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Fantastique/Merveilleux
Mona79 : La Dame Blanche
 Publié le 20/01/14  -  10 commentaires  -  6773 caractères  -  154 lectures    Autres textes du même auteur

Un conte ? Sans doute, mais où le merveilleux se mêle au réel, puisque ces lieux existent encore et que j'y ai résidé il y a bien longtemps (voir pour photos les ruines de l'Abbaye à La Couronne en Charente).


La Dame Blanche


Le royaume des songes comporte d'étranges labyrinthes. Alors que je poursuivais dans ma mémoire une légende ancienne, soigneusement oblitérée par le poids des années, une dame très belle est venue cette nuit me prendre par la main. Évanescente dans ses voiles blancs, ses pieds nus effleurant à peine l'herbe douce emperlée de rosée, elle m'a guidée très loin dans le passé, sur les traces de mon enfance oubliée.


*


Vers l'âge de six ou sept ans j'habitais un lieu bizarre : une sorte de cloître vétuste mais sans clôture qui, divisé en "appartements", servait de refuge à plusieurs familles et dans lequel mes parents, qui avaient l'esprit migrateur, étaient venus échouer par je ne sais quel hasard.


À l'intérieur, les murs de chaque logis étaient érigés en forme de voûte et aussi épais que ceux d'une prison. Les fenêtres, hautes et étroites, munies de lourds barreaux, ouvraient côté chambre (il n'y en avait qu'une) sur le parc d'un château de style moyenâgeux. Devant notre façade, ornée de gargouilles grimaçantes qui nous arrosaient copieusement les jours de pluie, jouxtant une grande cour pavée, se dressaient les vestiges majestueux d'une abbatiale du XIIe siècle.


Au milieu de ces ruines qui attiraient de nombreux visiteurs, je jouais en toute liberté avec les galopins de mon âge.


Dans l'un de ces logis, à l'aspect pour le moins étrange, résidait aussi Mathilde qui, tout en essayant d'initier au tricot mes doigts malhabiles, me racontait des contes sinistres où les loups-garous et les sorcières se mêlaient aux fées en toute impunité : à faire se dresser les cheveux sur la tête d'une petite fille trop crédule qui en était fort impressionnée…


Comme j'adorais, malgré tout, frissonner d'une délicieuse terreur, le récit que je préférais était la légende ayant trait à l'histoire d'une certaine dame nommée Blanche qui avait, autrefois, habité le château voisin.


Pour une vétille, son vieux mari jaloux avait fait jeter la malheureuse toute vivante dans une oubliette de l'abbaye… Depuis, son fantôme venait errer les nuits de pleine lune au-dessus des ruines. C'est pour cette raison – car cette histoire-là était véridique, "vraie de vraie" affirmait Mathilde – que l'on entendait parfois les chiens hurler lugubrement jusqu'au petit matin.


Bouche bée, je buvais ses paroles et posais mes questions :


– As-tu déjà vu, toi, cette belle Dame Blanche ?

– Bien sûr, affirmait-elle, sentencieusement, mais on n'a guère le temps de l'admirer, pfft ! elle disparaît…


Rêveusement je soupirais :


– J'aimerais tant lui parler. Elle me raconterait ses malheurs et je pourrais la consoler, être son amie…


Péremptoire, la vieille femme répliquait :


– Les fantômes, ça ne parle pas, ça n'a pas d'amis… ça vous glisse entre les doigts comme des ombres…


Mais cela ne me décourageait guère et, lorsque la lune brillait toute ronde dans le ciel, dès que les chiens commençaient leur tapage, je m'accrochais aux barreaux de la fenêtre afin de guetter – mais toujours en vain – l'apparition d'une ombre blanche au travers des grands arbres du parc.


C'est là que ma mère me surprenait, grelottante, et me recouchait en maudissant les "radotages" de notre extravagante voisine…


*


Un jour que, selon mon habitude, je jouais parmi les ruines avec quelques camarades, une averse nous fit nous réfugier à l'abri d'une chapelle latérale dont la voûte n'était pas tout à fait écroulée.


Dans cette enceinte, à une hauteur d'environ un mètre cinquante, se dressait, en saillie, une chaire de pierre sculptée en parfait état, à demi enfoncée dans l'épaisseur du mur, comme une sorte de niche arrondie, mais à laquelle ne s'appuyait aucun escalier.


Nul moyen pour nous d'y accéder. Désœuvrés, nous aurions pourtant aimé nous y pavaner, afin de jouer les tribuns et de haranguer, du haut de ce piédestal, une foule imaginaire…


C'est alors que mon esprit inventif – toujours prêt à concocter mille sottises – eut l'idée qui fut unanimement qualifiée de géniale : nous allions nous faire la courte échelle !


Bien sûr je m'attribuai sur le champ l'honneur convoité d'être la première à mettre les pieds dans la chaire : ce ne fut pas chose facile… Après maints efforts infructueux accompagnés de quelques chutes, je réussis pourtant à me hisser sur le bord et m'apprêtai à bondir au fond, victorieusement.


Cependant, comme il y faisait plutôt sombre, un grand frisson inexpliqué me secoua tout entière. Mais les autres, en bas, m'encourageaient :


– Allez, vas-y ! Tu y es… Récite-nous "Le Corbeau et le Renard"…


Je sautai donc, en fermant les yeux, sans plus d'hésitations.


Ensuite je ne sais plus très bien ce qui m'arriva : j'ai le souvenir confus d'un immense trou noir et j'entends encore résonner mon cri, comme dans une descente aux enfers vertigineuse. Puis je flotte dans une eau croupie, nauséabonde. Mais des mains d'une grande douceur me soulèvent, me portent et je m'éveille… dans mon lit.


Il paraît que j'ai déliré plusieurs jours ; seule une bosse au front me laisse supposer que je n'ai pas rêvé. On me dit aussi que j'ai eu de la chance : parce qu'au fond de la chaire, dans l'épaisseur du mur, il y a une trappe en bois pourri qui bascule dès qu'on la touche ; en dessous est creusé un puits profond où l'on voit briller de l'eau, qui fit sans doute, jadis, office d'oubliette…


Toute frissonnante je m'écriai :


– Mais j'y suis tombée dans ce puits, j'étais dans cette eau qui sentait le pourri, j'en suis sûre, c'est même la Dame Blanche qui m'a secourue, sans elle je serais morte !


Mes parents se touchèrent le front d'un air compatissant. Avec une grande patience ils m'expliquèrent comment l'on m'avait retrouvée, mes camarades ayant donné l'alerte, assommée au fond de la chaire. Ils m'affirmèrent aussi que mes vêtements étaient secs : j'avais dû rêver cette curieuse aventure, Mathilde me racontait bien trop d'histoires… Je n'osai protester davantage puisqu'on ne croit pas les enfants.


Peu de temps après la guerre éclata. Nous sommes partis – une fois de plus – habiter ailleurs, loin de ces ruines magiques et mystérieuses que je ne devais jamais revoir.


*


Pourquoi cette nuit, après cinquante années d'oubli – mais les fantômes ont-ils un âge ? –, la Dame Blanche est-elle venue troubler la paix de mon sommeil ?


Après avoir marché près d'elle dans l'herbe émaillée de pâquerettes, à nouveau j'ai plané, comme une feuille morte, dans l'infinie spirale de ce puits… Mon cri a déchiré le silence nocturne et je me suis réveillée tremblante avec, dans ma chambre close, le sentiment d'une présence rassurante et douce qui disparut sans bruit dans les plis vaporeux des rideaux.



 
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   Robot   
7/1/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↓
L'histoire n'est pas inintéressante mais je trouve qu'elle manque de saveur, comment dire autrement que le style est peu relevé à mon goût. La nouvelle est courte pourtant elle a provoqué un peu d'ennui car trop linéaire et scolaire dans sa rédaction.

   senglar   
20/1/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Mona,


Troublant... Très bien écrit ! Un petit chef-d'oeuvre de style comme cette abbaye dont je suis allé voir les restes sur Wiki. Beaucoup d'allure pour ce gothique breton et quelle entrée !

J'ai trouvé curieux que tes parents, par ailleurs bohèmes (baba cools ?) pour avoir habité un tel endroit aient voulu brider ton imagination de petite fille, petite princesse. Je suis rassuré : ils n'ont pas réussi. Sans doute ont-ils voulu pour te surprotéger ?...

La magie de ce récit a donc fonctionné sur moi ; je crois que nous avons tous un trône (voir plusieurs) chargé de mystère quelque part dans notre imaginaire enfantin :)

Brabant

   Anonyme   
20/1/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Mona, tu te fais rare, trop rare... mais heureusement cette mystérieuse Dame Blanche vient nous rappeler que tu n'as rien perdu de tes qualités de conteuse, que ça soit sous forme de poèmes ou, comme ici, en tant que nouvelliste.
Comme tu le sais je te préfère en vers mais cette courte nouvelle, mélangeant adroitement le rêve et le réel, n'est pas pour me déplaire... J'ai vu l'abbaye dont il est question et je suis surpris que tu aies vécu dans ce décor et que ces ruines aient été un jour lointain ton terrain de jeu... On le serait à moins !
Sauvée par la Dame Blanche ? Ca valait bien que tu le mettes noir sur blanc... J'aime bien le côté mystique de ce récit sans arriver à discerner le rêve du vécu mais l'histoire est belle et je t'en remercie, ô Mona la rescapée... pour notre plus grand plaisir !

   Anonyme   
20/1/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je vous savais poète mais pas conteuse, force est de constater que vous êtes à l'aise dans les deux domaines. Cette petite aventure est en effet agréable à lire, elle rend bien compte de l'imagination fertile de nos vertes années. Peut-être est-il dommage que vous n'ayez pas insisté sur le côté fantastique, sur une présence plus marquée de la Dame Blanche. Tel quel le récit est trop sage et ne dépasse pas une anecdote d'enfance alors qu'il y avait matière à pousser plus loin les angoisses de cet âge.
Vous prenez toujours grand soin à rédiger vos écrits. On reconnait bien là votre style, propre, soigné, avec une maitrise évidente de la langue.

   Marite   
21/1/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai adoré Mona et je ne trouve pas que ce récit soit trop sage, il est réaliste, rien à voir avec le fantastique. De cette réalité que nous offre le monde des songes lorsqu'on ne le perturbe pas avec toutes sortes de produits ingurgités, soit pour les annihiler, soit pour les exacerber.
Cette Dame blanche est revenue, elle n'a pas oublié vos pensées enfantines lorsque vous vouliez devenir son amie pour la consoler. Elle est et sera votre amie, c'est son message. après toutes ces années, mais le temps n'existe pas dans ce monde car c'est le domaine de l'éternité.
Cette phrase " je me suis réveillée tremblante avec, dans ma chambre close, le sentiment d'une présence rassurante et douce" traduit parfaitement le sentiment qui peut nous envahir, parfois, au sortir de ce monde fabuleux sur lequel nous n'avons, heureusement, aucune prise.

   aldenor   
25/1/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Beau paragraphe en préambule. Limpide. Comme le dernier d’ailleurs.
« ...étaient venus échouer par je ne sais quel hasard » : Je songerais plutôt à un « concours de circonstances » qu’au hasard.
« Dans l'un de ces logis, à l'aspect pour le moins étrange » : Pourquoi revenir sur l’aspect des logis, déjà décrits ?
Bon dialogue avec Mathilde, très naturel.
« Péremptoire, la vieille femme répliquait... » : une broutille peut-être, mais on ne sait pas qu’il s’agit d’une vieille femme et cette manière d’introduire la chose semble à retardement.
« Je sautai donc » : « Donc » n’est pas clair. On ne voit pas le rapport de cause à effet. Les autres ne lui demandent pas de bondir au fond de la saillie.

La ligne entre rêve et réalité est bien tracée ; l’auteur nous fournit toutes les explications voulues, laissant sciemment juste un point de coïncidence, une porte au merveilleux. Une écriture poétique. Avec cela, un bel effort de clarté, de logique, de construction.

   emilia   
26/1/2014
J’ai bien aimé accompagner cette petite fille « au royaume des songes… », en quête de sa Dame Blanche légendaire ; la trame narrative est efficace et la langue soutenue, dans un cadre très propice à l’inspiration…Bruno Bettelheim a bien su analyser le rôle des contes auprès des enfants et l’auteure l’a très bien traduit dans cette phrase : « j’adorais, malgré tout, frissonner d’une délicieuse terreur… » L’univers enfantin est également bien restitué avec : « cet esprit inventif, toujours prêt à concocter mille sottises », cette incitation à pousser l’autre à faire la bêtise envisagée tout en éprouvant le besoin d’apprivoiser les mystères… ; l’histoire se termine comme il se doit, rassurante, sur un sentiment de douceur qui respecte une innocence rafraîchissante…

   Anonyme   
23/5/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai beaucoup aimé cette nouvelle qui nous fait voyager dans ce lieu étrange et qui donne la chair de poule. Les pierres se rappellent de bien des choses...alors pourquoi ne contiendraient-elles pas leur lot de fantômes ?

   Donaldo75   
9/6/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↓
L'histoire partait bien, dans un style plutôt classique, quand la narration permettait d'envisager un vrai rôle à la Dame Blanche. Malheureusement, cruelle déception, cette dernière s'avère un prétexte à un récit moins intéressant. Quant à la fin, elle arrive très vite.
C'est dommage parce que c'était plutôt bien écrit et semblait prometteur.

   poldutor   
6/6/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Mona79
Je viens de découvrir cette courte nouvelle vieille de plus de cinq ans...
Bien écrite, claire, j'ai bien aimé cette histoire de Dame Blanche qui apparait parfois. Ce genre de légende à de quoi faire rêver une petite fille, entre rêve et réalité, le souvenir demeure à l'age adulte.
Garder son âme d'enfant, c'est un privilège.
Cordialement.
poldutor


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