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Science-fiction
Pepito : Tirésias
 Publié le 11/04/22  -  11 commentaires  -  10524 caractères  -  106 lectures    Autres textes du même auteur

À bord du Thèbes, perdu au milieu du grand rien, poser le pied sur un papillon.


Tirésias


– Tu as vu ses yeux ?!

– Oui, crevés avant même son entrée dans le sas.

– On dit qu’il a voulu le faire lui-même.

– On dit tant de choses… Surtout maintenant que la colère submerge toute discussion, que la plupart d'entre nous ne pensent qu’à s’entretuer. N’y prête pas trop attention et raconte-moi plutôt ce que tu fabriques en habit de scène ?

– Ah, ça ? J’ai voulu conjurer le mauvais sort. Je me suis dit que si nous jouions quand même, pour l’un et l’autre camp, nous pourrions peut-être…

– Tu es incroyable. Comment peux-tu penser au théâtre alors que la moitié des habitants du vaisseau sont au bord de la mutinerie ?!

– Ce matin, très tôt, je me suis promenée dans la serre bâbord. Avant que la lumière des projecteurs ne les colore, juste en noir et blanc, j'ai trouvé les plantes magnifiques. Dans cet instant paisible cela m’a semblé une évidence, le jardin m’offrait ces fleurs pour en faire ma couronne de scène.

– Ce sont des vraies ?!… Je doute que le Maître de la serre apprécie, tu sais comme il est jaloux de son pré carré.

– Oh celui-là, quel que soit son camp, il a sûrement autre chose à faire que de surveiller ses plates-bandes.

– Donc, tu comprends bien qu’il n’est pas raisonnable de vouloir jouer en ce moment ?

– Peut-être, mais raisonnable ce n’est pas trop mon genre. N’oublie pas que je ne suis qu’une jeune fille irréfléchie, la petite effrontée, la vilaine gamine, l’entêtée toujours prête à… Hé, c’est quoi ces cris ?

– Je n’sais pas, ça vient du pont principal, regarde sur l’holo !

– Oh non, le grand hall est noir de monde !

– Là, juste en bas du carré ! Des gardes commencent à former un mur pour bloquer la foule. Un groupe de rebelles se dirige vers la salle de commandement !

– Mon frère doit être quelque part en bas, c’est sa première manif. Je dois aller le rejoindre…

– Que fais-tu ? Arrête, n’y va pas, c’est dangereux. Surtout pas habillée comme ça !

– Pas l’temps de me changer. On se retrouve plus tard, dès que tout sera terminé !

– Arrête, tu es folle ! Tu prends tout trop à cœur, Antigone n’est qu’un rôle !…


***


Un silence feutré règne dans la salle de commandement. Au travers de la gigantesque baie, le ciel a saupoudré ses étoiles jusque sur le poste de pilotage, où elles clignotent, voyants aux messages sibyllins.

Avachi sur le trône de manœuvres, les yeux perdus dans la nuée, le maître des lieux soliloque.


– Vois-tu, Tirésias, ce que j’aime dans les étoiles c’est leur indifférence. Elles se moquent du sort des hommes et nous regardent passer sans ciller. Elles n’ont pas plus d’attention pour nous, que… pour lui.


De la main il désigne, dérivant sur le ciel étoilé, le corps d’un homme sans scaphandre, les bras en croix, baignant dans le halo de ses fluides gelés. Malgré la distance, on ne peut ignorer le noir de ses orbites vides.


– Celui-là a voulu défier la loi de ce monde… Vois, Tirésias, vois ce qu’il m’a obligé à lui faire…


Comme aucune question ne lui est posée, Tirésias garde le silence.


– Je suis si las de cette tragédie, de cet éternel recommencement. Nos aïeux ont embarqué dans ce vaisseau-monde, croyant pouvoir recommencer une humanité à l’autre bout de la galaxie, mais le mal était dans leurs bagages. Il n’a pas fallu bien longtemps pour que, ici aussi, ils s’entretuent… Remarque, pour t’avoir donné ce nom d’un autre temps, les anciens devaient sûrement en être conscients… Après bien des combats, par un beau matin semblable aux précédents, moi qui rêvais de bien d’autres choses que d’être puissant, je me suis retrouvé maître après les dieux sur ce navire perdu…


Comme aucune question ne lui est posée, Tirésias reste muet.


– Bien sûr, si la fonction ne m’allait pas, j’aurais pu la refuser. Mais comme un artisan, que sa fierté retient d’abandonner la mauvaise part du travail à un apprenti, j’ai voulu assumer mon rôle. Ce dernier reste d’humains ne doit pas plonger dans la déchéance et perdre ce qu’il lui reste d’humanité. L’ordre doit régner sur ce vaisseau, les règles et les tabous doivent être respectés et ça, c’est mon labeur de tous les jours… Dans sa folie orgueilleuse, ce fou a décidé que lui pouvait aimer sa mère ! L’aimer au-delà des lois et surtout s’en vanter… Alors j’ai fait mon devoir et nous voilà maintenant, par la faute d’un jouisseur inconstant, avec une nouvelle révolte sur les bras.


Avec une moue dégoûtée, il détourne le regard de la baie étoilée.


– Oui, il fallait marquer les esprits. Alors, avant de le jeter dans le vide, j’ai serré sa tête entre mes mains, enfoncé mes pouces dans ses orbites et poussé jusqu’à ce que je sente ses globes oculaires céder sous la pression. Il beuglait encore le nom de sa mère quand le sas s’est ouvert ! Et crois-moi, à ce moment-là, il l’appelait « Maman »… Maintenant, pour que tous les idéalistes présents à bord de ce vaisseau n’oublient pas la raison de sa mort, il faut que ce cadavre tourne dans l’espace. Qu’il tourne longtemps encore… quoi qu’il en coûte. Cette tache sur le ciel, ce corps qui flotte dans le vide, au fond, ce n’est que du politique. Qui oserait imaginer que l’on puisse gouverner innocemment ? Et maintenant dis-moi, Tirésias, toi qui as déjà vu et revu maintes fois la scène qui se déroule sur le pont principal, quel est mon avenir ?


Un imperceptible temps d’arrêt et la voix métallique de Tirésias emplit le hall de commandement.


– Attention à ne pas me confondre avec un de ces oracles installés devant les antiques temples de la Terre. Une intelligence artificielle ne fait que des prévisions statistiques, elle n’énonce jamais de prophétie… D’après mes informations, les insoumis ne sont pas suffisamment armés pour battre votre garde prétorienne. D’autre part, beaucoup d’habitants du vaisseau sont indécis. En extrapolant à partir des révoltes passées, la probabilité de voir la manifestation dégénérer n’est que de 13,82 %. Veuillez noter que certains faits mineurs ne sont pas pris en compte.

– Hmmm, intéressant… Je vois que, même pour toi, dont la sagesse s’est affinée durant de longs siècles, il reste toujours une part d’imprévu… un de ces petits grains de sable prêts à bloquer les rouages du destin.

– Par définition, aucun calcul de probabilité n’est sûr à cent pour cent… Dans la situation actuelle, la meilleure option pour calmer les esprits est de rapatrier le corps et de le composter dans la serre. Comme le veut la coutume.

– L’enterrer dis-tu ?! Tu veux donc l’honorer ?! Est-il possible que, toi aussi, tu veuilles contrecarrer mon pouvoir ?

– Prendre un quelconque parti est une déraison typiquement humaine. Le rôle que m’ont assigné mes créateurs est de servir celui qui est assis dans ce siège et je ne peux m’y dérober.

– Si tu le dis… Allez, je suis las de voir celui-là tournicoter sous mes yeux. Enlève donc ce ciel de la baie et montre-moi des images du pont central.


***


La foule s’est calmée. Des cris et hurlements résonnant dans le hall immense, il ne reste plus que brouhaha sourd et raclements de pieds. Même les derniers rangs sentent qu’il se passe quelque chose, que l’instant est solennel. Poumons vidés, souffles retenus, les lignes serrées des révoltés s’espacent. Éponge humaine se gorgeant d’espoir.


Se détachant du premier rang elle s’avance, vestale improbable, face au rang serré de boucliers noirs. À croire que cette jeune fille a compilé tout ce que la littérature compte d’illustrations de vierges immaculées. Longue robe blanche vaporeuse, chevelure bouclée descendant en cascade sur son dos et couronne de fleurs sur le front. Elle avance à pas lents, mains légèrement écartées du corps, paumes ouvertes vers l’avant, offrant sa poitrine de femme-enfant.

Face à elle, impressionnante par son uniformité, sa couleur et sa rectitude, la ligne des gardiens. Pas l’ombre d’un mouvement, les visières baissées renvoient en multitude l’éclat du soleil artificiel. Mise en scène éprouvée, distiller la crainte par l’immobilité et le silence. Par les canons de fusils, aussi, dépassant à intervalles entre les scutums sombres et lisses.


Elle s’approche d’une de ces bouches à feu, ignorant la menace tapie dans son ombre noire et profonde. De sa couronne, elle détache une fleur des champs et, avec une grâce infantile, en plonge la tige dans le canon. La marguerite accroche les rayons de lumière, fleur d’artifice sur fond de nuit sécuritaire.


Lentement elle ramène le bras le long de son corps, fait un pas en arrière, sans que rien en face d’elle ne bouge. La foule, pétrifiée, admire son courage. Les secondes s’écoulent, imperceptiblement les poitrines se remplissent, oxygène et soulagement confondus.

Dans la fumée âcre, des pétales blancs s’envolent et tourbillonnent. Un sursaut secoue la place, tandis qu’une détonation sèche claque dans le silence. En un instant la foule n’est plus que cris, stupeur et rage mélangées.


Très vite la rage l’emporte, gonfle en vague de violence. Une barrière s’envole, retombe sur le premier rang de gardes, en rompt l’alignement. Hasard ou justice divine, le gardien au tir précoce est atteint de plein fouet. Il tombe en arrière, lâche son fusil pour serrer son cou à deux mains. Un pied de la barrière, passant entre la mentonnière du casque et le plastron, vient de percer sa gorge d’un trou bien rond.


La riposte arrive aussitôt sous forme d’une charge de boucliers hérissés de matraques agitées. Les hurlements – colère, souffrance – couvrent le bruit des tonfas sur les corps, des armes improvisées sur les casques brillants. Mêlée sauvage où la frayeur et le désespoir se fracassent sur la rigidité et l’endoctrinement.

À quatre pattes, les premières victimes tentent de fuir et laissent sur les banderoles jonchant le sol de vilaines traces écarlates. D’autres, moins chanceux, ne se relèveront plus. Pourtant l’issue de la lutte est déjà engagée. À grands coups de hache, des premiers révoltés s’attaquent à la porte du poste de commandement.


Recouverte par la marée humaine, la vestale blanche est piétinée. Autant par des rangers noirs et luisants que par des sandales au tissu usé. Cela n’a de toute façon plus d’importance, elle quitte déjà un monde trop vite traversé.


Son visage figé porte le masque de l’incompréhension. Pourquoi a-t-il tiré, lui, son frère adoré ?


Il est trop tard maintenant. Trop tard pour lui expliquer comment un pouvoir établi et puissant peut être renversé par le simple éternuement d’un homme allergique aux fleurs des champs.


 
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   cherbiacuespe   
27/3/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une histoire de révolution en trois tableaux. Les origines du départ de cette population sont évacuées et invite le lecteur à faire travailler son imagination. On ne s'étend pas plus concernant les ferments de cette révolution, car il est clair qu'il ne s'agit pas d'autre chose : un pouvoir absolu qui sera renversé.

le premier pose la personnalité d'une des deux protagonistes, celle qui va provoquer le changement.Brièvement présentée, on va à l'essentiel : un caractère imprévisible et têtu. Dans le deuxième, on s'arrête un peu plus précisément sur le deuxième acteur. On le comprend despote blasé, antipathique et sûr de sa position. La dernière révèle le rôle de déclencheur de la première personnalité qui n'en n'a pas forcément conscience.

Les acteurs, le déroulement, l'ambiance insurrectionnelle, la tension sont bien rendue. Ne pas s'attarder sur les raisons, la naissance des faits participe grandement à la clarté du récit, annihile l'importance (relative du coup) qu'elles pourraient avoir pour le lecteur. C'est bien vu, et bien réalisé ! Et grandement affermi par une écriture simplissime et efficace, sans artifice tapageur ni description technologique inutile. Je note justement le petit coup de canif s'agissant de la technique qui ne fait pas tout, et surtout pas le prévisionnel. Un bon texte.

   socque   
11/4/2022
 a aimé ce texte 
Bien
C'est la première fois me semble-t-il que j'identifie votre patte en Espace Lecture, Pepito. Grâce au thème sans doute, mais aussi par le ton d'ironie discrète, l'écriture assurée ; la fin, très bien à mon sens.
Mais pour l'histoire en elle-même, je suis moins convaincue. Je vois bien l'idée des travers éternels de l'humanité, jusque dans le fin fond de l'espace. L'humanité qui sait s'affranchir de la Terre mais pas de ses démons intérieurs, qui reproduit les malédictions de l'Antiquité. Soit, mais à mon sens la démonstration est trop appuyée. Et puis les Œdipe littéraux, faut pas charrier, ils se font rares de nos jours ! Les dirigeants qui mouillent la chemise jusqu'à crever eux-mêmes les yeux du fautif aussi. Je crois que ce qui m'ennuie c'est que vous ayez frontalement calqué une trame de tragédie antique sur un décor futuriste. Pour moi, cela ne fonctionne pas bien, cela manque d'élégance ; pour donner un simple exemple, je n'imagine pas que quelques séances avec un psychologue ne parviendraient à désamorcer l'amour déviant du passager pour sa mère...

Bon, et puis le coup de la fleur dans le canon du fusil, plantée par la pure jeune fille, me paraît là aussi calqué d'une photo célèbre et édifiante (pendant une manif. contre la guerre au Viêt Nam ?). Encore une fois, à mon avis, vous appuyez sur l'éternel des passions humaines sans prendre en compte l'évolution de leurs expressions.

Donc, en ce qui me concerne, l'histoire rate son ambition d'universalité, d'autant que les considérations du "maître des lieux" dans le vaisseau m'apparaissent pontifiantes. Le dialogue d'ouverture un peu trop propre aussi, pas assez parlé à mon goût. "Dans cet instant paisible cela m’a semblé une évidence, le jardin m’offrait ces fleurs" ? Mouf.

Cela dit, j'avais envie de savoir comment ça allait tourner c't'histoire et, comme je disais, la fin ne m'a pas déçue.

   Cat   
11/4/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
À mi-chemin entre Les Révoltés du Bounty et une tragédie grecque, se joue sur un air de SF l'histoire d'une révolution au goût d'éternels recommencements.

Tout me ramène à l'actualité : le pouvoir, qui n'a pas besoin d'être totalement absolu pour faire naître des insoumis, des manifs, des répressions, des coups de matraques et de feu...

J'interprète comme une facétie d'auteur de doter de noms antiques des personnages qui naviguent dans le futur. Trop chou, Antigone dans les étoiles et Tirésias transformé en intelligence artificielle !
La galéjade se confirme avec le twist final sur fond d'allergie aux pollens.

Quant à l'image de la fleur au fusil de notre héroïne anti-tout, virginale figure de la révolte par excellence, elle est mimi tout plein, et confirme ce que je pense de plus en plus de toi, Pepito : tu es en train de virer poète romantique, ma parole ! ^^

Au final, si je ne suis toujours pas devenue fan d'histoires intergalactiques – pour moi, elles ressemblent trop à la réalité. Sans compter que beaucoup d'écrivains amateurs se servent de la SF pour faire avaler les grosses ficelles abracadabrantes d'une histoire - c'est quand même un récit que j'ai pris plaisir à découvrir.

Bah, dis donc, ça fait combien, le troisième/quatrième Pepito en si peu de temps sur Oniris ?

Tu nous gâtes vraiment ! ^^
Merci.


Cat

   Lariviere   
11/4/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut Pépito,

un drame aussi beau qu'un tragédie grecque se déroule a bord du thèbes, ici s'allie avec grande cohérence le récit antique et la sf...

Les dialogues entre le "gouverneur" et tirésias sonnent juste, Antigone est antigone.

L'issue d'une société révoltée contre l'ordre dominant est une bonne idée...

Je ne sais pas dire grand chose de plus. J'ai beaucoup aimé ce récit

Merci pour la lecture et bonne continuation

   Annick   
12/4/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Pepito,

Un mix entre théâtre et réalité. Où est la frontière ? Je ne saurais le dire. C'est ce qui fait le charme du texte, sa raison d'exister.

La comédienne qui doit jouer le rôle d'Antigone glisse imperceptiblement vers un autre personnage, le sien, celui de la réalité du récit, mais dont le destin ressemble étrangement au personnage de la tragédie grecque à quelques détails près :

- protéger ou sauver son frère pour la comédienne,
- (enterrer dignement son frère pour Antigone).

- La comédienne, (dont l'arrivée dans le hall et la mort sont théâtralisées), est tuée.
- (Antigone se pend).

"Œdipe" est tué et "mis en orbite" par le maître des lieux pour avoir transgressé la loi, piétiné le tabou.

Tragédie grecque antique et monde futuriste mêlés, lutte éternelle du pouvoir : le monde est "un éternel recommencement" car l'être humain ne change pas.

Le vaisseau me semble parfois être un bateau (vocabulaire) mais c'est un vaisseau spatial "au milieu du grand rien".

Le personnage de Tiresias, prophète, est remis au goût du jour en statisticien éclairé des temps futuristes.

Des passages cruels qui font que j'ai souffert à la lecture...

Un entremêlement astucieux où le narrateur "équilibriste" retombe sur ses pieds.
Une écriture aisée qui sert le texte.
La fin me fait penser à l'effet papillon.

   Pouet   
11/4/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Slt,

une sacrée imagination j'ai envie de dire en premier lieu.
Sais pas comment qu'on dit là quand on fait du futuriste avec du vieux pour en fait parler du maintenant, ça a un nom suis sûr...

J'ai retenu trois phrase en lieu suivant:

"– Vois-tu, Tirésias, ce que j’aime dans les étoiles c’est leur indifférence."
Une phrase qui claque vraiment bien et puis dire "vois-tu" à un devin aveugle, c'est toujours à encourager.
"– Prendre un quelconque parti est une déraison typiquement humaine. "
Là, juste envie de dire Farpaitement!
"Enlève donc ce ciel de la baie et montre-moi des images du pont central."
Non pepito, on est pas en récit poétique, pas bien ça...

Voilà trois phrases qui m'ont bien botté façon santiags de shériff (ouille).

Suis juste tombé sur un "silence feutré", par erreur et j'ai fermé les yeux à la "marée humaine". (Mais j'ai un traitement contre mon allergie aux expressions toutes faites)

Sinon ben, de l'éternel recommencement de l'allergie aux fleurs des champs.

Chapeau! (façon rond de cuir)

- Ah, Tirésias, c'est bien l'anagramme de résistai?
- Oui, et ?
- Ben non, rien en fait.

   Pepito   
12/4/2022

   Myndie   
17/4/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Pepito,

Je quitte juste ton forum qui m’a amusée – je considère que je fais partie de ceusses qui t’ont chambré avec ton virage poétique^^ - et me voici après la bataille pour te dire tout le bien que je pense de ta nouvelle.
C’est un très beau texte, allégorique et grave à la fois. Mais toutes les révolutions politiques ne sont-elles pas graves ?
C’est curieux (et tant mieux), après une absence prolongée, tu publies en rafales sur Oniris et cela me donne l’occasion de constater combien ton style a évolué. Rassure toi, pas de poésie cette fois-ci, je sais tes allergies…
Ce que je veux dire c’est que le Pepito de maintenant a toujours la même écriture inventive mais que la seule trace de sa verve rigolarde, je l’ai trouvée dans la chute, avec cet éternuement mal venu, pirouette finale qui stoppe l’élan dramatique du récit et arrête tout net le questionnement que nous, lecteurs, n’aurions pas manqué de partager avec la jeune fille.
C’est bien imaginé et bien sûr, on peut faire le parallèle avec l’actualité , encore que ton inspiration, au moment de l’écriture, a sans doute pris ses sources dans d’autres évènements (on pense par exemple à Tian'anmen).
Comme quoi l’histoire n’est qu’une boucle.
En tout cas, bravo pour ce récit porté par une belle écriture dont la fluidité rend la lecture agréable et pour cet habile mélange des genres inhabituel chez toi : SF et tragédie antique.

A quand le nouvel Ulysse ?^^

Myndie, qui aime autant San A qu'Homère

   Donaldo75   
20/4/2022
La première partie, je me suis cru au théâtre du genre où on ne voit pas les personnages mais on entend leurs voix ; je me suis dit qu’il ne manquait plus que le souffleur. Ce n’est pas long mais c’est bien quand ça s’arrête parce que je ne vois pas où on va.

« le ciel a saupoudré ses étoiles jusque sur le poste de pilotage, où elles clignotent, voyants aux messages sibyllins. » Etrange formule ; n’est-ce pas plutôt les étoiles qui saupoudrent le ciel ?

Le dialogue – qui ressemble fort à un monologue – me fait penser à ce qu’avait tenté Jean-Paul Sartre dans sa pièce « le diable et le bon dieu » que j’avais bien aimé jeune mais que j’ai trouvé bavarde quand je l’ai relu dix ans plus tard. Le personnage de Tiresias n’est révélé dans sa nature qu’à la fin de cette partie et c’est plutôt bien vu. Ce que dit cette intelligence artificielle correspond bien à ce qu’on attend, en tant que lecteur, d’une entité synthétique. Cette partie aurait mérité un peu plus de développement, pas dans l’interaction entre les deux personnages, je veux dire pas en rajoutant du dialogue mais en approfondissant l’existant qui reste à la surface alors qu’il pourrait amener plus de drame.

La troisième partie accélère le rythme narratif ; je ne sais pas si ça colle vraiment avec le reste surtout quand je lis la phrase de fin. « Trop tard pour lui expliquer comment un pouvoir établi et puissant peut être renversé par le simple éternuement d’un homme allergique aux fleurs des champs. » C’est du Lao-Tseu version Pepito ?

Il y a de l’idée dans ce texte mais le mélange entre théâtralité et narration n’a pas pris à ma lecture. Je ne sais pas si ce mix entre science-fiction et théâtre presque antique ne mériterait pas de terminer sur la tonalité théâtrale au lieu d’une phrase sibylline aux faux airs de philosophie chinoise.

   hersen   
22/4/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Sans détour et je n'y reviendrai pas, même quand je vais dire des choses moins bien : Tiresias en IA, c'est un coup de génie.
L'évocation d'Antigone colle assez bien, elle donne en fait du tonus à l'histoire. parce qu'elle est une référence que tout le monde a, je suppose. Et qu'ici, elle détone comme dans la tragédie.
Mais je ressens que le tout s'effiloche au fil de ma lecture, car d'ambiance, il n'y a point, ou alors alors je suis passée grave à côté. L'énucléé, cloué au pilori de l'Espace, ai-je envie de dire, m'annonçait mieux que cette rébellion et je crois que c'est là que je décroche : c'est très factuel, ce n'est pas tellement original et je comprends le coup de "la fleur des champs de la serre" (gnééé???) pour le propos, mais ne suis pas vraiment séduite. Si tu avais eu autre chose en magasin que l'allergie du frérot, j'aurais aimé voir.

Donc, on résume : Tiresias IA, du génie, Antigone, bonne idée, mais je ne trouve pas une ambiance frappante dans le texte.
Mais pour être honnête, le propos est servi, et les détails infimes qui font que les guerres existent, ce n'est pas encore fini, même à bord de tous les Thèbes sidéraux.

   chVlu   
29/4/2022
Aie, hi, Pépito,

une tragédie gréco-gauchiste post apocalyptique en mode SF, qui sent le gaz (de schiste?) et le flash-ball !!!
il fallait oser !
Bon je lis post résultat et tu t'es pris le bulletin de l'urne et ta chute a chue voir est déchue (chi chi je chens bien ta décheption).

dommage !

Sur le fond je partage, sur la forme je dois avouer que le dialogue n'est pas ma forme d'écriture de prédilection. La métaphore fonctionne bien et comme d'habitude tu y joues avec les flous artistiques et les indices qui par la suite viennent éclairer le propos.

L'ironie, même du sort, reste ta marque de fabrique, et je la retrouve avec plaisir.

Si je ne devais retenir qu'une formule de ta nouvelle ça serait celle-ci à laquelle je prête un double sens qui me plait :
" Prendre un quelconque parti est une déraison typiquement humaine"

chVlu
de repassage


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