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Science-fiction
marogne : Réminiscences
 Publié le 26/12/07  -  5 commentaires  -  44271 caractères  -  27 lectures    Autres textes du même auteur

Une équipe de secours confrontée à l'impossible.


Réminiscences


1. Observation lointaine


Cela faisait maintenant dix jours que le vaisseau principal était en orbite autour de la planète. Toute la surface avait été survolée pour permettre aux instruments de mesure d’analyser le moindre recoin. La colonie du capitaine Sirius était bien à l’endroit indiqué dans le carnet de bord qui avait été reçu, il y a déjà plusieurs mois, à la base centrale. Aucun signe de vie n’avait été détecté, les instruments semblaient par contre être en mesure de fonctionner, il y avait de l’énergie. La base avait été construite sur le modèle standard défini par la guilde. Cinq modules avaient été connectés pour former un ensemble de bâtiments permettant de couvrir tous les besoins d’un début d’exploration. Le module d’habitation, d’abord, qui contenait dix chambres, un salon et une cuisine ; le module scientifique qui contenait, outre l’infirmerie et des laboratoires, la bibliothèque, même si aujourd’hui on n’y trouvait plus de livres mais seulement des écrans d’ordinateur et quelques imprimantes ; le module de contrôle, qui outre l’ensemble des moyens informatiques contenait l’armurerie ; les réserves de nourriture et d’eau et enfin le garage des moyens de locomotions personnels. On n’avait jamais donné de nom officiel à ces engins volants, concentrés de technologie, pouvant se déplacer sans bruit à des vitesses de plus de deux cents kilomètres par heure, et qui se pilotaient comme des trottinettes. C’est d’ailleurs sous ce dernier vocable que les utilisateurs les nommaient. Les modules formaient un pentagone, la zone centrale était réservée à des occupations sociales, ou de dépôt temporaire pour les trottinettes. L’ensemble était entouré d’une enceinte percée de trois portes ; la plus grande donnait sur la piste d’atterrissage du vaisseau d’exploration.


L’atmosphère de Zelta avait pratiquement la même composition que celle de la Terre, et son climat, tempéré toute l’année, faisait d’elle la candidate parfaite pour une nouvelle colonie. Soixante-dix pour cent de sa surface était constituée d’océans profonds ; les parties émergées formaient un seul continent, immense. Plusieurs chaînes de montagnes rompaient la monotonie des grandes plaines herbeuses. Sirius avait choisi de s’installer à proximité immédiate de la mer, dans une zone couverte principalement de forêts qui s’étendaient sur de nombreuses petites collines de faible élévation.


Depuis la réception du journal de bord, qui s’arrêtait quelques quatre mois après l’installation du capitaine sur le bord de la mer de l’orient, aucune nouvelle n’était parvenue à l’office des nouvelles colonies. Il avait été décidé d’envoyer une nouvelle mission.


- Sergent, je souhaiterais que nous fassions une dernière fois le point avant que d’aller sur place. Appelez-moi les membres de l’équipage, et les scientifiques du bord, ordonna le capitaine Valerius.


C’était un vétéran des missions d’exploration, et il avait été le premier à reconnaître plusieurs dizaines de nouvelles planètes dans sa longue carrière. À presque cinquante ans, celle-ci devrait sans doute être sa dernière. Il avait tenu à la diriger car Sirius et lui avaient été, depuis l’école spatiale, deux camarades très proches. Il n’était pas facile dans leur métier d’entretenir des liens d’amitié car les missions étaient longues et ne donnaient pas souvent l’occasion de se rencontrer et partager, mais la leur était solide, mélange d’admiration réciproque et de convergence de goûts.


L’équipe qui devait aller inspecter la colonie établie par leurs prédécesseurs était constituée de cinq personnes. Le capitaine lui-même, deux soldats, Caius et Brutus, un spécialiste informatique, José, une spécialiste de la faune et de la flore extraterrestre, Sophie, et un médecin, Sévère. Le reste de l’équipage, une vingtaine de personnes, resterait en orbite le temps de l’exploration sous les ordres de son second, Thibaud.


- Et bien, où en sommes-nous ? Je propose que chacun de vous fasse le point pour que nous soyons tous au même niveau d’information avant de partir.

- Je peux commencer si vous le permettez mon capitaine, dit José. J’ai pu me connecter à l’ordinateur de la base et inspecter l’ensemble des systèmes. La centrale énergétique est toujours en fonctionnement, et les équipements semblent en état de marche. Tous les véhicules d’exploration sont dans leurs box. La réserve de vivres est pratiquement pleine, ainsi que la réserve d’eau. Les caméras de surveillance fonctionnent, mais personne n’est visible. J’ai essayé de visualiser les archives, mais ils avaient dû mettre une durée limite de conservation, rien ne remonte à plus de trois mois, et sur toute cette période, les ordinateurs n’ont détecté aucun mouvement. Je ne suis pas arrivé à localiser leurs émetteurs de survie, c’est assez étrange car leur autonomie, en mode de sauvegarde est de plusieurs dizaines d’années. La porte d’entrée est grande ouverte. Le vaisseau principal est stationné sur sa zone d’atterrissage, et a été utilisé à plusieurs reprises pour effectuer des voyages d’exploration ; le dernier correspond à la date à partir de laquelle nous n’avons plus rien reçu.

- De mon côté, dit Sophie, je me suis attachée à essayer de compléter notre connaissance de la vie sur cette planète. Un travail considérable avait été fait par mon collègue, et je me suis servie de ses observations. Ce sont les océans qui renferment le plus d’espèces animales. J’ai pu faire des scanners des zones les plus riches. La taille des animaux ne dépasse pas trois mètres pour les plus grands. J’ai pu observer sur des photographies des êtres ressemblant à des dauphins qui nageaient à la surface de l’eau. J’ai envoyé des sondes automatiques pour faire des analyses. On se croirait vraiment sur la terre, la composition de l’eau est équivalente à celle de la Méditerranée ; la température en surface est entre vingt-cinq et trente-quatre degrés. Par contre, la vie sur la partie émergée semble beaucoup moins développée. Je n’ai rien identifié qui pourrait se rapprocher de nos grands mammifères. Les plus gros spécimens semblent être des herbivores de la taille d’une antilope. Les sondes en ont trouvé des troupeaux conséquents vers les pôles, là où il y a de grandes zones herbeuses. L’absence de grands animaux avait étonné Sirius qui avait lancé des explorations systématiques de différents habitats, mais sans résultat. Il y a très peu d’animaux dans la zone contiguë à la station d’exploration ; ce qui est étrange, c’est qu’il y a comme un cercle de quelques centaines de mètres de rayon où la présence de vie est nettement plus faible qu’ailleurs, comme si les animaux avaient été effrayés par la proximité des humains alors qu’ils ne se sont certainement pas conduits en prédateur. Bien que José nous ai dit que la porte d’entrée était ouverte, je n’ai détecté à l’intérieur des bâtiments aucune forme de vie.

- Ils avaient monté la station météorologique - rajoute Xian, le géologue - et là j’ai pu consulter toutes les données archivées depuis leur arrivée, puisque celles-ci sont automatiquement conservées pour plusieurs siècles. Le temps a été remarquablement stable pendant toute la période. La température moyenne est de trente degrés, avec un maximum à trente-cinq et un minimum à vingt degrés. Pratiquement pas de vents, sauf lors des pluies qui ont été peu fréquentes. Il a plu quatre fois en six mois, et le total des précipitations a été de soixante centimètres.

- Je voudrais rappeler à tous - intervint Thibaud - le pourquoi de notre mission, et insister sur les dangers de celle-ci. Vous savez que l’équipage de Sirius est arrivé sur cette planète il y a douze mois. Nous avons reçu son dernier rapport d’activité il y a huit mois. Il semble que les quatre mois passés sur Zelta aient été consacrés à l’édification de la zone d’habitation et des dépendances, et à l’exploration des terres. Ils ont recueilli deux cent cinquante espèces animales, et plus de mille espèces végétales ; ils ont exploré plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés. Une période bien occupée et qui laissait peu de temps libre. Rien dans leurs rapports ne semble indiquer un quelconque danger. Aucune forme de vie intelligente n’est signalée, ni autochtone, ni extra planétaire. Sur le dernier rapport, il est fait état d’une zone singulière dans les montagnes de l’ouest où aucune trace de vie animale n’avait été détectée par les sondes automatiques sur près de cinquante mille kilomètres carrés, alors que la zone était couverte de prairies très riches. Ils avaient décidé d’y aller tous ensemble, exploration d’un côté, mais aussi leur première période de temps libre depuis leur arrivée. Nous savons que le vaisseau a été ramené à la base, il y est toujours, mais nous n’avons plus eu aucune nouvelle depuis.


Sophie, qui avec ses vingt-cinq ans était la plus jeune de l’équipe - c’était sa première exploration - reprit la parole pour indiquer que la zone indiquée comme dépourvue de vie dans le rapport était aujourd’hui peuplée de hordes de gazelles. Malgré son jeune âge, elle était une des plus grandes spécialistes de la faune spatiale. Elle avait été rapidement intégrée dans l’équipe, sans doute un peu grâce à José qui ne semblait pas insensible à son charme.


Valerius prit enfin la parole pour confirmer qu’ils iraient sur place dès le lendemain, et pour leur rappeler que malgré les apparences paisibles, un équipage avait disparu et qu’il fallait en déterminer les causes, sans rejeter comme impossible un acte de malveillance.



2. Sur place


Après cinq jours sur place, l’équipe de secours n’avait pas fait beaucoup de progrès. Tous les équipements de la station étaient en parfait état de marche, depuis la cuisine jusqu’aux véhicules d’explorations. Aucune arme de semblait manquer dans l’armurerie, à l’exception des lasers portatifs qui ne devaient en aucun cas quitter les explorateurs sur une terre inconnue. Si la présence de l’équipe précédente était attestée par les traces qu’ils avaient laissées, aucun indice n’avait pu être trouvé qui puisse expliquer leur disparition. Au contraire, tout semblait s’être passé normalement.


Sophie s’était plongée dans la collection constituée par son collègue, et était éblouie par la richesse des formes vivantes identifiées dans un aussi cours laps de temps. Elle avait, accompagnée d’un soldat, effectué plusieurs voyages d’exploration, et avait confirmé l’ensemble des observations telles qu’enregistrées huit mois auparavant. Elle découvrit dans les notes accompagnant les descriptions des espèces, que l’absence de prédateurs, autant sur la terre que dans la mer, avait souvent préoccupé l’équipe de Sirius.


Valerius avait décidé ce jour-là d’aller à l’endroit du dernier voyage de Sirius, localisé grâce aux instruments de bord du vaisseau. Sophie, José et Caius devaient rester à la base, tandis que Sévère, Brutus et lui partiraient pour les montagnes de l’ouest.


Le trajet fut rapide, la zone à explorer était à moins de trois mille kilomètres. Ils trouvèrent l’endroit exact où s’était posé le vaisseau lors de son premier voyage, et entreprirent à partir de là d’effectuer des cercles de reconnaissance avec les trottinettes. Ils étaient au milieu d’une plaine immense, parcourue par un fleuve aux eaux tranquilles et qui devait avoir près de deux cents mètres de large. Sur ses bords, de délicats échassiers pêchaient, complètement insensibles à leur présence, démontrant par leur comportement l’absence usuelle de prédateurs. Ils traversèrent un troupeau de gazelles sans qu’aucune ne cherche soit à attaquer, soit à fuir. Leurs cornes étaient réduites à leur plus simple expression, et semblaient faites de chair et non d’os. Elles étaient de couleur orange vif, avec le bas des pattes d’un blanc de neige. Sur certaines, de petits oiseaux verts picoraient ce qui devait être des insectes.


En développant petit à petit une spirale, ils s‘étaient éloignés de plus en plus du vaisseau, sans avoir pu détecter la moindre trace d’une présence humaine passée. La monotonie du paysage était parfois rompue par quelques bosquets d’arbres Ceux-ci ressemblaient à de hautes fougères et présentaient des dégradés de couleurs allant du vert à l’orange. Lassés, ils décidèrent de rejoindre une petite forêt, se disant que si leurs prédécesseurs étaient venus ici pour aussi se détendre, ce pouvait être le meilleur endroit pour un déjeuner sur l’herbe.


Au campement de base, José et Sophie étaient partis le long de la côte pour rejoindre l’estuaire d’une rivière où Sévère avait signalé de gros mammifères aquatiques. Il faisait chaud et la mer toute proche donnait comme un air de vacances. Après quelques hésitations, c’est avec un plaisir presque coupable qu’ils décidèrent d’aller se baigner, malgré l’interdiction décrétée par Valerius. L’eau était parfaite. La jeunesse aidant, ainsi que le plaisir de la transgression, c’est en riant à gorges déployées qu’ils en sortirent, dégoulinants et resplendissants, quelques temps après. Le sable était chaud, l’ombre des fougères accueillante, ils s’y allongèrent à bout de souffle. La tête posée sur le ventre de son compagnon, Sophie pensait au chemin qu’elle avait parcouru depuis son entrée à l’école spatiale, il y avait de cela près de dix ans. Elle n’aurait jamais rêvé alors pouvoir un jour occuper un poste d’une telle responsabilité, venant d’une famille pauvre des faubourgs de la ville centrale. Le goût salé de la peau de José lui faisait penser à son amour de jeune fille qu’elle avait perdu de vue quand elle avait rejoint l’université. Tant de travail avait été nécessaire pour se hisser à la tête de sa promotion, qu’elle n’avait pas eu l’occasion de profiter des plaisirs de la vie. Elle était si heureuse en ce moment là qu’elle ne put s’empêcher de faire comprendre à José qu’elle avait envie qu’il l’embrasse.


C’est par un cri perçant que leur premier baiser fut interrompu. Un cri de bête sauvage, déchirant et étonné. D’un bond ils se relevèrent et quelques minutes après couraient vers le lieu d’où semblait avoir été émis le cri. À l’embouchure de la rivière, de grands mammifères, ressemblant à des hippopotames couraient dans tous les sens, se heurtaient aveuglément, semblaient avoir perdu le sens de l’orientation. Au bout de quelques minutes néanmoins, tous étaient dans l’eau et fuyaient le rivage à toute allure.


Le silence à l’approche du bois était surprenant. C’était comme si toute la sauvagine s’était subitement tue. L’ombre sous les feuillages était épaisse, plusieurs étages de végétaux se disputant les maigres rayons de soleil. Ils quittèrent leurs véhicules à la lisière, et pénétrèrent à l’intérieur par quelque sente animalière. Ils reconnaissaient les espèces végétales décrites par Sophie, mais aucun signe de vie animale n’était perceptible. Valerius sortit sa console de commande portative pour ordonner le survol de la zone par deux drones détecteur de vie. Ils en auraient pour vingt minutes pour dresser un tableau complet de ce qui pouvait bien se cacher sous les frondaisons. Ils gagnèrent une sorte de grande clairière inondée de soleil. En son centre une grande pierre semblait en attirer les rayons ; c’était un extraordinaire cristal de pyrite, presque effrayant par sa froideur scintillante. Ils reçurent à cet endroit le compte-rendu de l’exploration faite pas les robots : aucun être vivant ne peuplait le bosquet à part eux. C’est la main sur leurs pistolets laser, un peu honteux néanmoins de laisser ainsi transparaître une inquiétude que rien ne semblait justifier, qu’ils continuèrent le chemin. Au bout d’une centaine de mètres, dans un virage, une forme gisait au milieu du chemin.


Le premier effet de surprise passé, alors qu’ils s’étaient jetés à l’abri, prêts à faire feu, force leur fut de reconnaître qu’il s’agissait d’une forme inanimée. S’en approchant, ils reconnurent la tunique d’un membre d’équipage de la guilde. Après quelques recherches fébriles aux alentours, ils découvrirent la balise personnelle du propriétaire de la tunique, complètement vidée de son énergie, ce qui était en soi extraordinaire. José devrait essayer de comprendre comment cela avait pu être possible.


De retour à la base, ils essayèrent de tirer quelques enseignements de leurs aventures respectives, mais sans succès. José avait analysé la balise. Il avait dû la recharger pour avoir accès à son contenu et ne pouvait pas expliquer comment l’énergie qui était contenue dans la pile, et qui aurait dû pouvoir durer des dizaines d’années, avait pu être épuisée si vite. Il s’agissait de la balise de Crion, médecin de Sirius.


Thibaud, à la demande de Sophie, leur fit parvenir une série de photographies que le vaisseau principal avait prises dans son entreprise de surveillance et de cartographie de la planète. On y voyait la plage et l’embouchure de la rivière, on y voyait les hippopotames, et enfin Sophie et José seuls devant l’océan. Si quelque chose était arrivé à ces animaux, la caméra du vaisseau l’avait raté. On y voyait aussi Sophie et José sortant de l’eau.


Tous les objets trouvés dans la journée furent passés au crible des analyseurs biologiques pour déterminer s’ils n’avaient pas gardé ne serait-ce qu’une infime trace animale ou végétale qui aurait pu être à l’origine de la disparition de Crion. Rien ne fut trouvé. Sophie et José furent aussi passés au détecteur. Rien de différent de ce qui avait déjà été trouvé dans des échantillons d’eau de mer ne fut identifié, les résultats étaient concordants jusqu’aux plus extrêmes détails.


Le repas se passa dans un silence pesant, ils réalisaient maintenant que leurs collègues avaient vraiment disparu, et qu’ils ne les reverraient sans doute pas vivants. C’est vers la fin du dîner que Sophie fit brusquement remarquer que ce qui avait attiré l’équipe précédente dans les montagnes de l’ouest, c’était l’apparent déficit de vie dans la zone concernée. Elle comprenait du récit de Valerius, qu’à part le bosquet dans lequel ils avaient trouvé la tunique, la zone regorgeait maintenant d’espèces animales, alors qu’autour de la base on ne trouvait plus d’animaux. Si quelque chose avait été, là-bas, à l’origine de la disparition de l’équipage, ce quelque chose pouvait bien être maintenant autour d’eux.



3. Sophie a disparu


Dès le lever du jour, toutes les sondes automatiques furent déployées pour explorer méticuleusement, avec le degré de précision maximum, tout l’espace autour de la base. Le flux de données était tel qu’il avait fallu regrouper plusieurs unités de stockage pour y faire face. Sophie et Sévère passèrent toute la matinée à scruter les interminables relevés à la recherche d’une forme de vie non encore répertoriée ; en vain.


Thibaud avait envoyé un drone spécial permettant de détecter la matière utilisée pour fabriquer les balises de secours individuelles. Ils pensaient pouvoir détecter les balises manquantes malgré l’épuisement de leur énergie. Le capitaine et José retournèrent aux prairies des montagnes de l’ouest pour cette opération. Ils trouvèrent le lieu tel qu’ils l’avaient laissé la veille, et déployèrent l’engin, en en suivant la progression sur l’écran de contrôle du vaisseau. Au bout de deux heures de recherche systématique en cercles concentriques autour de l’aire d’atterrissage, Valerius décida d’envoyer le détecteur sur le bosquet trouvé la veille. L’attente ne fut pas longue, six objets furent bien vite signalés.


- José, l’appareil ne peut pas identifier s’il s’agit vraiment des balises, il ne peut que confirmer que c’est la bonne matière. Il faut que nous y allions. Déplace le vaisseau, il n’est pas nécessaire de prendre les véhicules individuels.


Quelques instants après, sous la protection des armes automatiques du bâtiment, ils étaient sur place. À chaque endroit indiqué par le drone, ils trouvèrent les mêmes choses, une tunique, vide, immaculée, et une balise vidée de son énergie. Dans le vaisseau José put confirmer que toutes appartenaient à un des membres de l’équipage de Sirius. Seule la balise du capitaine manquait maintenant.


- Mon capitaine, si le vaisseau était à la base, c’est que quelqu’un a pu le ramener. Seule la balise de Sirius manque, on va peut être la trouver autour de la base. Allons-y.

- C’est peut-être en retournant à la base que Sirius a ramené ce qui a causé la disparition des autres. Je ne pense pas qu’il y est danger ici maintenant, mais là-bas, oui. C’est autour de la base que les animaux ont disparu. Allons-y, nos camarades sont en danger, je le sens.


Après le déjeuner, Sophie prit un des véhicules individuels pour aller explorer de visu la côte, au-delà de l’embouchure de la rivière où ils avaient été témoins la veille de cet étrange phénomène de panique chez les hippopotames. La journée était magnifique, la mer d’un bleu turquoise profond, le sable blanc, tous les éléments d’une carte postale de vacances paradisiaques. Malgré cela, Sophie ressentait une angoisse de plus en plus poignante à mesure qu’elle s’éloignait du camp. Elle aurait dû sans doute demander au soldat de l’accompagner, mais elle n’avait pas voulu laisser Sévère seul à la base. Elle pouvait elle fuir, si besoin était, grâce à son véhicule.


Elle reconnut l’endroit où avec José ils s’étaient étendus la veille, et elle ressentit comme une chaleur nouvelle en elle. Il lui manquait déjà, elle aurait voulu qu’il soit là, à ses côtés pour cette exploration. Arrivée à la rivière, elle commença par la remonter, observant les rives et enregistrant ses observations sur son magnétophone. Le lit de la rivière était très large et sinueux. Contrairement à la veille, aucun animal n’était visible ; sa sonde aquatique n’indiquait pas non plus la présence de poissons. C’était comme si l’eau était morte alors que sur les rives la forêt s’arrêtait abruptement, semblait comme hésiter à envahir le fleuve. Mais si la végétation était exubérante, aucun bruit ne perçait les frondaisons, aucun cri d’oiseau, aucun son d’insecte.


Après une remontée de près de dix kilomètres, elle arriva sur les bords d’un grand lac, et fut saisie du spectacle qui s’offrait à elle. Des milliers d’échassiers roses envahissaient la zone de faible profondeur ; sur les plages, plusieurs troupeaux de gazelles, d’hippopotames, et de ce qui semblait être des rongeurs, se partageaient l’espace le temps de se désaltérer. Le lac grouillait de vie, et de-ci de-là, des poissons crevaient la surface dans leur chasse aux moustiques. Et beaucoup d’entre eux périssaient de leur gourmandise, happés par des oiseaux pêcheurs aux plumes rouges et bleues, qui planaient à quelques centimètres de la surface. Ils avaient été décrits par l’équipe de Sirius, mais c’était les premiers qu’elle voyait. Elle était fascinée par leur chasse, la mort qui frappait instantanément et en silence. Au milieu du lac, des îles flottantes constituées de roseaux dérivaient au gré des courants. À l’autre extrémité du lac, les terres s’élevaient, et la rivière en débouchait par un grand canyon creusé dans de la roche dure. Sophie décida de retourner sur la côte pour continuer son exploration. Néanmoins, avant de faire demi-tour, elle voulut transférer à la base toutes les données collectées. Après plusieurs tentatives, force fut de constater qu’elle avait perdu la liaison radio. Encore un problème d’énergie pensa-t-elle. Il était maintenant nécessaire de rentrer au plus vite.


Dès leur retour Valerius et José lancèrent une nouvelle fois le drone à la recherche de la balise de Sirius. L’attente ne fut pas longue, la tunique et la balise furent trouvées à quelques cent mètres de la base, dans un trou qui semblait avoir été creusé par l’équipe d’exploration pour effectuer des carottages. Les mêmes constatations s’imposèrent, aucune trace sur la tunique, aucune trace sur la balise. Tout l’équipage au secours duquel ils étaient venus semblait gésir sur la table du laboratoire, les tuniques bien alignées, les balises à la place de leur cœur.


Le rapport de Sévère n’amenait rien de nouveau, et ce vide, cette absence de menace identifiée, faisait peser une atmosphère lourde sur l’équipe tandis qu’ils se préparaient pour le dîner.


Ce n’est qu’après avoir mis le couvert et appelé Sophie qu’ils croyaient dans la bibliothèque, qu’ils se rendirent compte qu’ils ne l’avaient pas vue de toute l’après-midi.


- Sévère - demanda José - sais-tu où est allée Sophie ?

- Elle m’a dit qu’elle voulait aller inspecter la côte au-delà de l’embouchure de la rivière, là où vous avez été témoins hier de cette étrange scène.

- Et elle est partie seule ?

- Oui mon capitaine, répondit le soldat qui avait été de garde à la base, elle m’a demandé de rester ici pour surveiller les locaux tandis que le docteur était au laboratoire. Elle est partie sur un véhicule individuel, on doit pouvoir l’appeler.

- José, s’il te plaît, appelle-la vite.


Ce n’est qu’après plusieurs essais infructueux de communication que José décida d’aller voir au garage s’il pouvait localiser le véhicule pris par Sophie sur l’écran de contrôle du parc de véhicules. Il revint quelques minutes plus tard, affolé.


- Tous les véhicules de la base sont au garage, et leurs ordinateurs de bord indiquent qu’ils n’ont pas été utilisés depuis hier. Sur quoi est donc partie Sophie ?

- Je peux vous assurer qu’elle est partie sur une trottinette, le numéro cinq.

- Mais le cinq est au garage !

- José, est-ce que vous pouvez détecter la balise de survie de Sophie ?

- Non mon capitaine, la fréquence correspondante est vide. Pas de signal. C’est comme les autres…

- Nous ne pouvons pas la laisser dehors. Sévère avec moi dans le vaisseau ; Caius vous venez avec nous. Prenez vos armes. José tu restes là, et tu lances le drone de reconnaissance que nous avons utilisé cette après-midi, à la moindre indication tu me préviens. Nous allons explorer de visu la zone côtière.



4. Dans les modules


Le soleil se levait par delà les montagnes de l’est. Ses rayons irisaient la surface de la mer, parfaitement calme, de couleurs improbables. Là-haut, dans un ciel d’un bleu éclatant, passaient des compagnies d’oiseaux dont les ailes se jouaient des rayons de lumière. Leurs cris arrivaient jusqu’au sol comme un salut céleste. Le silence régnait autour des modules. Tous dormaient encore. Dans la salle d’analyse, éclairée par le soleil levant d’une couleur pourpre, la tunique et la balise de Sophie gisaient sur la table à côté de celles de la mission de Sirius.


Le premier levé, bien qu’il n’ait pas dormi, fut José. Après avoir erré dans les couloirs, sans savoir ce qu’il cherchait, il se laissa choir dans un fauteuil du salon. Les images de la veille ne cessaient de revenir dans sa tête : le départ du drone, son attente devant l’écran, espérant et redoutant à la fois recevoir l’écho de la balise de Sophie, son départ en toute hâte, la tunique gisant sur le sol, la balise à ses côtés. Et puis la mer et la plage, leurs baignades, leurs étreintes, se pourrait-il que tout soit fini ? Le silence dans les modules n’était rompu que par le cliquettement des appareils de surveillance, et le ronronnement de la ventilation. Qu’est-ce qui pouvait bien se passer sur cette terre ? Pourquoi ces disparitions ? Qu’est-ce qui en était à l’origine ? Avaient-ils été tués, ou y avait-il encore un espoir. Tout se mélangeait, rien ne paraissait logique, même si aucune vie n’avait été détectée, il fallait qu’il y ait quelque chose. Mais si quelque chose il y avait, quelque chose de vivant, agissant quand l’occasion se présentait, il était impossible que les instruments ne puissent le détecter. À moins que cela ne soit trop rapide, ou que les logiques utilisées pour concevoir les programmes ne soient pas adaptés à ce qu’il y avait ici. Se pouvait-il par exemple que ce qui était à l’origine de tout cela ne s’anime que de très brefs instants, et reste la plupart du temps inerte ?


Vers huit heures du matin, Sévère le rejoignit. Il ne semblait pas avoir dormi beaucoup lui non plus cette nuit-là. Il se laissa tomber dans le fauteuil en face de José.


- Sévère, je n’ai pas pu dormir de la nuit, et je n’ai pas cessé de ressasser tout ce que nous avons vu depuis notre arrivée ici. Il doit y avoir quelque chose de vivant à l’origine de ces disparitions, à l’origine du départ des animaux de certaines zones. Ce que nous avons vu il y a deux jours avec Sophie, c’était des animaux affolés, c’était la peur qui les faisait fuir.

- Ce pourrait être une explication, mais nos instruments ont prouvé leurs capacités à identifier toute forme vivante. Nous n’avons rien enregistré, rien vu.

- Et si c’était quelque chose qui ne s’animait que par intermittences. Nous enregistrons tellement de données que les algorithmes ont nécessairement des filtres pour éliminer des signaux qui ne seraient pas cohérents. Je ne connais pas suffisamment les programmes, mais j’imagine que des signaux de vie qui auraient une apparence aléatoire pourraient être éliminés comme hors du domaine du possible. Il faudrait peut-être éliminer les filtres et relancer une recherche autour des modules.

- C’est une idée intéressante, mais je n’arrive pas à imaginer une créature capable de se comporter de cette façon. Mais on pourrait essayer. Combien faudrait-il de temps pour modifier les appareils ?

- Une ou deux heures au maximum. Oui, il faut tester. Allons en parler à Valerius.

- J’ai croisé Valerius en venant ici, il sera là dans cinq minutes, nous discuterons de ton idée en buvant un café. Ils sont très confortables ces fauteuils, je ne les avais pas encore essayés.

- En effet, et je m’étais demandé d’ailleurs pourquoi il n’y en avait qu’un dans ce salon. Quelqu’un a dû en trouver un autre dans une autre pièce et l’emmener ici. Tiens voilà le capitaine.


José s’était tourné vers le couloir pour faire signe à Valerius et il fut épouvanté par la transformation de l’expression du capitaine au moment même où, de l’endroit où se trouvait Sévère, provenait un cri déchirant, de douleur et de stupeur. Relevé d’un bond, il eut le temps de voir Sévère pratiquement disparaître, le visage crispé, à l’intérieur d’une forme qui rappelait le fauteuil dans lequel Sévère avait été assis, mais qui maintenant avait perdu toutes ses couleurs pour n’être qu’une espèce de brouillard teinté de rouge, rouge comme le sang de son compagnon. Des faisceaux lasers jaillirent autour de lui, le capitaine tirait sur la chose, sans aucun effet apparent. Il n’y avait plus rien à faire pour le médecin, et, n’ayant pas d’armes, il rejoignit le plus vite possible le capitaine. Arrivé à son niveau il le vit actionner les portes d’isolement des modules, et les portes, à l’épreuve des armes les plus lourdes se fermèrent derrière lui. Les deux soldats arrivèrent au même instant, prêts au combat. Au travers des portes, la scène qu’il venait de quitter avait repris son apparence de normalité, les deux fauteuils se faisaient face ; sur un de ceux-ci, une tunique blanche était posée, par terre une balise individuelle. Sévère avait disparu lui aussi.


José expliqua à ses trois collègues la théorie que lui et le médecin avait élaborée juste avant l’événement. Théorie que ce qui venait de se passer semblait confirmer malgré son caractère impossible.


- José - ordonna le capitaine - nous devons agir maintenant. Nous devons d’une part confirmer ou infirmer votre théorie, et trouver des moyens pour détecter ses créatures et les détruire. Nous avons un cobaye dans la pièce à côté, nous allons l’utiliser. Allez vous procurer deux détecteurs de vie ainsi que leurs modules de programmation. Vous allez enlever les filtres et les algorithmes de tri, on en gardera un pour surveiller cette pièce et éventuellement voir les effets que nos armes pourront avoir sur lui, et nous enverrons l’autre faire une reconnaissance autour des modules. Vous, Caius, allez chercher les armes portatives chimiques dans le vaisseau, ainsi que les fusils laser et à projectiles. Je vais de mon côté visualiser sur mon moniteur individuel les images prises à notre arrivée pour détecter si certains objets ont été dupliqués depuis, comme ce fauteuil.


Une heure après, José avait terminé son travail de reprogrammation. En supplément de la suppression des filtres, il avait ajouté une fonction d’alerte en cas de détection fugitive d’une trace de vie qui actionnait un signal sonore et déclenchait une prise de vue. Un drone fut équipé et envoyé patrouiller à l’extérieur. Il ne s’était pas passé plus de deux minutes quand l’avertisseur sonore commença à se déclencher de manière régulière. Les photos qui étaient renvoyées sur les moniteurs montraient des arbres, des pierres, un module de transport, des caisses de transbordement. Ils firent exécuter à l’appareil une trajectoire circulaire. Si les alertes sonores n’apparaissaient pas suivre un rythme constant, les images envoyées, elles, montraient bien toujours les mêmes objets.


Le second appareil fut introduit dans le salon. Le signal obtenu présentait lui aussi des pics de détection qui semblaient aléatoires en fréquence et intensité. Ils provenaient tous du fauteuil, et exclusivement du fauteuil.


La première arme testée fut le pistolet laser. Si momentanément le fauteuil semblait localement détruit par l’impact, cela ne durait que quelques instants, et il se reconstituait à l’identique. Lors de l’impact, et tout le temps de la reconstitution, le signal de vie était constant. L’arme à projectile eut les mêmes effets, les trous faits dans la matière se refermaient instantanément. Les armes chimiques n’eurent pas plus de succès, même si pour certaines la durée du rétablissement semblait être plus longue. La dernière expérience tentée fut de supprimer tout l’oxygène du salon qui avait été isolé complètement du reste des modules. Quand la quantité restante d’oxygène eut atteint des valeurs de quelques pour cent, le signal devint constant, et son intensité se mit à croître. Les couleurs du fauteuil pâlirent, les formes s’estompèrent. Quand l’oxygène restant dans l’atmosphère eut atteint des valeurs non mesurables, ils n’avaient sous leurs yeux plus qu’une espèce de nuage translucide qui s’était affaissé sur le sol. Au bout de trente minutes, le signal de vie cessa complètement.


Les quatre hommes avaient rejoint la salle de commande. Ils avaient fait patrouiller le drone dans l’ensemble des pièces et détecté douze objets similaires. Grâce aux archives des caméras de surveillance, ils purent déterminer quand ces objets étaient apparus. Si pour quatre d’entre eux, ils avaient été là à leur arrivée, les huit autres étaient apparus petit à petit durant leur bref séjour. Ils se rendirent compte qu’ils avaient vécu à leurs côtés, et qu’ils en avaient utilisé certains. José frémit particulièrement quand il vit Sophie se sécher les cheveux avec ce qui devait être une de ces créatures.


Valerius contacta Thibaud pour lui expliquer ce qu’ils avaient compris de la situation. Aussi incroyable que cela puisse paraître il fallait se rendre à l’évidence. Ils étaient en présence d’une forme de vie qui était capable de se transformer en matière inanimée, mais aussi en appareil. C’est sur une de ces créatures transformée en trottinette que Sophie était partie, et c’est le véhicule qui avait dû la digérer. Jamais de mémoire d’explorateur, un phénomène similaire n’avait été observé.


Ils décidèrent d’essayer de capturer deux de ces créatures, et de se débarrasser des autres en enlevant l’oxygène de l’air pendant toute une nuit. Utilisant des caissons conçus pour transporter des espèces chimiques dangereuses, ils arrivèrent à emprisonner le sèche-cheveux dont Sophie s’était servi, et une descente de lit. Ils n’avaient pas osé le faire eux-mêmes, et avaient utilisé pour cela un robot domestique. Le salon étant maintenant nettoyé, ils y entreposèrent les réceptacles. Il fallut près de trois heures pour atteindre dans les autres modules le niveau d’oxygène qui avait permis de supprimer la créature du salon. Ils se relayèrent toute la nuit devant le moniteur pour en vérifier les conséquences et s’assurer qu’il n’y avait pas d’autres intrusions.



5. La fin du cauchemar


Ils avaient passé la nuit dans la salle de commande, la mieux protégée de toutes les pièces de la colonie. Valerius avait hésité à demander à Thibaud d’envoyer des renforts tant que la menace n’était pas mieux identifiée ; il craignait de contaminer le vaisseau principal. Cette décision avait été prise notamment quand force fut de constater au matin que les deux créatures emprisonnées avaient dissous leur prison et n’étaient plus détectées dans le salon. Les restes des autres créatures avaient été placés dans des caissons étanches ; un avait été envoyé au vaisseau principal pour y subir un protocole d’analyses complètes avec le support des logiciels de l’équipe biologique restée en orbite. Des traces d’ADN avaient été détectées, mais aucune banque de données n’avait en mémoire des séquences analogues. On ne savait pas même si ces molécules avaient le même rôle que dans le reste du monde vivant. De grandes molécules, encore plus complexes que l’ADN, avaient été identifiées, et les programmes de reconstitution de structures étaient en train d’essayer d’en avoir une image précise de façon à pouvoir essayer d’en déduire les propriétés principales.


Ils étaient épuisés, aucun n’avait pu dormir de toute la nuit. Ils avaient réussi à faire passer l’ensemble des données de la mission aux ordinateurs de bord pour bénéficier de l’analyse dépassionnée que pourraient en faire les ingénieurs restés en orbite. Pendant ce temps ils avaient vérifié l’étanchéité de toutes les issues. Ils supposaient pour le moment qu’une protection étanche était suffisante pour se protéger des créatures, et ce malgré ce qui s’était passé pour les deux qui avaient été capturées. Ils avaient mis en ordre de marche les scaphandres dans le cas où ils seraient obligés d’empoisonner l’air de tous les modules. Le drone n’était pas capable d’identifier d’éventuelles traces de vie au travers des portes séparant les pièces, mais une surveillance par caméra était possible, et c’est à cela que les soldats s’étaient relayés.


Vers dix heures, Thibaud demanda l’organisation d’une téléconférence.


- Mon capitaine, j’ai des informations inquiétantes à vous communiquer. Hier soir, lorsque vous nous avez informés de votre tentative de détection de vie à l’aide du drone, j’ai lancé la même démarche à l’aide des instruments du vaisseau qui sont nettement plus puissants. Nous avons effectivement détecté, après avoir enlevé les filtres, les mêmes signaux que les vôtres, de façon dispersée sur le territoire. Nous avons couvert un cercle de près de deux cents kilomètres de diamètre. Après avoir reçu vos données, nos informaticiens ont lancé des programmes d’analyses détaillées. Nous venons d’avoir les résultats, et je crains que nous soyons confrontés à des créatures capables d’agir de façon concertée, et possédant un moyen de communication. Les signaux sporadiques et dispersés que nous avions identifiés ont changé d’apparence vers six heures du soir. C’est l’heure à laquelle vous avez commencé à faire diminuer la proportion d’oxygène dans les pièces où les créatures se trouvaient. Leur intensité a presque doublé, et si au début ils arrivaient de manière aléatoire, bientôt ils se sont synchronisés. Toute la population de ces créatures semblait vivre, ou ressentir, à l’unisson de celles qui étaient en train de mourir. Au moment où les vôtres ont jeté leur dernier signal, les signaux de celles qui étaient à l’extérieur sont devenus constants. Depuis ils n’ont pas cessé.


- Thibaud, avez-vous pu détecter dans ces signaux des fluctuations que l’on pourrait rapprocher d’un code ou d’un langage ?

- Non, je ne crois pas que ce soit de cela qu’il s’agisse. Les informations doivent être transmises par un autre moyen. Ces créatures ne sont vivantes que par moment, elles sont inanimées autrement. Maintenant, et ce sans doute depuis la première fois depuis votre atterrissage, elles sont animées de manière constante ; et elles se déplacent.

- Elles viennent ici, ou au contraire s’éloignent-elles ?

- Elles convergent à grande vitesse vers vous, il y en a des centaines, un premier peloton est à quelques centaines de mètres de vous, votre drone va bientôt les détecter. Elles devraient être sur vous dans cinq minutes. La deuxième vague est à dix minutes derrière. Vous devez fuir.

- Nous avons l’impression qu’elles ne peuvent pas attaquer nos défenses, nous allons essayer de tester sur elles l’ensemble de nos moyens défensifs et offensifs. Nous devons trouver un moyen de les détruire. Nous devons essayer aussi de communiquer avec elles, ou de comprendre comment elles communiquent. José, connectez immédiatement le drone au moniteur de contrôle de façon à ce que nous puissions voir sur l’écran précisément leurs positions lors de l’émission du signal. Vous, Caius, vous allez attaquer ces choses, en commençant par les armes chimiques. Je vais de mon côté, avec Brutus, préparer la navette d’exploration pour que nous puissions nous enfuir si cela devient nécessaire. Allez, exécution.

- Mon capitaine, ne pensez-vous pas qu’il serait mieux que je vous envoie un convoyeur rapide pour vous évacuer rapidement. Je ne suis pas sûr que nos armes soient suffisantes.

- Thibaud, ces choses ont anéanti l’équipe de Sirius, ont dévoré, digéré Sirius et ses hommes. Elles ont offert le même sort à Sophie et à Sévère. Nous devons nous battre et trouver un moyen de les anéantir.


Les haut-parleurs de l’ordinateur central commencèrent à faire entendre le signal qu’ils avaient entendu pour la première fois la veille ; mais cette fois de manière continue. Immédiatement après, des photographies et des coordonnées apparurent sur l’écran. Les soldats firent feu pratiquement de manière continue, mais le son était toujours le même, et les choses progressaient. De temps en temps, suite à l’impact d’une arme particulière, une certaine luminescence semblait découper les contours d’une de ces créatures, mais elles continuaient à avancer. Les premières étaient arrivées contre la première enceinte des modules. Elles cessèrent leur progression, quelques minutes, puis se transformèrent.


Le bruit que fit la destruction de la paroi du module extérieur fut couvert par la détonation des canons à électrons déclenchés par Caius. Le premier objet animé parut se figer un instant, des éclairs le parcoururent, illuminant les décombres. Puis il recommença sa progression, suivi d’une dizaine de ses congénères. Toute la puissance de feu de la station fut dirigée vers eux ; le métal fondit, les créatures continuaient à avancer. Elles n’étaient plus qu’à quelques minutes, ils étaient perdus. Valerius, José et les soldats étaient comme figés devant l’attaque, n’arrivant pas à comprendre comment il était possible de résister à cette puissance de feu, et regardaient, hagards, les créatures s’approcher d’eux.


C’est Thibaud qui les sauva, en utilisant la pleine puissance de la sonorisation des modules, et en leur enjoignant de fuir vers la navette. Cela suffit pour que Valerius reprenne ses esprits et agisse pour sauver ce qui restait de l’équipe de secours. D’un geste vif il les entraîna vers l’arrière, les attaquants n’avaient pas encore encerclé complètement la zone. Ils se ruèrent vers la navette alors que le Capitaine déclenchait au dernier moment l’ouverture des portes d’accès. Deux minutes après ils étaient dans les airs ; sauvés.


La navette faisait du sur-place au-dessus des modules, les créatures s’étaient arrêtées, comme si elles avaient compris que leur proie s’était échappée. Valerius envoya deux missiles incendiaires. En un instant l’installation du capitaine Sirius fut engloutie par les flammes. Les attaquants disparurent les uns après les autres, détruits, ou transformés.


Le feu n’était pas encore éteint, que le capitaine ordonna à José de faire partir la navette et de rejoindre le vaisseau principal. Quand elle prit de la hauteur, une saute de vent dégagea la vision.


- Capitaine, capitaine ! Regardez ! N’est-ce pas notre navette là en bas, à côté de celle de Sirius ?



 
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   pounon   
28/12/2007
Trop narratif je n'arrive pas à entrer dans l'histoire. Et puis c'est long pour une nouvelle.

   Bidis   
28/12/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Pour ma part, je trouve ça assez palpitant bien que je n’aie rien compris aux données techniques
On est au cinéma… et j’aime beaucoup ça.

   jensairien   
16/1/2008
Même la SF raconte des histoires humaines. La seule description de technologies et phénomènes, fussent-ils extra-terrestres, ne suffit pas. Et ici on ne peut s’identifier à aucun personnage, tant ils ont peu de consistance. Cette nouvelle est une coquille vide.

   Flupke   
4/1/2009
J'ai trébuché sur: avant que d'aller sur place. Je pense que le QUE devrait être supprimé.
Imprimantes : j'ai l'impression que l'action se déroulé dans un futur pas trop proche. Je m'interroge si ce genre d'instrument sera encore utilisé dans quelques siècles.
Faune spatiale: je pense qu'exobiologie (ou qqchose de similaire) serait plus approprié pour indiquer la vie animale sur d'autres planètes. Faune spatiale m'a de suite fait penser à Plastic Bertrand qui doit toujours être en train de planer :-)
Magnétophone : suggère des bandes magnétiques. Dictaphone ne serait-il pas plus approprié ?
« Elles ont offert le même sort à Sophie... » offert ???
L'histoire est intéressante. Le suspens est bon. Le prédateur original malgré le peu de crédibilité post Star-Trek-ienne.
Vu que c'est la 2ème nouvelle SF de Marogne je suggère fortement de lire de Jacques Attali son excellentissime : « Une brève histoire du futur ». Enfin si la futurologie ne fait pas rire :-)

   Menvussa   
25/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Le thème de l'équipe de sauvetage, qui tombe à peu de chose près dans le même piège que la mission précédente, est très souvent utilisé. il n'empêche qu'il y a de l'idée.
le récit est trop narratif à mon goût et on ne sait rien, ou si peu, des personnages, difficile de se les imaginer. Évidemment ce n'est qu'une nouvelle, mais dans ce cas il serait préférable de limiter le nombre que l'on puisse faire connaissance.

J'ai trouvé que l'écriture était un peu trop "scolaire" pour reprendre un terme fourre-tout, pas vraiment de relief, pas d'émotion.
Certes, c'est de la SF, mais l'un n'empêche pas l'autre.

Au hasard, je dirais : Une œuvre de jeunesse.


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