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Sentimental/Romanesque
marogne : Tentation
 Publié le 09/11/08  -  14 commentaires  -  7440 caractères  -  30 lectures    Autres textes du même auteur

Où il est dur de résister à la tentation.


Tentation


J’ai bien vu que l’on m’avait remarquée quand je suis rentrée. J’avais pourtant pris garde de ne rien laisser voir, peine perdue ! Un peu gênée, je me suis mise à la fin de la file d’attente, évitant les regards des autres. Je le savais là, à côté, tout proche.


C’est avec effroi que je m’aperçus que mon tour allait venir ; je ne savais pas quoi acheter ; je n’avais pas vraiment vu ce qui était offert.


Toutes mes pensées étaient tournées vers lui, je l’imaginais dans toute sa splendeur, resplendissant, brillant ; un coup d’œil aurait sans doute suffit.


Mais non ! Il fallait tenir, on ne m’avait déjà que trop repérée. On m’a bousculée je crois, je ne sais plus, je n’en ai pas souvenir. Je bafouillais sans doute, la marchande a dû voir que je n’étais pas dans mon assiette, elle m’a souri.


Je le savais là, à côté, il me narguait le coquin, fier de sa perfection, poli par les milliers de regards qui l’avaient désiré.

Je ne voulais pas lui donner satisfaction !

Je voulais le faire languir, faire monter l’impatience en feignant l’indifférence.


Je revois la serveuse me tendre quelque chose, je vois ma main le saisir, je m’entends saluer.

J’ai vaincu, je n’ai pas cédé.

Il est toujours là, derrière moi maintenant qui m’en vais, inquiet, jaloux.


---


Sur la surface de satin courent, comme sur un bijou de Tolède, de fines veines qui en rehaussent la douceur. Je l’imagine frémir sous mes doigts tremblants, accueillant ma caresse avec un semblant d’indifférence. Mes mains se tendent vers ses formes parfaites, prêtes à explorer les mille détails qui en font l’exception.


J’hésite.


Par où vais-je commencer ?


Les flancs peut-être, ce serait le plus sage. Le saisir délicatement, sentir vibrer sous l’effort la plénitude de ses formes, l’enserrer tendrement pour qu’il ne puisse pas fuir.


Ou alors, le saisir par là où il est le plus tendre, au risque d’en abîmer l’harmonie. Sentir, sous mes doigts, le velours de sa peau, et en même temps couler la liqueur qui fait sa tendresse.


Je pourrais aussi le saisir violemment, montrer ma force et ma détermination dans la manière de le tenir, de l’approcher de moi. Je pourrais, en usant de ma poigne, faire jaillir, comme des larmes, la crème de ses yeux. Mais non, je ne peux me résoudre à détruire d’un seul coup tout l’effort passé à appliquer un maquillage sophistiqué pour en augmenter l’attrait. C’est par un geste comme une caresse que je dois l’amener à moi, que je dois le séduire pour mieux le posséder.


Patience, il ne faut pas que je précipite le contact, et je remets fébrilement mes mains dans les poches pour éviter qu’elles ne dépassent les limites de la bienséance.


---


On m’avait prévenue, il ne fallait pas aller le voir justement ici. La tentation était trop forte, je l’ai senti dès que je suis entré. Pourtant je ne peux pas dire que j’y sois trop sensible, mais là, j’ai failli craquer.


Il y avait beaucoup de monde, la pluie tombait dru dans les rues, faisant ressortir une odeur de terre mouillée jusqu’au cœur de la grande ville. L’atmosphère était lavée des émanations des milliers de voitures qui, désespérément, se frayaient un chemin dans la brume qui s’élevait du goudron surchauffé. On se serrait, tous ceux qui ne voulaient pas être mouillés, et moi, moi seule qui était entrée pour lui.


L’odeur des cheveux mouillés se mélangeait aux effluves estivaux, et je louais in petto mon choix de parfum pour la journée.


Au-dessus de ce méli-mélo de notes choisies par le hasard, au-dessus de la dominante si caractéristique de ce qui a toujours nourri l’homme, qui permet, même sans le voir, d’imaginer une peau dorée et craquelée, un zeste oriental, comme un chant de soprano au-dessus du chœur, m’a brusquement fait tourner la tête.


Il était là, je pouvais distinguer ses notes de vanille et de fleur d’oranger qui me faisaient tourner la tête, puis en notes de cœur, et le mien qui battait, le beurre et le caramel. Je n’osais aller au fond, ne sachant pas si je pourrais me retenir, et il y avait bien trop de monde pour que je cède. La raison devait l’emporter sur les phéromones, c’est du moins ce que je me répétais.


---


Comme un murmure, presque une plainte.


Oui, quand je le prends, quand je le prends en moi.


D’abord, c’est un glissement, mes doigts sur lui. Puis on perçoit comme des gémissements quand il se raidit sous ma prise. Il semble deviner, appréhender le moment où il sera soumis à mon bon plaisir, où il craquera dans ma bouche.


Je m’approche de lui, et mes doigts glissant sur sa surface de velours font comme un feulement, mêlant ses sucs et ses couleurs.


Et c’est le premier contact, la surface de sa chair cède sous ma morsure avec un soupir. Tandis que je pénètre en lui, que je l’absorbe, il monte en crescendo, glissement sensuel qui sait l’obstacle qui l’attend.


Et puis il crie, quand je le déchire, ou plutôt il gémit. Non, c’est le bruit de la pluie sur les tuiles, en août, sous l’orage. Et il résonne en moi, comme s’il faisait partie prenante de mon être, comme si nous étions unis, ensemble, comme si nous fusionnions.


Sa résistance cède tout à coup, et, après les coups de tonnerre de la débâcle, c’est le froissement de la soie sur ses aspérités, le glissement de sa substance divine sur ses dernières résistances, sur mes dents qui, délicatement, le finissent, ne voulant perdre aucune goutte de sa saveur.


Et je finis, embrassant, léchant les dernières traces de notre combat, profitant jusqu’au bout de sa douceur.


---


C’est d’abord un mélange de saveurs subtiles, un peu de vanille, un peu de chocolat, juste une trace, et le sucre. Le tout est mélangé par ma langue qui glisse sur sa peau de satin, emmêlant les délicates veines qui en font la beauté, effaçant sans précaution le travail patient de l’artisan. Ce n’est qu’un début, et j’imagine déjà la suite. Mais il faut y aller doucement, ne pas se précipiter.


Mes dents mordent maintenant dans sa chair, embrassant et sa peau et ses flancs, et le goût du beurre vient enrichir les arômes initiaux, apporte une once de volupté aux saveurs simples et primaires. Comme un nez testant un parfum, je m’enfonce dans la symphonie gustative, et j’imagine déjà l’orchestre se préparant à l’envolée.


Et enfin, la vanille, puissante, forte, apparaît, comme si elle rompait d’un coup les mille murs qui l’enserraient, la tenaient à l’abri des regards et de ma concupiscence. Elle coule dans ma bouche, elle embrume mon cerveau, et mes yeux sont au bord des larmes, je savoure comme un péché la crème qui m’emplit d’un coup, souveraine.


Je ferme les yeux et continue à le dévorer, honteuse mais abandonnée à cette luxure de l’âme, jouissant de le sentir céder, disparaître pour mon seul plaisir.


Une touche de caramel vient parfumer les dernières bouchées, là où la cuisson a bruni sa base, et je finis par le dernier morceau de couverture, celui que j’ai gardé pour clore le feu d’artifice que j’ai vécu comme un rêve. Le sucre glace décore mes lèvres, seul témoin de mon abandon à la tentation.


Oui, j’ai craqué.


---


- Madame, s’il vous plaît, je voudrais ce mille-feuille, là, celui avec la couverture glacée.

- Un euro cinquante. C’est pour emporter ?

- Non, c’est pour le manger tout de suite. Voilà, merci beaucoup !



Le Creusot, le 13 octobre 2008



 
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   Anonyme   
23/11/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Savoureux.
Le lecteur est tout de suite pris au piège. On se demande quel peut être l'objet du désir de la narratrice. Un bijou? Non, un homme? Seulement une partie de cet homme? Bien sûr, c'est de cela qu'il s'agit. On en éprouve un peu de gêne.
Mais la gourmande a de tout autres désirs.
Quoi que...

   xuanvincent   
9/11/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Cette "Tentation" m'a fait penser à d'autres tentations, celle des "Sucettes" d'une certaine France G. et plus près de nous à celle de "Dans ma bouche" de Estelle2L".

Une fois passé ce sentiment de déjà (un peu) vu, je me suis demandé qui était cette narratrice et quel était l'objet de sa tentation... Assez vite, j'ai pensé à une petite fille, peut-être attirée par un jouet...

Au final, ce texte m'a fait passer un agréable moment de lecture.

   Anonyme   
9/11/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Ben alors, je me suis retrouvée plongée dans l'ambiance de Dans ta Bouche, et je dois t'avouer que ça m'a un peu perturbée, alors j'ai relu... j'ai essayé de vider mon esprit, de partir "vierge" (si je puis me permettre) dans la lecture...

Et très vite, j'ai pensé à un vibromasseur, puis à un Magnum (chuuut pas de marques...)... et je dois t'avouer que le mille-feuille m'a un peu déconcertée... par rapport au contexte phallique qui s'impose dans ta nouvelle (désolée pour le jeune publique, je ne choque pas j'espère mais c'est palpable sans mauvais jeu de mots...), je sais pas, j'aurai préféré un éclair (qui garde une certaine forme...)... le mille-feuille carré et impersonnel m'a perturbé...

Et pis là y a mon côté OPEN YOUR MIND qui m'a rattrapé et qui m'a dit que justement, la suggestion joue sur le phantasme et que ça a marché malgré tout.

J'aime beaucoup ton écriture, fluide, variée dans le vocabulaire et les images sans tomber dans la lourdeur, j'aime énormément ta façon d'amener les choses...

Mais là, j'ai pas trop accroché, désolée... jene sais pas ce qui m'a perturbé, si l'on excepte le mille feuille (;-)) peut-être que j'ai trouvé ça un peu beaucoup tourner pour se coucher, si tu vois ce que je veux dire, un rien trop long, un rien trop amené... un chouilla plus court m'aurait d'avantage convaincue...

Mais un petit merci quand même, d'avoir réussi à me faire avoir envie d'un mille-feuille ;-)

   Togna   
9/11/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Voilà comment, au lieu de céder à la gourmandise primaire et violente, on devrait toujours déguster un… et c’est dit avec poésie et précision. Ah ! Marogne ! Si j’étais femme, je me laisserais bien glisser dans cette tentation. Et puis, à la réflexion, malgré ma masculinité, pourquoi pas ?

   Anonyme   
10/11/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Impressionnant de maitrise et de plaisir à lire.

J'ai été vraiment surpris par la fin (faim?)

Bref j'ai aimé (et puis maintenant j'ai envie d'un gâteau! C'est malin tiens!)

   victhis0   
10/11/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
hi hi hi...Estelle2L est déjà passé par là...Mais ce n'est pas une raison pour bouder ce texte savoureux et interlope à souhait. Presque trop interlope, même.
mais c'est un texte plein de facétie et d'une belle facture que l'on déguste comme un bonbon, en en savourant toutes les couches.
Bien senti. Une nouvelle distrayante et amusée.

   eluam   
11/11/2008
 a aimé ce texte 
Bien
j'ai beaucoup aimé ce texte que j'ai lu d'une...bouchée !

l'apprenti, que je suis, croit, cependant, avoir relevé quelques fautes. en voici quelques une :

-aurait suffit ( le participe passé s'écrit "suffi")

-ce serait le plus sage au lieu de ce serait plus sage

-Sentir, sous mes doigts, le velours de sa peau, et en même temps couler la liqueur qui fait sa tendresse ( couler à mon sens est une intrusion qui déforme le sens de ce que voudrait exprimer l'auteur, à sa place si je veux garder le terme couler je le précéderai du verbe sentir une deuxième fois)

P.S. un euro cinquante le mille-feuille...la tentation est offerte par la maison ! merci.

   Flupke   
13/11/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Mon cerveau a pensé à un joyau puis a continuer à scanner à vide. Le classique « file not found, abort retry or cancel? ». Ca m'a bien permis de tenir jusqu'à la fin. Bonne description au niveau de la texture, craquement etc... Une touche du parfum de Süskind. Un assez bon panorama sensoriel. On se dit que la prochaine fois qu'on mange un mille-feuilles on va voir ça d'un autre oeil ou d'une autre papille. Il serait intéressant que l'auteur enregistre ce texte en mp3 et le mette en disponibilité sur le web pour expérimenter live en direct, écouteurs intra-oriculaires en place, pouvoir revivre cela. Aller dans une patisserie, convoiter, acheter, déguster tout en écoutant, en olfacto-gustatophonie. Enfin il me semble qu'il y ait des potentialités d'interactivité intéressantes dans cette nouvelle.

   Menvussa   
14/11/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte fort plaisant à lire, mais je suis en phase avec le commentaire d'estelle2l. J'ai trouvé cela un peu long, des redondances. Et puis ce mille-feuilles ne me tante pas trop, une religieuse à déguster en un éclair, oui.

   widjet   
17/11/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Certes on pense à la "sucette" d'Estelle (lu comme ça, ça peut prêter à confusion....non, non...je ne pense pas à la sucette d'Estelle !!), mais il y a une nuance dans le texte de Marogne. Celui-ci - à priori - ne cherche pas véritablement, ou du moins pas exclusivement la surprise, mais plutot à faire deviner au lecteur ce que pourrait être cette convoitise, car il est assez évident (en tout cas pour moi qui m'en suis rendu compte assez tôt) qu'il ne peut s'agir d'un être humain, ni de son membre.
Le texte me semble aussi bénéficjier d'un traitement plus gourmet, plus raffiné.

En tout cas c'est comme ça que je l'ai ressenti.

Le vocabulaire est riche, varié et démontre que l'auteur s'est fait également plaisir dans l'utilisation de ces termes. C'est très délicat, très chiadé, assez sensuel et ça fait surtout penser "à la banana split" décrite avec la même fougue (l'érotisme en moins) par Philippe Dellerm dans sa première gorgée de bière .
Contrairement à Estelle, marogne joue davantage avec le caractère gourmand du produit.

Le seul véritable défaut de ce texte est en fait son caractère un poil excessif qui nuit légèrement à sa crédibilité lorsqu'on finit par savoir de quoi il s'agit. Un tel émoi... pour un MF (je veux pas "déflorer" l'intrigue au prochain lecteur qui lirait le comm), je me dis que c'est un peu abusé.

Cela demeure un exercice de style tout à fait sympathique.

Widjet

   Bidis   
13/12/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Quelques répétitions, quelques exagérations aussi qui font invraisemblances, mais je suis toujours admirative lorsqu’un long texte a un sujet très mince. Enfin, si on peut dire… Car ceci n’est pas à lire si l’on est au régime !

   Anonyme   
23/12/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je craque aussi. Il se trouve que cette pâtisserie est celle que j'aime entre toutes.
Même si l'on se doute qu'il s'agit de quelque chose qui se mange,
je trouve le texte bien écrit et savoureux. Subtil.
Goûteux. Très agréable moment de lecture. Ce qui compte finalement, plus que la chute, c'est le style.

   Maëlle   
22/2/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bel exercice, mené avec maestria. Jusqu'à la presque fin je me suis demandé quel pouvait être cet objet de désir. Révérence...

   carbona   
7/9/2015
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Je n'ai pas accroché avec cette longue histoire de pâtisserie comparée à un objet de désir sexuel, d'après ce que je comprends, ou avec en tout cas beaucoup de sensualité. C'est une description qui manque de concret à mon goût, vous utilisez un certain langage poétique qui grignote mon intérêt au fur et à mesure de ma lecture, car trop vague, trop métaphorique.

Je reconnais par ailleurs votre effort d'écriture et votre travail pour personnifier ce mille-feuilles et faire croire au lecteur à plus qu'une pâtisserie.

Merci pour cette lecture.


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