, de-ci de-là, et plutôt vers la périphérie du village, comme s’ils avaient essayé de fuir mais n’en avaient pas été capables. Au milieu du village, de part et d’autre de la rivière, ils avaient trouvé des traces morbides, de larges flaques de sang, des cheveux, des morceaux de chair, mais aucun cadavre, comme si on les avait enlevés. Par contre ils n’avaient rien trouvé qui puisse indiquer quelle pouvait être la cause de ce massacre.


Nous étions assis à la terrasse, Sylvie à mes côtés, frissonnant malgré la chaleur.


- Capitaine, je crois que je ne puis vous être d’aucune utilité ici. Pourrions-nous regagner notre maison ? Elle est juste par là, à cinquante mètres. Celle qui a des volets bleus. Ma femme est très perturbée par ce dont nous avons été témoins.

- Oui Docteur, allez-y. Nous devons faire le point. Si nous avons besoin de vous, nous vous ferons chercher. Merci de rester chez vous.

- Merci capitaine. Allez, viens Sylvie, on y va.

- À tout à l’heure. Sergent, apportez-moi la radio, et faites servir à boire, de l’eau, à tout le monde.


C’est la dernière fois que je vis ce militaire, c’est peut-être la dernière chose qu’il dit.


Nous sommes remontés chez nous. Sylvie a gagné notre chambre pour se changer alors que j’essayais de me remémorer les événements de l’après-midi pour tenter de comprendre. L’esprit vide, épuisé, je me levai pour aller ouvrir la fenêtre, espérant qu’un peu d’air frais me permettrait de raisonner plus facilement. L’ouverture donnait sur la place. Machinalement, je me tournai vers le bar pour voir ce qu’y faisaient les gendarmes. Il me fallut un moment pour réaliser la signification de ce que je voyais. Au milieu des tables, des dizaines de corps, quelques-uns encore ayant des mouvements convulsifs, gisaient. Certains des hommes avaient essayé de fuir, sans doute vers le centre de la place, vers la fontaine. Un corps était couché sur la margelle de celle-ci. Ce n’est que quand je me rejetai en arrière, pris d’un haut-le-cœur, que je remarquai la position bizarre de celui-ci. En regardant attentivement, je compris que son corps était coupé en deux. Seule la partie inférieure était visible, la partie supérieure, au-dessus de la taille à peu près, avait disparu, comme si elle s’était dissoute dans l’eau de la fontaine.


L’eau ! C’est à ce moment que je compris ! C’était l’eau l’adversaire.


Au moment où je me retournai vers l’intérieur, j’entendis Sylvie qui m’appelait :


- Alain, s’il te plaît, viens me rejoindre sous la douche.


Le niveau de la mousse dans la baignoire a presque atteint le bord de la cuve en porcelaine. J’arrête l’eau en faisant bien attention à ne pas la toucher. Cette mousse blanche me cache la créature qui a détruit le village, la créature qui a emporté Sylvie. Je ne sais pas ce qu’elle veut. Mais je ne veux pas vivre dans le même monde que cette horreur. Et puis Sylvie n’est plus là, elle est quelque part dans cette eau qui absorbe la vie. Je ne sais pas ce qui a créé cette abomination. Est-ce le dieu bienveillant que l’on nous pousse à aimer dans les cours de catéchisme ? Est-ce le diable ? Ou est-ce seulement le résultat de notre aveuglement ? Je revois Pierre, hier, jouer au ballon dans la rue, je revois le corps de Sylvie ce matin sur la plage, doré par le soleil et frémissant sous l’espoir de mes caresses, et cette mousse blanche maintenant…


Je vais rentrer dans la baignoire, comme j’ai l’habitude de le faire, d’un seul coup, pour jouir pleinement de la brûlure de l’eau sur ma peau.




La Bastide, le 12 avril 2009



 
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   David   
18/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Marogne,

J'aime bien les décors, un plaisir à lire, l'idée colle bien au genre d'une nouvelle je trouve : on ne sait presque rien de cette abomination, mais la tension est posée. Pour les défauts, je me dis qu'ils n'avaient pas vraiment besoin d'être médecin ces deux là, c'est surtout le fait que ce détail arrive tardivement qui m'a fait bizarre.

Il y a ce passage, au 3ème paragraphe :
« enchaînant virage sur virage dans rythme soutenu »
ça doit être une coquille ?

   Menvussa   
18/4/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Super récit qui ne nous lâche pas d'une semelle une fois qu'on y pose le pied, enfin, l'œil.

Une petite question se pose néanmoins, pour la cohérence du récit, je ne connais pas trop la région, mais il me semble que c'est plus ou moins l'eau du lac qui traverse les villages où se déroule ce drame. Donc, à quel moment l'eau devient-elle si, tranchante ?

Le lecteur doit imaginer, spéculer, mais je trouve que son champ de recherche est un peu vaste. Ça manque de piste pour enquêter, c'est un tout petit peu frustrant.

   widjet   
18/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Qu’on se le dise, lire du Marogne, c’est quasiment se réserver un bon moment.

Cette nouvelle ne fait pas exception à la règle et je dirai même mieux, on retrouve l’auteur plutôt en forme littéraire ! Ce texte dont le suspense, l’étrange et l’horreur (sans oublier l’hommage éternel à la nature et la région) se marient formidablement est un mixe de Chambre 321 , de Frida , avec aussi la caractère fantastique des Peintures rupestres ou de La grotte (L’auteur notera que je connais mes classiques Marogniens !).

Mais ce que j’ai vraiment aimé c’est que l’auteur a réussi cette fois-ci à insuffler un vrai sentiment d’effroi. Je me suis laissé prendre très vite par le récit dont le dosage intrigue/descriptions naturelles était mieux réparti, plus équilibré (le contraire de sa nouvelle Aux truffes par exemple qui était trop axée sur la nature et peu sur l’histoire). Bien aimé aussi la construction du récit en flash back.

J’ai bien quelques remarques sur les dialogues, la mort presque « anecdotiser » de Sylvie (sans s’appesantir dessus, y’avait sans doute moyen de faire autre chose) et sur la fin, mais cela n’entache pas le plaisir prit à la lecture de ce thriller de bonne facture.

Merci donc et à bientôt

W

   Anonyme   
18/4/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cette nouvelle remplit toutes ses promesses. On passe d'une belle journée d'été à une horreur sans nom portés une écriture magique. Bien sûr la catégorie et la fin du premier paragraphe auraient du m'alerter mais non.

J'ai aimé les contrastes entre la belle journée et l'horreur
entre le silence autour de l'Argens et l'animation de la gendarmerie...
Et le fontaine toutes les clés étaient là mais bravo d eles avoir si bien cachées.
Et puis cet instantané, ce moment où il comprend et où sa compagne l'appelle.

Moi qui aime visualiser les scènes, j n'ai pas été déçue

Merci beaucoup

Xrys

   victhis0   
18/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
c'est presque très bien...SAuf que je suis un peu frustré quand même : on ne saisit pas le rapport direct ente les morts et l'eau, en effet beaucoup meurent sans s'en être approché ce qui fait de cette eau terrible presque une anecdote. Je m'explique : si les gens se faisaient zigouiller après avoir bu ou touché de l'eau, puis que l'on découvre que c'est elle la meurtrière, alors là oui. Or je n'ai pas lu ça dans le texte. La mort de Pierre, par exemple, semble sans rapport direct. Pareils pour les gendarmes. Le fait de faire des héros des médecins ne sert à rien. La mort de l'héroîne tient carrément de l'anecdote.
C'est dommage car il y a effectivement une super ambiance, bien retranscrite, et un amour sincère de la nature admirablement dépeinte.

   antares77   
18/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
La fin de la nouvelle contraste vraiment avec le début.
Je m'explique : C'est un début vraiment excellent, où l'on entrevoit le fil de l'histoire au travers de cette eau qui emplit la baignoire, et le suspens qui monte en même temps que le niveau de mousse, c'est vraiment bon.
Ensuite, cela fini malheureusement trop vite, où des liens ne se font pas forcément (l'eau, les morts, la mort de sa compagne, la raison qui fait qu'il rentrera tout de même dans l'eau). C'est vrament dommage.
Le style est par contre excellent, bien travaillé, bravo.

   liryc   
18/4/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une nouvelle qui invite à découvrir les autres de ton répertoire. Félicitations. Beau travail.

   xuanvincent   
19/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J’ai apprécié retrouver l’auteur dans le genre où, à mon avis, il excelle, celui du fantastique mêlé d’une pointe d’horreur. D’ailleurs, le récit se situe, comme dans le cycle du Verdon, dans cette région.

Le titre de la nouvelle ainsi que le début du récit m’ont fait tout d’abord penser (à tort) à une des dernières nouvelles d’Estelle2L, avec toutefois un traitement différent du thème.

L’auteur comme souvent a pris dans ce texte le temps d’amener le cœur du sujet. L’intrigue m’a paru réussie. D’autant plus que le premier paragraphe m’avait mise sur une mauvaise piste (j’ai cru que le narrateur allait raconter, bien que cela, venant de la part de l’auteur, m’ait surprise, le meurtre de son épouse).

L’idée de l’eau – de nouveau le thème de l’eau cette fois plus sous la forme de la rivière du Verdon – comme quasi-personnage du récit, personnage maléfique et mystérieux, m’a plu.

Le fait que le narrateur soit docteur (cf. commentaire de David) ne m’a pas dérangée, par contre effectivement la description qu’il fait des corps déchiquetés m’a semblé pouvoir avoir été faite par un passant quelconque n’ayant pas de connaissances médicales.

Sur le plan de la vraisemblance de l’histoire, deux points m’ont un peu gênée.
Seul un corps je crois a été comme dissout en partie par l’eau de la fontaine. Il m’aurait paru plus cohérent que toutes les victimes aient subi le même sort. Par exemple que leur corps ait été dissout par cette eau.
Autre chose qui m’a étonnée : la manière subite dont le narrateur comprend quelle est la cause du décès de toutes ces victimes.

La fin laisse le lecteur libre d’imaginer quelle forme peut revêtir ce monstre.
Le lecteur peut, à la fin de l'histoire, imaginer le pire, concernant le sort du narrateur (il m’a semblé qu’il voulait se suicider, curieusement par l’eau qui avait déjà tué les villageois et sa chère épouse)…

Ce texte m’a paru assez bien écrit dans l’ensemble, excepté pour certaines phrases pour lesquelles la construction m’a paru moins réussie. Je reste sensible au souci manifeste de l’auteur de bien écrire, de soigner son style. En particulier pour les descriptions des paysages, qui me semblent être souvent les plus réussies.

La longueur des phrases dans cette nouvelle a retenu mon attention. Les phrases, construites de façon proche de celles des textes précédents, m’ont en effet paru un peu plus longues que de coutume. Sans que cela ne m’ait gênée pour la compréhension du récit, qui m’a paru se lire facilement.

Le passage au présent vers la fin de la nouvelle a retenu mon attention, d’autant plus que la fin du récit (ce qui m’a un peu gênée) oscille entre le présent et le passé.

Pour résumer, cette nouvelle m'a plu et fait passer un agréable (malgré les passages noirs de l'histoire) moment de lecture. Merci à l’auteur pour cette étrange et inquiétante histoire !

Détails :
. La route de Correns au lac de Sainte-Croix est (…) étroite, enchaînant virage sur virage dans un rythme soutenu.
. « c’était les portes » : « c’étaient les portes »
. « Et il fallait qu’une brigade de la gendarmerie soit toujours là » : « fût » me paraît préférable, afin de respecter la concordance des temps
. «( J’allais ouvrir la portière arrière) quand je réalisai que quelque chose était anormal. : cette formulation, peut-être trop explicite ?; ne m’a pas trop plu.
. « Il n’y avait plus personne de vivant, seuls quelques corps horriblement mutilés avaient été trouvés, de-ci de-là, et plutôt vers la périphérie du village, comme s’ils avaient essayé de fuir mais n’en avaient pas été capables. » : « ils » m’a paru, grammaticalement renvoyer au terme « corps » (or ceux-ci sont dans le texte déjà hors d’état de se mouvoir)
. « Sylvie a gagné notre chambre pour se changer alors que j’essayais de me remémorer les événements de l’après-midi pour tenter de comprendre. » : la fin de cette phrase ne m’a pas paru très bien formulée

   Bidis   
19/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Le suspense est extrêmement bien mis en place, mais l’intrigue qui excite tout au long du texte - et fortement, je l'avoue - la curiosité du lecteur, déçoit finalement car elle est par trop invraisemblable : des gens normaux auraient tout de suite compris le rôle de l’eau, ne fût-ce que les personnes au bord de la rivière observant celles qui étaient dedans – une hécatombe générale n’était possible que dans le cadre d’une catastrophe qui dure une ou deux minutes, comme une pluie acide locale par exemple.

Quant au style, qui rend la lecture très plaisante il est vrai, je le trouve tout de même perfectible.
Car, s’il y a des endroits où la répétition fait figure de style (« L’eau ! C’est à ce moment que je compris ! C’était l’eau l’adversaire. »), à plusieurs endroits, le texte s'en alourdit. J'ai relevé, pour illustrer ma critique :
- « puis, petit à petit, les filets d’eau s’élargissent et le liquide orange cède, se dissout petit à petit, et une mousse odoriférante en naît, pure et gracieuse, presque prête à s’envoler » : trois fois « et
- « Sylvie sortit elle aussi de la voiture et, sans doute surprise et vaguement inquiète » : à mon avis, un « et » de trop
- « Alors que nous courions vers notre véhicule, un cri horrible nous figea sur place. Pierre courait vers nous, venant de la fontaine et non de la voiture, il avait dû sortir alors que nous examinions les cadavres. Il courait en criant »: en seulement deux phrases, trois fois le verbe courir, c’est deux de trop.
« et plutôt vers la périphérie du village, comme s’ils avaient essayé de fuir mais n’en avaient pas été capables. Au milieu du village, » : répétition de « village »
« sans doute vers le centre de la place, vers la fontaine » : répétition de « vers »
- « Je ne sais pas ce qu’elle veut. Mais je ne veux pas vivre dans le même monde que cette horreur » : répétition du verbe « vouloir »

D’autres petites choses alourdissent aussi l'écriture, à mon avis :
- « quelque chose était au milieu de la route » : même « se trouvait », qui est faible, vaudrait mieux que ce plat verbe « être »
- « D’un trou béant dans son crâne dégoulinait son cerveau » : les deux possessifs alourdissent la phrase, la confusion n’étant pas possible, on aurait pu écrire « le cerveau »
- « nous nous rappelâmes de lui » : le verbe rappeler demande un complément d’objet direct. On se rappelle quelque chose, on se souvient de quelque chose, il fallait écrire « nous nous souvînmes de lui »
- « Ses hommes étaient partis » : le sujet auquel se rapporte le possessif (le capitaine) n’est pas contestable, le lecteur sait bien de qui il s’agit. N’empêche qu’il est fort loin et qu’un texte un peu trop long l’en sépare.
« Un corps était couché sur la margelle de celle-ci. Ce n’est que quand je me rejetai en arrière, pris d’un haut le cœur, que je remarquai la position bizarre de celui-ci » : celle-ci, celui-ci, ce n’est pas très joli.

Enfin, il faut penser aux lecteurs incultes, comme moi :
- « sur les traces de Martel »: un renvoi par une astérisque à quelque note de bas de page épargnerait le recours au dictionnaire.

Tout cela est très dommage car, par ailleurs, la description du Verdon est très, très bien rendue.

   Selenim   
19/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Une nouvelle sympa mais qui fonctionne mal pour deux raisons:
La première partie, avant les meurtres, distille une ambiance hors du temps grâce à de longues phrases coulantes. On se laisse bercer.
Malheureusement il n'y a pas de clash avec la partie gore. On entre dedans dans le même état vaporeux. Les cadacres s'amoncèlent mais on reste spectateur, sans se sentir trop concerné.

La nature même de l'assassin. L'eau, parangon de douceur et de mutabilité. Difficile d'imaginer une créature aqueuse tranchant, déchiquetant, mordant, lacérant etc.
La fin arrive et on se dit tout ça pour ça?

Alain, quant à lui, pour un médecin, paraît flotter au-dessus de toutes ces horreurs, comme si c'était un rêve. Descriptions et sensations sont narrées sur le même ton ce qui confère une certaine monotonie aux récit.

Les dialogues ne percutent pas. Une mélodie monocorde.

Dommage.

Selenim

   Liry   
20/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai accroché tout de suite à cette histoire. L'écriture est agréable, fluide avec des descriptions bien détaillées.

En même temps, je me sens un peu frustrée. On a un bon début avec l'histoire qui revient en flash-back. L'angoisse monte avec les barrages puis la découverte des cadavres mutilés. Le lien avec l'eau apparaît très vite et en même temps, on n'en apprend que très peu sur le lien eau-"monstre". Juste que cet "être" tue ses victimes en les déchiquetant et ensuite, la fin est très rapidement expédiée avec la mort de Sylvie et d'Alain.

J'aurais aimé avoir plus de développements dans cette partie.

Merci pour ce moment de lecture et à bientôt.

Liry

   Jedediah   
20/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Voici un texte comme je les aime !
Je respecte totalement le choix de l'auteur qui consiste à ne pas révéler la nature exacte de l'assassin... Le suspense et le mystère restent entiers !
Ici, pas de superflu, l'histoire va à l'essentiel et est très bien écrite. J'ai apprécié le couplage présent-passé, ainsi que la progression de l'histoire, heureuse au début puis de plus en plus inquiétante.
Cependant, quand le capitaine demande de servir à boire, j'ai tilté qu'il y avait quelque chose de louche avec l'eau... Pourquoi préciser qu'il voulait de l'eau ?
Le suicide final du personnage m'a glacé d'effroi mais constitue une fin convenable.
Merci pour cette publication.

   jensairien   
20/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
bien écrit, une atmosphère plutôt angoissante bien rendue, mais assez frustré, comme d'autres, par cette eau mortifère dont on ne saura rien. Un vrai film d'horreur en tout cas. Et bravo pour la construction narrative avec cette baignoire qui referme le récit entre ses parenthèses. Dommage quand même, dommage que la fin laisse le lecteur sur sa faim.

   Flupke   
25/4/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai bien aimé la manière avec laquelle tu as fait monter les suspens.
Au début j'ai été agréablement induit en erreur en pensant qu'il se débarrassait de sa compagne.
Encore une fois j'ai bien aimé le style d'écriture et en particulier cette phrase:
« c’était ceux qui décidaient d’escalader à mains nues les falaises orgueilleuses qui gardaient l’accès de ce territoire interdit »

C’est la dernière fois que je vis ce militaire, c’est peut-être la dernière chose qu’il dit. Excellent pour faire monter la mousse. On sent que le loup est dans la bergerie.

Quant à la chute elle est originale. Mais je reste un peu sur ma fin vu le manque d'explication, même si j'apprécie la manière dont l'histoire a été construite. Pourquoi docteur ? Il aurait pu donner une explication. Eau contaminée par une bactérie extraterrestre, terroristes de la Flat Earth Society, déversant de l'acide sulfurique dans les canalisations etc ... :-)

Amicalement,
Flupke

   Pandora   
9/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai passé un frissonnant moment tout en suspens intense. L'idée d'une meurtrière silencieuse telle que l'e*u est superbe et vraiment bien amenée.

Maintenant comme d'autres, j'aurais apprécié d'avantage de détails sur cette assassine liquide et sur comment tout le village a-t-il pu être dévasté par elle. Mais bon, un soupçon de flou ne fait pas de mal au genre.

Au plaisir,

Pandora.

   minouchat   
27/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Suicide ? Je ne comprends pas la dernière phrase... Sinon j'aime l'ambiance et la fluidité de l'écriture.... Pourquoi médecins ? Je pense que ça n'apporte rien à l'histoire puisque tu ne développes pas... L'eau tueuse c'est bien mais pas assez de précision... Je reste un peu sur ma SOIF... Au plaisir de te lire.... minouchat

   florilange   
3/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Il m'a paru normal que le capitaine commande de l'eau pour ses hommes : après tout, il fait chaud et ils sont en service, il ne va tout de même pas leur commander des pastis! Et encore, dans le pastis, il y a... de l'eau.

Pourquoi médecin (+ correct que docteur)? Sinon on ne les aurait pas laissés entrer dans le village. (ils pourraient aider)

Je suis d'accord avec les faiblesses relevées par Bidis, sauf que, à mon avis, l'enchaînement de l'histoire & la montée de l'angoisse n'en souffrent pas. En tout cas, si l'auteur veut remanier son texte, il sait exactement quoi faire. Et il aurait raison de le faire car sa nouvelle en vaut la peine.

Quant à la chute non expliquée, c'est son choix. C'est vrai que de l'eau empoisonnée ou contaminée n'aurait théoriquement pas déchiqueté les corps. Mais, au fond, qu'en savons-nous? J'aime bien que l'auteur fasse courir notre imagination sur 1 champ laissé libre. Merci de cette lecture terrifiante,
Florilange.

   ROBERTO   
21/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Proposer une nouvelle en catégorie "Horreur & épouvante" est toujours difficile, j'en sais quelque chose.
L'idée de base de ce récit est excellente et l'histoire est bien structurée. L'eau qui tue! Le lecteur découvre la vérité et comprend tout.
Malgré une fin un peu brusque, nous avons affaire à du bon fantastique.
Merci pour ce bon moment!

   Milwokee   
22/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
J'avoue que je suis un peu déçue : le début est prometteur mais à mon avis la suite n'est pas à la hauteur. Le style est plutôt bon mais certaines choses sont peu crédibles : le fait que le village entier soit dévasté, y aurait-il eu une bataille d'eau géante ? Pourquoi Pierre se jette-t-il dans la fontaine comme un assoiffé alors que, traumatisé comme il doit l'être, il aurait vraisemblablement préféré rester blotti dans la voiture ? De plus le fait que les deux personnages soient médecins est totalement anecdotique, on en entend parler vite fait et puis plus rien. Et surtout, quelle drôle d'idée que de les laisser retourner chez eux ! Enfin l'armée serait plutôt tentée d'évacuer les civils, ou au moins de ne laisser personne traîner sur les lieux du crime de la sorte ! Et puis je ne vois pas bien comment Alain peut comprendre subitement que cela est dû à l'eau, comme ça, en s'apercevant que les militaires meurent à leur tour...
Cependant l'ambiance générale est assez réussi, le passage d'une belle journée d'été à une journée d'horreur est complètement fluide et entraînant, on tombe dans une ambiance glauque sans s'en apercevoir. De plus j'aime bien la chute, le moment où, alors que le personnage comprend, Sylvie signe son arrêt de mort en direct. Donc un texte pas vraiment "raté" mais qui comporte selon moi un certain nombre d'erreurs grossières qui auraient pu être évitées.

   Lunastrelle   
6/2/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai bien aimé l'originalité du récit, bien qu'il y ait des questions que je continue à me poser: comment l'eau a-t-elle pu toucher tout le monde? Une pluie locale? Ce mystère fait partie de ceux que l'auteur ne veut pas révéler?
Ensuite, la fin je ne l'ai pas bien comprise: le narrateur compte-il se suicider en allant dans la baignoire?
Enfin, l'eau comment peut-elle découper des corps comme elle le fait? Se comporterait-elle comme de l'acier, en changeant sa structure moléculaire au contact des êtres vivants?

   Anonyme   
4/11/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Belle métaphore, l’eau du Verdon a du en engloutir des femmes, des hommes et des enfants. Tous présents là, en même temps, ils évoquent les drames individuels des proches restés à pleurer leurs disparus. J’ai bien aimé le Verdon, l’ambiance plage, l’envie, "l’ombre improbable", et puis la transition et le plongeon dans l’abîme. Bravo pour l'intro qui pose le mystère et incite à aller plus loin.

   Anonyme   
16/1/2011
Commentaire modéré

   Anonyme   
16/1/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

Ceci est mon premier commentaire. Je suis membre depuis hier seulement.

Cette nouvelle est vraiment captivante et très bien écrite. J'ai une préférence pour les nouvelles d'horreurs et d'épouvantes.
L'image de la bain en début de texte en parallèle avec le drame principal de l'histoire est très bien pensée et contribue bien au récit.

Une bonne lecture.

Alex

   Anonyme   
8/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le style est agréable et le scénario prenant. En revanche je trouve que le suicide n'est pas assez bien justifié. Je trouve qu'il tombe un peu comme un cheveu dans la soupe. Auteur que je compte suivre.


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