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Fantastique/Merveilleux
Zorba : Amour ensorcelée
 Publié le 08/11/21  -  2 commentaires  -  7723 caractères  -  37 lectures    Autres textes du même auteur

Dérangé. Bizarre. Braque. Lui, il préfère dire qu’il est ensorcelé. Et un jour, l’ensorcelé décide de déclarer sa flamme à Nina en lui écrivant ce texte intitulé « Amour ensorcelée ». Un écrit, qui n’est pas le premier et tout aussi agité, semble-t-il, que son auteur.


Amour ensorcelée


Repères. Jeune et jolie coiffeuse, célibataire mondaine, Nina a ouvert un salon, c’était en avril 2017. Craignant pour sa vie, elle s’est décidée à porter plainte pour harcèlement moral. Comme de juste, un service de police a été chargé d’enquêter. L’affaire a-t-elle été classée sans suite, l’auteur du texte, que je côtoie encore au quotidien, sera-t-il jugé ? Pour l’heure, je ne connais toujours pas la décision finale du procureur de la République sur l’orientation de la susdite plainte. En attendant le verdict, voici une copie de l’objet du délit que j’ai réussi à me procurer. Je suis journaliste d’investigation et il n’est pas question que je révèle mes sources sur une affaire que je suis depuis le tout début.

Après lecture, il se pourrait ou pas que vous ayez une opinion à émettre qu’elle soit positive ou pas.


P.-S. Le dernier paragraphe dévoile une voix enrouée. Il s’agit du harceleur en pleine conversation téléphonique avec Nina. J’ignore la date de l’enregistrement mais il provient d’un vieux magnéto, probablement fabriqué dans les années 70. Le son de la cassette étant de très mauvaise qualité, j’ai transcrit comme j’ai pu les réactions très embarrassées du braque. Pardon, de l’ensorcelé.


***


AMOUR ENSORCELÉE


Nina, ta mort était encore jeune pourtant. Un an à peine.

Et déjà s’organisa en moi un étrange phénomène.

C’est encore loin de l’embuscade que la vie m’a tendue.

Sortilège, c’est mieux. Va pour lui, le mot est de taille à répondre. À correspondre aux faits.

Parce que j’en ai sué des visions, crois-moi, Nina. Des exclusives qui n’ont jamais compté leurs pauses, des têtues faisant le fixe dans un tas de sommeils. Jusqu’aux nuits dernières où la série noire s’acheva par des lâchers tellement improbables que je me scandalise en l’avouant : une bande de vaudous au souffle fauve, toujours les mêmes, me coursaient sur un continent faiseur de dieux.

Un ancien royaume aux filantes vapeurs, parfaitement localisé, là, dans ma tête. Ben, si je te le dis !

Visage à la belle étoile poudré jusqu’aux dents, tignasse insalubre taillée sans doute par un gros galet en silex, des yeux qu’il faut pour tuer, ils déboulaient d’un temps sans date où la mémoire de l’eau vivait du poids des pierres, de la couleur du vent, du lever des mondes.

Pas simple pour un urbain pris dans la rage du béton d’être mêlé à des chasseurs à pied pour qui la jungle est d’un réel secours.


Quant à rendre le cheveu souple ou confectionner un modèle de coupe au carré avec les bords tranchants du couteau suisse de l’homo sapiens, j’ai peine à l’imaginer. Pire qu’avec une serpe mal aiguisée. Que du moche au mètre !

Ah ! Ma Nina, t’en aurais des choses à dire sur la science du ciseau, du balayage, du ton sur ton, la coloration oxygénée, l’emploi ailé du sèche-cheveux, la gâchette facile de ton vaporisateur en plastique noir. À nous deux, on aurait pu façonner un si beau visage.

Juste avant de poursuivre la virée d’envoûté, d’en finir une fois pour toute, faut que je t’avoue, le bol de mélange antidérapant, le pinceau à teinture, ne cherche plus, je les ai trouvés : une étreinte ensorceleuse m’a forcé la main. Le voleur malgré lui, l’impardonnable à venir, c’est moi.

T’es fâchée ? Nina, réponds s’il te plaît… Comment ?

Détaché du reste brouillon, le seul dépassant la horde robuste d’au moins une nuque ou deux, à n’être pas vêtu d’un cache-sexe bricolé avec des colliers de canines sans ordre de grandeur, c’était moi.

Où que je me trouvasse, de loin comme de près, sur les côtés ou en surplomb, de l’épicrâne à la plante des pieds jusqu’à l’entrejambe, je ne voyais que moi.

J’étais tout autour de mes yeux, mes yeux étaient tout autour de moi. Au choix. Ou les deux à la fois.

T’imagines ? Tu t’imagines dans ma tête, ma Nina ?

Au fond, vaut mieux pas, c’est préférable, tu m’en voudrais encore plus. Parce que là-dedans, il y règne de ces odeurs putrides, on dirait qu’elles s’échappent d’une viande à moitié digérée. Ce qui n’est pas donné à tout le monde. En fait, ça n’a jamais été donné à personne de subir un cauchemar empesté d’odeurs brutales. Ça n’a jamais été en circulation dans la tête d’un humain.

Mais, chez moi, Nina, tout dans ma tête, ça pue l’inédit.

Et non seulement la poisse me frôle à chaque seconde mais, à mon contact, elle se raidit et aussitôt y a comme une sève magnétique qui m’englue avec une telle agilité.

Y a qu’elle pour me pointer du doigt avec autant d’endurance, d’affinité. D’intimité.

Tu sais quoi ma Nina ? Ça va te faire rire, on dirait bien que je suis son aimant préféré !

Non ? Bon, tant pis.

Et dire que tu n’as jamais voulu me croire quand je te répétais que la balle perdue du destin, c’était pour ma pomme !


« Nina, Nina, Nina », rabâchaient les nains. Le nez en l’air, une haleine défroquée, ils s’adonnaient à une sorte de tue-tête stellaire alternant avec un silence d’initiés qui imploraient l’exil des esprits.

Et au premier soleil couchant, ils partaient à la conquête d’un présent sans passé, à la cueillette de mystères fertiles. Livrant leur incantation à l’embouchure du ciel et du vide.

Envoûtant, évidemment.

Ainsi, rien que pour toi, Nina, des nuits durant, je me suis tapé un modèle de bouffées délirantes à la gloire du gri-gri.

Pourtant, y a pas si longtemps encore, cette parade d’exaltés ne me racontait rien. Ce n’était qu’un arrière-monde embusqué au plus loin, en train de croupir au petit coin de mon cerveau.

Vaudous et moi, on ne s’étaient jamais croisés, mais depuis que ta mort a fait les présentations, on est devenus voisins. Sur ton palier.


Transcription de l’enregistrement


– Mais, vous savez, je… Comment ?… Je sais, je sais, Nina, j’ai raté mon effet, le coup du sorcier, c’était foireux… Je suis tellement désolé… Bien sûr que non, j’ai jamais voulu vous tuer, Nina, je suis pas un tueur, dans ma tête peut-être mais pas en vrai… Mais oui, votre mort… Votre mort, c’était nul… Oui, Nina, allez-y je me suis pas gêné, alors ne vous gênez pas pour moi… Vous avez raison… C’est sûr, je comprends, Nina… Je suis mille fois désolé que vous soyez un peu fâchée… Oui, très fâchée… Je vous assure, y aura plus de problème, plus de sorcier, de sortilège, de vaudous, c’était du n’importe quoi… Vous avez ma parole, Nina et… Oui, ne vous en faites pas… Je vous… En tout cas, je vous remercie d’avoir pris le temps de jeter un œil et de… Comment ?… Bien sûr que non, vous êtes bien vivante, ça oui, je peux vous le garantir. Bien vivante et en chair et en os… Quoi ?… C’est que… Je suis tellement désolé si je vous ai froissé, très fâchée… C’était pas mon intention… Nina, vraiment… je voulais pas vous… Encore une fois, je comprends que… Quoi ?… Je vous jure, Nina, non, on se verra plus. Je reviendrai pas l’année prochaine. C’était la dernière fois… Je viendrai plus, c’est juré, promis… C’est… Nina ?… Allô, Nina ?… Vous pleurez ? Non, non, non, il faut pas. Pleurez pas, Nina, je voulais pas… Tout sauf vos larmes… Nina ?… Nina ? Attendez, ne raccrochez pas, pas encore… Le bol et le pinceau, je vous les rendrai bien sûr, comptez sur moi. Dès demain, je les dépose sur le palier de votre salon et… Nina, juste une dernière chose, si vous pouviez me rendre le brouillon… Oui, oui, c’est ça, mon texte, Oui, Nina, cette grosse merde… ce serait vraiment très gentil de votre part que… C’est ma merde, oui, oui, Nina… Cette grosse merde comme vous dites qui sent si mauvais en moi, j’aimerais bien la récupérer… S’il vous plaît… C’est juré, Nina, je vous le rejure, de votre vie vivante, je vous embêterai jamais plus, vous avez ma parole…

Nina ? Allô, Nina, vous m’entendez ?… Pour la coupe, je vous dois combien ?


 
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   Bandini   
8/11/2021
Ce n'est pas mal écrit, mais je n'ai rien compris.
Après une seconde lecture, ce texte me demeure toujours opaque.
Je ne doute pas que l'auteur ait eu une intention précise, mais elle n'est pas parvenue jusqu'à moi.
Désolé.

   Gouelan   
11/11/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai noté un très beau passage ; le 4e paragraphe de la lettre.
Un texte empli de folie bien écrite, on divague sur les mots sans savoir où on va.
Il l'a tuée dans sa tête, on comprend alors le malaise de Nina. La retranscription de l'enregistrement est plus raisonnable, plus accessible au lecteur.
La lettre, le brouillon bouillonne d'un cauchemar fou, d'images d'un homme ensorcelé par un Vaudou ? Un délire préhistorique, coupé au silex.

Un homme ensorcelé par l'amour qu'il porte à Nina, ensorcelé par Nina ?

Amour ensorcelée. Une amour ?

En tout cas un texte qui interroge.


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