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Policier/Noir/Thriller
Nicolas : À louer... pour l'éternité
 Publié le 05/04/09  -  12 commentaires  -  9810 caractères  -  92 lectures    Autres textes du même auteur

Judith, jeune étudiante, cherche un appartement à Londres. Méfie-toi des mauvaises rencontres, l'avait avertie sa mère, et pourtant...


À louer... pour l'éternité


Les petits pas de Judith résonnent sur les pavés de ce vieux quartier de Londres. La jeune fille remonte le col de son cardigan afin de se préserver de l'humidité ambiante, si particulière au climat britannique. Les réverbères diffusent une lumière chancelante, s'amusant à faire trembler les ombres des passants s'aventurant dans ces ruelles étroites.


Judith réajuste une mèche. Ses cheveux auburn tirés en arrière laissent apparaître comme par enchantement son visage fin et nacré de vingt ans. La jeune étudiante arpente les rues de la capitale depuis deux jours. Elle se doit de trouver rapidement de quoi se loger pour la poursuite de ses études. Elle a déjà barré nombre d'adresses sur sa liste. Évidemment il reste des disponibilités sur de jolis appartements situés sur les bords de la Tamise, mais ses origines modestes l'ont privée de tout espoir d'y accéder. Son père employé de bureau sur le port de Brighton, et sa mère, sans emploi, ont déjà beaucoup misé pour la réussite de leur fille unique.


- Bon sang, s'exclame-t-elle, il ne me reste que deux possibilités, mes chances de trouver quelque chose ce soir s'amenuisent !


Elle rattrape une autre rue, encore plus effilée que la précédente, aboutissant sur une impasse. À son extrémité, elle entrevoit désormais une vitrine illuminée, arborant l'enseigne d'une échoppe de taxidermie. Sous un néon diaphane, un vieil écriteau « Chambre à louer ».


- J'ai peut-être une chance, songe-t-elle !


Elle pousse la porte vitrée d'un autre âge qui lui répond en grinçant avant d'émettre un tintement plus agréable. Dans la demi-pénombre intérieure, une vieille femme courbée par les années s'approche d'elle, la faisant sursauter :


- Bonsoir mademoiselle, vous désirez ?

- Je... je cherche une chambre et j'ai remarqué votre pancarte...

- Ah, vous avez de la chance, elle est toujours vacante, lui répond-elle en réépinglant son chignon blanchi par le temps, suivez-moi !


Judith n'est pas très à l'aise au milieu des renards, loutres, hermines, figés à jamais sur des branches vernies. Des relents de formol associés à des exhalations de cire encaustique, comme celle qu'utilisait sa grand-maman chez qui elle passait jadis ses vacances d'été, lui donnent presque la nausée. Son hôte l'attend maintenant en haut des escaliers.


- C'est ici, annonce-t-elle en ouvrant la porte.


La pièce paraît bien sommaire. Un simple lit de fer forgé, un bureau patiné adossé à un mur tapissé de grosses fleurs jaunies démodées. Judith s'approche de la fenêtre et devine une petite cour.


- Vous serez tranquille ici, affirme la vieille dame !

- Apparemment le quartier me semble bien calme, c'est ce dont j'ai besoin pour travailler, combien en voulez-vous ?

- Un petit prix, rassurez-vous, venez, allons prendre un thé pour en discuter ! Voyez, continue-t-elle, j'habite en dessous, si vous aviez le moindre problème, je ne serais pas loin !


Elles traversent un élégant et spacieux salon. Le parquet craque à leur passage. Le regard de Judith court autour de l'immense pièce, ornée d'animaux empaillés : des furets arrêtés en pleine course, des écureuils grignotant depuis longtemps une éternelle noisette. Dans un fauteuil, sur un napperon brodé, un gros chat roulé en boule dort pour l'éternité. Dans une cage suspendue, près d'un guéridon, un perroquet somnole sur un perchoir, les yeux rivés à jamais sur ses barreaux.


- Vous avez l'air surprise, les animaux empaillés vous effraient ?

- C'est que, effectivement, c'est surprenant...

- Voyez-vous, c'était la passion de mon mari Edward. J'ai eu beaucoup de mal à me remettre de sa mort il y a cinq ans... Pauvre Edward... Depuis, c'est moi qui ai repris le flambeau. Je comprends votre étonnement, mais vous ne pouvez pas savoir ce que l'on ressent lorsqu'on arrive à redonner vie à une dépouille d'animal. À chaque fois, c'est une résurrection !


La porte du vestibule s'ouvre lentement en émettant un son aigu de crécelle. Judith frissonne, puis sourit. Un chat tigré de noir aux yeux émeraude, bien vivant celui-là, avance dans sa direction.


- Reconnaissez, dit-elle, qu'un animal vivant est plus réconfortant !

- Ce n'est pas pareil, poursuit la vieille dame, en prenant l'animal sur ses genoux. Pussy cat est ma seule compagnie, certes, mais quand il partira, il rejoindra sa mère, ainsi, il continuera à me gratifier de sa présence ! N'est-ce pas Pussy cat ! murmure-t-elle en le caressant.


Trois mois se sont écoulés. Judith poursuit ses études à Kingston University. Son travail personnel important lui mange ses journées. Elle passe le plus clair de son temps dans sa petite chambrette. Sarah, son inséparable complice de cours, lui rend fréquemment visite.


- Tu sais Judith, lui confie-t-elle, je n'aime pas du tout l'ambiance de cette maison. J'ai de mauvais pressentiments, ta propriétaire me fait peur, avec tous ses animaux. Je sens, comment te dire, quelque chose de pas net...

- Je t'assure que tu te méprends sur elle, Madame Brown est une personne un peu seule, mais nous discutons souvent toutes les deux. C'est une personne gentille, très respectable !


Pussy cat s'est bien adapté à la nouvelle locataire. Enroulé sur le lit, il observe de longues heures sa nouvelle confidente, griffonnant des pages entières accoudée à son bureau, ses yeux dansant à la lueur d'une lampe de bronze.


Ce soir du 10 février, des pluies diluviennes s'abattent sur Londres, transformant les piétons en ridicules pantins courant se mettre à l'abri. Judith a traîné plus qu'à l'accoutumée chez Sarah. Il est tard, la nuit tombe déjà. Ses pas rapides martèlent les pavés ruisselants. Une fois de plus, elle a oublié son parapluie et vocifère contre le climat changeant. Ses vêtements sont trempés. Son chemisier lui colle à la poitrine.


- Je vais en être quitte pour une pneumonie, s'insurge-t-elle !


Elle entre en trombe dans la boutique vide, traversant l'atelier de taxidermie dans l'obscurité. Une masse chaude lui heurte les jambes. Elle tressaute en poussant un petit cri avant d'apercevoir le matou, effrayé, grimpant les escaliers.


- Ah, se rassure-t-elle, c'était toi Pussy cat, viens là !


Dans le couloir, une autre porte est entr'ouverte, le chat s'y faufile.


- Viens Pussy cat, allez, ce n'est pas ma chambre !


Elle s'aventure à sa poursuite dans la pièce sombre.


Judith émet un gémissement de surprise. Devant elle, un homme est assis dans un fauteuil de velours, face à un secrétaire régence. Le félin lui grimpe sur les genoux.


- Excusez-moi, marmonne Judith, le souffle coupé par la peur, je venais chercher le chat, je l'ai effrayé tout à l'heure...


L'homme ne bronche pas, ni ne dit mot. Elle s'en approche et tourne le fauteuil. Un cri de terreur s'échappe de ses lèvres : un vieil homme au crâne dégarni la fixe de ses gros yeux globuleux, vides d'expression. Elle recule, épouvantée :


- Il est empaillé, il est empaillé !


Le crissement d'une lame de parquet la fait pivoter. Madame Brown est là, devant, bloquant la sortie, un couteau de cuisine à la main :


- Ah, tu as fait connaissance avec mon chef-d'œuvre, profère-t-elle, d'un gloussement de rire hystérique, belle réussite, non ? Tu as de la chance, tu seras ma quatrième création, tu es belle, tu seras parfaite !


Le corps de Judith n'est que spasmes et frissons. Le sang lui cogne à la tête, les larmes lui affluent aux yeux mais ne s'épanchent pas, stoppées par la frayeur. La vieille femme se jette sur elle en hurlant. Judith, transcendée par la peur, l'esquive d'un pas sur le côté, ultime réflexe d'un vieux cours de judo, et la pousse sur un lit bancal, accolé à l'unique fenêtre de la chambre. Madame Brown, surprise, s'y effondre dans un râle de souffrance. Elle n'a toujours pas lâché le couteau qui lui perfore désormais l'abdomen. Le dessus de lit brodé s'imbibe lentement, puis s'auréole d'un liquide rougeâtre épais.

Judith crie. Elle est au bord de la crise de nerfs. Elle dévale l'escalier, sort de la boutique, arrache de sa poche son téléphone portable et appelle Sarah, dans un geste désespéré. La pluie qui glisse à nouveau sur son visage, se mêle à ses larmes. Elle sent ses jambes la lâcher et s'assoit au bord de la venelle, les pieds obstruant le ru du caniveau.


Les policiers britanniques vont découvrir le corps sans vie de Madame Brown, vidé de son sang. Leur surprise sera de taille lorsqu'ils découvriront Edward Brown, embaumé, ainsi que deux étudiantes d'une vingtaine d'années ayant subi le même sort, mises en scène dans une autre chambre. La sexagénaire avait sans doute l'intention de continuer sa collection, mais l'édition est close pour toujours.

Judith fut reconnue en situation de légitime défense et ne fut pas inquiétée. Depuis cette douloureuse épreuve, elle ne veut plus jamais entendre parler d'animaux empaillés.


Une année s'est écoulée. Judith s'est installée avec Sarah dans un quartier plus fréquentable et moins sinistre, au sud-est de la capitale. Depuis quelque temps, des travaux au rez-de-chaussée de leur immeuble viennent perturber leur tranquillité habituelle. De grandes vitrines ont été posées, protégées pour l'instant d'adhésif anthracite.


- Ce n'est pas vrai, lance Judith à Sarah, on va encore avoir droit à un resto chinois, il n'y a que ça dans le quartier !


En rentrant des cours ce soir-là, elles distinguent un panonceau annonçant en caractère gras :

PERMIS DE CONSTRUIRE


- On va savoir si tu avais raison, déclare Sarah à son amie !


Judith s'approche pour lire les inscriptions. Ses sourcils se froncent. Un hurlement glacial rompt le silence de la rue :


ICI PROCHAINEMENT VOTRE ATELIER DE TAXIDERMIE

JAMESON, Père et fils

OUVERTURE PRÉVUE LE 6 JUIN PROCHAIN



 
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   jensairien   
5/4/2009
j'ai pas accroché. C'est correctement écrit, sans ratés, mais l'histoire ne ménage aucune surprise. Le dernier paragraphe avec le nouveau magasin de taxidermie n'apporte rien, et il plane sur toute la nouvelle un air de vaguement déjà vu.

   Anonyme   
5/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Nicolas, je n'ai pas accroché non plus. Je ne retrouve pas cette belle légèreté de style que j'avais aimée dans "Le maître du temps". C'est toutefois d'une écriture correcte. Il faut dire avec ça que je ne suis pas fan de la catégorie Thriller. Je reconnais toutefois que la chute est surprenante, ce qu'on demande aux nouvelles "françaises".

   Menvussa   
5/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
L'écriture manque peut-être un peu de relief, le lecteur demeure à distance de la scène. L'idée n'est pas mauvaise mais le suspens ne s'installe pas vraiment, c'est presque un fait divers impression renforcée par le final.

La fin est assez prévisible, la découverte du mari empaillé je l'attendais depuis quelques lignes.

Pour moi l'histoire s'arrête à : "mais l'édition est close pour toujours."

   Anonyme   
5/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Salut Nicolas ! (Tiens, ça me rappelle quelqu'un... ). J'ai bien aimé cette balade dans la taxidermie ; pas vraiment de surprises mais une nouvelle bien écrite et bien menée avec une chute teintée d'humour britannique.

   Anonyme   
5/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bien jolie nouvelle qui m'a rappelé un "épisode" de Streap Tease, du temps où je regardais la télé. Les mêmes, pareils, Edward en moins. Enfin, va savoir...
Une écriture soignée qui va son chemin.
Juste un bémol au sujet de tes points d'exclamations dans les dialogues, pourquoi les mettre en fin de phrase ?
"-J'ai peut-être une chance, songe-t-elle !"
ou encore :
"Vous serez tranquille ici, affirme la vieille dame !"
Autre chose :
Les cheveux sont tirés en arrière donc le visage est dégagé, pourquoi apparait-il "comme par enchantement" ?
J'ai accroché un peu au sujet de "ses origines modestes" (j'ai pensé que ça avait un rapport avec sa naissance) et je me suis demandé dans quelle époque je me trouvais (pas précisé) or, il s'agit plus de "condition" puisque cela concerne son manque d'argent.
"Madame Brown est là, devant, bloquant la sortie" devant (avis perso) alourdit un peu la phrase.
Hormis ces petits détails j'ai bien aimé le style et le contenu de l'histoire. J'ai trouvé la fin très bien, dès l'apparition des mots "permis de construire" j'ai souri. C'est dire si pour moi la fin est arrivée... à la fin
Bonne continuation et au plaisir de te lire.

   Selenim   
5/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
L'écriture est certes coulante mais trop académique. On se sent comme sous sa couette, bien au chaud, c'est confortable, mais on finit par trop se détendre, anesthésié.

L'intrigue aurait pu être efficace si elle avait été mieux architecturée. Pour ma part, et je suis loin d'être doué pour ça, j'ai deviné la fin de l'histoire dès:
"- Voyez-vous, c'était la passion de mon mari Edward. J'ai eu beaucoup de mal à me remettre de sa mort il y a cinq ans... Pauvre Edward... Depuis, c'est moi qui ai repris le flambeau."
Bingo ! A cet instant là, mon attention déjà volatile, a déserté.

Quant à la double chute de la taxidermie du 6 juin, elle n'a que peu d'intérêt.

Selenim

   Anonyme   
6/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Ce texte est bien écrit, mais rappelle beaucoup trop "La Logeuse" de Roald Dahl.
(Je n'accuserai pas Nicolas de plagiat quand même car son histoire est différente)

   macalys   
7/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Ton texte (en tous cas le début) m'a rappelé une nouvelle de Roald Dahl. Bon, j'adore Roald Dahl, donc difficile pour un texte de rivaliser avec lui...

Ta nouvelle présente des tournures maladroites comme :
- Ses cheveux auburn tirés en arrière laissent apparaître comme par enchantement son visage fin et nacré de vingt ans. Derrière les cheveux, il y a toujours le visage... je ne vois pas où est l'enchantement !
- - Bon sang, s'exclame-t-elle, il ne me reste que deux possibilités, mes chances de trouver quelque chose ce soir s'amenuisent ! Plusieurs fois dans ton texte, tu exprimes les pensées de ton héroïne à voix haute, sous forme de dialogue, comme au théâtre. je trouve cela très maladroit. Pourquoi ne pas décrire plutôt sa pensée à travers la description de ses gestes ou de son humeur ?
- Quand Sarah prévient son amie qu'elle trouve sa logeuse pas nette, c'est assez lourd, et cela gâche la surprise de la suite. Encore une fois, plutôt qu'avec des dialogues, distille des indices avec ton récit.

Je n'ai pas été plongée dans l'atmosphère, ni de la ville, ni de la découverte de l'homme empaillé (très prévisible), ni de la tentative de meurtre (prévisible elle aussi). Je crois que tu devrais plus prendre ton temps pour installer une vraie ambiance, comme tu l'as d'ailleurs assez bien fait quand tu décris la maison de la vieille femme.

Enfin la fin m'a parue artificielle, un peu "blague de potache". Elle ne cadre pas avec le reste du récit.

En bref, je n'ai pas trop apprécié ce texte. Il y a des lourdeurs et des maladresses qui le rendent parfois artificiel, et souvent prévisible.

   victhis0   
9/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
c'est pas mal écrit ; je regrette juste que celà soit un plagiat direct d'un épisode d'une série britannique qui se nomme "Bizarre bizarre".
Forcément, le moins que l'on puisse écrire, c'est que celà modère mon enthousiasme...

   widjet   
11/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Assez d’accord avec ce qui est dit. L’écriture n’est pas déshonorante (même si les dialogues sont stéréotypé exemple - Bon sang, s'exclame-t-elle, il ne me reste que deux possibilités, mes chances de trouver quelque chose ce soir s'amenuisent ou peu crédibles), mais pour un thriller ça manque sérieusement de densité, de force. On n’est pas du tout imprégné par ce climat de terreur d’autant plus que tout est très prévisible. Ecrire un thriller – surtout dans un format si court – nécessite un savoir faire.

Widjet

   horizons   
2/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
L'idée de la taxidermie est excellente: une pratique étrange qu'on peut étirer vers le fantastique ou l'horreur à volonté. Mais dans cette nouvelle on se doute trop vite de ce qui va arriver. La fin non plus n'est pas assez skotchante à mon goût. Peut certainement mieux faire avec un tel sujet...non?
Attention aux clichés: "cheveux auburns", le chat "Pussy cat"

   zorglub   
23/4/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour,

L'idée est plutôt bonne, mais je l'ai trouvée traitée de manière un peu trop sommaire. Dès l'arrivée de Judith dans la boutique, l'atmosphère est tout de suite oppressante et on "sait" que quelque chose ne va pas, ce qui gâche un peu le plaisir. La découverte du secret se fait aussi de manière un peu brutale "ah tiens un cadavre".

Quelques phrases de dialogue sont un peu maladroites, comme quand Judith parle tout haut juste pour éviter une phrase de description ("mes chances de trouver quelque chose ce soir s'amenuisent !").

La chute amène un sursaut au texte, qui mérite donc d'être étoffé.


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