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Sentimental/Romanesque
marogne : Sylvia
 Publié le 05/05/08  -  9 commentaires  -  16871 caractères  -  19 lectures    Autres textes du même auteur

Un week-end d'amoureux dans une des plus belles villes du Mexique, un passionné d'art, sûr de son talent, et... la petite fumée ! L'amour toujours.


Sylvia


Sylvia ! Le rire de Sylvia à la terrasse du bar devant le Zocalo de Puebla, le soleil dans ses mèches rousses ! Sylvia ! Sa main dans la mienne quand nous nous dirigeons vers la Cathédrale, la chaleur de son corps sous les arbres tropicaux de la place, le sourire des enfants qui nous épient, guettant le prochain baiser. Sylvia ! Notre course dans les rues, enlacés, amoureux, jeunes.


Ma main a tremblé, le trait devra être repris. Sylvia ! Même ici, tu as le pouvoir de me troubler. Il faut absolument que je sois fidèle ; si je veux utiliser mes relevés pour mon prochain livre, il faut que mes reproductions soient parfaites. Symbiose de l’art catholique et de l’esprit indien, les décorations murales de l’église « Santa Maria » de Tonantzintla témoignent de ce que rend possible l’acceptation de l’Autre. Le peu de sang aztèque qui court dans mes veines est encore sensible aux réminiscences des anciens cultes que l’on a osé laisser reproduire en stuc sur les parois du chœur, sous l’œil bienveillant de la vierge. Je devrai reprendre le dernier panneau une fois rentré à Mexico, heureusement que ma mémoire est d’une rare efficacité. Elle m’a aidé à avoir une belle carrière d’avocat, mais elle m’a surtout permis de devenir un des meilleurs critiques de l’art mexicain. Bien noter mentalement les corrections à faire, la jambe de l’angelot, la couronne du roi soleil, cela sera facile. Il faut que je rentre maintenant, Sylvia m’attend.


J’ai laissé Sylvia devant l’entrée de son immeuble près de la cathédrale, à deux pas des ruines de l’ancien temple bicéphale aztèque. Je regagne ma maison à Coyoacan, revivant avec délectation ce merveilleux week-end avec Sylvia, nos débats, notre admiration identique pour les trésors de Puebla, nos promenades, nos corps enlacés, perdus dans la recherche de la fusion parfaite. Que maudites soient les convenances que nous devons respecter, la laisser ce soir chez elle, et rentrer seul, quelle désolation !


Je ne lui ai pas encore montré le résultat de mes longues heures passées à reproduire à l’encre de Chine les détails de la folie baroque de l’église. Je vais en profiter pour corriger les quelques erreurs commises quand je me suis laissé emporter par le souvenir de nos jeux. Je les lui montrerai ensuite.


Il est tard ce soir, je verrai cela demain. Sylvia ? Pourquoi n’es-tu pas là ? J’ai besoin de toi comme Cortés avait besoin de « la Malinche », sa maîtresse indienne ; sa maison n’est pas très loin de la mienne d’ailleurs. Je voudrais pouvoir me noyer encore dans l’écume des tes yeux verts, sécher encore tes larmes de bonheur, te regarder t’abîmer dans mes bras, confiante, aimante.


Je vais avoir besoin de prendre un peu de ces champignons pour ne pas sombrer, de ce merveilleux peyotl dont mes ancêtres ont poussé l’usage au sublime. C’est en pensant encore une fois à mes erreurs de dessin que je m’endors, ma dernière pensée étant pour Sylvia.


***


Quand je me suis réveillé ce matin, j’avais très mal à la tête et aucun souvenir des hallucinations que procure habituellement le peyotl. La seule chose que je me rappelle, c’est de revoir sans cesse mes dessins, l’œil toujours attiré, comme enchanté, vers les zones à corriger. C’est peu après le petit déjeuner, alors que je venais de m’installer dans mon cabinet à dessin, que Sylvia est arrivée. Je fus surpris ; si, en effet, dans le passé, elle passait relativement souvent, elle avait cessé depuis que nous avions osé nous avouer notre amour. Ce changement dans nos habitudes était étonnant, mais j’osais espérer qu’elle avait peut être pris sa décision. J’en profitai pour l’entraîner voir mes œuvres, et en particulier les derniers relevés effectués, en lui montrant les défauts que son évocation m’avait fait faire, attendant une réplique moqueuse, et… gourmande. Après un examen minutieux, et à mon plus grand étonnement, elle me félicita de la fidélité de mon trait, s’amusant de mes soi-disant erreurs, me reprochant de rechercher les compliments. Elle m’assura que l’œuvre originale comportait exactement les mêmes irrégularités.


Elle vient de partir, et je garde un goût amer de cette visite. Notre discussion sur le travail effectué dans l’église a failli tourner à l’aigre. Elle était sûre d’elle, de sa mémoire, et moi bien sûr de même, sans vouloir en démordre. Je ne sais pas si c’est à cause de cela, mais assez vite, nous n’avons plus trouvé quoi nous dire, et c’est sur un baiser amical, bien loin de ce que nous avons vécu les deux jours précédents que nous nous sommes séparés. Je dois tirer cela au clair, Puebla est à deux heures de voiture, j’y retourne, avec mes dessins.


Plusieurs autocars stationnent aux abords de l’église. Je n’avais pas remarqué hier tous ces parkings, sans doute parce qu’ils étaient vides. J’ai dû me garer dans la rue principale. Quand je rentre dans la nef, par chance, un groupe en sort, je vais pouvoir bénéficier de quelques minutes de calme. Je rejoins le banc sur lequel je m’étais installé la veille et sort mon dessin pour le comparer à la réalité, sûr d’avance du résultat.


Quand je repars de l’église, poussé par une nouvelle fournée d’Américains, je ne sais plus où j’en suis. Mon relevé est parfait, identique en tout point à l’œuvre originale.


Je décide de regagner Mexico en passant par la route qui coupe à travers le massif montagneux autour du célèbre volcan surplombant la ville. Je ne peux manquer de penser à notre couple quand, au col, le Popocatepetl et sa voisine, Ixtaccihuatl, semblent me donner une leçon. Popocatepetl, amoureux de Ixtaccihuatl, la demanda en mariage au roi son père. Celui-ci avait d’autres visées, mais, malin, accepta, tout en lui demandant auparavant d’aller guerroyer dans le lointain royaume de Oaxaca. Quand il revint chez lui, avec sa cohorte de prisonniers, la population était en deuil. Les paysans, en le voyant avancer, se détournaient et se jetaient de la terre sur les épaules. À l’approche du palais, il apprit enfin la vérité. Ixtaccihuatl, désespérée, le croyant mort, s’était donné la mort plutôt que d’accepter un nouveau prétendant. La période de deuil venait de se terminer. Popocatepetl, qui avait été victorieux sur les plus puissants de leurs ennemis, se laissa mourir de chagrin. Les Dieux recouvrirent leurs corps de neige, et les transformèrent en montagne. Ixtaccihuatl fut surnommée « la femme endormie » à cause de sa ressemblance avec un corps de femme allongée, et son amant devint volcan, pour qu’il puisse pour l’éternité laisser libre cours à sa colère. De part et d’autre du col, l’un en face de l’autre, toujours ils se verraient, jamais ils ne pourront se toucher de nouveau.


Sylvia avait raison ce matin, mais je ne me suis jamais trompé de cette façon. Ma mémoire est telle qu’il me suffit de regarder un tableau une fois pour être capable de le reproduire ensuite chez moi. Que s’est-il passé hier ? Et pourquoi Sylvia était-elle aussi distante ce matin ? Je dois analyser ce que j’ai fait après l’avoir quittée hier soir. Le peyotl ! J’ai pris du peyotl avant de me coucher. Se pourrait-il que les légendes chamaniques aient quelque chose de vrai ? Est-ce que mon esprit se serait évadé de mon corps pour aller « corriger » les sculptures de stuc dans le chœur ? Mon grand père m’avait parlé de ces voyages quand, en grand secret, il m’avait appris à préparer le champignon, la petite fumée comme on l’appelle aussi. C’était un pur Indien, lui, un chaman sans doute, bien qu’il se cachât pour ne pas être accusé de sorcellerie. De retour à la maison, je vais corriger un des deux détails seulement, la couronne du roi soleil, et je replongerai dans la petite fumée. Je verrai demain si les sculptures ont encore changé.


***


De nouveau, je me réveille avec un profond mal de tête. Je dois aller tout de suite là-bas. Je vais proposer à Sylvia de m’accompagner.


Elle n’était pas à son appartement ! D’après sa voisine, elle est partie il y a quinze jours pour une mission archéologique dans les ruines de Palenque. Cela n’a pas de sens, elle ne s’est jamais intéressée à l’archéologie. Si elle voulait me quitter, pourquoi ne me l’a-t-elle pas dit hier ? Pourquoi inventer une telle histoire ? Où est-elle ?


C’est l’esprit confus que j’arrive pour la troisième fois en trois jours devant l’église. Personne, la petite place est vide. Les peintures de la façade me semblent aujourd’hui défraîchies, comme abandonnées. Il y avait tellement de monde hier que je ne l’ai pas remarqué. En entrant dans la nef, je me dirige vers le guichet où j’avais dû m’acquitter d’un ticket d’entrée. Rien ; à la place de la fragile construction en bois, se trouve une statue de Saint-Jean-Baptiste. Sans prendre le temps de réfléchir à ce détail, je cours examiner la couronne du roi soleil. Elle est telle que je l’ai dessinée hier soir ! C’est fantastique, j’ai la capacité de me déplacer dans l’espace quand je suis sous l’emprise du peyotl. En pensant à tout ce que cela pourra m’apporter, je laisse dériver mon regard sur le reste de la composition. Non ! Ce n’est pas possible ! Tout a été modifié. Ce qui était sublime est devenu banal, kitch. Je sors fébrilement du carton mes dessins. Rien, aucune différence entre le relevé et la réalité, c’est parfait, fidèle dans les moindres détails. Au lieu de me rassurer, cette découverte me plonge dans un profond état d’abattement. Ma mémoire ne peut pas se tromper à ce point. Si tout l’ensemble de la composition a changé, et pas seulement le détail sur lequel j’avais travaillé, et si les dessins eux-mêmes ont changé durant la nuit pour reproduire les modifications qui avaient lieu ici, à plus de cent kilomètres, mon interprétation sur la cause ne peut pas être juste. Que se passe t-il ? Deviendrais-je fou ?


Le voyage de retour a été pénible. Je n’arrivais pas à me concentrer sur la route, mon esprit revenait sans cesse à Tonantzintla, et je me perdais dans le foisonnement des représentations en stuc, qui devenaient vivantes et cherchaient à m’emprisonner en elles. Les jambes des personnages, blanches, irréelles, se perdaient dans des labyrinthes de sarments de vignes, les cornes d’abondance crachaient sans arrêt ananas, vin sacré et sang des victimes. Les prêtres aztèques, déguisés en notables improbables, lançaient des invocations qui me rendaient semblables aux animaux qui cherchaient sans cesse à se libérer du charme qui les engluait sur la paroi, figés pour l’éternité. Les couleurs des fruits sauvages changeaient constamment, en un tourbillon effrayant, avalant les détails et les reliefs, ruinant l’œuvre de l’artiste. Et puis, tout partait, se liquéfiait, et j’étais noyé, emporté par le courant, collé contre la paroi, dissous, à jamais devant contempler des bancs vides et une église désertée par les humains, soumis au bon vouloir du Diable assoiffé du sang des prisonniers de guerre. Là-haut, au-dessus de la couronne royale, c’est la pierre des sacrifices, sur la pyramide, et mon corps inerte y est traîné, le couteau d’obsidienne se dresse et s’abat sur mon thorax, faisant jaillir les plus infâmes désirs que j’avais cachés au plus profond de moi. Puis je reviens vers l’angelot au sourire narquois qui me brandit sous le nez sa jambe arrachée, grotesque, raturée.


Je dois raisonner calmement, poser les faits les uns à la suite des autres, et ensuite je pourrai trouver le fil conducteur. Résumons.


J’ai passé le week-end à Puebla avec Sylvia. Nous ne nous sommes jamais autant aimés. Le dernier jour, alors qu’elle voulait se reposer, je suis parti seul à Tonantzintla faire mes relevés. Il y avait très peu de monde dans l’église, une famille française, le nez dans leur guide et mitraillant les sculptures avec appareil photo et caméra vidéo, une Indienne et son fils, sans doute la gardienne du lieu. L’enfant courait dans les travées, et m’a observé longuement. C’est en pensant à Sylvia que mon attention s’est relâchée, et que ma plume a glissé deux fois, deux erreurs. Le soir, je me suis couché, après avoir pris du peyotl, en me reprochant ces défauts.


Le lendemain matin Sylvia est venue me rendre visite ; j’avais mal à la tête. Ce n’était plus la même Sylvia, elle était plus distante, et il y avait je ne sais quoi entre nous qui était différent. Elle insiste sur la fidélité de mes reproductions, et elle me dit d’ailleurs qu’elle me les avait fait remarquer quand je les dessinais. Je ne lui ai pas dit alors que j’étais seul, qu’elle était restée à l’hôtel, pour ne pas donner un tour encore plus acide à la conversation ; mais elle l’a dit, et elle avait aussi raison. Ce n’était plus la même Sylvia, ce ne pouvait pas être ma Sylvia. Quand je suis arrivé à l’église, j’ai été surpris par les parkings que je n’avais pas remarqués la veille, surpris par la foule des touristes. J’ai dû payer un droit d’entrée.


J’ai décidé de tenter une expérience, corriger la jambe de l’angelot et reprendre du peyotl.


Le troisième jour, j’apprends que Sylvia est depuis quinze jours à Palenque. Si c’est vrai, nous n’avons pas pu passer le week-end ensemble à Puebla. Les abords de l’église ont encore changé. Il n’y a pas de parking, le lieu semble très peu visité. Il n’y a rien à payer pour rentrer, et par rapport à mon souvenir, c’est toute l’œuvre qui a changé. Ce n’est plus la même église.


Je dois téléphoner à Sylvia, c’est l’élément qui me manque.


Je crois avoir compris maintenant. La conversation avec Sylvia a été surréaliste. Elle était effectivement à Palenque depuis quinze jours, avec son mari, archéologue.


Le peyotl ne m’a pas permis de voyager en dehors de mon corps, mais il m’a fait changer de réalité. Elle serait donc vraie, cette hypothèse qui m’avait fait rire quand on m’en avait parlé pour la première fois. Il n’y a pas qu’une réalité, mais une infinité de réalités. Chaque fois que l’on prend une décision, que l’on choisit entre deux choses, on choisit un monde possible, mais l’autre continue à exister de la même façon. Et on peut passer de l’un à l’autre. L’expérience que je viens de faire le démontre. Qui suis-je alors ? Suis-je unique, ou multiple ? Si j’existe dans une infinité de réalités, alors je ne suis pas, je n’existe pas en tant qu’individu. « Uno, nessuno e centomila », Luigi Pirandello a conduit son héros à la folie, je dois lutter, moi, pour l’éviter, et retrouver ma Sylvia, l’essence de ma vie, l’amour qui résistera à la multiplicité des mondes, mon point d’ancrage, ma bouée.


***


Je me suis installé dans l’hôtel qui a été construit sur la grande pyramide de Cholula, lieu du massacre atroce perpétré par la soldatesque de Cortés. J’ai décidé de travailler sur mes dessins, de reproduire exactement, dans les moindres détails, la composition baroque telle que je l’avais vue ce fameux week-end avec Sylvia. J’essayerai autant de fois que nécessaire pour retrouver le monde dans lequel je vivrai avec Sylvia.


***


Je crois que j’y suis arrivé. Il m’a fallu plusieurs tentatives, mais cette fois tout est identique à mon souvenir. Je peux rentrer chez moi, je vais retrouver enfin la Sylvia qui m’aime.


C’est étrange, l’atmosphère de la maison est différente, comme si des années d’ennui s’étaient déposées sur les meubles, les livres, les œuvres d’art. Une demeure de professeur, de vieux professeur célibataire. En passant devant la penderie du couloir pour rejoindre mon bureau, j’ai un choc en voyant mon reflet dans le miroir. J’ai vieilli. Sans doute la consommation répétée de la drogue, j’ai des cheveux blancs, des rides, et un profond air triste. Allez, cela va changer, une douche, et je vais voir Sylvia. En quittant mon carton à dessin dans le bureau, je remarque un faire-part qui m’est adressé. Je l’ouvre avec appréhension, mes mains tremblent au souvenir indistinct d’un drame. Sylvia est morte, son enterrement aura lieu le neuf octobre à dix heures du matin, aujourd’hui.


***


Sylvia s’est réveillée pleine d’entrain ce matin. Elle a pris sa décision. Le week-end passé avec José a été la plus belle période de sa vie. Elle rougit en pensant à ce qu’ils ont fait, mais le bonheur est là, elle ne veut plus vivre dans l’attente de ces moments extraordinaires, elle veut que ce soit sa vie de tous les jours. Elle s’habille précipitamment, elle veut dire à José, tout de suite, qu’elle veut vivre avec lui, pour toujours. Quand elle sonne à la porte de la maison de Coyoacan, essoufflée par sa course, rien ne bouge dans la maison, les volets sont fermés. Pensant qu’il dort encore, elle ouvre avec sa clé et se précipite en riant dans sa chambre.


José est allongé par terre, sur les dessins en pièces qu’il a effectués la veille, de la bave sort de sa bouche.


Elle pose sa bouche sur son visage.


Il est mort.


Tokyo, le 27 Avril 2008



 
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   Bidis   
5/5/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Cette nouvelle est prenante, pleine de suspense, agréable à lire et nous fait voyager.
Étant tombée amoureuse du Mexique à cause du concours de cartes postales dont l’une représentait le site de Chichen Itza, cette histoire m’a immédiatement accrochée. La trame sentimentale me paraissait tout d’abord banale et légèrement ennuyeuse quand viennent les champignons hallucinogènes.
Je me précipite sur Wikipédia. Ouille ! Ce n’est vraiment pas anodin, ce petit végétal… !!!
Et puis, quelle merveilleuse légende que celle de Popocatepetl et d’Ixtaccihuatl ! Je ne regrette pas vraiment pas ma lecture…
Très, très bons, forts, bien écrits : les délires du héros pendant le voyage du retour.
J'ai trouvé la fin excellente, elle aussi. Inattendue. J'en suis restée soufflée.
Et « Chaque fois que l’on prend une décision, que l’on choisit entre deux choses, on choisit un monde possible, mais l’autre continue à exister de la même façon » : Oullà ! Que c’est séduisant, cette pensée là...

Mais :
Trop de confusion. Bien sûr, tout est confusion dans l’esprit du fumeur de champignon et ça, c’est logique. Mais il y a aussi confusion dans l’esprit du lecteur, et ça c’est ennuyeux. Il faudrait que les choses soient… clairement confuses. Ou, en tout cas, que les ressemblances magiques entre les dessins et le temple et les changements qui y interviennent soient mieux précisées, c’est expliqué deux fois et pourtant je n’ai pas bien compris (pitié pour les vieilles neurones fatiguées !)

Quelques répétitions :
- « Il faut que je rentre maintenant, Sylvia m’attend.
J’ai laissé Sylvia devant l’entrée de son immeuble près de la cathédrale, à deux pas des ruines de l’ancien temple bicéphale aztèque. Je regagne ma maison à Coyoacan, revivant avec délectation ce merveilleux week-end avec Sylvia, nos débats,… » : trois fois Sylvia. Le deuxième peut-être remplacé par « elle ». Le troisième aussi, en changeant l’ordre des propositions et en rajoutant « tout en » car la phrase est longue : « Tout en revivant … avec elle, je regagne ma maison… »
- « … dans le passé, elle passait… »
- « Elle était sûre d’elle, de sa mémoire, et moi bien sûr… »
- « le croyant mort, s’était donné la mort »
- « Quand elle sonne à la porte de la maison de Coyoacan, essoufflée par sa course, rien ne bouge dans la maison »
Et quelques maladresses :
- elle avait cessé : on attend quelque chose après « cessé », je trouve que ce serait mieux de dire « elle avait cessé de le faire »
- « Je ne peux manquer de penser… » : tournure lourde, presqu’administrative
- « sa maison n’est pas très loin de la mienne d’ailleurs. » je ne sais si c’est incorrect mais ce serait en tout cas plus joli (moins « langage parlé ») d’écrire « pas très éloignée »
- « Ixtaccihuatl fut surnommée « la femme endormie » à cause de sa ressemblance avec un corps de femme allongée,… » : on comprend que c’est la forme de la montagne qui présente cette ressemblance mais la syntaxe veut que ce soit « Ixtaccihuatl » qui y fasse penser, ce qui fait non sens.
- « Pensant qu’il dort encore, elle ouvre avec sa clé et se précipite en riant dans sa chambre » : bien sûr, ce n’est pas sa chambre à elle, c’est la chambre de José, mais dans l’inconscient de la lecture rapide, il y a confusion quand même. Puisque l’on sait que l’on est dans la maison de José, on peut tout à fait valablement écrire « la chambre », il n’y aura aucune confusion inconsciente.

   strega   
5/5/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Commençons par les points "négatifs" marogne si tu le veux bien. Tout simplement les même que Bidis. Plus que les répétitions sur lesquelles je suis passée par dessus. C'est bien la confusion qui m'a le plus gênée. Je me suis perdue par moment, il faudrait peut-être tout simplement que je le relise.

Sinon, j'ai eu un peu peur moi aussi en lisant le début, peur d'un récit un peu à l'eau de rose, mais ça m'étonnait quand même...

Et puis voilà le peyotl et là ça change tout. Le personnage perdu en lui et dans le monde. Et puis Puebla aussi... J'adore l'histoire autour du Mexique même si je manque cruellement de connaissances. Mais Puebla...

marogne vraiment, j'aime ce style, rapide, à la fois simple et pourtant très direct, convainquant aussi.

Quant à la fin, elle se passe de commentaires je crois, c'est triste, très triste, pour toutes les raisons possibles, enfin il me semble.*

Donc en fait : bravo et merci.

   widjet   
5/5/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un mélange sentimentalo-fantastico-exotique franchement plaisant et réussi ! Un peu confus certes - le thème du "voyage dans le temps" est difficile à fluidifier - (même si pour ma part je n'aurai pas rajouté la partie "résumé" des évènements que fait l'auteur) mais le suspens est bien présent et l'écriture est de qualité (certains passages excellents même!).

Le titre est presque trop banal par rapport à la richesse du récit.

Une réussite.

W

   clementine   
5/5/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Curieux voyage que je viens de faire à travers ce récit, les allers et venues dans des espaces temps différents, un voyage dans des contrées que je ne connais pas mais que j'aimerai connaître.
Je suis bon public et lorsque l'histoire et l'écriture me plaisent, alors pour moi tout est parfait!
Merci Marogne.

   xuanvincent   
13/5/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je suis d'accord globalement avec les commentaires précédents de Clementine, Widjet, Stega et Bidis. Pour éviter les redites, je dirai simplement sur le plan de la forme que le texte, bien écrit (malgré quelques répétitions), m'a plu dans l'ensemble. Surtout le début - le texte démarre fort - avec un rythme (scansion des "Sylvia") prenant qui m'a donné envie de lire la suite du texte.

Pour le fond, je note la richesse des thèmes traités (on ne s'ennuie pas) : dépaysement géographique (le Mexique), l'amour pour une femme (qui finit bien tragiquement...), l'addiction au peyotl, la passion du dessin. Ayant fait des portraits plus jeune, les réactions du narrateur, son souci de restituer le sujet exactement tel qu'il l'a perçu, m'a intéressée plus particulièrement.

   Anonyme   
13/5/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai bien aimé ton texte, lecture prenante. J'arrive un peu tard pour les commentaires perso. Tout semble avoir été dit. Merci pour cette lecture.

   Togna   
23/5/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Sur une base documentée exotique, ce récit au rythme soutenu est plaisant. J'ai pressenti seulement vers la fin les effets de la petite fumée (lors du voyage de retour), sans toutefois prévoir l'issue.

   Flupke   
17/12/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Encore un nouveau pays. Sous le soleil de Mexico. On ne fait jamais de surplace avec Marogne quant au lieu de l'action. J'ai bien aimé le thème de ces univers parallèles même si je n'ai pas réalisé de suite qu'ils étaient différents. Leurs frontières dans la narration sont assez floues malgré les *** , du moins lors de la première lecture. Par contre, à la deuxième lecture on se régale. Une idée originale très bien exploitée servie par une plume qui suscite un sain désir d'émulation. Bravo

   David   
30/5/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Marogne,

Le rythme est peut-être un peu trop soutenu, mais c'est assez captivant, une histoire étrange et belle bien que funeste, avec une atmosphère ben menée. Le rythme en fait, il m'a marqué parce que j'ai lu assez vite, mais l'histoire s'y prêtait il me semble. C'est peut-être un peu rude pour des enfants, mais il y a un charmant côté "petit conte angoissant" pour lire avant de s'endormir.


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