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Sentimental/Romanesque
oxoyoz : Alice n'est pas au pays des merveilles (seconde version)
 Publié le 08/07/07  -  11 commentaires  -  5257 caractères  -  43 lectures    Autres textes du même auteur

Un fragile cœur de 17 ans dans un corps de 25. Alice croise le réel au réveil.


Alice n'est pas au pays des merveilles (seconde version)


Je suis un cutter. Je coupe. Alice m’a acheté pour ses cours de dessin. Alice est en terminale L, option Arts Plastiques. Elle aime les couleurs, les formes, les traits, la fête, les garçons, un garçon. Et moi je coupe, j’extrais toutes les belles choses des magazines pour elle. Je coupe les feuilles, les cartons, les photos, les veines. Aujourd’hui Alice voudrait couper un morceau de sa vie. Mais tout ce qu’elle pourra couper, c’est sa vie.


Je suis un miroir. Je réfléchis. Alice m’a placé au coin de sa chambre. Elle aime se regarder en moi. Selon les jours, je lui réfléchis une image agréable, ou pas. Mais ce soir je ne lui renvoie qu’une image de honte, de ridicule, d’idiotie. Je réfléchis. Alice aussi aurait aimé réfléchir ce soir-là. Mais l’alcool et la drogue l’en empêchaient. Elle s’était faite belle pour ce soir-là. Je lui avais renvoyé une image si sensuelle d’elle, si femme. Alice est malheureusement une femme maintenant. Elle aurait voulu ne pas l’être. Ce soir, elle aurait même voulu ne jamais être du tout. Comme c’est impossible, elle a décidé que faute de mieux, elle ne sera plus.


Je suis un tube de rouge à lèvre. J'embellis. Ce soir-là j’avais parfaitement réussi. C’est pour ça que ce soir Alice me déteste. Elle m’en veut à mort. Mais il n’y a qu’elle qui peut mourir. Ou lui. Mais lui, elle ne peut pas le faire mourir. Quand Alice l’a entendu se vanter auprès de ses copains, elle a voulu qu’il meure. Il leur racontait tous les détails, les verres de cocktail, le slow, sa chemise tachée par moi… les marques que j’ai laissées sur ses parties intimes. Alice m’a jeté avec colère sur son miroir. Elle m’a jeté sur lui parce que moi je l’ai faite belle et que lui, il lui a dit. Mais est-ce vraiment parce que tu étais belle que tout ça est arrivé ce soir-là ?


- Je ne pense pas, dit le miroir

- Je ne sais pas, répond le rouge à lèvre. Je t’ai laissé des traces rouges, on dirait que tu saignes.

- J’aimerais bien me voir.

- Au fait, je suis désolé.

- C’est rien, ce n’est pas ta faute.

- Peut-être un peu quand même.

- Ce n’est pas plus ta faute que la mienne, invective la robe.


Je suis une robe. Je vais bien à Alice. Elle m’a dégotée dans un petit magasin des rues piétonnes. J’étais en solde, j’étais légère, j’étais parfaite pour ce soir-là. Alice aurait aimé ne jamais me mettre. Surtout ne jamais m’enlever. Je gis sur une chaise depuis ce soir-là. Alice me regarde avec dégoût. Elle a pensé à me brûler. J’aurais sûrement bien brûlé tellement je suis imbibée d’alcool. Mais à quoi bon prendre la peine de me détruire ? Il n’y a plus qu’une chose à détruire, c’est toi Alice.


Je suis une poubelle. C’est par moi qu’on se débarrasse des choses inutiles. Si j’avais été assez grande, Alice serait peut-être rentrée en moi. D’habitude je contiens les dessins ratés, les morceaux de papiers découpés au cutter. Ce soir, je contiens l’invitation à la fête de ce soir-là, une photo de lui avec un sourire angélique, et un morceau de papier, qui a eu l’horrible devoir de virer au rouge.


- C’est de ta faute, dit le cutter.

- Je n’ai jamais voulu ça, répond l’invitation.

- Tu peux parler le cutter, c’est toi qui l’a coupée, intervient la poubelle.

- Ne vous disputez pas, c’est ma faute, dit la photo.

- Non, tu n’es qu’une image, répond le miroir.

- Mais contrairement à toi, je ne reflète pas la vérité.

- Oui, et tu resteras où tu es, conclut la poubelle.


Je suis un paquet de clope. « LES FUMEURS MEURENT PRÉMATURÉMENT », c’est ce qu’il y a écrit sur moi. Ce soir c’est presque ironique. Alice a consumé sa vie comme ses cigarettes. Elle avait commencé tôt à fumer, et avait décidé d’arrêter juste après ce soir-là. Et ce soir elle arrête. Alice fumait sa dernière tige de nicotine avec une allégresse étrange. À chaque bouffée, sa tête tournait davantage. Allongée dans son bain de plus en plus rouge, elle expirait la fumée par la bouche. À chaque souffle, c’est un peu de sa vie qui partait. Alice avait beaucoup de mal à tenir sa cigarette, elle s’était peut-être coupé un tendon au passage. Sombrant dans l’inconscience, elle laissa tomber la clope sur le tapis de la salle de bain.


***


- Tu as vu la petite de la 5 ? demanda la machine à café au fond du couloir.

- Oui. Elle serait arrivée 3 minutes plus tard et c’était fini, répondit le banc de la salle d’attente.

- Qui est-ce qui l’a trouvée, les parents ?

- Non, les deux qui sont assis sur moi étaient au cinéma. C’est les voisins qui ont donné l’alerte. Ils sont entrés dans l’appartement à cause de la fumée.

- Elle a mis le feu en plus ? Elle était décidée.

- Non, apparemment c’est une cigarette mal éteinte qui a fait flamber le tapis de la salle de bain.

- Il devait être sec pour qu’il prenne feu, c’est un miracle.


Je suis une fiche médicale. Je dis comment va Alice. Je suis accrochée devant le lit où Alice dort. Alice a 17 ans et vient de faire une T.S. Elle a un taux de leucocytes et de plaquettes normaux, un peu trop de gamma GT, et des H.C.G.


- Qu’est-ce que ça veut dire ? demande la perfusion.

- Elle enceinte, répond la fiche.


(Texte inspiré de Ici ou Ailleurs de IAM.)



 
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   Lya   
8/7/2007
Ces confessions d'accessoires sont vraiment géniale.. une histoire "banale" en deviens des plus originale !
Juste petit truc : il manque un "est" a la toute dernière phrase : "Elle enceinte"

   Ama   
8/7/2007
C'est bien retravaillé. Je pense que préciser la source d'inspiration est inutile. On est tous inspirés et inspirants, nos textes sont chacun des produits d'un tout littéraire. A la base, tu le mets parce que tu as peur, quelque part, qu'on te traite de copieur, ou bien par souci de sincérité. Mais c'est inutile, vraiment.

   genevieve   
8/7/2007
Je suis aussi fan de ces confessions d'accessoires..
Merci, on en redemande !

   Pat   
13/7/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C'est beaucoup mieux que la première version... Comme quoi un retravail peut être bénéfique. J'aime bien le point de vue (même si ça fait un peu redite avec les confessions d'accessoires) et l'histoire, simple, mais qui sonne juste.

   Lariviere   
14/7/2007
Je n’ai rien à dire sur ce récit, sinon que j'adore.
Tout me convient, le sujet, le style, le coté "noir", désespéré de la vie...
Franchement, la chute est géniale. Sujet à rebondissement certainement... Est ce que toi aussi tu es dans le milieu médical ? Parce que moi je suis infirmier en réa, et je peux te dire qu'en quelques lignes sur la machine à café, j'ai ressenti les murs de l'hosto et l'atmosphère si particulière !
Mais bon, je pense que c'est aussi dû à la maitrise du style et que tu aurais pu faire ça aussi bien dans une usine de cartonnerie.
Seul truc, à la fin pour les HCG, ce sont des BHCG (Béta HCG), mais on comprend bien quand même, t’inquiètes !
Ça m’a permis de sentir venir la chute et ça, je trouve que c’est intéressant pour le lecteur, ça donne une certaine complicité avec l’auteur, et ça flatte l’égo, si la compréhension n’arrive pas trop vite de façon maladroite…
Pour en finir avec les BHCG, comme c’est juste un dosage de norme biologique, même si on comprend bien comme ça, moi j’aurais mis un truc comme : Les BHCG sont positifs ou en moins médical : les BHCG sont élevés, ce qui fait comprendre au lecteur sans qu’il soit de la parti, qu’il y a un truc pas normal. Leur méfiance s’éveille, leur attention augmente et là, tu les plombes comme tu le fais très bien avec ta dernière phrase.
D’ailleurs peut être que rester légèrement dans le vague là aussi, est intentionnel. Tu préfère peut être que le lecteur ne se prépare pas à la chute jusqu'à la dernière phrase, et t’as sans doute raison. Pour dire, que c’est juste un point de vue perso, même pas une critique, car l’ensemble fonctionne très bien sans ce petit chipotage que je me permets de faire pour que mon commentaire ne soit pas trop élogieux.
Qui t’as inspiré l’histoire, moi je m’en fous car c’est ton récit qui est bon. Mais je comprends la volonté de faire un clin d'oeil (le diable n'a qu'un oeil... Ca marche pas avec les commentaires ? Merde...
Oxoyoz, t'as trouvé en nouveau lecteur !

   Ninjavert   
20/7/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je n'ai pas relu la première version exprès, pour ne pas me gâcher celle-ci.
Mais du souvenir que j'en ai gardé, ce texte est meilleur que le précédent. Le rythme, le découpage, le tout s'emboîte mieux.

Je suis juste un peu déçu que tu aies laissé un truc qui m'avait déjà chiffoné sur la première version (j'ai pas non plus relu mon commentaire ^^). Je trouve que le test de grossesse de la poubelle gâche la chute. Ou en tout cas l'effet de surprise. C'est dommage.

Pour le reste, c'est la première fois que tu fais parler des accessoires entre eux, et le résultat n'est pas mal du tout. Un peu bizarre, j'aimais assez l'idée du point de vue un peu hors de tout de tes accessoires. Les faire parler entre eux les sociabilise, leur donne plus de consistance, plus de normalité. Ca a un l'avantage de renforcer leur personnalité, surtout que les dialogues sont bien construits, mais également d'en diminuer un peu le mysticisme que leur monologue solitaire fait ressentir, par exemple dans tes Confessions.

Pour finir, je ne suis pas forcément d'accord avec le point de vue d'Ama sur le fait de citer une source. Je trouve qu'au delà de se "disculper" d'une possible accusation de plagiat, ça peut aussi être un hommage à ce qui nous a inspiré, quoi que ce soit.
Personnellement, je ne cite pas ma source d'inspiration quand je fais juste une allusion à un détail, ou à un personnage, mais si je m'inspire réellement d'un film, ou d'un livre, ou d'une chanson (etc.) pourquoi ne pas le faire ?

Ca permet de plus aux lecteurs de rebondir dessus, et s'ils ont aimé le texte d'aller consulter le sujet original. Quand je vois un film, (surtout si je l'apprécie) j'aime bien qu'il mentionne au début "d'après tel truc, de tel auteur".

Mais c'est un point de vue qui nous éloigne du sujet.

Bravo Oxo ! Ton style gagne en maturité à chaque nouvel essai, continue comme ça :)

   guanaco   
9/8/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
je viens de lire la 1ère version et je compare.
ça a été dit, celle-ci est plus aboutie, le mécanisme est en place et la valse des objets peut commencer.
Je n'ai pas encore lu les "confessions" mais visiblement tu amènes ta patte à un style
T'as un nouveau fan en tout cas...;)

   Bidis   
28/8/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je n'ai pas aimé les dialogues entre les objets sauf à l'hôpital
La fin m'a surprise.
Cette nouvelle me plaît un tout petit peu moins que les autres

   xuanvincent   
20/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai apprécié cette nouvelle revisitée d'"Alice au pays des merveilles" pour sa forme, que j'ai trouvée assez originale.

   widjet   
29/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Pas révolutionnaire mais néanmoins une belle idée que de faire parler des objets. L'autre ingéniosité est d'apprendre l'histoire d'Alice progressivement par le biais de ces ustensiles. Il en découle une histoire à suspense, bien écrite et empreint d'une humanité touchante. Bien vu.
En revanche je n'aurais pas mis les dialogues entre les objets qui
finalement n'apportent pas grand chose...

Widjet

   Flupke   
17/12/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je trouve cette structure narrative très originale, merci d'avoir précisé la source je vais aller y jeter un oeil et cela peut donner des idées. Les 2 premiers dialogues axés sur la responsabilité et la culpabilité ne percutent pas beaucoup. Sans vouloir froisser, ils diluent un peu l'excellence du texte.
Par contre la succession d'informations données au compte goutte et la révélation finale sont vraiement très bien gérées. Bravo.


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