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Sentimental/Romanesque
NICOLE : Débuts
 Publié le 27/11/09  -  18 commentaires  -  13726 caractères  -  134 lectures    Autres textes du même auteur

"Un commencement est un moment d'une délicatesse extrême".


Débuts


Classe de terminale, premier cours de philo de l'année, et de ma courte vie d'ailleurs. J'espère que je vais aimer, parce que j'ai choisi une section littéraire, surtout par rejet des mathématiques (deux heures par semaine sur l'emploi du temps de cette année, je devrais pouvoir m'en tirer).

Il entre dans la classe à grandes enjambées souples. Il est plutôt petit pour un homme, mais il a une démarche élancée, dynamique, l'allure du type encore en forme, ou qui veut en avoir l'air.

Il se plante au milieu de l'estrade, et il attend patiemment que le silence soit rétabli. Je l'observe en train de nous regarder. Un mur de silence face à trente-six adolescents remuants, il n'a pas l'air d'avoir peur, il attend, les dents serrées. Je regarde le petit muscle de l'articulation de la mâchoire, qui joue sous la peau brune, mal rasée.

Quand il juge le niveau sonore de la classe acceptable, il commence son cours. Il a une voix agréable, pleine et puissante, qui achève d'imposer le silence.


Il se présente : Emmanuel Manturi, fils cadet d'un couple d'émigrés italiens modestes. On sent bien qu'il adorerait pouvoir dire que sa mère était femme de ménage et son père cheminot, ça ferait bien dans le tableau. Il a trente-trois ans, il nous précise « l'âge du Christ, j'ai jusqu'au mois de mars pour faire mieux que lui ». On pouffe tous complaisamment. Il a rompu la glace.


L'année s'étire tant bien que mal. J'attends les cours de philo, et je subis les autres.

Il n'enseigne pas, il interprète la philosophie comme certains font du théâtre. Il court, il saute, il mime, il parcourt la classe à grandes enjambées. Il fait des philosophes les acteurs de ma vie, et des idées les émotions vivantes que j'emporte avec moi, semaine après semaine.

Je lis tous les auteurs dont il nous parle. Mes progrès sont rapides et me demandent peu d'efforts : tout m'intéresse. Il se passe enfin quelque chose. Quelqu'un se charge de me nourrir.

Il prend de plus en plus d'importance dans ma vie. Je travaille pour qu'il soit fier de moi. Je suis sa meilleure élève. Lorsqu'il recueille l'opinion de la classe, c'est moi qu'il interroge des yeux ; moi qu'il essaie de convaincre à chaque nouvelle démonstration.


Les autres profs sont visibles en cas de besoin en salle des profs, lui dans le bar qui fait face au lycée. Il est toujours prêt à aider les élèves en difficulté, ou à refaire le monde avec ceux qui le souhaitent. Il a du temps. Il loue un meublé au-dessus du restaurant chinois d'à côté, où il vit seul. Sa femme est enseignante aussi, mais à Lyon. Il la rejoint pour les vacances scolaires et les week-ends prolongés. Il a l'habitude de dire que ça fait de lui un prof à plein temps. Il est toujours entouré de grappes d'étudiants, prenant soin de ne s'isoler avec aucun d'entre eux.


Après les vacances de Noël, un nouvel élève rejoint notre classe. Gabriel est timide, et il a du mal à s'intégrer à la classe. Il est placé devant moi en cours. Il a des épaules de déménageur qui contrastent avec la finesse de son profil. Sa nuque est bien dessinée, et de petites boucles brunes y retiennent des grâces enfantines.

Je rêve mollement, les yeux posés sur le dos de Gabriel, quand la voix courroucée de monsieur Manturi me tire de ma léthargie : « Mademoiselle Morpin, puisque vous êtes amoureuse de monsieur Aubert, dites-lui que vous l'aimez et qu'on en finisse. Ensuite, peut-être que vous pourrez être à nouveau parmi nous, vous ne croyez pas ? »

Les rires fusent dans la classe. Je voudrais disparaître.


&&&


Bon sang, mais pourquoi je m'en suis pris à cette gamine ?

N'importe quel prof se damnerait pour en avoir trente-cinq comme elle dans sa classe, et moi je pète les plombs comme un con, parce que pour une fois elle s'intéresse à un boutonneux de son âge, au lieu d'être suspendue à mes lèvres. Lamentable !


&&&


Je le hais. Comment est-ce que j'ai pu trouver intéressant un minable pareil ? Je ne me souviens pas de m'être sentie aussi humiliée de toute ma vie. Je ne pourrai jamais remettre les pieds en cours. En plus, je n'ai même pas été capable de lui rabattre son caquet. Je suis restée là, pétrifiée, avec tous les autres qui ricanaient.


Bien sûr, il a bien fallu retourner au lycée, et pas plus tard que le lendemain encore, mais par mesure de représailles, je me suis interdite toute participation active aux cours de monsieur Manturi. Je ne lui ai plus manifesté qu'une indifférence polie, lui opposant pendant des mois un regard parfaitement inexpressif. Je n'ai plus remis les pieds dans le café d'en face. Je ne décolérais pas, je me sentais trahie, et je ne comprenais toujours pas.


&&&


Je suis jaloux de l'attention qu'elle ne me porte pas.


&&&


La fin de l'année scolaire est arrivée, et avec elle les révisions du bac. Je n'ai pas oublié, mais par nécessité, j'ai dû assouplir un peu ma ligne de conduite. Je pouvais avoir une très bonne note en philo, je le savais, et j'en avais absolument besoin pour compenser les autres (que je pouvais espérer moyennes en mettant les choses au mieux).

Il proposait de nous aider à réviser pendant les vacances de Pâques, en mélangeant ses trois classes de terminale, pour créer des groupes de niveaux homogènes. C'est à cette époque-là que j'ai commencé à me dire que sa vie conjugale devait laisser à désirer, pour qu'il décide de passer ses vacances avec nous plutôt que chez lui.

On se retrouvait par groupes de six ou huit, autour de sa table de salon, penchés sur des bouquins. Lui et moi étions arrivés à une sorte de statu quo : il m'entourait d'attentions pour endormir sa mauvaise conscience, et je m'efforçais de cacher ma joie de l'avoir retrouvé.


J'ai eu dix-huit ans pendant les révisions du bac. Après un après-midi laborieux, il s'est laissé convaincre de se joindre à nous pour célébrer l'événement chez le Chinois d'en bas. J'ai bu un peu plus que d'habitude, les autres aussi je crois. Après avoir embrassé ceux qui partaient, et demandé au reste du groupe de patienter, je suis remontée chez lui pour récupérer mon sac de cours.


&&&


Finalement, j'ai passé une très bonne soirée. J'avais d'abord refusé leur invitation, pensant les laisser entre eux, mais je me suis facilement laissé convaincre de les suivre, fuyant ainsi une autre soirée solitaire. Hélène m'avait demandé de ne pas rentrer pour les vacances, pour la laisser réfléchir, disait-elle. J'en avais été attristé, et plus encore de me rendre compte que, moi non plus, je n'avais pas envie d'aller la rejoindre.


À table, je suis placé en face d'elle, le hasard je suppose. Elle est intelligente, et nos échanges, plus personnels que de coutume, me ramènent à mes années de fac. Une époque bénie où l'exaltation était mon unique carburant. Les garçons du lycée la trouvent jolie, mais ils ne savent pas à quel point elle est brillante. Moi, à l'écouter parler, je finis par la trouver vraiment belle.


Après le repas, elle s'est rendu compte qu'elle avait laissé ses affaires chez moi. On est remontés pour aller les chercher, juste elle et moi, ses camarades attendaient en bas pour la ramener chez elle.

J'ai tendu la main pour prendre congé, mais au lieu de s'en saisir comme d'habitude, elle a fait un pas vers moi : « J'ai dix-huit ans aujourd'hui ! ». Elle était là, soudain tendue, l'air bravache, son visage à quelques centimètres du mien. J'aurais dû reculer, mais je ne l'ai pas fait. J'ai cherché ses yeux. Elle est aussi grande que moi, et elle a planté son regard dans le mien, avec une sorte de défi. Pendant ce temps, en bas, ils donnent de la voix pour l'inciter à les rejoindre.

Elle fait encore un pas vers moi, le dernier qui nous séparait encore. Je ne m'écarte pas. Je suis adossé au mur de l'entrée, mais quand on veut s'échapper, on peut toujours esquiver. Elle dépose un baiser sur mes lèvres en titubant un peu. Je la retiens contre moi, et je vacille avec elle, ses hanches plaquées contre les miennes. En bas, ils se font plus pressants, elle s'écarte de moi, attrape son sac, et dévale l'escalier sans un regard en arrière.


Les jours suivants, j'attends.

Je ne me l'avoue pas vraiment, mais j'attends qu'elle revienne poser son regard dans mes yeux, et son ventre contre le mien. Pendant la journée, je me moque de moi gentiment, mais le soir, seul dans mon lit, je me rejoue la même scène à l'infini, avec des variantes plus ou moins érotiques selon l'humeur. Je mets ces bouffées d'adolescence mal digérée sur le compte de l'abstinence.

Je ne fais cours que pour elle, mais elle a l'air absente. Les jours passent, et je finis par me dire que j'ai rêvé. Je la trouve toujours belle, mais ça ne me rend plus aussi léger.


&&&


J'ai eu mon bac grâce aux notes obtenues aux épreuves de philo. Après la parution des résultats, je l'ai cherché pour le remercier, mais il n'était plus au lycée, et je n'ai pas osé sonner chez lui tout de suite. Les jours passant, j'ai supposé qu'il était rentré à Lyon pour les vacances d'été.

Ses cours me manquent. L'idée de ne plus le revoir sans avoir eu le temps de le lui dire me rend triste.

En octobre, j'entre en fac : une nouvelle vie, de nouvelles têtes. Je pense à lui souvent. En cours, je me dis parfois : comment est-ce qu'il aurait abordé tel ou tel problème ?

En mai, quand le lycée appelle pour dire qu'ils cherchent d'anciens élèves pour l'accueil des classes de seconde lors de la journée portes ouvertes, je saute immédiatement sur l'occasion.


Le jour dit, je choisis la petite robe violette qui me fait paraître plus âgée, et pour une fois je me maquille un peu. Je voudrais qu'il trouve une femme au lieu de l'adolescente de son souvenir. J'imagine sa surprise en me voyant.

Toute la journée, je le cherche au milieu de la forêt des autres têtes.

Je suis restée parmi les derniers, mais il n'est pas venu. Je n'étais ici que pour lui, et il ne s'est pas donné la peine de se déplacer. Ma vie sentimentale est un désastre. Je trouve tous les garçons que je fréquente plus immatures et inintéressants les uns que les autres. J'ai passé l'après-midi à attendre un homme pour qui je n'ai été qu'une élève parmi des centaines, et qui m'a oubliée depuis longtemps. Je me trouve sotte à pleurer.


C'est en rejoignant ma voiture que je l'ai aperçu : il était là, dans la vitrine du restaurant chinois, seul à sa table habituelle. Je n'ai pas pris le temps de tirer des plans sur la comète. J'ai traversé la rue, quasiment au pas de course.


&&&


Je ne l'ai pas vue entrer dans le restaurant. J'étais descendu parce que j'avais dit à Li de me garder ma table, mais je n'avais pas très faim. Je jouais avec mes nouilles, pas pressé de retrouver mon appartement vide.

Cet après-midi, j'avais dû retourner à Lyon pour la conciliation. Une formalité inutile mais obligatoire. Hélène et moi ne sommes pas brouillés, nous sommes juste arrivés au bout du chemin. Les histoires d'amour ne devraient pas se terminer sur des formalités administratives.


Aujourd'hui, c'était la journée portes ouvertes du lycée. J'espérais qu'elle y passerait la tête, mais à l'heure où je suis rentré, bien sûr, il n'y a plus personne. Cette année scolaire est interminable. Mes enthousiasmes me semblent étriqués, et mes rêves possibles. Je m'ennuie, tout m'ennuie. Quand j'évoluais sous ses yeux, ma vie était belle.


&&&


Il ne m'a pas vue avant que je ne m'assoie en face de lui.

Je n'ai pas su quoi lui dire, je n'avais pas eu le temps d'y penser. Je me suis seulement précipitée, poussée par ces mois de vie en creux, de vie sans lui.


&&&


J'ai levé les yeux et elle était là. Je l'ai regardée sans rien trouver à lui dire, à mi-chemin entre l'incrédulité et le soulagement. J'ai posé mes mains à plat sur la table, pour les empêcher de trembler.

Elle s'est mise à parler très vite, avec cette violence propre aux vrais timides lorsqu'ils ouvrent les vannes. Elle a raconté pêle-mêle : la fac, la solitude au milieu des autres, le manque de quelqu'un à qui parler vraiment, ses amours sans amour, mon absence et les souvenirs qui attisent le manque.


Li a profité d'un moment où elle reprenait son souffle pour venir demander si la dame allait dîner ici. Après l'avoir interrogée, j'ai répondu qu'elle n'avait pas faim ce soir, mais que j'espérais qu'elle aurait beaucoup d'autres occasions de venir dîner ici avec moi.


&&&


En entrant dans la chambre, il a vers l'interrupteur un geste que j'arrête instinctivement. La pièce est éclairée par la pleine lune, et je ne connais aucune lumière qui convienne mieux à l'amour que celle-ci (ou peut-être alors celle du soleil de midi qui filtre à travers les persiennes).


Après, je me souviens du tâtonnement impatient des doigts qui butent sur des fermetures Éclair et des boutons malins ; de la maladresse des corps qui se découvrent, sublimée par la fièvre ; de la brûlure légère qu'une barbe mal rasée laisse au tendre de la peau ; de la chambre placée au centre du monde, avec en son cœur, le lit, improbable radeau flottant dans une mer saturée de parfums.


Je me souviens de cette violence qui construit.


&&&


Nous avons gravé notre histoire dans le sable, ma douce, mais de toi me vient le rituel secret de nimber mes amoureuses de poussière d'étoiles, les soirs de pleine lune.


&&&


De ces quelques mois, Emmanuel, je conserve des couleurs que les autres ne voient pas..., et une tendresse particulière pour les hommes qui ne maîtrisent pas tout à fait l'art du rasage.


 
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   ANIMAL   
27/11/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte plein de beauté et de pudeur, des sentiments qui sonnent juste. Une relation amoureuse toute en demi-teintes, très joliment racontée dans un style simple et agréable.

Merci de cette charmante tranche de vie.

   brabant   
27/11/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Waouh! Qu'il est beau!... ce souvenir d'un amour de jeunesse.
Sans prétention, sans afféterie particulière si ce n'est une robe qui vieillit et un léger maquillage. Tout est dit en subtilité, avec des paragraphes bien dosés et une progression parfaitement maîtrisée.
C'est gracieux, frais, innocent. Délicat, comme suggéré dans l'exergue.
L'exercice est parfaitement réussi, j'ai été séduit, charmé convient mieux (il est vrai que, moi-aussi, j'ai fait philo. "Souvenirs! Souvenirs!" Ah! Que...), par votre récit.
Très, très bien relaté. Un soupçon de la grâce et de l'esprit d'Anouilh dans le rendu, l'humour et les situations.
Merci!

PS: - Ah! Fusillez le mot "improbable", mis à toutes les sauces, sur Oniris et ailleurs.
- Et puis, deuxième hic, mais tout le reste est parfait, je n'ai pas aimé: "les soirs de pleine lune"; littérairement la pleine lune est trop marquée.

Voilà, encore merci pour ce très agréable moment, cette très agréable lecture, Nicole.

   FilledeJoie   
27/11/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Waouh...
Je laisse peu de commentaires sur Oniris - ce qui ne m'empêche pas de dévorer chaque nouvelle - mais là, vraiment, même si je suis nulle pour commenter, je suis obligée de m'incliner et de laisser une petite trace de mon ravissement... C'est vraiment magnifique, je suis très émue. Ce texte est d'une beauté débarrassée de fioritures ; c'est simple, délicat, doux, réaliste, plein de grâce... j'ai vraiment aimé. Bravo et bonne continuation.

Une lectrice bouleversée.

   MissGavroche   
27/11/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une histoire forte, bien écrite, qu'il est beau se souvenir!!!
l'alternance des visions des deux protagonistes permet d'avoir l'ensemble des points de vues, l'ensemble des ressentis, c'est bien vu.

   LEVENARD   
27/11/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai trouvé ce texte sur un fond relativement classique très bien mené ( l'usage des apartés en particulier qui donne au texte son originalité). Le parallélisme des pensées est d'un effet réussi, notamment au moment de la première rupture.
Qualité également de l'écriture.

Seul regret, la dernière intervention d'Emmanuel, un peu trop lyrique à mon gré pour le personnage tel qu'il est décrit jusque là ( et prof de philo, quand même !), je préfère nettement le dernière pirouette de Mamzelle Morpin...

   Anonyme   
27/11/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour NICOLE

Dès les premières lignes j’ai su où j’allais. Lecture sans surprise mais la surprise n’est pas obligatoire.
Le style (comme toujours) est agréable mais sur ce texte-ci des détails m’ont gênée, je me permets de te les soumettre :

Une surabondance de « Il » dans la première partie en sus de celui-ci : « Il a trente-trois ans, il nous précise… » Pourquoi pas (aussi) : nous précise-t-il ?

« Les autres profs sont visibles en cas de besoin en salle des profs » répétition.

« Il est toujours entouré de grappes d'étudiants, prenant soin de ne s'isoler avec aucun d'entre eux. » la phrase est bizarre. Je l’ai mal comprise quant elle est passée puis à la relecture, ça va. Juste le participe présent, qui aurait pu se transformer en « prend ».

Toujours trop de « il ». Il pour le prof, il pour Gabriel.

« je me suis interdite toute participation active aux cours de monsieur Manturi. » Je pense qu’il était inutile de citer son nom, le lecteur se doute de quels cours, dirigés par qui, il s’agit.

« Hélène m'avait demandé de ne pas rentrer pour les vacances » j’ai été surprise par l’apparition de ce prénom, me suis creusé la cervelle pour savoir qui elle pouvait être. Une amie de la narratrice ? Je guette les participes pour savoir qui parle. Lui. Donc Hélène c'est... c’est la femme du prof.

Juste après : « À table, je suis placé en face d'elle, le hasard je suppose. Elle est intelligente, et nos échanges, plus personnels que de coutume, me ramènent à mes années de fac. » Il est assis en face d’Hélène ? Non, de la narratrice.

J’avoue, ici, j’ai décroché. La suite s’éclaircit mais demeure nébuleuse. Elle avait encore laissé ses affaires chez lui ? De plus, de quel repas partagé s’agit-il ? L’anniversaire de la narratrice. Voilà j’y suis. Je ne sais pas si c’est parce que je me suis perdue dans la narration, mais je n’aime pas ce passage. Je le trouve confus.

Toujours dans le même passage, je trouve le prof de philo vaguement « adolescent », dans ses pensées, son comportement excusés par cette phrase : « Je mets ces bouffées d'adolescence mal digérée sur le compte de l'abstinence. » qui ne me convainc pas.

« L'idée de ne plus le revoir sans avoir eu le temps de le lui dire me rend triste. » Lui dire quoi ?

« Comment est-ce qu'il aurait abordé tel ou tel problème ? » Comment aurait-il abordé tel ou tel… ?

« Il était là, dans la vitrine du restaurant chinois… » dans la vitrine ou derrière ?

Le coup de la conciliation, bof, pas terrible. Ca sent le happy end, la fin attendue, c’est un peu trop rose, d’ailleurs, l’auteur doit s’en douter puisque la fin est tout autre. N’empêche, c’est un peu trop facile ce "dédouanement" moral.

« J'ai levé les yeux et elle était là. Je l'ai regardée sans rien trouver à lui dire, à mi-chemin entre l'incrédulité et le soulagement. » Réapparition de l’adolescent. C’est un peu léger pour un homme de 33/34 ans.

Ici, je me dis, à cause de la fin, que je ne sais pas… c’est pas un peu "trop" cet attachement, ce manque ; l’un et l’autre ne devraient-ils pas logiquement, être passés à autre chose ? Je ne sais pas, j’émets un doute mais dans l’ensemble, c’est sûr, ça reste plausible.

Cependant, étant arrivée à la fin de la nouvelle, je me dis, toute cette attente, tous ces mois fiévreux… et puis quoi ? Ils se quittent ?

De belles phrases, certes, un climat aussi. Mais cette fois-ci je ne sors pas de ma lecture de tes textes comme d’habitude.
Désolée NICOLE, ce sera pour la prochaine fois.

   alifanfaron   
27/11/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai vraiment aimé ce texte. Ce n'est pourtant pas le genre d'histoire qui me séduit d'habitude. Mais là, l'efficacité du style sert merveilleusement bien l'histoire, du reste rondement menée. Un truc m'a dérangé. Un truc seulement. c'est la parenthèse à propos de la lumière du soleil de midi et des persiennes. Je suis sorti du texte un court instant à ce moment là. Mais sinon, chapeau!

   widjet   
27/11/2009
 a aimé ce texte 
Bien
La grande qualité de ce texte (et des autres opus de l’auteur), c’est sa fluidité. Ca se lit comme du petit lait, rien n’accroche, ça coule très bien. L’histoire devrait interpeller peut-être plus un public féminin, sans pour autant emmerder les mecs. J’ai un peu pensé à « Noces blanches », le superbe film de Brisseau avec Vanessa et le grand Bruno Crémer.

Dommage que NICOLE n’ose pas davantage, le style bien qu’agréable manque un peu d’audace. Sur un sujet d’apparence simple, il y avait beaucoup à dire et à développer dans cette relation. J’aurai aimé que les mots fouillent davantage le désarroi de l’homme (pas assez "écorché" selon moi, j'aurai aimé plus d'ambiguité, plus de douleur intériorisée...Pourquoi lui avoir donné "que" 33 ans ?) et creusent un peu plus les autres sentiments (désir, culpabilité, doute, fuite de la jeunesse…), cela aurait permit au lecteur d’être bousculé, de s’interroger aussi. Le final m’a semble un peu vite fait (on peut regretter que la scène d’amour ne soit pas écrite, même si son écriture eut été complexe et risquée) mais l’ensemble sonne plutôt juste et surtout contourne habilement les pièges (sensiblerie, mièvrerie…) inhérents au genre.

Plaisant en dépit d'un titre peu "vendeur" (pourquoi au pluriel le titre d'ailleurs ?).

Widjet

   Anonyme   
27/11/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C'est un véritable plaisir de te lire à nouveau NICOLE. Je retrouve ici, avec bonheur, toute l'harmonie et la souplesse qui façonne d'habitude tes ecrits.

J'ai souri beaucoup et ai passé un excellent moment en compagnie de tes personnages. L'alternance entre eux est d'ailleurs très réussie, l'accélération finale me plait bien à moi. On dirais...c'est un peu comme le rythme des respirations qui se mêlent lorsqu'on a trop longtemps retenu son souffle.

Non, vraiment, j'aime la fin et en particulier cette phrase : "Nous avons gravé notre histoire dans le sable, ma douce, mais de toi me vient le rituel secret de nimber mes amoureuses de poussière d'étoiles, les soirs de pleine lune."

Juste une remarque quand même :"je me rejoue la même scène à l'infini, avec des variantes plus ou moins érotiques selon l'humeur" Le "selon l'humeur" m'a un peu gênée. C'est un rien, mais bon.

Et enfin, une dernière chose, la plus importante : Merci

Electre

   Myriam   
27/11/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Avec un peu de réticence, j'ai lu la première partie, portraits un peu convenus du prof de philo si passionnant qui tient portes ouvertes au café du coin et de la brillante étudiante énamourée...

Mais au fil des mots, je me suis laissée prendre à cette histoire délicate, à l'alternance des points de vue, et la magie de ton écriture sensible a fini par opérer...

Et j'ai terminé ma lecture sur un nuage, emportant encore une fois avec moi des petits trésors d'expression: "Je suis jaloux de l'attention qu'elle ne me porte pas.", "Je me souviens de cette violence qui construit."... les quatre derniers paragraphes en fait, sont magnifiques.
Merci à toi Nicole de toujours parvenir ainsi à sublimer la réalité par ton écriture si tendre et évocatrice.
Myriam.

PS: C'est curieux, mais dans cette phrase: "Mes enthousiasmes me semblent étriqués, et mes rêves possibles.", j'attendais plutôt: "et mes rêves impossibles"...

   Eric-Paul   
27/11/2009
ta plume est précise
fine...
elle a fait mouche.

   Selenim   
27/11/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un texte calibré, sans gros défaut apparent, sans qualité étonnante. Un peu comme le beaujolais nouveau, il se laisse déguster sans déplaisir avant de passer à autre chose.

Je suis ennuyé. Le texte est plutôt bien écrit, l'histoire est classique mais se laisse grignoter, les personnages sont sympa. Mais je n'arrive pas à décoller. il y a un manque de risque, on reste plan-plan. Ici, pas question de faire du stop sur une piste de Roissy, mais le dos bien calé à un feu tricolore de sortie de métropole.

Je regrette quand même certaines repetitions dans la structure des phrases qui à la longue installent une monotonie soporifique.

Quant à la réaction de la narratrice face à la boutade du prof de philo, je l'ai trouvé excessive. Enfin ce que j'en dis...

Selenim

   jaimme   
28/11/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une histoire banale et l'art de Nicole.
Une histoire comme la raconterait une adolescente sans la maturité de Brigitte dans le roman du même auteur. Et je me disais en lisant: oui mais une adolescente, une jeune adulte serait plus passionnée, plus ébouriffée dans ses sentiments passionnés... et la fin a rattrapé ce manque. En quelques phrases, quelques mots, le bonheur a trouvé sa place. L'explosion après l'attente interminable: "Je me souviens de cette violence qui construit."!
Un descriptif presque pudique des sentiments de cette jeune fille, presque trop lucide. Une maturité donc chez ce personnage et c'est en adéquation avec l'histoire.
Merci Nicole, une fois de plus.
PS: me plaît bien, ta phrase en exergue, sais pas trop pourquoi... :)

   Anonyme   
29/11/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,

Une histoire agréable bien qu'un peu rapidement exécutée à mon goût. L'attrait de la jeune femme pour le prof me semble un peu trop vite obtenu et un peu convenu aussi et c'est un peu gênant, car elle semble particulièrement lucide sur le personnage (ce qu'elle dit de l'image qu'il voudrait donner, le coup de la mâchoire...) J'ai eu du mal à voir ce qui l'avait vraiment séduite, sinon cette sorte de fatalité de roman qui me gêne un peu.

Je n'ai pas compris non plus les changements de temps qui ne me paraissent pas forcément cohérents, à moins que j'aie manqué d'attention sur ce point (ce qui est fort possible aussi et si c'est le cas, je m'en excuse par avance)

Sinon, j'ai bien aimé que tu entrecroises les points de vue (va savoir pourquoi... rires) et le style est très agréable à suivre.

Voilà, j'aurais voulu une intrigue plus imaginative, moins attendue, mais c'est un agréable moment de lecture en ce dimanche après-midi.
Bonne continuation, Nicole.

   florilange   
29/11/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'aime l'alternance des voix & la façon de raconter, tout en finesse, de NICOLE. J'aime le ton, même si je m'imagine 1 jeune fille de cet âge + passionnée mais bon. Tous les caractères sont dans la nature.
À aucun moment, durant cette année de philo, ce prof n'est incommodé par des problèmes d'éthique, il ne se pose aucune question à ce sujet.
Sur la forme, j'ai été gênée par des changements de temps de conjugaison et des virgules mal placées. En outre, quelques petits détails :
- "Je me suis interdite toute participation" - "je me suis interdit", il s'agit là d'1 participe passé, pas d'1 adjectif!
- "Avant que je ne m'assoie" - À quoi sert ce "ne"? À rien.
Merci de cette lecture,
Florilange.

   Anonyme   
2/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien
C'est simple, fluide, plein de pudeur.
Même si l'histoire se déroule sans grande surprise, j'ai bien aimé ce récit des "débuts", qui ont visiblement marqué toute une vie.
J'ai trouvé que le style s'accordait très bien à celui d'une adolescente douée en rédactionnel. Pour le prof en revanche, j'ai été gênée par le lyrisme de sa "conclusion", un peu excessif à mon goût.
Une lecture dans l'ensemble très agréable.

   Anonyme   
3/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Nicole a un talent rare pour sublimer les petits instants de rien, la banalité, le quotidien.

Ce qui aurait du n'être qu'une simple histoire d'amour, somme toute assez classique, devient un moment de vrai plaisir.

La plume de Nicole, fin et légère aide en cela.

Mon gros regret: la "prévisibilité" du texte, on sent des le début la fin, et même si le talent est là, je suis un peu déçu qu'il n'y ait rien de plus...

Mais j'ai pris plaisir à lire, c'est l'essentiel!

   marogne   
4/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une écriture agréable à lire, fluide et légère, qui fait que malgré le prévisible on a envie d'aller au bout. Je ne suis pas sûr de porter un jugement très sympatique sur cet homme qui a la fin semble collectionner les amoureuses les nuits de pleine lune, mais c'est sans doute un reste de catéchisme....

L'alternance des points de vue est intéressante, mais peut être un peu trop déséquilibrée, elle donne à la jeune fille volage beaucoup plus de profondeur qu'au professeur ensorcelé (du moins avant qu'il ne se libère).


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