Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Policier/Noir/Thriller
Narbah : Les yeux fous
 Publié le 22/01/21  -  12 commentaires  -  3022 caractères  -  114 lectures    Autres textes du même auteur

Il semble que le protagoniste de cette histoire aurait mieux fait d'aimer Salvador Dali…


Les yeux fous


Il était parti depuis une bonne demi-heure quand je me suis décidé à rentrer chez moi.

Drôle de type et drôle de discussion. Ses yeux étaient devenus fous quand j’avais affirmé que les montres molles de Salvador Dali étaient d’aussi mauvais goût que les nains de jardin…

Marthe m’avait dit : « Tu devrais faire attention, il est inquiétant. C’est un élève de l’École d’art qui est dans la classe de Marc ; il me fait peur. »

Enfin il était parti… j’avais pas mal picolé.

La nuit était chaude et lumineuse. Le ciel transparent laissait voir la pleine lune par les échancrures mouvantes de nuages glissant rapidement à contre-jour.

Je me suis engagé dans le raccourci à travers la friche industrielle. J’adore traverser cet endroit. C’est une aventure à chaque fois. Les clodos, les camés et les travelos sont en général de braves gens. Il m’arrive souvent d’échanger quelques mots avec l’un ou l’autre, d’offrir une cigarette ou du feu. Je me sens un peu là-dedans comme chez moi ; même s’il m’arrive de temps à autre de cacher le plaisir ambigu d’une décharge d’adrénaline sous un air dégagé.

Ce soir, hormis la lueur dansante d’un feu de bois vers la palissade du côté de la voie ferrée, la zone semblait déserte.

J’ai commencé à entendre ses pas derrière moi en longeant le quai de débarquement de l’ancienne filature. Je me suis retourné brusquement. J’ai vu son ombre s'éclipser derrière un Algeco aux vitres brisées. J’ai senti d’un seul coup la peur m’envahir.

Il m’avait suivi. Ce type aux yeux fous m’avait suivi !

J’essayais de me raisonner : pourquoi aurait-il fait cela ? C’était absurde. Et c’est précisément cette absence de motif qui rendait la chose tellement inquiétante. Je continuais mon chemin en essayant de ne plus me retourner et de garder une démarche normale. Je sentais frissonner mon dos aveugle et mes sens étaient aux aguets. Je l’entendais derrière moi. Il ne faisait pas tellement attention. J’avais une terrible envie de me mettre à courir.

J’essayais de me raisonner.

Peut-être ne m’avait-il suivi que pour tenter de me convaincre de la valeur des montres molles. Dans ce cas, je pouvais m’en tirer à bon compte avec une petite bassesse : j’étais ivre... j’aime provoquer... je suis comme ce génie de Dali en quelque sorte...

D’un seul coup, je l’ai vu devant moi. Il avait dû courir et passer je ne sais où. Au fond, je préférais ça. Je me suis dirigé résolument vers lui. Il avait une clope éteinte au bec et se tenait appuyé contre le mur tagué d’un entrepôt dans une posture terriblement provocante.

Sans un mot, j’ai sorti mon briquet et lui ai tendu la flamme. La lumière jaune a illuminé des yeux tristes noyés d’alcool. Ce n’était pas lui !

Maintenant j’étais pressé de rentrer me coucher.

J’ai allumé la lumière, verrouillé la porte d’entrée et fermé les fenêtres en prévision de l'orage. Je me sentais dégrisé. Je suis allé dans ma chambre et en allumant l’interrupteur, j’ai fait un bond en arrière. Il était assis là dans le noir sur mon lit avec ses yeux fous.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   socque   
15/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Je trouve que vous gérez bien le suspense dans votre nouvelle : vous annoncez carrément la couleur au début, tellement que je me suis dit "oh non ! On connaît déjà la fin...". Et puis non, et puis finalement si. Cela a fonctionné pour moi, peut-être la ficelle sera-t-elle trop grosse pour d'autres.

En tout cas, à mon avis, le récit avance clairement, efficacement, j'ai passé un moment agréable. Cela dit l'intrigue m'a paru simple, presque simpliste.
Une jolie notation selon moi :
Je sentais frissonner mon dos aveugle

   ANIMAL   
15/12/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
L'exercice est difficile. Cette nouvelle brève me fait penser aux "histoires à ne pas lire la nuit" d'Alfred Hitchcock. Elle aurait pu être réussie mais pêche par quelques points importants.

Tout d'abord la phrase de présentation est superflue car elle déflore le sujet en résumant la nouvelle.

Ensuite, il n'y a pas de surprise puisque l'auteur donne tous les éléments dès le départ, y compris l'avertissement "Tu devrais faire attention, il est inquiétant". Pour créer un suspense, il aurait fallu commencer par cet homme qui marche et qui s'aperçoit qu'on le suit, puis faire un flashback sur la scène du musée qui l'amène à imaginer que l'amateur de Dali est son suiveur.

Et si ce type avait les yeux "fous", et qu'il suit le narrateur après une discussion orageuse, difficile de penser à une "absence" de motif. Pourquoi pas "pour un motif aussi futile" ?

A mon sens, ce n'est qu'en revoyant le déroulement de l'action que ce texte peut prendre du corps et devenir un vrai moment de polar angoissant.

Une histoire qui a un potentiel à exploiter.

en EL.

   cherbiacuespe   
15/12/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Moi, ce sont les gens qui parlent d'échancrures qui me ... Brrrrrrr... J'aime pas les échancrures...

Entendons-nous bien. C'est bien construit, l'idée est bonne, rien à dire sur l'écriture. Une bonne mini. Et c'est bien cela qui me pose un problème. Cette histoire est nourrie par la tension, une tension qui doit s'organiser sur la durée. Mais comment l'installer sur la durée en utilisant une mini ? C'est souvent le piège des minis de tomber sur un sujet que le lecteur ( que je suis ) peut, lui, estimer trop contractée. Fatalement, restant sur ma faim, mon avis est mitigé !

Cherbi Acuéspè
En EL

   SaulBerenson   
16/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Evidemment, mêlé Dali à des nains de jardin est risqué sous toutes les latitudes.
Les plus courts polars sont souvent les meilleurs. Celui-ci adopte en plus un style direct avec des points d'exclamation où il faut.
J'ai deviné la fin dès le "j'ai allumé la lumière", je ne serai sans doute pas le seul. Un paragraphe ou deux de plus auraient pu prolonger le plaisir et rendre le dénouement moins prévisible.

   Corto   
21/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce petit texte réussit à faire monter l'adrénaline chez le lecteur.

D'accord Salvador Dali n'est pas vraiment concerné par l'histoire, mais la tension suite à une dispute artistico-alcoolisée est bien décrite.

L'inquiétude sur le chemin du retour monte en même temps que l'on rencontre les personnages de la nuit dans cette zone interlope.

Le final est d'autant plus brutal qu'après avoir allumé la cigarette de "Ce n’était pas lui ! " on se détendait un peu...

Bravo pour le suspense.

   Donaldo75   
26/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai trouvé cette nouvelle efficace dans le genre. Le qualificatif "thriller" lui va bien car il y a une dimension peur irraisonnée dans ce texte, dans la narration, et la fin va encore plus dans ce sens. La mise en forme aurait peut-être - je sais, je chipote, je m'en excuse d'avance surtout parce que je n'aime pas trop quand on me fait le coup - mérité plus de densité à certains moments pour intensifier la peur. Je dis peut-être, utilise des pincettes pour qualifier cet écart d'impression de lecture. Bravo et merci pour le partage.

   Bellini   
22/1/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
A quelle tranche d’âge s’adresse ce texte ? Le label fantastique/angoisse n’est-il pas ici plus proche des fantasmes de l’adolescence ? D’autant que la narration assez maladroite, je trouve, nous laisse supposer dès le début que la rencontre va avoir lieu, avec un dénouement qu’on trouve plutôt dans l’exergue que dans la dernière phrase.

Il y a celle aussi du mort-vivant à la tronçonneuse, qu’on finit par tuer dans son salon à coups de parasol, qu’on enferme dans une malle avec un antivol, parce que là tout de suite on sait pas quoi en faire, et soudain le dernier plan sur le salon désert, un travelling avant où on voit à peine s’entrouvrir le capot de la malle. Brrrrrrrrrrrr…

Mais celle que je préfère, c’est celle du gars qui achète une banane sur un marché. Au coin d’une allée il est bousculé par une armoire à glace avec des gencives de pitbull, qui tient en laisse un chaton tout blanc. En vidant ses courses dans sa voiture, il se rend compte que la banane a disparu. Rentré chez lui, il retrouve sa banane sur la table du salon, à côté d’un chaton blanc éventré. Accessoirement, il entend un bruit venant de la salle de bain. On dirait quelqu’un qui se brosse les dents avec une scie égoïne. Le type décroche immédiatement son téléphone, et pendant qu’il compose un numéro, il bougonne :
-« Putain, qui c’est qui a épluché la banane » ?

Je vais peut-être l’écrire.
Bellini

   Dugenou   
22/1/2021
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour Narbah,

Je suis un peu déçu par ce texte. J'aurai voulu espérer un meilleur traitement pour cette histoire, sachant que son décor me semble être un bon spot d'urbex...

Les clodos, les travelos sont de braves gens, je veux bien, mais les camés, euh, j'en doute.

Dugenou.

   Charivari   
24/1/2021
Salut Narbah.

J'ai beaucoup aimé l'ambiance déjantée du texte, er certaines expressions du type "les yeux dans le dos" très chouette. Hélas, je trouve que même pour un texte absurde, la chute est en queue de poisson. Dommage...

   Babefaon   
7/2/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
Le rythme est là, l'ambiance posée, les images surgissent au gré de la narration. Un texte très visuel.

Rien à dire par rapport à sa longueur, plutôt percutante. Ça fonctionne.

Je reste dubitatif par rapport à la chute qui ne m'a pas vraiment convaincu. Peut-être aurait-il fallu que « ces yeux fous » sortent de l'imagination du narrateur aux prises avec ses dépendances à l'alcool, autres substances ou démons, ce qui pourrait justifier qu'il considère également les camés comme de braves gens.

   papipoete   
9/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour narbah
j'avais critiqué une oeuvre de Dali devant lui... il ne le fallait pas ! Passant par cette friche pour couper le chemin, j'ai senti qu'on me suivait dans le noir... ce ne pouvait être que lui...
NB la scène est bien posée dans ce décor à claquer des dents, et l'on s'attend à voir se dresser un surin, brillant à la lumière d'un réverbère...alors que le calme est revenu, la fin de l'histoire aboutie, tout-à-coup le poil se dresse sur notre peau !
J'avoue honnêtement que le " nombre de caractères " guide mon regard sur telle ou telle nouvelle, ayant vite perdu le fil quand celle-ci fait des kilomètres !
La vôtre entre pile dans cette zone, où je ne m'égare pas !
Le rythme est bien entretenu, et le dénouement, pratiquement au mot ultime ! bien vu !

   Jackim   
1/3/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Soit le narrateur est sous l'effet de l'alcool qui provoque des hallucinations, soit ce propos n'est que le prologue du texte --qui sera poursuivi, j'espère--.
J'aime un texte lorsqu'il ne s'alourdit pas de mille et un détails inutiles, mais ici, ce serait un peu court, si le dénouement demeurait en l'état.
Quoi qu'il en soit, je noterai -bien- pour l'écriture, dans l'attente de la suite OU avec regret que ce soit terminé.


Oniris Copyright © 2007-2020