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Policier/Noir/Thriller
nino : Nicole et Gérard
 Publié le 02/11/21  -  7 commentaires  -  8123 caractères  -  90 lectures    Autres textes du même auteur

Vue « plongeante » sur deux existences à la fin des années soixante.


Nicole et Gérard


Celle qui revient du cinéma et envoie valdinguer ses sandales avant de s'affaler dans un fauteuil : c'est Nicole.



Nous sommes en 1968, dimanche 20 juillet, et cela fait précisément un an qu'elle a forcé les barreaux de la cage – le domicile de ses parents. Ces derniers, son père surtout, l'ont élevée dans la tradition : la rigueur, rênes courtes et bride sur le cou. C'est peu dire qu'ils n'avaient pas goûté les évènements du printemps alors que Nicole s'était révélée, emportée par la bourrasque contestataire. À tout juste vingt ans, elle avait obtenu un poste de dactylo et plutôt que d'aller chez l'écureuil, planquer comme on lui serinait une épargne de précaution, elle s'était mise en quête d'un logement. Elle leur avait annoncé la nouvelle un soir – j'étouffe, je pars… –, balancé tout ce qu'elle avait sur la patate, et ça faisait gros. Estomaqués, ils avaient eu du mal à trouver le sommeil. Nicole était fille unique. Sa mère, une femme soumise, avait tenté de la retenir. La perspective des tête-à-tête avec son homme lui collait des maux de ventre. Mais voilà, Nicole n'avait pas flanché.



Celui qui la regarde depuis l'immeuble d'en face, enroulé dans l'ombre du rideau, c'est Gérard.



Pour faire connaissance avec Gérard, il faut d'abord aller voir du côté de son géniteur. On trouve alors un beau pourri qui s'est définitivement éclipsé un matin après avoir beurré deux biscottes, avalé un crème et allongé quelques torgnoles alentour. Distribution générale et généreuse, une manie, un défoulement, un exutoire… Gérard allait sur ses huit ans, le poids de l'enclume qui lui barrait la poitrine et l'empêchait de respirer s'était alors envolé, mais bien plus tard, comme s'il attendait quelque chose, on le voyait encore, le regard perdu, osciller d'une jambe sur l'autre et d'avant en arrière. On l'aurait dit pris de vertige au bord d'un précipice, et c'est peut-être à ce moment précis que le souvenir de la frappe sèche de son père lui revenait.


C'est une journée ordinaire. Comme chaque dimanche, Nicole a passé la soirée au Reuilly Palace. La semaine dernière, c'était « Ma nuit chez Maud » et aujourd'hui, « La piscine » de Jacques Deray. À peine revenue, elle allume la radio qui crache la chanson d'une jeune Anglaise et d'un type aux grandes oreilles qui prédisent une année érotique. Elle a aussi une petite télévision dont elle a coupé le son, où défilent les images du triomphe d'un Belge aux joues creuses qui vient de gagner le Tour de France. Le vélo, elle s'en fout, mais ces petits culs moulés dans les cuissards… Elle éteint et se promet de rallumer plus tard pour voir un Américain rebondir sur la Lune. Pour l'heure, elle pose un quarante-cinq tours des Moody Blues sur son Teppaz et rêve. Elle rêve d'Alain et de Romy, et ce soir encore, elle va s'inventer une vie où il se passerait quelque chose, une vie de passions et de drames, comme dans les films, car il faut bien le dire, à part Bernard, il ne s'est rien passé depuis un an. Bernard, sa seule aventure… Lui qui, descendu un soir acheter des boîtes pour le chat, n'est jamais remonté. Elle était tellement dévastée que le félin n'avait rien bouffé pendant trois jours. Rien que d'y penser, et c'est de la buée sur les carreaux. Pour chasser ce sale souvenir, elle préfère se remémorer le sourire de l'agent immobilier lorsqu'elle cherchait son meublé. Celui-ci n'avait pas manqué d'air en affirmant que six étages à pied ne pourraient que parfaire sa silhouette déjà bien agréable… Elle avait piqué son fard. De toute façon, elle le sait, les jambes c'est ce qu'elle a de mieux ! Et elle se dit qu'elle devrait les montrer un peu plus ; ça tombe bien, cet été, le port de la mini-jupe est incontournable ! Sauf que certains regards sont insupportables et qu'ils lui donnent l'impression d'être à poil. Alors ce soir, pour son plaisir, devant le miroir du salon, elle s'apprête à en passer une petite en daim qu'elle a dénichée sur un catalogue de vente par correspondance. Elle porte une culotte blanche à liseré de dentelle et la doublure satinée de la jupe glisse sur un collant fin et légèrement opaque. Elle remonte la fermeture éclair, passe une paire d'escarpins, virevolte, face, profil, s'admire, elle est satisfaite. Il n'aurait pas fallu que son regard se porte jusqu'à la fenêtre de l'immeuble d'en face pour brusquement se figer…



Pour comprendre ce qui explose parfois dans la tête de Gérard, il faut aussi aller voir celle qui n'avait pas trouvé la force de fuir, malgré les affronts et les coups, celle qui n'avait pas refait sa vie, mais qui s'était pourtant redressée au fil des jours, retrouvant un peu de fierté. Et certains soirs, au bout d'une journée harassante, lorsqu'elle sentait le sommeil la prendre et que Gérard l'embrassait avant de regagner sa chambre, elle finissait par éprouver du plaisir. C'était bien exclusivement auprès de lui qu'elle trouvait du réconfort, uniquement pour lui qu'elle s'arc-boutait. Durant toutes ces années, le gamin avait fait de son mieux. Pas franchement doué pour les études, mais sérieux, bien consciencieux ; à la maison, serviable, attentionné. Pourquoi avait-il fallu qu'il grandisse si vite et qu'il finisse par ressembler à tous ces hommes avec leurs envies et leurs vices, s'interrogeait-elle ? Après plusieurs échecs, des scènes effroyables, Gérard avait finalement renoncé à lui présenter quiconque pourrait ressembler à une éventuelle fiancée, certain que sa mère n'y verrait, selon ses propres termes, « qu'une putain de plus avec laquelle elle lui promettait bien des déboires » ! On peut dire, à ce sujet, qu'elle s'était bien trompée : les putains, il les aimait beaucoup et les fréquentait régulièrement. Au moins, elles ne se moquaient pas et c'étaient les seules qu'il arrivait à baiser. Alors, il s'était résolu et comme sa mère le désirait, il était resté auprès d'elle. En échange, elle le laissait se divertir un peu… pour autant qu'il consente certains soirs, comme quand il était môme, à se blottir contre elle pour une bonne soirée devant la « piste aux étoiles ». Il avait aussi attrapé cette manie, un alcool sec qu'il se servait en rentrant du bureau et qui avait fini par lui provoquer des accès de sueurs et de légers tremblements qu'il parvenait à maîtriser en augmentant la dose. Ainsi, les jours avaient fait des mois et les mois des années. Il n'aurait pas fallu que sa mère tombe si brutalement malade, d'une sale affection dont on hésitait à prononcer le nom et qui l'avait envoyée « ad patres » en moins de trois mois.


Le bail n'étant pas transmissible, c'est dans cet appartement situé au sixième étage d'un groupe d'immeubles aux loyers modérés qu'il avait emménagé. Il faut bien l'avouer, depuis le départ de maman, les choses s'étaient passablement dégradées. Cela aurait pu être un soir ordinaire. Il s'est particulièrement bien accommodé au « Johnny Walker » avant de jeter dans une assiette les reliefs de la veille et de se rassasier debout, devant le spectacle offert en face. S'en suivra un moment d'extrême tension qu'il finira par surmonter dans un gémissement libérateur et, sortant sur le petit balcon, ira se percher sur l'étroite rambarde métallique afin d'offrir, à son tour, un numéro.

Il a d'abord entendu les cuivres, les coups de cymbales sont venus après, et puis tout l'orchestre à l'unisson. Dans les gradins, au premier rang, face à lui, cette jolie femme et un chat, gros comme un tigre. Du centre de la piste où il se trouve, il peut aussi distinguer les autres spectateurs, surtout sa mère, endimanchée et souriante, prête à applaudir. Un observateur avisé aurait également discerné, au-dessus de l'assemblée, l'ombre portée d'une main. Une main leste et dévastatrice à la taille démesurée.


C'est lorsque Gérard a commencé à osciller d'avant en arrière et d'une jambe sur l'autre que le premier cri a jailli. On peut dire alors que Nicole était la parfaite incarnation de l'effarement, la main sur la bouche légèrement ouverte, les yeux s'écarquillant à lui manger le visage.


C'est au son du bruit mat d'un corps qui s'écrase que Nicole s'est évanouie.


 
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   socque   
7/10/2021
 a aimé ce texte 
Pas
Nous sommes en 1968, dimanche 20 juillet, (…)
(…) Elle éteint et se promet de rallumer plus tard pour voir un Américain rebondir sur la lune.
Hé, Neil Armstrong sur la Lune, c'est le 20 juillet 1969. Je le sais tellement que j'ai cru un instant que votre histoire présentait volontairement un hiatus d'un an… Contrairement à vous j'ai vérifié la date, ce qui me permet de râler en connaissance de cause : z'auriez pu vous assurer de la cohérence de ce que vous racontiez !

À part ça, je n'ai guère de goût pour ce que je nomme « le sordide gratuit » ; j'emploie ces termes peu flatteurs parce que le récit, sur le fond, me paraît creux. Deux êtres malheureux, solitaires, ne se rencontrent pas, y en a un qui claque, voilà c'est fini. La même trame que la chanson des Beatles, "Eleanor Rigby", mais cette chanson est belle, douce, poétique, tragique, et se termine par "No one was saved". Tout est sobrement dit.
Votre nouvelle, pour moi, ne présente aucune de ces qualités, je la trouve simplement sordide pour le sordide. J'aime pas, quoi.

   PlumeD   
2/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voilà un texte que j'ai beaucoup apprécié (il y a bien longtemps que je n'avais pris la peine d'en commenter). L'écriture est alerte, percutante, aucune lourdeur de style. L'histoire de ces deux solitudes est émouvante car raconté sans chichis. il y a une émotion sourde dans ce texte, la fin dramatique est fort bien contée.
Quant à l'erreur de date relevé par Socque, franchement je m'en moque complètement.

   Corto   
2/11/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
Cette nouvelle me parait restée à l'état d'ébauche.
Nous avons deux personnages. Nicole est décrite hâtivement, fille simple à qui on aurait pu donner plus d'étoffe et de vie. Elle est mignonne mais il faudrait la faire vivre un peu !
Gérard est du style glandu à qui on aurait envie de donner de grands coups de pieds dans les fesses. Il ne va pas loin, juste en bas du bas.
Alors, nino, pourquoi ne pas construire une vraie histoire sur ces bases ?
Bon, évidemment il ne faut pas mélanger les événements de 1968 et l'arrivée sur la Lune en 1969... Dites-vous qu'il y a parmi vos lecteurs certains qui ont vécu tout ça avec enthousiasme... et mémoire.

A une autre fois ?

   papipoete   
2/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour nino
" j'habite seul avec maman, dans un très vieil appartement... " pourrait coller à ce texte, où un kaléidoscope passe à la volée, des épisodes, des modes des années 68, la piste aux étoiles... Une mère dont le père de l'enfant ne veut pas, ni d'elle ni de lui, Bernard. Pas de petite-amie, mais des putes et la bibine, et ce héros de Plamondon le fils de Superman qui s'envole depuis la rambarde...
NB un concentré de galères ; la famille " pas de pot " pour laquelle l'émotion nous submerge ; on voudrait aider, réconforter mais le destin funeste qui plane sur ces gens, est maître de leur destinée désespérément !
Une nouvelle pas trop longue que j'ai suivie avec plaisir !

   Bandini   
2/11/2021
Un être débute sa vie et l’autre la finit en joignant la grande mort à la petite. Nous sommes au tournant de ce qui a été nommé la « libération sexuelle ». La jeune-femme semble prendre son destin en mains de manière saine et démontrer des capacités de résilience après des déboires sentimentaux récents, même si son romantisme (« Elle rêve d'Alain et de Romy, et ce soir encore, elle va s'inventer une vie où il se passerait quelque chose, une vie de passions et de drames ») l’expose vraisemblablement à des déboires futurs. Le jeune-homme, en revanche, est emprisonné par des désirs malsains, lesquels sont vraisemblablement en rapport avec cette époque récemment passée (mais l’est-elle réellement ?) au cours de laquelle, comme dans cette nouvelle, une période de violence patriarcale et de soumission féminine a fait place à une relation maternelle trop fusionnelle avec un fils unique. Quelques phrases ambiguës (comme « Et certains soirs, au bout d'une journée harassante, lorsqu'elle sentait le sommeil la prendre et que Gérard l'embrassait avant de regagner sa chambre, elle finissait par éprouver du plaisir. »), appuyées par « Pour comprendre ce qui explose parfois dans la tête de Gérard, il faut aussi aller voir celle qui n'avait pas trouvé la force de fuir »). Vous y revenez plus tard avec « La piste aux étoiles », dont on peut penser qu’elle ne désigne pas uniquement le titre d’une émission télévisée. Je préfère ne pas extrapoler ni conclure imprudemment, mais quelque chose de pas net semble s’être installé entre ces deux-là. En voyant Nicole s’habiller, momentanément dénudée dans l’appartement d’en-face, Gérard pète les plombs, se masturbe sur le balcon et en finit avec la vie. On peut même tenter de prolonger l’histoire et se demander quel impact aura cet événement sur la vie future de Nicole. Malgré une disposition apparemment plus propice à des relations saines, ne s’enfermera-t-elle dans une méfiance universelle à l’égard des hommes ? Les maléfices seront-ils vaincus en soixante-dix (pour reprendre Gainsbourg et Birkin) ou seront-ils toujours présents en 2021 ? Ces choses-là peuvent-elles être corrigées en une génération seulement ?

J’ai laissé reposer cette nouvelle un moment avant de la commenter et j’ai bien fait. Il est possible que ma lecture ne corresponde pas à votre intention d’auteur, mais j’ai pu m’imprégner plus profondément du contenu en le laissant reposer un moment
Dans un premier temps, je ne voyais pas réellement le rapport entre le contexte historique et le contenu. Paradoxalement, la faute en revient peut-être à un inventaire trop méticuleux d’éléments historiques (Ma nuit chez Maud, La piscine, Gainsbourg et Birkin, Eddy Merckx, Appolo 11, les Moody Blues, le Teppaz, la mini-jupe, La piste aux étoiles). J’avais lu ceci comme une manière un peu trop voyante, trop expéditive ou trop condensée de planter un décor temporel (*) et, bizarrement, cela m’avait dissuadé de le lier à l’histoire. Je ne voyais alors qu’une histoire un peu glauque et, peut-être, une facilité voyeuriste. Après un moment et mieux liée à son contexte historique, je lis une histoire plus profonde qu’il n’y paraissait de prime abord.
(*) J’ai moi aussi relevé l’erreur sur l’année, mais j’ai vu que la correction avait été demandée

Quant à la forme, je la trouve parfois inégale, mais intéressante.
La présentation initiale des deux personnages, volontairement détachée du récit proprement dit, rompt avec des habitudes un peu trop convenues et j’apprécie cette démarche. Je trouve dommage que vous ayez fait suivre « forcé les barreaux de la cage » (expression alternative bienvenue) par « le domicile de ses parents », formule au premier degré prosaïque dénaturant l’effet précédent au point presque de l’annuler. De manière générale, des expressions poétiques (comme « rênes courtes ») jalonnent le récit. La masturbation de Gérard est décrite sans aucun mot explicite.

Je lis encore ceci :
« Du centre de la piste où il se trouve, il peut aussi distinguer les autres spectateurs, surtout sa mère, endimanchée et souriante, prête à applaudir. Un observateur avisé aurait également discerné, au-dessus de l'assemblée, l'ombre portée d'une main. Une main leste et dévastatrice à la taille démesurée. »
Je suppose que Gérard revoit sa vie, sa mère décédée et son père parti au diable vauvert, quelques instants avant de mourir.

Une nouvelle qu’il faut laisser reposer un peu, je crois, et qu’il ne faut pas se précipiter à commenter.

   cherbiacuespe   
2/11/2021
 a aimé ce texte 
Pas
J'avais lu cette nouvelle en EL, mais ma subtilité ne dépassant pas souvent celle d'une moule desséchée, je m'étais abstenu.

Elle m'avait semblé inachevé, sans chute réfléchie, sans but et je ne voyais pas trop quoi dire à part ça. Aujourd'hui, elle ne me semble pas plus aboutie qu'hier. Même sous forme de chronique, je n'en comprends pas la finalité. L'écriture et son plan sont pourtant bien conçus, mais le fond ne fait pas sens, à mon sens.

Ceci dit, ce n'est que partie remise.

   Bellini   
3/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Nino,

Pour évacuer tout de suite la distraction de la date erronée (1968 au lieu de 1969) il convient de rappeler que dans une maison d’édition c’est le travail banal des correcteurs et qu’eux seuls seraient à blâmer dans une telle situation. Il n’est évidemment pas question de réclamer ce service sur Oniris.

Si le style peut paraître cursif, il n’a pourtant pas la superficialité qui caractérise souvent celui-ci. Au contraire, l’intrigue est soutenue par le contraste entre certaines images poétiques et métaphoriques (Celui qui la regarde depuis l'immeuble d'en face, enroulé dans l'ombre du rideau, c'est Gérard.) et la tension encore vague qu’elles commencent à induire auprès du lecteur.

Le point de vue narratif est celui de la focalisation interne à la troisième personne, passant alternativement de Nicole à Gérard. Mais je regrette cette concentration de leur passé, trop envahissante et trop explicite dans le cadre d’une nouvelle, au point de déporter l’attention du lecteur vers des événements d’un romanesque assez banal, si ce n’est la similitude d’une disparition brutale, le père pour Gérard, le petit copain pour Nicole, tous les deux à l’occasion d’une course à faire en bas de l’immeuble, le fameux syndrome de l’Italien cher à Reggiani.
J’aurais préféré lire cette dernière journée fatale à Gérard dans une progression plus fine de son caractère inéluctable. Pour moi, le sujet et l’intérêt de la nouvelle se situent dans l’affût de Gérard derrière son rideau, à épier Nicole dont l’érotisme ludique (« pour son plaisir, devant le miroir ») devient l’élément déclencheur et dévastateur de son suicide théâtral, scénarisé. C’est le miroir antinomique, mort pour Gérard/jeu pour Nicole, que j’aurais aimé deviner à travers le récit, et non pas le lire comme la conclusion à la fois fortuite et téléguidée d’une vie cabossée qui occupe toute la place.

J’avoue néanmoins avoir pris plaisir à lire et même relire ce texte, sans doute pour son style, mais aussi pour essayer de me satisfaire du choix de cette fin - la main leste trop prégnante du père qui dans le souvenir fait osciller Gérard d’avant en arrière - parmi tant d’autres possibles.

Bellini


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