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Humour/Détente
Mona79 : Requiem pour un persan
 Publié le 18/05/11  -  10 commentaires  -  9061 caractères  -  134 lectures    Autres textes du même auteur

Les mésaventures d'un homme qui n'aimait pas les bêtes.


Requiem pour un persan


Samson, le bien nommé, avait un système pileux si développé qu'il aurait pu décourager le plus zélé des coiffeurs. Pourtant Marion, ma douce compagne, s'entendait à merveille avec les poils de ce félin, les démêlant sans impatience de sa main experte et cajoleuse.


Pour l'obtenir, cette main, j'avais dû aussi épouser... le chat !


Depuis cinq ans ils mettaient dans ma vie, l'une sa fantaisie charmante, l'autre sa nonchalante félonie. Pour son amour à elle j'endurais patiemment les désagréments de l'intrus : ces relents de fauverie dans les toilettes où trônait "le plat", le goût de "Ronron" que prenait régulièrement le jambon dans le réfrigérateur, mon Persan - à moi -, complètement lacéré... Et ces "mon minet" pleins de tendresse dont ma femme nous gratifiait tous les deux dans le même élan...


Mais il y avait plus grave ! Bien que j'aie doublé ses étrennes, ma concierge me battait froid, car ce sauvage ne lui épargnait aucune avanie lors de fugues dont témoignaient quelques bâtards, étalant orgueilleusement de somptueuses fourrures aux abords de notre immeuble... De plus, suprême injure, il prétendait même occuper ma place dans le lit conjugal au moment où, bien entendu, me prenait l'envie de m'y installer... Lorsque je faisais mine de le chasser d'un geste impatient, les beaux yeux de ma femme, chargés d'un muet reproche, me rappelaient à l'ordre et la claque qui me démangeait les doigts se terminait hypocritement en simulacre de caresse...


Aussi, quand Marion dut s'absenter pendant une semaine pour son travail de décoratrice, elle n'oublia pas de joindre aux baisers du départ mille recommandations concernant l'importun, et j'ai dû marmonner in-petto : "S'il pouvait seulement aller au diable !..."


Après quelques jours d'une cohabitation difficile, je me levai un matin en me disant, soulagé, que ma femme serait là dès le lendemain pour assumer les corvées.


Mais, lorsque j'entrai dans la cuisine, une surprise troublante m'attendait : ayant sans doute épuisé les ultimes ressources de sa septième vie, Samson, auréolé de sa robe couleur d'opale maléfique, gisait inanimé sur le carrelage froid. En vain je le secouai : il retomba, inerte. La souris, à demi dévorée, que je lui avais arrachée la veille, après une lutte dont témoignait ma main lacérée, devait en être la cause, la dératisation ayant eu lieu récemment dans l’immeuble.


Dire que j'en éprouvai un vif chagrin serait hors de propos. Les réactions de mon épouse m'inquiétaient bien davantage. N'ignorant rien des sentiments que je nourrissais pour son matou, elle ne voudrait jamais croire en mon innocence... Il allait falloir prétexter une fugue définitive de l'animal mais, tout d'abord, faire disparaître sa dépouille. Question abrupte et lancinante : comment s'en débarrasser ?


Le vide-ordures ? Impossible ! Il pesait bien ses quinze livres ce gaillard-là... La perspective d'un découpage macabre me procura quelques frissons... Perplexe, je partis à mon travail. Si ma journée de bureau ne fut pas très productive, le soir je pensai avoir trouvé une solution : d'un vaste carton j'expulsai mes après-skis et y couchai le corps tout en murmurant - curieuse réminiscence - "Bigre ! Il est encore plus lourd mort que vivant..." Cela me mit d'humeur joyeuse : désormais je serais seul à être "le minet" de Marion et je me délectai de quelques projets de voyages où le chat n'avait plus sa place...


Lorsque je passai devant la loge, la concierge me fixa de ses petits yeux inquisiteurs tendant le cou vers mon fardeau ; qu'allait-elle encore imaginer, celle-là ? Craignant ses bavardages, je crus bon d'expliquer :


- Heu... Je vais poster ce colis...


Elle ricana :


- Z'avez même pas mis l'adresse sur vot’paquet !


Je me sentis rougir et bafouillai lamentablement pendant qu'elle grondait :


- Eh, bien ! Dépêchez-vous donc, sinon ce s'ra fermé...


Je m'empressais de lui obéir, soulagé d'échapper à ses sarcasmes. Me retournant furtivement, je vis qu'elle me regardait partir... dans une direction diamétralement opposée à celle qui menait à la Poste !


Maudissant la pipelette et la gent féline tout entière, j'arrivai sur le pont de l'Alma. Car j'avais décidé de confier à la Seine cet "encombrant", ni plus ni moins ! Comment, en effet, rêver plus belle sépulture ? Le chat aux yeux d'or que ma femme avait tant aimé reposerait, désormais, dans le fleuve émeraude qui roulait vers la mer ses friselis d'argent...


Ému par l'envolée poétique de mon esprit fertile, je laissai glisser le paquet le long du parapet. Une poigne solide arrêta mon geste : je levai des yeux candides vers un agent soupçonneux qui me dévisageait sans aménité :


- Attention, m'sieur, vot'paquet pourrait bien tomber sur la tête du Zouave (tiens, je l'avais oublié celui-là !)…, et ce ne serait guère facile pour aller le récupérer…


Balbutiant quelques vagues excuses, je m'éloignai au plus vite et gagnai les quais. Mais je n'osais plus exécuter ma sinistre besogne car, de là-haut, l'agent surveillait le moindre de mes pas et je voyais déjà mon nom inscrit à la rubrique des "chats noyés" dans le canard à sensations dont ma concierge se régalait...


Je me coulai sous le pont et laissai tomber le "colis" sans plus de cérémonie. Une voix avinée sortit de l'ombre où son auteur était tapi :


- Eh ! l'ami, vous perdez quelque chose... puis il ajouta : ça vaut bien un litre, non ?


Dégoûté, je donnai une pièce au clochard, puis repartis au hasard des rues. Las ! les bouches d’égout s'avérèrent trop étroites... Sous une porte cochère un peu sombre, un gamin me fit manquer ma chance. Toutes les tentatives de ce genre demeurèrent infructueuses : que de gens honnêtes dans Paris ce soir-là !...


Furieux et fatigué, j'arrivai à la gare Saint-Lazare et perdis mes pas dans la salle du même nom. Pendant que je réfléchissais, le nez en l'air, je heurtai sans le voir un voyageur fort encombré : ses bagages et le mien s'éparpillèrent au sol. En bougonnant très fort, pendant que je détournais des yeux gênés, des colis enchevêtrés il démêla les siens, puis se hâta vers son train en dédaignant mes penaudes excuses.

Épuisé, je pris un taxi pour rentrer chez moi. Demain j'aviserai, me dis-je : dès potron-minet (!) je pourrais peut-être glisser le cadavre sous le couvercle d'une poubelle avant le passage des éboueurs... la nuit, tous les chats sont gris ! Pour me réconforter, je me gargarisais hardiment de mes jeux de mots douteux... Dernière tentative, néanmoins : je tentais "d'oublier" mon fardeau dans le taxi, mais le chauffeur ouvrait l’œil et j'arrondis le pourboire car je me sentais vraiment une âme de coupable.


C'est ainsi que, toujours flanqué du chat, je glissais ma clé dans la serrure. Là, une autre surprise m'attendait : des jappements aigus m'assaillirent cependant que ma femme me sautait au cou. Volubile, elle m'expliqua un peu dans le désordre :


- Je viens juste d'arriver ! Oui, un peu plus tôt que prévu... à cause de Whisky qui ne supporte pas de rester seul à l'hôtel.


Elle ajouta :


- Lui ? Un Yorkshire d'un an - et pure race, mon cher ! -, que l'on m'a offert en récompense de mes bons et loyaux services... Ainsi nommé parce qu'il ne dédaigne pas une petite lampée de temps en temps !...


Il ne manquait plus que celui-là pour venir vider ma cave, pensai-je accablé...


Saisi par l'urgence, j'avais profité de l'amoncellement des bagages dans le vestibule pour dissimuler le paquet compromettant. Mais vint la question fatidique :

- Où donc est passé Samson ? Sous le lit, sans doute... Il a dû avoir peur du chien... Il lui faudra pourtant bien s'y habituer...


Pendant ce temps, guidé par son instinct, le clebs tournait autour des valises et flairait, en connaisseur, certain carton suspect qu'il s'activa bientôt à déchiqueter...


- Non ! criai-je horrifié...


Et le pire arriva : Marion s'empara, malgré toutes mes dénégations, de ce qu'elle présumait être un cadeau (bien mal ficelé, d'ailleurs, s'indigna-t-elle !). Alors que je fermais les yeux dans l'attente d'une catastrophe imminente, un cri de joie me fit sursauter et me ramena, effaré, à une curieuse réalité :


- Un lièvre ! Quelle bonne idée ! Je vais te mitonner un de ces civets... tu m'en diras des nouvelles ! (La cuisine était son passe-temps favori...)


Éberlué et soulagé à la fois, je ne l'écoutais plus. "Comment un chat - fut-il persan - peut-il se réincarner en gibier après sa mort ?" me demandais-je, perplexe... Puis, je revis le voyageur bousculé, les paquets entremêlés, et un rire incoercible (bien que peu charitable) me secoua tout entier à l'idée de sa déconvenue en découvrant la bête... Content de mon hilarité, le chien leva allègrement la patte sur le revers de mon pantalon.


- Ça y est, mon chéri, il t'a adopté ! s'exclama, ravie, ma tendre moitié.


"Oh ! oui, c'est certain." me dis-je, faussement résigné, car il se dirigeait maintenant tout droit vers mon fauteuil favori sur lequel il s'installa avec l'air béat du propriétaire satisfait.


 
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   socque   
6/5/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Vraiment marrant ! Bon, honnêtement j'avais vu venir le coup de la confusion des bagages, mais pas celle du nouveau fléau domestique. Le style allègre m'a bien plu, je ne l'ai pas trouvé trop appuyé dans le genre "attends, je vais te faire rire". Une mention pour "que de gens honnêtes dans Paris ce soir-là !...", j'ai adoré.

   Pascal31   
6/5/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Une nouvelle bien écrite, dommage que le style un peu emprunté plombe parfois l'ambiance.
J'ai lu sans déplaisir cette histoire de chat encore plus envahissant mort que vivant, simplement je regrette que l'humour ne soit pas plus présent (la faute, donc, à un phrasé un tantinet précieux).
Un récit assez distrayant malgré tout. J'ai bien aimé.

   Selenim   
10/5/2011
 a aimé ce texte 
Un peu
Une histoire amusante qui pêche surtout par son écriture inutilement sophistiquée.

Je n'ai pas beaucoup de reproches en ce qui concerne l'intrigue, c'est léger et divertissant.

Par contre, il y a des phrases lourdingues à la syntaxe de plomb. C'est paradoxal dans un texte si tranquille d'adopter un style si pesant et chargé.

Enfin, c'est pas si facile de modifier sa façon d'écrire.

   beth   
18/5/2011
 a aimé ce texte 
Un peu
Arthur, OÙ T'AS MIS LE CORPS?
Le texte m’a fait sourire … pour la détente, sur, il fonctionne. La culture de l’écrivaine est évidente, l’écriture est fluide mais dans le texte elle n’est pas assez au service de l’humour et je pense que le point essentiel de la « critique » est là. Bien sur m’est venue aux oreilles la fameuse chanson de Julos Beaucarne (Grand papa Nicolas …qui voulait tuer son chat), et celle de Steve Waring (Le Matou…. le matou revint le lendemain matin) et du coup je me suis amusée à chercher les références aux chansons populaires, cachées dans le texte….alors le « Arthur, où tu as mis le corps ? de Boris Vian est apparue au moment des échanges de paquets….et « Ça vaut mieux que d'avaler d'la mort aux rats … Ça vaut mieux que d'faire le zouav' au Pont d'l'Alma » chanté par Ray Ventura. Il est éminemment drôle que le paquet risque de tomber sur la tête du zouave et que…subséquemment l’Ordre y veille !
Faut-il entendre la Chanson de Maxime Le Forestier- La salle des pas perdus ? ou lire simplement un jeu de mots ?
La citation attribuée à Henri III « Il est plus grand mort que vivant » lors de l’assassinat du duc de Guise (dans sa chambre) est truculente. La rubrique des « chats noyés » prenant la place de celle des « chiens écrasés » est aussi une bonne trouvaille.
« Que de gens honnêtes dans Paris ce soir là ! » est aussi une petite phrase savoureuse à la Brassens.
Tout est plaisant dans le texte, (y compris le titre) et je pense qu’il y a matière à en faire un texte vraiment humoristique, peut être en forçant les traits des personnages (le Persan dans son aspect d’odieux félin félon) la femme dans son côté « yorkshire (à ruban rose non ?)+Persan (pure race, il va de soit) cuisinant tout de même le lapin qui aurait pu être son chat. Le pauvre amant pourrait aussi être davantage « transi » surtout au lit…. suffisamment excédé, nourrissant des rêves de meurtres…
Merci Mona79 pour ce moment de détente !

   toc-art   
18/5/2011
bonjour Mona,

le style de votre récit est très classique, ce qui vous promet quelques déconvenues en ces lieux... :-)

plaisanterie mise à part, l'histoire est gentillette, peu réaliste (un mec qui essaie de virer un colis depuis un pont, je doute qu'un flic passant par là se contente de le sermonner) mais je pense que votre intention n'était pas là.

peut-être conviendrait-il de ne pas être trop explicatif : tout le monde a compris l'échange des paquets, nul besoin d'y revenir. et le point d'exclamation clin d'oeil au lecteur après potron-minet me parait un peu maladroit.

dernière chose, j'ai noté quelques confusions entre l'imparfait et le passé simple.

un moment de lecture sympathique.
bonne continuation

   Bidis   
28/5/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un charmant moment de lecture.
Il y a une progression dans la narration, une pointe d'humour bienvenue, du mouvement (avec la quête de l'endroit où se débarrasser du carton), un rebondissement de situation et une bonne chute à l'histoire.
Pour moi, ce genre de texte aurait demandé des phrases plus courtes en en de nombreux passages. Et j'ai trouvé l'intervention de la concierge peu convaincante : le carton ne devait pas être bien grand ni remarquable, et en tout cas pas de quoi susciter une telle curiosité.

   Anonyme   
29/5/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Très amusant. Une nouvelle distrayante et bien écrite en dépit de fautes d'accord redondantes et de certaines imprécisions. Rien de rédhibitoire, cependant. Rien qui rende la lecture trop agaçante pour être poursuivie, comme cela arrive parfois.
La fin est sans surprise et c'est un peu dommage.
De fait, le chat en civet vaut largement le lièvre. Le chien aussi, ce n'est pas mauvais, surtout quand on a pris la précaution de longuement l'imbiber d'un alcool de qualité. Mais le chien est une nourriture Yang, très chaude, qui devrait être réservée aux hommes. Pour un repas d'amoureux, le chat est mieux. Au moins, on peut partager. Je me demande ce que pourrait donner un mitonné de yorkshire et de persan artistement mêlés en un bouquet de saveurs délicates et opposées, Yang et Ying se complétant, au final... quelque chose d'éblouissant, je pense, comme pourrait l'être votre nouvelle en y mettant plus de cruauté ou un calme plus pesant encore, je ne sais pas trop, c'est vous l'auteur...
Bien aimé.
Cordialement,
micdec

   Charivari   
31/5/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Eh bien, j'ai vraiment beaucoup aimé.

Le style, un peu précieux, un peu vieillot, marche très bien ici, ça nous donne un côté "les aristochats" (j'avoue que j'ai pensé, pendant tout le récit, à ce pauvre majordome du dessin animé). Vraiment un style aussi bien léché qu'un chat d'appartement.

Quant au récit lui-même, je ne m'attendais pas du tout à ce retournement, très bien amené. Bref, un texte à en ronronner de plaisir.

   Anonyme   
1/6/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
J'ai tout simplement adoré! Ton texte est un petit bijou d'humour ou tu narres avec des termes tragiques une situation ridicule: j'espère en lire d'autres très prochainement!

   jeanmarcel   
20/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte à l'humour tendre , une chronique au ton légérement désabusée que j'ai lu avec beaucoup de plaisir. J'ai adoré :"Bigre ! Il est encore plus lourd mort que vivant..." petite référence historique à Henri III devant la dépouille du Duc de Guise, qu'il venait de faire assassiner, qui lança : "Il est encore plus grand mort que vivant". La ballade sur les quais avec le colis honteux est une scène charmante elle aussi. Quand à la chute, où l'auteur nous pose un lapin, elle est pour le moins inattendue. Un requiem tout en finesse.


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