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Mintaka : Brève méditation sur la création poétique
 Publié le 19/02/22  -  6 commentaires  -  4388 caractères  -  71 lectures    Autres textes du même auteur

Je me suis souvent posé la question de savoir ce qui s'organise en nous lors de la composition d'un poème. J'ai humblement tenté ici d'en dire certaines choses que je ressentais. Sujet qui ne demande à l'évidence qu'à évoluer.


Brève méditation sur la création poétique


« Qu'est-ce que la poésie ? Une pensée dans une image », disait Goethe.

Le poète écrit avec ce qu'il est et ce qu'il croit savoir des choses et le poème lui révèle – nous révèle – ce qu'il ignore, c’est-à-dire le reste, l'essentiel ; il le délivre à l'auteur comme au lecteur, sans pudeur et sans retenue, dans une dialectique secrète. Le poète combine donc les mots qui, dans une sorte d'échange, lui soulèvent en retour le voile de ses pensées.

La poésie n'a besoin que d'un esprit empreint du désir d'écrire, le reste elle en fait son affaire. À ce propos, il peut arriver qu’ayant composé les premiers vers, le sujet de départ digresse, un autre s'imposant à l'initiale inspiration ; ou bien encore l'aède se laissera délibérément porter par les vents de son imagination qui, libérée de toute intention, se dévoilera alors à l'aune de la dernière rime.

Cette dérobade des vers à notre propre conscience s'explique peut-être par le fait que parfois, « l'oreille » du poète se porte davantage sur la musicalité des vers, leur mécanisme, plutôt que sur leur contenu qui, lui, relevant plus de l'inconscient (du Ça freudien) influence par là même le choix caché de ses mots/maux.

En outre, l'adaptation permanente de la libre écriture opposée à la rigidité des codes de la versification oblige le poète à éprouver, déplacer, ciseler les phrases modelant à l'envi le choix de ses termes et par là même sa pensée. Ainsi naît le privilège de composer un vers.

Tel ce sculpteur à qui l'on demanda comment il eut l'idée de façonner ce magnifique Cygne à partir d'un tronc de bois informe et qui répond humblement qu'il n’a, en réalité, fait preuve d'aucune imagination puisqu'il n'a fait que retirer le surplus de bois entourant l’Animal qui préexistait déjà à l'œuvre (histoire inspirée de : « La scultura per forza di levare » de Michel-Ange).

Le poète est semblable à ce sculpteur, les exigences de la pratique poétique lui imposent de se défaire du surcroît de mots et de pensées pour pouvoir découvrir en lui le vers qui secrètement l'habite.

Comment ne pas évoquer aussi l’édifiant texte poétique de Rainer Maria Rilke, « Pour écrire un seul vers », qui apporte une originale vision de l’écriture poétique dans laquelle se mélangent l'intimité absolue de l'être en lien avec sa propre création et l’impénétrable dimension de ce qui lui échappe. Le poème se termine sur cette phrase :

« Ce n'est que lorsqu’ils [les souvenirs] deviennent en nous sang, regard, geste, qu'ils n'ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, que peut alors s'élever du milieu d'eux, en une heure très rare, le premier mot d'un vers. »

La poésie contient cette force osmotique qu'aucun autre écrit ne possède. Elle est un mélangeur d'âmes : « Qui appartient pour moitié à celui qui « écrit » et pour moitié à celui qui « lit » », paraphrasant Montaigne dans ses « Essais » relatifs à la parole ; ou encore disait-il, toujours de cet œuvre : « Je n'ai pas plus fait mon livre que mon livre ne m'a fait ». Le poète n'en est-il pas, vis-à-vis de ses écrits, à ce même degré d'interconnivence ?

Grâce à sa portée fusionnelle, la poésie permet de rencontrer un auteur, de pénétrer son cœur et d’avoir la sensation privilégiée de pouvoir partager, l'espace d'un indicible instant, ses profondeurs drapées. Et sans doute au lecteur de se découvrir un peu lui-même.

En cela, quelques vers voire un seul peuvent en un instant changer notre vision du monde, des êtres et des choses qui nous entourent. Ils possèdent cette indéniable force de pénétration qui fait d’eux une source intarissable d’émotions et de sentiments.

Parce qu'un simple vers voire un unique mot peuvent, dans d'indicibles moments, toucher à la grâce.

J'ajouterai, pour ne pas conclure, que le poète adresse moins un message qu'une émotion – lato sensu – au lecteur qui, de son côté, le percevra à partir de sa propre subjectivité.

En cela la poésie est doublement créatrice car s'ajoutant à la créativité de l'auteur, il se noue celle de l'esprit qui le lit. Un poème n'est pas un outil de communication ordinaire ; dans celle-ci, l'importance du message se situe dans ce qui en est compris ; cela est diffèrent en poésie où l'information est tout aussi essentielle que la réception, car la lecture poétique, à l'instar de son écriture, est au même titre un art. Le poème n'adresse pas un message, il EST message.


 
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   Pouet   
19/2/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Salut,

Je ne sais si ce qui est dit ici est inédit ou révolutionnaire, en tout cas j'en partage très largement le propos. Propos à mon sens intelligemment tourné.
J'avoue ne pas trop savoir qu'ajouter d'autre. Ce qui est évoqué me semble correspondre à une réalité, du moins telle qu'il m'arrive de la percevoir.

Cela se lit bien, la lecture me fut agréable, donc.

   Donaldo75   
28/1/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J’aime beaucoup cette exposition de ce qu’est la poésie. Je trouve particulièrement intéressante la strophe de fin, parce qu’elle résume parfaitement tout ce qui a été expliqué – ou plutôt analysé – dans ce qui précède. Et le style utilisé pour cette analyse n’est pas roboratif ou ampoulé, il reste à la portée de tous, en particulier des auteurs amateurs comme nous le sommes tous – ou presque, si certains ont décidé de vivre de leur plume – et pour qui la question sur ce qu’est la poésie amène une grande diversité de réponses pas toujours simples à exprimer. Personnellement, à chaque fois que cette question s’est posée en forum, j’aurais aimé une telle réponse. Je l’ai. Je remercie l’auteur pour ça.

   Marite   
19/2/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Très intéressante et pertinente cette méditation sur la création poétique. La simplicité et la fluidité de l'écriture, la succession des idées en paragraphes courts, facilite la compréhension et la perception des idées exposées. Cet écrit m'a remis en mémoire la préface de René-Guy Cadou pour son livre unique de poèmes “Poésie la vie entière” :
« Je n’ai pas écrit ce livre. Il m’a été dicté au long des mois par une voix souveraine ... Ces poèmes m'arrivent de bien plus loin que moi-même ..."

   Corto   
20/2/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cette réflexion sur la nature de la poésie est riche et en montre la grande complexité.
Je ferais une réserve sur le passage "il peut arriver qu’ayant composé les premiers vers, le sujet de départ digresse, un autre s'imposant à l'initiale inspiration".
Ce serait en effet dommage de limiter l'essence poétique à la poésie en vers.
Je préfère donc d'autres passages comme celui-ci, excellent: "La poésie contient cette force osmotique qu'aucun autre écrit ne possède. Elle est un mélangeur d'âmes : « Qui appartient pour moitié à celui qui « écrit » et pour moitié à celui qui « lit » .
Ce texte est enrichissant et capable d'ouvrir réflexions et débats.
Bravo.

   papipoete   
22/2/2022
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Mintaka
Brève méditation sur ce qu'est la poésie ; je ne retiendrai qu'un passage qui en dit tellement : un sculpteur que l'on congratule devant son oeuvre, un cygne en l'occurrence :
" je n'ai fait qu'ôter le surplus de bois, son âme existait déjà avant je m'y attelle ! "
NB ne pas vouloir rajouter au sujet, alors qu'il trône là, attendant qu'autour de lui l'on s'affaire ! ne pas songer à lui poser un diadème, alors qu'il est déjà ceint de laurier !
et la ligne finale : " la poésie n'adresse pas un message, il EST message !
Tel un cours magistral, on écoute attentivement la Maître, et l'on jure d'appliquer sa leçon...

   Capry   
23/2/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Mintaka,

Bravo pour cette "Brève méditation", elle a eu l'effet escompté, j'ai adoré nous lire, poètes aux âmes multiples. Je me suis laissée emportée par cette balade et je me sens apaisée.

J'avoue avoir décroché parfois, lorsque que vous intégrez des éléments extérieurs, comme un rappel à la théorie qui nous éparpille. J'aime votre métalangage et la réflexion associée.

Cette prose me plaît beaucoup.

Merci pour cette méditation.


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