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Fantastique/Merveilleux
MissNeko : La princesse au petit poids
 Publié le 18/03/16  -  14 commentaires  -  10532 caractères  -  126 lectures    Autres textes du même auteur

Il y a bien longtemps, dans un royaume lointain, vivait une petite princesse muette qui n’était pas plus lourde que trois plumes de corbeau.


La princesse au petit poids


Il y a bien longtemps, dans un royaume lointain, vivait une petite princesse muette qui n’était pas plus lourde que trois plumes de corbeau.

Ses parents, le roi et la reine, étaient désespérés de la voir ainsi. Ils avaient tout essayé pour lui faire prononcer quelques mots et la faire manger davantage, mais en vain. Cette situation délicate aggravait leur relation conjugale déjà précaire. Ils rejetaient violemment la faute l’un sur l’autre, si bien que la princesse se terrait encore plus dans son mutisme et son désir de solitude. Le père critiquait l’indulgence de son épouse et son manque d’autorité, la mère, la trop grande sévérité de son mari. Rongée par la culpabilité, la petite fille s’était résolue à ne plus jamais sortir de sa chambre.

Les années passèrent. Les souverains époux ne s’adressaient la parole que pour les besoins du royaume. La princesse, devenue une jeune femme légère comme cinq plumes de corbeau, s’était construit un monde d’habitudes bien à elle. Chaque matin, elle se nourrissait d’une pomme, d’un carreau de chocolat au lait et d’une tasse de thé noir bien chaud. Puis, rassasiée pour la journée, elle s’asseyait devant la grande fenêtre qui donnait sur l’épaisse forêt, et regardait patiemment les arbres comme si elle attendait quelqu’un ou quelque chose. Elle se couchait à la nuit tombée, lorsqu’il lui était devenu impossible de distinguer les sylvestres silhouettes.

La princesse avait pris ce pli lorsqu’elle était enfant. Même si elle avait vingt ans désormais, elle ne dérogeait jamais à ce rituel qui la rassurait. Son père tenta à plusieurs reprises de briser ce cercle qu’il jugeait néfaste mais elle paniquait, pleurait et se réfugiait dans son lit pendant plusieurs jours, refusant même de boire une gorgée de tisane. Ses proches s’étaient résignés à la laisser vivre ainsi.

Mais, la cour réclamait sa présence et le peuple grondait de mécontentement ; tous craignaient qu’elle fût incapable de régner le jour où ses parents, vieillissants, disparaîtraient.

Un après-midi pluvieux, les ministres demandèrent audience au roi qui connaissait les interrogations qui secouaient le palais. Un ultimatum lui fut imposé. Sa fille devait prendre la parole le jour de son vingt et unième anniversaire afin de rassurer le royaume et prouver ainsi qu’elle n’était pas malade. Contrarié, le souverain se disputa fortement avec son épouse. Leurs cris déchirants résonnèrent dans toutes les salles du château. Le lendemain matin, la petite muette refusa de se lever. Et même tous les thés rares du monde ne lui rendirent l’appétit. Elle restait figée dans son mutisme et sa lassitude. Elle ne pesait plus que trois plumes de corbeau. Les médecins étaient très pessimistes : elle n’atteindrait pas son vingt et unième anniversaire dans ces conditions. La reine, consumée par la tristesse, brisée par la culpabilité, fondit en larmes. Le souverain, quant à lui, s’enferma dans son cabinet des heures durant. Il savait que son frère cadet profiterait de cette faiblesse pour diviser les sujets et installer la fronde au sein du royaume.

C’est alors qu’il eut une idée. Avec sa compagne, ils voyaient encore la princesse comme une petite fille tant elle était chétive, mais elle était bel et bien en âge de se marier.

Le roi ordonna sur le champ que tous les princes, de la contrée et d’ailleurs, vinssent au château pour rencontrer la délicate princesse. Les querelles entre les souverains s’apaisaient autour de cet ambitieux projet qui pourrait peut-être guérir leur fille de cette langueur maladive. Le palais tout entier était en émoi. Chacun s’affairait à rendre la résidence royale la plus parfaite possible. Les pièces étaient nettoyées de fond en comble, les jardins entretenus comme jamais. Des centaines de fleurs furent plantées tout au long de l’allée principale en signe de bienvenue aux prétendants.

Le lendemain, une myriade de princes se rendit au château dans l’unique but de séduire la princesse. Tous savaient qu’elle était une jeune femme fort fragile et peu accorte. Mais le dessein de pouvoir diriger un jour le royaume poussa les galants à esquisser des sourires hypocrites et à se mouvoir comme de fourbes pantins. Fardés, poudrés, vêtus de leurs plus beaux atours et pompeusement coiffés, ils défilèrent tout au long de la journée. La princesse, revenue au bord de sa précieuse fenêtre, subissait passivement les allées et venues incessantes des monarques. La mère de la jeune femme demeurait à ses côtés et chuchotait à son oreille de fréquents commentaires sur la beauté, l’élégance et le maintien des jeunes seigneurs. Mais la muette restait figée, le regard vide et froid. Certains lui contaient à quel point elle était belle et fraîche ou comment la blancheur de sa peau témoignait de sa noble lignée. D’autres ne parlaient que d’eux-mêmes, pensant maladroitement atteindre le cœur de la frêle damoiselle. C’était bien mal la connaître. Elle n’avait que faire de ces prétentieux écervelés. Pour endurer ce supplice, elle rêvait. La silencieuse avait appris à fuir la réalité dans un monde merveilleux et onirique même éveillée. La nuit venue, elle y sombrait corps et âme. Son existence n’était alors que paisibles songes et chimères féeriques. Un havre de paix où le temps s’écoulait lentement, où l’âme était plus légère qu’une plume d’oie et où on pouvait divaguer sans peur d’être jugé. Il était peuplé d’animaux étranges aux douces couleurs. Deux lunes dorées miroitaient dans le ciel rougi. Il n’y avait ni jour ni nuit mais toujours ce moment particulier entre chien et loup qu’elle affectionnait tant. Le tendre pépiement des oiseaux flirtait avec le croassement des crapauds et les papillons voletaient aux côtés des chauves-souris. La petite princesse pouvait être enfin elle-même, parler aussi longtemps qu’elle le désirait aux bêtes, aux arbres, aux fleurs raffinées et odorantes qui peuplaient ce monde. Son esprit ne revenait que pour de brèves minutes dans la banalité de sa chambre princière. Elle préférait demeurer dans sa féerie plutôt que d’affronter l’angoissante étiquette imposée par son rang.

Plusieurs jours s’écoulèrent sans qu’elle daignât faire un signe. Ses parents n’osaient plus la regarder et ne savaient quoi répondre aux prétendants déçus et outrés de n’avoir eu en retour le moindre regard ou sourire de la princesse.

L’anniversaire devait avoir lieu deux jours plus tard. Aucun jeune homme n’avait réussi à la faire parler, encore moins à faire chavirer son cœur.

Très affaiblie, elle ne pesait plus qu’une seule plume de corbeau. Les époux royaux, fous de chagrin, savaient qu’elle était condamnée. La reine s’effondra et pour la première fois depuis bien longtemps, son mari la serra contre lui.

À cet instant, un drôle de prince frappa à la porte du palais. Le regard sombre et l’habit noir, il n’était pas plus haut que trois plumes d’aigle. Il venait de si loin, que personne ne connaissait le nom étrange et imprononçable de son pays. D’abord hésitants, le roi et la reine acceptèrent qu’il rencontrât la princesse.

Elle était comme à son habitude, assise dans l’alcôve de la fenêtre. Le petit monarque scruta la chambre d’un air espiègle. Chaque détail le fascinait. Il admirait les voûtes craquelées qui ornaient les lucarnes et la porte, les rideaux de damassé rouge incarnat lourdement accrochés aux murs de pierre, les vieilles faïences pourpres recouvrant élégamment le sol. Au centre de la pièce, un lit à baldaquin trônait fièrement malgré le désordre qui y régnait. Les draps débordaient nonchalamment de tous côtés et les nombreux coussins semblaient avoir subi une bataille tant ils étaient dispersés et froissés. D’élégantes effluves de santal et de patchouli s’évaporaient d’une coquette bouteille dorée posée sur une console en acajou sculpté. Un petit coffre en argent brillant, certainement une boîte à bijoux, attira son regard tant la lueur du soleil s’y reflétait. Elle devait y cacher ses trésors, ses désirs, ses pensées, songea-t-il.

Enfin, il posa ses yeux sur la jeune femme. S’il avait su peindre la complexité humaine, il aurait aussitôt pris des pinceaux pour immortaliser ce visage où pouvaient se lire l’innocence, la bonté, l’ennui, l’angoisse et la mélancolie. L’âme de la princesse était si profonde qu’il ne put s’empêcher de l’aimer sur le champ. Il existait en elle un étrange mélange. Son teint transparent de porcelaine la rendait à la fois irréelle, fantomatique et en même temps si proche et vulnérable.

Il avança lentement et s’assit près d’elle aussi délicatement que s’il s’était agi d’un animal blessé. La princesse, hypnotisée, ne cilla pas le moins du monde. Que pouvait-elle bien contempler des journées durant ? Le jeune homme lui prit la main ne désirant qu’une seule chose : la rejoindre dans ses pensées.

Il fixa à son tour les arbres qui se dessinaient fièrement de l’autre côté de la fenêtre. Quelques minutes suffirent au prince pour commencer à ressentir de troublantes sensations. Son cœur ralentit, sa peau se refroidit et sa vision se troubla. De fortes odeurs de parfum l’enivrèrent. Il semblait flotter. Lorsqu’il parvint enfin à distinguer où il se trouvait, il vit un monde féerique et paisible. Un havre de paix où le temps s’écoulait lentement, où le cœur était plus léger qu’une plume d’oie et où on pouvait divaguer sans peur d’être jugé. Un univers peuplé d’animaux étranges aux douces couleurs. Deux lunes dorées miroitaient dans le ciel rougi. Il n’y avait ni jour ni nuit mais toujours ce moment particulier entre chien et loup qu’il affectionnait tant. Le tendre pépiement des oiseaux flirtait avec le croassement des crapauds et les papillons voletaient aux côtés des chauves-souris. Aux abords d’un étang aux reflets argentés, se dressait la princesse. Elle le regardait en souriant, si belle et si sereine. Étincelante de joie de vivre et de santé, la petite au poids-plumes-de-corbeau n’existait plus. C’était une charmante jeune femme qui se tenait devant lui et qui tendait ses bras en guise d’invitation. Mais lui aussi était métamorphosé. Le prince pas plus haut que trois plumes d’aigle était devenu un homme fait. Main dans la main, ils partirent à la découverte de ce royaume enchanté désormais le leur, sans jamais se retourner.


Lorsqu’au soir venu, le roi et la reine entrèrent dans la chambre de leur fille, ils trouvèrent une plume de corbeau et trois plumes d’aigle sur le rebord de la fenêtre grande ouverte. Au loin, deux beaux oiseaux voltigeaient gaiement dans le ciel avant de disparaître éternellement.


 
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   hersen   
28/2/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ma foi, voilà un vrai conte !

je me suis tout d'abord dit : bon, une jolie princesse, un roi et une reine à problème, les prétendants qui accourent dont aucun, bien sûr, ne saura séduire la princesse.

Jusqu'à celui, ultime, qui saura entrer dans le monde imaginaire de la princesse.

J'aime beaucoup la fin, légère comme...une plume.

L'écriture est très agréable, ce qui fait qu'on passe un moment délicieux de lecture, sans chercher plus loin.

   vendularge   
1/3/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Voilà un conte très agréable à lire et fort bien écrit. Une des mille et une façon de parler de l'amour, de ce dont il est fait et du voyage qu'il suppose entre deux êtres animés des mêmes sensibilités. Le "petit poids" est assez drôle et cette mesure en plumes donnent ce côté un peu merveilleux. Cette petite part d'enfance que nous tassons bien au fond pour paraître plus grands, pointe le bout de son nez. Bref, j'aime bien cette histoire. Merci
Vendularge

   carbona   
9/3/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,

J'ai aimé l'écriture qui colle bien à celle d'un conte. J'ai aimé l'histoire grave de cette princesse au petit poids. Les scènes sont imagées. Je trouve qu'en cela l'esprit du conte est bien retranscrit. Je regrette néanmoins la rapidité avec laquelle l'histoire se déroule et s'achève. Quand le prince haut comme trois plumes d'aigle arrive, on comprend que ça va être le bon. Le côté féérique de ces deux êtres différents qui s'envolent dans un autre monde, dans leur monde est chouette mais je trouve que c'est trop survolé à l'image d'un résumé. Ce serait intéressant de développer et détailler cette rencontre, de faire davantage vivre cette histoire sans qu'on ait l'impression de lire une quatrième de couverture. J'en veux plus :)

Merci,

Carbona

   Anonyme   
18/3/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un joli conte que vous nous contez là ! Je mesure la performance tant il est difficile d'écrire un conte de nos jours sans empiéter sur ce qui a déjà été écrit par d'autres. L'atmosphère, le tragique et l'amour sont bien présents. Une belle histoire qui se termine bien, donc bravo !

Wall-E

   socque   
19/3/2016
Ce conte me met vraiment mal à l'aise, parce que je le lis comme une allégorie à la gloire de l'anorexie. Je le verrais très à sa place sur un de ces sites qui, dit-on, permet aux anorexiques d'échanger des recettes pour tromper leur entourage quant à la gravité de leur état.

Toute l'histoire insiste sur le fait que la princesse est très bien comme elle est, même si les médecins la déclarent à l'article de la mort ; c'est son entourage qui ne la comprend pas, qui se déchire à son sujet, qui tente de lui faire reprendre du poids en lui imposant des visites inopportunes de gens pas plus compréhensifs, lesquels ne savent pas percevoir la richesse intérieure de la princesse. Selon moi, toute la situation se transpose aisément dans le monde réel sur une jeune fille anorexique, rassasiée pour la journée "d’un carreau de chocolat au lait et d’une tasse de thé noir". L'héroïne échappe à la cruauté de ce qui l'entoure en se réfugiant dans un univers dominé par l'idée de légèreté, d'absence de matière ; les êtres ne sont caractérisés que par leurs couleurs, leurs sons, leur envol, leur odeur, tout est lumière incertaine. Ainsi, la princesse échappe à "l’angoissante étiquette imposée par son rang", ce qui m'évoque tout simplement les obligations matérielles d'exister comme être humain soumis à la gravité.

Comme on est dans un conte, le prince charmant sauveur apparaît. Loin de ramener la princesse à la dure réalité de la vie, il la comprend, l'accompagne et finalement lui donne la force de rejoindre le monde de ses chimères ; dans l'optique où j'ai lu le texte, cette fin m'a paru glaçante puisque j'y vois la mort, l'envol de l'esprit dégagé de toutes contingences matérielles.

Alors, peut-être que je me trompe complètement et que votre optique en écrivant ce conte n'a rien d'aussi sinistre, quoi qu'il en soit cette interprétation s'est imposée d'emblée à moi : vous savez donc qu'il est possible de lire votre texte ainsi. Par ailleurs, je l'ai trouvé bien écrit, soigné, manquant de dynamisme mais c'est le côté "conte" qui joue sans doute.

Je ne sais pas dans quelle mesure j'aime ce texte qui m'effraie par les implications qu'il me semble porter, et qui pour moi a aussi quelque chose de fascinant, toujours par ses implications supposées.

   Lulu   
19/3/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour MissNeko,

j'ai adoré lire votre conte que j'ai tenu à lire à haute voix, les contes s'y prêtant bien et je n'ai pas été déçue. Il se dit et se raconte. C'est une vraie merveille.

Comme Socque, j'ai d'abord été mal à l'aise relativement à la question de l'anorexie, mais j'y ai lu, finalement, un souci qui aurait pu être autre chose, la laideur, par exemple, comme dans "La Belle et la Bête". Puis, je me suis laissée emporter par votre récit que j'ai trouvé magnifique. Le passage où la jeune fille fait face aux animaux - oiseaux, crapauds, chauves-souris -, est vraiment superbe. J'ai aimé le retrouver en répétition, en parallèle avec le jeune homme... C'est hyper poétique.

Enfin, l'écriture est très fluide, sans anicroche particulière. Je l'ai beaucoup aimée, la trouvant très adaptée au genre du conte.

Au plaisir de vous relire.

   MissNeko   
19/3/2016

   Mare   
19/3/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Tout y est ! Le ton, le phrasé, l'histoire, les personnages et la profondeur du propos (j'aime l'idée de la rencontre de ces deux différences). Et puis, il faut le dire, l'envolée finale est très délicate.

Ma seule petite remarque concernerait peut-être les descriptions concernant les disputes des parents. Je les trouve trop réelles, très directes. Vous qui maîtrisez si bien les métaphores, j'en aurais utilisé une pour cet aspect-là aussi. Mais c'est peut-être voulu ? Une manière de marquer le contraste entre le monde des parents et celui de l'enfant ?

Quoi qu'il en soit, j'ai réellement vécu un joli moment de lecture !
Merci !

   Bidis   
19/3/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très joli conte, extrêmement poétique et qui m'a fait me souvenir, comme il arrive parfois d'une odeur ou d'une saveur, de mon enfance, du jardin où j'ai grandi, de mes lectures et de mes imaginations d'alors.
A mon ressenti, l'écriture est par moments assez banale mais à d'autres moments elle s'envole, légère comme ce qu'elle raconte. J'ai relevé deux pronoms relatifs qui se suivent de façon malencontreuse ("au roi qui connaissait les interrogations qui secouaient le palais") mais autrement, je n'ai que des impressions comme exprimées plus avant, et non des remarques précises.

   David   
19/3/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour MissNeko,

Peu après le début, j'ai été surpris que le problème de la princesse ne soit pas seulement sa maigreur extrême mais également son mutisme. Elle aurait pu être boulimique et muette avec la même histoire, ou même juste muette et les sujets du royaume auraient pu en contenter leurs angoisses de futurs sujets d'une pareille personne. La maigreur sert également à laisser venir la disparition avec le Prince, dans une métaphore éthérée ou les deux esprits quittent leurs corps, mais le mutisme n'est nullement nécessaire à celle-ci. la princesse aurait pu avoir un tempérament à la Bartleby avec ses "je ne préfèrerai pas" quoi que ce soit, n'avoir que des paroles d'indifférence ou de renoncement je veux dire.

Bref, le conte n'est pas mal raconté mais pour une lecture d'adulte, c'est lourd en soi, le charme ne peut venir que d'une trame naïve, au sens poétique, alors que les deux handicaps de la princesse me l'ont rendu ambigüe. Je ne suis plus un enfant mais le récit est plus complexe que le conte d'Andersen dont s'inspire le titre, et je ne crois pas qu'il aille vraiment plus loin pour autant, je veux dire que le conte d'origine, à nouveau pour une lecture d'adulte, il est presque "idiot" et c'est une sorte de force, parce que le conte d'Andersen doit ainsi voyager très facilement dans de nombreux imaginaires d'enfants. Celui-ci n'a pas la même force, il a moins de cohérence je trouve.

Je n'imagine pas une seconde que le but était de prendre la place d'Andersen, mais le titre invite au parrainage.

   jfmoods   
20/3/2016
Ce texte m'apparaît comme une mise en perspective ludique, poétique, féérique.

Dans « La princesse au petit pois », le subterfuge mis en place par la vieille reine permettait d'assurer la reproduction optimale de la lignée. Par nature, une princesse n'a pas d'existence propre : elle épouse l'identité de sa caste.

Ici, il s'agit de surmonter l'écrasement inexorable du milieu, d'exister, de trouver, en celui qui viendra de nulle part, une reconnaissance fondatrice. Dès le départ, la princesse refuse sourdement d'hériter, elle refuse de se confondre avec le monde qui l'a vu naître. Attitude incompréhensible, intolérable, que rien ne parvient à fléchir. La nutrition et la parole ne sont que les symptômes de cette clôture. La maigreur extrême anticipe, à sa manière, l'envol métaphorique final. Elle renvoie à l'image d'une exigence supérieure. Le mutisme fait office de barrière, il maintient à distance les prescriptions journalières du clan. La princesse attend. Maîtresse d'un royaume imaginaire dont elle est la seule à détenir les clés, elle attend depuis le début que l'Autre frappe doucement à sa porte. Elle attend que l'Autre la découvre, se reconnaisse en elle, noue avec elle cette si troublante et si profonde affinité.

Merci pour ce partage !

   Methos   
4/4/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce petit conte enivrant m'a transporté du début à la fin, on comprend que la réalité se trouve à l'endroit du cœur.
Pour certains c'est la politique, pour d'autres le travail, enfin pour les plus fébriles le réel se situe sous deux lunes dorées où se mélangent le jour et la nuit.
C'est en ce lieu qu'ils prennent forme véritablement, présentant des corps matures et en bonne santé, là où les terres aux mœurs pragmatiques les ont rendus faibles et maigrichons.

Ce genre de récit est rafraîchissant à notre époque où l'on considère peu la réalité de l'irréel.
Encore bravo !

   matcauth   
14/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour,

c'est une belle histoire, bien racontée, et j'ai pris plaisir à la lire. Bien sûr, le contexte Oniris n'est peut-être pas le meilleur, car on ne vient pas ici pour lire un conte, mais je crois qu'il se lirais bien devant des enfants (ou se conterait bien, plutôt) et c'est ça qui est important.

Le mutisme m'a étonné, je ne sais pas ce qu'il vient faire là. De même, si elle pèse de moins en moins lourd, pourquoi le prince n'a t-il pas les mêmes soucis ?

Je suis par contre surpris qu'on puisse laisser un étranger seul avec une princesse, même si c'est un prince.

Mais l'ensemble est bon, il se suffit à lui-même, c'est du bon travail. Voilà.

   Blacksad   
30/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'aime les contes et les belles histoires.
C'est écrit simplement, et c'est ce qui convient. La trame est un peu classique (la princesse isolée et atteinte d'une particularité mais que son père veut marier sauf qu'aucun prétendant qui ne la comprend) mais ne boudons pas notre plaisir. J'ai pensé à "Océan Mer" de Barrico, à "Un remède à la mélancolie" de Bradbury, mais la fin est beaucoup plus onirique et fantastique, comme dans tout vrai conte.
Merci pour ce moment agréable.

Un seul bémol : à part le coup des plumes (et le titre évidemment !), ça manque de petits clins d'œil humoristiques à mon goût.


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