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Sentimental/Romanesque
fisoag : Laura
 Publié le 26/12/07  -  8 commentaires  -  4876 caractères  -  21 lectures    Autres textes du même auteur

Laura est une petite fille de neuf ans, pas tout à fait comme les autres. Elle est obèse et souffre de sa différence, surtout du regard de sa mère. Cela ne peut plus durer. Il faut changer les choses...


Laura


Laura avait neuf ans. C’était une enfant qui ne ressemblait pas tout à fait aux autres. Bien sûr, elle avait les mêmes envies, des désirs semblables à ceux de toutes les petites filles de son âge, mais seuls ses rêves lui permettaient de les réaliser.


Laura était atteinte dans son corps et dans son âme par une infirmité honteuse : Laura était obèse.


Que ce mot était laid ! Elle en avait horreur. L’entendre lui donnait envie de vomir.


Laura ne regardait jamais les vitrines des magasins, de peur d’apercevoir son image en reflet. Le matin, elle se peignait sans miroir. Laura ne s’aimait pas, elle ne supportait pas son corps, cette énorme chose vivante qui lui faisait mal partout quand elle se déplaçait. Et le regard des autres… Des tisons ardents qui s’enfonçaient dans son cœur et le faisaient saigner. Le regard des autres…


Laura marchait toujours tête baissée, pour ne pas voir ceux qui l’injuriaient, ceux qui érigeaient en loi souveraine la Conformité. Il fallait rentrer dans le moule, être calibrée pour être acceptée. Sinon, pas de pitié, jetée dans l’arène en pâture.


Laura savait qu’une solution existait.


Bien sûr, il eut fallu ne pas se lever la nuit pour manger le beurre à la petite cuillère. Ne pas s’empiffrer comme elle le faisait depuis maintenant cinq ans, depuis qu’elle avait trouvé son hamster inanimé dans sa cage… depuis qu’il était mort parce qu’elle avait oublié de lui donner à manger.


Oui, mais voilà, le problème, c’était son irrépressible envie d’engloutir la nourriture. Non, elle n’avait pas faim, simplement, se faire plaisir. Et les plaisirs, se comptaient sur les doigts de la main. On pouvait même dire qu’il n’y en avait qu’un seul, celui-là. Et comme tous les vices dont on goûte immodérément, il empoisonnait et détruisait petit à petit sa vie.


Les apparences… Pourquoi la laideur du corps empêchait la pureté de l’être de s’exprimer ! Elle savait, Laura, que son intelligence et ses capacités dépassaient sans l’ombre d’un doute celles de ces filles arrogantes et méchantes qui, jamais, ne lui tendaient la main et la regardaient couler lentement en rigolant.


Elle pensa à sa mère qui lui disait toujours qu’elle ne faisait aucun effort pour s’en sortir. Évidemment, elle, la vie lui souriait, et réussissait tout ce qu’elle entreprenait mais, comme un feu dévastateur, plus rien ne pouvait renaître sur son passage. Son énergie trouvait sa source dans celle des autres.


Laura admirait sa mère et lui vouait un amour non réciproque.


Laura avait pris une décision.


Ce matin, elle n’irait pas à l’école. Elle ne se lèverait pas de son lit. Elle était malade et ne se mettrait debout que lorsqu’elle serait guérie, lorsqu’elle aurait reçu un baiser, un baiser d’amour. Oui, elle était sûre d’être prisonnière d’un sortilège jeté à sa naissance par une vilaine fée. Si elle obtenait un baiser d’amour de sa mère, le sort serait rompu et elle se transformerait en une ravissante petite fille que tout le monde voudrait prendre dans ses bras. Mais pour cela, il fallait qu’elle dorme longtemps, longtemps, pour que sa mère s’inquiète et prenne soin d’elle. Réussirait-elle ?


La force de sa détermination lui dessina un sourire sur les lèvres et un frisson de plaisir parcouru ses épaules.


Enfin, elle serait regardée autrement.


Laura ne voulait plus de cette moue dégoûtée qu’elle exprimait en l'embrassant sur ses joues grasses, du bout des lèvres.


Laura allait dormir, et elle espérait bien ne plus jamais voir ce monde qu’elle voulait quitter. Elle serait une autre à son réveil. Plus de boulimie, un corps léger, une enfant jolie et aimée. En attendant, le rêve serait son seul compagnon.


Après s’être regardée une dernière fois dans la glace de la salle de bain, Laura monta sur un tabouret, prit la boite de somnifère posée sur l’étagère du haut et avala dix comprimés, un par année. Il fallait bien dormir dix ans pour que cela marche. Elle ne serait pas dérangée, jamais personne ne venait la coucher le soir ni lui raconter une histoire.


Tranquillement, elle alla s’étendre sur son lit…


Quand sa mère l’appela, le lendemain matin pour aller à l’école, Laura ne répondit pas.


Après plusieurs minutes, inquiète, elle ouvrit la porte de sa chambre et vit sa fille endormie, souriante.


Elle se mit à hurler en apercevant les médicaments sur la table de nuit.


- Pourquoi, pourquoi m’a-t-elle fait ça ! À moi !


Un visage douloureux, déformé par l’impuissance se refléta un bref instant dans le miroir de la salle de bain, méconnaissable. Agité de tremblement, il vomissait tout le fiel de son existence.


L’échec. Elle n’avait jamais connu. C’était un coup de maître. Laura remontait dans son estime. Pour une fois, elle avait gagné. Dommage. C’était trop tard.


Décidemment, elle ne comprenait rien aux enfants. C’était sûr, elle n’en aurait pas d’autres.


 
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   Liry   
26/12/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Un texte poignant qui se lit jusque bout grâce à une écriture fluide.

On ressent parfaitement la détresse de cette petite fille obèse face au regard des autres et surtout celui de sa mère ainsi que son désir de guérir, d'être enfin aimée.

   Bidis   
28/12/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↑
A mon avis, il y a, dans ce textes, quelques maladresses :
- « Non, elle n’avait pas faim, simplement, se faire plaisir.» Il manque un verbe car ainsi, cela donne : « simplement elle (n’avait pas sous entendu) se faire plaisir ».
- « Et les plaisirs, se comptaient sur les doigts de la main » : ce ne sont pas les plaisirs en général qui font défaut. Ce sont les plaisirs que Laura peut obtenir
- « Elle pensa à sa mère qui lui disait toujours qu’elle ne faisait aucun effort pour s’en sortir. Evidemment, elle, la vie lui souriait, et réussissait tout ce qu’elle entreprenait… » : il y a confusion des sujets entre Laura et la mère.
- Confusion de sujets également : « Laura ne voulait plus de cette moue dégoûtée qu’elle exprimait en l'embrassant sur ses joues grasses, du bout des lèvres »

C’est dommage car cette nouvelle est émouvante.

   james   
4/1/2008
Etre comme les autres. Le souhait de Laura. Ce calvaire est bien décrit et nous conduit vers cette fin dramatique. Le récit est passionnant et bien écrit. Quelques petites critiques.

Pour alléger le style j'aurais remplacé quelques relatives par des participes présent comme dans la phrase:cette énorme chose vivante qui lui faisait mal partout quand elle se déplaçait. J'aurais écrit:cette énorme chose vivante lui faisant mal partout quand elle se déplaçait.

Et comme tous les vices dont on goûte immodérément, il empoisonnait et détruisait petit à petit sa vie.Dans cette phrase j'aurais remplacé le dont par un "que l'on".

Non, elle n’avait pas faim, simplement, se faire plaisir. La tournure serait à revoir. J'aurais écrit:Non, elle n'avait pas faim, mais simplement envie de se faire plaisir.

   Andromaque   
5/1/2008
j' ai beaucoup aimé car c'est un sujet d'actualité. Dans ce monde où on prône la maigreur extrême, ceux qui ne répondent pas à cette conformité sont exclus. Un texte au ton juste.

   strega   
21/1/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Je vais parler avec mon coeur et mes souvenirs...

Rien à foutre des fautes éventuelles, rien à foutre des lourdeurs éventuelles, des maladresses supposées, des virgules mal placées, des problêmes d'accord susceptibles....

En lisant je suis tombée une petite dizaine d'années en arrière, j'en ai le coeur serré. C'est tellement juste, sans en faire des tonnes, c'est tellement vrai sans tomber dans le pathos, parce que Laura est loin d'être dans le pathos.

6403 petits caractères pour décrire le calvaire de nombreuses personne. Jamais je n'aurais pu écrire aussi précisément...

Ce diktat de l'anorexie me donne une furieuse envie de haïr, du hurler et de dénoncer. Un diktat que les parents imposent même à leurs propres enfants. Et alors quoi...? Que doit-on faire...? Se taire, avaler jusqu'à l'overdose, jusqu'au vomissement toutes les co..... bêtises pseudo tendance-à-la-mode-anorexico-rebelle-qui-s'assume...?

Merci, parce que c'est la première fois que je lie quelque chose sur ce sujet qui comme je le disais est juste, vrai, sincère, comme le vive des dizaines et des dizaines de personne chaque jours...

J'arrête là mon coup de gueule qui au départ était un énorme coup de coeur.

Encore une fois, la note est justifiée par la véracité et la justesse monumentale.

   jensairien   
22/1/2008
 a aimé ce texte 
Bien
L’ironie de la fin n’est pas mal je trouve, très théâtrale. Cruelle à souhait. La façon dont l’idée de suicide murit en elle et se confond avec son désir de sommeil est bien amenée.

Toutefois le texte aurait besoin d’être retravaillé.

Sinon je me demande si l’on devient boulimique parce qu’on a oublié de nourrir son défunt hamster ? (mais j'en sais rien, je n'ai jamais été hamster)

   clementine   
25/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'avais lu, aimé et pas commenté, pourquoi? Je sais pas .
Alors je répare cet oubli.
Comme dans ce que j'ai déjà lu de toi, tu dis des choses fortes et fondamentales, avec des mots tout simples et c'est ce qui fait que ton texte atteint son but sans aucun problème.
L'écriture est fluide, c'est facile et agréable à lire .
Bravo et merci.

   widjet   
30/4/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Une souffrance assez juste et on peut s'identifier assez facilement à cette enfant complexée et en mal d'amour.
En revanche le portrait peu flatteur de la mère (et sa réplique notamment) m'a semblé un brin caricatural.
Mais l'ensemble est convenable.

W


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