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Fantastique/Merveilleux
oxoyoz : Confessions d'accessoires - chapitre 3
 Publié le 03/05/07  -  7 commentaires  -  20644 caractères  -  1 lectures    Autres textes du même auteur

Là où les fleurs ont des oreilles, où la science vient des légendes et où les épées sont baptisées.


Confessions d'accessoires - chapitre 3


Résumé : Avant de mourir, le haut fonctionnaire Akïan charge son jeune ami Yoa d’un message. Yoa quitte alors Tine, sa mère, et se rend à Lexab, la capitale du royaume. Là-bas, Néhérica, la nièce d’Akïan, et Sama, sa compagne, attendent tranquillement le retour de celui-ci. La douleur les terrasse donc quand Yoa leur apprend le décès d’Akïan. D’autant plus qu’il leur révèle qu’il s’agit d’un assassina pour dissimuler un complot contre la famille royale.



Prosopopée 7


Je suis un des bancs du Jardin Royal. En pierre noire de Zare, je contraste avec les couleurs du jardin. Je contraste en tout d’ailleurs. Je suis ici depuis la création du parc, et je suis resté à la même place, inflexible au milieu des racines rampantes, inerte au milieu des plantes vivaces, monochrome au milieu des fleurs multicolores. J’ai toujours contrasté, mais pas toujours de la même manière. J’ai vu ces allées se modifier au fil des saisons et selon les humeurs des fées. Et encore plus souvent depuis l’ouverture du Jardin Royal au public. Les fées font depuis des expositions dont le thème change tous les trois mois.


L’ouverture du parc aux habitants de Lexab fut une bonne chose selon moi. Certes l’idée du paradis caché, du jardin secret, que seuls quelques élus ont la chance de contempler, certes dis-je, cette idée est agréable, envoûtante. Mais personnellement j’étais fatigué de voir toujours les mêmes vieux se balader ici, entre deux réunions du Concile ou de la Chambre des Pères. Maintenant tout le peuple peut venir ici, s’allonger dans l’herbe grasse, humer les mille parfums des fleurs aussi belles que rares, venues des quatre coins de Flone, et de plus loin encore. Les parents sillonnent les allées, pendant que les enfants écoutent les fées leur raconter l’importance de la nature et le respect qu’on lui doit. Les voyageurs de tous pays s’arrêtent à Lexab pour contempler ce qui est devenu une fierté nationale. Ahhh, la présence de tout ces gens contraste tellement avec l’époque où seule la cour avait accès au jardin.


Aujourd’hui le jardin est fermé. Les fées travaillent au thème de l’été. J’aimais bien le thème de ce printemps : la pureté dans le renouveau. J’avais été entouré de fleurs blanches qui contrastaient harmonieusement avec le noir de ma pierre. Mais pour l’instant il ne reste que les tranchées pour les prochaines compositions florales.


C’est le petit matin. Il n’y a pas un bruit. La rosée n’a pas encore glissé sur les pétales. Le soleil me caresse et réchauffe doucement ma pierre. Tyness vient s’asseoir sur moi. C’est un habitué. Ça fait des années qu’il vient ici. Quand il était jeune, les cheveux longs et le sourire aux lèvres, il venait ici avec de jolies filles. Jamais la même d’une semaine à l’autre. Ils s’asseyaient sur moi, et Tyness parlait des fleurs, il récitait des poèmes, faisait des mots d’esprit. Ses propos n’avaient rien d’exceptionnels, mais il avait l’œil qui pétillait quand il les disait. Et les jeunes demoiselles fondaient littéralement sous son charme.


Mais un jour Tyness n’est plus venu au Jardin Royal. Pendant trois ans je ne l’ai plus vu. Puis il est réapparu. Mais ce n’était plus Tyness l’insouciant charmeur, c’était le sergent Agdar. Il avait la nuque dégagée, l’uniforme impeccable, les chaussures cirées. Son œil ne brillait plus de féerie, mais de calme et de détermination. Il s’était assis sur moi comme il le faisait avant. L’homme qu’il était devenu contrastait avec celui qu’il avait été. Il défit le premier bouton de sa chemise et respira un grand coup. Ses muscles se relâchèrent. Et doucement, presque de manière imperceptible, un sourire se dessina sur son visage.


Aujourd’hui pour la plupart des gens, c’est le général Agdar. Mais quand il vient ici, après quelques minutes, il redevient Tyness le rêveur. Il n’emmène plus de vie quand il vient. Il vient ici pour se retrouver avec lui. Mais aussi pour discuter avec Ilaïsse, la fée « en chef », comme aime dire Tyness. Ilaïsse n’aime pas ce terme, elle préfère qu’on dise qu’elle est la « responsable » car « Je ne commande pas ce jardin, je suis juste chargée de veiller sur son harmonie ». Elle arrivait d’ailleurs, volant avec la légèreté d’un papillon. Elle vint se poser avec grâce sur l’épaule de Tyness.


- On ne vous a jamais dit, Mademoiselle, que c’était malpoli de s’asseoir comme ça, sur les gens, sans leur demander la permission ? dit Tyness, sur un faux ton de reproche. Surtout quand, qui plus est, la personne sur qui vous posez vos petites fesses de jardinière ailée est le plus grand général de Flone ?

- Rien que ça ? Eh bien sachez, Monsieur, que ce parc est actuellement fermé, et qu’à moins que vous ne soyez une fleur ou un buisson, vous n’avez absolument rien à faire ici. Et de là où j’ai posé mes petites fesses de jardinière ailée, je vois clairement que vous n’êtes en rien une fleur, ni par la beauté ni par l’odeur, lança Ilaïsse, avec ma même ironie acerbe que son ami.

- Mais dis-moi tu es en forme ce matin, toi ! répondit Tyness en rigolant.

- Plutôt ! La journée s’annonce belle, sans trop de vent. Ça sera parfait pour les dernières mises en place.

- Vous ouvrez dans trois jours je crois. Quel est le thème de l’exposition ?

- Je ne suis pas encore sûre de la formulation, dit pensivement Ilaïsse. Quelque chose comme charme et nécessité. Pourquoi les fleurs se doivent d’être belle. Enfin, dis-moi plutôt si tu l’as apportée.

- Bien sûr. Tiens, la voilà, dit Tyness, en tendant une graine qu’il avait sortie de sa poche.

- Merveilleux, s’exclama la petite fée.

- Et de ton côté, qu’est-ce que tu as pu apprendre ?

- Je vais te raconter. Hier soir, le conseiller Solat est venu se promener avec un homme qui portait une longue cape et une capuche.

- Un scientifique ? demanda le général.

- Non, son habit était vert émeraude et pas blanc. Il m’a vraiment fait une drôle d’impression. Rien que sa présence me troublait. Ils ont parlé quelque temps sans que je n’arrive à entendre ce qu’ils se disaient. Puis l’homme est parti et le conseiller est resté, l’air assez troublé.

- Et c’est tout ?

- Non attends. Une dizaine de minutes plus tard, le conseiller a été rejoint par une dame.

- Oh, le fripon de politicien !

- Je ne crois pas, non. C’était une grande dame habillée avec classe. Je ne connais pas son nom mais je sais qu’elle donne des cours de géopolitique à l’Académie.

- Tiens, tiens, elle n’aurait pas deux grains de beauté sur le cou, et un autre sur la cheville ?

- Pour le cou je crois bien, mais pour la cheville je ne pourrais pas te l’assurer. Pourquoi, ça te rappelle une de tes conquêtes ? demanda Ilaïsse, sur un ton jaloux et appuyé.

- À peu près, répondit le général joueur. C’est Téhéa, le professeur Milga Téhéa, ancienne Teniver. Et qu’est-ce qu’ils se sont dit ?

- Le conseiller Solat demandait si « le jeune alchimiste avait réussi à réactiver les pierres ». Ta chère professeur, dit la jardinière, en chantant un peu sur ces mots, lui a répondu que ce serait bientôt fait, « qu’ils allaient donc bientôt partir pour l’archipel », et donc que le conseiller devait vite se dépêcher de lui fournir un laissez-passer. Solat lui dit qu’il ferait au mieux et demanda pour « la fille ». La dame lui répondit que, là encore, ce sera bientôt fait. Voilà.

- Je vois, je vois, dit Tyness songeur. Eh bien merci pour tout ça. Je te le revaudrai.

- Je le fais pour toi, tu le sais bien.


Et les deux personnes, contrastant du tout au tout, vieux militaire et petite fée, continuèrent à discuter quelque temps, de sujets plus légers, assis sur moi. Le sourire sur le visage de Tyness, contrastait avec les préoccupations qui rongeaient son esprit.



Prosopopée 8


Je suis le livre de contes de Liänne. Je m’intitule Chronique de Flone. Un grand livre avec une reliure en cuir de galisse, des illustrations fines et colorées, des enluminures faites à la main. Tout ce qu’on ne trouve plus que très difficilement aujourd’hui. D’une part, le galisse est maintenant une créature protégée. D’autre part, le développement de l’imprimerie, s’il a rendu la littérature accessible à tous, a aussi vulgarisé le livre. De plus, je raconte des histoires, qui sont aujourd’hui narrées dans des mots plus adaptés à la compréhension des enfants, mais aussi plus éloignés de la vérité qui a fait naître la légende. Les histoires qui sont couchées sur mes pages ont bercé l’enfance de Liänne. Sa mère me lisait tous les soirs, jusqu'à ce que la maladie l’emporte. La maladie c’est Lolie, la petite sœur de Liänne, qui en a hérité. Et la lecture c’est donc Liänne qui la lui fait maintenant.


Plusieurs fois par semaine le jeune alchimiste sort de son petit laboratoire, me portant sous son bras, marchant d’un pas pressé vers l’hôpital militaire de Lexab. C’est le professeur Milga qui a trouvé une place à Lolie dans cet hôpital. Elle prêtait beaucoup d’attention aux travaux de ce petit passionné. Quand Liänne lui a fait part de la maladie de sa sœur, elle a fait jouer ses relations pour faire entrer Lolie à l’hôpital militaire. Téhéa Milga disait que tous devraient avoir accès aux meilleurs soins, et se réjouissait de pouvoir aider la petite. Ainsi Lolie avait obtenu une chambre permanente, et son frère allait la visiter dès qu’il n’était pas à l’Académie ou dans son laboratoire amateur. Et il lui lisait les histoires que je contiens, faisant vivre les personnages de sa voix douce, pour le plus grand plaisir de sa sœur.

En ce moment je suis posé sur l’étagère où Liänne range ses livres. Je suis le seul sur ce meuble qui ne traite pas de transmutation, de repère orthonormé direct, de conversion énergétique ou d’artefact de puissance. Cela dit, je trouve malgré tout ma place parmi ces ouvrages. Dans un de mes chapitres, je raconte ce qui est à l’origine de la science de ces livres.


Il y a bien longtemps, la légende raconte que les hommes, les pilofs, les zariens, les olaunes, et la Nature passèrent un pacte qui fut l’acte fondateur de Flone. Les trois communautés minoritaires se plaçaient sous la protection des hommes, la Nature offrant les ressources et tous se devant la préserver. Pour ce faire la Nature créa les trois golems, qui seraient la propriété des trois communautés minoritaires, et les trois pierres de pouvoirs, qui donneraient le contrôle des golems aux hommes.

La plupart des historiens s’accordent à dire que les trois pierres ont existé, même si elles sont désormais perdues. Elles seraient à l’origine de toutes les techniques et technologies développées par les alchimistes, des artefacts de sustentation aux champs de ruptures, en passant par les sphères de communications.


D’ailleurs la sphère de « comm » de Liänne s’était mise à crépiter et à scintiller. Levant le nez de ses éprouvettes celui-ci posa sa main sur l’objet. La voix de Téhéa Milga résonna alors dans la pièce :


- Liänne, c’est moi. Tu en es où ?

- Apparemment ça fonctionne, mais on ne pourra en être sûr qu’en essayant.

- Parfait, on part ce soir. Soit à la butte au coucher du soleil avec Néhérica.

- Hein ? répondit Liänne en sursautant. Mais je ne lui ai pas encore parlé, et j’ai rien préparé moi !

- Ne t’inquiète pas, je sais qu’elle est dans les bonnes dispositions. Et tu trouveras les mots justes, dit la professeur sur un ton assuré. J’ai reçu les laissez-passer ce matin. Il te reste une après-midi pour tout boucler, dépêche-toi.

- Mais madame…


Trop tard, la sphère avait repris sa couleur terne. Liänne resta quelques secondes la main posée sur l’artefact, réfléchissant. Il me prit, éteignit le feu sous une de ses cuves et arrêta les différents appareils de mesure. Puis il sortit de chez lui d’un pas pressé.

Liänne allait me déposer à l’hôpital, chez sa sœur. Quand il l’aura embrassée, et qu’il lui aura dit combien il tient à elle, il partira. Il partira, et tentera de réécrire une des histoires qui est inscrite en moi.



Prosopopée 9

Je suis le bureau du général Tyness. Massif et imposant, comme mon propriétaire, en chêne de la Grande Forêt. Tout est bien rangé, à sa place, les papiers, les stylos, les tampons. Pas de choses personnelles, comme sur le bureau de Ale, la secrétaire. Elles n’auraient pas leur place ici. D’ailleurs je ne sais pas où ils auraient une place dans la vie du général. Dans la vie du général il y a moi, c'est-à-dire son travail, servir le roi, ou plutôt protéger le royaume. Tyness a souvent pensé que le roi était un obstacle à cette protection. Le roi, par sa personne, sa personnalité, et le roi, par l’autorité unique qu’il représente. Mon honorable officier était l’un de ceux qui avaient plaidé le renforcement des moyens militaires du pays.


« Si le malheur frappe la couronne, le pays se retrouverait à jamais sans aucune protection. Nous ne pouvons pas nous reposer uniquement sur les golems. Si le roi, pour une raison quelconque, se retrouve dans l’impossibilité de commander les trois golems, notre force de dissuasion se réduirait à bien peu. »


Il avait été suivi par de nombreux militaires, et les vieux sages de La Chambre des Pères avaient accueilli favorablement ses propos. Mais le Concile avait été plus réticent. Ces politiciens se rendaient bien compte que leur influence serait diminuée : convaincre un homme - le roi - était bien plus aisé que d’en persuader plusieurs - une armée.

Et Yoa était là pour confirmer les craintes de Tyness. La secrétaire l’avait fait entrer il y a déjà une heure. Il attendait patiemment, assis sur une chaise et face à moi. Yoa ne connaissaient pas le général Tyness, il était donc bien plus calme que tous ceux qui avaient auparavant attendu une entrevue avec le célèbre colérique. Quand celui-ci entra dans la pièce, il ne prêta pas un regard au jeune homme. Il passa derrière moi et regarda les différents papiers posés sur mon dessus en déboutonnant son col.


- Ale ! cria le général. Où est le rapport de Galone ?

- Le rapport sur le conseiller Solat ? répondit la secrétaire. Il ne l’a pas encore rendu.

- Comment ça, il l’a pas encore rendu ?

- Vous ne lui avez demandé que ce matin, monsieur.

- Eh bien, ça fait déjà plus de quatre heures !


Ale préféra, comme à son habitude, ne pas répondre à la mauvaise foi de l’officier. Celui-ci enleva son ceinturon et le posa avec son épée sur mon dessus, puis s’assit sur son fauteuil. Il regarda alors Yoa pour la première fois. Le jeune garçon, qui avait attendu poliment mais un peu mal à l’aise qu’on lui accorde de l’attention, fut encore plus troublé par ce regard qui semblait le sonder.


- Présente-toi, demanda Tyness sur un ton neutre.

- Je m’appelle Yoa Nolèm, c’est monsieur le Teniver Akïan Kantef qui m’envoie. Voilà une lettre de lui, dit Yoa en tendant une enveloppe cachetée.


Le général, qui avait ses coudes posés sur moi et qui tenait son menton entre ses mains, continua de fixer Yoa quelques instants, en silence, avant de prendre l’enveloppe qui lui était tendue. Il l’ouvrit et la parcourut rapidement. Tyness savait que le fait qu’Akïan ait envoyé Yoa porter ce message signifiait que la situation était grave. Il rangea délicatement la lettre dans un de mes tiroirs et reprit sa posture, continuant à scruter le jeune homme qui ne savait pas trop quel devait être son comportement. Il ne connaissait pas le général. Moi je le connaissais, et je savais que ce calme apparent indiquait plus de bouleversement dans l’esprit de Tyness que tout autre comportement.


- Toutes mes condoléances, monsieur, risqua Yoa.

- Toi de même.


Yoa fut surpris par cette réponse. Il regarda Tyness avec un regard étonné.


- Je sais que tu étais proche d’Akïan. C’était un homme de conviction. Le dernier de mes amis d’enfance, dit Tyness avec une légère mélancolie, comme s’il se souvenait à peine avoir eu des amis d’enfance, et une enfance. Comment ta mère a-t-elle pris la chose ?

- … avec sérénité, dignité, répondit Yoa de plus en plus surpris par cette entretien. Devant moi en tout cas. Mais je suis parti très vite.

- C’est bien elle, ça.

- Excusez-moi, mais vous connaissez ma mère ?

- Plutôt oui, mais ça remonte à longtemps.

- Elle ne m’a jamais parlé de vous.

- Il n’y a pas grand-chose à raconter. Enfin, s’exclama le général en se levant. Qu’est-ce qu’Akïan t’a dévoilé ?

- Il ne le dit pas dans la lettre, monsieur ?

- Le Teniver n’était pas assez bête pour ça. Et si on te l’avait volée ? Tu peux parler ici, il n’y a que ma secrétaire, j’ai confiance en elle, et elle connaît le dossier.

- Eh bien… il m’a parlé du groupe de pression dont fait partie le docteur de la famille royale.

- Et ensuite ?

- Il a découvert que ce groupe projetait de faire assassiner le roi.

- C’est donc bien ça, dit le militaire en restant impassible.


Mes tiroirs se remplissaient depuis plusieurs mois de rapports qui avaient fait naître dans l’esprit du général un soupçon, qui était vite devenu une crainte. Lorsque Akïan était venu lui parler de ses découvertes, Tyness avait partagé avec lui les siennes. Un secret de plus avait alors lié les deux hommes.

Le vieux militaire avait appris à rester froid en toutes situations. Mais ses doigts crispés sur mon rebord trahissaient sa tension. La présence de Yoa faisait renaître les démons du passé, qui venaient danser avec ceux du présent. Déformation professionnelle ou manque de recul : Tyness n’arrivait pas à s’apitoyer sur la mort d’Akïan, il était, pour ainsi dire, « disparu en service ». D’autres choses le préoccupaient maintenant.


- Est-ce qu’il a pu savoir comment ils comptaient s’y prendre ?

- Non monsieur, lorsqu’il l’a appris, le projet venait à peine d’être décidé par le groupe.

- Yoa, est-ce que Akïan t’a mis au courant des motivations de ce groupe ?

- Oui, ils veulent prendre le contrôle du pays et des golems. Mais excusez-moi monsieur, je voudrais savoir : pourquoi est-ce une affaire si secrète ? Ne suffirait-il pas de la rendre publique pour ruiner toutes leurs chances ?

- Les racines de ce groupe sont trop bien enterrées. Il n’a pas de nom, pas de structure hiérarchique apparente. On sait qu’ils sont peu nombreux, on sait qu’ils sont influents mais on ne sait pas qui ils sont. C’est donc difficile de les attaquer, difficile même de les définir. Comment dénoncer, sans preuves concrètes, quelque chose dont on ne peut préciser la forme ? Et puis ils ne veulent pas faire un coup d’état, ils veulent prendre le pouvoir de manière plus pernicieuse. Faire disparaître la lignée royale, prendre le contrôle des golems, et s’imposer comme les seuls qui aient encore une autorité dans le pays. Akïan t’a-t-il déjà expliqué comment ils allaient s’emparer des trois golems ?

- Oui, il m’a parlé des pierres de pouvoirs, de Néhérica et de son père. Et il m’a demandé de veiller sur elle.


Le général eut un sourire à ces mots.

« Quel vieux fou, demander au jardin de protéger la clôture ! » semblait-il penser en tapotant mon bois de ses doigts.


- Toi, veiller sur elle ? Voyons voir, dit le général en prenant son sabre. Tu portes une épée, comment s’appelle-t-elle ?

- Elle n’a pas encore de nom, répondit Yoa, méfiant du ton qu’avait soudain pris l’homme.

- Ma lame s’appelle Persuasion. Dégaine la tienne.


Au moment où Yoa posa sa main sur la paume de son arme, le général abattit la sienne. Le garçon n’eut que le temps de rouler à terre avant que la chaise sur laquelle il se trouvait ne soit fendue en deux. Il dégaina et fit face, incrédule, à l’assaillant. Celui-ci lança un nouvel assaut, plus violent encore. Yoa para, il ne comprenait pas ce qu’il se passait, mais savait qu’il fallait se défendre. Les attaques du général se répétaient et se faisaient de plus en plus fortes. De même, le jeune homme commençait à ne plus seulement contrer, mais à rendre coup pour coup. Tyness profita alors d’une ouverture laissée par son adversaire pour lui faire un croche-pied. Quand ce dernier fut à terre il rangea son épée.


- Réciproque. À partir d’aujourd’hui, ta lame s’appelle Réciproque. Relève-toi, et va veiller sur Néhérica, puisque tu sembles en être capable.


Plus tard, quand Yoa fut partie, et que la pièce fut remise en ordre, Ale apporta le rapport de Galone sur le Conseiller Solat. Tyness le parcourut rapidement et le rangea dans un de mes tiroirs. Mes tiroirs étaient pleins de rapports. Mais le temps de l’observation était passé. Le général prit une feuille blanche et écrivit :


Ordre de mission - Discernement et anéantissement.


Je sentais la détermination des mots passer à travers la pression du stylo, marquant la feuille et mon bois.


 
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   Quetchi   
4/5/2007
Je viens de lire les 3 chapitres d'affilée. Génial ! J'adore l'univers dans lequel nous plongent les "Confessions d'accessoires". Vivement la suite !

   Ninjavert   
5/5/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Toujours aussi excellent ! Félicitations Oxoyoz ^^
Dommage, il reste quelques petites coquilles (le Chapitre III alors que les précédents s'écrivaient 1 & 2, chaîne au lieu de chêne au début, et un mot oublié ici ou là je crois, rien de méchant.)
Par contre, l'ambiance est toujours aussi prenante, l'intrigue prend forme, les personnages s'étoffent... J'ai adoré "le duel" de la fin, et le comportement de Tyness. Les repères sont bien placés, les classiques de l'héroic fantasy présents sans laisser croire à un manque d'inspiration (le nom des lames, les fées, la magie etc...)
Par contre, je reviens sur un détail soulevé sur le forum, mais le nom des personnages continue à me poser des problèmes : J'ai mis 5 minutes à me rappeler qui était Lïann...

En tout cas c'est excellent, continue on attend la suite :)

   Pat   
5/5/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Toujours aussi intéressant. Encore des maladresses (mais moins qu'au §2). Vous avez pris davantage de temps pour décrire les personnages et retrouver ce rythme du §1. (du coup je me rends compte que les événements se sont trop accélérés au §2, ou qu'il n'y avait pas assez dedescriptions). J'attends la suite.

   Tchollos   
6/5/2007
Chaque début de prosopée, c'est vraiment un régal. Je ne vais pas te dire ce que j'en pense à chaque fois, tu le sais déjà. Je te trouve très habile et talentueux. Tu es habité par ton histoire et cela se sent. On ne peut qu'être emporté. Pour l'harmonie, la cohérence, la beauté générale, je te donnerais un bon 17 en priant fébrilement pour que la suite soit aussi intéressante. Sur la forme, ce n'est pas parfait (ça ne peut jamais l'être ;) ). Cela manque parfois (rarement) de fluidité. Je bute sur une tournure de temps en temps. Tout est toujours perfectible, c'est normal...Bonne continuation...Attention, tu as des lecteurs maintenant, ne les déçoit pas (héhé).

   Maëlle   
19/5/2007
De plus en plus prenant (et du coup plus dur à suivre, forcement). Un petit "tiens tiens, la fiction est toujours en prise avec le réel".

Je me demande si on entendra certaines voix plusieurs fois (maintenant que la lame à un nom...).
Le Monsieur le tenniver m'a fait bizarre. Pour moi, Teniver, c'était un titre. Me serait-je trompée?

   Togna   
2/6/2007
Bravo ! L'intrigue se dévoile peu à peu tout en préservant le suspens. il faudra le tenir, c'est souvent le plus difficile. Pour la forme et le style, je n'ai rien à ajouter aux commentaires précédents.
Persévère, tu peux sortir un roman digne d'un maître français du genre. (as-tu lu "La Moïra" de Henry loevenbruck ?) Mais pour cela, il faudra que tu te relises encore et encore.

   David   
22/11/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Oxoyoz,

J'ai eu une incompréhension là :

"Il n’emmène plus de vie quand il vient."

C'est le sixième paragraphe de la prosopopée 7

Les personnalités des accessoires sont assez fortes encore ici, d'autres m'ont semblé plus aigus auparavant, mais il y a toujours une narration qui me plait beaucoup, par exemple :

"Sa mère me lisait tous les soirs, jusqu'à ce que la maladie l’emporte. La maladie c’est Lolie, la petite sœur de Liänne, qui en a hérité."


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