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Humour/Détente
Pattie : Maîtresse d'école (2) - La classe de neige
 Publié le 01/01/09  -  19 commentaires  -  21617 caractères  -  694 lectures    Autres textes du même auteur

Mes aventures de Moi au Joyeux Pays du Métier d'Instit.


Maîtresse d'école (2) - La classe de neige


Être instit, c’est faire une multitude de choses assez différentes, si possible en même temps. Comme dans la plupart des boulots, quoi ? Voilà. Je vais vous raconter quelques petites histoires, parce que ça a beau être fréquent, moi, ça m’épate encore. Elles seront vraies à 99 %. Avec le un pour cent, j’enjolive et je personnalise, ce qui peut donner l’impression qu’il n’y a que moi qui bosse. Alors qu’en fait je suis la contemplative, celle à qui il faut donner des consignes précises pour qu’elle se plante pas trop.


Je continue mes aventures avec une classe découverte à dominante ski. J’avais commencé par dire non : beurk la neige ! beurk le ski ! Mais le directeur et le collègue avec qui je partais ont réussi à me convaincre : au mieux, il n’y aura pas de neige (mi-décembre) et on fera plein d’autres choses intéressantes. Au pire, il aura neigé et je pourrai bouquiner au café, en buvant du chocolat chaud pendant que les moniteurs ESF prendront les enfants en charge. J’ai dit « Mouais »...

Un mois avant le départ, j’ai perdu ma grand-mère, et je n’étais pas encore remise. Mais c’était trop tard pour reculer : il faut trois mois pour monter un dossier.



Bilan de la classe de neige :

On compte :

- 39 survivants de 7 à 10 ans

- 2 instits dans un état critique

- des milliers de bonnets, gants, chaussures, pulls, culottes, blousons, combinaisons de ski, traumatisés par l’abandon

- 1 angine impatiente de passer de gorge en gorge

- 1 paire de lunettes de vue dont la disparition ne fut pleurée ni par le propriétaire ni par ses parents : personne ne les a réclamées


Jamais plus je ne retournerai en classe de neige !



Déjà, je me lève une heure trop tôt sans faire exprès et j’attends sur un banc de l’école, dans la nuit et le froid du matin. Moi qui ne suis pas du matin... J’aurais dû y voir un signe et rentrer chez moi, faire téléphoner par le chat que j’étais malade.


Lorsque nous arrivons au Centre d'hébergement, il pleut. C’est pas grave, allez, ça s’arrêtera bien un jour. On en a cinq pour profiter de la montagne.


Découverte du dortoir : zut. Ce n’est pas celui où les accompagnateurs ont des chambres individuelles. C’est celui où on les entasse dans la même pièce. J'ai donc dormi avec les mamans accompagnatrices : impossible d'avoir une vraie minute de solitude en cinq jours.



L'après-midi de notre arrivée, nous allons skier. Il a neigé sans cesse, et pas qu'un peu ! Les mamans sont au café, le collègue sur les pistes et moi, avant de bouquiner au chaud, j'accompagne Marie qui est perdue. Les moniteurs de l'ESF ont donné les consignes, mais elle n'a pas écouté, trop embarrassée par les skis, les chaussures de ski, la combi, la neige...


Marie est née prématurément. Elle est plus petite que la normale (à 7 ans, elle semble en avoir 4). Elle a subi beaucoup d’opérations, d’examens, de piqûres pour grandir. Elle dort en faisant des cauchemars agités et bruyants. Mais elle a un magnifique sourire, tout le temps, même quand ça ne va pas, et une pêche d'enfer qu'elle doit en grande partie à sa mère.


Donc je marche dans la neige, avec dans une main les skis de la petite et dans l’autre Marie, trébuchant dans ses chaussures. Nous trouvons son groupe, et avant de partir rejoindre les mamans au café, je me régale du début de la leçon des petits de 7-8 ans, tout souriants malgré la neige. Ils tombent comme des dominos ! Je me marre. J'aide la monitrice à les relever. Elle leur explique la technique : super ! ça marche !


Sauf pour Marie. Les bras trop courts, engoncée dans la combinaison de ski, elle n'y arrive pas. Pas grave, la monitrice la relève. Elle retombe. La monitrice la re-relève. Je me dis qu’elle ne va faire que ça, et les autres n'auront pas la leçon... Au revoir café chaud, bonjour conscience professionnelle, je reste et je relève Marie. La neige continue de tomber elle aussi. Marie fatigue, mais elle garde le sourire, courageusement. Je plaisante avec elle, et hop, ça repart !


Je porte un jean, un pull, un vieux manteau pas imperméable (mais je ne l’ai appris que ce jour-là) et des chaussures de sport (vous avez vu le prix des chaussures de neige ?). Au bout d'une heure, je suis trempée de la tête aux pieds. J'en ai ras le bol, du froid, de la neige, du brouillard, du manque de lumière, de Marie qu'il faut relever, encourager... La classe de neige, c'est l'enfer !


Encore un quart d'heure. Marie en a marre, elle me le confie en souriant toujours, mais les larmes aux yeux. Ok, c'est bon ! Je lui enlève ses skis, un petit signe à la monitrice, et zou, on s'en va !


Marie, épuisée, tombe tous les deux pas. Impossible de la porter, elle est trop lourde. Et puis je ne suis pas grande, je m’enfonce déjà assez toute seule, empêtrée avec ses skis. J'ai les mains glacées (j’ai prêté mes gants à un élève. Je ne les ai jamais récupérés, mais c’est pas grave : je l’ai vu s’en servir pour essuyer son nez qui coulait). J’ai les pieds gelés, mouillés, les épaules engourdies, dégoulinantes, et il neige, et il neige. Ma capuche me gêne pour y voir, mais mes cheveux sont mouillés et le vent est glacé, donc je la garde. On se croirait dans « La ruée vers l’or », il ne manque que l’ours !


Enfin, on arrive en bas des pistes. Je m'apprête à emmener Marie au chaud, mais les autres arrivent : la leçon est écourtée parce qu’il neige trop. Ils en ont marre, ils veulent aller aux toilettes, la moitié pleurent de froid et de fatigue - c'est affreux, ça, de voir des enfants pleurer de froid. Je les aide à déchausser leurs skis, je n'arrive plus à leur remonter le moral, j'ai envie de tous les planter là. Mon collègue arrive avec le groupe de skieurs expérimentés. Je lui colle Marie dans les pattes et je pars devant, avec ceux qui sont prêts.


Devant, oui... mais dans quelle direction ? Je suis perdue, je ne sais pas où est le parking. J'envisage de m'asseoir là, dans la neige, et de pleurer - mais je tiens encore un peu le coup. Deux de mes élèves dotés du sens de l’orientation prennent les choses en main et nous guident vers le car.


Le chauffeur m'aide à défaire les chaussures de ski des enfants - quelle galère, ces attaches ! Je pars de l'autre côté du car pour ranger les skis dans les soutes. Je me cogne deux fois la tête au montant (je n’y vois rien avec ma capuche), et là, je craque ! Je me mets à pleurer, pas moyen d'arrêter. Les gamins sont de l'autre côté, ils ne me voient pas, ouf ! Je me reprends, je respire bien profondément et je mets les skis dans la soute, re-boum contre le montant - ok, c'est bon, j'abandonne, je décide de rentrer chez moi à pied, toute seule, en abandonnant tout là.

Mais avant, je m'allume une cigarette !


Après la cigarette, ça va mieux. Le collègue arrive avec le reste du groupe - on ne sait même pas si on a tout le monde. On finit de mettre les skis dans la soute (boum le montant, grrr), des milliers de skis. Le directeur du Centre d'hébergement arrive en voiture et il remotive tout le monde :


- Allez, les gamins ont froid, on assure, on se dépêche !


Les plus débrouillards sont dans le car où un animateur leur distribue du chocolat chaud. Les moins débrouillards sont dehors en chaussettes, à essayer d'enfiler leurs après-skis qui se remplissent de neige. Certains sont encore en chaussures de ski (putain de fermeture à la con !), y a des gants partout par terre... On enfourne tout dans la soute et on fait monter les gamins qui restent, même celle qui n’a qu’une basket, tant pis, même celui qui est en chaussettes, les chaussures doivent être au fond de la soute ou sous la neige, on s'en fiche, allez, zou, tout le monde au chaud !


Je m'affale sur mon siège, j'enlève mon manteau mouillé et mon écharpe dégoulinante, mes cheveux sont glacés, mon pull et mon tee-shirt trempés. On a recompté les élèves, il n'en manque pas, on peut rentrer.


Le car a mis les chaînes, bien sûr, et on descend à deux à l'heure de la station. Une des chaînes fait un bruit d'enfer, CLAC CLAC CLAC. Évidemment, je suis juste au-dessus de cette roue-là.


Et paf : la roue avant droite se coince dans une congère. Le chauffeur allume les lumières et demande aux enfants de se mettre au fond. Marie éclate en sanglots. Je la prends sur mes genoux, je retrouve un peu d'énergie pour la rassurer, engueuler mes grands qui hurlent qu'on va tous mourir, écroulés de rire.


Un garçon m'appelle poliment, avec une toute petite voix fatiguée. C'est un CE1. Il me montre sa chaussure :


- Madame... c'est pas la mienne...


Là, j'éclate de rire ! Ça me réchauffe un peu (pas beaucoup). Je réponds que c'est pas grave, qu’au moins il n’est pas pieds nus, et qu’on retrouvera sa chaussure tout à l'heure, au Centre, qu'elle est forcément dans la soute. Et je me dis qu'aussi bien, elle est dehors, sous la neige, qu'on la retrouvera au printemps, et je rigole encore. L'hystérie me guette ; tant pis, ça tient plus chaud que la dépression !


À notre arrivée au Centre, il pleut. Les enfants rêvent d'une douche chaude, mais il faut manger avant. D'ailleurs, tout le monde est affamé : cantine !


D'abord, on met les chaussures et les anoraks à sécher dans la chaufferie. L’adjointe du Centre vient me dire que le directeur de l'école a téléphoné trois fois, qu'il s'inquiète, qu'il faut le rappeler. Je l'écoute, hagarde, les dents serrées pour pas qu’elles claquent. Elle s’arrête, me regarde et ordonne :


- Je m'en occupe avec ton collègue, va te sécher, tu as les lèvres bleues !


Mais je n'ai pas d'autre manteau. Ma tante habite dans la ville du Centre d’hébergement. Je lui téléphone. Mon portable s'éteint. Je le rallume, j’explique le problème à ma tante. Il s’éteint à nouveau. Je recommence à pleurer. Évidemment, une maman entre dans la chambre à ce moment-là. Je m’enfuis à la salle de bains avec mon chargeur. Ma tante me dit que tout est prêt, son mari va venir, le temps de se rhabiller et de sortir la voiture du garage.

Parfois, le bonheur tient à un vieil anorak, à deux gants trop grands, et à un passe-montagne hideux - mais sec !


Enfin, la journée est terminée ! Je vais aller manger, ça va me réchauffer !


Tu parles ! Je n’ai pas le temps d’arriver à la cantine que le problème suivant se présente. Cette fois, c’est l'infirmière qui doit faire la piqûre du soir de Marie. Son instit ne peut pas y aller : c'est un homme. Donc j'y vais, sniffant au passage l’odeur de la soupe chaude.

Et ça continue... L'infirmière n'a pas l'ordonnance. C’est nous qui devions l’apporter. Je cherche partout : rien. Et personne ne connaît le numéro de téléphone des parents : le registre des CE1 et CE2 est resté à l’école. L'infirmière, dédaigneuse, affirme qu’il est impossible que la maman si parfaite de Marie l’ait oubliée, que je l'ai donc forcément perdue. Je ne lui casse pas la figure, d’abord parce que c’est pas mon genre, et surtout parce que Marie est là, à attendre de savoir à quelle sauce on va la manger, toujours avec le sourire.


J'appelle le directeur de l'école chez lui.


- Ah ben quand même ! Je m'inquiétais !


Et il commence à raconter. Je lui coupe la parole, je lui dis qu'on vient d'arriver, que je m'en fiche que dix parents lui aient téléphoné pour dire que le code de la ligne d'informations aux parents ne marchait pas, que non le collègue n'a pas encore enregistré le message, qu'il a eu autre chose à faire, que non il ne va pas s’en charger tout de suite, qu'il mange, et je lui demande s'il peut me trouver le numéro de téléphone de Marie dans l'annuaire, parce que moi, je n’ai pas mangé. Il me dit qu'il l'a sur l'ordi, avec toutes les données des élèves. Il va dans la rubrique adéquate, et là, paf, ça plante ! Il commence à essayer de déplanter, mais quelque chose dans le ton de ma voix lui fait comprendre que ça peut attendre. Il prend ce bon vieil annuaire préhistorique en papier et il me demande si le père de Marie s'appelle Paul ou Jean. Je demande à Marie. Son papa s'appelle Jean-Pierre. Restons zen... Le directeur dit qu'il va chercher ailleurs, que je le rappelle dans cinq minutes.


L'adjointe du directeur du Centre me propose le Minitel (si si, ça existe encore). Et là, miracle : on trouve ! Pendant ce temps, j’entends dans l’autre pièce les réflexions de l'autre CONNE d'infirmière qui me demande si je suis bien sûre de ne pas avoir perdu un sac de Marie, de ne pas avoir mélangé avec l'ordonnance d'une autre gamine ou... Elle dit quand même un truc intelligent : on devrait donner à manger à Marie, parce qu'il est déjà 21 h. L'adjointe du directeur va lui chercher une compote.


Ça sonne occupé chez la maman de Marie (le directeur appelait...). J'attends que le double appel soit signalé, mais l'autre ligne sonne. Je suis seule dans le bureau, alors je décroche - un combiné sur chaque oreille. C'est un électricien qui me demande de dire à M. Giraudoux qu'il passera demain. Je note le message, tout en lui expliquant que je ne sais pas qui est M. Giraudoux, que je suis instit, par hasard dans ce bureau. Il me demande s'il est bien je ne sais plus où - mais pas le nom du Centre ! Je réponds que non. Il s'excuse et commence à me raconter qu'il a eu une journée pleine de galères, aujourd'hui. J’ai envie de rire - l’hystérie revient ! Je raccroche les téléphones, et j’arrive enfin à avoir la maman de Marie, qui m'explique que l'ordonnance est dans une chemise noire, au fond de la valise, sous les vêtements, dans la double poche, celle qu'on ne voit que si on sait qu'elle est là.


Je refais le chemin vers le bâtiment, il pleut toujours ; je fouille, et ouf ! tout est là. Je reviens vers le bureau, en maudissant la maman qui n'avait pas donné l’ordonnance en main propre aux enseignants, comme il avait été dit et répété. Elle l’avait cachée et avait compté sur la mémoire de sa fille de 7 ans...

Cette CONNE d'infirmière jubile.


- Je savais bien que c'était forcément vous qui l'aviez perdue ! Cette maman est trop parfaite pour l'avoir oubliée !


Ok, c'est bon, je vais l'étrangler, ça va me faire du bien...


* * * * *


Jeudi soir, cette CONNE d'infirmière a tordu l'aiguille. Ce sont des aiguilles à insuline, très fines. Et Marie a dit :


- Ah, c'est tordu, il faut changer !


L'infirmière a répondu :


- Mais non, mais non, tu vas voir, je vais la détordre !


Et elle détord avec le capuchon de l'aiguille. Marie regarde, pleine d’appréhension :


- C'est encore tordu, ça fait mal, quand c'est tordu.


J'interviens : ça rassurerait Marie qu'elle change d'aiguille. Elle dit que non, pas la peine, qu'elle sait piquer avec des aiguilles tordues sans faire mal, en piquant dans le sens de la torsion. Je me tais - après tout, c'est son boulot. Elle pique, Marie gémit et murmure en grimaçant que « bien sûr, avec une aiguille tordue, ça fait mal ». J'en étais malade. Marie se retenait de se tortiller tout le long de la piqûre, et je ne pouvais même pas frapper l'infirmière, ça aurait fait mal à la petite.


* * * * *


Marie et moi, on va manger. Il n’y a plus personne, c’est l’adjointe du directeur qui garde les lieux. Il est 21 h 30. Je m'assois, enfin ! Marie me sourit, on est au chaud, la vie est belle !


Elle attrape son bol de soupe et vlan ! Elle en renverse la moitié dans le plateau. Son sourire disparaît. Je rigole, et je lui dis que c'est pas grave. Je vais chercher des éponges. Marie me sourit et m’avoue qu’elle n’aime pas la soupe.


Avant d'aller m'écrouler sur le lit, j'ai un sursaut de conscience professionnelle, et je vais voir comment vont les filles dans les chambres.


Du bazar partout, les valises éventrées, la salle de bain jonchée de vêtements, et les trois mamans un peu dépassées par les évènements. Elles ramassent tout et passent de chambre en chambre en entonnant la chanson la plus populaire de toutes colos : « À qui c'eeeeest ? » Et les filles reprennent en chœur le premier couplet : « Pas à moiiiiiiiiii ! ». Savez-vous que certains vêtements apparaissent mystérieusement dans les dortoirs ? Ils ne sont à personne, on ne sait pas comment ils sont arrivés là, et même au retour, aucun parent ne les récupère.


Réchauffée, séchée, rassurée sur le compte des filles, je sors du dortoir pour aller voir mes petits hommes, au premier étage. Le collègue me coince dans le couloir. Tant qu'à être bloquée, autant fumer, donc je sors, et il est obligé de me suivre. Il explique qu'il a appelé le directeur, à qui les parents affolés ont téléphoné toute la soirée : un des enfants a eu ses parents depuis la cabine du Centre et a raconté que le car était tombé dans le fossé. Bien sûr, ça a déjà fait le tour du village. Argh ! les fossés de la montagne, ça s’appelle des falaises ! Tu m’étonnes que les parents soient sur les dents ! Il continue les mauvaises nouvelles : le code donné par la ligne d’info ne fonctionne pas. Il est découragé aussi, et nous convenons qu'en fait, on se fiche complètement de l'inquiétude des parents, qu'ils n'ont qu'à saturer la ligne du directeur de l'école si ça leur fait plaisir, ou se dire que s'il y avait eu un problème, on les aurait prévenus. Zut ! on verra tout ça demain ! On est allé éteindre les lumières, calmer tout le monde, et zou ! Au lit !



Les autres jours, ce fut plus calme, émaillé toutefois de petites galères. Par exemple, la nuit, on était réveillées plusieurs fois.


Julie, 10 ans, vient me dire que Marie crie. Je me lève, elle ne crie plus. J'explique à Julie ce que la maman de Marie m'a dit : que ce sont des cauchemars, rien de grave, et que quand ça se produit, sa sœur allume la lumière, et attend que ça passe, qu'on peut aussi lui parler doucement pour la calmer. Et que si vraiment ça se passe mal, elle peut m'appeler. Julie a géré - heureusement, parce que si je n'avais pas pu dormir, je n'aurais pas tenu les cinq jours !

Sauf le dernier soir. Julie a tellement dansé à la boum d’au revoir qu'elle dort profondément. Alors Corinne vient me chercher. Marie est dans son lit, toute de travers, et elle gémit fort en tenant sa tête entre ses mains et en la secouant de gauche à droite, battant les couvertures avec ses pieds. Comme sa mère a décrit : angoissant.


Pauline, 8 ans, a mal au ventre toutes les nuits (jamais le matin), se découvre et ne sait pas se recouvrir... En fait, elle veut de l’attention, mais la nuit faut dormir ! (Surtout moi !) Les mamans se lèvent pour l’endormir. Et puis une nuit, elle débarque trois fois. Je finis par la gronder, et le mal au ventre disparaît, non mais !


Laurie, 9 ans, a mal à la gorge tous les soirs - comme par hasard quand on dit que le lendemain on ira peut-être skier (mais la neige a empiré, on ne pourra y aller que le dernier jour). Une nuit, elle vient me réveiller. À moitié endormie, je cherche sur la notice si je ne peux pas lui donner un demi-cachet contre le mal des transports (un placebo, quoi !), mais il y a de la caféine et des effets secondaires, donc pas question. Alors je mets en place un remède bidon perso. Je fais couler de l'eau un peu chaude et je lui dis d'en boire deux gorgées (ça marche mieux avec des posologies), pour adoucir sa gorge. Je lui donne solennellement un paquet de mes mouchoirs en papier, des Kleenex Balsam, en lui expliquant que balsam, ça veut dire baume, et que baume ça veut dire crème, et que ça va aider son nez à ne plus piquer. Enfin, je lui dis de porter son bonnet pour dormir, pour garder toute la chaleur dans sa tête et aider son cerveau à donner les ordres nécessaires pour guérir son corps. Ah ! et ne pas oublier de manger des bonbons au miel, pour la gorge. Le lendemain, au petit-déj’, elle arrive, sautillante :


- Maîtresse ! Je suis guérie ! J'ai même plus mal à la gorge ! Vous devriez être docteur !


Damien, 7 ans, a une angine le dernier soir. On appelle le médecin parce qu’il est tout fiévreux. Le lendemain, malgré notre interdiction, il se glisse dans le car pour aller skier avec les autres. Comme le compte est bon, on ne remarque rien avant l’arrivée. Alors il passe la matinée avec moi, au café, près du poêle. Je lui paie un magazine et un chocolat chaud, ça atténue ses regrets de ne pas pouvoir skier avec les copains.


Mercredi, rien ne tombe pendant deux heures. Ni neige, ni pluie, ni grésil : rien. Deux heures de bonheur ! Les gamins font les fous dans la neige et je les prends en photos depuis le bord, parce que j'ai toujours mes baskets poreux. Un chouette souvenir !


Les mamans n'arrivent pas à les laisser se débrouiller. Donc elles ramassent, rangent, cherchent les propriétaires. Un jour, elles ramassent un blouson qui n'est à personne, comme tous les blousons. Elles le mettent à sécher sur un radiateur. Le chauffeur du bus vient le récupérer un peu plus tard, dans le dortoir des filles !


Les classes de neige, c’est terminé pour moi ! Il fait trop froid, trop humide, il y a trop de choses à gérer. Un gamin, ça fait un bonnet, deux gants, une combinaison de ski, un anorak, deux chaussures de neige, deux chaussures normales, deux pantoufles, un pyjama, une serviette, un gant, une trousse de toilette, deux ou trois pantalons, deux ou trois pulls, cinq sous-vêtements, sans compter les lunettes, le doudou, les médicaments, etc.


39 gamins, ça fait 39 fois plus de tout ça !

Fi-ni !



Et voilà : une classe découverte comme les autres, au Joyeux Pays du Métier d'Instit ! C’est aussi ça, instit : on bosse comme une folle pour réussir un concours, et on finit surgelée dans le blizzard avec des dizaines d’enfants accrochés à un manteau pas imperméable.



 
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   Anonyme   
1/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Savoureux et combien vrai.
Et dire que pour certains parents, quand les instits partent en classe de neige, c'est pour s'offrir un petit rab de vacances.
Sincèrement, il faut être singulièrement masochiste pour se lancer dans une telle entreprise. Comme d'ailleurs pour veiller au bon fonctionnement d'une Centrale de correction.
A présent on comprend tout...
Bonne année Pattie et merci de nous avoir fait rire à tes dépens.
N'est-ce pas là le véritable humour?

   Anonyme   
2/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah oui, le compte est bon, un gamin ça fait pleins de choses à gérer. J'espère que tu n'as pas fait mal au montant de la soute du car.

Moi ça m'a rapellé les camps à l'époque assez folle où j'étais animateur, les sacs d'objets trouvés mais sans doute pas perdus, puisque jamais réclamés...

Savoureux contact avec la neige...

Bon je vais aller lire le prmier opus un de ces quattre... (^I^)

   Anonyme   
2/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Carnet de bord pour 5 jours à la neige. Un récit drôle et visuel assorti d'une écriture précise, rythmée par un leitmotiv qui pourrait être "rien de grave". Les "mini" font du ski (l'instit aussi !)

Une histoire qui détend et qui montre encore une fois que les petits moments de réalité font de bons textes.

   widjet   
3/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Pattie se lâche un peu plus ! J'attends encore THE pétage de plomb, mais bon c'est quand même assez savoureux (visuellement c'est plutot réussi aussi!) et surtout ça rend bien à l'écrit ce qui n'est pas forcément évident !
Retranscrire ses souvenirs en y restant fidèle est un exercice des plus difficiles. De plus, le style est plus percutant.

J'ai passé un bon moment (j'aime assez la phrase de fin...."on bosse comme une folle...etc..." qui clôt chacune des histoires notre chère instit)

Widjet

   Anonyme   
3/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Que de mauvais souvenirs tu viens de déterrer. Enfin, bon prince, je te pardonne car ta narration n'a pas manqué de me faire sourire.
Tu n'as pas mangé de souliers au moins tel ce pauvre Charlot.
Je propose qu'un auteur qui nous rejoindrait sur ce forum prenne pour signature : "Parfois le bonheur tient à un passe-montagne hideux"
Pourquoi pas ?
Agréable moment de lecture.

   Leo   
3/1/2009
On retrouve cet humour acerbe si particulier que l'auteur sait si bien distiller, mais il est un peu retenu, comme s'il hésitait à s'extérioriser. Par pudeur, je pense, car on sent tout de même la passion pour ce métier, et pour ces enfants qui, d'un sourire, font revenir le soleil dans les yeux, sous les capuches pas imperméables... Et c'est cette passion tangible qui est finalement l'aspect le plus intéressant : on se demande, à partir du troisième paragraphe, quand elle va craquer, cette instit perdue dans les neiges hostile !

   Anonyme   
5/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Alors là, j'ai été cueilli par l'authenticité de ce texte, tout sonne vrai pour le coup,et c'est presque aussi vivifiant que le vent glacial de cette classe de neige ^^,
bon je dois avouer Pattie que je te découvre un peu en tant qu'auteur, mais franchement je suis très agréablement surprise... j'ai beaucoup aimé le ton, râleur, mais résolument bienveillant dans le fond, et c'est ce que j'ai retenu... autrement beaucoup de phrases m'ont fait rire ou sourire, j'adore particulièrement : "j'envisage de m'assoir là et de pleurer" ou "le bonheur tient à un vieil anorak, à deux gants trop grands et à un passe montagne hideux" ou alors "OK c'est bon, je vais l'étrangler, ça va me faire du bien"
Bref tu tiens quelque chose d'assez personnel dans l'esprit je trouve, et puis tu nous fais entrer dans la peau de la mouche que tout ceux qui ont laissés partir leurs enfants en classe de neige ont rêvés d'être !!
Merci quoi !

   Maëlle   
5/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Tout le texte tiens sur ce le côté effectivement vécu (et en tant qu'ex-animatrice et jeune skieuse pas très douée je les sens bien, les moments vécu). Comme Léo, je sens un peu de retenue dans le texte, d'où le tout petit moins.

   Menvussa   
8/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai relevé une erreur... sacrée instit...
" 39 gamins, ça fait 39 fois plus de tout ça ! "38 fois plus c'est suffisant.

Mais à part ce petit détail sans importance, je me suis régalé. on dirait du "Petit Nicols" pas le Sarko le Goscinny...

Énormément d'humour... glacial bien entendu. Ce genre de sortie, je connais un peu, j'ai donné, ça laisse de bons souvenirs.

J'ai trouvé ce texte encore meilleure que la soirée crêpe et pourtant...

   dekado   
8/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Pourquoi se casser les pieds à inventer des scénaris compliqués pour les films "Survivor"... Non ! il suffit de prendre une tranche de vie d'une instit, tout ce qu'il y a de plus normale, et d'en faire une nouvelle. Et c'est beaucoup plus doux que "Rambo", car l'Instit n'est pas obligée de recoudre elle même ses plaies avec du fil à pêche.
C'est la première nouvelle que j'ai lue en arrivant sur Oniris, et je l'ai adorée. L'humour désabusé, l'autodérision, la vision très lucide sur les gosses et les parents... et surtout le joli portrait de Marie que vous nous faites aimer à travers vos phrases, font que cette tranche de vie est délicieuse.

   Flupke   
14/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Amusant malgré les moments de tristesse évoquées. Merci de nous avoir fait partager cette expérience. Et ce coquin de Widjet qui souhaite un autre texte avec ZE pétage de plomb. Ca ne serait pas politiquement correct de renchérir (même si ça me fait baver un peu, moi aussi).

   calouet   
14/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cet opus est beaucoup plus touchant que le précédent. La petite Marie n'y est pas pour rien évidemment, d'autant qu'elle est un quasi-fil rouge dans ce récit. La narratrice nous la joue un peu à la Gérard Jugnot dans "Scout toujours", à la fois râleuse et attendrissante, et la sauce prend comme par enchantement. Ce n'est qu'après ma lecture que j'ai vu la longueur du texte : habituellement, c'est assez chiant pour moi de lire si long à l'écran. Là c'est passé tout seul, avec un vrai plaisir, de bout en bout.

Je ne répète pas ce que j'ai déjà dit, sur la difficulté de rendre un tel docu sans être saoulant...

Merci pour ces deux lectures. Y en aura d'autres?

   NICOLE   
18/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une tranche de vie, comme je les aime : vraie et sans exagération. Tout sonne juste, avec l'auto-dérision en prime.
J'ai repensé aux quelques fois où je me suis laissé convaincre d'accompagner une sortie scolaire.

   Anonyme   
19/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai préféré cet opus au précédent, plus vivant, encore plus drôle... enfin sans offense à la pauvre instit, pour qui je compatis mais qui a bien du se marrer aussi!

J'ai adoré la petite cerise sur le gâteau quand le mec qui s'est trompé de numéro commence à lui raconter sa vie...

Bref, le prochain c'est pour quand? Je suis sûre que les exams, les visites du salon de l'agriculture (moi je me suis paumée tiens...), les soirs réunion de parents d'élèves doivent valoir leur pesant de moufles et autres anoraks (im)perméables...

Merci Pattie...

   jaimme   
7/8/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Allez, franchement, j'ai bien ri à certains moments... mais ça doit faire mal! Le meilleur passage (le pire pour l'instit ?) est le coup de téléphone du gamin à ses parents pour leur dire que le car est tombé dans le ravin!!! L'aiguille tordue était un moment savoureux (mais certainement douloureux)!

Si j'avais un bémol (mais je pense que l'objectif était "heurts et malheurs de l'instit dépassée), c'est cette tendresse attendue dans ce type de récit alors qu'on travaille avec des enfants et qui est par trop absente ici.
Un détail: les gamins se promènent avec leurs médicaments? Curieux.

   Pattie   
21/10/2009
Précision : Jaimme a raison : les parents doivent remettre les médicaments et l'ordonnance aux enseignants avant le départ. Mais si les parents faisaient ce que dit le règlement, ça se saurait...

   Anonyme   
11/1/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Pattie

Décidément, on trouve des trésors au fin fond des archives.
Votre épopée neigeuse m'a bien amusé. Vous y faites preuve d'un sens de l'humour du meilleur aloi.

Le style est vif, enjoué malgré (ou à cause de) de l'avalanche de déboires qui vous tombent sur le râble.

Je cite au hasard ce passage particulièrement savoureux.

"Jeudi soir, cette CONNE d'infirmière a tordu l'aiguille. Ce sont des aiguilles à insuline, très fines. Et Marie a dit :

- Ah, c'est tordu, il faut changer !

L'infirmière a répondu :

- Mais non, mais non, tu vas voir, je vais la détordre !

Et elle détord avec le capuchon de l'aiguille. Marie regarde, pleine d’appréhension :

- C'est encore tordu, ça fait mal, quand c'est tordu."

Tout le sel est dans "cette CONNE" . Une jolie pointe d'auto-dérision (au second degré)

Ou encore ce passage emblématique:

"Je porte un jean, un pull, un vieux manteau pas imperméable (mais je ne l’ai appris que ce jour-là) et des chaussures de sport (vous avez vu le prix des chaussures de neige ?). Au bout d'une heure, je suis trempée de la tête aux pieds. J'en ai ras le bol, du froid, de la neige, du brouillard, du manque de lumière, de Marie qu'il faut relever, encourager... La classe de neige, c'est l'enfer !"

Tout est dit.

Il est bien connu que ce qui fait rire ce sont les malheurs des autres.
Merci Pattie, de nous avoir fait rire des vôtres.

   Margone_Muse   
24/10/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bon, ni une ni deux, après le loto, j'ai eu envie de partir en classe de neige ^^
C'est dans la même veine que le premier texte mais j'ai encore plus rigoler.
C'est autobiographique alors c'est un peu particulier de commenter mais je trouve la conscience professionnelle de la narratrice très touchante. Le boulot est fait, malgré tout ce qui arrive, et les attentions aux enfants sont là. (Et je parle pas forcément que de la petite Marie.) Les petites et courtes crises de larmes jouent aussi dans ce sens.

L'humour est franchement délicieux et sans relever tout ce qui m'a plu, le passage où il y a les enfants débrouillards et les enfants moins débrouillards en chaussettes mouillées, par exemple, m'a presque refilé un fou-rire et je n'ai pas pu lire la suite tout de suite. C'est assez rare (dans mes lectures j'entends) pour le préciser. C'est piquant, acerbe même parfois mais au delà de la formulation, c'est aussi très visuel. Les scènes étaient sous mes yeux quand je lisais. Tiens, là comme ça, il y a le coup des dominos à la leçon de ski qui me revient. C'est excellent.

Voilà, je me suis encore bien marrée... Ca se lit comme ça, c'est vif et fluide, il y a de l'esprit... On en re-veut encore ^^
Et je me pose une seule question, c'est pourquoi on n'en a pas d'autres ? :)

Merci en tout cas,
Margone

   Ninjavert   
12/3/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Hop, deuxième tome de la saga de l'Instit :)

Je dois reconnaître que je suis un peu déçu, j'ai trouvé cet opus moins savoureux que le premier... Je ne sais pas exactement d'où ça vient...

Dans le Loto la scène s'inscrit dans une durée assez courte, et le déroulement de l'action est continu.
Ici, on retrouve des ruptures, des ellipses, et même si l'action est suffisamment simple pour ne pas s'y perdre, ça nuit un peu à l'homogénéité du truc (enfin c'est l'impression que ça m'a donné : un truc parfois un peu décousu).

Autre chose qui m'a un peu gêné, la différence des genres. Dans le premier on est clairement dans un registre exclusivement rigolo. Là, il y a des trucs marrants évidemment mais aussi beaucoup de passages plus sensibles (notamment les péripéties de la petite Marie, qui sont plus attendrissantes que drôles), ou encore les crises de larmes de notre chère Instit qui m'ont fait osciller tout du long entre deux humeurs sans que je parvienne réellement à trouver un équilibre.

Enfin, j'ai trouvé cet opus un peu moins épicé que le premier. La narratrice est moins cynique (au final à part quelques remarques comme celles sur les fringues à personne, ou la basket qu'on retrouvera au printemps, il y a moins de remarques mordantes [je ne compte pas celles sur la CONNE d'infirmière qui, si elles sont justifiées, ne sont pas sur le ton vitriolé de ce que j'avais trouvé particulièrement savoureux dans le Loto])...

En bref, j'ai passé un bon moment, l'horreur de la classe de neige est bien rendue (même si moi, de mon point de vue d'élève, je garde un excellent souvenir de mes classes de neiges :p), et le texte se veut après tout le récit d'un souvenir, avant d'être un truc particulièrement marrant.

C'est le problème des bons élèves au final : quand ils nous ont habitués à des trucs qu'on a adoré, on ne peut que dire "peut mieux faire" dès qu'on est un peu déçu :)


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